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   Les Oeuvres complètes de saint Jérôme de Stridon

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Les Oeuvres complètes de saint Jérôme de Stridon

Saint Jérôme (347-419) est le patron des exégètes , le patron des traducteurs, de tous ceux qui se dévouent aux études historiques, des érudits, et des philologues.

Le Commentaire sur Aggée de Saint Jérôme
Traduction et notes Eran SHUALI


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Préface

Toute l'Ecriture et spécialement les prophètes sont enveloppés de mystères de l'avenir pour nous inciter à comprendre et à appliquer les paroles de l'Evangile: "Cherchez et vous trouverez" (Matthieu 7, 7)1, a dit Saint Jérôme, homme de l'Ecriture et surtout des prophètes. En effet, étant le seul latin parmi les Pères de l'Eglise à commenter l'intégralité des seize livres prophétiques2, Saint Jérôme, connu surtout pour sa traduction de la Bible, a consacré toute son œuvre exégétique, à part quelques travaux de début de carrière, aux prophètes. Or, sa passion pour les prophètes s'est révélée même avant ses ouvrages mûrs d'exégète, alors que, séjournant à Antioche entre 372 et 374, il avait composé un commentaire, qui n'est pas parvenu jusqu'à nous, sur le plus court des livres prophétiques, celui d'Abdias.3 Quelques années plus tard, lorsqu'il suivait l'enseignement biblique de Saint Grégoire de Nazianze à Constantinople, entre 380 et 381, et puisqu'il n'était pas satisfait de l'interprétation donnée par le grand exégète alexandrin, Origène, à une des visions du prophète Isaïe, Saint Jérôme a publié son propre commentaire du passage.4 Après s'être installé à Bethléem en 386 et y avoir fondé son monastère5, Saint Jérôme
a commencé la rédaction de ses commentaires; entre 386 et 387 il a commenté quatre des Epîtres de Saint Paul6, et au cours des deux années suivantes, il a composé un commentaire au livre de l'Ecclésiaste. C'est à la fin de l'année 392 ou au début de 3937, à peu près deux ans après avoir entrepris sa traduction de l'Ancien Testament faite sur l'hébreu8, que Saint Jérôme a composé ses premiers commentaires consacrés aux prophètes. Il a choisi pour ce travail cinq des douze livres qui constituaient le groupe dit de 'petits prophètes': Nahum, Michée, Sophonie, Aggée et Habacuc, pour des raisons qui nous restent inconnues. En effet, il dira bien des années plus tard, dans son dernier commentaire sur les petits prophètes, le Commentaire sur Amos, écrit en 4069, qu'il a écrit comme il a pu et comme on lui a demandé10. De plus, nous ne pouvons pas connaître avec certitude l'ordre dans lequel ces commentaires avaient été écrits, car Saint Jérôme nous a laissé trois listes aux ordres différents. En effet, dans le dernier chapitre, consacré à lui-même, de son De viris illustribus, écrit en 393, peu après la composition de ces commentaires, Saint Jérôme a fourni la liste suivante: Michée, Sophonie, Nahum, Habacuc et Aggée11; dans la préface de son Commentaire sur Jonas, avec lequel il avait repris le travail du commentaire des prophètes en 396, après trois ans d'interruption, il cite les livres bibliques selon leur ordre dans le canon juif: Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie et
Aggée; tandis qu'au moment de l'achèvement de ce travail, dans son Commentaire sur Amos, il évoque ses commentaires précédents dans l'ordre suivant: Nahum, Michée, Sophonie, Aggée et Habacuc.12
Quoi qu'il en soit, c'est dans le cadre de cet opus prophetale, car c'est ainsi que Saint Jérôme lui-même appelle son travail13, qu'il faut situer le Commentaire sur Aggée, dont une traduction annotée sera présentée dans ce mémoire.

Note sur la traduction

Le texte latin que j'ai traduit est celui de la Patrologia Latina de J.-P. MIGNE (tome 25), tel qu'il se trouve sur le site Internet: http://www.documentacatholicaomnia.eu/ Dans son traité sur La meilleure méthode de traduction (Lettre 57, à Pammachius), Saint Jérôme dit: Je le professe sans gêne tout haut: quand je traduis les Grecs – sauf dans les saintes Ecritures, où l'ordre des mots est aussi un mystère – ce n'est pas un mot par un mot, mais une idée par une idée que j'exprime.14 En effet, dans le commentaire, Saint Jérôme attache beaucoup d'importance à la formulation exacte du texte biblique, et souvent il compare minutieusement les détails de sa traduction faite sur l'hébreu et de sa traduction du texte grec des Septante. Pour ces raisons, en traduisant les citations bibliques, je me suis appliqué, autant que faire se peut, à rester près du texte tel qu'il est cité dans le commentaire. Pour la traduction des citations bibliques, j'ai consulté trois traductions françaises de la Bible: l'édition E. DHORME (Gallimard, Paris, 1956), l'édition Z. KAHN (Editions Sinaï, Tel-Aviv, 1997) et La Bible de Jérusalem (Editions du Cerf, Paris, 1998). Pour la traduction des passages tirés des Septante, j'ai consulté également La Bible d'Alexandrie (tome 23, 10-11, Aggée et Zacharie, Les éditions du Cerf, Paris, 2007).
En outre, j'ai consulté la traduction du Commentaire sur Aggée faite par l'Abbé Bareille (dans Saint Jérôme, Œuvres complètes, traduction par l'Abbé BAREILLE, tome 9, Vivès, Paris, 1881, p. 272-304).
Ce travail a été soutenu comme mémoire de Master I au mois de septembre 2008 à l'Université de Paris X – Nanterre, sous la direction de M. le professeur E. WOLFF. Pourtant, les éventuelles erreurs n'engagent que l'auteur.


(1) Saint Jérôme, Commentaire sur Isaïe, 18, 1; cité dans P. JAY, L'exégèse de Saint Jérôme d'après son "Commentaire sur Isaïe", Paris, 1985, p. 361.
(2) Ibid, p. 404.
(3) J.N.D. KELLY, Jerome, his Life, Writings and Controversies, London – New-York, 1975, p. 44-45.
(4) C'est le commentaire d'Isaïe 6, 1-8, parvenu jusqu'à nous sous forme de lettre au Pape Damase (lettre 18 dans la collection de Saint Jérôme). Pour la datation de sa rédaction, voir L.N. HARTMANN, St. Jerome as an Exegete, dans A Monument to Saint Jerome, édité par F.X. MURPHY, New York, 1952, p. 38-39 et la note 8.
(5) J.N.D. KELLY, Jerome…, p. 129.
(6) A Philémon, aux Galates, aux Ephésiens et à Tite, Voir P. JAY, Jérôme et la pratique de l'exégèse
dans J. FONTAINE et C. PIETRI, Le monde antique et la Bible, Paris, 1985, p. 542.
(7) P. JAY, L'exégèse de Saint Jérôme d'après…, p. 82, note 89.
(8) J.N.D. KELLY, Jerome…, p. 159.
(9) P. JAY, Jérôme et la pratique de l'exégèse, p. 542.
(10) Saint Jérôme, In Amos, Liber Tertius, Prologus, traduction personnelle.
(11) Saint Jérôme, De viris illustribus, chapitre 135.
(12) Certains ont tranché en faveur de l'ordre présenté dans le Commentaire sur Amos, tandis que d'autres ont préféré celui du Commentaire sur Jonas. Pour une présentation des différentes positions, voir l'introduction d'Y.-M. Duval au Commentaire sur Jonas, édition Y.-M. DUVAL, Paris, 1985, p. 18-22.
(13) Saint Jérôme, De viris illustribus, chapitre 135.
(14) Saint Jérôme, Lettres, 57, édition J. LABOURT, tome 3, Paris, 1953, p. 59.

 

Commentaire sur le prophète Aggée - A Paula et Eustochium15

Prologue

Lors de la deuxième année du règne de Darius16, fils d'Hystaspis, roi des Perses, fut achevée la soixante-dixième année depuis la destruction du Temple17 (comme l'avait prophétisé Jérémie18 [chapitre 25, 11-1219]). Le prophète Zacharie en rend aussi témoignage: ayant fixé sa vision lors de la deuxième année du même roi, le vingt- quatrième jour du onzième mois – celui de Sabat20 (Zacharie 1, 7), il ajoute: Seigneur des armées, Jusqu'à quand n'auras-tu pas pitié de Jérusalem et des villes de Juda qui ont suscité ta colère ? Ceci est la soixante-dixième année (Zacharie 1, 12). Mais Esdras, lui aussi, rapporte qu'après que seulement l'autel avait été construit et que les fondements du temple avaient été posés, le travail fut interrompu à cause d'une lettre du roi Artaxerxès: Alors avaient été arrêtés les travaux dans la maison de Dieu à
Jérusalem, et ils n'étaient pas repris jusqu'à la deuxième année du règne de Darius, roi des Perses. (Esdras 4, 2421) Et il ajoute aussitôt: Les prophètes Aggée et Zacharie, fils d'Addo, se mirent à prophétiser pour les juifs, qui étaient en Judée et à Jérusalem, au nom du Seigneur d'Israël: A ce moment là, Zorobabel, fils de Salathiel, et Jésus, fils de Josedec, se levèrent et commencèrent à bâtir le temple de Dieu à Jérusalem, et les prophètes de Dieu étaient avec eux, leur donnant de l'aide. (Esdras 5, 1-2) En ce temps-là, Tarquin le Superbe, le septième roi depuis Romulus, régnait chez les romains. C'était sa vingt-septième année au pouvoir, et huit ans plus tard il fut chassé par Brutus. Ensuite, les consuls administrèrent la République pendant quatre cents soixante-quatre ans, jusqu'au temps de Jules César. Nous avons dit cela, Paula et Eustochium, afin que vous reconnaissiez, dès le prologue même, à quelle époque prophétisa Aggée. Or, il faut savoir que, selon la lettre22, les prophètes Aggée et Zacharie étaient d'un grand esprit pour ordonner que le temple soit érigé malgré l'édit du roi Artaxerxès, les Samaritains et les peuples d'alentour23, qui empêchaient sa construction. Zorobabel, Jésus, fils de Josedec, et le peuple qui était avec eux, étaient d'une non moindre foi pour écouter plutôt les ordres des prophètes que l'interdiction provenant du roi.


(15) Saint Jérôme a dédicacé ses neuf premiers commentaires, parmi lesquels figurent quatre des cinq premiers commentaires sur les petits prophètes, à son amie et disciple, Paula, et à la fille de celle-ci, Eustochium. (Pour la liste complète des dédicataires des commentaires de Saint Jérôme, voir P. JAY, Jérôme et la pratique de l'exégèse, p. 542.) En effet, Paula, dont il avait sans doute fait la connaissance peu après son arrivée à Rome en 382, et Eustochium ont fait partie du groupe des veuves et des jeunes filles qui suivaient l'enseignement biblique de Jérôme dans la maison de Marcella sur l'Aventin. C'est avec Paula et Eustochium que Jérôme était parti en 385 en Palestine, d'abord pour un long pèlerinage en Terre Sainte et en Egypte, et ensuite pour fonder à Bethléem les deux monastères pour hommes et pour femmes, dont Saint Jérôme et Paula se chargeaient respectivement. Les deux monastères dépendaient en grande partie de la fortune de Paula, et, en effet, au moment où celle-ci est morte, le 26 janvier 404, cette fortune était complètement épuisée. Après la mort de Paula, le monastère pour femmes a été géré par Eustochium, à qui Jérôme a dédicacé deux de ses derniers commentaires, sur Isaïe et sur Ezéchiel. (J.N.D. KELLY, Jerome…, p.92-93, 116-131 ,277-281).
Un grand nombre des travaux exégétiques de Saint Jérôme n'étaient entrepris que suite à une demande adressée à lui; ces demandes de déterminaient pas seulement le sujet choisi, mais aussi la méthode appliquée (voir notamment le cas du commentaire juxta historiam sur les dix visions d'Isaïe demandé par l'évêque Amabilis, P. Jay, L'exégèse de Saint Jérôme d'après…, p. 64-65). Or, nous savons que Jérôme a écrit ces quatre premiers commentaires, sur les Epîtres de Saint Paul, afin de répondre à la demande de Paula et Eustochium (J.N.D. KELLY, Jerome…, p. 145), et il nous dit lui-même, en essayant de se justifier pour ne pas avoir commenté les prophètes selon leur ordre biblique, qu'il a écrit comme il a pu et comme on lui a demandé (Saint Jérôme, In Amos, Liber Tertius, Prologus, traduction personnelle).
(16) Roi de l'empire perse de 521 à 486 avant notre ère.
(17) Le compte d'années que Jérôme emprunte au livre de Zacharie (voir la page suivante) est quelque peu approximatif. Il s'agit, en fait, de la soixante-sixième année depuis la destruction du Temple. En effet, celui-ci a été détruit en 586 avant l'ère chrétienne, alors que la deuxième année du règne de Darius correspond à l'an 520. (M. ZER-KAVOD, Daat Mikra, Hagaï, Jérusalem, 1990, p. 1)
(18) Prophétisant la conquête de la Judée par Nabuchodonosor, roi de Babylone, Jérémie dit: Tout ce pays sera réduit en ruine et en désolation, et ces nations seront asservies au roi de Babylone pendant soixante-dix ans. Mais quand seront accomplis les soixante-dix ans, je visiterai le roi de Babylone et cette nation – oracle de Yahvé – à cause de leur crime, ainsi que le pays des Chaldéens, pour en faire une désolation éternelle (Jérémie 25, 11-12).
(19) Les renvois bibliques qui apparaissent dans l'édition J.-P. MIGNE n'émanent pas de Saint Jérôme, puisque le découpage de la Bible en chapitres et en versets date d'une époque bien plus tardive. On attribue le découpage en chapitres à Etienne Langton (1150-1228), exégète, théologien et Archevêque de Cantorbéry, tandis que le découpage en versets est encore plus tardif (The Oxford Companion to the Bible, B. METZGER et M. COOGAN, New York, 1993, p. 106). Par conséquent, nous nous sommes permis de corriger ces renvois lorsqu'ils nous semblaient erronés, de rajouter les numéros de versets dans les nombreux cas où ceux-ci sont manquants, et d'incorporer dans le texte même des renvois qui font défaut dans l'édition J.-P. MIGNE. Toutes le références sont d'après la Biblia Sacra iuxta vulgatam versionem, édition R. WEBER, Stuttgart, 1969.
(20) Il s'agit en fait du mois hébraïque de Chevat. Nous gardons les transcriptions de mots et de certains prénoms hébraïques telles qu'elles se trouvent dans le texte latin, bien qu'elles ne reflètent souvent pas la prononciation massorétique du mot. En effet, dans un passage de son Commentaire sur l'Epître à Tite Saint Jérôme décrit ainsi ses difficultés de bien prononcer l'hébreu et les réactions des juifs à son égard: Et s'il nous arrive de nous tromper quant à l'accent, quant à la longueur ou à la brièveté d'une syllabe – d'allonger les brèves, ou d'abréger des longues – ils (les juifs) ont l'habitude de se moquer de notre ignorance, surtout en ce qui concerne les aspirées et les lettres que l'on prononce en se raclant le gosier (Saint Jérôme, Commentaire sur l'Epître à Tite, 3, 9, traduction personnelle).
(21) C'est sans doute une incohérence dans le livre d'Esdras qui induit Jérôme en erreur. En effet, Artaxerxès, le petit-fils du roi Darius, régna bien après lui, de 465 à 424 avant notre ère. Il est donc impossible que les travaux qui avaient été arrêtés sous Artaxerxès soient repris sous Darius. F. MICHAELI propose de résoudre ce problème chronologique en replaçant les versets 6-24 du chapitre 4 après le chapitre 6. Ainsi, ces versets ne relatent pas les difficultés rencontrées lors de la reconstruction du temple, qui a été achevée la sixième année du règne de Darius, mais lors de la reconstruction de la ville et des murailles, d'autant plus que c'est ce qui est dit dans Esdras 4, 12 (La Bible, Ancien Testament, édition E. DHORME, paris, 1956, Esdras 4, 6)
(22) L'enjeu majeur qui différenciait les deux écoles exégétiques de l'époque des Pères de l'Eglise, celle d'Alexandrie et celle d'Antioche, était l'importance accordée à chacun des deux sens de l'Ecriture: le sens littéral et le sens spirituel. Bien que ces deux sens n'aient pas exactement la même définition chez tous les écrivains en question, le premier était compris, en général, comme le sens d'un passage biblique d'après son contexte, tandis que le deuxième comme le message contenu dans le texte biblique qui renvoie à l'enseignement de l'Eglise, et notamment aux doctrines christologiques, ecclésiologiques, eschatologiques et morales. Or, la différence entre les deux Ecoles reposait sur un fond théologique: croyant que les auteurs inspirés comprenaient, tant bien que mal, le message qui leur avait été confié par Dieu, les exégètes de l'Ecole d'Antioche soutenaient que toute interprétation du texte biblique doit se fonder sur le sens littéral; en revanche, les exégètes de l'Ecole d'Alexandrie, croyant que le message divin dépassait souvent la compréhension des auteurs bibliques, interprétaient le texte biblique bien plus librement (L.N. HARTMANN, St. Jerome as an Exegete, p. 49-50). Plus proche des Alexandrins dans sa pratique exégétique (ibid, p. 52), Jérôme soutenait une position mixte vis-à-vis des deux sens de l'Ecriture. D'une part, il reproche à Origène, le plus notable des exégètes de l'Ecole d'Alexandrie, qu'il se donne carrière dans les libres espaces de l'allégorie et, interprétant chaque mot isolément, fait de ses vues personnelles les mystères de l'Eglise (Saint Jérôme, In Isaiam, V, prologue, traduction: P. JAY, L'exégèse de Saint Jérôme…, p. 221-222). D'autre part, en composant un commentaire seulement sur le sens littéral, à la demande de l'évêque Amabilis, Jérôme décrit sa démarche ainsi: Si je colle à la lettre et si j'avale la terre comme les serpents… (ibid, traduction: ibid, p. 134). En effet, Saint Jérôme formule, plusieurs fois dans son œuvre, sa vision des deux sens de l'Ecriture à l'aide de la métaphore suivante: il ne faut pas lire la lettre et poser les fondements de l'histoire de telle sorte que nous n'arriverons pas au faîte, et il ne faut pas poser le toit sur l'édifice le plus beau tandis que les fondements ne sont point du tout solides. (Jérôme, In Ezechielem 13, 42, 13-14, traduction personnelle).
Souvent dans ses commentaires, Saint Jérôme désigne ces deux sens de l'Ecriture par un vocabulaire spécifique, comme l'avaient fait d'ailleurs ses prédécesseurs grecs. Dans son article, Le vocabulaire exégétique de Saint Jérôme dans le Commentaire sur Zacharie, P. Jay a proposé d'étudier l'emploi que Saint Jérôme fait du vocabulaire exégétique, bien qu'il soit jugé par d'autres comme très incohérent (H. de LUBAC, "Typologie" et "Allégorisme" dans les Recherches de science religieuse, n° 34, Paris, 1947, p. 186, cité dans P. JAY, L'exégèse de Saint Jérôme d'après…, p. 130, note 12), afin d'en dégager les règles de l'exégèse de Saint Jérôme, qui n'ont jamais été formulées par lui dans un traité exhaustif tel que le Périarchôn d'Origène (P. JAY, Le vocabulaire exégétique de Saint Jérôme dans le Commentaire sur Zacharie dans Revue des études augustiniennes, vol. 14, 1968, p.3-16). Après avoir étudié, dans ce même article, l'emploi du vocabulaire exégétique dans le Commentaire sur Zacharie, P. Jay a appliqué la même méthode sur le commentaire très étendu de Saint Jérôme sur Isaïe dans son ouvrage: L'exégèse de Saint Jérôme d'après son "Commentaire sur Isaïe" (p. 132-142 et 215-271). Il y a relevé les principaux termes exégétiques utilisés par Saint Jérôme: littera et historia pour le sens littéral, et allegoria, anagoge, tropologia et spiritus pour le sens spirituel. Tous ces termes, à part allegoria, se trouvent dans le Commentaire sur Aggée. Néanmoins, puisque la brièveté de notre commentaire ne permet pas de tirer de conclusions semblables à celles de P. Jay, qui se fondent pour une grande partie sur une étude statistique, nous nous contenterons, après avoir présenté brièvement les résultats de ses études à lui, de faire un court bilan de l'emploi de chacun ces termes dans le Commentaire sur Aggée.
Contrairement aux commentaires sur Zacharie et sur Isaïe, le mot littera est le terme le plus fréquent dans notre commentaire pour désigner le sens littéral. En effet, il y apparaît cinq fois, alors qu'il n'y a que trois occurrences du mot historia (voir note 49) et une seule de παραφραστικῶς (voir note 102). P, Jay distingue trois nuances différentes que peut porter le mot littera sous la plume de Saint Jérôme: il peut simplement désigner le sens littéral; tout en désignant celui-ci, il peut avoir aussi un sens proche de son sens propre si bien qu'il veut dire: "au pied de la lettre"; et il peut faire référence à la dichotomie paulinienne entre la lettre, c'est-à-dire les conceptions juives, et l'esprit, qui symbolise le christianisme. En effet, Saint Jérôme fait souvent allusion aux deux versets célèbres où Saint Paul a opposé la lettre et l'esprit: la lettre qui tue, et l'esprit qui fait vivre (II Corinthiens 3, 6: …τὸ γὰρ γράμμα ἀποκτείνει, τὸ δὲ πνεῦμα ζωοποιεῖ); Mais à présent nous avons été dégagés de la Loi, étant morts à ce qui nous tenait prisonniers, de manière à servir dans la nouveauté de l'esprit et non plus dans la vétuste de la lettre (Romains 7, 6: …ἐν καινότητι πνεύματος καὶ οὐ παλαιότητι γράμματος). Voir P. JAY,
L'exégèse de Saint Jérôme d'après…, p.132-135 et Le vocabulaire exégétique de Saint Jérôme dans le Commentaire sur Zacharie, p. 7)
Dans le Commentaire sur Aggée, on trouve en effet deux emplois de littera dans un tour prépositionnel où il est précédé de secundum et de juxta, et où il désigne simplement l'interprétation littérale du passage en question (voir les renvois aux notes 124 et 142). Dans une de ses occurrences, il désigne l'interprétation juive de deux termes difficiles qui apparaissent dans le texte biblique (voir le renvoi à la note 122). Et dans deux autres occurrences, il est opposé au mot spiritus; or, ce dernier n'y désigne pas le sens spirituel mais l'esprit au sens propre (voir le renvoi à cette note et à la note 91). Il ne s'agit donc pas, dans ces deux derniers cas, d'une vraie opposition entre littera et spiritus, mais d'un jeu de mots.
(23) Les harcèlements de la part des Samaritains et des autres peuples vivant en Judée au cours de la
reconstruction de Jérusalem et du Temple sont décrits dans Esdras chapitres 4-6. Les versets suivants
peuvent en servir d'exemple: Alors le peuple du pays se mit à décourager les gens de Juda et à les
effrayer pour qu'ils ne bâtissent plus; on soudoya contre eux des conseillers pour faire échouer leur
plan, pendant tout le temps de Cyrus, roi de Perse, jusqu'au règne de Darius, roi de Perse. [Esdras 4,
4-5]

 

Début du commentaire


La deuxième année du roi Darius, le sixième mois, le premier jour du mois, la parole du Seigneur se fit dans la main du prophète Aggée (Aggée 1, 1).
Le peuple qui se disait être revenu de captivité n'avait pas encore bâti le temple, ni élevé les remparts de la ville, ni retrouvé la gloire de Jérusalem d'autrefois. En fait, il vivait dans des maisons creusées, comme il est significativement dit en grec: κοιλοστάθμοις, c'est-à-dire dans des maisons se trouvant en basse altitude et cachés dans la vallée encaissée. Car, la parole de Dieu ne leur fut pas adressée ni sous Ezéchias24, ni sous Amon25, ni sous Josias26, qui avait commandé au peuple de Dieu tant que Jérusalem était debout, mais sous Darius, roi des Perses, dont Daniel, lui aussi, parle mystiquement dans son livre (Daniel 6, 1-28).
Or, dans notre langue Darius signifie les engendrements faits ou bien qui furent, parce que l'on dit en grec γενεαὶ γενόμεναι27. En effet, alors qu'il vivait en bas et que le temple n'était pas reconstruit, le peuple ne méritait pas d'avoir un autre roi que celui qui était esclave d'engendrements, celui qui aimait la chair et le premier précepte fait à l'homme encore ignorant lors de son expulsion du paradis: Croissez et multipliez, et remplissez la terre28 (Genèse 1, 28 et 9,1). Comme Darius était donc amateur de l'accouplement et allié du dragon, dont toute la vertu réside dans les reins (Job 40, 11), la deuxième année, nombre immonde, le peuple reçoit une vision qui présente des tuniques de peau après l'unité virginale et la nudité du paradis.29 Enfin, alors que dans la Genèse le premier jour, le troisième, le quatrième, le cinquième et le sixième, après l'achèvement de l'ouvrage de chacun d'eux, il est dit: Et Dieu vit que cela était bon, le deuxième jour cela n'apparaît ni dans l'hébreu, ni chez Aquila, ni chez Symmaque ni chez Théodotion.30 En effet, le second jour, qui constitue le nombre qui écarte de l'unité, ne pouvait avoir l'approbation de Dieu. On fait aussi mention du sixième mois, qui n'a pas la solennité de Dieu comme le septième, mais qui est voisin des six jours dans lesquels fut créé le monde. C'est le mois où l'on peine, et où l'on mange son pain à la sueur de son visage; la terre produit pour nous épines et chardons, et ayant reçu des graines de blé, elle n'est féconde qu'en ivraie et en avoine.31 Or, comme l'autel avait déjà été bâti et que, et bien que le temple n'ait pas été relevé, ils voulaient le faire malgré l'opposition des ennemis, le premier jour du sixième mois la parole de Dieu fut mise dans la main du prophète Aggée afin que le peuple, ayant abandonné à la fois la seconde année du roi Darius, c'est-à-dire le nombre qui écarte de l'unité, et le sixième mois qui était passé, et qui est le nombre assigné au labeur, revienne à l'unité de Dieu et qu'il suive seul le nombre impair, dont la pureté est reconnu aussi par le poète païen qui disait: …Dieu se réjouit du nombre impair.32
La parole du Seigneur, cherchant à qui venir et qui instruire, est mise dans la main du prophète Aggée, dont les œuvres étaient bonnes, et dans ses actes elle pouvait se reposer. Cependant, la parole de Dieu ne peut pas être mise là où les mains sont pleines de sang, là où Jésus est mis à mort et le peuple ose dire: Que son sang soit sur nous et sur nos enfants (Matthieu 27, 25). Jusqu'à nos jours Israël charnel étend ses mains immondes vers le Seigneur. Mais comme elles sont pleines de sang, le Seigneur leur dit par la bouche du prophète: Si vous étendez vos mains, je détournerai de vous mes yeux, car vos mains sont pleines de sang (Isaïe 1, 1533). La parole du Seigneur n'est pas mise dans leurs mains, parce qu'elles sont immondes; la parole de Dieu nevient pas à eux, parce qu'ils ont mis à mort la Parole de Dieu34. Il ne faut pas croire que la parole du Seigneur ait été mise seulement dans la main du prophète Aggée; en effet, Aggée se traduit par festif; tous ceux qui peuvent célébrer les fêtes, non pas avec du vieux levain de malice et de méchanceté, mais avec des azymes de pureté et de vérité (I Corinthiens 5, 8), peuvent recevoir la parole de Dieu. Ayons, nous aussi, des mains pures, et soyons appelés ἑορτάζοντες35, c'est-à-dire célébrants des fêtes, et la parole de Dieu nous sera donnée. Puisque la loi est spirituelle36, plaçons devant les yeux les fêtes spirituelles, dont il a été écrit: Trois fois par an vous célébrerez des fêtes en mon honneur. Vous observerez la fête des azymes: pendant sept jours vous mangerez des azymes, comme je te l'ai ordonné, au mois du renouvellement, car c'est en ce même mois que tu es sorti d'Egypte. Tu ne paraîtras pas devant mes yeux les mains vides. Puis, la fête de la moisson des prémices de tes travaux que tu auras semés dans les champs; et la fête de la récolte à la fin de l'année en rassemblant tes œuvres des champs (Exode 23, 14-16).37 Si nous voulons que la parole de Dieu se fasse en nous, soyons des Aggées, c'est-à-dire, célébrons les fêtes et ne paraissons pas devant les yeux de Dieu les mains vides (Galates 6, 838): semons dans l'esprit et moissonnons de l'esprit la vie éternelle, afin de pouvoir célébrer la fête de la récolte à la fin de l'année, c'est-à-dire la récolte de nos œuvres du champ – la fête des prémices de nos œuvres – tout ce que nous aurons semé dans le champ béni par le Seigneur.
Soyons donc des Aggées, et tout au cours de notre vie jusqu'au moment de la récolte, c'est-à-dire, jusqu'à la fin de ce monde, célébrons les fêtes dans nos œuvres, qui ont germé dans notre champ. Beaucoup de choses, et non des récentes, sont dites de la solennité, et un lecteur attentif39 de toute l'Ecriture peut leur ajuster un sens spirituel.


(24) Roi du royaume de Juda de 727 à 698 avant notre ère.
(25) Roi de Juda de 642 à 640 avant notre ère.
(26) Roi de Juda de 640 à 609 avant notre ère.
(27) Comme cette expression grecque, traduite en latin un peu plus haut, n'apparaît pas dans le texte des Septante, le recours au grec semble attester que Saint Jérôme reproduit ici une étymologie fournie par un de ses prédécesseurs grecs. En effet, dans les quelques cas où les ouvrages des prédécesseurs de Saint Jérôme étaient parvenus jusqu'à nous, les critiques se sont étonnés de l'étendu de l'usage que Saint Jérôme en avait fait. L. Doutreleau est allé jusqu'à dire que le commentaire de Saint Jérôme sur Zacharie n'était qu'une "copie conforme" du commentaire de l'exégète alexandrin Didyme l'Aveugle (Didyme l'Aveugle, Sur Zacharie, édition L. DOUTRELEAU, Paris, 1962, tome 1, p. 129 – pour une critique de ce constat voir P. JAY, L'exégèse de Saint Jérôme d'après…, p. 37, note 95). Or, Saint Jérôme ne cache aucunement cette manière de faire; dans le prologue de son Commentaire sur l'Epître aux Galates, après avoir énuméré ses sources, il décrit son travail ainsi: Je l'avoue simplement, j'ai lu tout cela, j'en ai accumulé une grande partie dans mon esprit; puis j'ai fait venir mon secrétaire et j'ai dicté ce qui était ou de moi ou des autres, sans me souvenir de l'ordre des mots, ni parfois des idées (traduction: P. JAY, Jérôme et la pratique de l'exégèse, p. 535). L'emprunt aux exégètes anciens correspond, en effet, à la fois au but que s'est donné Saint Jérôme: Je me suis proposé une bonne fois … de faire connaître ce que j'ai reçu des écrivains de l'Eglise (In Zachariam, prologue au livre II, traduction: P. JAY, L'exégèse de Saint Jérôme d'après…, p. 72), et à la règle du commentaire tel qu'il la définit plusieurs fois dans son œuvre, qui est d'exposer les opinions des divers interprètes (ibid).
Cependant, Saint Jérôme ne désigne guère la source dont émane l'interprétation présentée; en effet, dans le Commentaire sur Aggée il n'y a aucune mention d'auteurs qui avaient inspiré Saint Jérôme. Il affirme, en fait, qu'il ne nomme pas ses sources par considération pour son lecteur: afin que je ne paraisse pas tourmenter les gens par les noms (In Hieremiam, 22, 24-27, cité dans P. JAY, L'exégèse de Saint Jérôme d'après…, p. 73, traduction personnelle). Ces interprétations, si Saint Jérôme se donne la peine d'indiquer qu'elles ne sont pas les siennes, sont précédées de formules telles que: multi putant…, plerique arbitrantur…, aliter….Ces formules aussi bien que la coutume de citer d'auteurs antérieurs sans les nommer, vient à Saint Jérôme des commentaires de la tradition grammaticale, dont l'un des auteurs les plus connus, Donat, était son maître d'école (ibid, p. 72-73; pour l'éducation de Saint Jérôme dans l'école de Donat à Rome, voir J.N.D. KELLY, Jerome…, p. 10-16). Néanmoins, nous pouvons connaître un grand nombre des sources de Saint Jérôme. Parmi elles figurent les écrits de ses anciens maîtres nommés dans la lettre suivante: J'ai donc, à Antioche, souvent écouté Apollinaire de Laodicée, je l'ai fréquenté. (…) Déjà blanchissait ma chevelure, elle convenait plutôt à un maître qu'à un disciple; pourtant, j'ai fait le voyage d'Alexandrie pour écouter Didyme et je lui dois remerciement de bien de choses (Saint Jérôme, Lettre 84, 3, édition J. LABOURT, tome 4, Paris, 1954, p. 126-127). Un autre de ses maître qui a exercé une grande influence sur Saint Jérôme est Saint Grégoire de Nazianze, dont il dit dans le chapitre qui lui est consacré dans son De Viris Illustribus: Il était mon maître, j'ai appris de ses explications des Ecritures (chap. 117, traduction personnelle). Or, l'auteur le plus fréquemment cité par Saint Jérôme c'est l'exégète alexandrin Origène, dont il dit à Paula dans une lettre tout entière consacrée à son éloge: Voyez-vous que les Grecs et Latins ensemble ont été surpassés par le labeur de ce seul homme ? (Saint Jérôme, Lettre 33, 5, édition J. LABOURT, tome 2, Paris, 1951, p.43). Ainsi réplique-t-il à ceux qui lui ont reproché d'avoir plagié Origène: J'avertis les gros taureaux, qui m'ont entouré (Psaumes 21, 13), de se calmer et d'arrêter leur médisance, afin d'éviter que leurs mauvaises actions soient connues; celles-ci seront présentées par la suite, s'ils continuent à m'offenser. Car ce qu'ils disent, c'est-à-dire, que je pille les ouvrages d'Origène, et qu'il n'est pas convenable d'incorporer dans ses propres écrits ceux des anciens, ils l'estiment comme une injure violente; moi, je le considère comme un très grand éloge, lorsque je veux imiter celui-ci, ce que je fais avec beaucoup de prudence, et je ne doute pas que vous soyez d'accord. Si, en effet, reprendre les bons mots des Grecs est un motif d'accusation, que l'on accuse Ennius, Virgile, Plaute, Caecilius, Térence, Cicéron et tous les autres hommes éloquents, qui n'ont pas repris seulement quelques lignes, mais de nombreux chapitres, de très longs livres et des contes tout entiers. Que notre Hilaire soit aussi accusé de vol, car dans son Commentaire sur les Psaumes, il a traduit le sens de presque quarante mille lignes du susdit Origène. Je voudrais égaler ces derniers en ce qu'ils font par mégarde, plutôt que les autres en ce qu'ils font en toute connaissance de cause (Saint Jérôme, Commentaire sur Michée, liber II, prologus, traduction personnelle).
Bien qu'un commentaire d'Origène sur le livre d'Aggée ne soit pas parvenu jusqu'à nous, nous savons, grâce à une liste d'œuvres d'Origène qu'a faite Saint Jérôme dans la lettre consacrée à son éloge (Saint Jérôme, Lettre 33, 5, édition J. LABOURT, tome 2, Paris, 1951, p. 40), qu'un tel commentaire a existé.
De plus, il semble que Saint Jérôme possède ce commentaire au moment de rédiger le sien, car dans le chapitre consacré à Saint Pamphile, fondateur de la bibliothèque de Césarée, de son De viris illustribus, rédigé à peu près à la même époque que le Commentaire sur Aggée, Saint Jérôme déclare: J'ai trouvé aussi les vingt-cinq volumes de commentaires d'Origène sur les douze prophètes, tracés de la main (de Pamphile). Je les garde et je les embrasse avec tant de joie, que je crois avoir les richesses de Crésus (Saint Jérôme, De viris illustribus, 75, traduction personnelle). Dans son article Vers le Commentaire sur Aggée d'Origène (dans Origeniana Quarta, Innsbruck-Wien, 1987, p. 5-15), Y.-M. DUVAL essaie de faire une esquisse d'un tel commentaire en relevant les théories origéniennes qui se trouvent dans le commentaire de Saint Jérôme, et en étudiant les points communs entre le commentaire de Saint Jérôme et une lettre exégétique de Saint Ambroise consacrée également au livre d'Aggée (lettre 30). Il soutient que ces similitudes s'expliquent beaucoup mieux par l'exploitation (…) du même texte origénien que par des contacts entre les deux Latins (ibid, p. 5). Nous indiquerons au fur et à mesure du texte, en notes de bas de page, quelques-unes des conclusions de cet article.
(28) La citation biblique diffère légèrement du verset tel que Jérôme l'a traduit dans la Vulgate; Le Commentaire sur Aggée: Crescite et multiplicamini, et implete terram; Vulgate: Crescite et multiplicamini, et replete terram. Sans exclure la possibilité qu'il s'agisse d'une simple faute de copiste, puisque nous n'avons pas d'édition critique du texte du Commentaire sur Aggée, nous aimerions souligner ici que la traduction latine proposée par Jérôme dans ses commentaires ne correspond pas toujours au texte de la Vulgate. Deux raisons différentes sont avancées par P. JAY dans son ouvrage L'exégèse de Saint Jérôme d'après… (p. 92-99) afin d'expliquer ce phénomène: premièrement, Jérôme semble citer de mémoire, et ce n'est le plus souvent pas sa propre traduction qu'il cite, mais le texte de la Vetus Latina qu'il avait lu et récité depuis sa jeunesse (Pour certaines erreurs qui peuvent découler de cette habitude, voir E. BURSTEIN, La compétence de Jérôme en hébreu dans Revue des études augustiniennes, vol. 21, 1975, p. 3-12, et notamment p. 9-10); et deuxièmement, dit P. JAY, plusieurs de ces modifications servent tout autant l'exactitude que la clarté d'expression; et surtout certaines visent de toute évidence à affirmer davantage la conformité de sa traduction à l'hebraica veritas. Jérôme semble donc considérer son travail de jadis comme perfectible (p.99). Ainsi, s'exprime Saint Jérôme lui-même en introduisant une correction à sa traduction d'un terme: Je pense que mieux vaut critiquer ma propre erreur qu'y persister par honte d'avouer mon impéritie (Saint Jérôme,
Commentaire sur Isaïe, 19, 16-17, traduction: P. JAY, L'exégèse de Saint Jérôme d'après…, p. 91).
(29) Cette phrase fait référence à l'expulsion du paradis relatée dans la Genèse 3, 8-24. Pour les tuniques de peau, voir le verset 21.
(30) Dans le texte des Septante on trouve cette phrase également à la fin du deuxième jour de la Création; Genèse 1, 8: καὶ εἶδεν ὁ θεὸς ὅτι καλόν. Καὶ ἐγένετο ἑσπέρα καὶ ἐγένετο πρωί, ἡμέρα δευτέρα. Aquila, le juif, et Symmaque et Théodotion, les ébionites, sont les trois traducteurs grecs de la Bible dont les versions se trouvaient réunies dans les Hexaples d'Origène à côté de celle des Septante, du texte hébreu et de sa translittération en grec. Saint Jérôme, qui atteste, entre autre, d'avoir consulté une copie des Hexaples à la bibliothèque de Césarée (Commentaire sur l'Epître à Tite, 3, 9), a souvent recours à ces trois versions dans ses commentaires (voir, P. JAY, L'exégèse de Saint Jérôme d'après…, p. 102-110). Il qualifie les trois traducteurs ainsi: l'un (Aquila) excellait en rendant mot à mot, l'autre (Symmaque) en suivait plutôt le sens, et le troisième (Théodotion) ne s'écartait pas beaucoup des anciens (Saint Jérôme, Chronique d'Eusèbe, préface, traduction personnelle).
(31) Cela fait écho, jusque dans le vocabulaire employé, au châtiment annoncé à l'Homme lorsqu'il fut chassé du paradis; voir Genèse 3, 17-19.
(32) Numero Deus impare gaudet – Virgile, Bucoliques, VIII, 75.
(33) La citation ne correspond pas exactement au texte de la Vulgate; voir note 28.
(34) Allusion à Jean 1, 1.
(35) Du verbe ἑορτάζω – célébrer une fête (Dictionnaire grec-français – Bailly); voir note 27.
(36) Selon les analyses de P. Jay, le nom spiritus aussi bien que l'adjectif et l'adverbe correspondant: spiritalis et spiritaliter sont les termes le plus fréquemment employés par Saint Jérôme, dans l'ensemble de son œuvre afin de désigner le sens spirituel. Contrairement aux autres termes employés par Saint Jérôme pour cet effet, tels qu'allegoria, anagogè et tropologia, qui gardent de leur origine l'idée d'un procédé formel, le mot spiritus, qui est d'origine chrétienne, semble qualifier plutôt le contenu d'une interprétation que la méthode par laquelle elle est opérée. Evoquant l'origine paulinienne du mot, Saint Jérôme l'oppose souvent à littera (voir note 22), et en effet, dans le Commentaire sur Aggée, il y a deux occasions où les deux termes sont opposés, bien que spiritus y soit employé non dans son acceptation exégétique mais au sens propre (voir les renvois aux notes 22 et 91). En outre, contrairement à anagogè et à tropologia, la forme d'emploi la plus fréquente de spiritus n'est pas au sein des tours prépositionnels faisant intervenir juxta ou secundum, mais en tant qu'adjectif qualifiant un nom tiré du texte biblique. Dans notre commentaire, c'est la loi, les fêtes, la maison et les offrandes qui sont qualifiées au moyen de l'adjectif spiritalis (voir le renvoi à la note présenté, et à la note 93). Or, Saint Jérôme ne fait ici qu'appliquer la règle paulinienne pour la compréhension de l'Ancien Testament, citée d'ailleurs une fois dans notre commentaire afin de justifier son application: la Loi est spirituelle (Romains 7, 14). Une troisième différence se révèle entre spiritus et les autres termes désignant l'interprétation spirituelle; alors qu'il arrive à Saint Jérôme de s'opposer à une interprétation spirituelle et d'accuser certains exégètes de s'égarer dans les libres espace de l'allégorie (une accusation portée contre Origène – Saint Jérôme, Commentaire sur Isaïe, 5, prologue, traduction: P. JAY, L'exégèse de Saint Jérôme d'après…, p. 237), spiritus n'est guère employé péjorativement. D'après une étude de l'emploi de spiritus dans les commentaires sur Zacharie et sur Isaïe, P. Jay a conclu que ce mot est employé par Saint Jérôme surtout au sein des passages qui interprètent le texte biblique à la lumière de la venue du Christ (Pour les deux études sur spiritus d'où proviennent beaucoup des informations contenues dans cette note, voir P. JAY L'exégèse de Saint Jérôme d'après…, p.241-251 et Le vocabulaire exégétique de Saint Jérôme dans le Commentaire sur Zacharie, p. 11-13). Cependant, les emplois du mot dans le Commentaire sur Aggée ne peuvent pas confirmer cette analyse, car, bien qu'aucune des sept occurrences de spiritus ne soit pas entièrement dissociée de la venue du Christ, une seule en parle explicitement. Il faudrait également noter qu'à une occasion, notre commentaire présente spiritus et ἀναγωγή comme synonymes, puisqu'après avoir dit qu'en exposant le sens juxta historiam: nous avons déjà tiré les grandes lignes de l'interprétation spirituelle, Saint Jérôme commence cette interprétation par: secundum ἀναγωγήν.
(37) La citation diffère de la version de la Vulgate. Le passage subit du pluriel au singulier se trouve dans l'original.
(38) Comme le note l'édition de J.-P. MIGNE, ce thème est également développé par l'Apôtre dans II Corinithiens 9, 6-10.
(39) Saint J&eacute;r&ocirc;me s'adresse souvent dans ses commentaires &agrave; un lecteur qu'il qualifie de prudens, diligens, doctus (P. JAY, L'ex&eacute;g&egrave;se de Saint J&eacute;r&ocirc;me d'apr&egrave;s&hellip;, p. 73, note 36) ou eruditus (Saint J&eacute;r&ocirc;me, Commentaire sur Jonas, &eacute;dition Y.-M. DUVAL, p. 180 et 182). Nous avons vu que le bon sens de celui-ci joue un r&ocirc;le principal dans la r&egrave;gle m&ecirc;me du commentaire: Ainsi le lecteur avis&eacute;, apr&egrave;s avoir lu les diverses explications et s'&ecirc;tre instruit des nombreux avis qui m&eacute;ritent d'&ecirc;tre ou retenus ou rejet&eacute;s, pourra juger de ce qui est le plus exact et, comme un bon changeur, refuser l'argent de mauvais aloi (Apologie contre Rufin, 1, 16, traduction: P. JAY, L'ex&eacute;g&egrave;se de Saint J&eacute;r&ocirc;me d'apr&egrave;s&hellip;, p. 70). Pour la n&eacute;cessit&eacute; des fondements de l'histoire afin de monter au fa&icirc;te que constitue le sens spirituel, voir note 22.<br>

 

…à Zorobabel, fils de Salathiel, gouverneur de Juda, et à Jésus, fils de Josedec, le grand prêtre, disant (Aggée 1, 1).
Nous lisons dans les Paralipomènes que Jékonias, qui avait été conduit à Babylone, eut pour fils Salathiel, dont est né Zorobabel (I Chroniques 3, 16-19).40 C'est ce que dit aussi Matthieu en énumérant la généalogie du Sauveur: après la déportation à Babylone, Jékonias engendra Salathiel, Salathiel engendra Zorobabel, Zorobabel engendra Abioud (Matthieu 1, 12-13).
Ce Zorobabel de la tribu de Juda, un descendant de la souche de David, est le type41 du Sauveur: c'est lui qui rebâtit vraiment le temple détruit, c'est-à-dire l'Eglise, et qui ramena le peuple de leur captivité. Et, c'est autant avec des pierres de l'ancien temple qu'avec de nouvelles pierres, jadis non polies, qu'il édifia l'Eglise, c'est-à-dire, avec des restes du peuple juif42 et avec la multitude de gentils, il érigea une tente à l'honneur de Dieu le Père. Zorobabel veut dire, selon les différents accents de la langue hébraïque, soit ῥεῦσις παρακειμένη, c'est-à-dire soit l'écoulement adjacentou étendu43, soit né à Babylone44, soit roi de Babylone45. Cet écoulement est contraire à la première interprétation qui est donnée au nom de Jazebel, c'est-à-dire écoulement vain46 ou écoulement de menstrues, qui signifie manifestement de la saleté, alors que Zabulon exprime l'écoulement de la nuit47. Abandonnant donc le flot vain, sordide et ténébreux de ce monde, suivons le flot en Jésus, qui nous a été dévoilé pour que nous en buvions, et qui s'avère comme une source très abondante d'après ce que dit l'Evangile: Debout dans le Temple, Jésus s'écria: Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive (Jean 7, 37). Et nous pourrons en boire directement, au moment où nous l'aurons demandé à Dieu le Père, comme il est dit: Demande, et l'on vous donnera (Matthieu 7, 7). Salathiel veut, en effet, dire une demande à Dieu48. Et personne n'arrive à Jésus si ce n'est le Père qui l'y a amené (Jean 6, 45). Le flot naîtra donc pour nous, exposé suite à une supplication vers Dieu, et il sera de la tribu de Juda, c'est-à-dire, de la tribu royale qui confesse ou qui loue Dieu, car Juda signifie les deux choses. En outre, il est né à Babylone; or, cela est en effet dit de Zorobabel selon l'histoire49, parce qu'il y est né. Mais, selon un sens plus élevé50, cela renvoie aussi à Jésus notre Seigneur, car il est né lui-même dans le trouble de ce monde, et il fut sur les bords du très large fleuve de Chobar et il vit cette grande vision que, sous son type, Ezéchiel eut au début de son livre (Ezéchiel 1). Or, en disant que Zorobabel signifiait roi de Babylone, je voulais dire non que ce nom signifie, proprement dit, roi, mais que chez les Hébreux51 on rapporte que son nom est composé de trois éléments distincts: ZO veut dire celui-ci, ROB – maître ou plus grand, BABEL correspond à de Babylone, et le nom complet de Zorobabel – celui-ci maître de Babylone. Mais pour avoir un sens résumé à la place des fragments présentés plus haut, j'ai entendu l'expliquer par prince de Babylone ou à Babylone. De même que Jésus fils de Nave52, qui fut lui-même aussi du type du Sauveur, conduisit le peuple de l'abandon en terre promise, de même celui qui est né à Babylone ramena ceux qui étaient à Babylone, en terre promise, d'où ils avaient été amenés en captivité. Et à ceux qui étaient dans les fers il dit: sortez! et à ceux qui étaient assis dans les ténèbres: soyez éclairés! (Isaïe 49, 9).
Mais en vérité, la parole de Dieu, qui fut dans la main d'Aggée, n'est pas destinée seulement à Zorobabel, fils de Salathiel, dont nous avons déjà parlé, mais aussi à Jésus, fils de Josedec, le grand prêtre. Autant, relativement à l'histoire53, l'un est Zorobabel de la tribu royale, et l'autre Jésus de la tribu sacerdotale, autant, pour le sens spirituel, l'un et le même sont, en fait, notre Seigneur et notre Sauveur, notre roi et notre grand prêtre; en lui, ce qui était du type de roi, portait le nom de Zorobabel, et ce qui était de celui de pontife, portait son homonyme – Jésus, dont le nom veut dire JAO-salut, c'est-à-dire, le salut du Seigneur; or, il est le fils de Josedec, qui se traduit dans notre langue par JAO-juste, c'est-à-dire, le juste du Seigneur. En effet, juste et saint est Dieu le Père, et le même est Dieu le Fils; il n'y a en lui qu'une parfaite égalité. Cela pour servir de réplique à Marcion et aux autres hérétiques54 qui assurent que notre Seigneur, le Sauveur, est le fils d'un autre, je ne sais lequel, bon Dieu, et non pas du Créateur, qu'ils appellent le Juste. Et en vérité, Jésus est le Grand Prêtre, par rapport à qui tous les prêtres de Dieu ne sont qu'infimes et peu de chose. En effet, si ce prêtre est nommé grand, c'est surtout pour le distinguer de ceux qui sont moindres de lui. Or, plus petits sont tous ceux qui sont hors de lui et postérieurs à lui; de même qu'il est le premier-né des toutes les créatures et le premier-né parmi les morts, de même il est le roi et le plus grand de tous les prêtres.
Le Seigneur des armées dit ceci: ce peuple dit, le temps de bâtir la maison du Seigneur n'est pas encore arrivé (Aggée 1, 2).
Remarquons scrupuleusement que ce ne sont pas Zorobabel ou Jésus qui disent: le temps de bâtir la maison du Seigneur n'est pas encore arrivé; c'est le peuple qui était soumis encore au roi Darius, et qui n'avait pas encore secoué le joug de la servitude.
C'est toujours ceux qui sont retenus en captivité, et qui sont sortis de Jérusalem, diffèrent et retardent la construction du temple de Dieu, et disent: le temps de bâtir la maison du Seigneur n'est pas encore arrivé. Et quand tu verras quelqu'un sorti de l'Eglise et livré au Satan pour la destruction de sa chair afin que son esprit soit sauvé (I Corinthiens 4, 5), qui réfléchit et s'apprête à bâtir par la chasteté le temple qu'il avait détruit auparavant par sa concupiscence, mais qui se retarde de jour en jour, dis-lui: toi aussi, tu fais vraiment partie du peuple des captifs et tu dis: le temps de bâtir la
maison du Seigneur n'est pas encore arrivé. Celui qui décida une fois pour toutes d'ériger le temple de Dieu, et pour qui tout moment est approprié pour bâtir, ne saurait être empêché ni par le Diable-Roi, ni par les ennemis autour de lui, ni par la piété simulée de ses parents, de ses proches et de ses enfants. Dès ta conversion tu crieras le nom du Seigneur, et il dira: Me voici!


(40) En fait, d'après ces versets du Livre des Chroniques, Zorobabel ne serait pas le fils de Salathiel mais de son frère cadet Pedaya.
(41) Dans son Commentaire sur Osée, Saint Jérôme explique très clairement ce que c'est que le typus, d'ailleurs un concept majeur dans l'exégèse des Pères de l'Eglise que l'on trouve souvent dans son œuvre: Il reste que nous disons que les réalités qui arrivent à l'avance à propos d'autres personnages avec la valeur d'un type (τυπικῶς), c'est en les appliquant au Christ qu'on en voit l'accomplissement véritable. (…) Et pourtant il ne faut pas croire que tous les actes qu'on rapporte de ceux qui ont été pour une part des types du Seigneur Sauveur ont été faits en symbole de lui. Le type en effet révèle un aspect partiel. Si tout arrivait à l'avance dans le type, ce ne serait plus un type, mais c'est de réalisation historique qu'il faudrait parler (Saint Jérôme, Commentaire sur Osée, 11, 1-2, cité dans P. JAY, L'exégèse de Saint Jérôme d'après…, p. 263-264).
Dans son dernier commentaire sur le prophète Jérémie, laissé inachevé au moment de sa mort, Saint Jérôme s'est exprimé plus explicitement au sujet de Zorobabel comme type du Christ. Il y dit: Le type de ces choses est préfiguré en Zorobabel et en Ezra, au temps desquels le peuple est retourné, on a commencé à bâtir la ville à sa hauteur et d'observer le culte dans le temple, et tout ce qui est contenu dans le livre du même Ezra. Or, ces choses se sont réalisées pleinement et parfaitement dans le Seigneur Sauveur et dans les Apôtres, au moment où la ville fut bâtie à sa hauteur – comme il est écrit: "Une ville, qui est située sur la montagne, ne peut pas être cachée" (Matthieu 5, 14) – et l'ordre et les cérémonies furent établis dans le temple, si bien que tout ce qui se faisait charnellement chez le premier peuple, se réalisa spirituellement dans l'Eglise (Saint Jérôme, Commentaire sur Jérémie, 30, 18-22, traduction personnelle).
(42) D'après une étude menée par P. Jay, lorsque l'interprétation juive présentée par Saint Jérôme trouve grâce à ses yeux il l'attribue plutôt aux Hebraei, alors que quand il la rejette, plus ou mois vigoureusement, il a tendance à l'attribuer au Judaei (P. JAY, L'exégèse de Saint Jérôme d'après…, p.194).
(43) Cette étymologie donnée au nom de Zorobabel ne nous est pas entièrement compréhensible. Il semblerait que Saint Jérôme veuille la baser sur la racine hébraïque .ב[.ו].ז (Z.[U.]V/B.), qui est celle du substantif qui signifie écoulement et du verbe couler/s'écouler. Néanmoins, cette racine se trouve dans le nom de Zorobabel (לבבּרְ ֶ ָ ֻז) seulement si l'on admet que la lettre ר (R) s'intercale entre les lettres de la racine, mais hébreu n'admet jamais une intercalation de consonnes entre les lettres de la racine trilitère.
(44) C'est en effet l'étymologie la plus répandue du nom de Zorobabel. Elle fait du nom un mot composé: לבבּ-[ע]רֶ (zéra-bavél) qui veut dire semence de Babylone d'où le sens de celui qui fut semé à Babylone ֶ ָ ַז (M. ZER-KAVOD, Daat Mikra, Hagaï, Jérusalem, 1990, chap. 1, verset 1, note 4).
(45) Voir l'explication de Saint Jérôme à la page suivante.
(46) ֶזיא (Izévél) en [ל]בז-יא, le premier composant étant Il paraît que Saint Jérôme décompose le nom de לבֶ ִ une négation et le deuxième comportant la racine qui signifie écoulement. Or, il ne tient pas compte de la dernière lettre du nom (ל).
(47) Il semble que Saint Jérôme voie dans le nom de ןוּלבְ un mot composé: ןול-בז dont le premier ֻז composant est de la racine qui signifie écoulement alors que le deuxième est de la racine d'un des verbes qui signifient dormir (.נ.ו.ל – L.U.N). En fait, on trouve dans la Bible même une autre étymologie de ce nom qui est rapproché à un des verbes qui veulent dire habiter (voir Genèse 30, 20).
(48)> ֵ ִ ְ ְ ִ ְ ָ ֵ Le nom de לאיתּל שׁ est composé du verbe יתּל שׁ – j'ai demandé, et nom substantif לא – Dieu. Il veut dire donc: j'ai demandé à Dieu.
(49) Un peu moins fréquent dans le Commentaire sur Aggée que littera (voir note 22), le mot historia est un des deux termes majeurs par lesquels Saint Jérôme désigne, dans l'ensemble de son œuvre, le sens littéral. D'après une étude de ses emplois dans les commentaires sur Zacharie et Isaïe, où historia est le terme le plus fréquent pour désigner le sens littéral, P. Jay a constaté que bien que ces deux mots soient interchangeables alors que Saint Jérôme ne cherche pas à qualifier le sens littéral, c'est plutôt littera qui est employé dans des contextes péjoratifs, puisqu'il fait allusion à la condamnation paulinienne de la lettre, tandis que c'est plutôt historia qui est employé lorsque Saint Jérôme souhaite mettre en valeur l'importance du sens littéral. En effet, loin de mépriser le sens littéral en général, Saint Jérôme avait attribué, plusieurs fois dans l'ensemble de son œuvre, à l'historia le rôle de soubassement du sens spirituel (voir note 22). Voir P. JAY, L'exégèse de Saint Jérôme d'après…, p. 135-142, et Le vocabulaire exégétique de Saint Jérôme dans le Commentaire sur Zacharie, p. 8.
Les trois occurrences du mot historia dans notre commentaire confirment cette analyse. A deux reprises historia est employé au sein d'une exégèse "typologique" (voir note 41). Il y s'agit, une première fois, de Zorobabel secundum historiam, qui est en effet le type du Christ juxta altiorem intelligentiam (voir le renvoi à cette note). La deuxième fois, Zorobabel et Jésus, le grand prêtre, qui sont deux personnages distincts ad historiam, préfigurent tous les deux le Christ ad intelligentiam spiritualem (voir le renvoi à la note 53). Comme les deux occurrences précédentes, la troisième présente l'historia comme un préparatif essentiel à l'interprétation spirituelle. En effet, après avoir terminé l'interprétation littérale d'un lemme et avant de passer son interprétation spirituelle, Saint Jérôme dit: Voici selon l'histoire; pourtant, en l'exposant nous avons déjà tiré les grandes lignes de l'interprétation spirituelle (voir le renvoi à la note 126).
(50) juxta altiorem intelligentiam – cette expression semble être équivalente au mot grec ἀναγωγή; voir note 58.
(51) Dans ses commentaires, Saint Jérôme laisse souvent entendre qu'il a reçu certaines informations des juifs de son époque. Ainsi, des formules telles que: Nos, docti ab Hebraeis…; Hebraeus qui me in Scripturis erudiuit…(ces exemples tirés des commentaires sur Isaïe et sur Nahum sont cité dans P. JAY, L'exégèse de Saint Jérôme d'après…, p. 39, note 101) ; ou bien d'autres qui sont plus ambiguës telle que: aiunt Hebraei (voir le renvoi à la note 71). Néanmoins, la connaissance directe que Saint Jérôme a pu avoir des traditions juives fait sujet de controverse. D'une part, Saint Jérôme parle lui- même de certains juifs qu'il fréquentait. Il nomme le juif qui lui enseignait l'hébreu: A Jérusalem et à Bethléem, avec quelle peine, et à quel prix, ai-je suivi, la nuit, les leçons de Baranina! En effet, il craignait les juifs et se montrait à moi comme un deuxième Nicodème (lettre 84, 3, 2). Lors de son séjour à Rome, il raconte au Pape Damase: Soudain un hébreu est advenu, portant une quantité non négligeable de rouleaux qu'il avait empruntés à sa synagogue sous prétexte de vouloir les lire lui- même. Et sur-le-champ il a dit: "tiens! C'est ce que tu avais demandé" (lettre 36, 1, 2, traduction personnelle). En révisant le texte latin des Paralipomènes, il consulte un docteur de la Loi de Tibériade que les Hébreux entourent d'admiration (Préface au livre de Paralipomènes selon les Septante, cité dans P. JAY, L'exégèse de Saint Jérôme d'après…, p. 41). Et dans la préface à sa traduction du livre de Job, il dit: Je me souviens qu'afin de comprendre ce livre, j'ai payé cher pour les services d'un certain maître de Lydda qui était considéré le meilleur par les Hébreux (traduction personnelle). En outre, on trouve chez Saint Jérôme certaines affirmations qui induisent à penser que sa connaissance des traditions hébraïque était en effet profonde et intime. Par exemple, dans son Commentaire sur Isaïe il donne une longue liste des rabbins des deux premiers siècles (chap. 8, verset 14, au sujet de l'omission de cette liste dans l'édition J.-P. MIGNE, voir L.N. HARTMANN, St. Jerome as an Exegete, p. 80, note 52), et dans sa lettre 121, il évoque des termes talmudiques fréquents (pour ces exemples et d'autres, voir ibid, p. 53-67). Cependant, dans son article Saint Jérôme et ses maîtres hébreux (dans Revue bénédictine, tome 46, Abbaye de Maredsous, 1934, p. 145-164), G. Bardy montre qu'à plusieurs reprises les mêmes interprétations que Saint Jérôme atteste avoir entendues des juifs, sont étrangement déjà citées dans les commentaires d'Origène et d'Eusèbe comme celles des juifs proches d'eux.
(52) Il s'agit de Josué fils de Nûn. Il est intéressant de noter que Jérôme ne cite pas son nom comme il l'a traduit dans sa propre traduction fidèle à l'hébreu: Iosue filius Nun, mais comme celui-ci avait été transcrit par les Septante: Ἰησοῦς υἱὸς Ναυη (voir, par exemple: Exode 33, 11; Nombres 11, 28; Josué 1, 1) et dans la traduction latine des apocryphes, existant avant Jérôme et faite sur le texte grec des Septante (Ecclésiastique 46, 1). Voir note 28
(53) Voir note 49.
(54) Ainsi décrit Tertullien dans son Contre Marcion les dogmes de l'hérétique en ce qui concerne la divinité: Marcion établit qu'autre est le Christ qui, à l'époque de Tibère, a été révélé par le dieu autrefois inconnu pour le salut de toutes les nations, et autre celui qui a été promis par le dieu Créateur pour la restauration de l'état juif et qui doit venir un jour. Entre eux il creuse une distance considérable, et même totale, autant qu'il en existe entre le juste et le bon, entre la Loi et l'Evangile, entre le judaïsme et le christianisme (Tertullien, Contre Marcion, 4, 6, 3, édition C. MORESCHINI et R. BRAUN, Paris, 2001, p. 91).

 

Et la parole de Dieu se fit dans la main du prophète Aggée, pour dire: Est-ce le temps pour vous d'habiter dans vos maisons lambrissées, et cette maison est abandonnée ? (Aggée 1, 3-4)
Ou comme les Septante ont traduit: κοιλοστάθμοις, c'est-à-dire creusées. Le même jour que plus haut, eut lieu cette vision. Et les actions du prophète progressant, les dons de la prophétie s'avancent aussi; après un bref moment de silence, en vue de ce que le peuple avait dit: il n'est pas encore le temps de bâtir la maison du Seigneur, il donne la réponse de Dieu, comme si celle-ci était méditée, et il leur dit: Est-il donc le temps pour vous d'habiter dans vos maisons situées en bas, dans la vallée encaissée, alors que ma maison, qui est sur la montagne, est déserte ? Ou bien selon l'hébreu: …pour vous d'habiter dans vos maisons lambrissées (c'est-à-dire, ornées et bien disposées, et qui sont faites plus pour l'agrément que pour l'usage), et ma demeure, où furent le Saint des Saints55, les Chérubins56 et la table d'oblation57, sera-t-elle imbibée des pluies, laissée à l'abandon et desséchée au soleil ? Ensuite selon l'anagogie58, tout le temps où nous choisissons d'habiter dans la vallée, ou bien, où nous sommes esclaves de l'agrément, est un temps fâcheux. Les Stoïciens qui prennent soin de définir les mots un par un, ont dit que le temps servait pour la correction ou pour le changement, puisqu'il est significativement dit en grec: il est temps de rectifier sa conduite59. En effet, tout le temps où nous nous appliquons non pas à la vertu, mais aux vices, est perdu; comme s'il n'existait pas, il ne compte pour rien. Donc, si quelqu'un d'entre nous habite dans la vallée encaissée ou couvre sa maison d'un plancher de volupté et de luxe, il ne construit pas le temple de Dieu, et le Seigneur n'a pas en lui où reposer sa tête; et alors qu'il bâtit une maison pour les renards, il permet que l'ancienne demeure de Dieu soit déserte. Et maintenant, le Seigneur des armées dit: appliquez vos cœurs à vos voies (Aggée 1, 5).
N'ayez pas un temps pour parler, et un autre pour agir; mettez aussitôt mes préceptes à l'œuvre, car c'est le Seigneur tout-puissant qui vous les donne, et le commandement du Dieu tout-puissant n'est, en tout état de cause, pas léger. Jusqu'ici vous avez eu des cœurs asservis aux vices, allant, sans ordre, sans direction, partout où les désirs vous entraînaient. Or, maintenant le Seigneur vous prescrit de diriger votre amour vers lui, et d'appliquer vos cœurs à considérer vos voies, afin de ne rien faire sans discernement et sans considération; que la lampe de sa loi guide toujours vos pieds, et que vous disiez: ta loi est une lampe à mes pieds et une lumière sur mes sentiers (Psaumes 119, 105). Ou du moins, comme vous dites qu'il n'est pas temps de bâtir la maison du Seigneur, et que vous habitez vous-même dans des demeures enfoncées en bas, alors que ma maison est déserte, considérez, d'après les ordres du Seigneur, et souvenez-vous de ce que vous avez fait, et de ce que vous avez subi.

Vous avez semé beaucoup, et vous avez recueilli peu; vous avez mangé, et vous n'avez pas été rassasiés; vous avez bu, et vous n'avez pas été enivrés; vous vous êtes couverts, et vous n'avez pas été réchauffés. Et celui qui a obtenu un salaire, l'a mis dans une bourse percée (Aggée 1, 6).
Tout votre travail, vous qui avez bâti votre maison et négligé celle de Dieu, est resté sans effet. Vous avez semé en grande quantité, et vous avez ramassé beaucoup moins que vous n'aviez semé; par conséquent, vous ne pouvez pas prétendre que l'on a connu la faim parce que le paysan s'est montré lent en travaillant la terre. Vous avez mangé aussi (pour que personne d'entre vous ne puisse dire que le jeûne fut volontaire), et vous n'avez pas été assouvis, parce que vous aviez rassemblé peu de fruits dans les greniers. Vous avez bu du vin des vignobles, mais pas assez pour que votre cœur s'en réjouisse, et pour que l'on dise de vous: et le vin réjouit le cœur de l'homme (Psaumes
104, 15). Vous avez eu un manteau, mais il ne repoussait pas le froid et ne conservait pas la chaleur. Quiconque d'entre vous a obtenu un salaire, soit par le commerce soit en se louant comme main-d'œuvre, a déployé son labeur en vain sans en avoir de
récompense. En effet, comme s'il le mettait dans une bourse percée, tout l'argent s'est écoulé.
Cependant, selon le sens spirituel aussi, ceux qui étaient retournés de Babylone et qui n'eurent pas encore bâti le temple de Dieu, différant sa construction de jour en jour, dirent: le temps de bâtir la maison du Seigneur n'est pas encore arrivé. Ils ne furent pas captifs, mais ils n'ont pas encore reçu une complète liberté; en vérité, ils se trouvèrent dans quelqu'espace intermédiaire: ils ont semé beaucoup et ils ont recueilli
peu; ils ont mangé, et ils n'ont pas été rassasiés; ils ont bu, et ils n'ont pas été enivrés; ils se sont couverts, et ils n'ont pas été réchauffés; ils ont obtenu un salaire, et, comme s'ils le mettaient dans une bourse percée, ils l'ont perdu. Si quelqu'un fait, parmi de nombreux actes de péché, des choses justes, Dieu n'est pas injuste au point d'oublier le peu de bonnes actions à cause de nombreuses mauvaises; il fera en sorte que celui-ci récolte autant de bonnes actions, qu'il ait semées, et qu'il les amasse dans son grenier.
Or, celui qui est un apostat60 complet n'aura absolument rien à manger, il périra de faim. D'ailleurs, celui qui sème beaucoup et qui recueille peu, ne mangera pas assez et n'en sera pas rassasié, selon la menace du Seigneur qui figure parmi les malédictions annoncées dans le Lévitique: vous mangerez et vous ne serez pas rassasiés (Lévitique 26, 26). En revanche, celui qui est saint mangera jusqu'à satiété, et en lui sera accompli ce qui fut écrit: le juste mange et remplit son âme (Proverbes 13, 25). De même, celui qui ne boit rien du tout, périra de soif, comme l'indique le livre de Judith (si l'on veut malgré tout accepter le livre d'une femme61): les enfants périrent de soif62. Quant à celui qui boit peu, certes il boit, mais pas jusqu'en être enivré. Or, celui qui peut dire au Seigneur: Que ta coupe enivrante est belle! (Psaumes 22, 563), qui s'enivre avec Noé (Genèse 9, 20-27), et à qui il est permis, bien qu'il se trouve en Egypte, d'être imprégné de vin dans le festin de Joseph, avec les patriarches et avec les frères de celui-ci (Genèse 43, 31-33), à cause de la grandeur de son allégresse et de sa joie quotidienne, alors qu'il va avec les Apôtres dans l'extase, il sera dit de lui qu'il est plein de vin doux (Les Actes des Apôtres 2, 13). Comment le fait que les enfants de Jonadab, fils de Rechab, ne burent pas de vin, et qu'ils en sont loués par le Seigneur, ne soit pas en contradiction avec cette explication, cela sera montré plus convenablement dans le livre de Jérémie (Jérémie 35).
Ensuite, il est dit à ceux qui négligeaient de bâtir le temple de Dieu: vous vous êtes couverts, et vous n'avez pas été réchauffés. Comme nous entendons dans le cent troisième Psaume, où l'on dit de Dieu: l'abîme fut couvert comme de son vêtement (Psaumes 103, 6). En effet, bien que selon la vérité hébraïque64 cela se réfère à la terre qui est entourée de l'océan, selon les soixante-dix traducteurs, qui ont dit: son vêtement à lui65, au masculin, et non pas à elle66, au féminin, nous devons comprendre que cela fut dit de Dieu, puisque sa sagesse est insondable, et que le Seigneur établit sa retraite dans les ténèbres (Psaumes 17, 12), et que ses mystères ne se dévoilent pas aux indignes. Par conséquent, le juste dit en se réjouissant: dans mon cœur j'ai caché tes paroles pour ne pas pécher contre toi (Psaumes 118, 11). Ce manteau tissé de sens et de paroles d'une sagesse multiple, ne permet pas de refroidir, au souffle du vent du nord, l'esprit bouillonnant et la chaleur de l'amour. Celui qui est dans un état intermédiaire, et qui a un manteau, mais n'en est pas tout à fait couvert, de même qu'il amassa peu dans son grenier, qu'il mangea mais pas jusqu'en être rassasié, qu'il but mais pas jusqu'à s'en enivrer, de même il se couvrira du manteau de ses sens et de ses oeuvres, mais il ne se réchauffera point. Or, celui qui, à cause de l'excessive pauvreté de son âme, n'a pas de manteau, c'est que, l'iniquité ayant accrû, l'amour s'est refroidi en lui (Matthieu 24, 12). Quant à l'homme dont un autre possède le manteau, ceci est prescrit dans la loi à son sujet: tu lui rendra son vêtement avant que le soleil ne se couche, puisqu'il est pauvre et qu'il a de l'espérance en lui (Deutéronome 24, 15).67
Mais, à ceux qui habitaient dans la vallée encaissée ou dans des maisons lambrissées, et qui disaient: le temps de bâtir la maison du Seigneur n'est pas encore arrivé, il arriva aussi d'amasser leur salaire dans une bourse percée (Isaïe 40, 10 et 62, 11). Si l'un d'entre nous fait de bonnes œuvres, dignes de récompense (que nous recevrions du Seigneur, dont il est dit: Voici le Seigneur, et la récompense est dans ses mains, il rend à chacun selon ses œuvres [Matthieu 16, 27]68; et selon l'Apôtre: Si son œuvre bâtie sur le fondement subsiste, il recevra une récompense [I Corinthiens 3, 14]), il rassemble une récompense qui est à conserver et qui subsisterait, et les vertus se joignant aux vertus, il accumule des richesses dans un sac intacte. Or, celui qui, après ses bonnes œuvres, pèche non une fois ou deux, mais souvent, et qui obscurcit et souille son amour délaissé de ses vices ultérieurs, il amasse de l'argent dans une bourse percée. Voici tout ce qui arrive à ceux qui disent: le temps de bâtir la maison du Seigneur n'est pas encore arrivé, et qui, tout en habitant dans les vallées encaissées, souffrent que la maison du Seigneur soit déserte.


(55) Le Saint des Saints, qui s’appelait aussi le Debir, était la partie la plus sacrée du Temple de Salomon,qui abritait l’Arche de l’Alliance : …et il fit pour le Temple le Debir, le Saint des Saints (I Rois 6, 16). Il aménagea un Debir dans le Temple, à l’intérieur, pour y placer l’arche de l’alliance de Yahvé (ibid,
19).
(56) Les Chérubins qui se trouvaient dans le Saint des Saints sont décrits ainsi: Dans le Debir, il fit deux chérubins en bois d’olivier sauvage, de dix coudées de haut chacun (ibid, 23). Il plaça les chérubins au milieu de la chambre intérieure; les chérubins déployaient leurs ailes, en sorte que l’aile de l’un touchait au mur, que l’aile de l’autre touchait à l’autre mur et que leurs ailes se touchaient au milieu de la chambre, aile contre aile. Et il revêtit d’or les chérubins (ibid, 27-28).
(57) Salomon fit tous les objets destinés au Temple de Yahvé, l’autel d’or et la table sur laquelle étaient les pains d’oblation (ibid 7, 48).
(58) Saint Jérôme était le premier des latins à employer dans ses commentaires le mot ἀναγωγή, fréquent pourtant dans le vocabulaire exégétique d'Origène est d'autres exégètes grecs (P. JAY, L'exégèse de Saint Jérôme d'après…, p. 227). Ce mot qui est le nom de l'action correspondant au verbe ἀνάγω – conduire en haut, faire monter (Dictionnaire grec-français – Bailly), apparaît dans toute l'œuvre de Saint Jérôme tantôt en grec, tantôt transcrit en latin. Néanmoins, d'après P. Jay l'emploi du terme a connu une certaine évolution au cours de sa carrière. Tandis que dans le Commentaire sur Nahum, écrit en 392-393, et dans le Commentaire sur Zacharie, écrit en 406, angogè désignerait d'une façon générale le sens spirituel sans que ses emplois permettent de penser que Jérôme en distingue des aspects (P. JAY, Le vocabulaire exégétique de Saint Jérôme dans le Commentaire sur Zacharie, p. 9; concernant le Commentaire sur Nahum, voir P. JAY, L'exégèse de Saint Jérôme d'après…, p. 231, note 82), dans le Commentaire sur Isaïe, écrit en 408-410, P. Jay constate que le mot est employé plutôt dans des interprétations de type moral ou faisant référence aux hérétiques (ibid, p.226-232).
Le nombre très restreint d'occurrences du mot ἀναγωγή dans le Commentaire sur Aggée ne permet pas d'en tirer de conclusions. Cependant, bien que notre commentaire fasse partie des premiers commentaires composés par Saint Jérôme, les deux occurrences d'ἀναγωγή qui s'y trouvent semblent confirmer l'analyse de P. Jay. En effet, le mot apparaît dans l'édition J.-P. MIGNE de notre commentaire, une fois transcrit en latin (au renvoi à cette note), et une deuxième fois en grec (voir note 127). Dans les deux cas, il introduit une interprétation qui applique le passage biblique à l'âme en général, alors que dans sa deuxième occurrence, il n'est pas seulement question de l'édification de l'âme du fidèle, mais aussi de sa profanation par les doctrines des hérétiques (voir le renvoi à la note 127).
(59) χρόνον εἶναι κατορθώσεως.
(60) Le texte emploie le mot grec ἀποστάτης.
(61) Si quis tamen vult librum recipere mulieris – cette remarque est à situer dans le cadre du rejet hiéronymien des livres apocryphes. En effet, contrairement, à la fois, à la position de quelques-uns de ses contemporains (voir, par exemple, Saint Augustin, De CivitateDei, 22, 8, 1) et à la position adoptée par l'Eglise au moment du Synode d'Hippone en 393, Jérôme était intransigeant vis-à-vis des livres dits apocryphes. Ainsi, en ce qui concerne le Nouveau Testament il n'admettait pas comme canoniques certaines des Epîtres des Apôtres et notamment l'Epître de Saint Paul aux Hébreux, tandis que en ce qui concerne l'Ancien Testament, en accord avec sa conception de l'hebraica veritas, il n'admettait comme canoniques que les livres du canon juif, tel que celui-ci avait été fixé à la fin du premier siècle de notre ère (J.N.D. KELLY, Jerome…, p. 160). Il s'exprime clairement au sujet du canon de l'Ancien Testament dès son Prologus galeatus, c'est-à-dire, sa préface à la traduction des livres de Samuel et de Rois, qui date d'avant 393 (P.W. SKEHAN, St. Jerome and the Canon of the Holy Scriptures dans A Monument to Saint Jerome, édité par F.X. MURPHY, New York, 1952, p. 257-287). En effet, il y énumère les livres admis comme canoniques et ajoute que: tout ce qui est en dehors de ceux-ci doit être rangé parmi les apocryphes. Donc, la Sagesse, attribuée communément à Salomon, le livre de Jésus fils de Sirach, Judith, Tobie et le Pasteur ne sont pas dans le canon (Prologus in libro Regum, 53-55, traduction personnelle). Or, dans un paragraphe consacré à l'éducation biblique d'une enfant ayant comme vocation la virginité, Jérôme explique quels dangers se trouvent dans les livres apocryphes et quelle est néanmoins leur valeur: Qu'elle se garde de tous les apocryphes, et si jamais elle veut les lire, non pour y chercher les dogmes authentiques, mais seulement le respect pour les symboles, qu'elle sache bien que ces livres n'appartiennent pas aux auteurs dont leur titre portent le nom, que bien des opinions fautives sont mêlées à leur texte, enfin qu'il faut user d'une grande prudence quand on cherche de l'or dans la boue (lettre 107, dans Saint Jérôme, Lettres, tome V, traduction: J. LABOURT, Paris, 1955, p.156-157). Cependant, comme le montre P.W. SKEHAN dans son article (ibid, p. 260- 263), Jérôme citait les livres apocryphes tout au cours de son œuvre, mais il l'a fait encore plus fréquemment et sans réserve durant la période qualifiée par P.W. SKEHAN de 'précritique' (ibid, p. 262-263), et dans les cinq premiers commentaires sur les petits prophètes, composés immédiatement à la fin de cette période. Pourtant, la remarque concernant le livre de Judith au sein de notre commentaire, qui figure parmi ces cinq premiers commentaires, semble attester que déjà à ce stade de son œuvre, alors qu'il citait les livres apocryphes, Jérôme souhaitait mettre son lecteur en garde au sujet de leur d'autorité.
(62) Le verset auquel Jérôme fait allusion manque de sa propre traduction du livre de Judith (édition R. WEBER), mais se trouve bien dans le texte grec du même livre. Judith 7, 22: καὶ ἠθύμησεν τὰ νήπια αὐτῶν, καὶ αἱ γυναῖκες καὶ οἱ νεανίσκοι ἐξέλιπον ἀπὸ τῆς δίψης – leurs enfants s'affolaient, les femmes et les adolescents défaillaient de soif.
(63) Ce verset, tel qu'il est cité dans le commentaire, ne diffère guère de la façon dont il apparaît dans la traduction latine des Psaumes qui a été révisée par Jérôme d'après les Septante (le Psalterium Gallicanum). En revanche, son sens est tout autre dans la traduction plus tardive des Psaumes que Jérôme a faite conformément au texte hébraïque.
(64) L'expression fort célèbre de Saint Jérôme, hebraica veritas, qui est apparue sous sa plume dans la préface à ses Questions hébraïques sur la Genèse, ouvrage écrit probablement autour de 389 ou 391 (J.N.D. KELLY, Jerome…, p. 153), est un concept central non seulement dans son exégèse, mais aussi dans toute l'œuvre de Saint Jérôme. En effet, sa croyance sans bornes à la supériorité du texte hébraïque à celui des Septante a façonné non seulement son œuvre de traducteur, mais aussi son choix des textes à commenter et la forme de ses commentaires. En effet, après une tentative faite au début de sa carrière de commenter quelques-unes des Epîtres de Saint Paul, Saint Jérôme a consacré tous ses travaux ultérieurs à l'Ancien Testament, et plus précisément aux Prophètes, et la place accordée à sa traduction sur l'hébreu dans ses commentaires est centrale. Il désigne souvent, dans les préfaces de ses traductions aussi bien que dans ses commentaires, le texte hébraïque par hebraica veritas, de même qu'il a désigné le texte grec par graeca veritas, dans la préface à sa révision des Evangiles. Saint Jérôme est resté fidèle à sa conception de l'hebraica veritas bien qu'elle lui ait valu bien de différends non seulement avec ses adversaires, mais aussi avec d'autres hommes éminents de l'Eglise, tel que Saint Augustin. En effet, dans une lettre adressée à Saint Jérôme (lettre 104 dans la correspondance de Saint Jérôme et 71 dans celle de Saint Augustin), il essaie de le convaincre d'abandonner sa traduction sur l'hébreu et de revenir à son projet d'antan de réviser la version latine de la Bible d'après les Septante, de peur que l'acceptation d'une version latine indépendante des Septante par l'Eglise occidentale entraîne un schisme avec l'Eglise orientale. Au sujet de l'hebraica veritas, voir P. JAY, L"exégèse de Saint Jérôme d'après…, p. 89-91 et J.N.D. KELLY, Jerome…, p. 153-167 et concernant la correspondance avec Saint Augustin p. 263-268.
(65) τὸ περιβόλαιον αὐτοῦ
(66) αὐτῆς
(67) La citation diffère de la version de la Vulgate.
(68) La citation diffère de la version de la Vulgate.

 

Le Seigneur des armées dit ceci: appliquez vos cœurs sur vos voies, montez à la montagne, apportez69 du bois, et bâtissez la maison; et elle me sera agréable et je serai glorifié, dit le Seigneur (Aggée 1, 7-8)
Les Septante: Le Seigneur tout-puissant dit ceci: appliquez vos cœurs à vos voies, montez sur la montagne, et coupez des bois (le reste est semblable)70
Derechef, moi, le Seigneur, je vous prescris, comme j'avais ordonné jadis, d'appliquer vos cœurs à vos voies et de considérer attentivement tout ce que vous faites, et, ne se consacrant plus à vos maisons basses, de monter à la montagne, où il y a du bois qui ne se brûle pas, et qui pourrait servir pour la construction de ma maison; et afin que vous le fassiez plus attentivement, sachez que ce que vous faites me plaira. Les Hébreux disent71 qu'il fallait seulement du bois pour la mise en place du plancher, puisque les murs du temple étaient restés debout après l'incendie. Voilà pour eux.
Quant à nous, il nous est prescrit de ne pas placer notre cœur hors de nos voies; de le placer de nouveau sur nos voies, comme nous l'avions placé auparavant. Après avoir fait ceci, il nous est prescrit de quitter nos maisons creusées et de monter sur la montagne, pour que, étant arrivés au faîte de la montagne, où se trouve le bois nécessaire pour la construction du temple de Dieu, choisi de toute la montagne de
l'Ecriture Sainte, où une variété de vertus et d'arbres de paradis ont été plantés, nous les coupions, et nous bâtissions le temple du Seigneur avec de bonnes œuvres et des dogmes de vérité, pour que, ayant été levé, ce temple plaise au Seigneur, et qu'il y soit glorifié. Par conséquent, il nous a été confié d'appliquer notre cœur à nos voies, de monter sur la montagne de la raison, et devant chacune des questions, de chercher du bois conforme aux témoignages de l'Ecriture, de le couper et d'édifier la maison de la sagesse en nous. En effet, lorsque cette maison sera levée, la fin de sa construction sera que le Seigneur soit glorifié en nous.
Vous avez porté vos regards sur une chose plus grande, et voici que cela s'est fait moindre; et vous l'avez porté dans la maison, et je l'ai dispersé en soufflant (Aggée 1, 9).
LXX: Vous avez porté vos regards sur beaucoup, et voici que cela s'est fait peu; et vous l'avez porté dans la maison, et je l'ai dispersé en soufflant.
Afin que vous vous arrêtiez de tarder, que toute équivoque soit dissipée, et que vous bâtissiez ma maison avec plus de zèle, je dis aussi ce qui vous arrivera d'autre, à vous qui avez différé la construction de ma maison. Je ne dis plus: vous avez semé beaucoup, et parce que la terre n'a pas répondu pas aux semailles, vous avez recueilli peu. Je dis: alors que les champs blanchissaient déjà, et que le temps de la moisson était imminente, et que vous croyaient tenir votre blé dans vos mains, vous avez moissonné d'inutiles chaumes, et amassé des tiges vides sans grains d'épis. Les aires étaient pleines: vous aviez l'espoir dans les yeux et le chagrin dans les mains. Mais même ce qu'avait été cueilli avec peine de nombreux champs et d'une infinité de monceaux, vous l'avez apporté à la maison, et cela fut dispersé par ma vigueur. En effet, j'ai soufflé dessus, et je l'ai réduit au néant, car le blé mort et les épis vides, qui auraient pu être bons à manger, ne contenaient point de farine. Or, il se peut qu'il dise: vous l'avez porté dans la maison, et je l'ai dispersé en soufflant, au sujet des offrandes qui étaient faites sur l'autel, et que Dieu dispersa en soufflant. Mais, lorsqu'il dit: vous l'avez porté dans la maison, si nous comprenons que ce qui fut porté c'est les offrandes, nous disons, en tout état de cause, que cela fut porté dans le temple. Et nous ne saurions pas être d'accord, parce qu'à ce moment-là la maison de Dieu n'avait pas encore été bâtie. C'est ce qui arrive jusqu'à nos jours à la plupart des hommes, qui habitent dans des bâtiments bas, et qui détournent les yeux, autant qu'il est en eux, de la maison déserte de Dieu, et alors qu'ils peuvent la bâtir, ils ne s'en soucient pas. En voyant les champs mûrs, ils se promettent les fruits de leurs œuvres, mais l'espoir est trompeur, et au lieu de beaucoup, ils ne trouvent qu'à peine peu. Mais même ce peu de chose qu'ils avaient placé dans la maison et dans le grenier de l'esprit, la parole de Dieu le disperse par son souffle, puisqu'il est indigne de sa défense et de sa protection. Combien de fois ai-je constaté de nombreux espoirs au sujet de certains hommes, aussi bien en ce qui concerne leur doctrine qu'en ce qui concerne leur pratique; et quand est arrivé le temps des moissons, c'est-à-dire, le temps pour instruire et pour donner aux peuples l'exemple de leur vie, ils sont tombés du haut, et moins a été trouvé en eux que ce que l'opinion de tous ne s'était promis.
Ainsi, il arriva que, peu à peu, alors que la négligence s'insinuait, ils perdent même le peu de chose qu'ils se paraissaient avoir. Or, leur souffrance est due au fait qu'ils furent insouciants dans leurs anciennes maisons, qu'ils ne montèrent pas sur la montagne des Ecritures pour y abattre du bois nécessaire pour l'édifice du Seigneur, et qu'ils ne bâtissaient pas en eux quotidiennement la maison du Seigneur. Puisqu'ils dédaignaient la désolation de la maison de Dieu, ils ont perdu ce qu'ils croyaient avoir. Voici la cause des malheurs susdits.


C'est pourquoi, dit le Seigneur des armées, parce que ma maison est déserte et vous courez chacun à sa maison, à cause de cela les cieux ont été empêchés de donner la rosée, et la terre a retenu sa production (Aggée 1, 9-1072).


(69) Saint Jérôme semble corriger ici sa traduction: dans le commentaire on trouve le verbe afferte, alors que dans la Vulgate – portate. Pour les variants entre le texte de la Vulgate et celui cité dans les commentaires de Saint Jérôme, voir note 28.
(70) La citation du texte des Septante dans le Commentaire sur Aggée est beaucoup plus irrégulière que la façon de faire que Saint Jérôme a adopté dans ses autres commentaires, où il a expliqué la grande majorité des lemmes et d'après l'hébreu et d'après les Septante en citant en général la traduction latine des deux textes (pour une étude sur l'emploi des Septante dans les commentaires sur les douze petits prophètes, voir l'introduction d'Y.-M. DUVAL au Commentaire sur Jonas, p. 45-49; concernant le Commentaire sur Isaïe, voir P. JAY, L'exégèse de Saint Jérôme d'après…, p. 111-113). En effet, seulement neuf des dix-huit lemmes du Commentaire sur Aggée citent le texte des Septante, et seulement quatre d'entre eux le citent en entier, tandis que la plupart des autres ne s'arrêtent que sur un ou deux mots (à l'exception du lemme sept qui, après avoir cité la moitié de la version de Septante, donne l'indication cætera similiter; voir le renvoi à cette note. D'après Y.-M. Duval c'est le seul endroit dans l'œuvre de Saint Jérôme où il procède ainsi; voir l'introduction au Commentaire sur Jonas, p. 46). Nous remarquerons que le texte des Septante est cité plus régulièrement à la fin du commentaire (trois des quatre lemmes qui citent les Septante en entier sont les lemmes XV-XVII), où se trouvent les oracles messianiques les plus évidents du livre d'Aggée. C'est normalement au moment de l'interprétation spirituelle que Saint Jérôme fait intervenir le texte des Septante, comme il le dit souvent: Essayons donc de développer l'histoire selon les Hébreux, et l'anagogie selon les Septante. Et au moment de passer de l'interprétation littérale à l'interprétation spirituelle, il ajoute: Passons au sens spirituel en nous bornant aux soixante-dix traducteurs, de peur que, si nous voulions expliquer les deux textes à la fois selon l'histoire et selon l'anagogie, nous n'étendions les dimensions du livre (Commentaire sur Osée, cité dans P. JAY, L'exégèse de Saint Jérôme d'après…, p. 277-278. Pour d'autres références à ce sujet, voir ibid, p. 276-279 et l'introduction d'Y.-M. DUVAL au Commentaire sur Jonas, p. 83-87). De manière générale, cela se confirme dans notre commentaire (voir, par exemple, la note 105), mais à un endroit, après avoir expliqué un lemme selon l'hébreu, le commentateur nous dit: selon les Septante le sens est tout autre; nous devons l'exposer tout d'abord selon la lettre, afin de passer ensuite au niveau de la tropologie (voir le renvoi à la note 143). Bien que ce soit relativement rare dans son œuvre (P. JAY, L'exégèse de Saint Jérôme d'après…, p. 143-144), il arrive à Saint Jérôme d'expliquer les deux sens d'un lemme selon les Septante, en appliquant la règle qu'il a formulé dans son Commentaire sur Isaïe: des traductions différentes entraînent nécessairement des significations différentes (cité par P. JAY, L'exégèse de Saint Jérôme d'après…, p. 330).
(71) Voir note 51.
(72) La citation diffère quelque peu de la version de la Vulgate. Le commentaire sur Aggée: …propter hoc super vos prohibiti sunt coeli ne darent rorem, et terra continuit germen suum. La Vulgate: …propter hoc super vos prohibiti sunt caeli ne darent rorem, et terra prohibita est ne daret germen suum. La version de notre commentaire, en effet plus proche de l'hébreu (הָּ י ה לכּ ץר הְ לוּבְ ְָ ֶ ָו) que celle de la Vulgate, atteste d'une volonté toujours à l'œuvre de la part de Saint Jérôme de rectifier sa traduction afin qu'elle reflète aussi fidèlement que possible l'hebraica veritas du passage en question. Voir note 28.

 

Il ne dit pas seulement que les cieux ne donnèrent pas la pluie, grâce à l'arrosage de laquelle la terre donne ses fruits, mais aussi qu'ils ne donnèrent même pas la rosée du matin et de la nuit, qui aurait tout au moins rafraîchi les champs desséchés par un peu d'humidité. La terre, à son tour, engloutit la semence, qu'elle n'était pas à même de rendre aux paysans, et ce qu'elle avait l'habitude de produire de son plein gré, elle le retint dans son sein avide.
Moi, je suis d'avis que cette rosée est celle dont il a été question dans la bénédiction donnée à Jacob: que Dieu te donne de la rosée du ciel (Genèse 27, 28), et la rosée de l'Hermon qui descend sur la montagne de Sion (Psaumes 132, 3), et qui descend non de l'air où voltige un grand nombre d'aigles, de faucons et de vautours; cette rosée descend pour qu'un ciel dont l'âme brûlant de passions a été blessée par le javelot du Diable, soit refroidi et que ses ardeurs soient modérées. La rosée étant retenue, la terre ne porte plus de fruits. En effet, sans la rosée du Christ aucune âme ne peut produire de froment.
Et j'ai appelé la sécheresse sur la terre, sur les montagnes, sur le blé, sur le vin, sur l'huile et tout ce que fait sortir le sol, sur les hommes, et sur les bêtes de somme, et sur tout le labeur des mains (Aggée 1, 11).
Au lieu de sécheresse, les Septante ont traduit par μάχαιραν73, qui signifie épée. Mais, j'ai trouvé qu'en hébreu le mot s'écrivait en trois lettres: HETH, RES, BETH; si nous le lisons HAREB, il signifie épée, et si nous le lisons OREB, il signifie καύσωμα74, que nous avons traduit par sécheresse; ce mot peut être traduit mieux par vent brûlant.75 En effet, comme l'on parle de la terre et de la stérilité des champs, il me semble qu'il faut comprendre ici plutôt vent brûlant qu'épée; or, la plaie tout entière, qui frappa les hommes à cause de leurs péchés, peut être prise pour une épée. La sécheresse, ou bien l'épée, fut appelée sur la terre et sur les montagnes afin qu'elles ne produisent ni de blé, ni de vin ni d'huile, ni tout ce que sort naturellement du sol.
Précédée par la famine, la mort s'étendit donc sur les hommes et sur les bêtes. Et ce même glaive, ou vent brûlant, consuma tout ce sur quoi avaient peiné les mains des hommes. Alors, la parole vivante de Dieu, agile et plus incisive qu'aucune épée à deux tranchants (Hébreux 4, 12),76 est appelée ou amenée afin que l'âme insouciante (que désigne la terre desséchée, et qui est plus désireuse d'habiter dans des concavités que d'édifier la maison de Dieu) soit frappée de sa pointe, et qu'elle perde tous les fruits qu'elle pense avoir. En effet, le glaive est tiré sur les montagnes qui s'élèvent contre la science de Dieu, et sur le blé, le vin et l'huile, qui sont la nourriture et la boisson par lesquels les assemblées des hérétiques charment les peuples trompés. On pourrait dire convenablement que leur pain est un pain d'affliction et que leur vin est le venin du serpent et le venin incurable des aspics. L'huile c'est la promesse de la vie éternelle et céleste, dont ils oignent, pour ainsi dire, leurs disciples, alors qu'ils leur promettent une récompense pour leurs travaux; c'est de cette huile que le prophète se détourne avec horreur en disant: que l'huile de pécheurs n'engraisse pas ma tête (Psaumes 140, 5). Mais, le glaive de Dieu frappe aussi ce qu'ils trouvent en eux-mêmes et feignent, sans autorité et témoignages des Ecritures, comme s'ils avaient recours à l'enseignement apostolique.
Nous pouvons prendre les hommes et les bêtes soit pour les λογισμούς et les αἰσθήσεις, c'est-à-dire, la raison et les sens, soit pour les raisonnables et les déraisonnables parmi les hommes, c'est-à-dire, à la fois les cultivés et les incultes77, et pour tout le labeur de leurs mains, leurs jeûnes, leurs différentes pratiques religieuses et les nuits qu'ils passent sur le sol78. Ceux qui font trois jeûnes de quarante jours par an, et qui humilient leur esprit en mangeant des aliments secs79, et encore plus, ceux qui poussent de la racine de Tatien80, entendent parler ainsi de leurs travaux: C'est sans cause que vous avez subi tant de choses (Galates 3, 4). Tout ce que j'ai dis peut être compris des maîtres de l'Eglise qui, édifiant leur maison charnelle et pourvoyant pour leurs enfants et pour leurs possessions, ne se soucient pas d'instaurer ni le temple de Dieu en eux-mêmes, ni l'Eglise du Seigneur qui est nue et en ruines. Leur vie et leur discours, toujours inconvenables, font tomber dans le péché et rejeter de l'Eglise de nombreux hommes, et mènent la maison de Dieu à l'abandon. Nous ne disons pas cela parce que nous accusons tous en général, mais parce que dans toute fonction et tout au long de l'échelle il y en a qui bâtissent le temple de Dieu, et il y en a qui le détruisent. C'est à cause des péchés de ces derniers que le ciel ne donne pas de rosée, que la terre ne porte pas de fruits, que le sol est desséché et que les montagnes sont arides; c'est aussi à cause de leurs péchés que le blé, l'huile et tout ce que la terre produit, aussi bien que les hommes eux-mêmes, les bêtes et tout le labeur des mains périssent par le glaive tranchant et par la sécheresse et par le vent brûlant. Et entendit Zorobabel, fils de Salathiel, et Jésus, fils de Josedec, le grand prêtre, et tout le reste du peuple la voix de leur Dieu et les paroles du prophète Aggée, que le Seigneur, leur Dieu, leur a envoyé, et il craignit devant la face du Seigneur (Aggée 1, 12)
Observons bien, c'est parce que le Sauveur s'entend à la fois en Zorobabel, le chef, et en Jésus, le prêtre (car lui-même, il est roi et prêtre), que l'on n'a pas dit que Zorobabel et Jésus craignaient. Tandis que Zorobabel, Jésus et le peuple entendirent les paroles du prophète Aggée, qui étaient les paroles du Seigneur, seul le peuple craignit devant la face du Seigneur, c'est-à-dire, seule la foule, qui n'était pas encore parvenu à l'homme unique et parfait, et qui, n'étant pas encore uni à l'Esprit, ne méritait pas ce qui est l'Esprit. Or, le peuple craignit devant la face du Seigneur, sachant que la face du Seigneur est contre les malfaisants, pour ôter de la terre leur mémoire (Psaumes 33, 17).
Et Aggée, le messager du Seigneur des messagers du Seigneur, dit: Moi, je suis avec vous, dit le Seigneur (Aggée 1, 13).
D'aucuns81 estiment que Jean le Baptiste, Malachie, qui se traduit par l'Ange du Seigneur, et Aggée, à qui nous avons affaire, étaient des anges, qui avaient assumé des corps humains et qui vivaient parmi les hommes en raison de l'administration et de l'ordre de Dieu. Il n'est pas étonnant, disent-ils, qu'ils soient des anges qui avaient assumé des corps humains et qui vivaient parmi les hommes en raison de l'administration et de l'ordre de Dieu. Il n'est pas étonnant non plus que l'on croie aux anges, puisque pour notre salut le Fils de Dieu assuma un corps humain.82 Pour cette raison, ils ont trouvé un témoignage dans les apocryphes qui affirment que Jacob, qui fut appelé ensuite Israël, était un ange,83 et que pour cette raison il supplanta son frère dans le sein de leur mère.84 Jean, lui aussi, tressaillit dans le sein d'Elisabeth en entendant le voix de Marie, la mère du Seigneur (Luc 1, 41)85. La nature de tous les êtres raisonnables est une, dit-il; et c'est la raison pour laquelle, les hommes qui ont plu à Dieu deviennent égaux aux anges. C'est ce qu'ils pensent pour leur part.86 Pour le nôtre, admettons que par messager du Seigneur, c'est-à-dire, ange, qui se dit MALACH en hébreu, il voulait simplement dire prophète, parce qu'il avait annoncé au peuple la volonté du Seigneur; Or, comme l'on dit dans de nombreux endroits que notre Seigneur et Sauveur est l'ange de Dieu, comme par exemple: l'Ange du grand conseil (Isaïe 9, 687), nous disons que le type88 du Sauveur est préfiguré en Aggée.
Ensuite il dit: le messager du Seigneur, des messagers du Seigneur, c'est comme s'il disait: le prophète des prophètes. Quand il dit: le messager du Seigneur dit au peuple: Je suis avec vous, dit le Seigneur, il ne s'adresse pas à Zorobabel et à Jésus, avec qui et en qui le Seigneur était toujours (car nous avons dit plus haut qu'ils étaient compris comme la figure du Sauveur d'après de différents sens), mais au peuple qu'avait craint devant la face du Seigneur. Comme c'était un peuple, il n'était pas encore parvenu à l'amour de Dieu, qui délivre de la crainte. Donc, le peuple reçut une récompense pour leur crainte de Dieu, si bien que le Seigneur était avec eux. Le sens de cela est le suivant: Moi, je viendrai à votre aide; édifiez ma maison qui a été détruite en vous; puisque je me serai établi au milieu de vous, personne ne pourra empêcher votre œuvre d'édification.


Et le Seigneur éveilla l'esprit de Zorobabel, fils de Salathiel, chef de Juda, et l'esprit de Jésus, fils de Josedec, le grand prêtre, et l'esprit du reste de tout le peuple; et ils sont entrés, et ils faisaient une œuvre dans la maison du Seigneur des armées, leur Dieu; c'était le vingt-quatrième jour du mois, le sixième mois, la deuxième année du roi Darius (Aggée 1, 14 – 2, 1).


(73) L'édition A. RAHLFS des Septante ne comporte pas le mot μαχαίραν (grand couteau, sabre – Dictionnaire grec-français, A. Bailly), mais celui de ῥομφαίαν (sabre, épée – ibid). Que cela découle d'une erreur de la part de Saint Jérôme ou des divergences dans les différents manuscrits des Septante, il n'importe guère pour le sens de ce passage.
(74) Dans certains manuscrits du commentaire apparaît le mot καῦμα (chaleur ardente – ibid) au lieu de καύσωμα (inflammation – ibid), comme l'indique l'édition J.-P. MIGNE.
(75) Nous avons laissé les transcriptions faites par Saint Jérôme à partir de l'hébreu telles qu'elles, bien qu'elles ne correspondent pas tout à fait à la prononciation fixée par la Massore (voir note 20). En fait, les deux mots – épée (ברח prononcé khérév) et sécheresse (ברֹח, prononcé khorév) sont des ֶ ֶ ֶ homographes, ayant les mêmes consonnes mais des voyelles différentes. La Massore a opté, comme Saint Jérôme, pour le mot signifiant sécheresse, qui semble plus vraisemblable vu le contexte (Biblia Hebraica Stuttgartensia, édition K. ELLIGER et W. RUDOLPH).
(76) Bien que la citation diffère quelque peu de la version latine courante, soit parce qu'elle a été citée de mémoire, soit parce que Saint Jérôme l'a traduite directement sur le grec, il s'agit sans aucun doute d'une référence à l'Epître aux Hébreux 4, 12. Le commentaire sur Aggée: …vivens sermo Dei, et efficax, et acutus super omnem gladium bicipitem. L'Epître aux Hébreux: vivus est enim Dei sermo et efficax et penetrabilior omni gladio ancipiti. Or, Saint Jérôme rejetait l'Epître aux Hébreux comme apocryphe, comme il le précise dans le chapitre consacré à Saint Paul de son De Viris Illustribus: Mais, on croit que l'Epître connue comme 'Aux Hébreux' n'est pas à lui, à cause des divergences de style et de langage (Saint Jérôme, De Viris Illustribus, 5, traduction personnelle). Pour la position de Saint Jérôme à l'égard des apocryphes voir note 61.
(77) On peut trouver dans les commentaires de Saint Jérôme de nombreux endroits où il donne plusieurs interprétations spirituelles d'un même passage, sans trancher entre elles. Saint Jérôme, qui parle dans l'une de ses lettres de la forêt infinie des significations (lettre 64, 19 citée par P. JAY, L'exégèse de Saint Jérôme d'après…, p. 331), le fait peut-être sous l'influence d'Origène, chez qui l'on trouve le principe selon lequel un sens n'en empêche pas un autre (Homélies sur Josué, 8, 6, cité dans ibid, p. 331), ou bien selon les habitudes de l'exégèse juive telle qu'elle se manifeste dans le Talmud (ibid, note 755). Or, L.N. Hartmann remarque que si l'on trouve chez Saint Jérôme des sens multiples, ce ne sont jamais des sens littéraux multiples, mais seulement des sens spirituels (L.N. HARTMANN, Saint Jerome as an Exegete, p. 73-74).
(78) …et chameunias, id est, humi dormitiones – Saint Jérôme donne d'abord le terme grec χαμευνίας (action de dormir à terre – Bailly) transcrit en latin, et le traduit ensuite.
(79) Le texte emploie le mot grec: ξηροφαγίαις.
80
Dans le Reliquiae Sacrae édité par M.J. ROUTH, un recueil de fragments des Pères du deuxième et du troisième siècles, on trouve le fragment suivant au sujet de Tatien: de Tatiani radice creverunt Montanistae (M.J. ROUTH, Reliquiae Sacrae, Oxford, 1818, tome 4, p. 457). Il ne semble donc pas impossible que Saint Jérôme se réfère ici à l'hérésie montaniste.
(81) Les quidam qui sont cités ici se réfèrent sans doute à Origène, comme l'avait noté J.N.D. KELLY (Jerome, p. 164). Ce passage, qui avance une théorie sur la préexistence des âmes des saints, présente des similitudes frappantes avec un passage du Commentaire sur Saint Jean d'Origène qui traite du même sujet (Origène, Commentaire sur Saint Jean, II, 185-192, édition C. BLANC, Paris, 1966, , tome I, p.331-343). Afin d'éclairer notre texte et de montrer à quel point Saint Jérôme est ici redevable à Origène nous mettrons en note les passages correspondants de son Commentaire sur Saint Jean.
(82) Origène, Commentaire sur Saint Jean, II, 187, p. 339: Si le premier-né de toute créature s'est incarné par amour envers les hommes, il n'y a rien d'étonnant à ce qu'il y ait des émules et des imitateurs du Christ, qui ont mis leur contentement à servir sa bonté envers les hommes dans un corps semblable au sien.
(83) Origène, Commentaire sur Saint Jean, II, 188-189, p. 339-341: Si, parmi les apocryphes en usage chez les juifs, on admet celui qui est intitulé "La Prière de Joseph", on y trouvera, exposée ouvertement et clairement, la doctrine selon laquelle ceux qui, comparés aux (autres) hommes, jouissent d'emblée de qualités exceptionnelles et sont de beaucoup supérieurs aux autres âmes, se sont abaissés de la condition des anges jusqu'à la nature humaine. Jacob dit en effet: "Moi qui vous parle, Jacob et Israël, je suis un ange de Dieu et un esprit supérieur; Abraham et Isaac ont été créés avant toutes choses; moi Jacob, qui suis appelé Jacob par les hommes, mon nom est Israël, je suis appelé par Dieu Israël, l'homme qui voit Dieu, parce que je suis le premier-né de tout vivant, vivifié par Dieu" D'après P. DANIELOU (Trinité et angélologie dans la théologie judéo-chrétienne, RSR, 1957, p. 5-41, cité dans Origène, Commentaire sur Saint Jean, p. 338-339, note 1) cet écrit apocryphe, qui n'est pas parvenu jusqu'à nous, n'est pas d'origine juive, mais provient de milieux judéo-chrétiens.
(84) Origène, Commentaire sur Saint Jean, II, 191-192, p. 341: Et, sans doute, Jacob ayant vraiment tenu ces propos qui sont consignés pour ce motif, le texte "Il a supplanté son frère dès le sein de sa mère" devient compréhensible. Vois si le fameux problème au sujet de Jacob et d'Esaü ne trouve pas sa solution: en effet "alors qu'ils n'étaient pas encore nés et n'avaient fait ni bien ni mal, afin que la liberté du choix divin fût établie – car il dépend non des œuvres mais de celui qui appelle –, il fut dit: L'aîné servira le plus jeune, selon qu'il est écrit: J'ai aimé Jacob et j'ai haï Esaü. Que dire alors ? Y aurait-il quelque injustice en Dieu ? Loin de là. Si nous ne recourons pas aux œuvres accomplies avant cette vie, comment peut-il être vrai qu'aucune injustice ne se trouve en Dieu, alors que l'aîné est assujetti au plus jeune et haï avant d'avoir accompli des actes méritant la sujétion ou méritant la haine ?
(85) Origène, Commentaire sur Saint Jean, II, 180, p. 333-335: Un argument encore plus frappant pour que Jean soit venu d'ailleurs revêtir un corps, sans avoir pour demeurer en cette vie, d'autre but que le témoignage à rendre à la lumière, c'est le fait qu'il fut rempli d'Esprit-Saint dès le sein de sa mère, affirmé par Gabriel annonçant à Zacharie la bonne nouvelle de la naissance de Jean et à Marie celle de la venue de notre Sauveur parmi les hommes, et ces paroles (d'Elisabeth): "Dès que le son de ta salutation a frappé mes oreilles, voici que mon enfant a tressailli dans mon sein".
(86) La théorie de la préexistence des âmes est une des théories d'Origène condamnées par Saint Epiphane de Salamine comme hérétiques, il n'est donc pas étonnant que Saint Jérôme rejette cette interprétation. Pour un résumé des accusations portées contre Origène par Saint Epiphane, voir J.F. DECHOW, The heresy charges against Origen, dans Origeniana Quarta, Innsbruck-Wien, 1987, p. 112-122; et sur la préexistence des âmes p. 113-114.
(87) Cette expression, absente de la traduction de Saint Jérôme faite sur l'hébreu, provient des Septante: Μεγάλης βουλῆς ἄγγελος (Septuaginta, édition A. RAHLFS, Isaïe 9, 5).
(88) Voir note 41.

 

Au lieu de chef de Juda, les Septante ont traduit par de la tribu de Juda89, et à la place du mot œuvre, ils ont mis œuvres. Le reste est semblable, sauf que partout où nous mettons le Seigneur des armées, ils traduisent tantôt le Seigneur tout-puissant, tantôt le Seigneur Sabaoth, tantôt le Seigneur des vigueurs.90
Donc, on éveille l'esprit de Zorobabel et l'esprit de Jésus, pour l'instant selon la lettre91, afin que la royauté et le sacerdoce bâtissent le temple de Dieu. En effet, on éveille l'esprit du peuple, qui dormait en eux auparavant; non pas le corps, ni l'âme, mais, comme nous l'avons dit, l'esprit, qui sait davantage bâtir le temple de Dieu.92 Et ils sont entrés, car ils avaient été dehors, ils faisaient des œuvres, qui sont dignes d'être à l'intérieur de la maison de Dieu. Cela avait lieu la même année du roi Darius, et durant le mois mentionné au début, mais pas le même jour. En effet, précédemment c'était le premier jour du mois, alors qu'ici c'est le vingt-quatrième, si bien qu'entre le premier jour, où le Seigneur parla par la bouche d'Aggée, et le vingt-quatrième, où ils sont entrés et où ils faisaient une œuvre dans la maison du Seigneur, vingt deux jours se sont écoulés, au nombre des lettres de l'alphabet hébraïque. Il leur fut nécessaire d'apprendre quelles étaient les lettres originelles des paroles de Dieu, qui leur interdisaient de dire: le temps de construire la maison du Seigneur n'est pas encore arrivé, et d'habiter dans des maisons creusées, et, comme je l'ai dit plus haut, de s'enfoncer dans les profondeurs. Ils devaient être incités à appliquer leurs cœurs à leurs voies et à garder bien à l'esprit l'ampleur des souffrances qui leur avaient été infligées à cause de leur insouciance, à monter sur la montagne, à abattre du bois, à bâtir la maison du Seigneur, afin de ne plus subir les mêmes peines qu'auparavant.
Bref, au cours de ces vingt deux jours, le peuple avait craint devant la face du Seigneur, et le vingt-quatrième jour du sixième mois de la deuxième année du roi Darius, ils entrèrent et firent leur œuvre dans la maison du Seigneur des armées, leur Dieu.

Afin que la maison spirituelle puisse être bâtie en vu de la sainteté des sacerdoces et de l'oblation des victimes spirituelles93 qui plaisent à Dieu, il nous est prescrit de nous conduire de telle sorte que l'Esprit-Saint soit éveillé en nous, que nous entrions dans la maison du Seigneur et que nous fassions les œuvres du Seigneur. En effet, Zorobabel de la souche de David et le prêtre Jésus furent éveillés pour toute éternité par le Père dans sa puissance, selon l'Esprit de la sanctification, au moment de la résurrection des morts, pour qu'ils commandent notre œuvre; faisons-la, donc, avec leur aide et sous leur conduite. Cependant, nous ne pouvons pas faire les œuvres de Dieu avant que nous n'ayons craint devant la face du Seigneur, que nous n'ayons cru, que nous ne soyons entrés dans le temple de Dieu et que nous n'ayons accompli ce qui est digne de la maison de Dieu. Or, puisque nous sommes encore dans le siècle, et que le temps de notre édification est sous le règne de Darius où l'on est esclave de la reproduction, du mariage et de la chair, c'est dans le nombre six, où fut créé le monde, et dans celui de la deuxième année, qui écarte de l'unité (car la matière de la restauration du monde et de la procréation aime le nombre deux), que nous entrons dans la maison du Seigneur, et ensemble, les deux peuples réunis, nous levons le temple de Dieu. Le nombre vingt-quatre est, en effet, la somme de deux fois le nombre douze, parce que la première Eglise du Christ, qui avait été détruite, a été bâtie aussi bien des circoncis que de gentils. Mais nous pouvons dire également que le nombre huit94, qui est sacré et qui est compris comme le type de la vraie circoncision95, fait vingt-quatre lorsqu'il est multiplié par trois. En effet, on nous montre de manière figurée96 que nous devons bâtir la maison du Seigneur par l'amputation de la chair, par la circoncision de nos vices, et en croyant que la vraie pureté se trouve dans le nom du Père, du Fils et de l'Esprit-Saint. Un autre a compté six fois le nombre quatre; quatre fait référence aux quatre éléments du monde, qui nous entourent; et six fait référence à la création du monde, dans laquelle ces mêmes éléments furent mêlés les uns aux autres. Et il dit: comme nous sommes dans la matière, que nous sommes entourés de notre lourd corps et que nous sommes esclaves de la reproduction, nous levons notre temple, nous entrons dans la maison de Dieu, et nous éveillons notre esprit de son sommeil lourd; mais, nous faisons cela le vingt-quatrième jour.


Le septième mois, le vingt et un du mois, la parole du Seigneur se fit dans la main du prophète Aggée, pour dire: parle à Zorobabel, fils de Salathiel, chef de Juda, et à Jésus, fils de Josedec, le grand prêtre, et au reste du peuple, pour dire: Qui d'entre vous est resté, qui vit cette maison dans sa première gloire ? Comment la voyez-vous maintenant ? N'est-il pas comme si elle n'était rien à vos yeux ? Et maintenant, sois fort, Zorobabel, dit le Seigneur, et sois fort, Jésus, fils de Josedec, le grand prêtre, et sois fort, tout le peuple de la terre, dit le Seigneur des armées, et mettez-vous à l'œuvre: puisque moi, je suis avec vous, dit le Seigneur des armées. La parole que j'ai établie97 avec vous alors que vous sortiez de la terre d'Egypte, et mon esprit sera au milieu de vous; n'ayez pas peur. Parce que le Seigneur des armées dit ceci: encore un peu [de temps], et moi, j'ébranlerai le ciel et la terre et la mer et le sol ferme et j'agiterai toutes les nations. Et viendra le désiré de toutes les nations98, et j'emplirai cette maison de gloire, dit le Seigneur des armées. A moi l'argent, et à moi l'or, dit le Seigneur des armées. La gloire de cette maison neuve sera grande, plus que celle de la première, dit le Seigneur des armées. Et dans ce lieu je donnerai la paix, dit le Seigneur des armées (Aggée 2, 2-10).99


(89) Il est étonnant que cette remarque n'ait pas été faite dans le lemme consacré au verset 1, qui comporte déjà cet attribut de Zorobabel. En effet, le terme hébraïque הָוּהְ תחפּ (Pakhat Yéhouda), ד י ַ ַ signifiant gouverneur de Juda, que Saint Jérôme traduit par dux Juda, est systématiquement traduit dans les Septante par ἐκ φυλῆς Ιουδα. Le fait que l'on ne mentionne cette différence que lors de sa deuxième occurrence dans le texte atteste surtout qu'au moment de la rédaction du Commentaire sur Aggée, la comparaison de la traduction latine du texte hébreu avec celle du texte grec des Septante, ne s'est pas encore systématisée au sein de la méthode exégétique de Saint Jérôme. Pour une description de "l'évolution" de la méthode Saint Jérôme à ce sujet, voir l'introduction d'Y.-M. DUVAL au Commentaire sur Jonas, p. 45-49.
(90) Cette remarque se réfère sans doute à la version des Septante en général, puisque dans le livre d'Aggée, le nom divin תוֹאבצ הָ י (Yéhova Tsévaot), dont le sens littéral est en effet Dieu des armées, est ָ ְ והְ traduit en grec, à une exception près (2, 4 où l'on ne trouve que κύριος), par κύριος παντοκράτωρ.
(91) Voir notes 22 et 36.
(92) Cette tripartition de l'homme est d'origine paulinienne:Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie totalement, et que votre être entier, l'esprit, l'âme et le corps, soit gardé sans reproche à l'Avènement de notre Seigneur Jésus Christ. Αὐτὸς δὲ ὁ θεὸς τῆς εἰρήνης ἁγιάσαι ὑμᾶς ὁλοτελεῖς, καὶ ὁλόκληρον ὑμῶν τὸ πνεῦμα καὶ ἡ ψυχὴ καὶ τὸ σῶμα ἀμέμπτως ἐν τῇ παρουσίᾳ τοῦ κυρίου ἡμῶν Ἰησοῦ Χριστοῦ τηρηθείη (I Thessaloniciens 5, 23). Dans la lettre 120, Saint Jérôme a proposé cinq interprétations de ce verset, qui ne sont pas toutes les siennes selon son propre aveu, afin de répondre à la question de sa destinataire, Hedybia, le concernant (Saint Jérôme, Lettres, lettre 120, 12, édition J. LABOURT, tome 6, p.159-163). D'après l'une d'elles: il y a dans l'homme une triple substance: l'esprit par quoi nous pensons, l'âme par quoi nous vivons, le corps par quoi nous marchons (ibid, p. 162). Cependant, selon l'interprétation à laquelle Saint Jérôme donne son acquiescement: ce corps, c'est l'Eglise; quiconque tiendra la tête de ce corps et aura conservé les autres membres aura son corps intact, autant du moins que peut le comporter la nature humaine. De la même manière doit être également conservée l'intégralité de l'âme (…). L'esprit, enfin, est conservé en nous intact, quand nous n'errons pas dans les choses spirituelles, mais si nous vivons par l'Esprit, acquiesçons à l'Esprit, mortifions par l'Esprit les œuvres de la chair, et produisons tous les fruits de l'Esprit: charité, joie, paix, etc. (ibid, p. 161). La deuxième de ces interprétations présente un intérêt particulier, parce qu'il y est question d'une méthode exégétique en trois éléments; au corps correspond l'histoire, c'est-à-dire, le sens littéral, à l'âme correspond l'interprétation sur le plan moral (ibid, p. 162) et à l'esprit – la contemplation de la béatitude future et des choses du ciel (ibid). Pour une étude de cette règle exégétique, montrant son origine origénienne et lui accordant une importance limitée dans la méthode exégétique pratiquée par Saint Jérôme, voir P. JAY, Saint Jérôme et le triple sens de l'Ecriture, dans Revue des Etudes Augustiniennes, n° 26, Paris, 1980, p. 214-227.
(93) Voir note 36.
(94) Le précepte d'après lequel les juifs circoncisent leurs nouveaux-nés le huitième jour après la naissance, se trouve dans la Genèse: Quand ils auront huit jours, tous vos mâles seront circoncis, de génération en génération (Genèse 16, 12).
(95) Ce terme semble faire référence aux propos de Saint Paul concernant la circoncision: Car le Juif n'est pas celui qui l'est au-dehors, et la circoncision n'est pas au-dehors dans la chair, le vrai Juif l'est au- dedans et la circoncision dans le cœur, selon l'esprit et non pas selon la lettre (Romains 2, 28-29).
(96) Au sujet de l'adverbe grec τροπικῶς et de l'adverbe latin correspondant tropologice, qui semblent
être équivalents à figuraliter qui apparaît ici, voir note 133.
(97) La citation ne diffère que très légèrement du texte de la Vulgate; le verbe employé ici par la Vulgate
est placui, tandis que dans le commentaire nous trouvons pepigi.
(98) יוֹגּה-לכּ תדּמח וּאבוּ. Une traduction littérale de l'hébreu serait: Le texte hébreu de ce verset est ambigu: םִ ַ ָ ַ ְ ֶ ָ et viendront le désir ou bien la chose désirée de toutes les nations. Or, il faut noter qu'il n'est pas rare dans la Bible qu'un verbe ne s'accorde pas avec son sujet soit en genre soit en nombre. Les Septante ont traduit cette phrase par: καὶ ἥξει τὰ ἐκλεκτὰ πάντων τῶν ἐθνῶν – et viendront les choses précieuses de toutes les nations, en laissant le verbe au pluriel. La Biblia Hebraica Stuttgartensia (édition K. ELLIGER et W. RUDOLPH, note au verset en question) conjecture que ce ne soit pas une glose faite par les Septante, mais que, contrairement à la Massore, ceux-ci ont compris le mot תדמח non pas comme le singulier du mot qui signifie le désir ou la chose désirée, mais comme une orthographe rare mais attestée (Genèse 27, 15) du pluriel du mot qui veut en effet dire les choses précieuses (תוֹדוּמח). En effet, leur solution semble fort probable dans le contexte, puisqu'un verset plus bas il est ֲ dit: A moi l'argent, et à moi l'or, dit le Seigneur des armées. Pour sa part, Saint Jérôme avait préféré laisser le substantif תַמח au singulier et d'accorder le verbe avec lui, et ainsi il a traduit la phrase par: et דְּ ֶ veniet desideratus cunctis gentibus. Or, en rendant le mot תדּמח par le participe passé passif du verbe ַ ְ ֶ desidero, il n'a pas opté pour le neutre singulier (desideratum) mais pour le masculin singulier (cela ne peut pas avoir été fait afin de rester près de l'hébreu, car תדּמח est de genre féminin). Un peu plus loin ְַ ֶ dans le commentaire, Saint Jérôme interprète le désiré de toutes les nations comme le Christ. Or, il est évident que sa propre traduction rend cette interprétation encore plus vraisemblable. Pour d'autres exemples d'interprétations doctrinales dans la traduction hiéronymienne de la Bible, voir A. CONDAMIN, Les caractères de la traduction de la Bible par Saint Jérôme dans Recherches de science religieuse, tome 3, 1912, p. 132-138.
(99) Nous constaterons que le découpage des lemmes est très irrégulier dans notre commentaire; tandis qu'aux quinze versets du premier chapitre du livre sont consacrés treize lemmes, dont aucune ne dépasse deux versets (le lemme I comporte ½ verset, II - ½, III – 1, IV – 2, V – 1, VI – 1, VII – 2, VIII - ½, IX - 1½, X – 1, XI – 1, XII – 1, XIII – 2), alors que certains décompose même la phrase grammaticale qu'ils citent, les vingt-trois versets du deuxième chapitre sont expliqués seulement en cinq lemmes, dont certains comportent jusqu'à huit versets (XIV – 8, XV – 5, XVI – 3, XVII – 2, XVIII – 4). En effet, il va de soi que Saint Jérôme s'arrête, dans son explication du deuxième chapitre, sur beaucoup moins de détails que dans celle du premier. Or, c'est dans le deuxième chapitre du livre d'Aggée que se trouvent les prophéties dont l'annonce messianique est la plus évidente, telles que l'avènement du désiré de toutes les nations du lemme quatorze et la vision eschatologique du dix- huitième lemme. Sans prétendre que ce soit la seule explication possible de cette irrégularité dans le découpage des lemmes, il nous semble, en effet, que Saint Jérôme a voulu dépeindre au début de ce commentaire ses images principales, comme celle de Zorobabel et de Jésus en tant que type du Christ, celle de Darius en tant qu'esclave de la chair et celle de l'édification du temple avec sa double interprétation comme le temple dans l'âme du fidèle et celui qui est l'Eglise, afin de pouvoir s'en servir pour l'interprétation des annonces messianiques évidentes. Dans d'autres commentaires Saint Jérôme explique parfois ses choix concernant le découpage des lemmes. Ainsi, dit-il après avoir présenté un lemme de quinze versets qu'il a présenté toute la péricope d'un coup pour ne pas rompre la continuité d'une signification unique; tandis qu'ailleurs il dit qu'il a morcelé un passage en plusieurs lemmes afin de ne pas accabler l'esprit du lecteur. Pour une vision d'ensemble sur le découpage des lemmes dans les commentaires de Saint Jérôme, voir P. JAY, L'exégèse de Saint Jérôme d'après…, p. 80-87, d'où sont tirés aussi les deux exemples précédents; et l'introduction d'Y.-M DUVAL au Commentaire sur Jonas, p. 44-45.

 

La même année, mais le septième mois, au cours duquel ont lieu les fêtes solennelles de Dieu, le vingt et unième jour, c'est-à-dire, après que trois semaines étaient passées et qu'ils s'étaient reposés dans le mystère de la Trinité, la parole du Seigneur se fit pour la troisième fois dans la main d'Aggée, qui se démenait sans cesse afin que la parole de Dieu ait toujours accès à lui. En effet, oubliant ce qui est passé, et s'étendant vers le futur (Philippiens 3, 13), il peinait ainsi quotidiennement, comme s'il n'avait rien de ses travaux précédents. Donc, il lui est dit: Parle à Zorobabel, à Jésus et au peuple qui reste, qui ont vu l'ancienne maison de Dieu, et qui participent maintenant à sa reconstruction, et demande leur: En comparaison de la première, cette maison que l'on voit n'est-elle pas en quelque sorte comme si elle n'était pas ? Mais, ne désespérez pas, et ne baissez pas les bras de lassitude. Toi, Zorobabel, et toi, Jésus, et tout le peuple, soyez forts et mettez-vous à l'œuvre dans ma maison; car Moi, je suis avec vous, et avec moi, ma parole que je vous ai donnée alors que vous sortiez de la terre d'Egypte. Et mon Esprit ne vous quittera pas; n'ayez pas peur, c'est moi qui vous l'ordonne, le Seigneur tout-puissant pour qui dire c'est faire.
Quand je donnais le premier Testament et que je me montrais sur le mont Sinaï, j'ai ébranlé le ciel, la terre, la Mer Rouge et le désert afin d'établir mon Testament avec vous100. Or, maintenant je vous promets d'ébranler encore une fois le ciel, la terre, la mer et le sol ferme pour que toutes les nations soient mises en branle et que viennent, selon les Septante, à Dieu les choses précieuses de toutes les nations; mais, selon l'hébreu, c'est pour que vienne le désiré de toutes les nations, c'est-à-dire, notre Seigneur et Sauveur.101 Alors, j'emplirai cette maison d'une gloire plus grande que celle de la première, et je vous en ajouterai toujours, dit le Seigneur tout-puissant. Et ne me considérez pas comme un faible garant: l'or est à moi, l'argent est à moi et toutes les richesses sont à moi. Je donnerai de l'or et de l'argent pour l'ornement de mon temple, pour que la gloire de cette maison devienne plus grande que celle de la première. Comme ce que je promets semble difficile, et que l'incrédulité humaine doute toujours des grandes promesses, je vous dis encore une fois qui est celui qui fait cette promesse: je suis le Seigneur tout-puissant. En outre, comme je sais que pour la construction de l'illustre maison, qui doit dépasser l'ancienne, rien n'est aussi utile que la paix, je vous la promets aussi. En ce lieu, je donnerai la paix, dit le Seigneur des armées, afin que la paix qui surpasse tout sentiment, protège ma maison, et que mon lieu soit en paix.
Pour l'instant, j'ai mené une exposition par paraphrase102 de ces lignes, pour que le lecteur avisé en monte vers le sens plus élevé103, même si nous le taisions.104 La parole de Dieu fut adressée donc à ceux qui avaient commencé à travailler dans la maison du Seigneur tout-puissant, alors qu'ils étaient déjà en repos, c'est-à-dire, le septième mois, et en plein mystère de la Trinité, le vingt et un du mois. Elle fut aussi adressée à Aggée, célébrant des fêtes de Dieu, qui avait de nouveau préparé sa main pour recevoir la parole du Seigneur. Il lui est dit: parle à Zorobabel de la tribu de Juda105, et à Jésus, le grand prêtre, qui voulut bien devenir homme et prêtre pour nous, et au reste du peuple, puisque, parmi eux tous il n'y avait au début qu'une faible partie de croyants.
Ecoutons donc ce qui fut dit. Autrefois, il y eut en Israël une maison de Dieu qui est maintenant si dévastée que l'on ne croirait pas qu'elle avait existé; depuis, celle qui avait été aimée, a cessé de l'être, et celui qui n'était pas le peuple de Dieu, commença à l'être. Et cette maison glorieuse d'autrefois, est maintenant, aux yeux de Zorobabel, Jésus et le reste du peuple, comme si elle n'avait jamais été. Or, il ne faut pas entendre cela seulement du bâtiment du temple que nous avons vu s'écrouler, mais aussi de toutes les choses admirables que les Juifs avaient jadis. Pourtant, comme la première maison était sans subsistance, Zorobabel, le chef, et Jésus, le prêtre, sont exhortés à fortifier le royaume du Christ et son sacerdoce; et le peuple qui a été jadis le peuple de la terre, est exhorté à se mettre à l'œuvre dans la maison du Seigneur, à savoir que Dieu est présent pour lui, et à réaliser la parole que le Seigneur a établi avec eux quand ils sortaient de la terre d'Egypte. Pourvu que nous aussi nous sortions de l'Egypte et que nous réalisions la parole du testament qui nous a été donné!
A son tour, le Seigneur, Dieu, promet son Esprit à ceux qui font leurs œuvres dans sa maison, et qui accomplissent la parole qu'ils ont reçue: et mon esprit sera au milieu de vous. Voici le mystère de la Trinité: Moi, je suis avec vous, aussi bien que mon Esprit et mon Verbe, en qui j'ai mis mon testament alors que vous sortiez de l'Egypte. Or, lorsqu'il dit: au milieu de vous, il faut comprendre: immédiatement après, car il est écrit dans l'Evangile: Car au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas, celui qui viendra après moi (Jean 1, 26-27)106.
Donc, le Seigneur des armées dit ceci à vous qui regardez la première maison comme si elle n'était pas: j'ai ébranlé le ciel, quand ma voix a été entendue du ciel; j'ai ébranlé la terre, quand j'ai donné le Testament à mon premier peuple, et à mon avènement, de l'obscurité, des tourbillons et des ténèbres sont apparus; j'ai ébranlé la Mer Rouge, quand j'ai frayé un chemin pour mon peuple qui passait; j'ai ébranlé le sol aride, il s'agit soit des plaies de l'Egypte qui est dénuée de culte de Dieu, soit du désert à travers lequel j'ai conduit mon peuple en cercles durant quarante ans. Je les ébranlerai une fois de plus. Nous l'avons constaté à l'avènement du Seigneur notre Sauveur, puisqu'au moment de sa passion, le soleil s'étant enfui, le ciel fut ébranlé et les ténèbres couvrirent toute la terre depuis la sixième heure jusqu'à la neuvième (Matthieu 27, 45 et 51-54; Marc 15, 33 et 38; Luc 23, 44-45).107 La terre fut ébranlée, les rochers se fendirent et les tombeaux s'ouvrirent. La mer fut ébranlée par le dragon qui y avait été tué. Le sol aride fut ébranlé aussi, c'est-à-dire, le désert stérile qui furent autrefois les nations.
Or, dans ce tremblement de l'univers, furent en effet ébranlés toutes les nations; puisque la voix des apôtres du Seigneur se répandit sur toute la terre, et leurs paroles pénétrèrent jusqu'aux confins du monde (Psaumes 18, 5). Par conséquent, toutes les nations furent ébranlées, afin que, par leur ébranlement, vienne la multitude choisie des nations et ce qu'il y avait d'excellent en tout lieu. Par exemple, les élus de Corinthe, parce que le peuple de Dieu y était nombreux; les élus de la Macédoine (I Thessaloniciens 1, 4), parce que la grande Eglise de Dieu rassemblée à Thessalonique n'avait pas besoin d'être instruite de l'amour; les élus d'Ephèse, afin qu'ils connaissent les secrets de Dieu et les mystères qui n'avaient jamais été révélés à personne. A quoi bon en dire davantage ? Toutes les nations, auxquelles le Sauveur eut envoyé les apôtres en disant: allez, instruisez toutes les nations (Matthieu 28, 19), furent ébranlées, et de nombreux qui avaient été appelés, peu d'élus édifièrent l'Eglise des premiers temps. Ainsi, l'Apôtre Pierre dit lui aussi: Elle qui fut élue à Babylone vous salue, ainsi que Marc, mon fils (I Pierre 5, 13), et Jean dit: Moi, l'Ancien à la Dame élue, et ensuite il fait mention des fils de l'élue (II Jean 1, 1).108 Donc, suite à l'ébranlement des nations, que nous pouvons sans doute comprendre comme les forces néfastes, qui ne sont pas assez vaillants pour supporter la splendeur du Seigneur, les élus de toutes les nations furent venus à la maison du Seigneur et elle fut remplie de gloire. Cette maison c'est l'Eglise du Dieu vivant, la colonne et l'appui de la vérité (I Timothée 3, 15). Voici selon les Septante.
Du reste, ce qu'il y a dans hébreu est meilleur et plus significatif, comme nous l'avons dit plus haut: Et j'ébranlerai toutes les nations, et le désiré de toutes les nations viendra. C'est en effet après sa venue que la maison du Seigneur fut remplie de gloire.
Et autant le Seigneur est différent de son esclave, autant cette maison, commandée par le Seigneur, est meilleure que la première maison que commanda un esclave. Or, lorsque l'on dit: A moi l'argent, et à moi l'or, dit le Seigneur des armées, je pense que personne n'estime qu'il s'agit de l'argent et de l'or que possèdent les riches et les rois. Ainsi, non seulement l'argent et l'or appartiennent à Dieu en tant que Créateur, mais aussi tous les autres métaux: l'airain, l'étain, le plomb et le fer qui les dompte tous.
Mais moi, je pense que l'argent, dont est ornée la maison du Seigneur, c'est les paroles des Ecritures, dont on dit: Les paroles du Seigneur sont des paroles pures - de l'argent examiné par le feu, éprouvé par la terre et purgé sept fois (Psaumes 11, 7)109. L'or se trouve dans le sens caché des choses sacrées et dans le secret du cœur, et il brille de la vraie lumière de Dieu. Il est clair que l'Apôtre, en parlant des saints qui édifient, sur le fondement du Christ, l'or, l'argent et les pierres précieuses (I Corinthiens 3, 11-12), pensa que l'or était le sens caché, que l'argent était la parole bienséante, et que les pierres précieuses étaient les œuvres qui plaisent à Dieu. L'Eglise du Sauveur, faite de ces métaux, est plus éblouissante que la Synagogue n'avait été jadis. La maison du Christ est bâtie de ces pierres vivantes, et la paix éternelle lui est accordée.

Ce qui suit dans les Septante: et la paix de l'âme pour sauvegarde110, à tout créateur, pour relever ce temple,111 est en quelque sorte superflu et à peine cohérent. Puisque cela n'est pas donné ni par les Hébreux ni par aucun autre traducteur112, nous l'avons omis.

Le vingt-quatre du neuvième mois, la deuxième année de Darius, la parole du Seigneur se fit au prophète Aggée pour dire: Ceci dit le Seigneur des armées: Demande aux prêtres la loi en disant: Si un homme porte de la viande sanctifiée dans le pan de son vêtement et touche de son bord du pain, ou un plat, ou du vin, ou de l'huile ou tout aliment, est-ce qu'ils seront sanctifiés ? En répondant les prêtres dirent: Non. Et Aggée dit: Si un impur dans l'âme113 touche à toutes ces choses, seront-elles souillées ? Et les prêtres répondirent et ils dirent: elles seront souillées. Et Aggée répondit et il dit: Ainsi en est-il de ce peuple et de cette nation devant ma face, dit le Seigneur; et ainsi en est-il de toute l'œuvre de leurs mains, et tout ce qu'ils offriront ici aura été souillé (Aggée 2, 11-15).


(100) Ainsi est décrite dans l'Exode la théophanie sur le mont Sinaï: Or, le surlendemain, dès le matin, il y eut des coups de tonnerre, des éclairs et une épaisse nuée sur la montagne (…) tout le peuple trembla. (…) la fumée s'en élevait comme d'une fournaise et toute la montagne tremblait violemment (Exode 19, 16-18).
(101) Voir note 98.
(102) C'est l'adverbe grec παραφραστικῶς qui est employé. Alors qu'un passage ne présentait pas de difficultés particulières, Saint Jérôme ne s'est pas gêné de l'expliquer par une paraphrase. Ce procédé n'était aucunement sa propre invention, il était connu déjà à l'époque de Quintilien qui l'avait qualifié ainsi: la paraphrase… consiste en une joute d'émulation autour des mêmes pensées (De institutione oratoria, 10, 5, 5 – pour la traduction de cette citation aussi bien que pour l'usage fait par Saint Jérôme de la paraphrase, voir P. JAY, L'exégèse de Saint Jérôme d'après…, p.204-206).
(103) ad sublimiorem intelligentiam – cette expression semble être équivalente au mot grec ἀναγωγή; voir note 58.
(104) Voir note 39.
(105) Puisque nous sommes au sein de l'interprétation spirituelle du lemme, Saint Jérôme emploi non pas sa traduction faite sur l'hébreu, mais le texte des Septante, qui mettent en apposition au nom de Zorobabel l'attribut de la tribu de Juda, et non celui de chef de Juda, comme Saint Jérôme l'explique au début du lemme précédent (voir note 70).
(106) La citation diffère de la version de la Vulgate.
(107) Dans son Commentaire sur Saint Matthieu, en interprétant le tremblement de terre qui accompagne la mort du Christ Origène évoque ce tremblement de terre annoncé par Aggée (voir Y.-M DUVAL, Vers un commentaire sur Aggée d'Origène, dans Origeniana Quarta, Innsbruck-Wien, 1987, p. 9).
(108) Cette brève citation: Senior electae dominae (et natis eius), est tirée de la deuxième Epître de Saint Jean, que Saint Jérôme a rejetée pourtant comme apocryphe, comme l'avait noté P.W. SKEHAN dans son article: Saint Jerome and the Canon of the Holy Scriptures (p. 269). En effet, dans le chapitre de son De viris illustribus consacré à Saint Jean, après avoir mentionné son Evangile, Saint Jérôme dit: Il écrit aussi une Epître, qui commence par: "Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie." (I Jean 1, 1), et qui est admise par tous les ecclésiastiques et par tous les érudits. Or, les deux autres, qui commencent par: "Moi, l'Ancien, à la Dame élue et à ses enfants" (II Jean 1, 1), et la suivante: Moi, l'Ancien, au très cher Gaïus, que j'aime en vérité" (III Jean 1, 1) sont attribuées à Jean le prêtre, dont on montre de nos jours un autre tombeau à Ephèse, bien que quelques-uns pensent qu'il y a deux monuments consacrés au même Jean l'Evangéliste (Saint Jérôme, De viris illustribus, chapitre 9, traduction personnelle). Pour les positions de Saint Jérôme à l'égard du canon, voir note 61.
(109) Le verset est cité d'après la traduction de Saint Jérôme sur le texte des Septante; son sens d'après sa traduction faite sur l'hébreu est tout autre.
(110) Pour une explication de l'expression in acquisitionem, qui est une traduction littérale du grec: εἰς περιποίησιν, voir M. CASEVITZ, C. DOGNIEZ et M. HARL, La Bible d'Alexandrie, 10-11, Aggée et Zacharie, Paris, 2007, p.84-85, sur laquelle nous nous sommes largement appuyé pour la traduction de ce verset.
(111) Bien que l'on ignore si cette addition, de même que les autres différences entre le texte massorétique et celui des Septante, repose sur un état antérieur du texte hébraïque ou qu'il s'agit des gloses explicatives du traducteur, les traducteurs de La Bible d'Alexandrie ont opté, dans ce cas-là, pour la deuxième explication (voir ibid). Pour une liste complète des écarts entre le texte massorétique et les Septante, voir ibid, p. 40-42.
(112) Voir note 30.
(113) פֶ ֵ ְ L'expression pollutus in anima est une traduction presque littérale de l'hébreu: שֶׁנ-אמט (tmé-néféch, impur quant à l'âme), que l'on trouve dans le texte massorétique, et qui désigne une personne qui est devenue impure par le contact d'un cadavre (M. ZER-KAVOD, Daat Mikra, Hagaï, Jérusalem, 1990, chap. 2, verset 13). Il est intéressant de noter qu'ailleurs Saint Jérôme a traduit cette même expression, qui n'est guère fréquente dans la Bible, de façon bien plus explicite: inmundus super mortuo (Lévitique 22, 4) ou pollutus est super mortuo (Nombres 5, 2).

 

Les Septante: Le vingt-quatre du neuvième mois, la deuxième année sous Darius, la parole du Seigneur se fit au prophète Aggée pour dire: Ceci dit le Seigneur tout- puissant: Demande aux prêtres la loi en disant: Si un homme prend de la viande sacrée dans le bord de son vêtement et le bord de son vêtement touche du pain, ou du ragoût, ou du vin, ou de l'huile ou tout aliment, seront-ils sanctifiés ? Les prêtres répondirent et ils dirent: Non. Et Aggée dit: Si un impur dans l'âme touche toutes ces choses, seront-elles souillées ? Et les prêtres répondirent et ils dirent: elles seront souillées. Et Aggée répondit et il dit: Ainsi en est-il de ce peuple et de cette nation en face de moi, dit le Seigneur, et ainsi en est-il de toutes les œuvres de leurs mains. Et quiconque se sera approché d'ici, sera souillé, à cause de leurs tâches matinales, ils souffriront en face de leurs malices, et vous flairez114 les réprobateurs dans les portes.115
Nous avons cité la version des soixante-dix traducteurs, parce qu'elle semble différer de l'hébreu en quelques mots. En effet, la phrase: à cause de leurs tâches matinales, ils souffriront en face de leurs malices, et vous flairez les réprobateurs dans les portes ne se trouve ni dans l'hébreu ni chez les autres traducteurs116. Il faut noter qu'ici: le vingt-quatrième jour du neuvième mois de la deuxième année, on ne dit pas pour la troisième fois ce qui a été dit avant: la parole du Seigneur se fit dans la main du prophète Aggée, mais au prophète Aggée. En effet, alors (comme il faisait de progrès, et bien que ses œuvres étaient si bonnes, son cœur n'avait pas encore reçu la sagesse tout entière; ou bien, comme il habitait encore parmi ceux qui disaient: le temps de bâtir la maison du Seigneur n'est pas encore arrivé) la parole du Seigneur se fit seulement dans ses œuvres. Or, puisque les fondements du temple furent jetés, que le peuple, accompagné de ses chefs, fut entré dans la maison de Dieu, qu'il fit son œuvre dignement dans le temple de Dieu, qu'il entendit ce mystère: j'ébranlerai toutes les nations, et le désiré de toutes les nations viendra, et qu'il fut plein de prophétie, la parole du Seigneur toute entière fut adressée à Aggée. Nous avons déjà parlé du vingt-quatrième jour et de la deuxième année; quant au nombre du neuvième mois, qui est ajouté ici, il n'est jamais pris en bonne part. Le peuple immole l'agneau pascal et célèbre les autres fêtes; toutes les fêtes se terminent le huitième jour et aucune n'atteint le neuvième. Ceux qui préparent l'agneau pascal, commencent à le préparer après le neuvième jour. Le jour de la propitiation et de l'expiation du septième mois se célèbre aussi après le neuvième jour.117 Et dans le livre de Jérémie, comme on peut constater en le lisant, Jérusalem est attaqué par Babylone lors de la neuvième année.118 Alors, comme la prophétie traitait de la souillure future du peuple, le neuvième mois était associé à la deuxième année de Darius. Cependant, comme une occasion de pénitence avait été donné au peuple après le reproche de la souillure, le vingt-quatrième jour, la parole de Dieu fut adressée au prophète Aggée lui ordonnant de poser aux prêtres une question venant en quelque sorte de la bouche du Seigneur119, au sujet de la loi, et il lui fut dit: Demande aux prêtres la loi en disant.
Notons en même temps que c'est le devoir des prêtres de répondre à ceux qui les interrogent sur la loi. Si l'on est prêtre, on connaît la loi du Seigneur, mais si l'on ignore la loi, on admet que l'on n'est pas prêtre du Seigneur. En effet, il est au prêtre de connaître la loi et de répondre aux questions qui la concernent. Comme nous lisons dans le Deutéronome (17, 8-13), lorsqu'une question a ressurgi quelque part dans les villes d'Israël pour laquelle il fallait distinguer entre sang et sang, entre cause et cause, entre lèpre et lèpre ou entre objection et objection, on allait chez les prêtres, chez les Lévites et chez le pontife qui avait été nommé à cette époque-là, et on les questionnait sur la loi du Seigneur. Après leur réponse, on faisait ce qu'ils avaient ordonné, parce que quiconque ne le faisait pas, était exterminé de son peuple. Et pour qu'il ne semble pas que ces préceptes se trouvent seulement dans le vieil Instrument120: l'Apôtre, lui aussi, dit à Timothée qu'un évêque doit être non seulement irréprochable, mari d'une seule femme, sage, chaste, honorable, hospitalier, mais aussi apte à enseigner (I Timothée 3, 2). Et afin que l'on ne croie pas que c'est par hasard qu'il l'avait dit, il répète à Tite que la même précaution est observée au sujet de l'ordination des prêtres (voulant aussi dire les évêques). Je te laissé en Crète pour que tu y achèves l'organisation et que tu ordonnes des prêtres dans les villes, comme je t'ai prescrit.
Tous doivent être irréprochables, être mariés à une seule femme, avoir des enfants croyants qui ne soient pas accusés de luxe et qui ne soient pas insoumis. En effet, il faut que l'évêque soit irréprochable en tant qu'intendant de Dieu, qu'il soit ni impudent, ni coléreux, ni impétueux, ni violent, ni avide de gains honteux, mais en revanche hospitalier, chaste, bienveillant, juste, saint, maître de soi, s'exprimant fidèlement à la doctrine, pour qu'il puisse rassurer dans la doctrine saine et convaincre ceux qui s'y opposent. Car il y en a beaucoup qui sont insoumis, menteurs, séducteurs, surtout parmi ceux qui sont circoncis, à qui il faut imposer le silence (Tite 1, 5-11).121 Nous l'avons présenté plus longuement pour que nous reconnaissions que, aussi bien d'après l'Ancien Testament que d'après le Nouveau, le devoir des prêtres était de connaître la loi et de répondre aux questions qui leur étaient posées. La droiture et la frugalité ne suffisent pas chez un maître, s'il ne peut pas enseigner aux autres ce qu'il fait lui-même. Puisqu'ils doivent répondre aux questions qui leur sont posées, je pense que c'est une tâche propre à ceux qui se préparent dès la jeunesse à enseigner. Néanmoins, il arrive souvent, par le jugement du Seigneur et par le suffrage du peuple, que des gens simples soient élus pour le sacerdoce. Qu'ils s'engagent au moins, après leur ordination, à apprendre la loi de Dieu, afin qu'ils puissent enseigner ce qu'ils auront appris; qu'ils accroissent leur connaissance plutôt que leurs richesses; qu'ils ne rougissent pas d'apprendre auprès des laïques qui savent ce qui appartient au devoir de prêtres; et qu'ils passent leur nuits et leur jours plutôt à lire les Ecritures qu'à faire des calculs. Quelle est la question, venant de la bouche du Seigneur, qu'Aggée a posé aux prêtres ? Si un homme porte de la viande sanctifiée dans son pan, ou dans le bord de son vêtement, et touche de son bord du pain, ou un plat, ou du vin, ou de l'huile ou tout aliment, est-ce qu'ils seront sanctifiés ? Avant de traiter de la question elle-même, nous devons apprendre, selon la lettre122, ce que c'est que de la viande sanctifiée et ce que c'est qu'un impur dans l'âme. La viande de la victime immolée sur l'autel était sacrée, et il y avait de nombreux types différents de viande sanctifiée. Les uns étaient mangés par les prêtres dans la partie la plus sacrée du temple; d'autres par leurs proches à la maison; d'autres par ceux qui semblaient souillés aux prêtres; et d'autres par les israélites qui n'avaient aucune souillure. La raison de ces diversités est entièrement expliquée dans le Lévitique. En outre, il est dit qu'un impur dans l'âme c'est celui qui avait touché le corps d'un homme mort. Il faut remarquer, à ce propos, que tant que l'âme réside dans le corps humain, celui-ci n'est pas impur, mais dès que l'esprit vivifiant se retire des membres, ce qui est fait de terre devient impur, comme c'est écrit dans le même livre du Lévitique: Et le Seigneur dit à Moïse: parle aux prêtres, les fils d'Aaron, et dis leur qu'ils ne se souilleraient pas dans l'âme auprès de leur famille. Mais de leur parenté qui est proche d'eux – leur mère, leur père, leurs fils et leurs filles, leur frère et leur sœur vierge qui est proche d'eux et qui n'a pas été mariée à un homme – il ne seront pas souillés. Et ils ne se souilleront pas soudain au sein de leur peuple et de sa souillure (Lévitique 21, 1-4).123 Comprenons qu'il est prescrit à ces prêtres de ne s'approcher d'aucun mort, s'il ne fait pas partie de leur parenté et des proches dont il a été question précédemment. Mais pour le Grand Prêtre, c'est-à-dire le pontife, il y avait quelque chose en plus que pour tous les autres prêtres; ni la piété ni l'affection ne pouvaient le faire fléchir et se souiller par ceux dont les noms sont mentionnés plus haut. En effet, l'Ecriture dit: il ne s'approchera d'aucune âme qui est morte, ni de son père, ni de sa mère, et il ne se souillera pas (Lévitique 22, 11). Sachant donc ce que c'est que de la viande sanctifiée et ce que c'est qu'un impur dans l'âme, examinons la question poseé par le prophète.
Il est permis à tout homme, non pas nécessairement à un pontife, à un prêtre ou à un lévite, mais à un homme quelconque dont l'identité n'est pas précisée et qui n'a aucune distinction, de toucher cette viande. Si cet homme, dit-il, porte de la viande sanctifiée et la lie dans le bord de son vêtement, et que ce même bord du vêtement touche du pain ou n'importe quel autre aliment: du vin, de l'huile, ou, outre ceux-là, tout ce dont l'homme peut se nourrir, est-ce que ce pain, ce vin, cette huile, ou cet autre type de nourriture, peut être sanctifié par le contact du vêtement dans lequel est liée la viande sacrée ? Et en réponse les prêtres dirent: non, cela ne se peut pas, c'est-à-dire, aucun d'eux ne sera sanctifié comme tu le demandes; chacun restera tel qu'il était. Derechef, une autre question est posée aux prêtres, sans doute sous prétexte qu'ils ont bien répondu à la précédente, et comme si les deux problèmes étaient liés, mais c'est une question dans laquelle un ignorant pourrait facilement se tromper. En effet, prenons l'exemple d'un homme qui ignore la loi; de même qu'il répondrait que du pain, un plat cuisiné, du vin, de l'huile ou tout aliment ne pourrait pas être sanctifiée par de la viande sanctifiée, de même, dans ce cas-là, il donnerait la réponse suivante: un impur dans l'âme ne pourrait pas souiller ce que la viande sacrée n'a pas pu sanctifier. Donc, il leur demande si un impur dans l'âme, c'est-à-dire, un homme qui a été souillé par le contact d'un mort, touche l'une des choses suivantes – du pain, évidemment, ou bien un plat cuisiné, de l'huile ou tout autre type de nourriture, est-ce que ces aliments touchés par lui en seront souillés ? Et les prêtres, à la tête desquels était Jésus, fils de Josedec, et qui connaissaient donc la loi, répondirent que tout ce qui avait été touché par un impur était souillé par son contact. Ne rien disant de la viande sanctifiée qui ne pouvait pas sanctifier d'autres aliments, et prenant l'occasion de parler seulement de la deuxième question, Aggée répliqua en disant: Ainsi en est-il de ce peuple et de cette nation en face de moi, dit le Seigneur; tout ce que touchera un impur dans l'âme, qui a touché un cadavre, et tout ce qu'il m'offrira, sera impur.

Selon la lettre124, il dit ceci: Ô peuple, alors que l'autel seul est construit et ma maison est détruite, tu m'offres des victimes sur l'autel et tu crois te sanctifier par ces offrandes et par cette viande sacrifiée. Sache que tu n'es pas sanctifié par des offrandes qui ne pourront t'être utiles tant que le temple est en ruines. Toutes tes œuvres sont souillées aussi bien que tout ce que tu fais, à cause de ce que tu négliges, et du fait que tu t'es appliqué davantage à construire ta propre maison qu'à construire la mienne. Certes, ce que l'on offre sur l'autel est sacré, mais tu n'es pas sanctifié par tes sacrifices; tout au contraire, tu seras souillé parce que tu habites dans la vallée et que tu te perds dans les œuvres mortes. Voici selon l'histoire125; pourtant, en l'exposant nous avons déjà tiré les grandes lignes de l'interprétation spirituelle126.
Selon l'anagogie127, si l'homme de l'Eglise, qui a immolé un agneau sans tache d'un an, et qui a été revêtu du Christ, porte de cette viande et la lie dans le bord de son vêtement, et que ce même bord touche soit le pain des Ecritures, qui affermit les cœurs des croyants; soit le ragoût – les Epîtres apostoliques qui découpent et font cuire, pour ainsi dire, les viandes de la Loi ancienne afin de servir des plats cuisinés à celui qui mange; soit le vin qui réjouit le cœur de l'homme, soit l'huile qui fait luire le visage de l'auditeur (Psaumes 103, 15); soit tout autre mets comme le lait dont se nourrissent les Corinthiens (I Corinthiens 3, 2)128, les légumes dont se nourrissent les faibles (Romains 14, 2)129, et tous les autres aliments semblables, il ne s'ensuit pas que quiconque, ayant reçu ces aliments sanctifiés, les mangera. En effet, ce n'est pas par ce qui leur est dit, mais par ce qu'ils assument, que l'on sanctifie les auditeurs; il y en a beaucoup qui sont auditeurs de la loi, mais qui ne la pratiquent pas. Par conséquent, je pense que toutes les choses que j'ai mentionnées ne se révèlent pas sanctifiées pour ceux qui s'en nourrissent par le contact du vêtement, car ils ne sont touchés que du bord du manteau; les viandes sanctifiées ne connaissent pas de l'intérieur leurs humeurs, leur sang, leurs veines et leurs nerfs.
Donc, tandis que l'effleurement du bord du vêtement du Seigneur ne sanctifie pas celui qui n'a pas mangé la viande de l'Agneau et qui n'a pas bu son sang, chacune des doctrines perverses d'un impur dans l'âme rend impur tout ce qu'elle touche sans exception. En effet, ils ont dans leurs sacrements du pain, du vin, de l'huile et tous les autres aliments, mais leurs sacrements sont une sorte de pain d'affliction; tous ceux qui les auront touché, seront souillés. Ils lisent les mêmes Ecritures, ils saupoudrent, pour ainsi dire, leur pain de témoignages des Ecritures, et toute la nuit ils le font cuire au four; mais alors qu'il est donné à manger, il pousse ceux qui le mangent à la démence. Ils ont de différents plats cuisinés, ils tâchent de tisser dans les Ecritures chacun de leurs mystères selon son sens pervers, de faire cuire, en quelque sorte, les viandes de l'Agneau et de les assaisonner; or, ce mets c'est la perdition. Ils ont aussi du vin, mais non pas d'une vigne de Sorec130 – vigne excellente et pleine de vérité que le Seigneur planta dans le livre Jérémie (2, 21), mais de la vigne des Sodomites. Ils ont aussi de l'huile qu'ils extraient violemment des témoignages de l'Ancien et du Nouveau Testament, et ils en proposent aux esprits trompés et las afin qu'ils en mangent, pour ainsi dire; mais, s'en détournant avec horreur, le saint dit: que l'huile de pécheurs n'engraisse pas ma tête (Psaumes 140, 5). Ils ont aussi des mets divers, ce sont bien évidemment leurs multiples et diverses traités d'hypothèses131 variées; comme ceux qui les ont écrites sont impurs et qu'elles ont été prononcées par une bouche impure, quiconque les touche devient impur et il sera entraîné dans leur erreur.
Par conséquent, Aggée qui connaissait les différences entre les fêtes et qui s'appelait pour cette raison l'élu de la fête, répondit: Ainsi en est-il de ce peuple et de cette nation – ce sont clairement les juifs, les païens et tous les hérétiques – devant ma face. Le Seigneur dit: tout ce qu'ils auront fait, tout ce qu'ils m'auront offert – les offrandes pour leur salut, ou pour la paix, ou pour la remise de leurs péchés, ou pour l'expiation de leurs délits, les offrandes faites par le sacrifice, ou par l'aumône, ou par les jeûnes, ou par une vie de tempérance, ou par la chasteté du corps – tout cela sera souillé à mes yeux. En effet, quelque sacrées qu'apparaissent les offrandes de tels individus, puisqu'elles ont été touchées par un impur dans l'âme, elles souilleront tout.


(114) Le verbe odoratis est employé pour traduire le verbe grec ἐμισεῖτε.
(115) Pour quelques essais d'explication de la dernière phrase, qui est absente de l'hébreu, voir M. CASEVITZ, C. DOGNIEZ et M. HARL, La Bible d'Alexandrie, 10-11, Aggée et Zacharie, p.87-88.
(116) Voir note 30.
(117) Il s'agit de Yom Kipour – le jour de l'Expiation, dont il est dit dans le Lévitique: Au septième mois, le dixième jour du mois, vous jeûnerez, et ne ferez aucun travail, pas plus le citoyen que l'étranger qui réside parmi vous. C'est en effet en ce jour que l'on fera sur vous le rite de l'expiation pour vous purifier (Lévitique 16, 29-30)
(118) Il s'agit, en fait, de la neuvième année du règne de Sédécias; voir Jérémie 39, 1 et 52, 4.
(119) quasi ex persona Domini – pour l'emploi de l'expression latine ex persona et son équivalent grec ἀπὸ προσώπου chez les Pères grecs et latins, voir A. GRILLMEIER, Christ in Christian Tradition, traduction anglaise: J. BOWDEN, Great Britain, 1965, p.126-127.
(120) Les termes vetus Instrumentum et novum Instrumentum, qui désignent l'Ancien et le Nouveau Testaments, ne sont pas rares chez Saint Jérôme; on les rencontre, par exemple, une vingtaine de fois dans son Commentaire sur Isaïe. Voir l'index d'In Isaiam dans: http://www.documentacatholicaomnia.eu/02m/0347- 0420,_Hieronymus,_Commentariorum_In_Isaim_Prophetam_Libri_Duodeviginti,_MLT.pdf
(121) Il y a de nombreux écarts entre cette citation et le passage tel qu'on le lit dans la Vulgate. Cependant, il ne s'agit pas d'une correction apportée par Saint Jérôme à son travail précédent, comme nous avons vu plus haut (note 28), puisque l'on estime que sa révision de la version latine du Nouveau Testament n'est pas allée au-delà des quatre Evangiles (J.N.D. KELLY, Jerome…, p. 88).
(122) Voir note 22.
(123) La citation diffère de la version de la Vulgate.
(124) Voir note 22.
(125) Voir note 49.
(126) Voir note 36.
(127) Le texte emploie le mot grec: ἀναγωγήν; voir note 58.
(128) Pour moi, frères, je n'ai pas pu vous parler comme à des hommes spirituels, mais comme à des êtres de chair, comme à des petits enfants dans le Christ. C'est du lait que je vous ai donné à boire, non une nourriture solide; vous ne pouviez encore la supporter (I Corinthiens 3, 1-2).
(129) A celui qui est faible dans la foi, soyez accueillants sans vouloir discuter des opinions. Tel croit pouvoir manger de tout, tandis que le faible ne mange que des légumes (Romains 14,1-2). Saint Jérôme accordait une importance non négligeable au sens littéral pour l'édification des incultes. A leur sujet il s'est exprimé ainsi: En suivant le lettre sur certains points, ils progressent pourtant peu à peu grâce à la paille et à l'orge, au point d'en arriver au froment (Saint Jérôme, Commentaire sur Isaïe, cité dans P. JAY, L'exégèse de Saint Jérôme d'après…, p. 134).
(130) Bâti sur l'une des racines hébraïques signifiant rouge, le mot Sorec (קרוֹשׂ) désigne une espèce de ֵ vigne dont les raisins sont de couleur rouge foncé, et qui était connue pour sa bonne qualité (Dictionnaire de l'hébreu Even-Chouchanne). Le mot n'apparaît que trois fois dans la Bible (Genèse 49, 11; Isaïe 5, 2; et Jérémie 2, 21). En traduisant ces versets, Saint Jérôme ne s'est pas contenté de transcrire ce mot, comme il le fait ici, mais il l'a traduit par vinea electa
(131) Le texte emploie le mot grec: ὑποθέσεων.

Et maintenant, appliquez vos cœurs de ce jour et dorénavant: avant que l'on ne mette pierre sur pierre dans le temple du Seigneur, alors que vous vous approchiez d'un tas de vingt mesures, il y en eut dix; alors que vous veniez au pressoir pour presser cinquante cruches, il y en eut vingt. Je vous frappai par un vent brûlant, par la jaunisse et par la grêle en toutes les œuvres de vos mains, et aucun d'entre vous ne revint pas à Moi, dit le Seigneur (Aggée 2, 16-18).
Les Septante: Et maintenant, appliquez vos cœurs de ce jour et dorénavant: avant que l'on ne mette pierre sur pierre dans le temple du Seigneur, qui étiez-vous ? Quand vous jetiez dans un coffre vingt boisseaux d'orge, il y eut dix boisseaux d'orge; quand vous veniez au pressoir pour puiser cinquante amphores, il y en eut vingt. Je vous frappai par la stérilité, par les dégâts du vent et par la grêle en toutes les œuvres de vos mains, et vous ne revîntes pas à Moi, dit le Seigneur. Certes, tout ce que vous m'avez offert sur l'autel fut souillé, car vous n'aviez pas bâti le temple, (en effet, si le temple n'est pas construit, tous les dons sont souillés). Cependant, je t'incite maintenant, ô peuple, à revenir par la pensée aux choses passées et d'examiner ce qui est arrivé. A partir de ce jour du vingt-quatre du neuvième mois de la deuxième année de Darius, embrasse par la pensée tout ce qui s'est passé jadis, et les raisons pour lesquelles tu as tant souffert, pour que, au moment où la prospérité t'arrivera, tu saches pourquoi. Ainsi, avant que tu n'entreprennes la construction du temple et que tu ne mettes pierre sur pierre, alors que tu t'approchais d'un tas en pensant y trouver vingt boisseaux, ne pouvais-tu pas en ramasser qu'à peine la moitié ?
Ou bien, selon les Septante: alors que tu jetais vingt boisseaux d'orge dans le vase appelé cypseles132, et que tu croyais, bien que tu aies mis de l'orge, nourriture des bêtes de somme, être sûr de ces mêmes vingt boisseaux, en revenant plus tard au vase n'as-tu pas trouvé qu'à peine dix boisseaux ? De même, s'approchant du pressoir et regardant les raisins, vos yeux vous montraient cinquante amphores. Pourtant, je ne parle plus de la moitié, car vous ne pouviez en presser qu'à peine vingt amphores. Et je vous ai frappé d'un vent brûlant, des dégâts causés par le vent, de la mort des récoltes, de la vacuité des épis et des grappes des vignes, afin de vous appeler par le poids des malheurs à ma connaissance; et même ainsi aucun d'entre vous ne revint pas à Moi.
L'hébreu expose ainsi tout le contenu de ce passage, depuis l'endroit où il est écrit: Et maintenant, appliquez vos cœurs de ce jour et dorénavant, jusqu'à l'endroit où il dit: la vigne, le figuier, le grenadier et l'arbre de l'olivier n'ont pas été en fleurs; à partir de ce jour je bénirai (Aggée 2, 20): Certainement, maintenant les fondements du temple ont été jetés; donc, dès ce jour où vous avez jeté les fondements (alors qu'auparavant je vous ai châtié par la stérilité, la faim, la grêle et la sécheresse, et aucun d'entre vous ne revint à moi suite à ces plaies), appliquez vos cœurs à l'avenir, et voyez que toutes choses suivront un cours heureux pour vous. Or, cela vous arrivera parce que vous avez commencé à construire mon temple, et que, ne faisant pas confiance à l'autel seul, vous n'avez pas tenu l'édification de ma maison pour négligeable. D'après ce sens nous pouvons dire brièvement que c'est en vain que certains offrent des dons à Dieu en pensant qu'il peut être apaisé par des aumônes et des sacrifices, tant qu'ils n'ont pas bâti en eux-mêmes le temple de l'Esprit-Saint. En effet, les aumônes et les dons offerts sur l'autel ne peuvent être utiles que si l'on a fait de soi-même le temple de Dieu et qu'après sa construction on fasse des offrandes sur l'autel.
Selon la tropologie133, à nous qui croyons maintenant en Jésus-Christ, et bien que nous croyions et que nous montrions par nos œuvres la vérité de notre foi, il nous est dit de revenir dans notre esprit au temps où nous étions païens, où nous servions les vices tous les jours et où nous n'avions pas levé en nous le temple de Dieu. De même que celui qui est architecte et maçon très habile joint une pierre à une autre et relie celle du dessous à celle du dessus par de la chaux et du plâtre, de même l'architecte (que l'Apôtre se dit être: comme un architecte habile j'ai posé le fondement [I Corinthiens 3, 10]; et que le Seigneur menace d'ôter de Jérusalem [Isaïe 3, 3]) sait comment joindre une œuvre aux autres œuvres, et ainsi construire peu à peu le temple de Dieu. Or, le fondement de ce temple c'est Jésus, sur qui chacun doit constater ce qu'il bâtit: l'un y met de l'or, de l'argent et des pierres précieuses, l'autre du bois, du foin et de la paille. Et aux trois bons matériaux sont opposés trois mauvais. Ce sont les pierres avec lesquelles le Seigneur promet de reconstruire Jérusalem: Voici que je ferai pour toi des pierres d'escarboucle, des fondements de saphir, et je mettrai en place des remparts de jaspe, des portes en pierre de cristal et des murailles en pierres exquises (Isaïe 54, 11-12)134. Mais, il ne faut pas croire, en adhérant aux fables juives135 et aux récits déraisonnables, que Dieu bâtirait Jérusalem en or et en gemmes et non pas avec les pierres vivantes, qui roulent maintenant sur la terre. D'après la nature des pierres, les unes sont brûlantes de foi comme l'escarboucle, d'autres sont tout célestes et sont ramenées au trône de Dieu comme le saphir, et d'autres brillent d'innocence et de la simplicité de bonnes œuvres comme le cristal. Il nous est dit donc de considérer ce que nous avons souffert avant de bâtir en nous le temple de Dieu; il dit: alors que vous vous approchiez d'un tas de vingt mesures, il y en eut dix, ou bien selon les Septante: quand vous jetiez dans un coffre vingt boisseaux d'orge, il y eut dix boisseaux d'orge. En effet, toutes les vertus et toutes les bonnes œuvres que nous semblions avoir avant le Christ, n'étaient pas de blé, mais de l'orge. Et cette orge, dont on dit qu'elle donnait à Isaac une production centuple (Genèse 26, 12), n'était pas conforme à notre espoir et à nos vœux, nous ne pouvions en tirer qu'à peine la moitié de notre labeur, et on nous disait: vous avez tant souffert en vain (Galates 3, 4). De plus, alors que nous venions au pressoir et que nous comptions cinquante amphores136 de vin (qui est le nombre de sept semaines complètes scellées par l'unité de la divinité), et que nous croyions avoir du vin, qui réjouit le cœur de l'homme, on nous soustrayait le nombre sacré de trente (qui est celui du baptême du Seigneur, celui de la première vision d'Ezéchiel au début de sa prophétie, et, selon les Hébreux, celui de l'accès des prêtres au ministère de Dieu); et il nous en restait vingt. C'est le nombre aimé par Esaü, et c'est pourquoi Jacob, qui sait que ce nombre fait plaisir à son frère, lui fait cadeau de certains animaux vingt par vingt (Genèse 32, 13-15). Remarquons en même temps que Jacob lui-même, bien que saint, (quoiqu'à ce moment il ne soit pas avec son père Isaac, qui veut dire le rire137, ni avec sa mère Rébecca, qui veut dire l'endurance138; il avait pour voisins les Assyriens, et il habitait en Mésopotamie où les rivières l'entouraient des deux côtés139), était au service du très cruel et du très avare Laban pendant vingt ans. Et personne ne serait indigné, si nous disions qu'avant la foi au Christ et la construction de son temple, certains ne pouvaient recueillir que la moitié de leur travail; en revanche pour les incroyants il n'y a aucun fruit de bonnes œuvres. En effet, il n'était pas vrai que celui qui avait mis vingt, trouvait vingt; en fait, ayant mis vingt, on ne trouvait que dix, c'est-à-dire, la moitié de son travail. Les juifs, les païens, les philosophes de ce monde et tous les autres qui se vantent de leur sagesse, obtiennent les fruits et la gloire de leurs actions et de leur travail seulement dans le temps présent, tout espoir et toute récompense dans le monde futur leur sont enlevés. Or, il en est ainsi, pour qu'ils ne tiennent pas le repentir pour négligeable en se désespérant profondément, et qu'une fois convertis, ils mettent pierre sur pierre, et qu'ils bâtissent le temple de Dieu. S'ils persévèrent dans leur incrédulité, cette même moitié qu'ils semblaient avoir, ils la perdront, car il est dit ensuite: je vous frappai par un vent brûlant, par la jaunisse et par la grêle en toutes les œuvres de vos mains. Tout ce qui est frappé par la jaunisse, par la grêle et par le vent brûlant retourne à la poussière et à la cendre, et rien d'utile ou de mangeable ne s'y trouve. Le Seigneur fit toutes ces choses, parce qu'aucun d'entre eux ne revenait à lui. S'ils reviennent et qu'ils bâtissent le temple du Seigneur, dès le jour où ils auront commencé à construire, ils auront ce que les paroles de la prophétie exposent.


Appliquez vos cœurs à partir de ce jour et pour l'avenir, à partir du vingt-quatrième jour du neuvième mois, à partir du jour où les fondements du temple du Seigneur furent jetés, appliquez votre cœur. Est-ce que les grains sont déjà devenus des germes ? Et est-ce que le figuier, la vigne, le grenadier et l'arbre de l'olivier n'ont pas encore été en fleur ? A partir de ce jour je bénirai (Aggée 2, 19-20). Les Septante: Appliquez vos cœurs de ce jour et pour l'avenir, à partir du vingt-quatre du neuvième mois, et à partir du jour où les fondements du temple du Seigneur furent jetés, appliquez vos cœurs. Est-ce que l'on reconnaît une aire, au-delà, sur la terre, et est-ce que l'on reconnaît la vigne, le figuier, le grenadier et l'arbre de l'olivier qui ne portent pas de fruit ? De ce jour je bénirai. Je vous ai exposé, dit-il, ce que vous aviez subi avant de commencer à bâtir mon temple. Maintenant, j'exposerai votre prospérité future, puisque vous avez entrepris la construction de mon temple. Donc, à partir du vingt-quatrième jour du neuvième mois où les fondements du temple furent jetés, considérez quelle l'abondance de biens vous attend. Le neuvième mois est celui que nous appelons novembre ou décembre. En effet, NISAN, qui est appelé le mois des choses nouvelles140, est le premier mois chez les Hébreux. C'est le moment où ils célèbrent la Pâque, c'est-à-dire, commençant au début du printemps et, en fonction du cours de la lune, ce mois occupe souvent une certaine partie de mars, et parfois il commence en avril. Donc, si par Nisan nous comprenons avril, le neuvième mois d'après le compte des Hébreux serait celui de décembre.
Le dixième mois est le moment où la semence est cachée dans la terre, et où l'on ne peut pas conjecturer concernant la fertilité future. Est-ce que, demande-t-il, la semence a déjà germé ? Cela est mieux dit en hébreu: est-elle dans le follicule141, c'est-à-dire, dans le fourreau de l'épi ? Est-ce que la vigne, le figuier, le grenadier, et l'arbre de l'olivier ont donné leur fleur, et par fleur on comprend aussi le fruit ? Surtout pas; car, comme nous l'avons dit, au mois de décembre il n'y a aucun signe des fruits à venir. Donc, pour que vous ne disiez pas que c'est par un calcul avisé que je formule des conjectures sur la fertilité future des fleurs d'arbres et des plantes des champs, voyez qu'il n'y en a aucun signe. Et pourtant, comme vous avez commencé à bâtir mon temple, moi, je vous promets cette bénédiction et ma fertilité pour tous les fruits.
Nous avons dit cela selon l'hébreu. Du reste, selon les Septante le sens est tout autre; nous devons l'exposer tout d'abord selon la lettre142, afin de passer ensuite au niveau de la tropologie.143
Appliquez vos cœurs, dès ce jour où le temple a été fondé, à l'avenir, et vous verrez que les moissons seront si abondants et que les champs donneront tant de blé, que l'aire ne saura plus quel est le sien, ou bien qu'il n'y aura plus d'aires séparées; en raison de l'abondance, les aires seront jointes l'une à l'autre et la séparation entre les différentes aires n'existera plus sur la terre. De plus, la vigne, le figuier, le grenadier et l'arbre de l'olivier, qui ne donnaient pas de fruits auparavant à cause de votre faute, parce que vous n'aviez pas encore commencé à bâtir mon temple, se courberont sous une telle abondance de raisins et de fruits, que la fécondité manifeste rendra la bénédiction manifeste.
Le neuvième mois ne doit pas être pris en bonne part, car il est dit dans le quatrième livre des Rois et dans Jérémie, qui relatent cette histoire, que c'est à ce moment-là que Jérusalem fut conquis (IV Rois 25, 3; Jérémie 39, 2 et 52, 6).144 Pourtant, puisqu'à la fin du neuvième mois les fondements du temple sont posés, nous pouvons comprendre que la construction du temple du Seigneur ne commence pas jusqu'à ce que les mauvaises œuvres arrivent à leur terme. Aussi, c'est lors du vingt-quatrième jour du même mois que les fondements du temple sont posés. Ce nombre composé de deux fois douze, trois fois huit ou quatre fois six145, a été examiné précédemment de façon plus exhaustive.
Donc, quiconque se consacra au culte de Dieu et méprisa Ῥᾴθυμος, c'est-à-dire, le patron négligeant (qui dans le livre d'Esdras, selon les soixante-dix traducteurs, a essayé d'empêcher que le temple soit bâti146), ne connaissait pas la quantité des fruits et la grandeur de sa récompense. Ou bien, c'est à cause de cela qu'il est dit: reconnaît- on encore une aire sur la terre ? Celui qui aura semé dans l'Esprit, et qui aura récolté de l'Esprit la vie éternelle (Galates 6, 8), il n'amassera rien sur la terre, mais dans toutes ses œuvres, et les récompenses pour ses œuvres seront cueillies dans les cieux.


(132) On trouve dans le texte une transcription latine du mot grec κυψέλη qui est employé par les Septante.
(133) C'est sous la plume de Saint Jérôme que le mot tropologia, emprunté sans doute à un de ses prédécesseurs grecs, est apparu dans le monde latin. Littéralement ce mot veut dire langage figuré (Dictionnaire grec-fraçais – Bailly), et, en effet, alors que Saint Jérôme traduisait les homélies d'Origène il a rendu en latin le verbe correspondant τροπολογεῖν tantôt par allegorizare, tantôt par figurate dicere. Contrairement au sens attribué à tropologia par la tradition chrétienne ultérieure, formulé ainsi par Jean Cassien: Le sens tropologique est l'explication morale que l'on applique à la correction des mœurs et à l'enseignement de la vie présente (JEAN CASSIEN, Conférences, II, 32, traduction: E. CARTIER, Paris, 1868), d'après les analyses faites par P. Jay de ses emplois dans les commentaires hiéronymiens sur Zacharie et sur Isaïe, il s'avère que tropologia ne désigne chez Saint Jérôme que le sens spirituel de façon générale sans que l'on puisse lui attribuer un sens plus précis (P. JAY, L'exégèse de Saint Jérôme d'après…, p. 232-241 et Le vocabulaire exégétique de Saint Jérôme dans le Commentaire sur Zacharie, p. 10-11).
Dans le Commentaire sur Aggée, il n'y a que deux occurrences de tropologia. Dans la première, il s'agit d'un terme annonçant le passage de l'interprétation littérale à l'interprétation spirituelle, qui est à la fois de nature morale et ecclésiologique (voir le renvoi à cette note). La deuxième occurrence du mot est aussi dans une phrase de transition. En effet, après avoir interprété le texte hébreu d'un lemme et au moment de passer à l'interprétation du texte grec des Septante, qui présente des écarts importants par rapport au texte hébraïque, Saint Jérôme dit qu'il exposera successivement son sens juxta litteram et son sens au niveau de la tropologia (voir le renvoi à la note 143). Dans ce deuxième cas, il est clair que tropologia ne désigne pas une sorte d'interprétation spirituelle, mais l'interprétation spirituelle en tant que telle.
(134) La citation diffère de la version de la Vulgate.
(135) Voir note 42.
(136) Puisque nous sommes au sein de l'interprétation spirituelle, Saint Jérôme emploie de préférence la traduction sur le grec des Septante et non pas celle faite sur l'hébreu. Ainsi, il dit ici quinquaginta amphoras et non pas quinquaginta lagenas. Voir note 70.
(137) Saint Jérôme reproduit ici une des deux étymologies qu'il a données au nom d'Isaac dans son Liber de Nominibus Hebraicis écrit entre 389 et 391 (J.N.D. KELLY, Jerome…, p. 153), où il dit que son nom signifie soit le rire soit la joie. Plus précisément, le nom d'Isaac est identique morphologiquement à la troisième personne du masculin singulier de l'inaccompli (futur) du verbe signifiant rire / se moquer de. Dans la Genèse le nom d'Isaac est rapproché des propos de Sarah, mère d'Isaac, après sa naissance, où le verbe est employé au sens propre: Dieu m'a donné de quoi rire, quiconque l'aura appris rira avec moi.
(138) Dans le Liber de Nominibus Hebraicis on trouve une étymologie plus élaborée du nom de Rébecca: beaucoup d'endurance, ou bien elle a beaucoup supporté (multum accepit) ou bien endurance (traduction personnelle). Il reste, néanmoins, difficile à comprendre quelle est l'origine de cette étymologie. En effet, la racine du nom de הקבר (Rivka): .ק.ב.ר (R.B.K.) n'apparaît dans la Bible que ָ ְ ִ dans un seul autre mot, celui de קבּרמ (marbék) que l'on trouve quatre fois dans l'ensemble de la Bible et ֵ ְ ַ qui sert toujours de complément de nom au mot signifiant veaux. Il semblerait, en effet, que les veaux du marbék soient des veaux gras, tandis que le marbék lui-même désigne l'étable ou l'endroit où l'on engraisse les animaux. En hébreu talmudique le mot הקבר (Rivka), identique au prénom Rébecca, ָ ְ ִ désigne un attelage pour les animaux (Dictionnaire de l'hébreu Even-Chouchanne). H.W.F. Gesenius conjécture que le nom signifie une femme qui attrape les hommes par sa beauté (H.W.F. GESENIUS, Hebrew-Chaldee Lexicon to the Old Testament, traduction anglaise: S.P. TREGELLES, 1979, USA, traduction personnelle).
(139) Il s'agit bien évidemment du Tigre et de l'Euphrate entre lesquels se trouve la Mésopotamie.
(140) mensis novorum – l'autre nom hébraïque du mois de Nissan qui se trouve dans la Bible c'est ביב ה שֶׁ (khodéch ha-aviv) dont la traduction littérale c'est le mois du printemps. Pourtant, les ִ ָ דֹח Septante avaient traduit cette expression, qui n'a que six occurrences dans la Bible, systématiquement par ὁ μήν τῶν νέων. Ce n'est sans doute afin de ne pas s'éloigner trop de leur version que Saint Jérôme l'a traduite, ici aussi bien que dans quatre de ses occurrences bibliques, par mensis novorum. Or, il arrive deux fois dans la Bible que cette expression apparaisse deux fois dans le même verset (Exode 34, 18 et Deutéronome 16, 1). Dans ces deux cas, par souci de varier ses moyens d'expression, Saint Jérôme l'a traduite une première fois par mensis novorum et une deuxième fois par mensis verni, en restant près de l'hébreu. Cet exemple peut servir à illustrer deux des principes qui guidaient la traduction hiéronymienne de la Bible: premièrement, Saint Jérôme tâchait de ne pas s'écarter de la version des Septante, lorsque celle-ci n'était pas en contradiction avec l'hébreu, comme il le déclare lui- même dans la préface à son Commentaire sur l'Ecclésiaste (voir également F. CAVALLERA, Saint Jérôme et la Bible, dans Bulletin de littérature ecclésiastique, tome 22, 1921, p. 223-224 et J.N.D. KELLY, Jerome, p. 163); et deuxièmement, afin que sa traduction soit élégante, Saint Jérôme rendait très souvent un mot ou une expression, répété plusieurs fois dans l'hébreu, par de différents synonymes (voir A. CONDAMIN, Les caractères de la traduction de la Bible par Saint Jérôme, dans Recherches de science religieuse, tome 2, 1911, p. 434-440).
(141) Le mot הרוּגמ (mégoura), un hapax dans la Bible que Saint Jérôme traduit ici par in folliculo, peut, en ָ ְ effet, vouloir dire le fourreau de l'épi, mais sa signification la plus fréquente dans la langue mishnique c'est un grenier (Daat Mikra, Trei-Asar, tome II, Jérusalem, 1990, note à Aggée 2, 19). Ainsi, sans comprendre cette question comme une expression idiomatique, on pourrait la traduire par: Y a-t-il encore des grains dans le grenier ?
(142) Voir note 22.
(143) Voir notes 133 et 70.
(144) D'après le livre des Rois et Jérémie, Jérusalem a été conquis le neuvième jour du quatrième mois. Cela n'a pas échappé à Saint Jérôme, puisqu'en traduisant le livre des Rois et Jérémie 52, 6, il a rendu l'expression hébraïque שֶׁ ַ ָ ְ ִ ְ דֹחל העשׁתבּ (bé-ticha'a lakhodéch), qui veut dire littéralement le neuf du mois, par nona die mensis (IV Rois 25, 3) et par nona mensis (Jérémie 52, 6). Dans Jérémie 39, 2, la même expression hébraïque est traduite par quinta mensis, mais cela semblerait être une erreur. Il paraît, donc, ou bien que ce passage du commentaire veuille dire que c'est le nombre neuf qui ne doit pas être pris en bonne part, ou bien que ce soit une erreur de la part de Saint Jérôme.
(145) …in quo numero duplex δωδεκάς et tres ὀγδοάδες quatuorque ἑξάδες sunt – Comme les nombres sont donnés en grec, il se peut que ce passage soit un emprunt fait par Saint Jérôme à un de ses prédécesseurs grecs.
(146) Le nom de Ῥᾴθυμος, qui signifie en grec, comme Saint Jérôme l'explique, le négligeant, n'apparaît que dans le livre de I Esdras. Ce livre précède, dans les Septante, la traduction grecque des deux livres hébraïques d'Esdras et de Néhémie, regroupés tous les deux sous le nom de II Esdras. I Esdras ressemble au livre hébraïque d'Esdras, mais il contient des additions importantes, dont les noms des rédacteurs de la lettre mettant en garde le roi perse, Artaxerxès, contre les juifs qui commençaient à rebâtir Jérusalem. Or, parmi les noms de ceux-ci figure celui de Ῥᾴθυμος. I Esdras, jugé comme apocryphe par l'Eglise Catholique, se trouve dans la Vulgate sous le nom de III Esdras, et il y a des différence en ce qui concerne la numérotation des versets entre la traduction latine et la version des Septante. Par conséquent, pour les occurrences du nom de Ῥᾴθυμος voir I Esdras 2, 12, 13 et 25 (Les Septante, édition A. RAHLFS) et III Esdras 2, 16, 17 et 25 (La Vulgate, édition R. WEBER).

 

La vigne c'est la parole de Dieu, dont le Père est l'agriculteur en chacun. Le figuier c'est les dons suaves de l'Esprit-Saint. Le grenadier c'est les dogmes de l'Eglise et la connaissance des Ecritures, qui est comparée dans le Cantique des Cantiques aux joues de la fiancée (Cantique des Cantiques 6, 6147). Et les oliviers donneront la nourriture et l'illumination du cœur à celui qui aura commencé à bâtir le temple de Dieu.
La vigne, le figuier et l'olivier (je traiterai du grenadier sous peu) se référent à la personne du Sauveur, de Dieu le Père et de l'Esprit-Saint. Dans le livre des Juges (9, 7-15) cela se dit de façon plus complète. Les arbres stériles, voulant se donner un roi, y demandent successivement à la vigne, au figuier et à l'olivier, de régner sur eux, mais aussi bien la vigne que le figuier et l'olivier renoncent à ce pouvoir, et ne veulent pas régner sur les arbres sans fruits. Donc, ils s'adressent à l'arbre qui est le roi de la stérilité, c'est-à-dire, au buisson épineux – un arbrisseau constitué d'épines et de crochets qui attrape tout ce qui le touche, l'ayant retenu il le blesse, et ensuite il se réjouit du sang des blessés; en outre, il déclenche aussi le feu de lui-même et fait consumer les arbres dont il est le roi. Or, pour nous le buisson épineux se rapporte au diable, dont nous devons comprendre la nature en la comparant à celle des buissons épineux.148
Cependant, la vigne, le figuier et l'olivier sont là où se trouve le grenadier, qui, en raison de la multitude de ses graines, de sa composition géométrique en membranes entrelacées, et de ses compartiments différents qui sont pourtant tous enfermés sous une seule écorce, est toujours présenté dans les Ecritures par rapport à la figure de l'Eglise.


Et la parole de Dieu se fit une deuxième fois à Aggée, le vingt-quatrième jour du mois, pour dire: Parle à Zorobabel, chef de Juda, pour dire: Moi, j'ébranlerai le ciel aussi bien que la terre, et je renverserai le trône des royaumes, et je détruirai la puissance des royaumes des nations, et je reverserai le char et son cavalier, et les chevaux et leurs cavaliers descendront, un homme sous l'épée de son frère. Ce jour- là, dit le Seigneur des armées, je te prendrai, Zorobabel, fils de Salathiel, mon serviteur, dit le Seigneur, et je te mettrai comme sceau, parce que je t'ai choisi, dit le Seigneur des armées (Aggée 2, 21-24).
Dans les Septante, il y a de plus: la mer et le sol ferme149, et de moins: je détruirai la puissance des royaumes des nations; on pourrait le constater pleinement en les lisant. Il faut noter que ce même jour, c'est-à-dire, le vingt-quatre du neuvième mois, quoique le numéro du mois ne soit pas mentionné, comme il prophétisait l'avènement du Christ et le règne de celui-ci150, la deuxième fois la parole de notre Seigneur se fit à Aggée, ni dans sa main comme auparavant, ni au prophète Aggée comme lors de la quatrième vision151, mais seulement à Aggée, c'est-à-dire, à celui que célèbre les fêtes du Seigneur, car cette fois-ci, il annonçait et il voyait non pas celui qui devrait venir, mais celui qui venait. Et de même qu'Abraham vit le jour du Christ et se réjouit (Jean 8, 56), et que Jean montra du doit l'Agneau de Dieu (Jean 1, 29 et 36), de même, en voyant le règne du Fils de Dieu, il avait en lui-même toutes les fêtes. Le sens de ce passage n'est pas le même chez la plupart: les uns pensent qu'il s'agit de son premier avènement; les autres qu'il s'agit du second, lorsqu'il viendrait dans sa majesté. Quant à nous, nous acceptons les deux, puisqu'il a régné quand il est venu, et il régnera par la suite.152 Cependant, si nous voulons l'entendre de la fin du monde, nous dirons ce que l'Apôtre dit aux Corinthiens: il faut détruire toute principauté, domination et puissance (I Corinthiens 15, 24), afin que Dieu soit tout en tous (I Corinthiens 15, 28). Et comme le sens de ce passage est mystique153 et qu'il vise la fin des choses, le prophète est ordonné de s'adresser seulement à Zorobabel, que nous avons montré être du type du Christ en raison de l'assomption de son corps qui descend de la race de David. Donc, on lui dit ce qui viendra à la fin, c'est-à-dire, que ce monde sera transfiguré (I Corinthiens 7, 31); qu'il y aura un nouveau ciel et une nouvelle terre; que le Seigneur ébranlera le ciel et la terre; qu'il détruira toute principauté, domination et puissance; qu'il abattra les rois des rois, ou bien, comme cela est dit dans l'hébreu: des royaumes; qu'il démolira toute puissance adverse, afin d'aider ceux-là même qui avaient régné auparavant et qui avaient tenu les nations sous leur empire, par la destruction de leur royaume;154 et qu'après l'anéantissement du zèle de combattre, viendra la paix. C'est, en effet, ce qu'il dit par: je reverserai le char et ses cavaliers, ou les chars et leurs cavaliers, et les chevaux et leurs cavaliers descendront.
Et afin de comprendre la signification de ce que nous avons dit par rapport au renversement des chars et des chevaux qui s'écrouleront, regardez comment l'on dit dans Zacharie (9, 9-10), au sujet du Christ, que le roi doux viendra, monté sur un ânon, le petit d'une ânesse, et qu'il détruira les chars d'Ephraïm et les chevaux de Jérusalem, afin qu'il n'y ait qu'un seul troupeau et un seul pasteur, et que chacune des deux troupes, celle des gentils et celle des juifs, soit menée par le pasteur pacificateur. Or, afin que tout ce qui est pervers soit détruit, chacun, armé de l'épée (que moi, j'estime être les paroles très tranchantes de la doctrine, qui enlèvent tout ce qui est pervers), s'élèvera contre son frère et coupera tout le mal. Mais toutes ces choses ont une fin merveilleuse, car après la destruction des trônes, des puissances régnantes, des chars, des chevaux et des cavaliers, ce jour-là, dit le Seigneur tout-puissant, je te prendrai, Zorobabel, fils de Salathiel, mon serviteur. On dit qu'il est serviteur à cause de son corps humain, car le fils sera alors lui aussi soumis à celui qui lui a soumis toutes choses; il sera vu parmi tous ceux qui sont soumis et il sera lui-même soumis. Mais quand le moment arrivera, Dieu le mettra comme sceau dans sa main: car Dieu le Père l'a marqué de son sceau (Jean 6, 27). Il est l'image de Dieu qui est invisible, et il est la forme de sa substance155, afin que quiconque croit en Dieu soit marqué en quelque sorte de son cachet.


Lecteur, je te supplie de me pardonner pour avoir dicté rapidement156, et de ne pas y chercher le charme de l'éloquence157, que j'ai perdu il y a longtemps en étudiant la langue hébraïque158; bien qu'Alecto159 dise que j'ai toujours été dénué d'éloquence et muet. Je lui dirais: le Seigneur donnera la parole à celui qui prêche l'Evangile, et une grande vertu (Psaumes 67, 12)160.


(147) Tes joues sont comme l'écorce de grenade, à l'extérieur de tes secrets (traduction personnelle de la version de la Vulgate qui diffère quelque peu de l'hébreu).
(148) On trouve une interprétation analogue chez Origène (voir Y.-M DUVAL, Vers un commentaire sur Aggée d'Origène, p. 9-10).
(149) Moi, j'ébranlerai le ciel, la terre, la mer et le sol ferme (Aggée 2, 21)
(150) Hormis le lemme consacré au verset 13 du premier chapitre (voir p. 39-41) où le sens littéral était sans doute trop évident pour être expliqué, ce lemme est le seul du Commentaire sur Aggée où Saint Jérôme se passe complètement de l'interprétation selon la lettre. Il se peut qu'il applique ici un principe hérité d'Origène (Périarchôn IV, 3, 2, cité par P. JAY, L'exégèse de Saint Jérôme d'après…, p. 280, note, 378) et formulé par Saint Jérôme, par exemple, dans son Commentaire sur Isaïe: Dans l'Ecriture trouvent souvent place des choses qui au sens littéral ne peuvent pas tenir debout, si bien que, par la force des choses, nous sommes contraints de chercher un sens plus profond (cité par ibid, p. 280). La difficulté de comprendre de quoi parle le passage littéralement est prise, donc, pour un signe que son sujet n'est nul autre que le Christ lui-même.
(151) Aggée 2, 11; voir page 53 et suivantes.
(152) Voir note 77.
(153) P. Jay a noté dans son étude sur le vocabulaire exégétique de Saint Jérôme dans le Commentaire sur Isaïe, que le mot mysterium et ses dérivés, qui désigne le sens spirituel, apparaissent chez Saint Jérôme plutôt alors qu'il s'agit du Christ (P. JAY, L'exégèse de Saint Jérôme d'après…, p. 266-269). Cette occurrence de l'adjectif mysticus, qui est la seule de notre commentaire, ne démente pas son analyse.
(154) Cette interprétation fait allusion à la théorie origénienne de l'apocatastase, d'après laquelle dans le royaume de Dieu les démons et le Diable lui-même se repentiront et seront pardonnés. Or, c'est une des théories d'Origène condamnées par Saint Epiphane comme hérétiques (voir Y.-M DUVAL, Vers un commentaire sur Aggée d'Origène, p. 10).
(155) Saint Jérôme semble soutenir ici un subordinatianisme, comme celui dont Origène a été accusé (voir Y.-M DUVAL, Vers un commentaire sur Aggée d'Origène, p. 10).
(156) Saint Jérôme se vante assez souvent de la rapidité de son travail. Ainsi, dit-il que la traduction des trois livres de Salomon – les Proverbes, l'Ecclésiaste et le Cantique des Cantiques – était un travail de trois jours (Vulgate, édition R. WEBER, Prologue aux livres de Salomon, l. 9); que la traduction du livre de Tobie ne lui a pris qu'un seul jour (ibid, Prologue à Tobie, l. 10); et qu'à celle du livre de Judith il a consacré une courte veillée (ibid, Prologue à Judith, l. 6, traduction personnelle; toutes ces références sont données par L.N. HARTMANN, St. Jerome as an Exegete, p. 71-72). Aussi agile dans la rédaction des commentaires que dans la traduction, Saint Jérôme atteste d'avoir écrit son Commentaire sur Matthieu en deux semaines afin de le donner à son ami Eusèbe de Cremona avant son départ de Palestine: Mais toi, tu me presses de dicter cet ouvrage en deux semaines, aux approches de la Pâque, quand les vents soufflent déjà. Et le temps de la dictée, de la transcription, des corrections, de la mise au propre! (…) Aussi, de grâce, si mon style est quelque peu négligé, s'il ne coule pas aussi aisément qu'à l'ordinaire, mets-le sur le compte de la hâte, non de l'incapacité (Saint Jérôme, Commentaire sur Saint Matthieu, édition E. BONNARD, Paris, 1977, tome 1, p. 69-71).
(157) Malgré son admiration pour l'éloquence, et surtout pour celle de Cicéron (voir, par exemple, la description du fameux songe de Saint Jérôme dans la lettre 22, et en particulier la dialogue suivant entre lui et son 'juge': On me demande ma condition: "Je suis chrétien", ai-je répondu. Mais celui qui siégeait: "Tu mens", dit-il; "c'est cicéronien que tu es, non pas chrétien"(…); (Saint Jérôme, Lettres, 22, 30, édition J. LABOURT, tome 1, Paris, 1949, p. 145). Saint Jérôme soutenait que celle-ci n'était aucunement requise dans le commentaire. Ainsi parle-t-il dans le prologue au livre cinq de son Commentaire sur Isaïe: Nous voulons en effet non pas qu'on loue notre œuvre mais qu'on comprenne ce qu'a dit le prophète, et nous ne faisons pas parade de notre éloquence mais nous recherchons la connaissance des Ecritures (traduction: P. JAY, L'exégèse de Saint Jérôme d'après…, p. 70).
(158) Comme Saint Augustin (Confessions 3, 5), Saint Jérôme n'a pas porté un jugement favorable sur le style des Ecritures. Ainsi, s'exprime-t-il dans la description de son songe, après avoir fait l'éloge de l'éloquence de Cicéron et de Plaute: Si, rentrant en moi-même, je me mettais à lire un prophète, ce langage inculte me faisait horreur (Saint Jérôme, Lettres, 22, 30, édition J. LABOURT, tome 1, Paris, 1949, p. 144). Et par rapport aux lettrés convertis au christianisme, il dit: Ils déposent alors l'éclat de leur éloquence, le bel apparat, la distinction de leur langage et s'adonnent entièrement à la simplicité et à la rusticité du langage; ils s'abaissent au style ordinaire, s'asseyent dans la saleté et détruisent ce qu'ils vantaient auparavant (Saint Jérôme, Commentaire sur Jonas, 3, 6-9, édition Y.-M. DUVAL, p. 279).
(159) Il s'agit de la Furie Alecto décrite ainsi dans l'Enéide de Virgile: …Alecto, ouvrière de deuils, celle qui n'a cœur qu'aux sombres guerres, colères, surprises traîtresses, calomnies meurtrières. Monstre détesté même de son père Pluton, détesté de ses sœurs tartaréennes, tant elle sait prendre de visages, si redoutables sont ses aspects, si nombreux les serpents qu'engendre sa noirceur (VIRGILE, Enéide, 7, 324-329, édition J. PERRET, Paris, 1978, p. 95). On trouve dans chacun des cinq premiers commentaires sur les petits prophètes, des images toutes aussi parlantes par lesquelles est décrit un des adversaires de Saint Jérôme. A part le surnom d'Alecto, cet adversaire y reçoit celui de Sardanapalus – le notoire roi assyrien, du serpent sifflant et de l'Hydre de Lerne. Dans son Commentaire sur Nahum, Saint Jérôme raconte que cet individu a été affligé d'hydropisie en tant que punition (pour ces références aussi bien que pour la suite de cette note, voir J.N.D. KELLY, Jerome, p. 169-170). KELLY croit que cet adversaire, qui n'est nommé nulle part, peut être l'ancien camarade de classe de Saint Jérôme, Rufinus. Si cette conjecture est juste, cela peut indiquer qu'il existait une vive discorde entre les deux anciens amis quelques années avant le déclenchement de la première controverse origéniste (en 393) dans laquelle les deux étaient fortement impliqués.
(160) Ce verset, tel qu'il est cité dans le commentaire, ne diffère guère de la façon dont il apparaît dans la traduction latine des Psaumes qui a été révisée par Jérôme d'après les Septante (le Psalterium Gallicanum). En revanche, son sens est tout autre dans la traduction plus tardive des Psaumes que Jérôme a faite conformément au texte hébraïque.

 

Bibliographie

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• Biblia Sacra iuxta vulgatam versionem, édition R. WEBER, Deutsche Bibelgesellschaft, Stuttgart, 1994.
• Septuaginta, édition A. RAHLFS, Deutsche Bibelgesellschaft, Stuttgart, 2006.
• La Bible d'Alexandrie, tome 23, 10-11, Aggée et Zacharie, Les éditions du Cerf, Paris, 2007.
• La Bible de Jérusalem, Editions du Cerf, Paris, 1998.
• La Bible, édition E. DHORME, Gallimard, Paris, 1956.
• La Bible, édition Z. KAHN, Editions Sinaï, Tel-Aviv, 1997.
• BARDY Gustave, Saint Jérôme est ses maîtres hébreux dans Revue bénédictine, tome 46, Abbaye de Maredsous, 1934, p. 145-164.
• BURSTEIN Eitan, La compétence de Jérôme en hébreu dans Revue des études augustiniennes, n° 21, Paris, 1975, p. 3-12.
• CAVALLERA Ferdinand, Saint Jérôme et la Bible dans Bulletin de littérature ecclésiastique n° 22, Toulouse, 1921, p. 214-217 et 265-284.
• CONDAMIN Albert, Les caractères de la traduction de la Bible par Saint Jérôme dans Recherches de science religieuse, tome 2, Paris, 1911, p. 425-440 et tome 3, 1912, p. 105-138.
• DECHOW Jon F., The heresy charges against Origen dans Origeniana Quarta, Innsbruck-Wien, 1987, p. 112-122.
• Daat Mikra, Trei-Assar, tome 2, Mosad Ha-Rav Cook, Jérusalem, 1990 (ouvrage en hébreu).
• DUVAL Yves-Marie, Vers un commentaire sur Aggée d'Origène dans Origeniana Quarta, Innsbruck-Wien, 1987, p. 5-15.
• HARTMANN Louis N., Jerome as an exegete dans A Monument to Saint Jerome, MURPHY Francis X., New York, Sheed and Ward, 1952, p. 35-81.
• JAY Pierre, L'exégèse de Saint Jérôme d'après son Commentaire sur Isaïe, Paris, Etudes Augustiniennes, 1985.
• JAY Pierre, Jérôme et la pratique de l'exégèse dans Le monde latin antique et la Bible, édité par FONTAINE Jacques et PIETRI Charles, Paris, Beauchesne, 1985, p. 523-542.
• JAY Pierre, Saint Jérôme et le triple sens de l'Ecriture dans Revue des Etudes Augustiniennes, n° 198, 1980, p. 214-227.
• JAY Pierre, Le vocabulaire exégétique de Saint Jérôme dans le Commentaire sur Zacharie dans Revue des études augustiniennes, n° 14, Paris, 1968, p. 3-16.
• Saint Jérôme, Commentaire sur Aggée dans Œuvres complètes, traduction par l'Abbé BAREILLE, tome 9, Vivès, Paris, 1881, p. 272-304.
• Saint Jérôme, Commentaire sur Jonas, traduit et préfacé par DUVAL Yves- Marie, Paris, Les éditions du Cerf, 1985.
• Saint Jérôme, Lettres, édition LABOURT Jérôme, tome I – VIII, Les Belles Lettres, Paris, 1949-1963.
• Saint Jérôme, Opera omnia dans Patrologia Latina, édition J-P. Migne, tomes 22-30, Paris, 1845, dans http://www.documentacatholicaomnia.eu
• KELLY John Norman Davidson., Jerome, his Life, Writings and Controversies, London-New York, Duckworth, 1975.
• SKEHAN Patrick W., St. Jerome and the Canon of the Holy Scriptures dans A Monument to Saint Jerome, MURPHY Francis X., New York, Sheed and
Ward, 1952, p. 259-287.

 

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Catéchisme n° 94
La tentation


Camp cadres
et UDT 2018

14-29 juillet : 10° Camp de formation
des cadres

XIII ° Université d'été de la FSSPX


Messes Océan
Indien mai 2018

A La Réunion
A l'Ile Maurice
A Madagascar


La Malle aux Mille Trésors de mai-juin
Courrier de Rome Tourné vers le concile; le schisme; les antéchrists; non à l'ostpolitik
Ecole St-Michel Garicoïts - L'éducation des enfants : vigilance, abbé Gonzague Peignot
Marie Reine des Coeurs - Agnès de Langeac et le saint Esclavage, abbé
Guy Castelain

Lettre à nos frères prêtres - L'Église et la célébration des sacrements; Le baptême selon Mgr Lefebvre
Aux Sources du Carmel n° 50 - L'Église : si nous l'aimons, nous devons la servir
Vers les sommets - Ton mot d'ordre : Garde ton âme
claire et libre

S.O.S Mamans - Journal de bord n° 77


Camps d'été 2018

Pour garçons
et jeunes gens

Camp St-Joseph
en Suisse (Simplon)
du 9 au 21 juillet

Camp à Triac-Lautrait (Charente)
du 9 au 22 juillet

Camps Saint-Pie X à l'Etoile du Matin à Eguelshardt du 6 et
du 9 au 24 Juillet

Camp St-Pierre-Julien Eymard :
7 au 23 juillet
châteaux de la Loire

Vox cantorum :
4 au 10 juillet
à La Peyrate

Compagnons de l'Immaculée - Camp du 10 au 31 juillet à Saint-Bonnet-le-Château
Camp Bx Th. Vénard du 16 au 28 juillet à Kernabat
MJCF - Août : Tyrol, Espagne, Portugal, de Vienne à Budapest, Italie
Camp St-Michel du 3 au 10 août dans la plaine du Forez
Camp itinérant
à vélo - Raid Saint Christophe
du 6 au 20 août

Camp Saint-Dominique en Vendée du 11 au 25 août
Compagnie de la Sainte Croix - Camp nature près de Cholet du 20 au 24 août

Pour filles et
jeunes filles

Camps Marie
Reine en Brenne
du 10 au 19 juillet

Compagnons de l'Immaculée - Camp du 10 au 31 juillet à Saint-Bonnet-le-Château
Camps Marie
Reine en Bretagne
du 21 au 30 juillet

Camp ménager du 16 au 25 juillet 2018,
à Wil en Suisse

Rome et la FSSPX : sanctions, indults, Motu proprio, levée des excommunications, discussions doctrinales...
La Porte Latine a fait la recension de plus de 1 400 textes concernant la crise de l'Eglise et ses conséquences sur les rapports entre Rome et la FSSPX.On peut prendre connaissance de l'ensemble ICI


Carte de France des écoles catholiques de Tradition
La Porte Latine vous propose la carte de France des écoles de Tradition sur laquelle figurent les écoles de garçons, de filles et les écoles mixtes. Sont mentionnées les écoles de la FSSPX et des communautés amiesVoir ICI


Intentions de la Croisade Eucharistique pour 2017
La Fraternité Sacerdotale Saint Pie X se propose de reconstituer en son sein une Croisade Eucharistique des Enfants, restaurant ainsi ce qui fût autrefois une oeuvre impressionnante tant par sa mobilisation que par son rayonnement spirituel.Tous les renseignements sur la Croisade ICI



Mardi 22 mai 2018
06:03 21:34

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