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La polémique autour de La Passion

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Daniel HAMICHE écrit à « La Croix »

Voici la télécopie que je viens d’adresser à « La Croix » (Seigneur ! qu’elle est lourde à supporter…). A toutes fins utiles, voici leur n° de télécopie :

01 44 35 60 01

Monsieur Michel Kubler
La Croix
3, rue Bayard
75393 Paris Cedex 08

Paris, le 21 février 2004

Monsieur,

Le psittacisme des médias français sur La Passion du Christ de Mel Gibson serait, pour un habitant de Sirius, un réjouissant sujet d’étude. Pour moi, il m’effraie.
Depuis une huitaine de jours, après que Le Monde ait donné le « la » (et l’ait même « bissé » – 11 février, 15/16 février – pour les sourds d’oreille ou les étourdis), l’orchestre médiatique – à de rares exceptions près – donne de tous ses instruments, gros ou petits, sans que l’ouïe la mieux exercée ne parvienne à distinguer la moindre fausse note.
Une si parfaite harmonie me trouble. Et elle devrait vous troubler. Ce que je lis sous votre plume (18 février) ne m’en fournit pas la démonstration.
Comme tous vos confrères qui ont cru devoir opiner sur La Passion du Christ, j’observe que vous n’avez pas vu le film. Ce qui, assurément, vous autorise à en parler. À vous lire, et à lire vos confrères, je comprends que vous n’avez qu’une idée très superficielle du « dossier » de cette « affaire » pourtant riche de dizaines de milliers de « pièces ». Vous n’avez, pas davantage qu’eux, songé qu’il existait plusieurs centaines de personnes, des plus estimables, qui, ayant vu le film à différentes étapes de son montage final, en ont donné d’élogieux commentaires. Mais à quoi bon, en effet, encombrer le tribunal de volumineux dossiers, ou citer des témoins à la barre quand le jugement de condamnation est déjà porté. C’est là une manière de rendre la justice que je pourrais, sans excès, qualifier d’expéditive, quand bien même elle s’autoriserait d’un fameux précédent qui s’est déroulé voici quelque deux mille ans.
Certes, vous représentez « qu’il faut se garder à tout prix de juger l’ouvre elle-même avant de l’avoir vue ». Mais ce « prix » ne doit pas être très élevé puisque, quelques lignes plus haut vous exprimez votre certitude que le film est « provocateur [.] avant même sa sortie, par la violence des partis pris cinématographiques et, surtout, idéologiques assumés par le réalisateur ». Vous n’avez rien vu du film, mais vous savez que c’est une provocation. Et une provocation de la pire espèce puisque ce film soutiendrait que la « faute » de la mort du Christ serait celle « du peuple juif, désigné (selon ce qu’en ont perçu des responsables de l’épiscopat américain) en tant que tel comme responsable de sa mort ». Vous ne le mesurez sans doute pas, mais votre parenthèse est insultante pour l’épiscopat américain et gravement attentatoire à son honneur. La Conférence des évêques catholiques des États-Unis n’a fait aucun commentaire sur le film et, avec une sagesse qui n’est pas la vôtre, attend de voir La Passion du Christ pour, éventuellement, le faire. Mais, par contre, des évêques américains de premier plan (je songe notamment au cardinal George ou à l’archevêque Chaput), qui ont vu le film, ont fait litière de la scandaleuse insinuation que vous reprenez à votre compte, manquant ainsi, tout à la fois, de prudence, de charité et de la plus élémentaire équité.
Je crois, Monsieur, en la Sainte Trinité, mais, à force de lire des sottises d’aussi méchante venue que les vôtres, je vais finir par croire à ce Jupiter qui « rend fou ceux qu’ils veut perdre ».
Je vous laisse juge, Monsieur, de l’usage que vous estimerez convenable de faire de mes remarques, et je vous prie de croire à l’assurance de mes sentiments toujours très attentifs.

Daniel Hamiche, président.

Daniel HAMICHE écrit à « Paris Match »

M. Alain Genestar
Directeur général de la rédaction Paris Match
151, rue Anatole France
92598 Levallois Perret Cedex

Paris, le 19 février 2004

Monsieur le Directeur,

votre éditorial, paru dans le n° 2857 de Paris Match (19-25 février 2004) me suggère quelques réflexions dont je vous saurais gré de prendre connaissance.
Le titre de votre article est remarquable : « Qui a tué le Christ ?. Nous ». C’est ce que Mel Gibson, le réalisateur du film La Passion du Christ, n’a cessé de dire et de redire depuis le mois de janvier 2003, dès son entretien, en duplex, avec Bill O’Reilly, sur Fox New Television (14 janvier 2003), jusqu’au tout dernier, en direct, avec Diane Sawyer, sur ABC, ce lundi 16 février (un record d’audience pour cette chaîne, soit dit en passant.).
La chose commençant à être connue, je ne crois pas trahir un grand secret en vous confiant que, dans ce film scénarisé, réalisé et financé par Mel Gibson, la main qui tient le clou dont on va transfixer celle du Christ sur le patibulum de la croix, est la sienne. Cette apparition cameo, comme disent les Américains, me semble suffisamment explicite de l’intention réelle (et non supposée.) de Mel Gibson.
La suite de votre éditorial n’est, malheureusement, pas à la hauteur des promesses de votre titre. Pardonnez-moi ma franchise.
1°) À la question « Qui a tué Jésus ? », vous écrivez : « Hollywood apporte sa réponse ». Je ne comprends pas. « Hollywood » n’a aucune part dans ce film. Vous savez bien qu’aucun des « grands studios » n’a financé la production du film ou participé à sa distribution. Pour être plus précis : l’artiste qui a fait gagner au moins 2,2 milliards de dollars à l’industrie cinématographique américaine (« Hollywood », si vous préférez.) n’a, en aucune manière reçu d’elle, en amont ou en aval, un seul centime. Dès lors, la « réponse » que vous attribuez à « Hollywood » ne me semble pas pertinente.
2°) « La vérité est sacrée pour l’historien » écrivez-vous. « Elle ne l’est pas pour l’artiste. Mel Gibson n’est pas un historien ». Sans doute la Vérité (avec une capitale de majesté.) devrait être « sacrée » pour l’historien. Mais je vous trouve quelque peu iréniste, et je vous serais infiniment reconnaissant de me préciser les noms de ces historiens pour lesquels la « vérité est sacrée ». Je crains quelque hésitation de votre part. Tous les historiens – jusqu’aux meilleurs d’entre eux – m’apparaissent, contrairement à votre postulat, sacrifier, peu ou prou, à l’idéologie. J’ai passé l’âge où l’on croit qu’il y a une « science historique », mais je continue à apprécier les travaux des historiens qui n’ont pas la prétention de dire que « la vérité est sacrée », mais qui, plutôt, tâtonne, avec plus ou moins de succès, à s’en approcher. Je persiste à croire, mais c’est là une opinion toute personnelle, que Fra Angelico, Grünewald ou Rouault sont plus près de la vérité du « mystère » du Christ que Renan et ses nombreux épigones. Il est vrai que les premiers ne sont que des « artistes » et que les derniers sont qualifiés, dans nos encyclopédies « d’historiens ». Mais, au demeurant, vous avez bien raison, Mel Gibson n’est pas un « historien » (il ne l’a jamais prétendu), mais un « artiste » (qui pourrait le contester ?). Toutefois, en accordant un primat aux « historiens » sur les « artistes » en matière d’expression de la vérité, j’ai le sentiment que vous vous trompez.
3°) Malgré toutes vos prudences rhétoriques (« Je n’ai pas vu le film », « Attendons de voir le film avant de formuler un avis »), votre « religion » me semble faite, puisque à la question « Qui a tué le Christ ? », la réponse, selon vous, « serait » : Gibson ! Vous admettrez que votre « conditionnel » n’est que de style puisque, quelques lignes plus bas vous imputez à Mel Gibson (dont vous n’avez pas vu le film.) de « montrer du doigt les coupables », autrement dit les Juifs !
Prudences de plume (qui ne trompent personne), mais imprudence de jugement et imputation cauteleuse. D’autant moins admissibles que des centaines de personnes qui ont vu un prémontage du film (catholiques, protestants, juifs, agnostiques.) ont un jugement diamétralement opposé au vôtre. Vous ne me laissez guère le choix de tenir compte des leurs et de négliger le vôtre.
Je vous laisse, Monsieur le Directeur, le soin de juger de l’usage que vos lecteurs pourraient faire de mes quelques remarques qui vous sont d’abord destinées, m’étant chers votre propre Salut et, accessoirement, la recherche commune de la vérité.
Veuillez croire, Monsieur le Directeur, à l’expression de mes meilleurs sentiments.

Daniel Hamiche, président

Association « Pro Passio »
22, rue Didot
75014 Paris

http://www.propassio.com

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