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Les insolites de LPL

   Grégoire 1er (540 - 604), Pape et Docteur de l'Eglise

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Grégoire 1er (540 - 604),
Pape et Docteur de l'Eglise

 

HOMELIES DE GREGOIRE 1er


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Livre 2

Homélie 33

Prononcée devant le peuple dans la basilique de saint Clément fin septembre 592 (au cours des Quatre-Temps d’automne)

La pécheresse chez le pharisien

Saint Grégoire a les larmes aux yeux pour commenter l’évangile où Luc nous montre la pécheresse aux pieds de Jésus. Il ne fait pour lui aucun doute que cette femme est Marie-Madeleine, elle-même identifiée à la sœur de Lazare. Les Pères de l’Eglise s’étaient montrés très divisés sur cette question, et c’est, semble-t-il, sous l’influence de saint Augustin que notre auteur a adopté sa position. Si l’Eglise ne s’est jamais prononcée officiellement sur ce point, l’opinion du saint pape s’est cependant imposée à presque tous les auteurs du moyen âge latin.
L’orateur commence par exposer le sens littéral de la scène (l’histoire), puis il en donne le sens symbolique, avant d’en tirer un hymne vibrant à la miséricorde divine.
I- (1-4) Le récit montre que la pénitence de Marie a été complète : elle a offert en sacrifice tout ce qui lui avait servi à pécher. L’histoire fait voir également que le pharisien était peut-être aussi malade que la pécheresse, mais qu’en plus il l’ignorait. Combien d’évêques, hélas, ressemblent à ce pharisien et regardent avec mépris les pécheurs qui se confessent à eux ! Qu’ils commencent donc par pleurer leurs propres péchés, et tirent de là un peu plus de compassion pour leurs pénitents.
II- (5-6) L’allégorie considère le pharisien comme le type du peuple juif, et la femme comme celui des païens convertis. Grégoire nous dit ce que représentent les pieds du Sauveur, nos cheveux, les baisers dont nous couvrons ses pieds, et le parfum que nous y versons. Sous ces images, il nous donne avec son talent habituel une belle leçon de théologie morale sur les vertus de foi et de charité.
III- (7-8) Le prédicateur devient lyrique à la fin, comme chaque fois qu’il est amené à chanter la bonté miséricordieuse du Seigneur envers les pécheurs. S’inspirant du Cantique des Cantiques, il nous montre notre Dieu très aimant venant à nous comme le petit faon qui cherche un peu de fraîcheur à l’heure brûlante de la canicule. Usant ensuite d’images bibliques très parlantes, l’orateur explique que les commandements nous sont devenus supportables, depuis que Dieu nous invite par eux à confesser nos manquements. Il est prêt à nous accueillir après tous nos adultères : ne gâchons pas une telle chance, et jetons-nous dans le sein de sa miséricorde.
Voici une Homélie à faire lire à nos contemporains, qui ont tant besoin de miséricorde.

Lc 7, 36-50

En ce temps-là, un pharisien invita Jésus à manger avec lui. Jésus entra dans la maison du pharisien et se mit à table. Or voici qu’une femme qui était une pécheresse dans la ville, ayant appris qu’il était à table dans la maison du pharisien, apporta un vase d’albâtre plein de parfum, et se tenant derrière lui, à ses pieds, elle se mit à les arroser de ses larmes et à les essuyer avec les cheveux de sa tête ; et elles les baisait et y répandait du parfum.
Voyant cela, le pharisien qui l’avait invité se dit en lui-même : « Si cet homme était prophète, il saurait bien qui et de quelle espèce est la femme qui le touche, et que c’est une pécheresse. » Mais prenant la parole, Jésus lui dit : « Simon, j’ai quelque chose à te dire. » « Parle, Maître », dit ce dernier. « Un créancier avait deux débiteurs. L’un devait cinq cents deniers, l’autre cinquante. Comme ils n’avaient pas de quoi payer leur dette, il en fit grâce à tous deux. Lequel donc l’aimera davantage ? » Simon répondit : « Celui, je pense, auquel il a fait grâce de plus. » Et Jésus lui dit : « Tu as bien jugé. »
Et se tournant vers la femme : « Tu vois cette femme ? dit-il à Simon. Je suis entré dans ta maison, et tu n’as pas versé d’eau sur mes pieds ; elle, au contraire, a arrosé mes pieds de ses larmes et les a essuyés de ses cheveux. Tu ne m’as pas donné de baiser ; elle, au contraire, depuis qu’elle est entrée, n’a pas cessé de me baiser les pieds. Tu n’as pas répandu d’huile sur ma tête ; elle, au contraire, a répandu du parfum sur mes pieds. A cause de cela, je te le dis, ses nombreux péchés lui sont remis, parce qu’elle a beaucoup aimé. Mais celui à qui l’on remet moins aime moins. » Puis il dit à la femme : « Tes péchés te sont remis. » Et ceux qui étaient à table avec lui se mirent à dire en eux-mêmes : « Quel est donc celui-ci, qui remet même les péchés ? » Mais il dit à la femme : « Ta foi t’a sauvée ! Va en paix. »
Quand je pense au repentir de Marie, j’ai plus envie de pleurer que de dire quelque chose. En effet, quel cœur, fût-il de pierre, ne se laisserait attendrir par l’exemple de pénitence que nous donnent les larmes de cette pécheresse ? Elle a considéré ce qu’elle avait fait, et n’a pas voulu mettre de limite à ce qu’elle allait faire. La voici qui s’introduit parmi les convives : elle vient sans y être invitée, et en plein festin, elle offre ses larmes [en spectacle]. Apprenez ici de quelle douleur brûle cette femme, elle qui ne rougit pas de pleurer même en plein festin.
Celle que Luc appelle une pécheresse, et que Jean nomme Marie (cf. Jn 11, 2), nous croyons qu’elle est cette Marie de laquelle, selon Marc, le Seigneur a chassé sept démons (cf. Mc 16, 9). Et que désignent ces sept démons, sinon l’universalité de tous les vices ? Puisque sept jours suffisent à embrasser l’ensemble du temps, le chiffre sept figure à bon droit l’universalité. Marie a donc eu en elle sept démons, car elle était remplie de tous les vices. Mais voici qu’ayant aperçu les taches qui la déshonoraient, elle courut se laver à la source de la miséricorde, sans rougir en présence des convives. Si grande était sa honte au-dedans qu’elle ne voyait plus rien au-dehors dont elle dût rougir.
Que faut-il donc admirer le plus, mes frères : Marie qui vient, ou le Seigneur qui l’accueille ? Dois-je dire qu’il l’accueille, ou bien qu’il l’attire ? Je dirai mieux encore : il l’attire et l’accueille, car c’est bien le même qui l’attire de l’intérieur par sa miséricorde et l’accueille au-dehors par sa douceur.
Mais voyons maintenant, à travers le texte du Saint Evangile, l’ordre même qu’elle observe pour venir à sa guérison.
2. « Elle apporta un vase d’albâtre plein de parfum, et se tenant derrière Jésus, à ses pieds, elle se mit à les arroser de ses larmes et à les essuyer avec les cheveux de sa tête ; et elles les baisait et y répandait du parfum. » Il est bien évident, mes frères, que cette femme, autrefois adonnée à des actions défendues, s’était servi de parfum pour donner à sa chair une odeur [agréable]. Ce qu’elle s’était accordé à elle-même d’une façon honteuse, elle l’offrait désormais à Dieu d’une manière digne de louange. Elle avait désiré les choses de la terre par ses yeux, mais les mortifiant à présent par la pénitence, elle pleurait. Elle avait fait valoir la beauté de ses cheveux pour orner son visage, mais elle s’en servait maintenant pour essuyer ses larmes. Sa bouche avait prononcé des paroles d’orgueil, mais voici que baisant les pieds du Seigneur, elle fixait cette bouche dans la trace des pas de son Rédempteur. Ainsi, tout ce qu’elle avait en elle d’attraits pour charmer, elle y trouvait matière à sacrifice. Elle transforma ses crimes en autant de vertus, en sorte que tout ce qui en elle avait méprisé Dieu dans le péché fût mis au service de Dieu dans la pénitence.
3. Cependant, à la vue de telles actions, le pharisien conçoit du mépris, et il ne blâme pas seulement la femme pécheresse qui vient, mais aussi le Seigneur qui l’accueille, se disant en lui-même : « Si cet homme était prophète, il saurait bien qui et de quelle espèce est la femme qui le touche, et que c’est une pécheresse. » Voyez ce pharisien, avec en lui cet orgueil véritable et cette fausse justice : il blâme la malade de sa maladie et le Médecin de ses soins, alors qu’il est lui-même malade, sans le savoir, de la blessure de l’élèvement. Le Médecin se trouvait là entre deux malades. Mais l’un de ces malades, en proie à la fièvre, gardait pleine conscience, alors que l’autre, lui aussi en proie à la fièvre en sa chair, avait en plus perdu conscience en son esprit. La femme pleurait ce qu’elle avait fait ; le pharisien, lui, gonflé de sa fausse justice, rendait son mal encore plus virulent. En sa maladie, il avait donc aussi perdu conscience, lui qui ne savait même pas qu’il était loin de la santé.
Mais un gémissement vient ici nous contraindre à jeter les yeux sur certains évêques : arrive-t-il par hasard qu’ils aient, dans l’exercice de leurs fonctions sacerdotales, accompli quelque action extérieurement bonne, fût-elle insignifiante, et les voilà qui se mettent à regarder leurs ouailles avec mépris, à dédaigner tous les pécheurs qui se rencontrent dans le peuple, à refuser de compatir avec ceux qui leur avouent leurs fautes, et enfin, tout comme le pharisien, à ne pas se laisser toucher par la femme pécheresse. Car si cette femme était venue aux pieds du pharisien, il l’aurait certainement repoussée de sa chaussure pour qu’elle s’en aille. Il aurait cru [sinon] se souiller du péché d’autrui. Mais parce qu’il n’était pas rempli de la justice véritable, il était malade du fait de la blessure d’autrui. C’est pourquoi, lorsque nous voyons des pécheurs, leur malheur doit toujours nous inciter à pleurer d’abord sur nous-mêmes, puisque nous sommes peut-être tombés dans des fautes semblables, ou que, si nous n’y sommes déjà tombés, nous pourrions y tomber.
Et si la sévérité du supérieur doit toujours poursuivre les vices au nom de la discipline, il nous faut cependant bien observer que nous devons être sévères pour les vices, mais compatissants pour la nature. S’il est en effet nécessaire de punir le pécheur, nous devons veiller à la formation du prochain. Or, du moment que notre prochain se punit lui-même de ses actes passés par la pénitence, il n’est déjà plus un pécheur : uni à la justice de Dieu, il se dresse contre lui-même et corrige en lui ce que cette même justice y trouve de répréhensible.
4. Ecoutons maintenant le jugement qui va confondre ce pharisien plein d’orgueil et d’arrogance. Le Seigneur lui rétorque la parabole des deux débiteurs, dont l’un doit moins et l’autre plus ; il lui demande lequel des deux débiteurs va aimer davantage celui qui leur aura remis leur dette à tous deux. A quoi le pharisien répond aussitôt : « Celui-là aime davantage auquel on remet le plus. » Il faut noter ici que lorsque le pharisien fournit par son propre jugement ce qui va le confondre, il agit comme le fou qui apporte la corde pour le lier. Le Seigneur lui énumère alors les bonnes actions de la pécheresse et ses mauvaises actions de faux juste : « Je suis entré dans ta maison, et tu n’as pas versé d’eau sur mes pieds ; elle, au contraire, a arrosé mes pieds de ses larmes et les a essuyés de ses cheveux. Tu ne m’as pas donné de baiser ; elle, au contraire, depuis qu’elle est entrée, n’a pas cessé de me baiser les pieds. Tu n’as pas répandu d’huile sur ma tête ; elle, au contraire, a répandu du parfum sur mes pieds. » A cette énumération, le Seigneur ajoute une sentence : « A cause de cela, je te le dis, ses nombreux péchés lui sont remis, parce qu’elle a beaucoup aimé. » Que pensons-nous que soit l’amour, mes frères, sinon un feu ? Et la faute, sinon de la rouille ? C’est pour cela que le Seigneur déclare : « Ses nombreux péchés lui sont remis, parce qu’elle a beaucoup aimé. » C’est comme s’il disait clairement : « Elle a complètement consumé en elle la rouille du péché, parce qu’elle est tout embrasée du feu de l’amour. » Car la rouille du péché est d’autant mieux consumée que le cœur du pécheur brûle du grand feu de la charité.
Voilà guérie celle qui était venue souffrante à son Médecin ; mais voilà aussi que d’autres souffrent du fait de sa guérison. Les convives qui mangeaient avec le Seigneur se sont en effet indignés, et se sont dit au-dedans d’eux-mêmes : « Quel est donc celui-ci, qui remet même les péchés ? » Mais le céleste Médecin ne méprise pas les malades, alors même qu’il voit leur état empirer à l’occasion de ses soins.
Quant à celle qu’il a guérie, il l’affermit par ce jugement plein de bonté : « Ta foi t’a sauvée ! Va en paix. » La foi l’a en effet sauvée, puisqu’elle n’a pas douté de pouvoir obtenir ce qu’elle demandait. Mais elle tenait la certitude même de son espérance de celui à qui l’espérance lui faisait demander le salut. Elle reçoit l’ordre d’aller en paix, afin de ne plus dévier hors de la route de la vérité dans un chemin de scandale. C’est en ce sens que Zacharie dit : « Pour diriger nos pas sur la voie de la paix. » (Lc 1, 79). Car nous dirigeons nos pas sur la voie de la paix quand le chemin suivi par nos actes ne nous éloigne pas de la grâce de notre Créateur.
5. Nous avons, frères très chers, parcouru cet évangile en suivant le déroulement historique des faits ; nous allons maintenant, si vous le voulez bien, l’examiner dans son sens symbolique. Que figure le pharisien qui présume de sa fausse justice, sinon le peuple juif ? Et que désigne la femme pécheresse qui se jette aux pieds du Seigneur en pleurant, sinon les païens convertis ? Elle est venue avec son vase d’albâtre, elle a répandu le parfum, elle s’est tenue derrière le Seigneur, à ses pieds, les a arrosés de ses larmes et essuyés de ses cheveux, et ces mêmes pieds qu’elle arrosait et essuyait, elle n’a cessé de les baiser. C’est donc bien nous que cette femme représente, pour autant que nous revenions de tout notre cœur au Seigneur après avoir péché et que nous imitions les pleurs de sa pénitence. Quant au parfum, qu’exprime-t-il, sinon l’odeur d’une bonne réputation ? D’où la parole de Paul : « Nous sommes en tout lieu pour Dieu la bonne odeur du Christ. » (2 Co 2, 15). Si donc nous accomplissons de bonnes œuvres, qui imprègnent l’Eglise d’une bonne odeur en en faisant dire du bien, que faisons-nous d’autre que verser du parfum sur le corps du Seigneur ?
La femme se tient près des pieds de Jésus. Nous nous dressions contre les pieds du Seigneur quand nous nous opposions à ses voies par les péchés où nous demeurions. Mais si, après ces péchés, nous opérons une vraie conversion, nous nous tenons dès lors en arrière près de ses pieds, puisque nous suivons les traces de celui que nous avions combattu.
La femme arrose de ses larmes les pieds de Jésus : c’est ce que nous accomplissons nous aussi en vérité si un sentiment de compassion nous incline vers tous les membres du Seigneur, quels qu’ils soient, si nous compatissons aux tribulations endurées par ses saints et si nous faisons nôtre leur tristesse.
La femme essuie de ses cheveux les pieds qu’elle a arrosés. Or les cheveux sont pour le corps une surabondance inutile. Et quelle meilleure image trouver d’une excessive possession des choses de la terre que les cheveux, qui surabondent bien au-delà du nécessaire et qu’on coupe sans même qu’on le sente ?
Nous essuyons donc de nos cheveux les pieds du Seigneur lorsqu’à ses saints, envers qui la charité nous fait compatir, nous manifestons aussi de la pitié au moyen de notre superflu, en sorte que si notre esprit souffre pour eux de compassion, notre main aussi montre par sa générosité la souffrance que nous éprouvons. Car il arrose de ses larmes les pieds du Rédempteur, mais ne les essuie pas de ses cheveux, celui qui, tout en compatissant à la douleur de ses proches, ne leur manifeste cependant pas sa pitié au moyen de son superflu. Il pleure, mais n’essuie pas [les pieds du Seigneur], celui qui accorde [à son prochain] des paroles de compassion pour sa souffrance, mais sans diminuer en rien l’intensité de cette souffrance en subvenant à ce qui [lui] manque.
La femme baise les pieds qu’elle essuie : c’est ce que nous accomplissons pleinement nous aussi si nous montrons de l’empressement à aimer ceux que nous soutenons de nos largesses, de crainte, sinon, que la nécessité où se trouve le prochain ne nous paraisse pesante, que l’indigence à laquelle nous subvenons ne devienne pour nous un fardeau, et qu’au moment où notre main fournit le nécessaire, notre âme ne commence à s’engourdir à l’écart de l’amour.
6. Les pieds peuvent aussi symboliser le mystère de l’Incarnation, par lequel Dieu a touché la terre en assumant notre chair : « Le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous. » (Jn 1, 14). Nous baisons donc les pieds du Rédempteur quand nous aimons de tout notre cœur le mystère de son Incarnation. Nous répandons du parfum sur ses pieds lorsque nous prêchons la puissance de son humanité par tout le bien qu’en dit la Sainte Ecriture.
Le pharisien voit la femme agir ainsi et l’en jalouse, parce que du fait de la malice qui l’habite, le peuple juif est rongé d’envie, en constatant que les païens prêchent [le vrai] Dieu. Mais notre Rédempteur énumère les actes de cette femme, comme il pourrait le faire des bonnes actions des païens, pour que le peuple juif reconnaisse le mal où il gît. A travers le pharisien réprimandé, c’est, comme nous l’avons dit, le peuple juif incrédule qui est représenté.
« Je suis entré dans ta maison, et tu n’as pas versé d’eau sur mes pieds ; elle, au contraire, a arrosé mes pieds de ses larmes. » Si l’eau est pour nous quelque chose d’extérieur, les larmes, elles, sont au-dedans de nous ; ainsi, même ses biens extérieurs, le peuple juif infidèle ne les a jamais accordés au Seigneur, alors que les païens convertis ne se sont pas contentés de lui sacrifier leurs biens, mais ont été jusqu’à répandre leur sang pour lui.
« Tu ne m’as pas donné de baiser ; elle, au contraire, depuis qu’elle est entrée, n’a pas cessé de me baiser les pieds. » Le baiser est un signe de l’amour. Et le peuple juif infidèle n’a pas donné à Dieu de baiser, puisqu’il n’a pas voulu aimer par charité celui qu’il servait par crainte. Au contraire, les païens, appelés [au salut], ne cessent de baiser les pieds de leur Rédempteur, car ils soupirent d’amour pour lui continuellement. Ce qui fait dire à l’épouse du Cantique des Cantiques au sujet de son Rédempteur : « Qu’il me baise d’un baiser de sa bouche. » (Ct 1, 2). C’est à bon droit que l’épouse désire le baiser de son Rédempteur quand elle se prépare à lui obéir par amour.
« Tu n’as pas répandu d’huile sur ma tête. » Si nous considérons que les pieds du Seigneur représentent le mystère de son Incarnation, sa tête est un symbole approprié de sa divinité. D’où la parole de Paul : « La tête du Christ, c’est Dieu. »
(1 Co 11, 3). C’est bien en Dieu et non en eux-mêmes, simples humains, que les Juifs faisaient profession de croire. Mais le Seigneur dit au pharisien : « Tu n’as pas répandu d’huile sur ma tête », parce que le peuple juif a négligé de prêcher par de dignes louanges cette puissance même de la divinité en laquelle il s’était engagé à croire. « Elle, au contraire, a répandu du parfum sur mes pieds », puisque par leur foi au mystère de l’Incarnation du Seigneur, les païens ont prêché par de très hautes louanges même ce qu’il avait de plus bas1.
Notre Rédempteur conclut son énumération de bonnes actions lorsqu’il y ajoute cette sentence : « A cause de cela, je te le dis, ses nombreux péchés lui sont remis, parce qu’elle a beaucoup aimé. » C’est comme s’il disait clairement : « Même si la chose qu’on doit brûler est très coriace, le feu de l’amour surabonde pourtant, en sorte qu’il consume même ce qui est coriace. »
7. On a plaisir à considérer en tout cela tant de bonté miséricordieuse. En quelle estime faut-il que la Vérité tienne les œuvres de cette femme pécheresse mais pénitente, pour les énumérer à son contradicteur avec un tel luxe de précisions ! Le Seigneur était à la table du pharisien, mais se délectait des nourritures de l’âme auprès de la femme pénitente. Chez le pharisien, il prenait une nourriture extérieure, mais chez la femme pécheresse et néanmoins convertie, une nourriture intérieure. Voilà pourquoi la sainte Eglise, qui recherche son Seigneur sous la forme du petit faon des cerfs, lui demande dans le Cantique des Cantiques : « Dis-moi, ô toi que mon cœur aime, où tu mènes paître, où tu reposes à midi. » (Ct 1, 7). Le Seigneur est appelé le petit faon des cerfs, lui qui, en vertu de la chair qu’il a assumée, est le fils des anciens Pères. A midi, l’ardeur de la canicule se fait plus brûlante, et le petit faon cherche un endroit ombragé, à l’abri des attaques embrasées de la chaleur. Le Seigneur se repose donc dans les cœurs qui ne sont ni brûlés par l’amour du siècle présent, ni consumés par les désirs de la chair, ni desséchés d’anxiété sous l’effet de la brûlure des convoitises de ce monde. C’est ainsi que Marie s’entendit déclarer : « L’Esprit-Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. » (Lc 1, 35). Si le petit faon cherche un endroit ombragé pour paître à midi, c’est que le Seigneur choisit pour y paître des âmes tempérées par l’ombre de la grâce, qui ne sont plus brûlées par le feu des désirs corporels. La femme pénitente nourrissait donc le Seigneur au-dedans, d’une nourriture plus substantielle que celle fournie au-dehors par le pharisien : tel un petit faon, notre Rédempteur, s’éloignant de l’embrasement charnel, venait se réfugier en l’âme de cette pécheresse, qui, après avoir brûlé du feu des vices, avait retrouvé la fraîcheur dans l’ombre de la pénitence.
8. Mesurons l’immense bonté qui le pousse non seulement à admettre près de lui la femme pécheresse, mais aussi à lui offrir ses pieds à toucher. Considérons la grâce du Dieu de miséricorde, et condamnons la multitude de nos fautes. Voici que nous péchons : il le voit et le supporte. Voici que nous lui résistons : il le tolère et n’en continue pas moins dans sa bonté à nous appeler chaque jour par son Evangile. Il ne requiert que notre aveu fait d’un cœur pur, et il pardonne tout ce que nous avons fait de mal. Il adoucit pour nous la sévérité de la Loi par sa miséricorde de Rédempteur. N’était-il pas écrit dans cette Loi : si quelqu’un fait ceci ou cela, il mourra puni de mort ; si quelqu’un fait telle ou telle chose, on le lapidera (cf. Lv 20) ? Notre Créateur et Rédempteur étant apparu dans la chair, ce n’est plus le châtiment, mais la vie qu’il promet à l’aveu des péchés : il accueille la femme qui confessait ses blessures, et la renvoie guérie. Il infléchit donc la dureté de la Loi dans le sens de la miséricorde : ceux que la Loi condamne dans sa justice, lui-même les délivre dans sa miséricorde.
Aussi est-il écrit fort à propos dans la Loi : « Comme les mains de Moïse étaient alourdies, ayant pris une pierre, ils la placèrent sous lui. Il s’assit dessus, et en même temps Aaron et Hur soutenaient ses mains. » (Ex 17, 12). Moïse s’assit sur une pierre lorsque la Loi vint se reposer dans l’Eglise. Mais cette même Loi avait les mains alourdies, parce qu’elle ne supportait pas les pécheurs avec miséricorde, mais les frappait avec une grande sévérité. Or le nom d’Aaron veut dire « montagne de la force », et celui d’Hur, « feu ». Que symbolise donc cette montagne de la force, sinon notre Rédempteur, dont il est dit par le prophète : « Il arrivera, à la fin des jours, que la montagne de la maison du Seigneur sera établie au sommet des montagnes. » (Is 2, 2). Et que figure le feu, sinon l’Esprit-Saint, dont le Rédempteur déclare : « Je suis venu jeter le feu sur la terre. » (Lc 12, 49). Ainsi, Aaron et Hur soutiennent les mains alourdies de Moïse et les rendent, de ce fait, plus légères, puisque le Médiateur entre Dieu et les hommes, venant avec le feu du Saint-Esprit, a montré que si les lourds commandements de la Loi ne pouvaient être portés tant qu’ils étaient observés selon la chair, ils nous devenaient tolérables quand nous les comprenions au sens spirituel. Car il rendit légères, pour ainsi dire, les mains de Moïse, en changeant le poids des commandements de la Loi en force de confession2. A nous qui faisons usage de cette force, il promet la miséricorde lorsqu’il affirme par le prophète : « Je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive. » (Ez 33, 11)
Il dit encore à ce sujet à chacune de nos âmes pécheresses, figurées par la Judée : « Si un homme a quitté son épouse et que celle-ci, une fois partie, est devenue la femme d’un autre, [le premier homme] reviendra-t-il encore vers elle ? Cette femme n’aura-t-elle pas été profanée et souillée ? Mais toi, tu t’es adonnée à la débauche avec beaucoup d’amants ! Cependant, reviens à moi, dit le Seigneur. » (Jr 3, 1). Voyez cette parabole de la femme impudique que Dieu nous a donnée. Il nous fait voir que son mari ne peut plus la reprendre après ses désordres. Mais il dépasse par sa miséricorde la parabole même qu’il nous a proposée, puisque tout en disant que la femme qui s’est livrée à la débauche ne peut aucunement être reprise, il attend cependant pour la reprendre l’âme qui s’est livrée à la débauche. Considérez, mes frères, l’excès de cette bonté : il dit qu’on ne peut pas faire telle chose, et se montre pourtant prêt à l’accomplir, contre le cours normal des choses. Voyez comme il appelle ceux-là mêmes dont il dénonce les souillures, et recherche pour les embrasser ceux-là mêmes dont il se plaint d’avoir été abandonné.
Que personne ne perde le moment favorable à une telle miséricorde. Que nul ne rejette les remèdes offerts par la bonté divine. Voici que l’amour bienveillant de Dieu nous invite à revenir lorsque nous nous sommes détournés, et qu’il prépare le sein de sa bonté pour notre retour. Que chacun mesure de quelle dette il est redevable, quand Dieu l’attend sans s’exaspérer de se voir dédaigné. Celui qui a refusé de persévérer, qu’il revienne. Celui qui a négligé de rester debout, qu’il se relève du moins après sa chute. Notre Créateur nous fait saisir l’amour immense avec lequel il nous attend, lorsqu’il dit par la bouche du prophète : « J’ai fait attention et j’ai écouté : nul ne parle comme il faut ; il n’y en a aucun qui amende ses pensées en son cœur et qui dise : ‹Qu’ai-je fait là ?› » (Jr 8, 6). Nous n’aurions jamais dû avoir de pensées perverses ; mais puisque nous n’avons pas voulu avoir des pensées droites, voici que Dieu patiente encore, pour nous permettre d’amender nos pensées. Voyez ce sein d’une bonté si pleine de tendresse, et considérez quel giron de miséricorde vous est ouvert : ceux qui avaient des pensées perverses étaient perdus pour Dieu, mais il les recherche quand leurs pensées se retournent vers le bien.
Ramenez donc les yeux de votre esprit sur vous, frères très chers, oui, sur vous, et proposez-vous d’imiter l’exemple de cette pécheresse pénitente. Pleurez toutes les fautes que vous vous souvenez d’avoir commises aussi bien dans votre adolescence que dans votre jeunesse ; lavez par vos larmes les taches de vos mœurs et de vos œuvres. Aimons désormais les pieds de notre Rédempteur, que nous avons méprisés en péchant. Voici que, comme nous l’avons dit, le sein de la miséricorde céleste s’ouvre pour nous recevoir, sans mépris pour notre vie corrompue. En concevant de l’horreur pour nos souillures, nous nous accordons à la pureté intérieure. Le Seigneur nous embrasse avec tendresse quand nous revenons à lui, parce qu’il ne peut plus juger la vie des pécheurs indigne de lui, dès lors qu’elle est lavée par les larmes, dans le Christ Jésus Notre-Seigneur, qui, étant Dieu, vit et règne avec le Père dans l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

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1 Comme les vaches restent attachées aux petits veaux qu’elles ont laissés à l’étable.
2 C’est-à-dire l’argent nécessaire à la construction.

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Catéchisme n° 121

Le sacrement de pénitence

Camps d'été 2019

Pour garçons
et jeunes gens

Juillet 2019 : activités proposées par l'école Saint Joseph des Carmes (camp travaux, camp vélo)
Vox cantorum : camp de vacances pour garçons à partir de 8 ans - 30 juin au 6 juillet 2019 à Châteauroux (36)
Camp Saint-Joseph pour garçons de 8 à 13 ans à Bourg-Saint-Pierre, du 6 au 20 juillet 2019
Camp pour garçons de 10 à 15 ans à St-Aubin-d'Aubigné (35) du 8 au 21 juillet
Camp St-Pierre J-E. pour garçons de 14 à 17 ans au milieu des volcans d'Auvergne
du 11 au 26 juillet

Camps Saint-Pie X à l'Etoile du Matin à Eguelshardt du 12 et du 15 au 30 Juillet 2019
Camp Bx Théophane Vénard pour garçons de 8 à
13 ans du 17 au 30 juillet à Kernabat

Camp Saint-Dominique pour garçons de 13 à 17 ans en Dauphiné du 27 juillet au 10 août
Compagnons de l'Immaculée Conception - Camp garçons du 1er au 15 août 2019 à Saint-Bonnet-le-Château (42)
Camp itinérant à vélo Raid Saint Christophe du 5 au 19 août 2019 pour les garçons de 14 à 17 ans

Pour filles et
jeunes filles

Soeurs de la FSPX - Camp Marie Reine du 10 au 19 juillet pour filles de 7 à 17 ans
à Châteauroux

Soeurs de la FSPX - Camp ménager du 23 juillet au 1er août pour jeunes filles de 15 à 18 ans à Châteauroux
Soeurs de la FSPX - Camp Marie Reine du 23 juillet au 1er août pour filles de 7 à 17 ans à Châteauroux
Compagnons de l'Immaculée Conception - Camp filles du 17 au 31 juillet 2019 à Saint-Bonnet-le-Château (42)

Rome et la FSSPX : sanctions, indults, Motu proprio, levée des excommunications, discussions doctrinales...
La Porte Latine a fait la recension de plus de 1 600 textes concernant la crise de l'Eglise et ses conséquences sur les rapports entre Rome et la FSSPX.On peut prendre connaissance de l'ensemble ICI


Carte de France des écoles catholiques de Tradition
La Porte Latine vous propose la carte de France des écoles de Tradition sur laquelle figurent les écoles de garçons, de filles et les écoles mixtes. Sont mentionnées les écoles de la FSSPX et des communautés amiesVoir ICI


Intentions de la Croisade Eucharistique pour 2019
La Fraternité Sacerdotale Saint Pie X se propose de reconstituer en son sein une Croisade Eucharistique des Enfants, restaurant ainsi ce qui fût autrefois une oeuvre impressionnante tant par sa mobilisation que par son rayonnement spirituel.Tous les renseignements sur la Croisade ICI



Vendredi 23 août 2019
06:56 20:51