logos-lpl-separator-blc

Euthanasie et fin de vie (3) – Les motifs invoqués pour autoriser l’euthanasie

Partager sur print
Partager sur email
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur whatsapp

1er motif : la pitié et la compassion pour la souffrance d’autrui

Ce motif, largement répandu dans la société moderne, a une origine protestante. C’est en effet un pasteur épiscopalien, professeur et théologien protestant, Joseph Fletcher [1] qui l’a exposé et rendu populaire dans les années 60. A peu près à la même époque que Pie XII, ce professeur justifiait à l’époque tout type d’euthanasie, du moment que c’est l’amour du prochain qui en est le moteur. Ainsi, l’amour du prochain, la pitié, la compassion pourrait tout à fait justifier d’aider quelqu’un à mettre fin à ses jours. Pour ce pasteur protestant donc, la fin justifie les moyens. Pie XII n’avait pas attendu les écrits de Joseph Fletcher pour mettre en garde contre cette fausse notion de compassion. Dès 1947, il écrivait : « Nous pensons à cette tendance généreuse qui nous fait éprouver comme nôtres les sentiments d’autrui, compatir à leurs angoisses, partager leurs peines. […] Dans l’ordre social, une pareille sensibilité aveugle l’esprit et lui fait soutenir en théorie des thèses monstrueuses, prôner des pratiques immorales et néfastes. N’en est-ce pas une que cette fausse pitié qui prétend justifier l’euthanasie et soustraire l’homme à la souffrance purificatrice et méritoire, non par un charitable et louable soulagement, mais par la mort telle qu’on la donne à un animal sans raison et sans immortalité ? »

2e motif : la liberté humaine

En 1885, Nietzsche, dans son recueil Ainsi parlait Zarathoustra, faisait déjà l’éloge de la « mort libre, qui vient de moi, parce que je le veux. » C’est l’orgueil humain poussé à l’extrême, orgueil attisé par le démon qui est « homicide depuis le début » et qui se joue ainsi de ces « héros » de l’humanité déchue, croyant être le maître de leur vie et de leur mort.

3e motif : la dignité humaine

Ce motif est lié à la fausse notion de liberté humaine, érigée en principe directeur de tout l’agir. L’homme ne veut plus se voir diminuer par la maladie, la vieillesse ou la souffrance, et exige de pouvoir mourir avec dignité, c’est-à-dire d’être euthanasié quand il est encore en pleine possession de ses moyens.

4e motif : l’intérêt de la société

Ce motif fut mis en avant par Hitler en Allemagne, et a resurgi de nos jours pour essayer de justifier l’injustifiable. Hitler en effet, dès 1939, mit au point le programme aktion T4, appelé aussi « programme d’euthanasie ». C’était un véritable protocole d’élimination des handicapés physiques et mentaux. Son but était d’éliminer ceux que les eugénistes et leurs partisans considéraient comme des fardeaux génétiques et financiers pour la société et l’Etat allemands : les personnes atteintes de handicaps psychiatriques, neurologiques ou physiques. Hitler imposa le mot de « gnadentod » qui peut se traduire par « mort infligée par pitié » ou « mort miséricordieuse », pour faire passer cette loi. Rappelons que dès 1940, le pape Pie XII faisait publier une communication qui rappelait que : « il est interdit de tuer, sur ordre de l’autorité publique, des personnes […] qui du seul fait d’une infirmité psychique ou physique, ne peuvent plus être utiles à la nation » (2 décembre 1940).

Abbé Thierry Legrand

Sources : La Porte Latine du 11 décembre 2019

Accédez à la conférence complète

(1) Introduction
(2) Historique rapide de la législation en France
(3) Les motifs invoqués pour autoriser l’euthanasie
(4) Questions de mots
(5) L’acharnement thérapeutique
(6) Réponse aux motifs pro-euthanasie
(7) Regard chrétien sur la mort et la souffrance

Notes de bas de page

  1. Pour information, ce professeur fut le président de l’Euthanasia Society of America (plus tard appelée la Société pour le droit de mourir) de 1974 à 1976. Il est connu aussi pour sa théorie de l’éthique de situation, selon laquelle ce sont les circonstances et uniquement elles qui donnent la valeur morale à un acte ; les règles d’agir n’étant pas absolues. Le seul absolu serait l’amour du prochain. C’est lui qui garantirait la moralité des actes, mais chacun étant libres, selon les principes protestants, d’interpréter les exigences de cet amour à la lumière de sa conscience et des circonstances particulières à chaque acte.[]
fraternité sainte pie X