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« Benoît XVI n’a pas fait de gaffe » – Mgr Gilbert Aubry

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Sauf avis contraire, les articles ou conférences qui n’émanent pas des
membres de la FSSPX ne peuvent être considérés comme reflétant
la position officielle de la Fraternité Saint-Pie X

Mgr Gilbert Aubry, évêque de La Réunion

La tentation papale de réintégrer dans l’Eglise la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, courant traditionaliste créé par Mgr Lefebvre en 1988, divise la communauté catholique. Les propos négationnistes tenus par l’un de ses membres, Mgr Williamson, n’y sont pas étrangers. Monseigneur Aubry, évêque de La Réunion, décode la polémique et se fait l’avocat du Pape.

Quelle a été votre réaction lorsque vous avez appris que Benoît XVI avait levé l’excommunication et envisageait de réintégrer dans l’église plusieurs évêques intégristes, dont Mgr Williamson qui a tenu des propos négationnistes ?

L’évêque catholique que je suis se réjouit toujours des efforts des papes de notre temps pour travailler à l’unité de l’Eglise et au dialogue interreligieux. Je pense particulièrement au travail de Jean XXIII, de Paul VI, de Jean-Paul II et aussi de Benoît XVI. Il y a eu des erreurs de communication du Saint Siège dans le timing de l’annonce de la décision et dans la présentation même de la décision concernant la levée de l’excommunication. Il y a eu une fuite de quelques jours dans un journal italien avant l’annonce officielle. Mgr Williamson ne pouvait pas ne pas être au courant de la levée de l’excommunication puisque les négociations préalables avec la Fraternité Saint Pie X ont été menées avec Mgr Fellay, supérieur général de cette communauté. Alors qu’elles étaient les intentions de Mgr Williamson en s’exprimant de la sorte ? Ce qui est sûr, et la chose est solidement établie, c’est que la décision de Benoît XVI ne porte pas sur la reconnaissance du négationnisme mais sur la nécessité de travailler à l’unité de l’Eglise. Dès que j’ai eu connaissance de cette fuite dans la presse, je me suis dit qu’il allait y avoir des problèmes parce que c’est un sujet brûlant, surtout en France et en Allemagne.

Comment analysez-vous cette décision papale qui divise profondément la communauté catholique ?

La décision du pape restera dans l’Histoire non pas comme une gaffe, mais comme un acte prophétique, malgré les erreurs de communication et les interprétations médiatiques à partir d’un amalgame des sujets traités. Cela me fait penser à la décision du pape Paul VI pour la levée de l’excommunication vis-à-vis des orthodoxes. Paul VI savait, lui, qu’il y avait certains évêques qui avaient été fabriqués par le KGB. La décision de Paul VI a ouvert le dialogue pour une recherche de communion qui a beaucoup progressé… et la pleine communion n’est pas encore établie quarante ans après. Lever d’excommunication ne veut pas dire réhabilitation ni pleine communion. Le Saint Siège et le responsable de la communauté Saint Pie X ont demandé à Mgr Williamson de se rétracter. Il faut persévérer dans le dialogue, ce qui suppose de la part des uns et des autres, des intentions droites et la clarté dans les prises de position. Ce que je peux dire c’est que le pape Benoît XVI est personnellement attaché au Concile Vatican II et qu’il n’est pas question pour lui d’être négationniste.D’ailleurs, le rabbin Rosen, chef de la délégation juive qui participe au dialogue interreligieux au sein du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, a affirmé que les juifs avaient compris que le pape avait toujours été complètement hostile aux propos négationnistes de l’holocauste et que la cordialité et l’affection personnelle de Benoît XVI pour le peuple juif n’étaient pas remises en question.

L’Eglise est confrontée à une transformation rapide de la société qui la ballote entre tradition et modernité. Cette décision de Benoît XVI n’est-elle pas en décalage avec l’évolution de la société ?

Tous les pays, toutes les instances internationales sont tiraillés entre tradition et modernité. L’Eglise refuse de calquer ses positions sur les opinions en vogue ici ou là et elle apporte sa contribution à l’humanisation de nos sociétés comme jamais, et dans tous les domaines pour la protection et la promotion de la vie. Pensons aussi à la question de la paix, aux efforts qui sont faits à Madagascar pour un dialogue politique au service de l’unité de la nation, aux réflexions des commissions Justice et Paix dans le domaine social et économique. Malgré des faiblesses, l’Eglise n’a pas à rougir de l’Eglise et l’Humanité lui rendra grâce un jour d’avoir résisté à la tentation d’autodestruction de l’Humanité par l’Humanité

Propos recueillis par Yoann Guilloux pour CLICANOO.COM du 23 février 2009

fraternité sainte pie X