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   Grégoire 1er (540 - 604), Pape et Docteur de l'Eglise

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Grégoire 1er (540 - 604),
Pape et Docteur de l'Eglise

 

HOMELIES DE GREGOIRE 1er


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Livre 1

Homélie 6

Prononcée devant le peuple dans la basilique des saints Marcellin et Pierre, le10 décembre 590 (un dimanche de l’Avent)

Le témoignage rendu à jean par Jésus

Le prédicateur explique pourquoi saint Jean-Baptiste a semblé douter que Jésus fût « celui qui devait venir », après l’avoir montré aux Juifs et baptisé. Cette question continue à passionner les exégètes d’aujourd’hui. Et si la position du saint pape a peu de chance de recueillir leurs suffrages, elle n’en est pas moins riche de sens théologique.
Après avoir résolu cette difficulté, l’orateur dresse le tableau des qualités de Jean : il n’est ni semblable à un roseau agité par le vent, ni vêtu d’habits douillets. Il est plus qu’un prophète : un ange, au sens étymologique de ce mot. Chacun de nous peut aussi mériter d’être appelé un ange, et Grégoire dit comment. La finale va surprendre ceux qui s’imaginent qu’il a fallu attendre le concile Vatican II pour que l’Eglise encourage l’apostolat des laïcs. Un pape du vie siècle ne craignait pas de le faire avec des images fort parlantes.

Mt 11, 2-10

En ce temps-là, comme Jean, dans sa prison, avait entendu parler des œuvres du Christ, il envoya deux de ses disciples lui dire : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Jésus leur répondit : « Allez rapporter à Jean ce que vous avez entendu et vu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, les pauvres sont évangélisés ; et heureux celui qui ne sera pas scandalisé à mon sujet ! » Comme ils s’en allaient, Jésus se mit à dire aux foules au sujet de Jean : « Qu’êtes-vous allés voir au désert ? Un roseau agité par le vent ? Qu’êtes-vous donc allés voir ? Un homme vêtu d’habits douillets ? Mais ceux qui portent des habits douillets sont dans les palais des rois. Qu’êtes-vous donc allés voir ? Un prophète ? Oui, je vous le dis, et plus qu’un prophète. Car c’est de lui qu’il est écrit : Voici que j’envoie mon ange au-devant de toi, pour préparer la voie devant toi. »
Une question, frères très chers, se pose à nous : Jean était un prophète, et même plus qu’un prophète, puisqu’il a fait connaître le Seigneur venant se faire baptiser dans le Jourdain, en déclarant : « Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29), et que considérant à la fois sa propre bassesse et la puissance de la divinité du Seigneur, il a dit : « Celui qui est terrestre a aussi un langage terrestre, mais celui qui vient du Ciel est au-dessus de tous » (Jn 3, 31) ; pourquoi donc, une fois emprisonné, envoie-t-il ses disciples demander : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » comme s’il ne connaissait pas celui qu’il avait montré, et comme s’il ne savait pas que le Christ était bien celui qu’il avait proclamé en le prophétisant, en le baptisant et en le montrant ?
Mais cette question trouve vite sa réponse si l’on examine le temps et l’ordre dans lesquels se sont déroulés les faits. Sur les rives du Jourdain, Jean a affirmé que Jésus était le Rédempteur du monde ; une fois emprisonné, il demande pourtant s’il est bien celui qui doit venir. Ce n’est pas qu’il doute que Jésus soit le Rédempteur du monde, mais il cherche à savoir si celui qui était venu en personne dans le monde, va aussi descendre en personne dans les prisons infernales. Car celui que Jean a déjà annoncé au monde comme précurseur, il le précède encore aux enfers par sa mort. Il demande donc : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » C’est comme s’il disait clairement : « De même que tu as daigné naître pour les hommes, fais-nous savoir si tu daigneras aussi mourir pour eux, en sorte que précurseur de ta naissance, je le devienne aussi de ta mort, et que j’annonce aux enfers que tu vas venir, comme j’ai déjà annoncé au monde que tu étais venu. »
C’est pour cela que la réponse du Seigneur, à la question ainsi posée, traite de l’abaissement de sa mort aussitôt après avoir énuméré les miracles opérés par sa puissance, quand il dit : « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, les pauvres sont évangélisés ; et heureux celui qui ne sera pas scandalisé à mon sujet ! » A la vue de tant de signes et de si grands prodiges, nul n’avait sujet de se scandaliser, mais bien plutôt d’admirer. Il s’éleva cependant un grave scandale à son endroit dans l’esprit des infidèles lorsqu’ils le virent mourir, même après tant de miracles. D’où le mot de Paul : « Nous prêchons un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens. » (1 Co 1, 23). Oui, les hommes regardèrent comme une folie que l’Auteur de la vie mourût pour eux ; et l’homme a trouvé moyen de se scandaliser à son sujet pour ce qui aurait dû exciter davantage sa reconnaissance. Car Dieu doit être honoré d’autant plus dignement par les hommes qu’il a été jusqu’à subir pour eux des traitements indignes.
Quel est donc le sens des paroles du Seigneur : « Heureux celui qui ne sera pas scandalisé à mon sujet ! » Ne veut-il pas désigner clairement l’abjection et l’abaissement de sa mort ? C’est comme s’il disait ouvertement : « Il est vrai que je fais des choses admirables, mais je ne refuse pas pour autant d’en souffrir d’ignominieuses ; puisque je vais te suivre [Jean-Baptiste] en mourant, que les hommes se gardent bien de mépriser en moi la mort, eux qui vénèrent en moi les miracles. »
2. Ecoutons ce que notre Rédempteur dit aux foules au sujet de Jean, après avoir renvoyé ses disciples : « Qu’êtes-vous allés voir au désert ? Un roseau agité par le vent ? » Il n’énonce pas cela pour l’affirmer, mais pour le nier. Le roseau fléchit dès que la brise l’effleure. Que désigne-t-il, sinon l’esprit charnel, qui s’incline d’un côté ou de l’autre dès qu’il est touché par la flatterie ou la critique ? En effet, qu’une bouche humaine vienne à souffler sur lui la brise de la flatterie, et le voilà qui se réjouit, s’enorgueillit et s’infléchit tout entier par complaisance. Mais qu’un souffle de critique sorte de la bouche même dont provenait la brise de la louange, et il s’incline aussitôt de l’autre côté dans un accès de fureur. Jean, lui, n’était pas un roseau agité par le vent : ni la faveur ne le rendait caressant en le flattant, ni la critique, d’où qu’elle vînt, ne le rendait violent en le mettant en colère. La prospérité ne pouvait l’élever, ni l’adversité le fléchir. Non, Jean n’était pas un roseau agité par le vent : aucun revirement de situation ne faisait plier sa droiture.
Apprenons donc, frères très chers, à ne pas être des roseaux agités par le vent. Affermissons notre âme exposée aux brises des paroles ; demeurons en notre esprit d’une stabilité inflexible. Ne nous laissons jamais entraîner à la colère par la critique, ni incliner par la flatterie à une complaisance et une indulgence exagérées. Ne nous élevons pas dans la prospérité, ne nous troublons pas dans l’adversité, en sorte que fixés dans la solidité de la foi, nous ne nous laissions aucunement ébranler par la mobilité des choses qui passent.
3. La suite du texte nous rapporte encore ces paroles du Seigneur : « Qu’êtes-vous donc allés voir au désert ? Un homme vêtu d’habits douillets ? Mais ceux qui portent des habits douillets sont dans les palais des rois. » On raconte en effet que Jean était vêtu d’un tissu en poil de chameau. Et pourquoi affirmer : « Mais ceux qui portent des habits douillets sont dans les palais des rois », sinon pour indiquer en une formule claire que ce n’est pas le Roi du Ciel, mais les rois de la terre que servent ceux qui ne veulent pas souffrir d’âpretés pour Dieu, mais qui se donnent tout entiers aux choses extérieures, et recherchent en la vie présente ce qui est douillet et délectable ? Ne nous figurons donc pas que le superflu et la recherche dans le vêtement soient innocents de tout péché. Si ce n’était pas une faute, le Seigneur n’aurait en aucune manière loué Jean pour la rudesse de son vêtement. Si ce n’était pas une faute, jamais l’apôtre Pierre, dans son épître, n’aurait détourné les femmes de désirer des vêtements précieux, par ces mots : « Pas de vêtements précieux. » (1 P 3, 3). Mesurez quelle faute il peut y avoir pour des hommes à rechercher ce que le pasteur de l’Eglise a pris soin d’interdire même aux femmes.
4. Qu’on dise de Jean qu’il n’était pas vêtu d’habits douillets peut aussi être compris en un autre sens : il n’était pas vêtu d’habits douillets, du fait qu’il n’a pas encouragé les pécheurs dans leur manière de vivre par des caresses, mais les a réprimandés avec vigueur par de rudes invectives, en disant : « Race de vipères, qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? » (Mt 3, 7). Salomon déclare aussi à ce propos : « Les paroles des sages sont comme des aiguillons et comme des clous plantés en haut. »
(Qo 12, 11). Les paroles des sages sont comparées à des clous et à des aiguillons, parce qu’ils ne cherchent pas à flatter les fautes des coupables, mais à les piquer.
5. « Qu’êtes-vous donc allés voir au désert ? Un prophète ? Oui, je vous le dis, et plus qu’un prophète. » La fonction du prophète est seulement d’annoncer les choses à venir, et non de les montrer accomplies. Jean est donc plus qu’un prophète, car celui qu’il avait prophétisé en le précédant, il le montrait également en le désignant. Mais puisque notre Rédempteur a nié que Jean fût un roseau agité par le vent, puisqu’il a dit qu’il n’était pas vêtu d’habits somptueux, puisqu’il a témoigné que le nom de prophète était pour lui insuffisant, écoutons maintenant quel titre digne de lui on peut lui décerner. « C’est de lui, poursuit le Seigneur, qu’il est écrit : Voici que j’envoie mon ange au-devant de toi, pour préparer la voie devant toi. » Au mot grec « ange » correspond en latin nuncius [celui qui annonce]. Il est donc à propos d’appeler « ange » celui qui est envoyé annoncer le Juge suprême, pour marquer par son nom même la haute fonction qu’il remplit par ses œuvres. Le nom est élevé, mais la vie [de celui qui le porte] ne lui est pas inférieure.
6. Plaise à Dieu, frères très chers, que nous ne le disions pas pour notre condamnation, mais tous ceux qui portent le nom de prêtre sont appelés des anges, comme l’affirme le prophète : « Les lèvres du prêtre ont la garde de la science, et c’est à sa bouche qu’on demande la Loi, parce qu’il est l’ange du Seigneur des armées. » (Ml 2, 7)
Cependant, chacun de vous peut mériter, s’il le veut, ce titre élevé. Tous, dans la mesure de vos possibilités, pour autant que vous avez reçu les inspirations divines de la grâce, si vous détournez votre prochain de sa méchanceté, si vous vous occupez de l’exhorter à bien se conduire, si vous avertissez celui qui pèche de l’éternité du Royaume et de l’éternité du supplice, alors vos paroles pour annoncer les saintes vérités font de vous des anges, à n’en pas douter. Et que personne n’aille dire : « Je ne suis pas capable de donner des avertissements, et je n’ai pas d’aptitude pour exhorter autrui. » Fais ce que tu peux, de peur qu’on ne te réclame dans les tourments le don que tu as si mal gardé. Il n’avait pas reçu plus qu’un unique talent, celui qui s’appliqua à le cacher plutôt qu’à en faire l’aumône.
Nous savons que pour le Tabernacle de Dieu, on ne fit pas seulement des coupes, mais aussi des tasses, comme le Seigneur le commandait (cf. Ex 37, 16). Les coupes représentent une doctrine surabondante, et les tasses, des connaissances bornées et étriquées. L’un, tout rempli de la doctrine de vérité, abreuve les esprits de ceux qui l’écoutent : c’est une coupe qu’il tend à autrui par ce qu’il lui dit. Un autre ne sait pas bien exprimer ce qu’il pense, mais quand il l’annonce tant bien que mal, c’est comme s’il donnait à en goûter un échantillon dans une tasse. Etablis dans le Tabernacle de Dieu, c’est-à-dire dans la sainte Eglise, si vous ne pouvez servir à votre prochain des coupes de sage doctrine, donnez-lui les tasses d’une bonne parole, pour autant que la bonté de Dieu vous en rend capables.
Dans la mesure où vous estimez avoir fait des progrès, entraînez les autres après vous. Sur le chemin de Dieu, désirez avoir des compagnons de route. Si l’un d’entre vous, mes frères, va au forum, ou peut-être au bain, il invite à venir avec lui celui qu’il trouve inoccupé. Laissez-vous donc instruire par votre manière d’agir naturelle : si vous allez à Dieu, tâchez de ne pas arriver seuls auprès de lui. Car il est écrit : « Que celui qui entend dise : Viens ! » (Ap 22, 17) ; ainsi, celui qui a déjà reçu en son cœur l’appel du céleste amour doit répercuter cet appel au-dehors en exhortant ses proches.
Lui manque-t-il du pain pour donner l’aumône à celui qui n’a rien ? Il peut lui faire un don plus excellent, puisqu’il a une langue. Il est plus grand, en effet, de restaurer par l’aliment de la parole une âme destinée à vivre dans l’éternité que de rassasier d’un pain terrestre un ventre appartenant à une chair qui doit mourir. Ne refusez donc pas, frères très chers, l’aumône de la parole à vos proches.
Vous et moi, gardons-nous des paroles oiseuses, évitons de parler inutilement. Pour autant que nous pouvons résister à notre langue, ne la laissons pas lancer des paroles en l’air, alors que le Juge déclare : « Au jour du jugement, les hommes rendront compte de toute parole oiseuse qu’ils auront dite. » (Mt 12, 36). Or est oiseuse la parole qui n’a pas de réelle utilité, ou qui manque de vraie nécessité. Que vos conversations cessent donc d’être oiseuses, et s’appliquent à édifier autrui. Considérez avec quelle rapidité s’enfuient les jours de cette vie, voyez quelle sera la rigueur du Juge qui doit venir. Ce Juge, gardez-le devant les yeux de votre cœur. Ce Juge, prêchez-le à l’âme de vos proches. Ainsi, votre zèle à l’annoncer dans la mesure de vos forces vous vaudra avec Jean l’honneur d’être appelés par lui des anges. Qu’il daigne lui-même vous l’accorder, lui qui, étant Dieu, vit et règne dans les siècles des siècles. Amen.

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