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Les insolites de LPL

   Aristote est-il toujours à l'heure ?, par l'abbé Yves Le Roux - Octobre 2010

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Aristote est-il toujours à l'heure ?

Par Monsieur l'abbé Yves le Roux,
Recteur du séminaire de Winona (USA)

16 octobre 2010

 

Version française

Chers amis et bienfaiteurs,

Aristote en de nombreux passages de ses écrits s’ingénie à expliquer avec profondeur que l’homme est, par nature, un animal raisonnable et social.

Le côté animal de l’homme est suffisamment présent en nos vies - pour ne pas dire extrêmement pesant ! - pour que nous ne nous attardions pas à le démontrer. Les faits parlent d’eux-mêmes et, amplement, nous suffissent.

En revanche que l’homme soit un être raisonnable, comment pouvons-nous encore nous permettre de l’affirmer sans déclencher un scepticisme bien compréhensible ? Il n’est que de contempler le spectacle affligeant de la rue au jour le jour où la sensualité omniprésente règne sans vergogne en s’affichant ostensiblement. N’est-ce point le lieu de citer le poète pour décrire cet état de décadence « s’ils n’en mourraient pas tous, tous en étaient blessés » ? Face à un tel spectacle est-il encore possible d’envisager de parler de l’homme comme d’un être raisonnable ? La pauvreté abyssale de l’instruction publique, la qualité plus que médiocre des programmes de loisirs, l’état des consciences stérilisées par la recherche constante de satisfactions animales pourraient nous étourdir et nous inviter, nous aussi, à baiser les bras. Au contraire, il nous revient le devoir de réaffirmer, contre toute évidence, la force de l’intelligence afin de briser la tyrannie étouffante de la vulgarité érigée en maitresse incontestée.

Saturé de biens matériels, assouvissant sans plus aucune retenue ses passions les plus basses, l’homme moderne, perpétuellement insatisfait cependant, traine son mal-être comme le forçat son boulet à la recherche d’un bonheur qui lui échappe irrémédiablement. Et pour cause ! Nous ne résistons pas au bonheur (eh oui !) de livrer à votre méditation une phrase toute simple du R. P. de Chivré sachant que, ce faisant, nous radotons car nous nous en sommes déjà servie ! Mais elle exprime avec une rare intelligence les lois contraires du bonheur et du plaisir en une formule que nous ne résistons pas au plaisir (eh oui encore !) de vous la redonner ! La voici en son implacable nudité : « La multiplication des plaisirs est une soustraction de bonheur ».

Le bonheur pour lequel l’homme a été créé ne saurait être réduit, en effet, à une course effrénée où le plaisir - puissant et normal moyen d’attraction pour l’homme comme nous le reconnaissons les premiers bien volontiers - est élevé au rang de fin. Cette confusion mortelle entre moyen et fin démontre à l’évidence que l’homme doit user de son intelligence pour ne pas confondre la fin d’avec les moyens et que seule sa raison a le pouvoir de le maintenir au-dessus des effluves du plaisir dans une quête enrichissante du bonheur. Son animalité diffère complètement de celle de la bête qui, elle, se complait dans le plaisir du moment, tandis que l’homme doit apprendre, grâce à sa raison et en lui soumettant son animalité, à dépasser le matériel pour atteindre l’immatériel ou réside son bonheur réel. Comment peut-il s’engager en cette quête extrêmement exigeante, s’il n’est point avant tout un être raisonnable, connaissant la fin pour laquelle il est sur terre et luttant avec persévérance et intelligence pour garder son honneur et son bonheur au dessus des plaisirs grossiers qui l’appellent inlassablement ? L’homme est un être raisonnable à n’en point douter, l’errance de nos contemporains qui demeurent inassouvis malgré tant de plaisirs le démontre à l’envie.

« Que l’homme soit un animal raisonnable, nous le voulons bien » me rétorquerez-vous. « Il n’est que de voir les progrès scientifiques de notre époque pour en tomber d’accord. Mais qu’en est-il de sa nature sociale ? A l’heure où notre société issue de la Révolution n’est plus en définitive qu’une apparence illusoire où l’homme ne s’associe à son semblable que par intérêt individualiste, comment pouvez-vous encore prétendre que l’homme soit un animal social ? »

Marcel de Corte, métaphysicien hors pair reconnu pour ses travaux pointus sur Aristote, a su se pencher de manière définitive sur le drame de notre époque et offrir des pistes pour sortir de l’ornière. Il a forgé un mot pour décrire l’absence de réalité sociale que vous mentionnez : la dissociété. Ce néologisme décrit on ne peut mieux notre société postrévolutionnaire réduite à son aspect le plus frustre : son organisation matérielle !

Malgré son individualisme outrancier cependant, l’homme moderne ne peut concrètement renier sa nature et se voit contraint de vivre avec ses semblables. L’homme continue de vivre en société. Mais au sien de celle-ci, il n’y établit que des liens bassement utilitaires avec les autres, menant sa vie en parallèle ; divisant et distendant par le fait même le tissu social essentiel et inhérent à toute société. D’où ce nom nouveau de dissociété qui rend bien l’existence d’une société qui perdure en son aspect matériel et l’absence de réalité profonde, d’âme si vous voulez, ou de principe formel pour utiliser le langage philosophique, qui constitue une société comme telle. La société moderne – ou la modernité pour employer le jargon à la mode – permet tout juste à l’homme de vivoter.

Affirmons-le haut et fort car cela est un fait patent : en raison de sa nature, l’homme ne peut point se passer complètement de vie sociale. N’est-elle que matérielle, elle reste indispensable à sa simple survie. L’homme ne peut vivre seul qu’exceptionnellement, soit parce qu’il ne vit que de Dieu à l’issue d’une longue quête qui l’amène à se dépouiller de tout et de lui-même en priorité, soit parce qu’il se mure en lui-même devenant ainsi un monstre d’orgueil qui n’a plus grand chose à voir de près ou de loin avec un homme qui est d’être, de par son essence, un animal dépendant et social.Le simple fait que la Révolution a voulu créer une société nouvelle où le libre-échangisme est son credo et où l’homme reste lié à son semblable en raison des lois purement matérielle du profit est l’hommage que le vice rend à la vertu en reconnaissant volens nolens que la vie sociale est indispensable à l’existence de l’homme.

Néanmoins il serait illusoire de vouloir proclamer que notre société de consommation représente le nec plus ultra de la vie en société alors qu’elle la mine de l’intérieur en ne lui en conservant uniquement que son squelette ! Nous reviendrons en une prochaine lettre sur cette grave question. Pour l’heure contentons-nous de ce survol où nous avons rapidement et succinctement défendu la définition donnée par Aristote de l’homme et ce, malgré la terrible réalité de l’homme moderne devenu un individualiste forcené.

In Christo Sacerdote et Maria.

Abbé le Roux +


English version

The Rector's Letter (October, 2010)

 

 

Localisation

 
U.S.A (Etats-Unis)
  St. Thomas Aquinas Seminary
21077 Quarry Hill Rd.
Winona. Minnesota 55987
USA
 
   

00 1 507 454 80 00
00 1 507 454 80 44
Le site du séminaire de Winona

 

Entretien avec Father Yves le Roux

Entretien avec Father Yves le Roux (décembre 2004)

 

 

 

 

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