Sœur Marie-​Monique de Jésus : une vie donnée à Dieu

Sœur Monique avec le curé Esbistallier (1983)

« On ne vit seul, dans un monastère ou un ermitage, que pour vivre à deux : Dieu et l’âme qui se donne à lui. »

Sœur Marie-​Monique de Jésus est née le 18 avril 1931 à Toulouse, sous le nom de Monique Marguerite Louise Marie, fille de Jacques Dor, colo­nel d’aviation, et de Marie-​Madeleine Lalanne. Par son père, elle est l’arrière-petite-nièce de Pauline Jaricot : Jacques Dor était le fils de Gustave Dor et de Solange, née Jaricot, elle-​même petite-​fille de Paul Jaricot, frère de Pauline. Aînée d’une famille chré­tienne de dix enfants, Monique est bap­ti­sée le 23 avril 1931 à l’église Saint-​Martin du Touch. Elle fait sa pre­mière com­mu­nion le 26 juin 1938, reçoit la confir­ma­tion à Moissac le 17 juin 1941 et sa com­mu­nion solen­nelle le 4 juillet 1943.

Douée pour les études, elle obtient ses bac­ca­lau­réats en juin 1947 et 1948, avec une for­ma­tion en latin-​grec, puis une licence en droit à Paris en juin 1951. Elle obtient son cer­ti­fi­cat d’aptitude à la pro­fes­sion d’avocat (CAPA) en novembre 1952 et prête ser­ment devant la pre­mière chambre de la Cour d’appel de Paris le 3 décembre 1952. Elle sou­tient enfin sa thèse de doc­to­rat en droit à Paris le 20 juin 1956.

Elle exerce alors comme avo­cate, notam­ment auprès de pri­son­niers de droit com­mun. Pourtant, der­rière cette vie pro­fes­sion­nelle qu’elle aime, mûrit un appel pro­fond à la vie contem­pla­tive. Elle expli­que­ra plus tard : « J’aimais beau­coup ma vie d’avocate », mais elle dési­rait aller au-​delà des dos­siers pour décou­vrir « la véri­té de l’homme », cher­cher à l’aider et remé­dier à l’injustice. À 25 ans, au cours d’une retraite, elle reçoit, selon ses propres mots, des grâces et une expé­rience de Dieu « tel­le­ment fortes » qu’elle ne peut plus envi­sa­ger sa vie autre­ment que tota­le­ment don­née à Dieu.

En 1955, alors qu’elle tra­vaille encore à sa thèse de doc­to­rat, elle demande conseil à son grand-​oncle, le Père Paul-​Marie Jaricot, lui-​même deve­nu char­treux après vingt-​cinq années de vie mis­sion­naire en Asie. Dans une lettre du 19 novembre 1955, depuis la Chartreuse Notre-​Dame de Mougères, celui-​ci l’oriente notam­ment vers les reli­gieuses char­treuses de Nonenque pour dis­cer­ner sa voca­tion et lui recom­mande une for­ma­tion « virile et géné­reuse », ayant pour but la « par­faite Union à Dieu ».

L’ermitage de Sœur Marie-Monique

Le 8 sep­tembre 1956, Monique entre au monas­tère Sainte-​Marie de Prouilhe. Elle y prend l’habit le 7 sep­tembre 1957 et pro­nonce ses vœux tem­po­raires pour trois ans le 8 sep­tembre 1959. Elle quitte cepen­dant Prouilhe le 8 sep­tembre 1962 pour répondre à son appel à la vie éré­mi­tique. Elle gar­de­ra une pro­fonde affec­tion pour le monas­tère, qu’elle consi­dé­re­ra comme « le ber­ceau » de sa voca­tion contem­pla­tive. Dans une lettre adres­sée en 2016 à Mère Jean-​Baptiste, prieure de Prouilhe, elle expli­que­ra qu’elle avait besoin de davan­tage de prière silen­cieuse et de temps seule avec Dieu. Elle avait décou­vert, en obte­nant pro­vi­soi­re­ment la per­mis­sion de se lever plus tôt pour prier au Corino, com­bien cette soli­tude silen­cieuse lui était néces­saire. Elle esti­mait que la vie monas­tique, au fil des siècles, avait été for­te­ment ins­ti­tu­tion­na­li­sée et codi­fiée, alors que le silence demeure un élé­ment essen­tiel de la vie contem­pla­tive. Elle le décri­vait comme « la manne pré­cieuse qui des­cend du ciel que nous rece­vons pour nous-​même et pour l’Église ».

Après un court séjour dans un monas­tère domi­ni­cain de Paray-​le-​Monial, de sep­tembre 1962 à juin 1963, pour dis­cer­ner la volon­té de Dieu, elle arrive au Laus le 7 juin 1963. C’est là que com­mence véri­ta­ble­ment sa vie éré­mi­tique. Elle res­te­ra pro­fon­dé­ment mar­quée par ce qu’elle appel­le­ra « l’Appel du Laus ». Son ermi­tage est béni et elle pro­nonce ses pre­miers vœux d’ermite entre les mains de Mgr Coffy, évêque de Gap, le 30 mars 1968. Le 25 mars 1971, elle pro­nonce ses vœux défi­ni­tifs d’ermite et reçoit la consé­cra­tion des Vierges, tou­jours entre les mains de Mgr Coffy.

Canoniquement, elle est liée de droit à l’évêque de Gap et ins­crite au Tiers Ordre domi­ni­cain de Nice, par l’intermédiaire du Père Burtin. Pour sub­ve­nir à ses besoins, elle tra­vaille de 1963 à 1996 comme cor­rec­trice aux Éditions du Cerf, envi­ron trois heures par jour, tout en menant sa vie de prière et de solitude.

A l’en­trée de l’er­mi­tage, avec un prêtre ami (1983)

À par­tir du début des années 1980, elle se consacre par­ti­cu­liè­re­ment à la figure de Pauline Jaricot, dont elle explore la vie et les écrits. Cette recherche abou­ti­ra à la publi­ca­tion de cinq ouvrages : L’amour infi­ni dans la Divine Eucharistie (2001), Une Âme de feu, Spiritualité de Pauline-​Marie Jaricot (2005), Lettres de Pauline Jaricot (2007), Pauline Jaricot, Écrits de jeu­nesse (2010) et Pauline Jaricot, Le Rosaire Vivant (2011).

Parallèlement à ce tra­vail, elle appro­fon­dit le mys­tère du Laus, dont elle avait reçu l’appel dès son arri­vée en 1963. Elle rédige de nom­breux petits articles consa­crés au Laus, dont cer­tains paraî­tront dans les Annales du Laus, ain­si qu’à la véné­rable Sœur Benoîte. Elle réa­lise éga­le­ment une impor­tante étude consa­crée à Notre-​Dame du Réal d’Embrun, inti­tu­lée Une Épopée Mariale.

Dans un entre­tien publié dans Monde et Vie du 26 avril au 16 mai 1985, sous la plume de Michèle Reboul, Sœur Marie-​Monique — pré­sen­tée sous le nom fic­tif de Sœur Myriam — résume ain­si le sens de sa voca­tion : « On ne vit seul, dans un monas­tère ou un ermi­tage, que pour vivre à deux : Dieu et l’âme qui se donne à lui. » Elle explique que, mal­gré son goût pour sa pro­fes­sion et sa vie active et sociable, elle était atti­rée par l’Absolu et ne pou­vait se satis­faire d’une vie dans le monde. Elle recon­naît aus­si que le novi­ciat fut dif­fi­cile pour elle, car sa per­son­na­li­té était déjà for­mée et atta­chée à l’indépendance, mais elle voit dans la vie contem­pla­tive un appel à « rompre les amarres » pour goû­ter Dieu.

A par­tir de 2012, elle reçoit l’aide des prêtres de la Maison contem­pla­tive de Montgardin qui viennent célé­brer chaque jour la Messe dans l’o­ra­toire amé­na­gé à quelques mètres de la mai­son de Sœur Benoîte. 

Image mor­tuaire

Arrivée au seuil de l’Éternité, après notam­ment d’importantes épreuves de san­té et une néphrite aiguë, elle demeure fidèle à cette voca­tion jusqu’au bout. Elle aimait dire de la vie contem­pla­tive qu’elle est « magni­fique, un avant-​goût du ciel… avec les épines de la terre ».

Sœur Marie-​Monique de Jésus est rap­pe­lée à Dieu le 20 août 2026 à 8 heures du matin, munie et for­ti­fiée des sacre­ments de la Sainte Église. La messe solen­nelle de ses funé­railles est célé­brée en l’église Saint-​André-​des-​Cordeliers, à Gap, avec la gra­cieuse per­mis­sion de Mgr Malle, évêque de Gap.

Ainsi s’achève sur cette terre une vie toute consa­crée à Dieu, vécue dans la dis­cré­tion de l’ermitage, la prière silen­cieuse, l’étude et le ser­vice de l’Église. Du bar­reau de Paris au désert inté­rieur du Laus, Sœur Marie-​Monique de Jésus aura cher­ché toute sa vie à « être à Dieu seul ».