Concile Vatican Ier

20ᵉ œcuménique ; 8 déc. 1869-20 oct. 1870

18 juillet 1870, 4e session

Constitution Dogmatique Pastor Aeternus

Sur l'infaillibilité et la primauté du pontife romain

Table des matières

Préambule

L’éternel pas­teur et gar­dien de nos âmes [1], pour per­pé­tuer l’œuvre salu­taire de la Rédemption, a déci­dé d’é­di­fier la sainte Église dans laquelle, comme en la mai­son du Dieu vivant, tous les fidèles seraient ras­sem­blés par le lien d’une seule foi et d’une seule cha­ri­té. C’est pour­quoi, avant d’être glo­ri­fié, « il pria son Père », non seule­ment pour les Apôtres, « mais aus­si pour ceux qui croi­raient en lui, à cause de leur parole, pour que tous soient un, comme le Fils et le Père sont un » [2]. De même qu’il « envoya » les Apôtres qu’il s’é­tait choi­sis dans le monde, « comme lui-​même avait été envoyé par le Père » [3], de même il vou­lut qu’il y eût en son Église des pas­teurs et des doc­teurs « jus­qu’à la fin du monde » [4].

Pour que l’é­pis­co­pat fût un et non-​divisé, pour que, grâce à l’u­nion étroite et réci­proque des pon­tifes, la mul­ti­tude entière des croyants fût gar­dée dans l’u­ni­té de la foi et de la com­mu­nion, pla­çant le bien­heu­reux Pierre au-​dessus des autres Apôtres, il éta­blit en sa per­sonne le prin­cipe durable et le fon­de­ment visible de cette double uni­té. Sur sa soli­di­té se bâti­rait le temple éter­nel et sur la fer­me­té de cette foi s’é­lè­ve­rait l’Église dont la gran­deur doit tou­cher le ciel [5]. Parce que les portes de l’en­fer se dressent de toutes parts avec une haine de jour en jour crois­sante contre ce fon­de­ment éta­bli par Dieu, pour ren­ver­ser, s’il se pou­vait, l’Église, Nous jugeons néces­saire pour la pro­tec­tion, la sau­ve­garde et l’ac­crois­se­ment du trou­peau catho­lique, avec l’ap­pro­ba­tion du saint concile, de pro­po­ser à tous les fidèles la doc­trine qu’ils doivent croire et tenir sur l’ins­ti­tu­tion, la per­pé­tui­té et la nature de la pri­mau­té du Siège apos­to­lique, sur lequel repose la force et la soli­di­té de l’Église, confor­mé­ment à la foi antique et constante de l’Église uni­ver­selle, et aus­si de pros­crire et de condam­ner les erreurs contraires, si per­ni­cieuses pour le trou­peau du Seigneur.

Ch. 1. L’institution de la primauté apostolique dans le bienheureux Pierre

Nous ensei­gnons donc et nous décla­rons, sui­vant les témoi­gnages de l’Évangile, que la pri­mau­té de juri­dic­tion sur toute l’Église de Dieu a été pro­mise et don­née immé­dia­te­ment et direc­te­ment au bien­heu­reux Apôtre Pierre par le Christ notre Seigneur. C’est, en effet, au seul Simon, auquel il avait déjà été dit : « Tu t’ap­pel­le­ras Céphas » [6], après que celui-​ci l’a­vait confes­sé en ces termes : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant », que le Seigneur adres­sa ces paroles solen­nelles : « Bienheureux es-​tu, Simon, fils de Jona, car ce n’est ni la chair ni le sang qui te l’ont révé­lé, mais mon Père qui est dans les cieux ; et moi, je te dis que tu es Pierre et que sur cette pierre je bâti­rai mon Église, et les portes de l’en­fer ne pré­vau­dront pas contre elle. Je te don­ne­rai les clefs du royaume des Cieux. Et tout ce que tu lie­ras sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que tu délie­ras sur la terre sera délié dans le ciel » [7]. Et c’est au seul Simon Pierre que Jésus, après sa résur­rec­tion, confé­ra la juri­dic­tion de sou­ve­rain pas­teur et de chef suprême sur tout son trou­peau en disant : « Pais mes agneaux, pais mes bre­bis » [8].

Cette doc­trine si claire des saintes Écritures se voit oppo­ser ouver­te­ment l’o­pi­nion fausse de ceux qui, per­ver­tis­sant la forme de gou­ver­ne­ment ins­ti­tuée par le Christ notre Seigneur, nient que Pierre seul se voit vu doté par le Christ d’une pri­mau­té de juri­dic­tion véri­table et pro­pre­ment dite, de pré­fé­rence aux autres Apôtres, pris soit iso­lé­ment soit tous ensemble, ou de ceux qui affirment que cette pri­mau­té n’a pas été confé­rée direc­te­ment et immé­dia­te­ment au bien­heu­reux Pierre, mais à l’Église et, par celle-​ci, à Pierre comme à son ministre.

Si quel­qu’un donc dit que le bien­heu­reux Apôtre Pierre n’a pas été éta­bli par le Christ notre Seigneur chef de tous les Apôtres et tête visible de toute l’Église mili­tante ; ou que ce même Apôtre n’a reçu direc­te­ment et immé­dia­te­ment du Christ notre Seigneur qu’une pri­mau­té d’hon­neur et non une pri­mau­té de juri­dic­tion véri­table et pro­pre­ment dite, qu’il soit anathème.

Ch. 2. La perpétuité de la primauté du bienheureux Pierre dans les Pontifes romains

Ce que le Christ notre Seigneur, chef des pas­teurs, pas­teur suprême des bre­bis, a ins­ti­tué pour le salut éter­nel et le bien per­pé­tuel de l’Église doit néces­sai­re­ment, par cette même auto­ri­té, durer tou­jours dans l’Église, qui, fon­dée sur la pierre, sub­sis­te­ra ferme jus­qu’à la fin des siècles. » Personne ne doute, et tous les siècles savent que le saint et très bien­heu­reux Pierre, chef et tête des Apôtres, colonne de la foi, fon­de­ment de l’Église catho­lique, a reçu les clés du Royaume de notre Seigneur Jésus-​Christ, Sauveur et Rédempteur du genre humain : jus­qu’à main­te­nant et tou­jours, c’est lui qui, dans la per­sonne de ses suc­ces­seurs « , les évêques du Saint-​Siège de Rome, fon­dé par lui et consa­cré par son sang, » vit « , pré­side « et exerce le pou­voir de juger » [9].

Dès lors, qui­conque suc­cède à Pierre en cette chaire reçoit, de par l’ins­ti­tu­tion du Christ lui-​même, la pri­mau­té de Pierre sur toute l’Église. « Ainsi demeure ce qu’or­don­na la véri­té, et le bien­heu­reux Pierre, gar­dant tou­jours cette soli­di­té de pierre qu’il a reçue, n’a pas lais­sé le gou­ver­nail de l’Église » [10]. Voilà pour­quoi c’est vers l’Église romaine, « par suite de son ori­gine supé­rieure » [11], qu’il a tou­jours été néces­saire que chaque Église, c’est-​à-​dire les fidèles de par­tout, se tournent, afin qu’ils ne fassent qu’un en ce Saint-​Siège, d’où découlent sur tous « les droits de la véné­rable com­mu­nion » [12], comme des membres unis à la tête dans l’as­sem­blage d’un seul corps.

Si donc quel­qu’un dit que ce n’est pas par l’ins­ti­tu­tion du Christ ou de droit divin que le bien­heu­reux Pierre a des suc­ces­seurs dans sa pri­mau­té sur l’Église uni­ver­selle, ou que le Pontife romain n’est pas le suc­ces­seur du bien­heu­reux Pierre en cette pri­mau­té, qu’il soit anathème.

Chapitre 3 – Pouvoir et nature de la primauté du Pontife romain

C’est pour­quoi, Nous fon­dant sur le témoi­gnage évident des saintes Lettres et sui­vant les décrets expli­ci­te­ment défi­nis de nos pré­dé­ces­seurs, les Pontifes romains, comme des conciles géné­raux, nous renou­ve­lons la défi­ni­tion du concile œcu­mé­nique de Florence, qui impose aux fidèles de croire que « le Saint-​Siège apos­to­lique et le Pontife romain pos­sèdent la pri­mau­té sur toute la terre ; que ce Pontife romain est le suc­ces­seur du bien­heu­reux Pierre, le chef des Apôtres et le vrai vicaire du Christ, la tête de toute l’Église, le père et le doc­teur de tous les chré­tiens ; qu’à lui, dans la per­sonne du bien­heu­reux Pierre, a été confié par notre Seigneur Jésus-​Christ plein pou­voir de paître, de régir et de gou­ver­ner toute l’Église comme le disent les actes des conciles œcu­mé­niques et les saints canons » [13].

En consé­quence, Nous ensei­gnons et décla­rons que l’Église romaine pos­sède sur toutes les autres, par dis­po­si­tion du Seigneur, une pri­mau­té de pou­voir ordi­naire, et que ce pou­voir de juri­dic­tion du Pontife romain, vrai­ment épis­co­pal, est immé­diat. Les pas­teurs de tout rang et de tout rite et les fidèles, cha­cun sépa­ré­ment ou tous ensemble, sont tenus au devoir de subor­di­na­tion hié­rar­chique et de vraie obéis­sance, non seule­ment dans les ques­tions qui concernent la foi et les mœurs, mais aus­si dans celles qui touchent à la dis­ci­pline et au gou­ver­ne­ment de l’Église répan­due dans le monde entier. Ainsi, en gar­dant l’u­nit de com­mu­nion et de pro­fes­sion de foi avec le Pontife romain, l’Église est un seul trou­peau sous un seul pas­teur. Telle est la doc­trine de la véri­té catho­lique, dont per­sonne ne peut s’é­car­ter sans dan­ger pour sa foi et son salut.

Ce pou­voir du Souverain Pontife ne fait nul­le­ment obs­tacle au pou­voir de juri­dic­tion épis­co­pal ordi­naire et immé­diat, par lequel les évêques, éta­blis par l’Esprit Saint [14] suc­ces­seurs des Ap6tres, paissent et gou­vernent en vrais pas­teurs cha­cun le trou­peau à lui confié. Au contraire, ce pou­voir est affir­mé, affer­mi et défen­du par le pas­teur suprême et uni­ver­sel, comme le dit saint Grégoire le Grand : « Mon hon­neur est l’hon­neur de l’Église uni­ver­selle. Mon hon­neur est la force solide de mes frères. Lorsqu’on rend à cha­cun l’hon­neur qui lui est dû, alors je suis hono­ré » [15].

Dès lors, de ce pou­voir suprême qu’a le Pontife romain de gou­ver­ner toute l’Église résulte pour lui le droit de com­mu­ni­quer libre­ment, dans l’exer­cice de sa charge, avec les pas­teurs et les trou­peaux de toute l’Église, pour pou­voir les ensei­gner et les gou­ver­ner dans la voie du salut. C’est pour­quoi nous condam­nons et réprou­vons les opi­nions de ceux qui disent qu’on peut légi­ti­me­ment empê­cher cette com­mu­ni­ca­tion du chef suprême avec les pas­teurs et les trou­peaux, ou qui l’as­su­jet­tissent au pou­voir civil, en pré­ten­dant que ce qui est déci­dé par le Siège apos­to­lique ou par son auto­ri­té pour le gou­ver­ne­ment de l’Église n’a de force ni de valeur que si le pla­cet du pou­voir civil le confirme.

Parce que le droit divin de la pri­mau­té apos­to­lique place le Pontife romain au-​dessus de toute l’Église, nous ensei­gnons et décla­rons encore qu’il est le juge suprême des fidèles et que, dans toutes les causes qui touchent à la juri­dic­tion ecclé­sias­tique, on peut faire recours à son juge­ment. Le juge­ment du Siège apos­to­lique, auquel aucune auto­ri­té n’est supé­rieure, ne doit être remis en ques­tion par per­sonne, et per­sonne n’a le droit de juger ses déci­sions. C’est pour­quoi ceux qui affirment qu’il est per­mis d’en appe­ler des juge­ments du Pontife romain au concile œcu­mé­nique comme à une auto­ri­té supé­rieure à ce Pontife, s’é­cartent du che­min de la vérité.

Si donc quel­qu’un dit que le Pontife romain n’a qu’une charge d’ins­pec­tion ou de direc­tion et non un pou­voir plé­nier et sou­ve­rain de juri­dic­tion sur toute l’Église, non seule­ment en ce qui touche à la foi et aux mœurs, mais encore en ce qui touche à la dis­ci­pline et au gou­ver­ne­ment de l’Église répan­due dans le monde entier, ou qu’il n’a qu’une part plus impor­tante et non la plé­ni­tude totale de ce pou­voir suprême ; ou que son pou­voir n’est pas ordi­naire ni immé­diat sur toutes et cha­cune des églises comme sur tous et cha­cun des pas­teurs et des fidèles, qu’il soit anathème.

Chapitre 4 – Le magistère infaillible du Pontife romain

La pri­mau­té apos­to­lique que le Pontife romain, en tant que suc­ces­seur de Pierre, chef des Apôtres, pos­sède dans l’Église uni­ver­selle, com­prend aus­si le pou­voir suprême du magis­tère : le Saint-​Siège l’a tou­jours tenu, l’u­sage per­pé­tuel des Églises le prouve, et les conciles œcu­mé­niques, sur­tout ceux où l’Orient se ren­con­trait avec l’Occident dans l’u­nion de la foi et de la cha­ri­té, l’ont déclaré.

Les Pères du IVe concile de Constantinople, sui­vant les traces de leurs ancêtres, émirent cette solen­nelle pro­fes­sion de foi : « La condi­tion pre­mière du salut est de gar­der la règle de la foi ortho­doxe… On ne peut, en effet, négli­ger la parole de notre Seigneur Jésus-​Christ qui dit : “Tu es Pierre et sur cette pierre je bâti­rai mon Église” [16]. Cette affir­ma­tion se véri­fie dans les faits, car la reli­gion catho­lique a tou­jours été gar­dée sans tache dans le Siège apos­to­lique. Désireux de ne nous sépa­rer en rien de sa foi et de sa doc­trine… nous espé­rons méri­ter de demeu­rer unis en cette com­mu­nion que prêche le Siège apos­to­lique, en qui réside, entière et vraie, la soli­di­té de la reli­gion chré­tienne » [17].

Avec l’ap­pro­ba­tion du IIe concile de Lyon, les Grecs ont pro­fes­sé : « La sainte Église romaine pos­sède aus­si la pri­mau­té sou­ve­raine et l’au­to­ri­té entière sur l’en­semble de l’Église catho­lique. Elle recon­naît sin­cè­re­ment et hum­ble­ment l’a­voir reçue, avec la plé­ni­tude du pou­voir, du Seigneur lui-​même, en la per­sonne du bien­heu­reux Pierre, chef ou tête des Apôtres, dont le Pontife romain est le suc­ces­seur. Et comme elle doit, par-​dessus tout, défendre la véri­té de la foi, ain­si les ques­tions qui sur­gi­raient à pro­pos de la foi doivent être défi­nies par son juge­ment » [18].

Enfin, le concile de Florence a défi­ni : « Le Pontife romain est le vrai vicaire du Christ, la tête de toute l’Église, le père et le doc­teur de tous les chré­tiens ; à lui, dans la per­sonne du bien­heu­reux Pierre, a été confié par notre Seigneur Jésus-​Christ plein pou­voir de paître, de régir et de gou­ver­ner toute l’Église » [19].

Pour s’ac­quit­ter de leur charge pas­to­rale, nos pré­dé­ces­seurs ont tra­vaillé infa­ti­ga­ble­ment à la pro­pa­ga­tion de la doc­trine salu­taire du Christ par­mi tous les peuples de la terre, et ils ont veillé avec un soin égal à sa conser­va­tion authen­tique et pure, là où elle avait été reçue. C’est pour­quoi les évêques du monde entier, tan­tôt indi­vi­duel­le­ment, tan­tôt réunis en synodes, en sui­vant la longue cou­tume des églises et les formes de la règle antique, ont com­mu­ni­qué au Siège apos­to­lique les dan­gers par­ti­cu­liers qui sur­gis­saient en matière de foi, pour que les dom­mages cau­sés à la foi fussent répa­rés là où elle ne sau­rait subir de défaillance. Les Pontifes romains, selon que l’exi­geaient les condi­tions des temps et des choses, tan­tôt convo­quèrent des conciles œcu­mé­niques ou son­dèrent l’o­pi­nion de l’Église répan­due sur la terre, tan­tôt par des synodes par­ti­cu­liers, tan­tôt grâce à des moyens que leur four­nis­sait la Providence, ont défi­ni qu’on devait tenir ce qu’ils recon­nais­saient, avec l’aide de Dieu, comme conforme aux saintes Lettres et aux tra­di­tions apostoliques.

Car le Saint Esprit n’a pas été pro­mis aux suc­ces­seurs de Pierre pour qu’ils fassent connaître, sous sa révé­la­tion, une nou­velle doc­trine, mais pour qu’a­vec son assis­tance ils gardent sain­te­ment et exposent fidè­le­ment la révé­la­tion trans­mise par les Apôtres, c’est-​à-​dire le dépôt de la foi.

Leur doc­trine apos­to­lique a été reçue par tous les Pères véné­rés, révé­rée et sui­vie par les saints doc­teurs ortho­doxes. Ils savaient par­fai­te­ment que ce siège de Pierre demeu­rait pur de toute erreur, aux termes de la pro­messe divine de notre Seigneur et Sauveur au chef de ses dis­ciples : « J’ai prié pour toi, pour que ta foi ne défaille pas ; et quand tu seras reve­nu, affer­mis tes frères » [20].

Ce cha­risme de véri­té et de foi à jamais indé­fec­tible a été accor­dé par Dieu à Pierre et à ses suc­ces­seurs en cette chaire, afin qu’ils rem­plissent leur haute charge pour le salut de tous, afin que le trou­peau uni­ver­sel du Christ, écar­té des nour­ri­tures empoi­son­nées de l’er­reur, soit nour­ri de l’a­li­ment de la doc­trine céleste, afin que, toute occa­sion de schisme étant sup­pri­mée, l’Église soit conser­vée tout entière dans l’u­ni­té et qu’é­ta­blie sur son fon­de­ment elle tienne ferme contre les portes de l’enfer.

Mais comme en ce temps, qui exige au plus haut point l’ef­fi­ca­ci­té salu­taire de la charge apos­to­lique, il ne manque pas d’hommes qui en contestent l’au­to­ri­té, Nous avons jugé abso­lu­ment néces­saire d’af­fir­mer solen­nel­le­ment la pré­ro­ga­tive que le Fils unique de Dieu a dai­gné joindre à la fonc­tion pas­to­rale suprême.

C’est pour­quoi, nous atta­chant fidè­le­ment à la tra­di­tion reçue dès l’o­ri­gine de la foi chré­tienne, pour la gloire de Dieu notre Sauveur, pour l’exal­ta­tion de la reli­gion catho­lique et le salut des peuples chré­tiens, avec l’ap­pro­ba­tion du saint concile, nous ensei­gnons et défi­nis­sons comme un dogme révé­lé de Dieu :

Le Pontife romain, lors­qu’il parle ex cathe­dra, c’est-​à-​dire lorsque, rem­plis­sant sa charge de pas­teur et de doc­teur de tous les chré­tiens, il défi­nit, en ver­tu de sa suprême auto­ri­té apos­to­lique, qu’une doc­trine sur la foi ou les mœurs doit être tenue par toute l’Église, jouit, par l’as­sis­tance divine à lui pro­mise en la per­sonne de saint Pierre, de cette infailli­bi­li­té dont le divin Rédempteur a vou­lu que fût pour­vue son Église, lors­qu’elle défi­nit la doc­trine sur la foi et les mœurs. Par consé­quent, ces défi­ni­tions du Pontife romain sont irré­for­mables par elles-​mêmes et non en ver­tu du consen­te­ment de l’Église.

Si quel­qu’un, ce qu’à Dieu ne plaise, avait la pré­somp­tion de contre­dire notre défi­ni­tion, qu’il soit anathème.

Notes de bas de page
  1. 1 P 2, 26[]
  2. Jn 17, 20 sv.[]
  3. Jn 20, 21[]
  4. Mt 28, 20[]
  5. LÉON LE GRAND, Sermo 4, 2 : PL 54, 150 C.[]
  6. Jn 1,42[]
  7. Mt 16, 16 sv.[]
  8. Jn 21,15 sv.[]
  9. Concile d’Éphèse (IIIe œcu­mé­nique), 3e ses­sion (11 juillet 431), dis­cours du prêtre Philippe.[]
  10. LÉON LE GRAND, Sermo 4, 3 : PL 54, 164 B.[]
  11. IRÉNÉE DE LYON, Adversus hae­reses, l. 3, c. 3, 1 : PG 7, 849 A.[]
  12. AMBROISE DE MILAN, Epist. 11, c. 4 : PL 16, 946 A.[]
  13. Concile de Florence (XVIIe œcu­mé­nique), Bulle Lætentur Cœli d’Eugène IV, 6 juillet 1439, décret pour les Grecs.[]
  14. Ac 20, 28[]
  15. GRÉGOIRE LE GRAND, Epist. ad Eulogium Alexandrinum, l. 8, c. 30 : PL 77, 983 C.[]
  16. Mt 16, 18[]
  17. En fait, ce texte reprend, en l’a­bré­geant, la for­mule du pape Hormisdas (11 août 515), dont le IVe concile de Constantinople ne citait que la fin[]
  18. IIe concile de Lyon, (XIVe œcu­mé­nique), 4e ses­sion (6 juillet 1274), pro­fes­sion de foi de Michel Paléologue.[]
  19. Concile de Florence (XVIIe œcu­mé­nique), Bulle Laetentur Coeli d’Eugène IV, 6 juillet 1439, décret pour les Grecs.[]
  20. Lc 22, 32[]