Monseigneur Fellay nous a
invités à Lourdes à une nouvelle
croisade du rosaire afin d'obtenir du
Ciel, par l'intercession de la Vierge
immaculée, le retrait du décret d'excommunication qui
frappe de manière inique les quatre évêques de la
Fraternité et qui entache aux yeux du commun la
mémoire des deux évêques consécrateurs, Mgr Lefebvre
et Mgr de Castro-Mayer. Revenons donc vingt ans
en arrière, au moment où notre fondateur accomplit l'opération
survie de la Tradition en sacrant quatre évêques
à Ecône, le 30 juin 1988. Le décret d'excommunication
tombait le 1er juillet, signé de la main du cardinal
Gantin. Le pape Jean-Paul II publiait le 2 juillet son
Motu Proprio Ecclesia Dei adflicta qui expliquait les
raisons de cette peine prononcée contre Mgr Lefebvre.
Ce rappel des débats de l'époque pourra nous faire comprendre
que la levée de ce décret
fera sauter un nouveau verrou posé
par les modernistes, verrou qui
vise à interdire aux fidèles l'accès
à la foi de toujours.
Cette peine canonique de
l'excommunication est prévue
pour sanctionner un schisme, c'est-à-dire le refus des
autorités de l'Eglise et la volonté de créer une église
indépendante de la hiérarchie catholique. C'est Pie XII qui avait prévu qu'un sacre épiscopal sans mandat du
souverain pontife entraînât de manière automatique
cette peine de l'excommunication, face aux sacres
schismatiques conférés dans l'église patriotique chinoise.
Nous voyons donc que le lien entre schisme et sacre
épiscopal sans mandat pontifical n'est pas un lien de
nature : leur relation est une disposition disciplinaire
récente dans l'Eglise. Si donc des nécessités particulières
de l'Eglise légitiment un tel sacre et que celui qui le
confère exclut toute volonté schismatique, la peine ne
doit pas s'appliquer. Mgr Lefebvre a jugé que l'état de
crise dans laquelle se trouvait alors l'Eglise, et qui
continue, hélas ! de nos jours, non seulement lui permettait
de sacrer des évêques sans l'accord du pape
mais lui en imposait même le devoir pour la survie du
sacerdoce catholique et le bien de tous les fidèles attachés
à la doctrine et à la messe de toujours. Cet acte
s'oppose peut être aux dispositions particulières du code
de droit canonique mais est légitimé par la loi suprême
qui gouverne ce même code : le salut des âmes. Il s'agit
de l'exercice de la vertu d'épikie qui dans des cas
particuliers s'oppose à la lettre de la loi pour en respecter
l'esprit et les principes supérieurs.
Il est à noter que même si les autorités romaines
ne sont pas encore disposées à reconnaître l'état de
nécessité dans lequel se trouve l'Eglise à cause des
erreurs modernistes et des principes libéraux qui s'y
sont introduits, ces mêmes autorités peuvent reconnaître
que Mgr Lefebvre a agi de bonne foi, sans intention
schismatique, ce qui suffit amplement pour lever le décret
des excommunications.
Mais essayons de poursuivre un peu plus l'analyse
des motifs avancés de cette peine canonique.
Le
Motu Proprio du 2 juillet 1988 affirme que l'acte posé
par Mgr Lefebvre est schismatique car il constitue un
refus pratique de la primauté du pape. Nous avons vu
qu'il n'en est rien : il s'agit d'un acte qui s'oppose à
une volonté particulière du pape
mais non d'un refus de son autorité.
Et cette apparente désobéissance
n'est possible que parce
que l'ordre du pape va manifestement
contre le bien de l'Eglise.
Refuser d'obéir à son père dans
une circonstance particulière, parce que son ordre s'oppose
à une loi supérieure, n'est en rien un refus de l'autorité
paternelle. Le pape Jean-Paul II poursuit en indiquant
qu' « à la racine de cet acte schismatique, on
trouve une notion incomplète et contradictoire de la
Tradition. Incomplète parce qu'elle ne tient pas suffisamment
compte du caractère vivant de la Tradition ».
Ainsi, au-delà de l'acte même de la consécration épiscopale,
c'est davantage une position doctrinale, une notion
de la Tradition, qui est considérée comme schismatique.
C'est vraiment la Tradition excommuniée. Et pourtant,
il est manifeste pour tout catholique qui connaît son
catéchisme que c'est Mgr Lefebvre qui garde la notion
catholique de la Tradition et que ce sont ses adversaires
qui ont inventé un nouveau concept de Tradition vivante,
en rupture avec tout l'enseignement de l'Eglise. Ce
sont eux qui sont schismatiques.
Si nous prenons le catéchisme de saint Pie X,
nous y lisons que la Tradition, l'une des deux sources de
la Révélation avec l'Ecriture Sainte, se définit comme «
la parole de Dieu qui n'est pas écrite, mais qui, communiquée
de vive voix par Jésus-Christ et par les Apôtres,
est parvenue sans altération de siècle en siècle jusqu'à nous par le moyen de l'Eglise ».
La Tradition, c'est le
dépôt de la vérité révélée, complet à la mort du dernier
des apôtres, et que l'Eglise doit conserver saintement et
exposer fidèlement. Le décret Lamentabili du pape saint
Pie X condamne une proposition moderniste qui affirme
: « la Révélation qui constitue l'objet de la foi catholique
n'a pas été complète avec les Apôtres ». Si cette
Tradition est vivante, c'est qu'elle est prêchée au cours
des siècles par les organes vivants du Magistère et
qu'elle produit la vie de la foi dans les âmes fidèles.
Certes, cette Tradition connaît un progrès, qualifié d'homogène,
dans le sens où une vérité contenue dans le
dépôt est connue avec plus de clarté au cours des siècles,
soit un progrès par explicitation. Ainsi, le terme de
transsubstantiation, élaboré par la théologie scholastique,
rend parfaitement compte des paroles de Notre
Seigneur qui institue le sacrement de l'Eucharistie et
nous permet de mieux appréhender ce mystère. La
Tradition est comme une fleur qui déploie ses pétales au
fur et à mesure que le soleil se lève dans le ciel. Nous
pouvons aussi la comparer à un signal sonore qui est
perçu de plus en plus parfaitement suivant les progrès
que l'Esprit Saint fait réaliser à l'Eglise au cours des
siècles pour sa perception. Mais ce n'est pas le signal
qui est modifié, c'est la manière de le percevoir qui s'affine
et se perfectionne. Couper l'émission de la Révélation,
qui nous vient du Sauveur, pour se brancher sur les
bruits du monde, ce n'est pas rendre la Tradition vivante,
c'est la trahir et la dénaturer.
Face à cette Tradition catholique, les modernistes,
qui sont essentiellement évolutionnistes, ont élaboré
ce concept d'une Tradition vivante qui est coupée de
son contenu objectif transmis au cours des siècles et ne
tient plus compte que de son organe de transmission
actuel. Est contenu dans la Tradition ce qui est enseigné
aujourd'hui par les autorités de l'Eglise, ces enseignements
fussent-ils en contradiction avec ce qui a toujours
été enseigné dans l'Eglise. C'est une Tradition amputée
de son universalité temporelle au profit d'une bien fragile
et factice unanimité présente. C'est la méconnaissance
de la soumission du Magistère à ce dépôt objectif
dont il n'est que le gardien, la foi livrée à l'arbitraire du
moment. C'est ce concept moderniste qui est incomplet,
car il évacue 20 siècles d'histoire de l'Eglise, et qui est
contradictoire, car il veut intégrer aux vérités de la foi
des éléments étrangers et contraires à la Révélation : les
valeurs du monde moderne. D'ailleurs, dans le Motu
Proprio du 2 juillet 1988, le pape reconnaît la difficulté
de bien comprendre le concile Vatican II sur certains
points de doctrine « à cause même de leur nouveauté ».
Comment peut-on prétendre dans ce cas que ce concile,
pastoral répétons-le, et donc sans caractère contraignant
pour la foi, s'inscrit dans la Tradition ? Nous sommes
en plein cercle carré. Que penser également d'un concile
qu'il faut encore approfondir des décennies après sa
conclusion, sinon qu'il a obscurci et embrouillé durablement
la vie de l'Eglise.
Si donc nous demandons la levée de ce décret
injuste d'excommunication, c'est certes par piété filiale
envers Mgr Lefebvre et nos évêques, comme Isabelle
Romée, maman de sainte Jeanne d'Arc demandant au
pape Callixte III la réhabilitation de sa fille. C'est également
pour permettre aux âmes encore timorées de
venir s'abreuver sans crainte aux sources vives de la
doctrine catholique et des sacrements traditionnels.
Mais c'est aussi pour que la notion catholique de
Tradition ne soit plus excommuniée et qu'elle retrouve
tous ses droits dans l'Eglise, chassant cet ersatz moderniste
qui veut concilier les maximes du monde et la foi
en Jésus-Christ.
Nous avons cette confiance que Notre-
Dame, qui écrase victorieusement la tête du serpent,
saura vaincre les doctrines hérétiques introduites dans
l'Eglise.
Abbé Ludovic Girod
[1) Pour s'abonner à la Sainte Ampoule :
Prieuré Notre-Dame-de-Fatima
3, rue Charles Barbelet
51360 Prunay