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16 août 1378

Saint Roch de Montpellier (2)

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Fête le 17 août

Retour à la première partie de la vie de saint Roch

Le riche devenu mendiant

Le riche seigneur se fit donc serviteur du pauvre pèlerin ; il ne retournait plus à son château dans la crainte d’épouvanter les siens ou de leur communiquer la maladie de son protégé. Mais le chien n’apportait plus de nourriture et le seigneur fut rempli d’inquiétude.

  • Comment ferai-je, demanda-t-il pour trouver à manger ?
  • Prenez mon manteau, lui répondit Roch, et allez quêter dans les environs.

L’humiliation semblait grande à un personnage qui était connu de tous côtés ; mais, encouragé avec des parles surnaturelles, il partit pour l’amour de Dieu. Il tendait la main devant chaque porte, mais sa besace de mendiant ne se remplissait pas, les anges transportaient au ciel les injures, les refus, les mauvais traitements ; toutes ces épreuves il les recevait avec un bonheur qu’il n’avait pas encore connu parmi les plaisirs du monde.

Enfin, après une longue course, il rapporta au malade tout juste deux petits pains. Roch se réjouit de savoir que son bienfaiteur avait souffert pour l’amour de Jésus-Christ ; puis, afin d’imiter le divin Maître pardonnant à ses bourreaux, il se rendit lui-même à la ville et guérit par le signe de la croix les pestiférés de l’hôpital et des maisons particulières. Comme il retournait à sa chétive habitation, beaucoup de personnes, frappées des merveilles accomplies dans la ville, le suivaient en rendant grâce à Dieu.
Soudain, une voix venue du ciel se fait entendre :

  • Roch, mon fidèle serviteur, la santé t’est rendue, retourne en ta patrie et fais-y des œuvres de pénitence pour mériter d’être rangé parmi les Bienheureux.

A l’instant, Roch fut guéri. Un jeune homme se précipite à ses pieds, le prie d’étendre sa protection sur la ville et ses environs et il en reçoit l’assurance.

La charité récompensée

Cependant, Roch ne quitta pas aussitôt Plaisance. Il venait de conquérir une âme à Jésus-Christ, il voulait de plus en assurer la persévérance. Frappé des prodiges dont il avait été témoin, Gothard écouta avec plaisir les conseils de Roch qui le poussait dans la voie de perfection ; il renonça aux richesses et aux honneurs dont il jouissait pour mener au fond d’un bois une vie pauvre, oubliée, et entièrement donnée à Dieu. Son ami Roch le forma aux pratiques de la mortification et de la prière, et, quand il vit la marche de son disciple assurée dans ce nouveau chemin, il prit congé de lui. On ne connait pas la date de la mort de Gothard. Parfois, les anciens récits lui donnent le titre de Saint.

Le prisonnier innocent

Pour obéir à l’ordre descendu du ciel, Roch regagna sa patrie. Car, quoi qu’on ait pu en dire, c’est bien à Montpellier qu’il est revenu mourir. A ce moment-là, la ville était en état de guerre, un rien rendait un homme suspect. A peine Roch fut-il entré, qu’on s’empara de lui et qu’on le conduisit devant les tribunaux. Par la négligence de son oncle qui ne le reconnut point, il fut jeté en prison comme espion. Joyeux de pouvoir souffrir, Roch se garda bien de dire qui il était, imitant en cela l’exemple de saint Alexis.

Enfermé dans un cachot infect, où aucun rayon de lumière ne trouvait entrée, Roch y demeura cinq ans, souffrant tout pour l’amour de Jésus crucifié. Cela lui paraissait encore peu : il refusait les aliments cuits, se meurtrissait la poitrine de coups, déchirait tout son corps avec des fouets et passait tout le jour et la nuit en prière. Cependant un jour, une lumière éclatante illumina l’obscurité de cette prison : c’était Jésus qui venait annoncer au captif sa prochaine délivrance. La mort allait le retirer de la main des hommes.

L’heure de la délivrance – le triomphe

Pendant ce temps, une voix du ciel s’était fit entendre à Roch.

  • Voici ton heure arrivée, avait-elle dit, tu vas entrer dans ma gloire ; s’il te reste quelque grâce à demander, fais-le maintenant.

Le captif pria pour le pardon de ses fautes, son admission à la gloire céleste, et demanda à Dieu de préserver ou de délivrer de la peste tous ceux qui auraient recours à lui. Puis, il s’étendit sur la terre, leva les yeux vers le ciel, et sa belle âme s’échappa de son corps. C’était le 16 août 1327.A l’instant, à travers les fentes de la porte de son cachot, on vit paraître les rayons d’une brillante lumière : on s’empressa d’ouvrir, et l’on aperçut, étendu à terre, le corps du prisonnier devenu tout resplendissant. A côté, une planchette portait cette inscription : « Ceux qui, frappés de la peste, imploreront le secours de Roch, seront délivrés de la terrible maladie. »

Le fait fut aussitôt rapporté au magistrat de la cité. L’oncle de Roch fut rempli de douleur et de confusion, car, à son insu, il avait été le bourreau de son propre neveu et bienfaiteur insigne. Pour réparer sa cruauté dans la mesure du possible, il fit exposer les restes du saint homme à la vénération des fidèles : car, après les merveilles que l’on racontait de lui, personne ne doutait que Dieu l’eût mis au nombre des Saints. La foule s’empressait de venir lui baiser les pieds et les mains. On lui fit des obsèques triomphales. Ses restes furent déposés dans l’église principale, et plus tard on les transporta dans une chapelle bâtie en son honneur.

Le culte de saint Roch

Dès lors, les populations de la Provence et du Languedoc, celles des régions de l’Italie où Roch avait séjourné, eurent recours, dans toutes les maladies contagieuses, à la puissante intercession du serviteur de Dieu. Mais ce culte était local, il allait s’étendre à l’Eglise universelle. On raconte que tandis que le Concile général s’était réuni dans la ville de Constance pour mettre fin à ce qu’on a appelé « le Grand Schisme d’Occident », une terrible épidémie s’abattit sur la cité et menaça d’interrompre les travaux des Pères, au grand détriment de la chrétienté. Mais un jeune Allemand proposa, sous l’inspiration divine, de prier saint Roch, selon une pratique usitée déjà dans de nombreuses contrées en des circonstances semblables.

Aussitôt, on se livre à la prière, au jeûne ; on organise des processions dans lesquelles on porte l’image du saint pèlerin. Devant elles, le fléau paraît s’enfuir ; bientôt il ne reste plus un malade dans la ville, tous sont guéris. A ce moment-là saint Roch fut en quelque sorte canonisé par les acclamations des évêques. Rome confirma par la suite la légitimité de ces honneurs en autorisant sous le pontificat d’Alexandre VI, de pieuses confréries et l’érection d’une église en l’honneur du Saint en inscrivant ensuite son nom au martyrologe romain sous Grégoire XIII.

Saint Roch est honoré dans la famille franciscaine comme l’un des patrons du Tiers-Ordre, en vertu d’une tradition selon laquelle le saint pèlerin aurait fait partie de cette pieuse milice. Le Souverain Pontife Innocent XII accorda aux Frères Mineurs de l’Observance la faculté de célébrer sa fête sous le rite double majeur.

Iconographie et popularité de saint Roch

La dévotion des peuples envers le serviteur de Dieu, loin de s’affaiblir avec le temps, n’a fait que s’accroître. L’iconographie si riche du Saint en fournit en témoignage irrécusable. Depuis la fin du XIVe siècle, la sculpture et la peinture n’ont pas cessé, avec un art plus ou moins grand, mais toujours pour exprimer l’ardente confiance des peuples, de représenter saint Roch aux époques les plus caractéristiques de sa vie : on le voit principalement guérissant les pestiférés, averti par un ange qu’il est atteint par l’épidémie et montrant sa plaie, plus rarement recevant la nourriture d’un chien devenu son légendaire compagnon, ou encore mourant dans sa prison. Ses heureux concitoyens conservent et célèbrent sa mémoire avec un soin jaloux. Une magnifique église s’est élevée à Montpellier pour perpétuer à travers les âges le nom immortel de saint Roch. Chaque année, en cette église votive des foules nombreuses viennent implorer sa protection.

Toutefois, le culte de saint Roch est connu non pas seulement à Montpellier et dans les régions méditerranéennes, mais il est encore populaire dans toute la France, où le Saint est invoqué comme protecteur contre les épidémies et les épizooties, c’est-à-dire à la fois en faveur des hommes et des animaux. A Paris, autrefois la fête de saint Roch était devenue, sous la poussée de la dévotion populaire, fête d’obligation. Et quand au XVIIe siècle les archevêques Hardouin de Péréfixe puis François de Harlay voulurent faire cesser un usage qui ne s’appuyait sur aucune décision de l’autorité, ils rencontrèrent une vive opposition.D’ailleurs presque toutes les paroisses de cette ville avaient leur confrérie de Saint-Roch : le 16 août, les groupes professionnels de fripiers, rôtisseurs, « raccoutreurs » de bas, cardeurs de laine, paveurs, avaient aussi chacun leur cérémonie propre en diverses églises. Une belle église parisienne porte son nom ; la première pierre fut posée, en 1653, par Louis XIV enfant et la reine-mère Anne d’Autriche. Elle est le siège d’une confrérie affiliée à l’archiconfrérie de Montpellier. Saint Roch est aussi très honoré dans les églises de Lorraine et notamment à Nancy, où une église paroissiale lui fut élevée dans la ville neuve.

L’Italie, de son côté, n’a jamais cessé de faire preuve d’une grande vénération pour saint Roch. Sans parler de Rome, Venise, en particulier, lui a été élevé un magnifique sanctuaire pour abriter des reliques qui, par ruse, dit-on, furent dérobées à Montpellier en 1485. Reliques partielles, et non son corps tout entier comme l’affirme une tradition reprise par le Martyrologe, car dès avant 1485 des fragments très importants avaient été distraits de son corps, notamment au bénéfice d’églises provençales.

Source : Un saint pour chaque jour du mois, août, Maison de la Bonne PresseLa Porte Latine du 26 mars 2020