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Prêtres mariés? Un vœu pieux, in 24 Heures du 01/12/09

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in 24 Heures du 01/12/09

Eglise catholique | L’évêque de Sion se déclare favorable à l’ordination d’hommes mariés. Mais Rome n’est pas près de changer d’avis.

La déclaration a tout l’air d’une bombinette progressiste. «Il devrait être possible d’ordonner des hommes mariés», lançait dimanche Mgr Norbert Brunner, évêque de Sion, dans la NZZ . Avant d’ajouter: «L’abolition du célibat est possible car il n’existe pas de lien fondamental avec la prêtrise.»

Surprenant, de la part du futur président de la Conférence des évêques suisse (CES), sachant que l’Eglise se montre inflexible sur le sujet. «Le célibat sacerdotal est une très grande bénédiction, j’en confirme le caractère obligatoire», a affirmé le pape Benoît XVI en 2007, dans une exhortation apostolique. Jusqu’à nouvel ordre, le mariage ou l’état de concubinage reste donc incompatible avec l’état de prêtrise.

Norbert Brunner se ferait-il le chantre d’une révolution imminente? Pas vraiment, pense Nicolas Betticher, vicaire général du diocèse de Lausanne, Genève, Fribourg et Neuchâtel. «Cette déclaration n’est pas une nouveauté, dit-il. Le précédent président de la CES avait tenu les mêmes propos.»

En 1998, «les évêques suisses avaient relayé à Rome une demande d’ordonner des hommes mariés car c’était une préoccupation forte émanant de la base, rappelle Nicolas Betticher. Et il est du devoir des évêques de transmettre les questions des fidèles au Saint-Père.» Une question qui enclenche automatiquement les «non possumus» de Rome.

«Il faudrait un concile»

En Suisse, on sait le sujet sensible depuis le psychodrame de la démission de l’évêque de Bâle, Hansjörg Vogel, en 1995, «coupable» d’avoir aimé une femme et de lui avoir fait un enfant. En 2003, le Synode de Lucerne avait demandé à la CES de lever le célibat des prêtres. D’autres prélats dans le monde suggèrent que l’Eglise pourrait y «réfléchir», dont le cardinal brésilien Claudio Hummes en 2006, préfet de la Congrégation pour le clergé.

«Beaucoup d’évêques le réclament, car le manque de relève pour faire vivre les paroisses est criant, mais ils ne sont pas écoutés à Rome», regrette Jacques Neirynck, écrivain catholique critique avec l’institution. «L’Eglise n’est pas une structure démocratique, c’est un gouvernement d’ancien régime, de monarchie absolue.» Pourtant, le célibat des prêtres est une simple question de discipline, «ce n’est pas un dogme, il suffirait d’un trait de plume pour faire gicler cette règle», fait remarquer le Vaudois. D’autant plus que les prêtres anglicans ayant rejoint l’Eglise catholique (environ 200 à ce jour selon les estimations) y sont accueillis dans leur état marital, avec femmes et enfants.

Tout à fait d’accord sur ce point, «le célibat est une réalité disciplinaire sur laquelle il est permis de réfléchir», admet Nicolas Betticher. Par contre, «le pape doit assurer la communion de 1,1 milliard de catholiques, il ne saurait prendre une telle décision «d’un trait de plume», de son propre chef, sans consulter les 4000 évêques de l’Eglise. On peut imaginer qu’il faudrait un concile.»

«Et pour les pensions…»

D’ici là, les vues de l’évêque de Sion ont toutes les chances de demeurer un vœu pieux, d’autant que toute l’Eglise ne les partage pas. «Et pour les pensions alimentaires on augmentera l’impôt ecclésiastique», s’énervait hier un internaute. Pourtant, Mgr Brunner et ses collègues ne parlent pas d’autoriser le mariage des prêtres, mais de pouvoir ordonner prêtres des hommes mariés, ou viri probati (littéralement «des hommes mariés ayant fait leurs preuves» dans le latin de l’Eglise). Nuance de taille. Comme pour les apôtres, «l’état de vie doit précéder l’engagement pour Jésus-Christ et pour l’Eglise. Soit on s’engage célibataire, soit on s’engage marié.» Une règle plus fondamentale encore aux yeux de Rome que le fameux célibat, imposé depuis le Concile de Latran, il y a 800 ans.

Patrick Chuard , In 24 Heures du 1er décembre 2009