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   La vraie laïcité, base de la chrétienté ?

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La vraie laïcité, base de la chrétienté (4) ?

Lire aussi : Face à face

 

L'explication de Benoît XVI

 

1) L'Etat ne doit garder que la loi naturelle

9. Est-ce à dire que l’Église ne doit nullement intervenir dans le cadre de l’ordre temporel ? Benoît XVI a précisé ce point, dans son discours à l’union des juristes catholiques italiens, le 9 décembre 2006 15. L’idée de l’autonomie du temporel, posée en principe par le concile, dans la constitution Gaudium et spes, signifie, dit le Pape, « l’autonomie effective des réalités terrestres, non pas de l’ordre moral, mais du domaine ecclésiastique ». Le domaine temporel échappe donc nécessairement comme tel à la juridiction de l’Église, toujours et partout. Le principe énoncé par Vatican II et revendiqué par Benoît XVI autorise tout au plus dans le domaine temporel une intervention des religions, vraies ou fausses (et pas seulement de l’Église) en faveur de l’ordre moral naturel, et seulement par mode de conseil ou de libre témoignage. Et Benoît XVI précise que cette affirmation conciliaire de l’autonomie ainsi comprise « constitue la base doctrinale de la "saine laïcité" ». Il vaut la peine de nous y arrêter, puisque c’est précisément cette laïcité là que revendique – en s’appuyant explicitement sur ce discours de Benoît XVI – le livret de préparation donné en pâture aux chefs de chapitre du pèlerinage de Pentecôte, organisé en cette année 2019 pour marcher de Paris à Chartres.

10. D’après cette explication de Benoît XVI, la saine laïcité doit s’entendre au sens où la séparation de l’Église et de l’État n’implique pas la séparation de l’État et de la loi morale naturelle. Le pape réprouve donc une conception de la laïcité qui, en excluant toute intervention de l’Église et des religions dans le domaine social, voudrait exclure par là toute vision religieuse de la vie, de la pensée et de la morale. Cette exclusion est inacceptable aux yeux de Benoît XVI, parce que justement la religion est selon lui le fondement même qui donne à la loi morale son caractère absolu. Et par religion, le pape désigne, à la suite de la constitution Gaudium et spes du concile Vatican II, l’attitude de « quiconque croit en Dieu et à sa présence transcendante dans le monde créé ». C’est donc la religion réduite à son plus petit dénominateur commun, la simple religion naturelle, religion trop théorique pour ne pas en devenir naturaliste. Le Pape poursuit d’ailleurs son propos en indiquant les limites à l’intérieur desquelles l’État doit reconnaître la religion (non seulement l’Église, mais les différentes religions) comme une organisation d’utilité publique, ayant le droit d’intervenir sur le terrain proprement social.

« La "saine laïcité" implique que l’État ne considère pas la religion comme un simple sentiment individuel, qui pourrait être limité au seul domaine privé. Au contraire, la religion, étant également organisée en structures visibles, comme cela a lieu pour l’Église, doit être reconnue comme présence communautaire publique. Cela comporte en outre qu’à chaque confession religieuse (à condition qu’elle ne soit pas opposée à l’ordre moral et qu’elle ne soit pas dangereuse pour l’ordre public), soit garanti le libre exercice des activités de culte – spirituelles, culturelles, éducatives et caritatives – de la communauté des croyants. À la lumière de ces considérations, l’hostilité à toute forme d’importance politique et culturelle accordée à la religion, et à la présence, en particulier, de tout symbole religieux dans les institutions publiques, n’est certainement pas une expression de la laïcité, mais de sa dégénérescence en laïcisme. De même que nier à la communauté chrétienne et à ceux qui la représentent de façon légitime, le droit de se prononcer sur les problèmes moraux qui interpellent aujourd’hui la conscience de tous les êtres humains, en particulier des législateurs et des juristes, n’est pas non plus le signe d’une saine laïcité. »

 

2) L'Eglise au service de l'Homme

11. Le Pape fait ici la différence – et les organisateurs du pèlerinage de Paris-Chartres la font avec lui – entre la bonne et la mauvaise laïcité, comme entre la laïcité proprement dite et le laïcisme. Le laïcisme n’est pas légitime, dans la mesure où il exclut absolument toute expression religieuse dans le domaine public. La laïcité en revanche reconnaît à la religion son importance publique et sociale, à condition qu’elle ne soit pas opposée à l’ordre moral et qu’elle ne soit pas dangereuse pour l’ordre public. Le régime de la saine laïcité est donc celui où l’État fait reposer l’ordre moral de la société sur ses véritables bases. Ces bases sont celles de la religion, dans la mesure où la religion est l’expression de la loi du Créateur – et donc dans la mesure aussi où la religion s’exprime à travers toutes les religions, dont l’Église, mais pas seulement.

Et Benoît XVI termine en faisant remarquer que l’Église elle-même ne désire intervenir dans le domaine social que pour assurer la promotion de cet ordre moral, et coopérer ainsi avec l’État à la promotion de la dignité de la personne humaine et de ses droits. « Il ne s’agit pas d’une ingérence indue de l’Église dans l’activité législative, propre et exclusive de l’État, mais de l’affirmation et de la défense des grandes valeurs qui donnent un sens à la vie des personnes et qui en préservent la dignité. Ces valeurs, avant d’être chré- tiennes, sont humaines, c’est-à-dire qu’elles ne laissent pas indifférente et silencieuse l’Église, qui a le devoir de proclamer avec fermeté la vérité sur l’homme et sur son destin. » Bref, c’est toujours le même principe : l’Église conciliaire de Vatican II, par la bouche de Benoît XVI renonce ici à la juridiction de l’Église sur les États, pour s’en tenir à un régime de liberté d’expression religieuse, en faveur de la morale naturelle.

12. La même idée se retrouve encore un an plus tard, dans ce discours d’octobre 2007 : « De cette façon se réalise, en effet, le principe énoncé par le Concile Vatican II, selon lequel "la communauté politique et l’Église sont indépendantes l’une de l’autre et autonomes. Mais toutes deux, quoique à des titres divers, sont au service de la vocation personnelle et sociale des mêmes hommes" (Gaudium et spes, n. 75). Ce principe, présenté avec autorité également par la Constitution de la République italienne (cf. art. 7), fonde les relations entre le Saint-Siège et l’État italien, comme il est rappelé également dans l’Accord qui, en 1984, a apporté des modifications au Concordat du Latran. Dans celui-ci sont ainsi réaffirmées tant l’indépendance et la souveraineté de l’État et de l’Église, que la collaboration réciproque pour la promotion de l’homme et du bien de la communauté nationale tout entière.

En poursuivant ce but, l’Église ne se propose pas des objectifs de pouvoir ni ne prétend de privilèges, ou aspire à des situations d’avantages économique et social. Son unique objectif est de servir l’homme, en puisant, comme norme suprême de conduite, aux paroles et à l’exemple de Jésus Christ qui "a passé en faisant le bien et en guérissant tous »" (Ac 10, 38). C’est pourquoi, l’Église catholique demande à être considérée en vertu de sa nature spécifique et de pouvoir accomplir librement sa mission particulière pour le bien non seulement des fidèles, mais de tous les Italiens. C’est précisément pour cela, comme je l’ai affirmé l’an dernier à l’occasion du Congrès ecclésial de Vérone, que l’"Église n’est pas et n’entend pas être un agent politique.

Dans le même temps, elle a un intérêt profond pour le bien de la communauté politique, dont l’âme est la justice et elle lui offre à un double niveau sa contribution spécifique" (Insegnamenti de Benoît XVI,  II, 2, [2006], p. 475). Je forme de tout cœur le vœu que la collaboration entre toutes les composantes de la bien-aimé nation que vous représentez, contribue non seulement à préserver jalousement l’héritage culturel et spirituel qui vous caractérise et qui est une partie intégrante de votre histoire, mais soit encore plus un encouragement à rechercher des voies nouvelles pour affronter de façon adéquate les grands défis qui caractérisent l’époque post-moderne. Parmi ceux-ci, je me limite à citer la défense des droits de la personne et de la famille, la construction d’un monde solidaire, le respect de la création, le dialogue interculturel et interreligieux 16


Abbé Jean-Michel Gleize

Suite : Un pèlerinage de « saine laïcité »

La vraie laïcité, base de la chrétienté ? (1) - Ce qu'est la chrétienté
La vraie laïcité, base de la chrétienté ? (2) - La juridiction de l'Eglise
La vraie laïcité, base de la chrétienté ? (3) - Depuis Vatican II
La vraie laïcité, base de la chrétienté ? (5) - Un pèlerinage de « saine laïcité »


15. DC n° 2375, p. 214-215.
16.BENOÎT XVI, « Discours à M. Antonio Zanardi, nouvel ambassadeur d’Italie, le 4 octobre 2007 » dans DC n° 2389, p. 935-936.

 

Source : Courrier de Rome n°622


 

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Mercredi 18 septembre 2019
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