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Le Liban se relèvera-t-il ?

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Alors que le Liban traverse une période tragique de son histoire, il est intéressant de mieux connaître les chrétiens maronites qui sont à l’origine de ce pays si étonnant du Moyen-Orient. Auront-ils une nouvelle fois le courage et les ressources spirituelles nécessaires pour faire face aux épreuves qui s’abattent sur leur chère patrie et demeurer fidèle à ce qui la fit ?

Saint Maron

Saint Maron a donné son nom à l’Église maronite, il est un anachorète ayant vécu au IVème siècle non loin de Cyr (70 km au nord-ouest d’Alep, en Syrie ), il y a fondé une école monastique prospère dont les disciples ont rayonné dans toute la région. Maron choisit de se retirer dans les montagnes du diocèse de Cyr pour habiter les ruines d’un ancien temple païen qu’il transforma en un lieu de prière chrétien, il est mort vers 410. On se disputa son corps mais vers 452 l’empereur Marcien le fit placer près d’Apamée dans un monastère construit tout exprès : le monastère de Saint-Maron, berceau de l’Église maronite.

L’Eglise maronite

Saint Maron n’a pas envisagé de son vivant à fonder une Église déterminée, toutefois l’esprit évangélique qu’il enseigna à ses disciples fut la base de l’Église maronite. Le monastère de Saint-Maron acquis une influence considérable (comptant 800 religieux au VIIème siècle) s’étendant aux autres couvents de la région ainsi qu’aux fidèles recourant à eux, le supérieur devint un chef spirituel et temporel. Lorsque survinrent les musulmans au VIIème siècle, le siège patriarcal d’Antioche dont dépendaient les moines se trouva vacant durant presque 150 ans, d’abord par impossibilité au patriarche de résider (titulaire in partibus) puis tout simplement faute de titulaire de 702à 742, laissant livrées à elle-même la Phénicie – le Liban actuel -, la Syrie et la Palestine. Alors, coupé de tout, le monastère du devant la grave nécessité se déclarer en toute légitimité indépendant et former une Église patriarcale autonome dont le premier patriarche fut saint Jean-Maron.

Cette Église fut, devant le fait accompli, reconnue par Rome et l’on donna dès 685 le titre de patriarche d’Antioche à son chef. Constamment rattachée au Siège Apostolique, l’Église maronite ne cessa de subir des persécutions violentes de la part des musulmans et des hérétiques, à tel point que les maronites durent abandonner les plaines fertiles de la Syrie pour se rendre au Liban où ils se fondirent avec le peuple local. Cette émigration massive eu lieu au Xème siècle, après la destruction du monastère de Saint-Maron, par elle le Liban et l’Église maronite vont se trouver profondément liés. Les moines établis au Mont-Liban vont conserver leur influence, la communauté maronite étant centrée sur leur vie monastique, ce qui lui donne un caractère original.

Le maronitisme

Le maronitisme est un courant philosophique et théologique mais aussi national. Il prit naissance avec la querelle christologique chalcédonienne en vue de défendre la vérité doctrinale contre les monophysites, hérétiques qui niaient la nature humaine du Christ.

Un mouvement philosophique et théologique

En effet, 40 ans après la mort de saint Maron (vers 410), le concile de Chalcédoine se réuni (451) pour condamner la doctrine monophysite soutenue par Eutychès. Théodoret, évêque de Cyr, fut le défenseur acharné en Syrie de la doctrine catholique définie et approuvée par Rome à Chalcédoine : il y a deux natures distinctes dans le Christ mais subsistant en une seule personne. L’Église d’Antioche fut déchirée par les querelles et deux clans se formèrent. Les moines de Saint-Maron soutinrent farouchement Théodoret dans cette lutte dont il était le champion avec le pape saint Léon le Grand, cela malgré le déchaînement des persécutions contre eux (lors d’un massacre 350 d’entre eux furent tués). Si Théodoret, par sa science et ses directives, aida les maronites à persévérer dans l’orthodoxie, l’empereur Marcien aussi les soutint en leur faisant construire en 452 dans la région d’Apamée le grand monastère de Saint-Maron déjà évoqué. Cette ténacité des maronites dans la défense acharnée de la doctrine de l’Église universelle ne se démentira pas du Vème siècle jusqu’à nos jours, faisant ainsi preuve du seul universalisme qui vaille : le catholicisme. Si au XVIIIème siècle on essaya de remettre en doute historiquement la continuité de l’orthodoxie des maronites, ce débat est aujourd’hui largement tranché et l’on sait qu’il n’y eu pas de rupture.

Un courant national

La juridiction du supérieur du monastère de Saint-Maron fut transférée au patriarche maronite au VIIIème siècle, elle s’étendait non seulement sur tous les couvents se réclamant de Saint-Maron mais aussi sur toutes les populations de la région. C’est ainsi que se forma une Église-nation garante de la survie des maronites. La montagne libanaise fut le site géographique par excellence de cette Église dont le patriarche était à la fois chef civil et religieux,de cette forteresse inexpugnable ni les byzantins, ni les arabes, ni les turcs ne purent leur arracher leur identité, ils seront forcés de les reconnaître comme une nation. Les rois de France saint Louis en 1250 et Louis XIV en 1649 garantiront leur autonomie en mettant spécialement sous leur protection « la nation maronite ».

La liturgie maronite

Le siège d’Antioche dont dépendaient les moines de saint Maron avait sa liturgie propre, la liturgie syro-antiochienne, dont la langue était le syriaque (appelé aussi araméen), langue que les maronites  conserveront. Le syriaque était la langue parlée par le Christ lui-même et les paroles de la consécration que prononce le prêtre maronite dans la messe sont presque les mêmes que celle qu’a prononcé Notre Seigneur à la Cène, la veille de sa Passion. Désormais le syriaque n’est parlé couramment que dans de rares régions du fait de son remplacement par l’arabe depuis le moyen-âge (déclaré langue officielle du pays lors de l’indépendance en 1943). La liturgie maronite garde quand à elle le syriaque comme langue liturgique mais un bon nombre de textes sont dits en arabe. Nous pouvons également remarquer une certaine latinisation quand à l’ordonnancement du rituel et de la messe, celle-ci est survenue au XVIème siècle dans le but de manifester l’attachement indéfectible des maronites au Siège suprême de Rome. De ce fait, la liturgie maronite est la liturgie orientale de loin la plus proche de celle des latins. Notons aussi que cette liturgie est d’abord celle des moines maronites, elle est la base et l’inspiration de l’Église maronite qui est une sorte de grande communauté monastique, c’est pourquoi il incombe tout particulièrement aux monastères de la sauvegarder et de la transmettre sans altération.

Les chrétiens au Liban

Le Liban actuel est un petit pays du Moyen-Orient d’environ 10 400 km carré (¼ de la Suisse), 3 millions d’habitants (dont 43% de chrétiens), surtout montagneux, avec pour capitale Beyrouth. C’est un pays traditionnellement hospitalier et ouvert ( terre des antiques marchands phéniciens ), d’une beauté naturelle extraordinaire qui lui vaut d’être cité plus de 70 fois dans la Bible et que le Christ lui-même a foulé en se rendant à Tyr et à Sidon. La dévotion à la Sainte Vierge y est très forte, comme en témoigne le célèbre sanctuaire national de Notre-Dame du Liban.

Les apôtres et les disciples allant de Jérusalem à Antioche de Syrie durent prendre l’unique route passant par le littoral libanais, les libanais furent donc dans les premiers à recevoir l’Évangile. En effet, saint Pierre et saint Paul traversèrent la Phénicie de nombreuses fois nous disent les Actes des Apôtres. Les fouilles archéologiques corroborent l’affirmation d’un christianisme fleurissant dès le Ier siècle et s’organisant à partir des IIème et IIIème siècles. Ce christianisme resta cependant sur le littoral et il fut rattaché au siège d’Antioche. Quand à la montagne libanaise, moins peuplée et plus farouche, elle resta païenne jusqu’à l’arrivée des maronites (du VIIème au Xème siècle, fuite de la persécution islamique) qui achevèrent de convertir les habitants et détruisirent les temples païens. Nous disons « achevèrent » car les moines maronites, à l’esprit missionnaire marqué, y exerçaient déjà un apostolat depuis le Vème siècle (Abraham de Cyr, Simon, etc). Une fois installés sur les cimes, les maronites s’étendirent dans les villes du littoral. Ce n’est qu’au Xème siècle que le patriarcat maronite lui-même quitta la Syrie pour s’installer avec ses fidèles dans la montagne du Liban.

Le patriarcat maronite

L’Église de Jérusalem perdit la prééminence des patriarcats d’Orient en 70 avec la destruction de la ville, le nouvel ordre fut plus tard celui-ci : Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem. Au Vème siècle le patriarcat d’Antioche comprenait 15 diocèses mais celui-ci devint – comme on l’a vu – vacant au VIIème siècle du fait de l’invasion musulmane et son titre fut donné au patriarche maronite en 685. Comme cette Église d’Antioche a été fondée par saint Pierre lui-même avant de se rendre à Rome pour y fixer définitivement son siège, le patriarche maronite ajoute habituellement à son prénom celui de « Pierre ». Le pallium lui est concédé par le Pape après on élection par le collège des évêques maronites.

Suite au transfert du titre patriarcal, une scission s’opéra entre les fidèles du patriarcat d’Antioche, certains choisirent de dépendre du Basileus (l’empereur byzantin), ce sont les melkites, du syriaque mélech qui signifie « roi ». Ils abandonnèrent progressivement la liturgie syro-antiochienne pour finalement adopter la liturgie byzantine du siège de Constantinople. Les melkites – ou gréco-byzantins – habitaient surtout le littoral libanais  tandis que les maronites – ou syro-antiochiens – vivaient en majorité dans la montagne libanaise. Le patriarche maronite fut le chef direct de tous les évêques maronites, ils lui étaient soumis comme des évêques auxiliaires, sans diocèses propres, cela jusqu’au synode du Mont-Liban en 1736 où l’on donna l’autonomie (juridiction totale) aux évêques résidentiels et où l’on fixa clairement les limites des diocèses, toutefois cette décision ne fut pleinement appliquée qu’en 1819. Après cette réforme, le patriarche, tout en gouvernant un diocèse déterminé, est resté le chef de l’Eglise maronite car l’indépendance des évêques ne s’entendait qu’à l’intérieur de leurs diocèses, il continue d’exercer son rôle fédérateur en choisissant et en nommant les évêques (actuellement 14 évêchés à pourvoir en cas de vacance). Jusqu’à ce jour, en 2016, l’Église maronite a compté 77 patriarches, le siège patriarcal fut transféré du couvent Saint-Maroun au Liban en 938 mais il est aujourd’hui à Bkerké d’où le patriarche uni 2 400 000 fidèles (dont 675 000 en diaspora).

Petite Histoire

Les maronites et les communautés schismatiques

En 1054, lors du grand schisme d’Orient, l’Église maronite s’est trouvée la seule communauté orientale non schismatique et si les maronites durent quelquefois s’allier aux byzantins contre les musulmans, ce ne fut jamais au détriment de leur foi ni de leur liberté mais au contraire, ils contribuèrent durant le XVIIIème siècle au retour des arméniens, des melkites et des syriens à l’Église catholique, unique arche du salut. En voici pour preuve la lettre du Cardinal Préfet de la Propagande à Rome au patriarche maronite Jean Hage en 1895 où il dit ceci :

« La noble Église maronite, par son union sincère et perpétuelle au siège infaillible de saint Pierre, a défendu et sauvegardé en Orient, à toutes les époques, la sainte foi catholique. Bien plus, au siècle dernier, elle travailla à la conversion des autres communautés orientales séparées ».

Les maronites et le Saint-Siège

L’attachement des maronites à Rome a été profondément ancré dans leur esprit dès l’origine du maronitisme. En 517 les moines de Saint-Maron envoient une supplique au pape Hormisdas, le renseignant sur les persécutions dont les accablent les monophysites. Le pape leur répondit en 518 pour les encourager à persévérer en dépit des souffrances dans la défense de la vérité doctrinale. Avec l’arrivée de l’islam les relations avec Rome furent totalement coupées, les Croisades permirent une brève ouverture mais il faudra attendre le XVème siècle pour qu’elles reprennent de manière régulière grâce aux missionnaires franciscains. Lorsqu’en 1535, François Ier, roi de France, signa avec le sultan ottoman Soliman les « Capitulations », les missionnaires latins purent alors se rendre en Orient en toute tranquillité, étant mis à part bien sûr les pirates maures de Méditerranée… En effet, depuis lors la France exerça un protectorat sur les chrétiens du levant et Rome en profita pour envoyer des missions pontificales auprès des maronites.

L’invasion arabe

L’invasion arabe eu lieu au VIIème siècle (prise de Damas en 634), à cette époque les chrétiens du Moyen-Orient étaient las du gouvernement byzantin en raison de ses manières d’agir et de les gouverner. De plus cette région se trouvait affectée par les hérésies et les dissensions intérieures. Ces deux facteurs facilitèrent cette invasion arabe et par là, la pénétration de l’islam, cependant les îlots de résistance furent nombreux. Parmi ceux-ci se trouvaient les maronites retranchés dans la montagne libanaise ; une partie notable des maradates se fusionna à eux, il s’agit d’un peuple originaire de Perse fuyant la Syrie pour ne pas succomber à l’arabisation et à l’islamisation.

Le moqaddem – chef militaire – maronite Semaan tiendra en échec durant toute sa vie les musulmans, remportant sur eux de nombreuses batailles (Antélias, Nahr-el-Kalb, etc). Devant cette résistance acharnée, les califes omeyades firent implanter autour de la montagne des tribus islamiques d’Iraq et de Perse (Iran actuel), espérant que ces colonies étoufferaient les maronites et préviendraient par une zone tampon leurs dangereuses incursions. Ce fut peine perdue. Les maronites-maradates eurent à subir  après quelques années la trahison de l’empereur byzantin Justinien II Rhinotmète qui signa un traité de paix avec le calife. Par réaction contre ce lâche abandon, ceux-ci multiplièrent leurs assauts à tel point que le calife ben Merwan dut en 685, pour y mettre fin, s’engager à leur payer chaque année une forte somme d’argent et à les traiter selon le droit commun (pas de dimmitude donc), tels des citoyens à part entière. Forcés d’habiter la montagne protectrice, les maronites rendirent fertile cette zone, assainissant les pentes, irriguant les terres, élevant des terrasses ; les vignobles et les arbres fruitiers donnent encore aujourd’hui au paysage un aspect de jardins suspendus. Leur forteresse naturelle montagneuse permit aux maronites de renforcer leur organisation militaire (30 000 combattants) et de maintenir une autonomie relative basée sur le système féodal, les grands propriétaires furent amenés à prendre le caractère de chefs qui combattaient à la tête de leurs paysans devenus leurs soldats : l’aristocratie terrienne se mua en aristocratie militaire.

Cette situation dura, malgré quelques reprises des combats, jusqu’à l’arrivée des Croisés au levant à la fin du XIème siècle. Après le départ des Croisés en 1291, commença la dynastie des Mamelouks (1292-1516) tout lien avec l’Europe fut interdit aux maronites de peur que les Croisés ne reviennent, les ports et les forteresses du littoral furent détruits. Au XIVème siècle quelques milliers de combattants maronites exécutaient encore des attaques avec les Francs de Guy de Lusignan à partir de Chypre. De plus, l’investiture du patriarche se trouva en théorie soumise à l’accord – le firman – des califes, chose à laquelle aucun patriarche maronite ne s’est plié malgré les menaces, incitations et séductions, hormis un seul d’entre eux, Helias Hoyek, durant la première guerre mondiale (1914-1918), qui le sollicita auprès de l’empire ottoman afin d’épargner à son peuple l’extermination que subissaient déjà les arméniens. Mais jusqu’à cette date, les patriarches maronites se contentaient de demander le pallium au Souverain Pontife tant ils étaient soucieux de maintenir les droits de l’Église et leur indépendance vis-à-vis de l’islam. L’empire mamelouk était divisé en six petits royaumes gouvernés chacun par un vice-roi – le naïb – qui représentait le calife, il était muni d’un pouvoir de gouverner dans le cadre d’une autonomie intérieure, le Liban fut un de ces royaumes. Grâce à cette décentralisation les maronites surent maintenir une certaine indépendance dans l’administration de leurs affaires internes. Tout en relevant du vice-roi de Tripoli, le patriarche était le chef suprême des maronites et il nommait les chefs locaux (appelés moqaddem). La soumission imposée au régime des mamelouks était tempérée du fait que ceux-ci étaient recrutés à l’origine parmi les esclaves blancs qui servaient de garde personnelle au calife (slaves, grecs, anatoliens, etc), on trouvait chez eux moins de rudesse et de fanatisme qu’auprès des musulmans de sang arabe. Ces mamelouks étant sunnites, ils chassèrent par les armes les chiites de leur empire et confinèrent les druzes (secte islamo-platonicienne présente au Liban) dans des zones déterminées, cela permis aux maronites de déborder bien au-delà du périmètre montagneux ; c’est ainsi que sans s’en rendre compte, les mamelouks leur ouvrirent la porte pour dominer le pays.

Les moqaddimin (chefs) maronites

Le terme de moqaddem signifie en arabe « préposé », les moqaddimin (pluriel) sont des chefs maronites (caïds civils et militaires, notables) préposés depuis le VIIème siècle aux affaires civiles, en vertu du gouvernement autonome octroyé à l’Église maronite sous les divers régimes islamiques successifs. Pour les services considérables qu’il rendaient à leur nation par leur bravoure et leur dévouement, le patriarche n’hésitait pas, en plus de leur titre séculier, à leur conférer la dignité du sous-diaconat – ordre mineur chez les maronites – afin qu’ils aient préséance sur les laïcs lors des cérémonies liturgiques. Cette charge devint héréditaire, leur nombre s’éleva à 30, formant une puissante armée capable d’assurer calme et sécurité. Le patriarche veillait à ce qu’ils gouvernent avec équité et justice, il pouvait si nécessaire les destituer. Le seul trouble majeur eu lieu vers 1488 quand le moqaddem de Bécharré soutint les jacobites, il fut vaincu par le patriarche et son peuple.

Les maronites et les Croisés (1098-1291)

En 1009, le calife Hakim brûle le Saint-Sépulcre, déjà plusieurs fois restauré, des milliers d’églises sont détruites, les Lieux Saints sont profanés, les chrétiens en Orient sont passés sous la barre du tiers de la population (apostasies depuis le VIIème siècle avec la pression islamique), ils sont toujours plus persécutés et soumis aux vexations, les pèlerinages sont rendus périlleux voire impossibles. Pour remédier à cette occupation de la Terre Sainte, les chrétiens d’Europe constituent les expéditions militaires appelées Croisades ; papes, princes et évêques exhortent à y prendre part, tel le pape français Urbain II en 1095. Il y eut 8 expéditions successives de 1095 à 1291, étendues sur 196 ans.

Aux Omeyades (611-750) succèdent les Abassides (750-1258) qui transférèrent la capitale du califat de Damas à Bagdad, beaucoup plus à l’est. Le passage de cette capitale de la Syrie à l’Iraq eu pour conséquence l’éloignement du calife des provinces du Levant (Syrie, Liban, Palestine), d’où l’anarchie guerrière qui s’y installa. Face à ces luttes continuelles, les maronites durent renforcer leur armée et se souder autour de leur patriarche afin de maintenir leur autonomie relative. L’arrivée des Croisés au Liban en 1099 fut une joie immense et un grand soulagement pour les maronites encerclés de toutes parts par le monde islamique. Ils les accueillirent comme des libérateurs et descendirent de leurs montagnes. Les Croisés eux-même furent heureux et agréablement surpris de trouver l’aide de guides et de guerriers expérimentés au combat, connaissant parfaitement le pays, ils étaient étonnés de trouver une communauté orientale n’ayant pas sombré dans le grand schisme survenu 40 ans plus tôt (1054), cela explique la cordialité décrite dans les chroniques qui régnait entre Croisés et maronites. Si les maronites indiquèrent aux Croisés le chemin le plus sûr pour arriver sans encombre à Jérusalem, les Croisés ouvrirent quand à eux aux maronites le chemin de Rome. Les papes, informés du soutien que ce peuple offrait aux Croisés, leur envoyèrent des légats, ils leurs prodiguèrent des éloges destinés à soutenir leur foi et leur courage et le patriarche fut convoqué au IVème concile du Latran (1215) par Innocent III.

Malheureusement, loin de chez eux, désunis entre eux, moins soutenus par l’Europe, les Croisés n’arrivèrent plus à faire face à leurs ennemis, Jérusalem fut perdue dès 1187, la 8ème Croisade – celle de saint Louis – fut un échec, et enfin la dernière place forte de Saint-Jean d’Acre tomba en 1291 : la page était tournée. Les maronites payèrent cher les conséquences de cette défaite de leurs alliés Croisés, groupés autour de leur patriarche ils résistèrent seuls à Hadeth jusqu’à ce qu’il furent contraints de capituler et de subir à nouveau les persécutions. La perte des seigneuries latines et la capture du patriarche poussa de nombreux maronites à rejoindre à Chypre, terre franque, où Guy de Lusignan les accueillit.

Les maronites sous les Ottomans (1516-1918)

Les maronites regagnèrent – comme nous l’avons vu précédemment – leurs montagnes sous la dynastie des Mamelouks. Les mamelouks, après une période isolationniste, durent en raison des nécessités du commerce s’ouvrir à l’Europe, les intérêts matériels et économiques leur firent ouvrir des concessions extra-territoriales pour les chrétiens européens, on y établit des consuls. Le règne des mamelouks, tissé d’intrigues  et de querelles, prit fin en 1516 lorsque le sultan ottoman Sélim Ier les écrasa à la bataille de Marj Dabid (Turquie actuelle). Celui-ci s’empara de tout le sultanat mamelouk et le pouvoir fut transporté d’Égypte à Constantinople, prise par les ottomans (dynastie d’Othman) en 1453 sur les byzantins décadents. Les maronites profitèrent de la transition pour se débarrasser de la contraignante tutelle mamelouk et accroître leur autonomie intérieure, Sélim Ier chercha leur appui et leur fit des concessions bienveillantes. Ils continuaient d’être gouvernés directement par les moqaddimin qui levaient eux-mêmes l’impôt, devant rendre compte de leur gestion à l’émir du Liban (gouverneur). Les diverses dynasties d’émirs libanais (Fakhreddine, Madn, Chehab, etc) s’appuyèrent souvent dans leur politique d’émancipation de la domination turque sur les maronites car ce peuple avait le soutien du Saint-Siège et de la France, ce qui pesait fort avantageusement en terme d’alliances diplomatiques. Sous le règne des ottomans, les patriarches maronites firent (XVIIème siècle) remplacer le calendrier julien par le calendrier grégorien, essuyant l’ire et la jalousie des dimmis schismatiques qui complotèrent contre eux auprès des autorités islamiques.

Ne croyons pas toutefois que la période turque fut calme pour les maronites, bien au contraire les courtes périodes de paix permettaient de reprendre haleine entre les phases violentes de persécutions. Les maronites n’ont jamais autant souffert que sous l’empire ottoman mais leur ténacité leur permit de se maintenir fermes dans la foi ; un tel exemple de courage porta de nombreux musulmans druzes, sunnites et chiites à se convertir et de cette façon à s’engager dans la nation maronite, on trouve parmi eux des émirs (Chébistes, Abillama, etc) et des notables (Harfouche, etc). Complots et vexations visaient à mettre un terme aux privilèges dont jouissaient les maronites pour ensuite les réduire à la dimmitude des autres communautés chrétiennes qui consiste en une tolérance coercitive envers les non-musulmans vivant en terre d’islam. Les turcs essayèrent notamment d’astreindre au firman (libelle d’investiture du sultan) le patriarche maronite, firman auquel tout prélat de haut rang était soumis dan l’empire, sauf lui. Les maronites ne cédèrent pas, ils réussirent même à maintenir le privilège multiséculaire de leurs tribunaux propres en vertu duquel ils réglaient eux-mêmes les litiges relatifs au droit particulier, au mariage et à la famille. Les patriarches et les évêques étaient seuls habilités à connaître ces causes, le patriarche pouvait excommunier ou décréter l’emprisonnement.

En 1860, l’empire ottoman, en accord avec l’Angleterre jalouse de l’influence française, décide de réduire le Liban chrétien. On divisa le pays en deux districts (caimacamiat), l’un maronite au nord et l’un druze au sud mais la manœuvre était perverse car il y avait beaucoup de maronites au sud et ceux-ci n’étant plus protégés par les leurs furent violemment persécutés par les musulmans druzes. Ce morcellement avait pour objectif de diviser administrativement les chrétiens alors majoritaires dans le pays pour les éliminer ensuite dans une guerre civile. Fort heureusement, alors que les massacres avaient déjà fait 22 000 morts chrétiens en deux mois, Napoléon III décida l’envoi d’un corps expéditionnaire français qui y mit fin. Les puissances européennes obligèrent les ottomans à reconnaître un gouvernorat du Mont-Liban autonome administrativement quoique relevant toujours de l’empire turc. Ce gouvernorat, appelé moutassarifiat (1861-1914), était amputé de la moitié du Liban mais il réussit à assurer la concorde sociale et dura jusqu’à la première guerre mondiale.

En 1914, l’empire ottoman entre en guerre aux côtés de l’Allemagne et en profite pour abolir au Liban le régime du motassarifiat, à la place fut imposé un régime militaire dirigé par le tyran Jamal Pacha. Le Liban fut isolé, car on savait que les maronites étaient les alliés traditionnels de la France, il fut ravagé par les persécutions (déportations, exécutions), les famines et le typhus. En 1918, avec la défaite de l’Allemagne, la guerre fut terminée et l’empire ottoman prit fin. Le patriarche Elias Hoyek (1843-1931), soucieux de l’avenir de sa nation, alla à Rome prendre conseil auprès du pape Benoît XV. Le 1er septembre 1920, grâce à ses efforts diplomatiques entrepris à Paris auprès de la « Conférence de la Paix », le Grand Liban est déclaré indépendant. Le 22 novembre 1943, le Liban devient totalement indépendant avec la fin du mandat français au Levant.

La récente guerre civile libanaise (1974-1991), très complexe, se trouve cependant en continuité avec l’Histoire du pays, il s’agit d’un sujet très vaste. Mentionnons simplement que la Constitution libanaise stipule toujours aujourd’hui que le président de la République doit être un maronite, le 1er ministre, un sunnite, et le président de l’assemblée, un chiite. Il y a actuellement au Liban 43% de chrétiens et 57% de musulmans, en 1932 le rapport était de 51% contre 49% …

Sources :

  • Histoire de l’Eglise maronite, en 3 tomes, par Mgr Pierre Dib (évêque maronite du Caire),1962
  • Précis d’Histoire de l’Eglise maronite, RP Joseph Mahfouz olm (Ordre libanais maronite), 1985
  • Les maronites, Histoire et constantes, Antoine Koury Harb
  • Maronites en Europe, collectif Lo Thedal
  • Dictionnaire de théologie catholique, tome 10, article « Eglise maronite »
  • Dictionnaire de l’Orient chrétien, éd. Brépols

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