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La vraie laïcité, base de la chrétienté ?

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Depuis Vatican II

1) L’Etat autonome

7. Tout autre est le discours tenu par les membres de la hiérarchie ecclésiastique, depuis le concile Vatican II. Ce concile enseigne en effet ce qu’il appelle « l’autonomie » des États à l’égard de l’Église. L’explication s’en trouve au numéro 36 (§ 1-2-3) de la constitution pastorale Gaudium et spes. Partant du fait qu’un grand nombre de nos contemporains semblent redouter un lien étroit entre l’activité concrète et la religion, y voyant un danger pour l’autonomie des hommes, des sociétés et des sciences (§ 1), le concile entend dissiper cette inquiétude en proposant une distinction, au niveau même de la notion d’autonomie (§ 2-3). Premièrement, si, par autonomie des réalités terrestres, on veut dire que les choses créées et les sociétés elles-mêmes ont leurs lois et leurs valeurs propres, que l’homme doit peu à peu apprendre à connaître, à utiliser et à organiser, une telle exigence d’autonomie est pleinement légitime, car c’est en vertu de la création même que toutes choses sont établies selon leur ordonnance et leurs lois et leurs valeurs propres, que l’homme doit peu à peu apprendre à connaître, à utiliser et à organiser (§ 2).

En revanche, si, par « autonomie du temporel », on entend que les choses créées ne dépendent pas de Dieu et que l’homme peut en disposer sans référence au Créateur, la notion n’est plus légitime, d’autant moins que « tous les croyants, à quelque religion qu’ils appartiennent, ont toujours entendu la voix de Dieu et sa manifestation, dans le langage des créatures ». L’autonomie se distingue comme telle de la dépendance ou de la subordination. Le concile affirme simultanément ici l’indépendance des sociétés temporelles, c’est-à-dire des États, à l’égard des différentes sociétés religieuses, dont l’Église catholique et la dépendance de ces mêmes sociétés à l’égard de Dieu, envisagé comme Créateur, c’est-à-dire principe de l’ordre naturel. Et tout cela est dit dans un chapitre II, qui traite précisément de « la communauté humaine », c’est-à-dire de l’ordre concrètement existant, sur le plan de l’activité communautaire. Autant dire que l’ordre des sociétés humaines est un ordre exclusivement naturel, qui doit se définir dans sa relation au Créateur, auteur de la nature, et non au Dieu trinitaire, auteur de la vie surnaturelle de la grâce, non au Christ et à son Église.

2) On ne veut plus de contrainte

8. La raison profonde de cette situation est enseignée par la Déclaration Dignitatis humanæ sur la liberté religieuse. Celle-ci affirme en effet en son n° 2 que tous les hommes doivent être soustraits à toute contrainte de la part de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte qu’en matière religieuse nul ne soit empêché d’agir, dans de justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d’autres. Et ce fait s’explique lui-même en raison de la dignité de la personne humaine, douée de liberté : la vérité ne saurait s’imposer à elle que « par la force de la vérité elle-même, qui pénètre l’esprit avec autant de douceur que de puissance ». La religion oblige bien l’homme, pris comme une personne, mais indépendamment de l’ordre social temporel, qui reste quant à lui autonome, c’est-à-dire indifférent, à l’égard de toute religion, y compris la religion divinement révélée de l’ordre surnaturel.

Cet ordre temporel est donc naturaliste en raison même de son autonomie. Dans l’un des derniers actes de son pontificat, le Pape Benoît XVI se faisait encore l’écho de ce principe : « La liberté religieuse est le sommet de toutes les libertés. Elle est un droit sacré et inaliénable. Elle comprend à la fois, au niveau individuel et collectif, la liberté de suivre sa conscience en matière reli- gieuse, et la liberté de culte. Elle inclut la liberté de choisir la religion que l’on juge être vraie et de manifester publiquement sa propre croyance. Il doit être possible de professer et de manifester librement sa religion et ses symboles, sans mettre en danger sa vie et sa liberté personnelle 14. » La liberté doit s’entendre ici à l’égard de « quelque pouvoir humain que ce soit ». L’État ne doit pas imposer la religion aux membres de la société, et cela explique que l’Église n’ait pas de juridiction sur lui.

Abbé Jean-Michel Gleize

Suite : L’explication de Benoît XVI

La vraie laïcité, base de la chrétienté ? (1) – Ce qu’est la chrétienté
La vraie laïcité, base de la chrétienté ? (2) – La juridiction de l’Eglise
La vraie laïcité, base de la chrétienté ? (4) – L’explication de Benoît XVI
La vraie laïcité, base de la chrétienté ? (5) – Un pèlerinage de « saine laïcité »

14. BENOÎT XVI, « Exhortation apostolique Ecclesia in Medio Oriente du 14 septembre 2012 », § 26 dans DC n° 2497, p. 846.

Source : Courrier de Rome n°622

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