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Euthanasie et fin de vie (5) – L’acharnement thérapeutique

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Pie XII a en effet exprimé de façon claire l’attitude catholique face au problème de l’acharnement thérapeutique, problème que ce Souverain Pontife exposait sous la forme de deux questions : « a-t-on le droit, ou même l’obligation, d’utiliser les appareils modernes de respiration artificielle dans tous les cas, même dans ceux qui, au jugement du médecin, sont considérés comme complètement désespérés ? En second lieu, a-t-on le droit ou l’obligation d’enlever l’appareil respiratoire, quand, après plusieurs jours, l’état d’inconscience profonde ne s’améliore pas, tandis que, si on l’enlève, la circulation s’arrêtera en quelques minutes ? » (Pie XII, Discours sur les Problèmes de la Réanimation, 24 novembre 1957)

Si les circonstances ont quelque peu changé en cinquante ans, essentiellement d’ailleurs sur la distinction entre moyens ordinaires et moyens extraordinaires de maintenir un être humain en vie artificiellement, les principes eux restent immuables : « la raison naturelle et la morale chrétienne disent que l’homme (et quiconque est chargé de prendre soin de son semblable) a le droit et le devoir, en cas de maladie grave, de prendre les soins nécessaires pour conserver la vie et la santé. Ce devoir, qu’il a envers lui-même, envers Dieu, envers la communauté humaine, et le plus souvent envers certaines personnes déterminées, découle de la charité bien ordonnée, de la soumission au Créateur, de la justice sociale et même de la justice stricte, ainsi que de la piété envers sa famille. Mais il n’oblige habituellement qu’à l’emploi des moyens ordinaires (suivant les circonstances de personnes, de lieux, d’époques, de culture), c’est-à-dire des moyens qui n’imposent aucune charge extraordinaire pour soi-même ou pour un autre. Une obligation plus sévère serait trop lourde pour la plupart des hommes, et rendrait trop difficile l’acquisition de biens supérieurs plus importants. La vie, la santé, toute l’activité temporelle, sont en effet subordonnées à des fins spirituelles. Par ailleurs, il n’est pas interdit de faire plus que le strict nécessaire pour conserver la vie et la santé, à condition de ne pas manquer à des devoirs plus graves » (Pie XII, Discours sur les Problèmes de la Réanimation, 24 novembre 1957).

Ensuite Pie XII en vient à donner la solution pratique au problème soulevé : « l’anesthésiologue a le droit, dans tous les cas d’inconscience profonde, même dans ceux qui sont complètement désespérés au jugement d’un médecin compétent, d’utiliser les appareils modernes de respiration artificielle, même contre la volonté de la famille. Mais il n’en a pas l’obligation, à moins que ce ne soit l’unique moyen de satisfaire à un autre devoir moral certain. Les droits et les devoirs du médecin sont corrélatifs à ceux du patient. Le médecin, en général, ne peut agir, que si le patient l’y autorise explicitement ou implicitement (directement ou indirectement). La technique de réanimation, dont il s’agit ici, ne contient en soi rien d’immoral ; aussi le patient – s’il était capable de décision personnelle – pourrait l’utiliser licitement et, par conséquent, en donner l’autorisation au médecin. Par ailleurs, comme ces formes de traitement dépassent les moyens ordinaires, auxquels on est obligé de recourir, on ne peut soutenir qu’il soit obligatoire de les employer. […] S’il apparaît que la tentative de réanimation constitue en réalité pour la famille une telle charge qu’on ne puisse pas en conscience la lui imposer, elle peut licitement insister pour que le médecin interrompe ses tentatives, et le médecin peut licitement obtempérer. Il n’y a en ce cas aucune disposition directe de la vie du patient, ni euthanasie, ce qui ne serait jamais licite ; même quand elle entraîne la cessation de la circulation sanguine, l’interruption des tentatives de réanimation n’est jamais qu’indirectement cause de la cessation de la vie, et il faut appliquer dans ce cas le principe du double effet et celui du volontarium in causa » (Pie XII, Discours sur les Problèmes de la Réanimation, 24 novembre 1957).

Mais une fois que ces moyens ont été utilisé et ont été efficaces, qu’en est-il de « débrancher » quelqu’un qui a été maintenu en vie et qui ne demeure en vie que grâce à des appareils ? Pie XII continue : « Ainsi avons-Nous déjà répondu pour l’essentiel à la deuxième question : Le médecin peut-il enlever l’appareil respiratoire avant que ne se produise l’arrêt définitif de la circulation ? Il faut répondre affirmativement, comme Nous l’avons déjà expliqué. »

Réponses claires de Pie XII, mais réponse, en tout cas pour la deuxième réponse, qui peut nous surprendre. Pie XII semble autoriser l’arrêt de l’appareil respiratoire alors qu’il reste des signes de vie chez le patient. En fait, c’est la notion de moyens extraordinaires qui a varié depuis Pie XII. Le respirateur artificiel était quelque chose de vraiment extraordinaire à son époque. Cinquante ans plus tard ce n’est plus le cas. Quand aujourd’hui on « débranche » un patient, cela normalement ne concerne que l’intubation dite profonde mais pas la simple assistance respiratoire (moyen ordinaire). Il est tout à fait légitime de supprimer une intubation pour voir si le malade respire spontanément encore (avec la simple assistance respiratoire). Et si ce n’est pas le cas, en tant que catholique, on n’est pas tenu de réintuber (moyen extraordinaire).

Abbé Thierry Legrand

Sources : La Porte Latine du 11 décembre 2019

Accédez à la conférence complète

(1) Introduction
(2) Historique rapide de la législation en France
(3) Les motifs invoqués pour autoriser l’euthanasie
(4) Questions de mots
(5) L’acharnement thérapeutique
(6) Réponse aux motifs pro-euthanasie
(7) Regard chrétien sur la mort et la souffrance

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