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La lettre de Benoît XVI l’une des plus dramatiques, l’une des plus belles

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Editorial de l’Osservatore Romano du 13 mars 2009

Un texte passionné et sans précédent né du coeur de Benoît XVI pour contribuer à la paix dans l’Eglise: telle est la lettre du Pape aux évêques catholiques sur la levée de l’excommunication des évêques consacrés en 1988. Sans précédent parce qu’il n’y a pas de précédents récents à la tempête qui s’est déchaînée suite à la publication de la mesure du 21 janvier dernier. Ce n’est pas un hasard si elle eut lieu à la veille du cinquantième anniversaire de l’annonce du Concile Vatican II, car l’intention de l’Evêque de Rome – à présent confirmée mais déjà évidente par elle-même, comme notre journal l’avait souligné le jour-même – était et demeure celle d’éviter le danger d’un schisme. Avec un geste préalable de miséricorde, parfaitement dans la ligne du Concile et de la tradition de l’Eglise.

Sur l’opportunité de ce geste, les interrogations se sont multipliées et surtout, des accusations infondées et importantes se sont déchaînées contre Benoît XVI: de reniement de Vatican ii et d’obscurantisme. Jusqu’à un renversement malhonnête et incroyable du geste du Pape, favorisé par la diffusion, dans une concommitance de temps qui n’est certainement pas le fruit du hasard, des affirmations négationnistes à l’égard de la Shoah d’un des évêques dont le Pape a levé l’excommunication. Des affirmations inacceptables – et cela aussi a été immédiatement souligné par le journal du Pape – comme sont inacceptables et honteuses les attitudes envers le judaïsme de certains membres des groupes auxquels Benoît XVI a tendu la main.

Le renversement de la miséricorde en un incroyable geste d’hostilité contre les juifs – que l’on a voulu attribuer de façon répétée au Souverain Pontife de plusieurs côtés, même de certaines sources faisant autorité – est grave parce qu’il a ignoré la réalité, en renversant la conviction et les réalisations personnelles de Joseph Ratzinger en tant que théologien, évêque et Pape, dans des textes qui sont à la disposition de tous. Face à cette attaque concentrique, venant même de certains catholiques et parfois « avec haine », Benoît XVI a « d’autant plus » voulu remercier les juifs qui ont aidé à surmonter ce moment difficile, en confirmant la volonté d’une amitié et d’une fraternité qui plonge ses racines dans la foi dans le Dieu unique et dans les Ecritures.

La lucidité de l’analyse du Pape n’élude pas des questions ouvertes et difficiles, ainsi que la nécessité d’une attention et d’une communication mieux préparées et plus efficaces dans un contexte global où l’information, omniprésente et surabondante, est continuellement exposée à des manipulations et à des instrumentalisations, notamment ce que l’on appelle les fuites d’information, que l’on peine à ne pas qualifier de misérables. Même au sein de la Curie romaine, un organisme historiquement collégial et qui dans l’Eglise a un devoir d’exemplarité.

Le Pape affronte ensuite le coeur de la question: c’est-à-dire le problème des groupes dits traditionalistes et le danger du schisme, avec la distinction des niveaux disciplinaire et doctrinal. En d’autres mots, sur le plan disciplinaire, Benoît XVI a révoqué l’excommunication mais sur le plan doctrinal, il est nécessaire que les traditionnalistes – à l’égard desquels le Pape n’épargne pas des accents sévères mais confiants dans la réconciliation – ne figent pas le magistère de l’Eglise en 1962. De même que les grands défenseurs autoproclamés du Concile doivent rappeler que Vatican ii ne peut pas être séparé de la foi professée et confessée au cours des siècles.

Ce geste était-il vraiment une priorité? Le Pape a répondu par l’affirmative parce que dans un monde où la flamme de la foi risque de s’éteindre, la priorité est précisément de conduire les hommes vers Dieu qui a parlé sur le Sinaï et qui s’est manifesté en Jésus. Un Dieu qui risque de disparaître de l’horizon humain et que seul le témoignage d’unité des croyants rend crédible. Voilà pourquoi l’unité de l’Eglise catholique et l’engagement oecuménique sont importants; voilà pourquoi le dialogue entre les religions est significatif. C’est la raison pour laquelle la grande Eglise – un terme cher à la tradition – doit rechercher la paix avec tous.

C’est la raison pour laquelle les catholiques ne doivent pas se déchirer commes les Galates à qui Paul écrivait de sa propre main, autour de l’an 56, l’une des lettres les plus dramatiques et les plus belles. Comme celle du Pape Benoît XVI.

Giovanni Maria Vian, Directeur de l’Osservatore Romano