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Les insolites de LPL

   J'accuse le Concile - Chapitre III

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J'accuse le Concile - Chapitre III


Résumé : Ce chapitre propose entre autres documents, une note rédigée par le cardinal Larraona qui présente les dangers et les erreurs du schéma sur la « Constitution de l’Eglise », surtout en ce qui concerne le Collège et la collégialité. Nous voyons aujourd’hui les résultats néfastes annoncés par le cardinal. Un texte presque prophétique qui éclaire la situation actuelle de l’Eglise.

Chapitre III

Vatican II, Inter-session

En préparation de la troisième session des réunions eurent lieu à Solesmes ; autour de Dom Prou se réunissaient S. E. Mgr Morilleau, S. E. Mgr Sigaud, les théologiens connus Dom Frénaud et le chanoine Berto qui avait bien voulu m’accompagner à Rome comme expert, et moi-même.

De ces réunions sortirent plusieurs documents importants :

1° – Une lettre au Saint-Père sur le danger des expressions équivoques souvent utilisées dans les textes des schémas conciliaires. Elle est demeurée sans réponse.

2° – Un travail sur le schéma « De Revelatione » et « De Ecclesia », travail très important qui devrait être dans les mains de ceux qui étudient les textes conciliaires.

Une note adressée au Souverain pontife concernant les trois premiers chapitres du schéma « Constitutionis de Ecclesia ». Cette note très complète sur le Collège et la Collégialité fut rédigée par le cardinal Larraona et signée par quelques cardinaux et supérieurs de congrégations. Volontiers j’y apposai ma signature.

Elle eut une réponse manuscrite du Pape tout à fait décevante et déconcertante.

D’où les trois documents que voici :

N° 1 : la lettre sur les équivoques.

N° 2 : la note du cardinal Larraona.

N° 3 : la réponse du pape.


Document n° 1

Lettre adressée au Saint-Père, sur le danger des expressions équivoques, signée par cinq Pères du Concile (Juin 1964)

Très Saint-Père,

Humblement prosternés aux pieds de Votre Sainteté, nous la prions très respectueusement de daigner accueillir la supplique que nous osons lui adresser.

A la veille de la troisième session du Concile, nous étudions les schémas proposés au vote ou à la discussion des Pères. Devant certaines de ces propositions, nous devons avouer notre émotion et notre vive anxiété.

Nous ne retrouvons absolument pas, dans leur énoncé, ce que demandait Sa Sainteté Jean XXIII, à savoir « la précision de termes et de concepts qui fait la gloire particulièrement du Concile de Trente et du Ier Concile du Vatican ». Cette confusion dans le style et les notions produit une impression quasi permanente d’équivoque.

L’équivoque a pour résultat d’exposer au danger d’interprétations fausses et de permettre des développements qui ne sont sûrement pas dans la pensée des Pères conciliaires. Certes les « formulations » sont nouvelles, et parfois tout à fait inattendues. Elles le sont, nous semble-t-il, au point qu’elle ne nous paraissent pas conserver « le même sens et la même portée », que celles que l’Eglise employait jusqu’ici. Pour nous qui avons voulu nous montrer dociles à l’encyclique « Humani generis », notre désarroi est grand.

Ce danger de l’équivoque n’est pas illusoire. Déjà les études faites par certains « experts du Concile », à l’adresse des évêques dont ils sont les conseillers, tirent des conclusions qu’on nous avait appris à juger comme imprudentes, dangereuses, sinon fondamentalement erronées. Certains schémas, et très particulièrement celui de « l’Œcuménisme », avec sa « Déclaration sur la liberté religieuse » sont ainsi, avec satisfaction et faveur, exploités dans des termes et dans un sens qui, s’ils ne les contredisent pas toujours, s’opposent du moins formellement aussi bien à l’enseignement du Magistère ordinaire qu’aux déclarations du Magistère extraordinaire, faites à l’Eglise depuis plus d’un siècle. Nous n’y reconnaissons plus la théologie catholique ni la saine philosophie qui doit pour la raison en éclairer le chemin.

Ce qui nous paraît aggraver encore la question, c’est que l’imprécision des schémas nous semble permettre la pénétration d’idées, de théories, contre lesquelles le Siège Apostolique n’a pas cessé de nous mettre en garde.

Nous constatons enfin que les commentaires qui sont faits des schémas à l’étude présentent les questions proposées comme quasi-résolues : ce qui ne peut manquer, l’expérience en fait foi, de faire pression sur les votes des Pères.

Notre propos n’est pas « d’avoir raison contre d’autres », mais il est très sincèrement de travailler au salut des âmes que la charité ne peut assurer que dans la vérité.

Nous nous permettons d’ajouter qu’un grand nombre de fidèles et de prêtres, à qui une presse extrêmement abondante présente ces perspectives « d’aggiornamento » hasardeux, se disent très troublés.

Notre prière, Très Saint-Père, voudrait, dans la plus humble soumission, obtenir de Votre Sainteté qu’à l’ouverture des prochains travaux du Concile, elle veuille bien rappeler solennellement que la doctrine de l’Eglise doit s’exprimer sans ambiguïté, que c’est en respectant cette exigence qu’elle apportera les lumières nouvelles nécessaires à notre temps, sans rien sacrifier des valeurs qu’elle a déjà dispensées au monde, et sans s’exposer à servir de prétexte à une résurgence d’erreurs sans cesse réprouvées depuis plus d’un siècle.

En sollicitant de Votre Sainteté la plus grande indulgence pour la liberté que nous avons prise, nous la prions de daigner agréer les sentiments de notre respect le plus filial et de notre docilité absolue, et de bien vouloir nous bénir.


Document N° 2

Note à l’intention du Saint-Père sur le schéma « Constitutionis de Ecclesia », rédigée par les soins de S.E. le cardinal Larraona

1. Nous parlons dans cette note – personnellement réservée au Saint-Père – des trois premiers chapitres du schéma « Constitutionis de Ecclesia », mais principalement du chapitre III « De Constitutione hierarchica Ecclesiæ et in specie de Episcopatu ».

A propos des deux premiers chapitres « De Ecclesiæ Mysterio » et « De Populo Dei », mises à part quelques remarques et réserves, notre devoir est d’exprimer notre satisfaction pour la richesse du travail et sa réussite. Nous en félicitons donc sincèrement la Commission théologique, car la Constitution – dans ses deux premiers chapitres – offre une belle description de l’Eglise, de son vrai visage, profond et mystérieux.

2. Parlant en toute loyauté, et sincérité, différent est le jugement que nous pensons en conscience devoir porter sur le chapitre III « De Constitutione hierarchica Ecclesiæ et in specie de Episcopatu ».

Tout en reconnaissant ce qu’il contient de bon, nous ne pouvons pas ne pas émettre de graves réserves sur l’ensemble du  chapitre, et puisque nous croyons loyalement en ce que nous allons dire, nous avons « in Domino » le droit, et non seulement le droit – auquel nous pourrions renoncer – mais le devoir irrécusable d’exposer à qui de droit nos appréhensions et nos opinions à ce sujet.

3. En effet, après étude attentive, nous pensons devoir dire en conscience et devant Dieu que le chapitre III:

En ce qui concerne la doctrine, nous apporte :

a) des doctrines et des opinions nouvelles ;

b) non seulement incertaines, mais qui ne sont pas même probables ou solidement probables :

c) souvent vagues ou imparfaitement éclairées dans leurs termes, dans leur vrai sens, dans leurs buts.

En ce qui concerne les argumentations, est

a) très faible est fallacieux, autant du point de vue historique que doctrinal ; la preuve en est que les rédacteurs de la dernière version ont employé tout simplement la méthode d’exclure de la réponse de la Commission biblique aux questions de Votre Sainteté, les paroles indiquant le manque de preuves scripturaires incontestées de ce qu’on affirme.

b) étrangement insouciant des principes fondamentaux, même provenant de Conciles antérieurs ou de définitions solennelles.

c) à tel point qu’il laisse transparaître une partialité indubitable et vérifiable, provenant de l’influence de courants de force de nature non doctrinale, dont les buts et les méthodes ne sont pas irréprochables.

d) peu précis, peu logique, peu cohérent et donc encourageant – s’il était approuvé –­ des discussions sans fin, des crises, des fourvoiements douloureux et des atteintes douloureuses à l’unité, à la discipline et au gouvernement de l’Eglise.

Ces craintes ne sont pas a priori ou exagérées, car malheureusement – tout le monde le sait – depuis que de telles idées sont diffusées par la propagande, en faisant même appel à « l’autorité du Concile », le sens de la discipline a fortement diminué, spécialement en ce qui concerne la parole et les dispositions du Vicaire du Christ.

4. Les points principaux du schéma avec lesquels nous sommes en désaccord ou qui nous inspirent de graves réserves, concernent :

1° La manière de parler du Primat[1], de son sens et de sa raison d’être.

2° Le pouvoir et les qualités personnelles des apôtres et leur succession chez les évêques.

3° La collégialité œcuménique chez les apôtres et les évêques ; la collégialité territoriale.

4° Le sens et les conséquences d’une éventuelle déclaration conciliaire sur la sacramentalité de l’épiscopat. L’appartenance à ce qu’on appelle « collège épiscopal » en vertu de la consécration épiscopale.

5° La succession du collège épiscopal au collège apostolique dans les ministères d’évangélisation, de sanctification et même de gouvernement de l’Eglise universelle, et ceci de droit divin.

6° Le pouvoir et la hiérarchie d’ordre et ceux de Juridiction. Dans les annexes ci-jointes, nous tâcherons d’éclairer par des documents, au moins brièvement, ce que nous avançons, et d’alléguer les pressantes raisons théologiques qui sont en cause et qui, non sans raison, éveillent nos appréhensions.

5. Dans cet écrit, nous nous limitons à souligner que, à notre avis, la doctrine exposée et contenue dans le schéma – dans son ensemble et surtout dans les points énumérés ci-dessus –

1° est une doctrine nouvelle qui, jusqu’en 1958, ou plutôt jusqu’en 1962, ne représentait que les opinions de quelques théologiens ; mais ces opinions étaient moins communes et moins probables. C’était la doctrine contraire qui était commune et encouragée par le Magistère de l’Eglise, même récent.

2° La doctrine commune, reçue dans l’Eglise comme solide et plus probable jusqu’en 1962, était à la base de la discipline constitutionnelle et intéressait aussi la validité essentielle des actes, et ceci autant dans le domaine des Conciles (œcuméniques, pléniers, provinciaux) que dans le domaine du gouvernement (à tous ses degrés : pontifical, régional, provincial, missionnaire, etc.).

3° La doctrine nouvelle n’est devenue ni plus certaine, ni objectivement plus probable qu’avant, à la suite de la campagne déconcertante des groupes de pression qui ont politisé le Concile d’une manière déplorable et déconcerté certains épiscopats ; elle n’est pas non plus devenue telle à la suite de l’action de beaucoup d’experts audacieux, mais infidèles à leur vrai ministère, faisant une propagande partiale, au lieu d’éclairer d’une façon objective les évêques en les mettant au courant du « status quæstionis » ; et finalement, elle n’est pas non plus devenue plus probable à la suite des diffusions de la presse, laquelle, avec les méthodes qui lui sont propres – et utilisées par les progressistes – a créé une atmosphère qui rend difficile une discussion sereine, entrave et empêche la vraie liberté, en rendant immédiatement ridicule et impopulaire celui qui ne se montre pas favorable. Dans une telle atmosphère, les argumentations scientifiques ne peuvent plus pratiquement exercer leur légitime influence et ne sont même plus écoutées.

4° La doctrine nouvelle donc n’est absolument par mûre ni pour une discussion conciliaire vraiment consciencieuse et exhaustive (la plupart des Pères n’ont même pas eu le moyen de se rendre compte de la portée réelle de ce qu’on y affirme – et ceci à cause de leur impossibilité matérielle de suivre la littérature scientifique ; à cause de la propagande à laquelle nous avons fait allusion plus haut ; à cause des formulations peu claires et imprécises ; et à cause encore du fait que les relations elles-mêmes ne sont pas pleinement objectives et éclairantes, pour ne pas dire qu’elles cachent intentionnellement certaines réalités).

– et encore moins pour une approbation conciliaire à laquelle on ne pourra procéder que lorsqu’on aura la certitude que les Pères se rendent compte de la valeur de certaines doctrines et de leurs implications.

Est requise donc une période de maturation à cause du sérieux exigé autant par la matière que par la nature d’un Concile œcuménique.

6. En insistant sur ce dernier aspect de la nécessité d’une période de maturation de la doctrine nouvelle contenue dans le schéma avant que le Concile puisse prendre des décisions à son égard, nous voulons souligner qu’il serait nouveau, inouï et bien étrange qu’une doctrine qui, avant le Concile, était considérée moins commune, moins probable, moins sérieuse et moins fondée, devienne tout à coup – surtout à cause d’actions publicitaires et non pas pour le sérieux des argumentations  – plus probable, même certaine ou franchement mûre au point d’être insérée dans une Constitution dogmatique. Ce serait contraire à toute norme ecclésiastique, aussi bien dans le domaine des définitions pontificales infaillibles (cf. Gasser, Conc. Vat. 1) que dans celui des définitions conciliaires non infaillibles.

Si cet empressement pour arriver aujourd’hui à des déclarations sur ces questions délicates est situé dans l’histoire du Concile Vatican II, qui se déclara dès le début opposé à des définitions doctrinales se disant seulement concile pastoral, on comprend bien comment le changement total d’attitude à l’égard de ce point n’est autre chose qu’une confirmation des procédés utilisés, c’est-à-dire, des pressions exercées par certains groupes. Ceux-ci se sentant minoritaires en 1963, voulaient exclure la possibilité de condamnations à leur égard, mais, passés à une apparente majorité, aidés d’une propagande non théologique, ils cherchent aujourd’hui à arriver à tout prix à leurs fins. Et ce sont précisément ces groupes qui se sont permis de critiquer les Conciles de Trente et Vatican I, en les accusant de précipitation et d’intransigeance (!) quand il est, au contraire, bien connu que ces Conciles – spécialement grâce au sage fonctionnement des Congrégations de théologiens – se sont abstenus de s’occuper de doctrines théologiques seulement probables.

7. Enfin, si nous considérons la gravité des questions traitées et résolues dans le schéma, il nous faut peser les conséquences qui en dérivent du point de vue hiérarchique. Sous cet aspect, on peut bien dire que le schéma change le visage de l’Eglise ; en effet :

1° l’Eglise de monarchique, devient épiscopalienne et collégiale, et ceci de droit divin et en vertu de la consécration épiscopale ;

2° le Primat est entamé et vidé de son contenu

a) parce que ne se fondant pas sur un sacrement (comme l’est au contraire le pouvoir de l’évêque), on est logiquement porté à considérer tous les évêques égaux, en vertu du sacrement commun, ce qui mène à croire et à dire que l’évêque de Rome est seulement un primus inter pares,

b) parce que le Primat est presque uniquement considéré en fonction extrinsèque, mieux encore, en fonction extrinsèque de la hiérarchie seule, servant seulement à la maintenir unie et indivise ;

c) parce qu’en plusieurs passages du schéma (les retouches faites çà et là par la Commission théologique, qui a jugé bon ne pas devoir accepter (!) ce que le Souverain pontife lui-même avait suggéré, ne sont pas de nature à changer le sens profond du schéma), le Pontife n’est pas présenté comme la pierre sur laquelle repose toute l’Eglise du Christ (hiérarchie et peuple) ; il n’est pas décrit comme le vicaire du Christ qui doit confirmer et paître ses frères ; il n’est pas présenté comme celui qui seul a le pouvoir des clés… mais il revêt malheureusement la figure peu sympathique du gendarme qui freine le droit divin des évêques, successeurs des apôtres.

On conçoit facilement que ce sera le leitmotiv qu’on emploiera pour revendiquer de nouveaux droits pour les évêques ; d’autre part on sait quel fut le commentaire de beaucoup d’évêques – influencés par la propagande – quand le Saint-Père lut le Motu Proprio « Pastorale munus » : « Le Pape nous rend – par concession bienveillante – une partie de ce qu’il nous avait volé » !

3° La discipline, et avec elle la doctrine conciliaire et pontificale, sont entamées par la confusion entre Pouvoir d’ordre et Pouvoir de juridiction. En somme, le schéma entame le régime des Conciles œcuméniques, des autres Conciles, du Gouvernement pontifical, provincial et diocésain, du régime des missions, des règles concernant le fonctionnement du Pouvoir d’ordre (toujours valide, même s’il est illicite) et du Pouvoir de juridiction (qui peut être invalide, même si l’on a l’ordre qui confère le Pouvoir radical relatif).

Finalement, tout ceci est entamé, parce qu’on n’a pas respecté la distinction entre les pouvoirs et qu’on n’a pas tenu compte de ce qui découle, objectivement et sûrement du Pouvoir de juridiction.

4° La Hiérarchie de juridiction, en tant que distincte de la Hiérarchie d’ordre – que le texte dit maintes fois de droit divin – est ébranlée et détruite. En effet, si l’on admet que la consécration épiscopale, étant un sacrement d’ordre, apporte avec elle non seulement les Pouvoirs d’ordre (comme l’ordination du prêtre et du diacre les apporte à son degré), mais également de droit divin et formellement, tous les Pouvoirs de juridiction, de Magistère et de Gouvernement, non seulement dans l’Eglise propre, mais aussi dans l’Eglise universelle, il est évident que la distinction objective entre Pouvoir d’ordre et de juridiction, entre Hiérarchie d’ordre et de juridiction, devient artificielle, à la merci d’un caprice et terriblement chancelante. Et tout cela – qu’on le remarque – pendant que toutes les sources, les déclarations doctrinales solennelles du Concile de Trente ou postérieures, la discipline fondamentale, proclament que ces distinctions sont de droit divin.

La distinction entre Pouvoir et Hiérarchie d’ordre ou de juridiction est objectivement ébranlée même si l’on cherche à établir des « remparts » (bien naïfs pourtant), pour sauver apparemment le Primat, du moins ce qu’on appelle Primat, c’est-à-dire le Primat conventionnel dont parle une partie de la doctrine moderne en répétant presque « ad litteram » des textes déplorables déjà solennellement condamnés.

Pourquoi disons-nous « pour sauver apparemment le Primat » ? Parce que, même en admettant la plus sincère bonne foi et les meilleures intentions de défendre le Primat authentique de la part de ceux qui ont proposé ou accepté ces « remparts » ou limitations, au contraire pour d’autres, qui donnent au Primat un sens différent en le considérant purement comme « vinculum exterioris unitatis », la conséquence logique sera : si le droit divin de l’épiscopat, en tant que dérivant du sacrement de l’ordre, confère le Pouvoir actuel et formel de juridiction, celui-ci suit nécessairement les normes du sacrement de l’ordre épiscopal dont il dérive et est donc toujours valide dans son exercice. Le Primat, au contraire, qui ne vient pas d’un sacrement, pourra tout au plus rendre illicite l’usage de la juridiction.

Et ce ne sera ni la seule, ni la dernière conséquence. Il suffit de penser aux répercussions sur la si désirée union avec les frères séparés orientaux : celle-ci serait logiquement conçue selon leurs idées, et donc sans la pleine acceptation des conséquences du Primat.

Nous sommes certains que beaucoup de ceux qui ont prôné les théories nouvelles n’admettent pas de telles conséquences ; elles suivent néanmoins logiquement et strictement des prémisses, c’est-à-dire des principes contenus dans le schéma. Et une fois posés les principes – et approuvés – on en tirera certainement les conséquences pratiques, malgré toutes les précautions et les limitations qu’on s’était efforcé de poser. Mais – puisqu’aujourd’hui il est encore temps de prévenir de telles conséquences désastreuses pour l’Eglise – il est nécessaire de prévoir ce qu’elles pourraient être et, en remontant aux principes dont elles jaillissent, de comprendre qu’elles contiennent manifestement des lacunes graves, les mêmes que nous relevons dans la méthodologie de ceux qui avancent de telles opinions.

8. Avant de proposer une solution pratique, comme fruit des considérations précédentes, nous nous permettons d’ajouter une réflexion d’ordre théologique et historique du plus grand poids : si la doctrine proposée dans le schéma était vraie, l’Eglise aurait vécu pendant des siècles en opposition directe avec le droit divin ; de là se déduirait que, pendant ces siècles, ses organes suprêmes « infaillibles » n’auraient pas été tels, puisqu’ils auraient enseigné et agi en opposition avec le droit divin. Les orthodoxes et, en partie, les protestants auraient donc eu raison dans leurs attaques contre le Primat.

En conséquence de ces considérations, nous croyons de notre devoir de demander au Saint-Père :

1. Qu’on sépare du Schéma « De Ecclesia » et des autres schémas fondés sur cette partie de celui-ci, tout ce qui touche les points que nous venons d’énumérer, en en renvoyant la discussion définitive et l’approbation à un temps indéterminé.

Ainsi, comme les dix-huit années pendant lesquelles se prolongeait le Concile de Trente (1545-1563) contribuèrent à sa réussite complète – bien plus, les pauses elles-mêmes contribuèrent efficacement au mûrissement des idées – ainsi une période d’attente profiterait aujourd’hui à la nécessaire maturation des problèmes soulevés par les doctrines nouvelles. Une telle mesure ne serait pas du tout une suppression de la liberté du Concile ou un étranglement de son libre déroulement, mais plutôt une pause qui permettrait au Concile de se retrouver lui-même et de récupérer sa liberté psychologique, aujourd’hui inexistante.

Si l’on ne suivait pas cette voie sage et prudente, nous pourrions être entraînés vers des solutions néfastes et très dangereuses.

2. Qu’après cela, on procède à une révision totale et technique de ces matières, révision qui doit se faire absolument en dehors de la Commission théologique et de son milieu. La Commission théologique nous a donné déjà son travail accompli ; il est naturel que la majorité le défende énergiquement, tandis que la minorité – qui malgré ses efforts répétés n’en est pas satisfaite – est dans la situation de ne rien pouvoir faire désormais.

Le texte devrait donc être soumis à une Congrégation de théologiens qui, composée de personnes absolument supérieures, objectives, étrangères à la Commission théologique, en ferait une critique constructive.

3. Que cette Congrégation de théologiens, choisis et nommés par le Saint-Père, par son mandat personnel, fasse le point de la situation en deux sens :

a) recueillir du schéma tout ce qui est sûr et mûr, tout ce qui aujourd’hui peut être accepté comme fruit positif des discussions ayant eu lieu jusqu’à présent et rédiger de nouveau le chapitre III, de telle façon que la doctrine proposée s’harmonise pleinement et en tous points avec la doctrine définie dans les Conciles précédents et contenue dans le Magistère. (Une telle Congrégation de théologiens aurait donc une tâche identique à celle des célèbres Congrégations de théologiens mineurs, qui ont si bien contribué au bon succès des Conciles précédents).

b) Juger d’une manière sereine les matières en discussion, afin d’indiquer les doctrines que les Ecoles catholiques pourraient accepter, et celles qui devraient être laissées à une recherche et à des discussions ultérieures, sans essayer de les imposer par des raisons non doctrinales.

4. Ce travail pourrait être accompli après la troisième session, sans fixer la date de la convocation de la quatrième session, afin que le Saint-Père soit pleinement libre d’en décider, selon le cours et le résultat des travaux de cette Congrégation de théologiens.

5. Pour éviter tout imprévu qui pourrait rendre plus difficile au Saint-Père l’usage de sa liberté suprême dans une décision de cette importance, il nous semble opportun et même nécessaire, que celle-ci soit prise d’autorité et directement par le Saint-Père lui-même, sans avoir demandé l’opinion du Concile et donc sans recourir à des votations. Un tel acte d’autorité – souhaité par beaucoup – non seulement serait une réaffirmation pratique du Primat, mais favoriserait également un rétablissement plus rapide de l’équilibre nécessaire pour avancer, et nous aiderait tous à prendre conscience efficacement de la complexité et de la gravité des problèmes en question.

6. Pour faciliter au Saint-Père l’annonce d’une telle décision il pourrait être opportun de faire établir une relation claire et documentée du point de vue de la minorité ; elle donnerait justement une excellente occasion au Saint-Père d’indiquer clairement que le schéma – dans ces parties – n’est encore ni mûr, ni harmonieux.

En même temps, le Saint-Père pourrait naturellement faire appel au fait que beaucoup de Pères conciliaires, de toutes les parties du monde, ont manifesté leurs appréhensions et ont allégué des arguments qui démontrent l’imprudence de se mettre à dirimer des questions disputées.

Très Saint-Père, nous avons exposé avec sincérité et franchise ce qu’en conscience nous avons cru de notre devoir de porter à votre connaissance et qui, à notre avis, est d’une importance vitale pour l’Eglise, et nous sommes sûrs que vous verrez dans cette démarche un nouveau signe de notre fidélité absolue à votre personne, Vicaire du Christ, et à l’Eglise.

Dans un moment historique que nous estimons grave, nous mettons toute notre confiance en vous qui avez reçu du Seigneur la charge de « confirmer vos frères », charge que vous avez généreusement acceptée en disant : « Nous défendrons la Sainte Eglise des erreurs de doctrine et de mœurs, qui au-dedans et au-dehors de ses limites, en menacent l’intégrité et en masquent la beauté. »

18 octobre 1964

(Suivent les signatures de plusieurs cardinaux et supérieurs généraux auxquels je me joignis.)


Document n° 3

Réponse du Saint-Père

A Monsieur le cardinal Arcadio Maria Larraona, préfet de la Sacrée Congrégation des Rites,

La « Note personnelle » relative au schéma conciliaire « De Ecclesia » nous a causé, comme vous pouvez bien l’imaginer, surprise et trouble, tant par le nombre et la dignité des signataires, que par la gravité des objections soulevées au sujet de la doctrine du schéma et des assertions radicalement opposées, et, à notre avis personnel, soutenues par des arguments discutables; que, enfin, par le moment où la « Note » nous est parvenue, c’est-à-dire la nuit précédant l’ouverture de la IIIe session du Concile œcuménique Vatican II, quand il n’était plus possible de soumettre le schéma à un nouvel examen, en raison des très graves et ruineuses répercussions, bien faciles à prévoir, sur le résultat du Concile et donc sur l’Eglise entière et particulièrement sur l’Eglise romaine, qu’aurait eues la mise en pratique des suggestions faites par la « Note » elle-même.

Nous avons tout lieu de croire, d’après ce qu’on nous a dit, que l’envoi de ce document est dû principalement à votre initiative, Monsieur le cardinal, et que même tous ceux qui l’on signé n’en avaient pas une connaissance complète et réfléchie. Votre lettre du 21 septembre sur le même thème et de la même teneur, suivie par un autre texte dactylographié au contenu analogue en donne la preuve. A vous donc nous ouvrons notre âme, quoique nous ne voulions pas donner une réponse adéquate aux observations qu’on nous a exposées, quand les voix du Concile se sont déjà clairement expliquées à propos du schéma en question, et avec une telle méthode d’information et de vocation, qu’elle enlève tout doute de moins grande circonspection pour la doctrine et l’importance des différentes propositions soumises au suffrage des Pères conciliaires, et quand l’examen des conseils donnés par la voix « placet juxta modum » est encore en train d’être attentivement exécuté, inspiré par le désir d’accueillir tout amendement raisonnable pour dissiper quelques justes craintes sur la justesse des doctrines exposées et pour rasséréner tous les esprits.

Il nous semble pour le moment suffisant et convenable de vous informer, pour votre tranquillité et notre justification, que nous n’avons de notre part rien négligé de ce qui nous semblait juste et opportun de faire, afin que la préparation du schéma fût faite en conformité avec la saine doctrine et au moyen de discussions libres, sereines et objectives. Nous-même nous avons voulu nous rendre compte de la controverse relative à certaines affirmations du schéma, et du bien-fondé des formules adoptées, en consultant des théologiens italiens et étrangers d’excellente réputation, et en nous réservant d’insérer après le texte définitif des amendements éventuels, là où l’orthodoxie ou la clarté de l’exposé semblerait l’exiger. Nous-même avons  ordonné que la Commission « De Doctrina Fidei et morum » reprît en examen les propositions controversées, et nous-même avons disposé que la Commission biblique pontificale se prononçât à propos de l’exégèse de quelques passages scripturaires cités dans le schéma à l’appui des thèses discutées, en obligeant ainsi la Commission « De Doctrina Fidei et morum » à une nouvelle réunion et à un nouvel examen des points disputés. De plus, cela a été pour nous une raison de n’être pas inquiet, de savoir que le schéma, qui avait été longtemps passé au crible par les membres de la Commission en question, et de la sous-commission compétente, a obtenu l’approbation explicite du président de la même commission, M. le cardinal Ottaviani, secrétaire de la Sacrée Congrégation du Saint Office, et le soutien encore plus explicite de l’assesseur du Saint Office, Monseigneur Parente, lui aussi théologien illustre, outre le vote favorable et presque unanime de la Commission « De Doctrina Fidei et morum ».

Nous pouvons donc vous assurer, Monsieur le cardinal, que la rédaction du schéma est exempte des pressions et des manœuvres auxquelles vos écrits cités plus haut attribuent son origine.

Et il nous semble qu’on ne peut pas non plus accuser de nouveauté indue la présentation du schéma au Concile, comme s’il avait été imposé par surprise, alors que le thème traité est lié à ceux du Concile œcuménique Vatican I, et que sa présentation même a été précédée par un long débat dans la première et dans la deuxième session de ce Concile. La Congrégation générale du Concile du 30 octobre 1963 avait déjà donné avec autorité des indications d’orientation à ce propos, de nature au moins à avertir tous et chacun des Pères conciliaires du contenu et de l’importances des doctrines en question. S’il devait rester quelques doutes à cet égard, il suffirait pour les dissiper de rappeler que des brochures détaillées et faisant autorité, quoique non autorisées, avaient été envoyées aux Pères conciliaires pour soutenir des thèses contraires à celles du schéma, et qu’on les avait fait parvenir aux Pères quelques semaines avant la réouverture du Concile. Ce serait donc presque une offense à leur sagesse que de supposer qu’ils n’avaient pas une connaissance exacte et une conscience avertie des aspects doctrinaux graves et délicats du schéma.

Il nous paraît également injustifié d’affirmer que la majorité des Pères soit victime de « toutes sortes de moyens de propagande », et que les doctrines en question soient « imposées par quelques blocs de force, qui ont fait appel à certains facteurs d’ordre psychologique et non théologique », ni, à dire vrai, croyons-nous, fondée sur la crainte qu’on y attente à la doctrine du Primat de ce Siège apostolique ; nous croyons plutôt devoir nous féliciter des professions explicites et répétées de pleine reconnaissance et de dévouement sincère qu’on lui a rendues dans cette circonstance solennelle.

Nous voulons voir dans ces graves appréciations et suggestions un noble souci pour l’orthodoxie de la doctrine et une sollicitude empressée pour notre faiblesse personnelle quant aux devoirs de notre charge apostolique ; et nous vous en remercions. Nous serons toujours très sensible à l’appel adressé à un moment  aussi extraordinaire, à notre suprême responsabilité, déjà rendue vigilante par les vives prières au Seigneur et par l’offrande de notre humble vie, afin que notre témoignage soit fidèle à la pureté de ses enseignements et au vrai bien de la Sainte Eglise. Nous vous prions de croire que nous nous efforçons de suivre la rédaction définitive du schéma dans le but d’en enlever tout ce qui apparaîtrait non conforme à la bonne doctrine et d’y faire toutes retouches justifiées. Nous ne nous cachons pas pourtant que des problèmes nouveaux pour la vie de l’Eglise pourront peut-être jaillir ; ce sera la charge de celui qui y exerce la fonction de guide de veiller au sommet à ce que ceux-ci trouvent des solutions heureuses et cohérentes avec les traditions fondamentales et les intérêts supérieurs de l’Eglise même ; mais nous faisons confiance à l’aide de Dieu et nous sommes convaincu que ces solutions seront d’autant plus aisées et utiles que la Curie romaine, toujours consciente de ses fonctions très élevées, saura accueillir les conclusions du Concile avec une faveur prompte et sagace.

Laissez-nous, à ce propos, vous prier, Monsieur le cardinal, et tous ceux qui ont partagé votre intervention auprès de nous, de nous assister toujours dans nos difficiles devoirs et de bien vouloir, à votre tour, songer quelle source de conséquences nocives serait une attitude (si elle était dépourvue de raisons vraies et prouvées) si contraire à la majorité de l’épiscopat et si préjudiciable au succès du Concile œcuménique, ainsi qu’au prestige de la Curie romaine.

Veuillez, Monsieur le cardinal, et tous ceux qui se sont associés à vous, persévérer dans la prière, afin que le Saint-Esprit assiste la grande et extraordinaire assemblée conciliaire, et veuille bien guider avec Sa lumière et Sa vertu celui entre tous le dernier et qui a le plus besoin de l’aide céleste qui, par disposition divine, est placé en cette heure solennelle à la tête de l’Eglise du Christ.

Avec révérence et bienveillance, nous vous envoyons, en cette occasion aussi, notre bénédiction apostolique.

Paulus P.P. VI


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[1] Le primat, ou primauté du Pontife romain en tant que successeur de saint Pierre, a été défini par le Concile Vatican I. (Denz. 1831.)

 

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Catéchisme n° 121

Le sacrement de pénitence

Camps d'été 2019

Pour garçons
et jeunes gens

Juillet 2019 : activités proposées par l'école Saint Joseph des Carmes (camp travaux, camp vélo)
Vox cantorum : camp de vacances pour garçons à partir de 8 ans - 30 juin au 6 juillet 2019 à Châteauroux (36)
Camp Saint-Joseph pour garçons de 8 à 13 ans à Bourg-Saint-Pierre, du 6 au 20 juillet 2019
Camp pour garçons de 10 à 15 ans à St-Aubin-d'Aubigné (35) du 8 au 21 juillet
Camp St-Pierre J-E. pour garçons de 14 à 17 ans au milieu des volcans d'Auvergne
du 11 au 26 juillet

Camps Saint-Pie X à l'Etoile du Matin à Eguelshardt du 12 et du 15 au 30 Juillet 2019
Camp Bx Théophane Vénard pour garçons de 8 à
13 ans du 17 au 30 juillet à Kernabat

Camp Saint-Dominique pour garçons de 13 à 17 ans en Dauphiné du 27 juillet au 10 août
Compagnons de l'Immaculée Conception - Camp garçons du 1er au 15 août 2019 à Saint-Bonnet-le-Château (42)
Camp itinérant à vélo Raid Saint Christophe du 5 au 19 août 2019 pour les garçons de 14 à 17 ans

Pour filles et
jeunes filles

Soeurs de la FSPX - Camp Marie Reine du 10 au 19 juillet pour filles de 7 à 17 ans
à Châteauroux

Soeurs de la FSPX - Camp ménager du 23 juillet au 1er août pour jeunes filles de 15 à 18 ans à Châteauroux
Soeurs de la FSPX - Camp Marie Reine du 23 juillet au 1er août pour filles de 7 à 17 ans à Châteauroux
Compagnons de l'Immaculée Conception - Camp filles du 17 au 31 juillet 2019 à Saint-Bonnet-le-Château (42)

Rome et la FSSPX : sanctions, indults, Motu proprio, levée des excommunications, discussions doctrinales...
La Porte Latine a fait la recension de plus de 1 600 textes concernant la crise de l'Eglise et ses conséquences sur les rapports entre Rome et la FSSPX.On peut prendre connaissance de l'ensemble ICI


Carte de France des écoles catholiques de Tradition
La Porte Latine vous propose la carte de France des écoles de Tradition sur laquelle figurent les écoles de garçons, de filles et les écoles mixtes. Sont mentionnées les écoles de la FSSPX et des communautés amiesVoir ICI


Intentions de la Croisade Eucharistique pour 2019
La Fraternité Sacerdotale Saint Pie X se propose de reconstituer en son sein une Croisade Eucharistique des Enfants, restaurant ainsi ce qui fût autrefois une oeuvre impressionnante tant par sa mobilisation que par son rayonnement spirituel.Tous les renseignements sur la Croisade ICI



Vendredi 19 juillet 2019
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