logos-lpl-separator-blc

La vraie laïcité, base de la chrétienté ?

Partager sur print
Partager sur email
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur whatsapp

La juridiction de l’Eglise

5. Dans la dépendance de ces enseignements du Magistère, tous les théologiens admettent que l’Église possède de droit divin un pouvoir de juridiction propre et véritable et que celui-ci porte sur les matières spirituelles, c’est-à-dire ordonnées comme à leur fin prochaine au bien commun de l’ordre surnaturel). Tous les théologiens admettent aussi que sur les matières temporelles, c’est-à-dire ordonnées comme à leur fin prochaine au bien commun de l’ordre naturel, l’Église ne possède aucune juridic- tion et qu’en ce domaine elle peut tout au plus conseiller, mais non prescrire. La question se pose au sujet des matières temporelles envisagées non plus en tant que telles, mais en tant qu’elles entrent en connexion moralement nécessaire avec le bien spirituel dont l’Église a la charge. Elles ne cessent pas d’être pour autant des matières temporelles ; doit-on admettre que l’Église exerce sur elles une véritable juridiction en raison de ce lien ? La tradition théologique 13 la plus authentique répond que oui.

6. Le point essentiel qui doit commander toute l’intelligence de cette question est que l’Église a juridiction sur les États dans la mesure précise où elle est la seule à avoir reçu de Dieu la charge du bien commun de l’ordre surna- turel, en vue duquel le bien commun naturel se trouve de fait engagé. Et cela signifie deux choses très importantes. Premièrement, l’Église a en tant que telle juridiction sur les États, c’est-à-dire en raison ce qu’elle est essentiellement, dans sa nature intime d’unique société d’ordre surnaturel, chargée de faire appliquer le droit divin positif, c’est-à-dire la loi surnaturelle révélée par Dieu, en plus de la loi naturelle. Deuxièmement, le motif profond pour lequel l’Église a en tant que telle juridiction sur les États est le motif d’une cause finale : l’Église a juridiction sur les États parce qu’elle est la seule société qui possède tous les moyens nécessaires et suffisants pour faire parvenir les individus et les sociétés à la fin véritablement ultime, qui est une fin d’ordre surnaturel. Bref, la juridiction de l’Église sur les États n’est que la suite logique de la royauté sociale du Christ.

Abbé Jean-Michel Gleize

Suite : Depuis Vatican II

La vraie laïcité, base de la chrétienté ? (1) – Ce qu’est la chrétienté
La vraie laïcité, base de la chrétienté ? (3) – Depuis Vatican II
La vraie laïcité, base de la chrétienté ? (4) – L’explication de Benoît XVI
La vraie laïcité, base de la chrétienté ? (5) – Un pèlerinage de « saine laïcité »

13. CHARLES JOURNET, La Juridiction de l’Église sur la cité, ch. VI, p. 145-171.

Source : Courrier de Rome n°622