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Les insolites de LPL

   Lettre n° 59 de Mgr Bernard Fellay aux Amis et Bienfaiteurs de la FSSPX de novembre 2000

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Vatican II - Rome et la FSSPX : sanctions, indults, Motu proprio, levée des excommunications, discussions doctrinales...


Mgr Fellay, Supérieur Général de la FSSPX
Novembre 2000

 


        Chers Amis et Bienfaiteurs,

l y a trente ans, le 1er novembre 1970, Mgr Charrière, évêque de Fribourg, signait le décret d’érection de notre Fraternité. Que d’événements ont marqué ces années ! À commencer par la reconnaissance louangeuse de la jeune Fraternité par l’Église tant au niveau des premiers diocèses où s’établit notre société qu’au niveau de Rome dans les premières années. En 1972 déjà, le Vatican lui-même engageait les premières démarches qui auraient dû conduire à l’octroi du droit pontifical assez rapidement, tandis que la Fraternité établissait l’un de ses premiers prêtres Outre-mer.

Après ces débuts prometteurs vinrent bien vite les années d’épreuve. Alors que le séminaire d’Écône se remplissait rapidement, les mesures vexatoires se préparaient en haut lieu. En 1974 Mgr Etchegaray déclare à certains fidèles : « Dans six mois, on ne parlera plus d’Écône. » Notre sort était donc décidé d’avance. Mais c’était compter sans la ténacité de notre valeureux fondateur, qui au nom des plus hauts principes résistera au rouleau compresseur qui aurait dû écraser dans son berceau l’œuvre de renouveau sacerdotal. Le coup d’envoi, la visite canonique scandaleuse de 1974, scandaleuse dans le sens où les visiteurs ont scandalisé par leurs propos modernistes étudiants et professeurs, nous valut la fameuse déclaration du 21 novembre 1974 dont l’actualité est toujours aussi remarquable. Les entretiens à Rome devant une commission cardinalice confirmèrent Mgr Lefebvre dans ses appréhensions sur les orientations et l’action des autorités romaines d’alors : le salut des âmes, le souci de nourrir ces âmes aux sources de la grâce liturgique et d’une foi intègre ne semblait pas être leur fin, mais bien l’imposition des nouvelles réformes quel qu’en soit le résultat dévastateur.

« Je ne veux pas contribuer à détruire l’Église » dira Mgr Lefebvre plusieurs fois, comme un lancinant leitmotiv.

L’injuste suppression de la Fraternité en 1975 poussera Mgr Lefebvre à continuer l’œuvre à peine commencée avec courage. Les quolibets et les injures médiatisées pleuvront, les menaces et injonctions romaines et papales n’y feront rien : gardant tout son calme et sa douceur malgré l’épreuve, l’archevêque bientôt suspens de nouvelle messe continue vaille que vaille. Les magnifiques ordinations de 1976, autour desquelles il devint absolument clair que la simple célébration, même une seule fois, de la nouvelle messe « aurait tout arrangé », montrent la détermination de notre fondateur à ne pas marchander avec les principes. Nous puisons de ces années de guerre la détermination qui anime toute la Fraternité encore aujourd’hui.

Elles montrent aussi le regard supérieur sur les événements, la sagesse et la prévoyance de Mgr Lefebvre : dans ces circonstances, obéir aurait été tout autre chose que la pratique de la vertu d’obéissance, cela aurait été desservir l’Église, lui porter un coup de plus, la priver d’une œuvre de salut dont elle pourrait avoir bien besoin un jour. Au milieu du naufrage, on ne jette pas les bouées de sauvetage. Si la Rome d’alors présente l’attitude de la Fraternité comme une question de discipline ecclésiastique, la Fraternité elle, voit dans l’attitude de Rome à son égard la pointe d’un immense iceberg : rien de moins que la révolution dans l’Église. [1]

L’introduction des principes maçonniques [2], la mise en harmonie avec le monde, les regards complaisants avec tout ce que l’Église avait considéré autrefois comme de dangereux ennemis, le libéralisme, le communisme même, avec l’ostpolitik, la philosophie moderne, un nouveau mode de frayer avec les autres religions que l’on ne veut plus appeler fausses, l’abandon de l’exclusivité de la mission salvatrice de l’Église [3] exprimé dans l’œcuménisme, tout cela faisait apparaître à Mgr Lefebvre la gravité de l’heure et le décidera quelques années plus tard à un autre acte salvateur, qui s’inscrit dans la ligne de tout ce qui précède : le sacre de quatre évêques. Lorsque nous parlons de nécessité au sujet de ces sacres, il s’agit de l’état de nécessité dans lequel se trouve l’Église, un état de dévastation sans précédent, que Rome avoue d’ailleurs à voix basse, dans lequel se trouvent avant tout les fidèles qui ne savent plus vers qui se diriger pour recevoir la manne qui nourrit et qui sauve.

Rome prophétise et espère le départ en masse des fidèles, annoncé avant les sacres, ainsi que les divisions internes, annoncées elles, au décès de Mgr Lefebvre. Au contraire, la Fraternité continue tranquillement son œuvre de sanctification et de formation de prêtres.

Pendant ce temps et encore aujourd’hui, des évêques saluent à voix basse l’œuvre accomplie chez nous, et d’autres nous disent l’agonie de l’Église catholique dans plusieurs pays d’Europe. Et Rome ? Quelle position Rome adopte-t-elle par rapport à la Fraternité ? par rapport au mouvement traditionnel ? quelle pensée se cache derrière un silence étouffant ?

L’action de Rome sur la Fraternité Saint-Pierre est un bon indicateur.

Comment interpréter l’action entreprise contre la Fraternité Saint-Pierre, sinon comme la volonté globale de continuer dans l’impasse de la nouvelle messe ? Rome montre une cohérence dans sa ligne d’action qui n’a d’égal que son aveuglement : il faut à tout prix et partout infliger la nouvelle messe. Alors seulement et au goutte à goutte on permettra à certains des capitulés de goûter quelque saveur du rite ancien désormais voué à un rôle de musée. Quel triste et affligeant spectacle ! Pendant que de toutes parts les brèches sont ouvertes dans l’enseignement et la transmission de la doctrine catholique, pendant que la morale subit des coups inouïs (morale conjugale, homosexualité) en beaucoup de pays — et nous parlons ici des prises de position épiscopales — on finira par croire que la seule chose défendue, le seul comportement prohibé est une vie catholique normale, fidèle intégralement à l’enseignement et à la discipline pluriséculaire. Les fruits sont là, criants ; qu’attend donc Rome pour changer de cap et reconnaître la légitimité de notre refus de saborder la Religion reçue de nos pères ? Au nom du Saint-Esprit, Rome refuse toujours même l’entrée en matière sur notre contestation du Concile, de ses ambiguïtés, de ses erreurs, de sa mise en application par les réformes post-conciliaires. Alors qu’elle reconnaît par une voix cardinalice que les fruits (de la Fraternité) sont bons, que le Saint-Esprit est à l’œuvre dans la Fraternité ! Pourquoi continuer à nous désigner ou nous laisser désigner comme l’ennemi numéro un ? De toutes parts les vrais destructeurs de l’Église sont à l’œuvre, les vrais contestataires de l’autorité pontificale ont les coudées franches et se moquent ouvertement des rappels à l’ordre désormais quasi impuissants.

« Ces gens sont dangereux » a dit de nous le Père abbé de Saint-Paul-hors-les-Murs lors de notre pèlerinage romain. Mais dangereux pour qui ?

L’Église a connu pendant ces trente dernières années un tournant spectaculaire : la mise en pratique de Vatican II par une suite de réformes qui ont touché tous les domaines de la vie ecclésiale a changé la face de l’Église. Ainsi, les différences entre les prêtres, les fidèles « Novus Ordo » et ceux de la Fraternité sont bien marquées. On a pu le voir lors de notre pèlerinage à Rome cet été. Le contraste entre notre passage et les journées des JMJ fut immense : deux mondes. Le Vatican a dû tout simplement changer ses règles morales concernant l’habillement pour laisser entrer les jeunes dans les basiliques romaines…

Oui, ces trente années ont été bien mouvementées. Et nous devons rendre grâces à Dieu tout particulièrement de nous avoir permis de conserver notre identité catholique au milieu de tant de bouleversements. Et nous vous remercions, chers fidèles et bienfaiteurs, pour votre soutien généreux sans lequel notre épopée n’aurait certainement pas connu les développements et les résultats actuels. Nous comptons plus de quatre cents prêtres disséminés sur les cinq continents, une soixantaine de pays reçoivent le secours de la Tradition dont cinquante par le passage ou l’apostolat régulier du prêtre. Un peu partout, les garages cèdent la place à des édifices plus dignes du nom d’église. L’effort de construction est tout simplement immense : ces dernières années, la Fraternité a construit une cinquantaine d’églises dans le monde entier, alors qu’un effort encore plus grand est porté envers les écoles dont le nombre s’élève à une septantaine. Aurons-nous le nombre de prêtres suffisant pour continuer la tâche ? Nos séminaires comptent quelque 180 aspirants au sacerdoce, mais cela est loin au-dessous de nos besoins. Nous vous confions cette importante intention de prière.

L’édification spirituelle de vos âmes, qui ne se chiffre pas, compte bien davantage aux yeux de Dieu et des nôtres que tout succès temporel. Le bien de vos familles nous est plus cher que tous ces édifices.

En cet anniversaire, nous demandons au Cœur Immaculé de Marie de vous rendre en grâces votre générosité : grâces de charité, grâces de paix, grâces de courage inlassable qui ne fléchit pas. Daigne ce même Cœur auquel la Fraternité est consacrée, la protéger, la faire croître toujours plus et l’animer toujours mieux du zèle qui animait les Apôtres pour répandre en tous lieux ce feu que Notre-Seigneur brûlait d’allumer partout.

Dieu vous bénisse abondamment.

Zaitzkofen, 1er novembre 2000, en la fête de tous les saints

+Bernard Fellay

Supérieur Général


[1] Le Card. Suenens a dit que Vatican II était 1789 dans l’Église.
[2] Yves Marsaudon, dans son livre L’œcuménisme vu par un franc-maçon de Tradition, parlant de la déclaration sur la liberté religieuse votée au Concile, exprime sa joie et sa surprise lorsque résonnent sous la coupole de St Pierre les thèses franc-maçonnes.
[3] Dominus Jesus essaie de corriger un peu, mais n’y arrive pas à cause de son attachement à l’œcuménisme.

 

 

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