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Les insolites de LPL

   Ils l'ont découronné - Partie II : Le catholicisme libéral

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Partie II : Le catholicisme libéral
Le sens de l'Histoire


Résumé : Sens ou contresens ? Jésus-Christ pôle de l’histoire. Une objection libérale contre la cité catholique.

J’ai essayé de vous montrer dans les entretiens précédents comment les catholiques libéraux, tels Lamennais, Maritain, Yves Congar, ont une vue peu catholique du sens de l’Histoire. Essayons d’approfondir leur conception et de la juger à la lumière de la foi.

Sens ou contresens ?

Pour les catholiques dits libéraux, l’Histoire a un sens, c’est-à-dire une direction. Cette direction est immanente, elle est d’ici-bas, c’est la liberté. L’humanité est poussée par un souffle immanent dans la direction d’une conscience croissante de la dignité de la personne humaine, et partant dans le sens d’une liberté de toute contrainte toujours plus grande. Vatican II se fera l’écho de cette théorie en disant à la suite de Maritain :

« la dignité de la personne humaine est, en notre temps, l’objet d’une conscience toujours plus vive ; toujours plus nombreux sont ceux qui revendiquent pour l’homme la possibilité d’agir en vertu de ses propres options et en toute libre responsabilité »1.

Qu’il soit souhaitable que l’homme se détermine librement vers le bien, nul n’en discutera ;mais que notre époque, et que le sens de l’Histoire en général, soient marqués par une conscience croissante de la dignité et de la liberté humaine, voilà ce qui est très contestable !

Seul Jésus-Christ, en conférant aux baptisés la dignité d’enfants de Dieu, montre aux hommes en quoi consiste leur véritable dignité, la liberté des enfants de Dieu dont parle saint Paul (Rom. 8. 21). Dans la mesure où les nations se sont soumises à Notre Seigneur Jésus-Christ, on a vu en effet se développer la dignité humaine et une saine liberté ; mais depuis l’apostasie des nations instaurée par le libéralisme, force nous est de constater au contraire que Jésus-Christ ne régnant plus, « les vérités diminuant parmi les fils des hommes » (Ps. 11. 2), la dignité humaine est de plus en plus méprisée et écrasée et la liberté réduite à un slogan vide de contenu.
A-t-on jamais vu, à une époque quelconque de l’Histoire, une entreprise si colossale et radicale d’esclavage, que la technique communiste de l’esclavage des masses ?2 Si Notre Seigneur nous invite à « discerner les signes des temps » (Mt. 16.4), alors il a fallu tout l’aveuglement volontaire des libéraux et une consigne absolue du silence, pour qu’un concile œcuménique, réuni précisément pour discerner les signes de notre temps3, se taise sur le signe des temps le plus manifeste qu’est le communisme !

Ce silence suffit à lui seul pour couvrir de honte et de réprobation ce Concile devant toute l’Histoire, et pour montrer le ridicule de l’allégation du préambule de Dignitatis humanae que je vous ai cité.
Par conséquent, si l’Histoire a un sens, ce n’est certes pas la poussée immanente et nécessaire de l’humanité vers la dignité et la liberté, qu’inventent les libéraux « ad justificandas justificationes suas« , pour justifier leur libéralisme, pour couvrir du masque spécieux du progrès la bise glaciale que le libéralisme fait souffler depuis deux siècles sur la chrétienté.

Jésus-Christ pôle de l’Histoire

Alors, quel est le vrai sens de l’Histoire ? Y a-t-il même un sens de l’Histoire ?

L’Histoire est tout ordonnée à une personne, qui est le centre de l’histoire, et qui est Notre Seigneur Jésus-Christ, parce que, comme le révèle saint Paul :

« en Lui ont été fondées toutes choses au ciel et sur la terre, les choses visibles et les invisibles, les trônes, les dominations, les principautés, les puissances, tout a été créé par Lui et en Lui, et Lui-même est avant tout, et toutes choses ont en Lui leur consistance. Il est la tête du corps qu’est I’Eglise, Lui qui est le principe (…) afin qu’en toutes choses il tienne la première place. Car Dieu a voulu que toute la plénitude habitât en Lui; il a voulu réconcilier par Lui toutes choses avec Lui-même, celles qui sont sur la terre et celles gui sont dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix » 4.
Jésus-Christ est donc le pôle de l’Histoire. L’Histoire n’a qu’une seule loi : « Il faut qu’il règne » (I Cor. 15. 25), s’Il règne, règnent aussi le vrai progrès et la prospérité, qui sont des biens davantage spirituels que matériels !

S’Il ne règne pas, c’est la décadence, la déchéance, l’esclavage sous toutes ses formes, le règne du Malin. C’est ce que promet encore l’Ecriture Sainte : « La nation et le royaume qui ne Vous serviront pas périront, ces nations-là seront entièrement détruites » (Isa. 60. 12). On a écrit des livres par ailleurs excellents sur la philosophie de l’Histoire, mais je vous avoue ma surprise et mon impatience à constater qu’on y omet ce principe absolument capital ou qu’on ne le met pas à la place qui lui revient. Or c’est le principe de la philosophie de l’Histoire et, qui plus est, c’est une vérité de foi, un véritable dogme révélé et cent fois vérifié par les faits !

Voici donc la réponse à la question posée : quel est le sens de l’Histoire ?

— Eh bien l’Histoire n’a aucun sens, aucune direction immanente. Il n’y a pas de sens de l’Histoire, il y a un but de l’Histoire, un but transcendant, c’est la  « récapitulation de toutes choses dans le Christ », c’est la soumission de tout l’ordre temporel à Son œuvre rédemptrice, c’est l’emprise de l’Eglise militante sur la cité temporelle, qui prépare le règne éternel de l’Eglise triomphante du ciel. Par conséquent, la foi nous l’affirme, et les faits le montrent, l’Histoire a un premier pôle l’Incarnation, la Croix, la Pentecôte, elle a eu son plein épanouissement dans la cité catholique, que ce soit l’empire de Charlemagne, ou la république de Garcia Moreno, et elle aura son terme, elle atteindra son pôle final, quand le nombre des élus sera complet, après le temps de la grande apostasie (II The, 2. 3) ; ne sommes-nous pas en train de la vivre ?

Une objection libérale contre la cité catholique

Vous avez bien compris, je pense, par ce qui précède, qu’il n’y a dans l’Histoire aucune loi immanente du progrès de la liberté humaine, ni aucune loi immanente de l’émancipation de la cité temporelle vis-à-vis de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Mais, disent les libéraux, comme le Prince Albert de Broglie dans son livre l’Église et l’Empire Romain au IVe siècle, le régime que vous vantez, de l’union entre l’Église et l’État, qui fut celui des Césars chrétiens, romains ou germains, a toujours conduit à l’asservissement de l’Église vis-à-vis de l’Empire, à une dépendance gênante du pouvoir spirituel vis-à-vis du glaive temporel. L’alliance du trône et de l’autel n’a jamais été, dit l’auteur, « ni durable, ni sincère, ni efficace »5. Rien ne vaut par conséquent la liberté et l’indépendance mutuelle des deux puissances.
Je laisse au cardinal Pie le soin de répondre à ces accusations libérales, il n’hésite pas à qualifier ces affirmations téméraires de « banalités révolutionnaires » .

« Si plusieurs princes, dit-il, encore néophytes et trop peu déshabitués des allures absolutistes du césarisme païen ont changé dès l’origine en oppression leur protection légitime ; s’ils ont (ordinairement dans l’intérêt de l’hérésie et à la requête d’évêques hérétiques) procédé avec une rigueur qui n’est pas selon l’esprit du christianisme, il s’est trouvé dans l’Église des hommes de foi et des hommes de cœur, tels que nos Hilaire et nos Martin, tels que les Athanase et les Ambroise pour les rappeler à l’esprit de la mansuétude chrétienne, pour répudier l’apostolat du glaive, pour déclarer que la conviction religieuse ne s’impose jamais par la violence, enfin pour proclamer éloquemment que le christianisme qui s’était propagé malgré la persécution des princes, pourrait encore se passer de leur faveur et ne devait s’inféoder à aucune tyrannie. Nous connaissons et nous avons pesé chacune des paroles de ces nobles athlètes de la foi et de la liberté de l’Eglise leur mère. Mais, en protestant contre les excès et les abus, en blâmant des retours intempestifs et inintelligents, parfois même attentatoires au principe et aux règles de l’immunité sacerdotale, jamais aucun de ces docteurs catholiques n’a douté que ce ne fût le devoir des nations et de leurs chefs de faire profession publique de la vérité chrétienne, d’y conformer leurs actes et leurs institutions, et même d’interdire par des lois soit préventives, soit répressives, selon les dispositions des temps et des esprits, les atteintes qui revêtaient un caractère d’impiété patente et qui portaient le trouble et le désordre au sein de la société civile et religieuse »6.

Que le régime de la « seule liberté » soit un progrès sur le régime de l’union entre les deux puissances, c’est une erreur que j’ai déjà soulignée et qu’illustre bien ce texte du cardinal Pie. Jamais l’Église n’a enseigné que le sens de l’Histoire et le progrès consistaient en la tendance inéluctable à l’émancipation réciproque du temporel par rapport au spirituel. Le sens de l’Histoire des Jacques Maritain et Yves Congar n’est qu’un contresens. Cette émancipation qu’ils décrivent comme un progrès n’est en fait qu’un divorce ruineux et blasphématoire entre la cité et Jésus-Christ. Et il a fallu toute l’impudence de Dignitatis humanae pour canoniser ce divorce, et ceci, suprême imposture, au nom de la vérité révélée !

« Notre société, déclarait Jean-Paul II, à l’occasion de la conclusion du nouveau concordat entre l’Église et l’Italie, notre société est caractérisée par le pluralisme religieux »  ; et il en tirait la conséquence : la séparation de l’Église et de l’État est postulée par cette évolution. Mais à aucun moment Jean-Paul II n’a porté un jugement sur ce changement, ne serait-ce que pour déplorer la laïcisation de la société, ou pour dire simplement que l’Eglise se résignait à une situation de fait. Non ! Sa déclaration, comme celle du cardinal Casaroli, a été faite en louant la séparation de l’Eglise et de l’Etat comme étant le régime idéal, l’aboutissement d’un processus historique normal et providentiel auquel on n’a rien à redire ! Autrement dit : « Vive l’apostasie des nations, c’est là le progrès ! » ou encore : « Il ne faut pas être pessimiste ! à bas les prophètes de malheur ! Jésus-Christ ne règne plus ? qu’importe ? tout va bien ! l’Eglise est de toute façon en marche vers l’accomplissement de son histoire. Et puis, après tout, le Christ vient, alléluia ! » . Cet optimisme béat parmi tant de ruines déjà amoncelées, cet eschatologisme proprement imbécile ne sont-ils pas les fruits de l’Esprit d’erreur et d’égarement ? Tout cela me semble absolument diabolique.



  1. Déclaration sur la liberté religieuse, préambule.
  2. Lire Jean Madiran, La vieillesse du monde, DMM, Jarzé, 1975.
  3. Cf. Vatican II, Gaudium et spes, n. 4 § 1, 11 § I.
  4. Col, I. 17-21.
  5. Op. cit. T IV, p. 424, cité par le P. Théotime de Saint Just, p. 55.
  6. Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent, Œuvres V, 178.

 

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