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Lyon, les 27 et 28 novembre 2004

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Conférence
Abbé Guy Castelain, Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X

Colloque marial, Lyon, les 27 et 28 novembre 2004

Suite 1 de la conférence de l’abbé Castelain

II. L’Immaculée intervient dans l’Histoire.

Nous allons voir maintenant comment l’Immaculée va venir discrètement encourager et soutenir l’Eglise dans l’Histoire moderne. Nous allons faire allusion, à quelques apparitions de la Vierge Marie : toutes, sans exception, ont été reconnues par l’Eglise catholique. Nous allons contempler cinq tableaux. Nous y verrons l’Immaculée intervenir spécialement pour remédier à la crise du sanctuaire, pour contrecarrer l’erreur du libéralisme et pour neutraliser le fléau du communisme.

A. Au XVI° siècle à Manrèse.

C’est durant ce siècle que le fléau du protestantisme, qui est à l’origine de la crise néo-protestante actuelle, va se développer avec Luther. Le Bon Dieu va susciter saint Ignace pour l’enrayer. L’immaculée va également intervenir : c’est elle qui va inspirer à saint Ignace, dans la grotte de Manrèse, les fameux Exercices spirituels :

« Saint Ignace apprit de la Mère de Dieu elle-même comment il devait combattre les combats du Seigneur. Ce fut comme de ses mains qu’il reçut ce code si parfait. dont tout soldat de Jésus-Christ doit se servir(35). »

Notons que la crise liturgique actuelle remonte également à la révolte de Luther, car Bugnini, l’artisan de la réforme liturgique de Paul VI, disait qu’il fallait, dans cette réforme conciliaire, « écarter toute pierre qui pourrait constituer l’ombre d’un risque d’achoppement ou de déplaisir pour nos frères séparés »(36). Mais l’Immaculée apportera sa réponse le siècle suivant…

B. Au XVII° siècle à Quito.

La Vierge Immaculée va donc intervenir dans la crise du sanctuaire qui débute, en réalité, avec le protestantisme, car celle que nous connaissons aujourd’hui – dénoncée vigoureusement par le Saint Siège(37) lui-même en 2003 – n’est qu’un écho de celle inaugurée par Luther au XVI° siècle.
Or, que voit-on du côté de la Vierge Immaculée ? Le 2 février 1634, à Quito, capitale de l’Equateur, la Mère Marie-Anne de Jésus Torres, de l’Ordre de l’Immaculée Conception, priait devant le Saint Sacrement quand, subitement, la lampe qui brillait devant l’autel s’éteignit. Comme elle essayait de la rallumer, une lumière surnaturelle inonda l’église : « Fille chérie de mon cour, je suis Marie du Bon Suceso, etc. ». Après ces paroles, Notre-Dame s’est mise à parler de l’Ordre de l’Immaculée Conception et spécialement de la Conception de Quito. La Vierge continue :

« La lampe qui brûle devant l’amour prisonnier et que tu as vue s’éteindre a beaucoup de signification. La première : à la fin du XIX° siècle et durant une grande partie du XX° siècle, diverses hérésies foisonneront sur cette terre alors république libre. La lumière précieuse de la foi s’éteindra dans les âmes en raison de la corruption presque totale des mours […]. La seconde : Mes communautés seront désertées […]. Combien de vraies vocations périront par manque de direction adroite, prudente pour les former […]. Le troisième motif pour lequel la lampe s’est éteinte, c’est qu’en ce temps-là l’atmosphère sera remplie de l’esprit d’impureté qui, telle une mer immonde, inondera les rues, les places et endroits publics. Cette liberté sera telle qu’il n’y aura plus au monde d’âme vierge. Un quatrième motif est que, s’étant emparé de toutes les classes sociales, les sectes tendront, avec une grande habilité, de pénétrer dans les familles pour perdre jusqu’aux enfants. Le démon se glorifiera de se nourrir d’une manière perfide du cour des enfants. C’est à peine si l’innocence enfantine subsistera. Ainsi les vocations sacerdotales se perdront […]. Les prêtres s’écarteront de leurs devoirs sacrés et dévieront du chemin tracé par Dieu. Alors, l’Eglise subira la nuit obscure à cause de l’absence d’un prélat et d’un Père qui veille avec amour, douceur, force et prudence, et beaucoup d’entre eux perdront l’esprit de Dieu, mettant en grand danger leur âme. Prie avec insistance, crie sans te fatiguer et pleure sans cesse avec des larmes amères dans le secret de ton cour, demandant à Notre Père du Ciel que, par amour pour le Cour Eucharistique de mon très saint Fils, pour son Précieux Sang versé avec tant de générosité et pour les profondes amertumes et douleurs de sa Passion et de sa mort, il prenne en pitié ses ministres et qu’il mette fin à des temps si funestes, envoyant à l’Eglise le prélat qui devra restaurer l’esprit de ses prêtres. Ce fils que je chéris, celui que mon divin Fils et moi aimons d’un amour de prédilection, nous le comblerons de beaucoup de dons, de l’humilité de cour, de la docilité aux diverses inspirations, de force pour défendre les droits de l’Eglise […] Il conduira avec une douceur toute divine les âmes consacrées au service divin […]. Il tiendra en sa main la balance du sanctuaire pour que tout se fasse avec poids et mesure en sorte que Dieu soit glorifié. Ce prélat et père, sera le contrepoids de la tiédeur des âmes consacrées dans le sacerdoce et la religion. […] Il y aura une guerre affreuse où coulera le sang des religieux […]. Alors arrivera mon heure : de façon stupéfiante, je détruirai l’orgueil de Satan, le mettant sous mes pieds, l’enchaînant dans l’abîme infernal […]. Le cinquième motif pour lequel la lampe s’est éteinte est que […] le peuple deviendra indifférent aux choses du bon Dieu, prenant l’esprit du mal et se laissant entraîner à tous les vices et passions. […] Ma chère fille, s’il t’était donné de vivre en ces temps funestes, tu mourrais de douleur en voyant se réaliser tout ce que je t’ai annoncé(38). »

Je vous laisse faire l’application de cette prophétie à notre époque. Je me permets de vous rappeler, pour cela, que les prophéties ne sont pas faites pour nous dire quand les choses arriveront, mais pour que, lorsqu’elle arrive, nous comprenions que Dieu l’avait bien annoncé, et que nous reconnaissions qu’est arrivé ce qui avait été prophétisé.

C. Au XVIII° siècle, le monde déclara la guerre à Dieu.

La guerre du libéralisme, secrète, sournoise et cachée, commence avec la fondation de la Franc-Maçonnerie en 1717, c’est-à-dire un an après la mort – en 1716 – du père de Montfort. Parmi les deux acteurs principaux, se trouve un protestant rochelais. Le père de Montfort était parfaitement au courant de ce qui se tramait, il en avait eu l’intuition : dans son livre L’Amour de la Sagesse éternelle, il démasque les alchimistes à la recherche de la fausse sagesse. Or ces alchimistes constituent une des deux branches à l’origine de la Franc-maçonnerie(39).
La guerre du libéralisme, officielle, ouverte et publique commence avec la grande Révolution française de 1789. Les révolutionnaires choisissent pour emblème de leur révolte le bonnet phrygien, le bonnet des esclaves affranchis à Rome : leur révolte est en réalité une révolte contre la Rome catholique et l’Eglise. A cette époque le Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge disparaît comme l’avait prophétisé le père Grignion :

« Je prévois bien des bêtes frémissantes, qui viennent en furie pour déchirer avec leurs dents diaboliques ce petit écrit et celui dont le Saint-Esprit s’est servi pour l’écrire, ou du moins pour l’envelopper dans les ténèbres et le silence d’un coffre, afin qu’il ne paraisse point ; ils attaqueront même et persécuteront ceux et celles qui le liront et réduiront en pratique. Mais n’importe ! Mais tant mieux ! Cette vue m’encourage et me fait espérer un grand succès, c’est-à-dire un grand escadron de braves et vaillants soldats de Jésus et de Marie […] pour combattre le monde, le diable et la nature corrompue, dans les temps périlleux qui vont arriver plus que jamais(40). »

Ce petit Traité va réapparaître providentiellement au bon moment comme nous le verrons bientôt. Disons tout de suite pour terminer ce parallèle entre le père de Montfort et la Révolution, qu’il sera canonisé, en 1947, un an avant la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948, qui n’est autre que la codification juridique du droit révolutionnaire contraire, comme le dit Mgr Gaume, au droit de Dieu. Comme en 1715, l’Apôtre marial précède la Révolution d’un an : la Vierge Immaculée ne se laisse jamais devancer ! Veuillez noter que 1947 est aussi l’année du sacre épiscopal de notre fondateur…

D. Au XIX siècle à La Rue du Bac, à Lourdes et à La Salette.

L’Immaculée va intervenir, cette fois, pour contrecarrer les erreurs du libéralisme. Déjà, à Quito, elle avait signalé les erreurs des XIX° et XX° siècles. Le libéralisme est la grande erreur du XIX°, tandis que le communisme est la grande erreur du XX°. Ce sont donc les apparitions de la Rue du Bac, de Lourdes et de La Salette, du XIX° siècle, qui nous intéressent dans cette étude de l’action de la Vierge contre le libéralisme.
En 1830, l’apparition de Notre-Dame à Sainte Catherine Labouré à la Rue du Bac ouvre le grand cycle des apparitions mariales récentes qui vont promouvoir la dévotion populaire à l’Immaculée. Ces apparitions se situent au cour du combat catholique anti-libéral du XIX° siècle. Marie choisit discrètement une date emblématique pour entrer dans ce combat : en octobre 1830, Félicité de Lamennais, père du libéralisme catholique dont nous souffrons aujourd’hui, fondait à Paris, avec quelques-uns de ses disciples, un quotidien, L’Avenir, qui contenait en germe le libéralisme catholique(41). Cette apparition de 1830 est un préambule à la proclamation du dogme de l’Immaculée conception(42). Or, c’est précisément l’année de la proclamation du dogme de l’Immaculée conception, en 1854, que Dieu met un terme à la carrière de Lamennais : en 1854 qu’il quittait ce monde. C’est la réponse de l’Immaculée qui prend les choses en main personnellement. Quatre années plus tard, à Lourdes, à l’occasion des apparitions à sainte Bernadette, en 1858, l’Immaculée vient conforter le vicaire de son Fils dans son magistère: « Je suis l’Immaculée Conception » dit-elle en réponse à l’Eglise qui vient de proclamer le dogme.

Les apparitions de La Salette vont nous donner une lumière définitive sur l’intervention de l’Immaculée contre le libéralisme. Dans le cadre de cette théologie mariale de l’Histoire, un seul passage retiendra notre attention, un passage du message de La Salette, mérite une attention particulière, parce que la Vierge Immaculée y parle des âmes qui se sont consacrées à elle :

« J’adresse un pressant appel à la terre : [.] j’appelle mes enfants, mes vrais dévots, ceux qui se sont donnés à moi pour que je les conduise à mon divin Fils, ceux que je porte pour ainsi dire dans mes bras, ceux qui ont vécu de mon esprit ; enfin j’appelle les Apôtres des derniers temps, le fidèles disciples de Jésus-Christ qui ont vécu dans un mépris du monde et d’eux-mêmes, dans la pauvreté et dans l’humilité, dans le mépris et le silence, dans l’oraison et la mortification, dans la chasteté et dans l’union à Dieu, dans la souffrance et inconnus du monde(43). »

Notons pour commencer que, si l’Incarnation a eu lieu à la plénitude des temps, Fillion, dans son commentaire des épîtres précise que les derniers temps ont commencé avec Jésus-Christ. Nous y sommes donc depuis 2000 ans ! Ces paroles, donc, de Notre-Dame de la Salette, sont précisément l’écho du Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge du père de Montfort :

« Mais qui seront ces serviteurs, esclaves et enfants de Marie ? [.] Ce seront des Apôtres véritables des derniers temps, [.] ce seront de vrais disciples de Jésus-Christ, qui marchant sur les traces de sa pauvreté, humilité, mépris du monde et charité, enseignant la voie étroite de Dieu dans la pure vérité, selon le saint Evangile, et non selon les maximes du monde, sans se mettre en peine ni faire acception de personne, sans épargner, écouter ni craindre aucun mortel, quelque puissant qu’ils soit. Ils auront dans leur bouche le glaive à deux tranchants de la parole de Dieu ; ils porteront sur leurs épaules l’étendard ensanglanté de la Croix, le crucifix dans la main droite, le chapelet dans la gauche, les sacrés Noms de Jésus et de Marie sur leur coeur, et la modestie et mortification de Jésus-Christ dans toute leur conduite(44). »

Il s’agit presque d’un mot à mot de la Vierge Marie, vis-à-vis du Traité. Or, le Traité de la vraie dévotion a été retrouvé le 22 avril 1842, soit quatre années avant les apparitions de Notre-Dame de la Salette. Cette année-là était précisément l’époque à laquelle les ouvres du père de Montfort allaient être envoyées à Rome dans le cadre de l’examen de sa cause. La providence organisait tout pour que soit retrouvée la pièce maîtresse des ouvres de l’Apôtre marial(45). La voix du Traité deviendra, en quelque sorte celle de Rome, selon l’enseignement de saint Pie X et de Pie XII comme nous l’avons déjà vu.
Une fois encore, avec La Salette, la Vierge Marie vient encourager l’Eglise dans la voie mariale. Mais, surtout, elle vient donner le remède dont les âmes ont besoin. Un fait significatif nous le fera comprendre : en 1997 a été retrouvé un manuscrit de Victor Schoelcher, sous-secrétaire aux colonies, Franc-maçon, revendiquant l’abolition de l’esclavage. Ce document est le plus ancien en la matière : il est daté de 1842. C’est-à-dire l’année même de la découverte du Traité. Mais tandis que la maçonnerie travaille activement à cette abolition, elle instaure un esclavage beaucoup plus dur beaucoup plus grave et beaucoup plus périlleux : celui du libéralisme, ou du droit à l’erreur et au péché. Contre cet esclavage du démon, l’Immaculée nous indique le remède, celui contenu dans le Traité de la vraie dévotion : c’est-à-dire le Saint Eclavage. Car, comme le dit l’auteur du Traité :

« Avant le baptême, nous étions esclaves du diable ; le baptême nous a rendus esclaves de Jésus-Christ : ou il faut que les chrétiens soient esclaves du diable, ou esclaves de Jésus-Christ [.]. Tout ce qui convient à Dieu par nature, convient à Marie par grâce, disent les saints ; en sorte que, selon eux, n’ayant tous deux que la même volonté et la même puissance, ils ont tous deux les mêmes sujets, serviteurs et esclaves. On peut donc, suivant le sentiment des saints et de plusieurs grands hommes, se dire et se faire l’esclave amoureux de la très sainte Vierge, afin d’être par là plus parfaitement esclave de Jésus-Christ(46). »

Bien entendu, d’un côté, il faut préciser qu’il s’agit d’un esclavage d’amour, volontaire, qui n’a rien à voir avec l’esclavage odieux établi entre les hommes. Mais, d’un autre côté, il faut préciser que l’expression Saint Esclavage est en quelque sorte incontournable, nonobstant les affirmation d’un jésuite, qui écrit(47) à ce sujet :

« Notre sensibilité culturelle elle-même éduquée [.] à la démocratie [.] rejette spontanément un mot qui évoque d’autres temps. [.] l’orientation des historiens de cette spiritualité qui sont portés à éviter cette formulation, en lui substituant une terminologie plus adaptée à la mentalité actuelle, nous semble très opportune [.]. D’autres formulations sont pensables [.] qui ne trahissent pas la pensée profonde du saint et qui le placent dans la culture d’aujourd’hui(48). »

En effet, toute la Tradition est unanime au sujet de la pratique chrétienne du Saint Esclavage(49) : Jésus « a pris la pris la forme d’esclave pour notre amour : Formam servi accipiens », et la Sainte Vierge s’est dite « l’esclave du Seigneur »(50) . Saint Paul(51) comme saint Jacques(52) se déclarent « servus Christi », c’est-à-dire esclave(53) du Christ. Le Père de Montfort précise à ce sujet : « lequel mot de servus [.] ne signifiait autrefois qu’un esclave, parce qu’il n’y avait point encore de serviteurs comme ceux d’aujourd’hui. »(54). Saint Thomas d’Aquin affirme que « celui-là est vraiment esclave qui s’est obligé à servir. »(55). Sainte Thérèse d’Avila déclare : « Savez-vous bien ce que c’est d’être vraiment spirituel ? C’est se faire l’esclave de Dieu »(56). Sainte Marguerite-Marie « se voue comme esclave à la Vierge, Mère de Dieu, pour appartenir en cette même qualité au Cour sacré de l’adorable Jésus »(57). Saint Ignace de Loyola, dans la contemplation de Jésus et Marie dans le mystère de la nativité, dit : « Je me tiendrai en leur présence comme un petit mendiant et un petit esclave indigne de paraître devant eux »(58). Le Saint Esclavage, c’est donc la grande tradition évangélique.
De plus, dans le Traité de la vraie dévotion, le Père de Montfort fait un véritable travail théologique : il distingue les « deux manières ici-bas d’appartenir à un autre et de dépendre de son autorité »(59); il distingue « trois sortes d’esclavages »(60); il établit, en cinq points, qu’il y a « une totale différence entre un serviteur et un esclave »(61). Il signale que le Catéchisme du concile de Trente ne laisse « aucun doute que nous soyons esclaves de Jésus-Christ », car il l’exprime « par un terme qui n’est point équivoque, en nous appelant mancipia Christi : esclaves de Jésus-Christ »(62). Il conclut : « Je dis que nous devons être à Jésus-Christ et le servir, non seulement comme des serviteurs mercenaires, mais comme des esclaves amoureux »(63). Quand un théologien s’applique à un tel travail de distinction, de définition et de précision, c’est qu’il veut donner un sens précis aux mots qu’il emploie et qu’il tient à ce que ces mots soient entendus comme il le désire. Evacuer l’expression Saint Esclavage c’est donc rompre avec la Tradition et trahir la pensée du père de Montfort. Le P. Poupon, dominicain, est formel à ce sujet :

« Ils commettent une erreur, ils causent un dommage ceux qui prétendent en éliminer le vocable ; ils édulcorent sinon transforment la spiritualité du saint poète [Le Père de Montfort] ; car on ne saurait faire subir un changement quelconque à la propriété d’une chose sans altérer la nature de cette chose(64). »

Le cardinal Gerlier, confirme la chose dans son introduction du livre du dominicain :

« Le R.P. Poupon [.] maintient le terme esclavage de Marie malgré les attaques dont il a été l’objet, malgré la rudesse apparente d’un vocabulaire avec lequel sont peu familiarisées les oreilles modernes. Sans doute, ce terme n’est aucunement imposé : et ceux qui préfèrent ne pas l’employer restent libres. Mais, pour le conserver, ne suffit-il pas, en réalité, de le comprendre ? Il ne s’agit pas ici de vaines disputes de mots. La consécration mariale de Montfort requiert une parfaite et totale dépendance vis-à-vis de la Vierge Marie. Or aucun terme n’a plus d’efficacité pour marquer cette dépendance que celui d’antan(65). »

Les montfortains postconciliaires les plus lucides affirment la même thèse :

« Quand on veut vraiment pénétrer et expliquer en profondeur la pensée de Montfort, il faut bien recourir à son texte, en exposer le sens et montrer sa conformité au donné évangélique(66). »

Redisons-le : au moment même ou s’instaure l’esclavage du libéralisme, sous couvert de la libération de l’esclavage humain, la Providence nous propose le vrai remède : le Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge qui enseigne le Saint Esclavage de Jésus en Marie, comme grand remède à l’esclavage du péché. C’est pourquoi, personnellement, j’appelle le Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge le Manuel du combat marial anti-libéral.

E. Au XX° siècle à Fatima.

L’Immaculée Conception va ensuite s’intéresser au problème au fléau du communisme. Pour cela elle apparaît à Fatima, au XX° siècle sous le signe du Cour Immaculé. Sous des apparences différentes, c’est toujours la Mère de Dieu qui apparaît. C’est donc toujours l’Immaculée Conception qui apparaît également : à Fatima comme à La Salette ; à La Salette comme à Lourdes ; à Lourdes comme à la Rue ru Bac. Veuillez remarquer que, comme la Vierge de Lourdes, la Vierge de Fatima décline son identité. A Lourdes, elle se présente comme l’Immaculée Conception, à Fatima elle se présente comme la Vierge du Rosaire :

« En octobre, Je dirai qui je suis [.] et Je ferai un miracle que tous verront pour croire [.] Je suis Notre-Dame du Rosaire(67). »

Une nouvelle fois la Vierge intervient dans l’histoire de l’Eglise pour encourager le vicaire de son Fils. Elle se manifeste quatorze ans après la mort de Léon XIII qui a écrit plus d’une vingtaine de fois en faveur du Rosaire, dont douze lettres encycliques. Jamais un pape n’avait autant écrit sur un seul et même sujet. Lui-même devait sa grande dévotion au Rosaire au père de Montfort surnommé Le Père au Grand chapelet(68). L’Immaculée vient de nouveau encourager le pape dans sa dévotion mariale.
Elle vient aussi pour nous apprendre les moyens de faire triompher son Cour Immaculé. La très sainte Vierge a affirmé le 13 juillet 1971 : « A la fin mon Cour Immaculé triomphera »(69). Elle préconise pour cela la Consécration de la Russie et la Dévotion réparatrice des premiers samedis du mois. Saint Pie X avait déjà encouragé la dévotion des premiers samedis. Et ici encore, la Vierge Immaculée encourage la papauté. Pour ce qui est de la Consécration de la Russie, un éminent fatimologue affirme que la consécration n’a pas encore été réalisée(70), et qu’il est probable que le saint Père ne l’envisage pas durant son pontificat(71).
Pour conclure sur les interventions de Marie dans l’histoire, disons qu’à l’aube du 3ème millénaire, le libéralisme et le communisme se sont, non seulement répandu dans le monde entier, mais ont aussi, pour ainsi dire, fusionné dans ce qu’il faut appeler un communisme libéral ou un libéralisme communiste, ceci par un double phénomène convergeant : la communisation du libéralisme et la libéralisation du communisme. Ces deux tendances, même si elles ne sont pas arrivées à leur pleine maturation, convergent vers leur terme commun, le culte de l’homme en vue du règne de l’Antéchrist, qui instaurera cette synthèse politique qui sera encore plus terrible que les deux fléaux. Ce système politique diabolique consistera en un monde dans lequel toute erreur intellectuelle et tout mal moral a droit de cité, tandis que le vrai et le bien en seront juridiquement exclus. La tentative de loi contre l’homophobie en est que les prémisses. Règnera alors un unique esclavage : celui du démon dans toute son ampleur. C’est dans ce contexte décisif de l’histoire du salut que Marie fera triompher son Cour Immaculé. Elle donne pour cela une arme essentielle, la consécration montfortaine mariale du Saint Esclavage, et ses accessoires : d’une part, elle a livré au monde la Médaille miraculeuse à la Rue du Bac ; d’autre part, elle a rappelé, à Fatima, deux grandes pratiques mariales : celle du rosaire et celle du scapulaire(72). Ces dernières pratiques ne sont à la consécration que ce que le corps est à l’âme : c’est parce qu’une âme s’est consacrée dans l’armée mariale qu’elle porte sur elle le sceau de son appartenance ; c’est parce qu’elle s’est dépouillée de tout qu’elle porte le petit habit qu’est le scapulaire de la Vierge ; c’est parce qu’elle s’est liée à Marie par les chaînes du Saint Esclavage d’amour qu’elle récite le chapelet, dévotion qui l’enchaîne spirituellement à sa bien-aimée. C’est ainsi que l’apôtre marial enseigne comment mettre en pratique l’affirmation de la Vierge à la sour Lucie de Fatima, qui s’adresse aussi à toutes les âmes :

« Mon Cour Immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira jusqu’à Dieu(73). »

Suite 2 de la conférence de l’abbé Castelain

Notules

(35)Pie XI, Lettre Meditantibus nobis, 3.XII.1922, cité in Livre Bleu [LB], Le Pointet, 1992, p. 296.
(36)Osservatore Romano du 19 mars 1965.
(37)Voir le document Ecclesia de Eucharistia, Lettre Encyclique du souverain pontife sur l’Eucharistie dans son rapport avec l’Eglise, datée du 17 avril 2003. Voir sur ce sujet Sisinono N° 271 (461) d’octobre 2004, et Le Sel de la Terre N°46, automne 2003, pp. 16-22.
(38) Cité dans Fideliter N°66, de novembre-décembre 1988, p. 66 à 69.
(39)Connaissance élémentaire de la Franc-Maçonnerie, Arnaud de Lassus, AFS, 2° édition, 1996. p. 16-19.
(40)VD 114.
(41)Connaissance élémentaire du libéralisme catholique, Supplément au numéro 140, p. 10. AFS, 31, rue Rennequin, F-75017 Paris.
(42)Par la Bulle Ineffabilis Deus le Pie IX le 8 décembre 1954.
(43)Imprimatur de Mgr L’évêque de Lecce. Nihil obstat du 15 novembre 1879.
(44)VD N° 56 à 59.
(45)RPVD, Introduction.
(46)VD N°73
(47)Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, la doctrine christo-mariale, par G. Mucci, s.j. La Civilta cattolica, 3 février 2001.
(48) Le jésuite s’inspire du P. B. Cortinovis, Dimensione ecclesiale della spiritualita di san luigi Maria de Montfort, Rome, Edizioni monfortane, 1998, 216 s.
(49)Avant de donner les arguments de Tradition, un argument historique : l’expression esclave n’a jamais été plus odieuse aux hommes qu’à l’époque où la crucifixion des esclaves était pratiquée, c’est à dire jusqu’au IV° siècle. Même à cette époque, les apôtres se sont fait appeler Esclave du Christ .
(50)VD N°72. Cf. Phil. II, 7 et Lc I, 38.
(51)Rom. I, 1. Fillion précise en note : esclave au sens strict.
(52) Jac. I, 1.
(53)Fillion précise en note la signification grecque du mot : esclave.
(54) VD N°72.
(55)Somme théologique, IIae, IIae, q. 184, a. 4. Il y a une analogie entre la consécration religieuse et la consécration mariale montfortaine : la consécration mariale ne consiste pas en un vou, mais on s’y oblige à servir Jésus par Marie.
(56) Château intérieur, 7ème dem., Ch. IV, éd. Carmélites de Paris, p. 309.
(57)Ouvres complètes, éd. Gauthey, t. II, pp. 781-782.
(58)Exercices spirituels, N°114.
(59)La servitude et l’esclavage. VD N°69
(60)De nature, de contrainte et de volonté. VD N°70.
(61)VD N°71
(62)VD N°72 et 129. Catechismus Conc. Trid., pars I, c. 3.
(63)VD N°73.
(64)Le poème de la consécration à Marie, [PCM], par le Père Poupon, o.p. Bellecour, Lyon, 1947, p. 337.
(65) PCM, Préface du Cardinal Gerlier, archevêque de Lyon, p. 2.
(66)Les intuitions d’un auteur spirituel, par le P. A. Bossard, s.m.m. Louis-Marie de Montfort, Théologie spirituelle, Centre international montfortain, Rome 2002. p. 192, note 14.
(67)Fatima, joie intime, évènement mondial [FJE], publié par la Contre-réforme Catholique, Chapitre II, p. 41 à 87. 1ère citation, p. 60. La Vierge réitère le 13 septembre, p. 78. 2ème citation, p. 83.
(68)Voir Saint Louis-Marie Grignion de Montfort [LC], par le P. Le Crom, Clovis, 2003. p. 443.
(69) FJE, p. 61.
(70) Le Père Pierre Caillon. Voir sa brochure sur le sujet : « La consécration de la Russie aux Très Saints Cours de Jésus et Marie, Téqui, 1983. p. 52-53. Depuis la situation reste inchangé, nonobstant ce que l’on a pu dire….
(71) Le Père Caillon. Voir les six heures de conférences sur le thème Les papes et la consécration de la Russie au Cour Immaculé de Marie. Cassettes audio non disponibles dans le commerce, dans lesquelles il expose ses démarches personnelles auprès du pape Jean-Paul II en faveur de la consécration de la Russie et donne les raisons de cette probabilité.
(72)La Vierge s’est aussi montrée à Lucie en tant que Notre-Dame du Carmel : « Pourquoi dis-tu que Notre-Dame t’est apparue habillée comme Notre-Dame du Carmel ? [.] Parce qu’Elle avait quelque chose qui pendait de sa main ». FJE, p. 86-87.
(73) FJE, p. 55.