logos-lpl-separator-blc

Suisse : Vatican II, que célèbre-t-on au juste et pourquoi ?, Yvon Tranvouez – 14 octobre 2012

Partager sur print
Partager sur email
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur whatsapp

Le 4 octobre 2012, une Journée d’étude a eu lieu à l’université de Fribourg, en l’honneur du professeur d’histoire contemporaine Francis Python,appelé à prendre sa retraite. « Pour rendre hommage à son engagement et à son rayonnement dans le monde académique et dans la cité », la journée était consacrée aux thématiques qu’il a contribué à enrichir : l’histoire sociale du fait religieux et l’histoire du canton et de la ville de Fribourg. A cette occasion Yvon Tranvouez, professeur d’histoire contemporaine à l´Université de Brest, a défini les mutations du catholicisme français au cours du siècle dernier dans sa conférence intitulée Espaces et temps dans le catholicisme contemporain (XIXe et XXe). Il y a dressé un tableau qui n’est pas sans intérêt.

Commémorer les 50 ans de Vatican II, c´est comme célébrer le bicentenaire de la Révolution française, a-t-il exposé, on ne sait pas trop ce qu´on célèbre ni pourquoi. Le débat public dans l´Eglise est focalisé sur l´héritage du concile Vatican II, pourtant daté face à un monde qui a beaucoup changé depuis, s´étonne Yvon Tranvouez. C´est un passé qui ne passe pas. La commémoration de Vatican II lui rappelle celle du bicentenaire de 1789. Que célèbre-t-on au juste et pourquoi ? D´un côté, on a ceux qui pensent que tout est bon dans le Concile, de l´autre, ceux qui jugent que tout est mauvais. Pour l´historien, Benoît XVI s´illusionne à vouloir tout tenir ensemble. Le pape qualifie Vatican II de « boussole pour l´Eglise » et son ancien ami Hans Küng utilise la même image pour parler de la perte de « l´esprit du Concile ». La boussole ne devient-elle pas un boulet ? Que peut signifier Vatican II pour les jeunes catholiques, s´interroge-t-il ?

A l´idée de rupture radicale, l’historien préfère celle de développement cyclique de phases. Le changement de décor est net, mais il n´y a pas de changement fondamental de la scène catholique. La « révolution conciliaire » commence-t-elle déjà avec les premières réformes de Pie XII dans les années 50 ? Se termine-t-elle avec mai 1968 ou plus sûrement en 1978 avec l´accession au pontificat de Jean-Paul II ? Aux yeux d’Yvon Tranvouez, le Concile ne sera pas terminé avant la réconciliation des progressistes et des conservateurs. C´est pour cela qu´il occupe encore autant les esprits.

L’universitaire breton rappelle à travers la « génération Jean-Paul II » le besoin de la jeunesse de s´identifier autour d’idéaux mobilisateurs, le plus souvent liés à une personnalité forte. Aujourd´hui, dit-il, la « génération Jean-Paul II » ce sont beaucoup d´initiatives à l´horizon aléatoire. A l´instar de ceux qui du passé voulaient faire table rase, les jeunes catholiques sont parfois amnésiques et ne sentent pas le besoin de s´inscrire dans une lignée. La référence est celle des chrétiens des premiers temps de l´Eglise parés de toutes les vertus.

Jusqu´à la moitié du XXe siècle, pour un catholique les références étaient : mon curé, mon évêque et le pape, relève Yvon Tranvouez. Pour le catholique du XXIe siècle, les références restent les mêmes, mais le sens s´est inversé : le pape, mon évêque, mon curé. Pendant longtemps la paroisse était le lieu naturel de l´existence chrétienne, du baptême dans l´église de son village jusqu´à ses funérailles, souvent dans la même église. Cette époque était marquée par la présence prédominante du clergé. Du fait de la mobilité sociale et de l´effondrement des vocations, ce cadre paroissial a éclaté. Aujourd´hui, la paroisse est plus un rassemblement électif qu´une circonscription territoriale. Le fidèle choisit sa paroisse selon ses propres critères. Plus récemment, le diocèse devient l´espace privilégié comme une ´super-paroisse´, note-t-il.

Pour Yvon Tranvouez, l´attachement à Rome reste bien réel, même si on s´éloigne des enseignements qui en émanent. En revanche, l´espace de l´Eglise missionnaire a quasiment disparu de l´horizon contemporain. L´idée de l´expansion du christianisme jusqu´aux confins de tous les continents faisait rêver le fidèle des années 1930. Celui des années 2000 pense respect des cultures, refus du prosélytisme et dialogue interreligieux.

Sources : Apic/université de Fribourg – du 09/11/12

fraternité sainte pie X