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Pèlerinage à Notre-Dame du Puy

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Organisé par le prieuré de Saint-Etienne

Suite 2 : La Cathédrale du Puy : du paganisme au Christianisme

i les traditions relatives à la fondation de l’Eglise du Puy restent assez bien connues, il est beaucoup plus difficile de se faire une idée précise des constructions édifiées sur le rocher du Mont Anis, à l’époque païenne ou au début de l’époque chrétienne. On se souvient que la Pierre des fièvres, où était apparue Notre-Dame, appartenait à un dolmen ou à un autel sacré sur lequel les druides accomplissaient les cérémonies du culte. Cette pierre fut probablement enfermée dans un temple à l’époque gallo-romaine.

Fort des fouilles entreprises en 1865-1866 sous la « chambre angélique » de la cathédrale, c’est-à-dire à l’emplacement primitif de la Pierre des fièvres et dans les parties environnantes, on put constater qu’un temple païen y avait été édifié primitivement. En témoignent encore aujourd’hui d’importants fragments encastrés dans les murs de construction de l’actuelle cathédrale. Nous possédons deux témoins notables de cette époque :

– L’un se trouve au-dessus de la porte papale de la cathédrale, donnant sur le midi de l’église. Ce fragment antique, sous forme de linteau retravaillé au VIème siècle, comporte une inscription en l’honneur de saint Scutaire, compagnon de saint Vosy , l’évêque bâtisseur de la cathédrale à qui il succéda. Au centre, un chrisme entre l’Alpha et l’Omega domine l’inscription chrétienne : « Scutari papa vive Deo » : Scutaire, Père, vivez en Dieu. Le haut de ce linteau s’orne d’une frise qui se poursuit au chevet de la cathédrale et qui paraît avoir une origine celtique. Sur l’autre face du linteau, on pouvait lire, avant qu’elle ne soit encastrée dans le mur, une inscription païenne du type de celles qu’on rencontre dans la région lyonnaise, dédiée à Auguste et à un dieu oriental. Le texte en est le suivant : « Adidoni et Augusto Sex Talonius Musicus D.S.P.P.» : à Adidon et Auguste, Sextus Talonius Musicus de son argent a élevé ce monument.

– Le deuxième témoin de cette époque païenne se trouve au rez-de-chaussée du clocher et sur le mur extérieur de l’abside. Sont encastrés des bas reliefs de facture alexandrine représentant des amours jouant au latroncule -un thème de banquet funéraire-, un Hercule désarmé par des amours, ; de plus quatre blocs de pierres sont sculptés sur le thème de la chasse : des lions terrassant un cerf ou poursuivant des onagres, des cerfs et des biches fuyant dans la forêt ; on y voit aussi des monstres empruntés au bestiaire oriental : chimère, griffon, aigle. A proximité se trouvent les restes d’une fontaine antique dont les eaux sont louées sur une inscription qui court au-dessus de ces reliefs : « Fons ope divina languentibus est medicina subveniens gratis ubi deficit ars Hypocratis» : cette fontaine, par secours divin, sert de remède aux malades, venant gratuitement en aide quand fait défaut l’art d’Hippocrate. Au-dessus de l’ensemble, se trouve une frise décorative identique à celle qui domine le linteau de la porte papale.

Pierre druidique, fragments celtiques et gréco-romains, tout cela confirme les antiques traditions du Puy. Lorsque ce temple fut démoli, la Pierre des fièvres se retrouva à découvert et c’est à son emplacement que Notre-Dame voulut apparaître par deux fois. Victorieuse de tous les faux cultes, Notre-Dame retira ce lieu du paganisme et, en quelque sorte, le baptisa. Les anges le consacrèrent par la suite. On a vu que la « chambre angélique » primitive enfermant la Pierre des fièvres se trouvait à l’emplacement du sanctuaire actuel et de la travée la plus rapprochée du sanctuaire.

L’église angélique

a première basilique reste mal connue. Lors des travaux de reconstruction du chevet de la cathédrale en 1865-1866, on découvrit, sous le pavé du chœur, les restes de l’édifice primitif fondé sur le rocher, long de 24 mètres environ sur 11 mètres 72 de large, à nef unique. L’église angélique subira bien des modifications au cours des siècles.

Au VIème siècle, on y ajouta probablement des collatéraux, celui du sud devant recevoir l’inscription de saint Scutaire, toujours en place au-dessus de la porte papale.

Au VIIIème siècle, on allongea vers l’ouest l’édifice et on y transporta la Pierre des fièvres qui se trouvait encore près de l’autel. La Pierre des fièvres va d’ailleurs connaître bien des déplacements au cours des siècles. « Devant l’affluence des malades qui s’y couchaient surtout dans la nuit du samedi au dimanche et en étaient grandement soulagés », elle fut installée au-delà du chœur, près de l’actuelle statue de sainte Jeanne d’Arc. Puis elle fut déplacée et installée sous le porche d’entrée peu avant la Révolution de 1789. Enfin, à l’occasion des grandes restaurations entreprises de 1995 à 1999, elle fut à nouveau changée de place et remontée dans la chapelle du Saint Crucifix, proche de son lieu primitif où elle se retrouve mise à l’honneur depuis 1999.

Au XIème siècle, la cathédrale occupait toute la partie plane du rocher d’Anis. C’est celle que connut le bienheureux Urbain II, le premier des six papes venus au Puy. C’est celle également où retentit pour la première fois le Salve Regina.
Le fort afflux de pèlerins en ce lieu où, selon saint Léon IX, la Vierge était vénérée plus que partout ailleurs, le développement des pèlerinages à Saint-Jacques qui assignait au Puy le rang de tête d’une des routes de Compostelle firent que la ville sainte du Puy irradia sur une bonne partie de la Chrétienté. Urbain II venant au Puy consacra ce prestige en instituant l’évêque du Puy Adhémar de Monteil comme son légat à la Première Croisade. Cela conduisit également à agrandir la cathédrale devenue trop petite. L’actuel édifice résulte des modifications et ajouts du XIIème siècle.

L’actuelle cathédrale

es travaux qui élèveront la cathédrale que nous voyons aujourd’hui commencèrent vraisemblablement à la fin du XIème siècle et se poursuivirent en plusieurs étapes tout au long du XIIème siècle. Ces travaux laissèrent subsister l’ancienne église servant de chevet et sans doute déjà bien remaniée. On y ajouta d’abord le clocher angélique. Le transept et les deux premières travées en partant du sanctuaire furent reconstruites ou largement reprises.

Dans une deuxième campagne, on poussa le vaisseau en direction de l’Ouest en ajoutant les troisième et quatrième travées, en même temps qu’on accrochait un porche à la montagne. Toujours intactes aujourd’hui, ces travées sont les plus belles de la cathédrale. Ce premier prolongement dans le vide, sur le flanc de la colline, permit d’ajouter sous les bas-côtés deux chapelles en forme de crypte fermées par les fameuses « portes de cèdre » du XIIème siècle. Situées de chaque côté du porche d’entrée, elles sont dédiées à saint Gilles, le saint du sud de la France et à saint Martin, le saint du nord : deux saints dont les tombeaux sont également points de départ des routes de Compostelle.

Un quart de siècle plus tard, dans une dernière étape, on s’aventura complètement dans le vide en y jetant les deux dernières travées de la nef portées par de forts piliers en même temps qu’on élevait le grand porche d’entrée et la façade.

Il faut admirer l’accord de la masse architecturale de l’édifice avec son prestigieux décor : les collines environnantes, la chapelle Saint-Michel d’Aiguilhe au sommet de son rocher vertigineux et la ville ancienne. Il faut de plus contempler la science qui présida à l’accord des laves, des calcaires, des tuiles, spécialement dans les polychromies de la façade de la cathédrale et dans celles des arcades du cloître attenant qui évoquent l’Espagne ommeyade et la mosquée de Cordoue. Ce décor manifeste la forte influence orientale qui arriva au Puy par les chemins d’Espagne.

Malgré les nombreuses réfections très radicales entreprises au XIXème siècle pour sauver un monument mal en point, la cathédrale mérite une visite approfondie. Elle fut peu imitée et, avec sa façade couronnée de clochers-arcades simulés, ses coupoles peu élevées et portées par d’épais piliers, son plan d’origine oriental, la cathédrale attire par son étrangeté.

L’accès des pèlerins se fait habituellement par le grand porche de façade qui conduit à la Porte dorée, sous la cathédrale. Un riche programme iconographique apparaît à cet endroit, présentant aux pèlerins, avec ordre et clarté, ce que la Sainte Ecriture contient d’essentiel. Le peuple chrétien médiéval, ordinairement illettré mais religieusement bien formé, pouvait comprendre plus facilement que nous les enseignements spirituels présentés par la peinture, la sculpture, le vitrail, etc.

Le décor de la troisième travée du porche d’entrée mérite qu’on s’y arrête. Il comporte deux portes romanes sculptées appelées « portes de cèdre » et des fresques murales.

Les fameuses « portes de cèdre » du XIIème siècle en bois sculpté ferment les deux chapelles latérales, Saint-Gilles au nord et Saint-Martin au sud : la porte du nord présente des scènes de l’enfance du Christ, de la Nativité à la Présentation au Temple. Court sur cette porte, douze fois répétée, une inscription arabe : « al mulk lilah » : souveraineté à Allah. La porte du sud retrace des épisodes allant de la résurrection de saint Lazare à la Pentecôte en passant par la Crucifixion. Quant aux fresques murales des XIIème et XIIIème siècles, elles représentent la Vierge en majesté portant l’Enfant et une Transfiguration imitées de l’art byzantin. Sur les portes et sur les fresques, la Vierge de la Nativité ou la Vierge glorieuse est associée aux épreuves et au triomphe de son Fils, parce que l’iconographie est conçue pour les pèlerins venant en foule assister au Jubilé qui unit le Vendredi Saint 25 mars l’Incarnation et la Rédemption.

A l’intérieur de la cathédrale, les pèlerins ne disposaient que d’un espace réduit. D’une part, le chœur des chanoines, fermé par un jubé disparu en 1781, occupait un emplacement imposant. D’autre part, la cathédrale n’avait cessé d’accumuler les béquilles des miraculés qui s’amoncelaient, ainsi que de nombreux ex-voto et des tableaux offerts par les corporations. De plus, la dévotion des grands se manifestait par l’offrande de reliquaires somptueux ou par la création de chapelles adjointes au chevet.

La nef est couverte de coupoles octogonales très remaniées au XIXème siècle, sauf celles des troisième et quatrième travées restées intactes. L’influence arabe s’y fait fortement sentir : cintres aux claveaux de pierres de couleurs différentes, arcs polylobés, mosaïque polychrome. On se souvient que les liens entre le Puy et l’Espagne s’étaient multipliés dès le milieu du Xème siècle. L’influence byzantine déjà signalée dans les fresques du porche d’entrée et que l’on retrouve également dans celles qui sont peintes dans le bras gauche du transept, se manifeste ici par la forme des coupoles. Le poids des coupoles repose sur huit arcs soutenus par vingt-quatre colonnettes jumelles qui s’appuient elles-mêmes sur une corniche surmontant les arcades aveugles. Ces coupoles sont celles qui imitent le mieux les coupoles de la croisée du Couvent rouge et du Couvent blanc d’Assouan en même temps qu’elles s’inspirent des techniques sassanides et byzantines.

L’actuel sanctuaire ou « chambre angélique » est une reconstruction du XIXème siècle. En 1865, l’architecte Mimey détruisit presque totalement la partie la plus ancienne de l’église, reste de la première construction. N’épargnant que très peu de choses, il la reconstruisit avec un plan et une élévation très différents de ce qui existait. Il reste aujourd’hui le lieu le plus saint de la basilique. La Vierge Noire s’y trouve au-dessus du maître-autel.

Entre 1855 et 1888, l’architecte Petitgrand réédifia le clocher pyramidal situé au chevet, abattu à plusieurs reprises par la foudre, mais respecté par les révolutionnaires à cause du coq qui le surmontait. Il suivit, semble-t-il, les données originales.

Ce n’est par d’abord pour sa grande beauté que la cathédrale doit être visitée. C’est parce que son histoire est un chapitre de l’histoire de l’Eglise et de l’histoire nationale de la France. Il faut venir au Puy et faire revivre la splendeur première de ce sanctuaire. Il faut que la Vierge reçoive à nouveau la vénération enthousiaste des foules. Il faut que personne ne manque le Grand pardon du 24 avril prochain.

Nous accéderons au sanctuaire « in spiritu humilitatis et in animo contrito ». C’est ce que demandait une antique inscription qu’on lisait encore au XVIème siècle vers la porte papale :

« Si ta vie est impure, alors garde-toi d’entrer ; Tant que tu vis dans le mal, ne viole pas ce sanctuaire. »

C’est ce que demande encore l’inscription gravée sur les marches du grand porche d’entrée :

« Si tu ne te gardes du crime, garde-toi de franchir ce seuil ; car la Reine du Ciel veut un culte exempt de toute souillure. »

Mais nous y accéderons également « fortes in fide », pleins de confiance et d’espérance en Notre-Dame. Plus puissante et plus forte qu’une armée rangée en bataille, elle a largement prouvé ici plus qu’ailleurs qu’elle est l’instrument des victoires de Dieu.

Abbé Claude Boivin †

Abbé Claude Boivin

FSSPX