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   Critique de la déclaration doctrinale du 15 avril 2012, par l'abbé B. de Jorna - 9 juillet 2012

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Critique de la déclaration doctrinale du
15 avril 2012, par l'abbé B. de Jorna - 9 juillet 2012

Document distribué à tous les membres du Chapitre en juillet 2012. Les chapitres II, III,1, III, 2 et 3, etc., correspondent aux numérotaion de la Déclaration doctrinale du 15 avril 2012 envoyée au cardinal Levada par Mgr Bernard Fellay.

II. Il faudrait faire les distinctions absolument nécessaires sur le magistère. Nous acceptons tout le magistère de l’Église jusqu’à Vatican II. Mais depuis, il y a un nouveau magistère, pour une bonne part opposé au magistère antérieur. Nous ne pouvons donc pas déclarer accepter ce nouveau magistère comme magistère de l’Église.

« Ou bien nous sommes avec ses prédécesseurs qui ont proclamé la vérité de toujours, qui sont en concordance avec l’Église depuis les apôtres jusqu’au Pape Pie XII. Ou bien nous sommes avec le Concile et alors nous sommes contre les prédécesseurs des papes actuels. Il faut choisir, il y a un choix à faire. Il est évident que la Tradition se trouve avec les 250 papes qui ont précédé le pape Jean XXIII et le concile Vatican II. C’est clair. Ou alors l’Église s’est toujours trompée. Voilà la situation dans laquelle nous nous trouvons. Il faut être ferme, clair, décidé et ne pas hésiter. » (Mgr Lefebvre, 14 mai 1989, in Vue de haut n. 13 p. 70). Cette distinction d’autant plus importante que Benoît XVI a déclaré son intention : « Les problèmes à traiter maintenant sont essentiellement de nature doctrinale, en particulier ceux concernant l’acceptation du concile Vatican Il et le magistère post-conciliaire des papes… On ne peut pas geler l’autorité du magistère de l’Eglise en 1962 et cela doit être très clair pour la Fraternité. » (10 mars 2009, in DC 2421, p. 319-320).

D’autre part la profession de foi de 1989 a toujours été refusée par notre Fondateur parce qu’elle impose l’adhésion à Vatican II.

III, 1. Nous ne pouvons pas accepter la doctrine de Lumen Gentium III. Même compris à la lumière de la Nota prævia, le n. 22 de LG garde toute son ambiguïté car il laisse encore entendre qu’il y a dans l’Église un double sujet du primat et ouvre ainsi la porte à la négation de l’enseignement de Vatican I (DS 3054). Mgr Lefebvre a insisté sur cette erreur à l’occasion de la publication du nouveau code de 1983 (14 mai 1989, Vue de haut n. 13 p. 69-70). Ce § III, 1 n’évite pas une grave ambiguïté du fait qu’il déclare accepter à la fois l’enseignement de Vatican I sur le primat du pape et celui de Vatican II sur la collégialité, alors qu’il est au moins sérieusement contestable que ce soit possible. Et le saint siège ne manquerait d’y voir la possibilité et même le devoir d’interpréter Vatican I en fonction de Vatican II. Mgr Lefebvre n’aurait jamais signé les affirmations contenues dans ce n. Dans le protocole de 1988 on ne trouve aucune allusion au ch. III de LG.

III, 2 et 3. La tradition peut s’entendre en trois sens (le sujet, l’acte et l’objet) et les modernes jouent sur l’ambiguïté de cette pluralité de sens. Seule la Tradition au sens du sujet et de l’acte peut être dite vivante, non la Tradition au sens de l’objet. Celle-ci est immuable dans sa signification. Il eut mieux valu reprendre les expressions de nos discussions doctrinales et ne parler que de Tradition constante. Le serment anti-moderniste (DS 3548-3549) rejette clairement la fausse notion de la nouvelle Tradition vivante en évoquant « la vérité absolue et immuable » de la Tradition divine. Ces clarifications sont d’autant plus indispensables que Benoît XVI développe une idée fausse de la Tradition au sens évolutionniste. D’autre part dire que « l’Église perpétue et transmet tout ce qu’elle est et tout ce qu’elle croit » n’est pas sans ambiguïté. D’une part parce que pour Benoît XVI et Vatican II, le sujet fondamental qui transmet la Tradition c’est l’Église au sens de Peuple de Dieu tout entier, sujet vivant qui chemine à travers l’histoire ; d’autre part parce que le magistère de l’Église ne transmet pas ce que l’Église « est et croit », il transmet conserve et défend le dépôt objectif de la foi, reçu du Christ et des apôtres, l’ensemble des vérités révélées par Dieu, gardant toujours le même sens. Pour Benoît XVI, l’Église Peuple de Dieu transmet sa croyance et il faut entendre par là une expérience au sens immanentiste. Il vaudrait mieux dire que le magistère de l’Église enseigne avec autorité au nom de Dieu la signification définitive et immuable de la vérité révélée, en recourant à des expressions normatives qui sont les dogmes.

III, 4 et 5. Nous [Mgr Fellay…] ne pouvons pas dire sans plus de précision que Vatican II éclaire, approfondit et explicite certains aspects de la vie et de la doctrine de l’Église. Car dans l’esprit de Benoît XVI, Vatican II a voulu redéfinir la relation entre la foi de l’Église et certains éléments essentiels de la pensée moderne. Cela a conduit à contredire ou remettre gravement en cause l’enseignement constant de la Tradition catholique sur plusieurs points essentiels. La liberté religieuse est en contradiction avec la Tradition. L’œcuménisme et la collégialité sont aussi en rupture avec la Tradition. Rappelons ce que disait Mgr Lefebvre en 1978 :

« Nous professons la foi catholique intégralement et totalement…Nous rejetons et anathématisons de même tout ce qui a été rejeté et anathématisé par l’Église…C’est dans la mesure où les textes du concile Vatican II et les réformes post conciliaires s’opposent à la doctrine exposée par ces papes d’avant Vatican II, et laissent libre cours aux erreurs qu’ils ont condamnées que nous nous sentons en conscience obligés de faire de graves réserves sur ces textes et sur ces réformes. » (in Itinéraires n. 233, mai 19 p. 108-109). Il faut redire ce que notre fondateur a toujours répété : « dire que l’on voit, que l’on juge les documents du concile à la lumière de la Tradition cela signifie évidemment que l’on rejette ceux qui sont contraires à la tradition, que l’on interprète selon la Tradition ceux qui sont ambigus et que l’on accepte ceux qui sont conformes à la Tradition. » (in Vue de haut n. 13, p. 57). Précisions d’autant plus nécessaires que les autorités romaines jouent sur le mot tradition. « Dans la pensée du Saint Père et dans la pensée du cardinal Ratzinger, si j’ai bien compris, il faudrait arriver à intégrer les décrets du Concile dans la Tradition, s’arranger pour les y faire rentrer à tout prix. C’est une entreprise impossible. » (in Vue de haut, n. 13, p. 57).

Nous ne pouvons pas laisser supposer qu’il serait possible et nécessaire de concilier Vatican II et la Tradition ; nous perdrions la liberté de dénoncer les erreurs et serions mis dans la cage dorée des « espaces de liberté théologique » dont parle Mgr Ocariz.

III, 7. On ne peut se contenter d’affirmer que le NOM est valide. La nouvelle messe est mauvaise en soi. Elle représente une occasion de péché d’infidélité. C’est pourquoi elle ne peut pas constituer matière à obligation pour sanctifier le dimanche. A l’heure où Rome reconnaît les deux rites il est nécessaire de rappeler :

« au sujet de la nouvelle messe, détruisons immédiatement cette idée absurde : si la nouvelle messe est valide, on peut y participer. L’Église a toujours défendu d’assister aux messes des schismatiques et des hérétiques, même si elles sont valides. Il est évident qu’on ne peut participer à des messes sacrilèges, ni à des messes qui mettent notre foi en danger. » (in Troadec, Clovis 2005 p. 391)

III, 8. Nous avons toujours refusé le nouveau code de 1983. Il est « imbu d’œcuménisme et personnalisme, il pèche gravement contre la finalité même de la loi » (Mgr Lefebvre, Ordonnances de la FSSPX p. 4). De plus ce nouveau code véhicule l’esprit de la nouvelle ecclésiologie, démocratique et collégialiste.

Conclusion. Cette déclaration est donc profondément ambiguë et pèche par omission contre la dénonciation claire et nette des principales erreurs qui sévissent encore à l’intérieur de l’Église et détruisent la foi des fidèles.

Cette déclaration, telle qu’elle se présente laisse supposer que nous accepterions le présupposé de « l’herméneutique de la continuité ». Un tel document, principe d’un accord, rendrait celui-ci dès son départ équivoque et favoriserait toutes les dérives subséquentes.

Abbé Benoît de Jorna, Supérieur du séminaire international d'Ecône

 

 

 

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