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Les insolites de LPL

   La lettre de l'abbé Yves le Roux de janvier 2010

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La vie est-elle un bal masqué ?

Par Monsieur l'abbé Yves le Roux,
Recteur du séminaire de Winona (USA)

1er janvier 2010

 

Version française

Bonne et sainte année malgré l’inquiétude qui règne. Derrière une insouciance feinte, l’homme ne parvient pas en effet à cacher l’angoisse sourde qui envahit son âme. L’évangile, pourtant, répond à notre anxiété latente en nous rapportant les propos de Notre Seigneur : « Vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres, ce ne sera pas, cependant, la fin (…) Relevez la tête, car votre délivrance est proche. »

Il est vrai que, dans le même souffle,  Notre Seigneur nous avertit que nous serons livrés en pâture à ceux qui haïssent son nom et qui veulent détruire toute trace de son amour. Mais ces temps de guerres, ou de persécutions ouvertes, ne doivent pas constituer pour nous un sujet de frayeur incontrôlée. Il est, hélas, un autre motif d'appréhensions plus alarmant, habituellement négligé, qui est la source de la damnation d’innombrables âmes. Et, si nous n’y prenons pas garde, de la nôtre.

C’est le temps d’écouter les graves paroles de Notre Sauveur avec une attention extrême : « Ne craignez point ce qui peut tuer le corps, mais ne peut atteindre l’âme. Craignez plutôt celui qui a le pouvoir de détruire votre âme. » L’homme, soumis aux affres de la guerre ou aux douleurs d’une indéniable persécution, réagit et fait front. Placé, nolens volens, face à l’essentiel, il se recueille et offre sa vie en holocauste. En quelques instants, il vient d’arracher sa vie à son habituelle médiocrité et s’est hissé à la hauteur de sa vocation d’homme ; en ces régions où le sacrifice est roi et l’homme son vassal, enfin ennobli.

L’état présent des moeurs arrime l’homme au port de la décadence. Feutrée, pernicieuse, sournoise, la décadence contamine l’air, court dans les rues, entre dans les maisons, déjoue les meilleures défenses, se rit des digues les mieux établies. Imperceptiblement, elle s’introduit en nos âmes et nous oblige insidieusement à pactiser avec elle. Rien ne semble pouvoir l’arrêter, elle excite nos sens, pénètre dans nos cœurs et altère nos intelligences. Elle constitue une véritable pandémie.

Le signe non équivoque de sa victoire indiscutable est la condition présente de l’intelligence, réduite à un rôle de chambre d’enregistrement de nos impulsions les plus vagues et, souvent, les moins nobles. Nous assistons à une crise anti-intellectualiste très impressionnante : les émotions seules ont droit de cité et sont reconnues comme valables. Nous assistons, non seulement impuissants mais trop souvent consentants, au triomphe de la brute sur l’homme.

Propos généraux, s’il en est. Comment se traduit chez nous cette décadence ? Trouve-t-on quelques traces de cette pandémie en notre sein ?

Il serait vain de se voiler la face. Il n’est pas possible que nous soyons préservés des miasmes présents alors que l’heure des ténèbres a sonné et que l’obscurité recouvre la terre entière. Prétendre que nous sommes restés à l’abri de cette contamination serait parfaitement ridicule. À moins que cette dérobade ne soit un aveu implicite de notre impuissance et que, cruellement touchés par cette terrible maladie qui s’attaque impitoyablement à l’intelligence, nous soyons devenus incapables de poser un jugement idoine sur notre propre état.

Une première observation s’impose, elle va, hélas, corroborer notre analyse ; puisse-t-elle nous inviter fortement à réagir sainement. Nous sommes, en effet, obligés de nous interroger  sur la nature des liens qui nous unissent. Formons-nous une communauté de fidèles digne de celles des premiers temps de l’Église qui brillaient par leur grande et manifeste charité ? Ne devrions-nous pas affirmer que nos paroisses ressemblent souvent plus à des centres d’interprétation où chacun analyse son prochain à l’aune de ses propres humeurs ? Il semble, en effet, que nous prenions-nous plaisir à donner raison à ceux qui prétendent, avec une ironie mordante, que la tradition tient plus de la réserve que de l’avenir ! N’est-ce point dans les réserves que l’on trouve ces centres d’interprétations ?

La raison de cette confusion des genres et de la stérilité de notre vie chrétienne - qui ne devrait être qu’un reflet de la charité divine se penchant avec bonté sur la misère de notre semblable - trouve sa réponse dans notre absence criante de recul face à notre prochain.

Notre intelligence est devenue, de fait, un champ en jachère en raison de l’omnipotence des impressions sur toute autre considération. Cette hégémonie de nos émotions établit dans l’âme la domination tyrannique des passions. Nous ne vivons plus, alors, comme des hommes conduits par leur intelligence, mais comme des animaux cherchant à satisfaire leurs appétits naturels. Les sens ne sont plus au service de l’intelligence et soumis à elle, les facultés de l’âme sont, désormais, réduites à devenir les esclaves de nos sentiments débridés. La porte est dors et déjà ouverte à tous les débordements et justifications. La vie de l’homme ressemble, étrangement, à un bal masqué où chacun se laisse dominer par l’orgueil, dissimulé sournoisement sous le masque de l'émotion passagère. Aussi les critiques vont-elles bon train et nous permettons-nous - en toute bonne conscience, puisque le sentiment aveugle notre raison - d’envoyer des flèches acérées.

Cette attitude est lâche. Elle s’explique cependant. Nous désirons lui arracher le masque dont elle s’affuble car elle stérilise toute l’œuvre de notre sanctification et répand un esprit de suspicion généralisée où chacun peut dire n’importe quoi et briser allégrement les réputations au gré de ses rancœurs.

Relevons les faits caractéristiques à propos de ces critiques perpétuelles : nous interprétons les paroles ou les actions de notre prochain en fonction de la personne que nous jugeons et de nos sentiments à son sujet, mais aussi en raison de nos propres intérêts et de notre propre « vérité ». Et nous plaçons intentionnellement ce mot entre guillemets pour souligner l’ironie du terme que nous employons volontiers alors !

N’est-il point normal de se draper dans de hautes et nobles considérations lorsqu’il faut couvrir nos calomnies ? Qui nous suspecterait d’une telle forfaiture dès lors que nous avons revêtu les sublimes habits de la rigueur ? Soyons sérieux ! Nous ne cherchons pas la vérité et nous n’employons des grands mots, avec un ton et un air de componction feinte, que pour dissimuler l’inconsistance de notre jugement et notre propre animosité. Qui ne saurait voir, en effet, dans cette lâche dérobade, un aveu flagrant de notre propre misère ?

L’intelligence, esclave de l’orgueil par ces critiques incessantes, n’est plus en effet capable de poser un acte de jugement droit sur notre prochain. Ce sont nos impressions, désormais reines de notre vie, qui dictent nos sentences. Nous n’avons plus ce que Bergson appelle si joliment « la politesse de l’intelligence » ; cette faculté de comprendre que l’autre n’est point la copie conforme de notre intérieur et que ses vues ne sont pas en tous points identiques aux nôtres.

Aussi n’est-il point rare de surprendre les uns et les autres rapporter les critiques de tiers pour les faire siennes…ou pour les critiquer. Tandis qu’allègrement fusent les critiques sur les membres de sa propre famille, sur les personnes en autorité et sur les âmes consacrées ; en joignant pour ces dernières à l’habituelle critique, la moquerie insidieuse et dénigrante. Resterait à définir qui ces moqueries dénigrent vraiment !

Il va de soi que ces critiques se font sur toile d’hypocrisie et que la jouissance suprême est d’attendre que notre victime ait le dos tourné pour distiller le venin de notre cœur. Doit-on y relever une incapacité à s’expliquer en face, calmement ? L’abdication de l’intelligence le laisse supposer. Il est difficile de ne pas y relever également une banale couardise. Mais il faut surtout y lire un aveu implicite : la propension quasi innée à chercher à avoir raison, plutôt qu’à chercher la raison des choses.

Prenons bien garde, cette attitude est extrêmement dangereuse car elle engendre en nous une déformation pernicieuse qui consisterait à absoudre chez nous des comportements pour lesquels nous n’avons pas de mots suffisamment durs lorsque nous les fustigeons chez notre prochain. Il serait bon, pour nous en prémunir, de se mettre à l’école de saint Bonaventure, qui se fait l’écho de Notre Seigneur Lui-même : « Si tu vois dans ton frère quelque défaut répréhensible, tourne d’abord ton regard vers toi-même…condamne en toi ce que tu aurais condamné en lui. »

« Tout royaume divisé contre lui-même court à sa perte », en début d’année, à l’heure où nous fourbissons les armes de nos nouvelles résolutions afin de nous lancer avec générosité dans l’arène du combat spirituel, ne serait-il pas à propos de s’arrêter sur ces quelques considérations, de prendre la mesure de notre indigence que voile notre orgueil et de nous convertir afin que notre vie chrétienne ne soit pas un vain nom donné à des pratiques extérieures ?

Viennent en notre cœur et sur nos lèvres ces paroles que chaque soir nous adressons comme une supplique à Notre Seigneur et que nous répétons aujourd’hui avec insistance pour que notre conversion soit véridique :

« Converte nos Deus salutaris noster.
   Et averte iram tuam a nobis[1].»

Abbé le Roux +

[1] "Convertissez-nous, O Dieu, notre salut.
Et détournez de nous votre colère ".


English version

The Rector's Letter (January, 2010)

 

 

Localisation

 
U.S.A (Etats-Unis)
  St. Thomas Aquinas Seminary
21077 Quarry Hill Rd.
Winona. Minnesota 55987
USA
 
   

00 1 507 454 80 00
00 1 507 454 80 44
Le site du séminaire de Winona

 

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Entretien avec Father Yves le Roux (décembre 2004)

 

 

 

 

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