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27 février

11e apparition – Le couronnement d’épines

3e Mystère douloureux : le couronnement d’épines

Les scènes de la Grotte ne seront aujourd’­hui, à part quelques détails, que la repro­duc­tion des inci­dents de la veille. Le cou­ron­ne­ment d’é­pines n’est-​­il pas le pro­lon­ge­ment des souf­frances de la fla­gel­la­tion ? Plusieurs détails néan­moins, seront plus spé­cia­le­ment appro­priés au mys­tère du jour.

Bernadette arri­va à Massabielle à six heures et demie. Elle se mit à genoux. « Elle pâlit peu après, consi­dé­ra­ble­ment, sou­rit en fai­sant des incli­na­tions de tête pour saluer, s’at­tris­ta ensuite comme pour pleu­rer, sou­rit encore et salua de nou­veau. Ce n’est plus comme hier la joie débor­dante devant le dé­bordement du sang de notre Rédempteur… Il serait indé­cent de se réjouir alors qu’on raille et qu’on insulte notre Roi. Tout au plus peut-​il nous venir la pen­sée récon­for­tante que nos moyens de rachat ne cessent de s’en­ri­chir, mais pen­sée tout aus­si­tôt sui­vie d’une tris­tesse que l’on a peine à ne pas lais­ser écla­ter en sanglots.

Autour de la voyante, pour rap­pe­ler la scène du pré­toire, les gens « riaient et rica­naient ». Ils se te­naient devant elle pour la regar­der en face. Ils ne lui mirent point le man­teau d’é­car­late, mais ils la trai­taient de folle. Sa mar­raine elle-​même, enten­dant les pro­pos que l’on tenait à son sujet, n’o­sait même plus regar­der la pauvre enfant. « Il y avait, dit-​elle, des gens qui par­laient mal autour de nous. Je n’a­vais pas envie de regar­der. Je pen­sais : Le Bon Dieu est au ciel ; si c’est un mal­heur, il fau­dra le prendre ».

Puis les exer­cices de péni­tence qui vont sym­bo­li­ser la péni­tence du Christ reprennent, plus accen­tués encore qu’­hier. « Elle se rele­va, dit un témoin, se mit à genoux et gra­vit ain­si le pas­sage qu’on lui ména­geait pour mon­ter à la Grotte… Elle alla droit vers la niche et arri­va tout contre le rocher. En che­min, elle bai­sa plu­sieurs fois la terre, sépa­rant ses mains, les posant sur le sol, rele­vant la tête assez vite et joi­gnant encore les mains. Arrivée là, elle se retour­na et des­cen­dit rapi­de­ment, de la même manière, bai­sant la terre plu­sieurs fois. Elle remon­ta, ensuite et redes­cen­dit comme la pre­mière fois ».

A genoux, les mains jointes dans un geste d’ado­ration, s’in­cli­nant pro­fon­dé­ment, c’est bien ain­si sans doute que les sol­dats du pré­toire se tenaient en face de leur vic­time. L’Evangile nous dit « Ayant ployé le genou, ils se jouaient de lui, ils lui ren­daient hom­mage et disaient : « Salut, Roi des Juifs ». Mais ce que les sol­dats fai­saient par mode de déri­sion et de blas­phème, Bernadette l’ac­com­plit en esprit de vraie ado­ra­tion et de répa­ra­tion. Et c’est ain­si que nous devons nous-​mêmes re­connaître et ado­rer notre Roi, au troi­sième Mystère douloureux.

Le cou­ron­ne­ment d’é­pines, en effet, n’est pas seule­ment un mys­tère d’op­probres. C’est encore le mys­tère de la royau­té du Christ. Sa Souveraineté y est pro­cla­mée. C’est d’é­pines qu’on le cou­ronne, mais il est cou­ron­né. On flé­chit devant lui les genoux par moque­rie, mais le geste d’a­do­ra­tion est accom­pli. On lui dit par manière d’in­sulte : « Salut, Roi des Juifs », mais enfin il est salué du titre de Roi. La cohorte qui s’est assem­blée dans le pré­toire le raille, mais enfin elle forme autour de lui comme une cou­ronne humaine, sym­bole expres­sif de la glo­rieuse sou­ve­rai­ne­té qui lui revient de droit.

Et tout cela est repré­sen­té à Lourdes le 27 février. Sans doute, on raille la voyante, on « parle mal » à son sujet. Mais enfin c’est à cause d’elle que toute la foule s’est assem­blée. Sans le vou­loir et sans même le remar­quer, elle forme autour d’elle comme une véri­table et fan­tas­tique cou­ronne. Car – fait unique dans l’his­toire des Apparitions -, elle n’oc­cupe pas seule­ment la langue de terre cer­née entre le Gave et le rocher. Elle s’est accro­chée aux moindres saillies ; c’est comme une immense grappe humaine sus­pen­due entre ciel et terre. Massabielle est deve­nue un « amphi­théâtre » fée­rique où l’on croi­rait, à entendre les témoins, que toute la race humaine s’est réunie pour englou­tir et hono­rer tout à la fois la petite fille des Soubirous, qui ce jour-​là joue le rôle du Christ dans le prétoire…

Comme hier et comme avant-​hier, la voyante, enfin, va boire à la source dont l’eau sourd pro­gres­si­ve­ment, et elle s’y lave le visage. Le Père Cros, com­men­tant le cou­ron­ne­ment d’é­pines, dit que Jésus, durant ce mys­tère, « conti­nue de boire » le calice de sa Passion. Et nous aus­si, les « heu­reux cou­pables », nous devons avec Bernadette conti­nuer en ce mys­tère à nous abreu­ver à la source d’eau vive qui gran­dit et va bien­tôt deve­nir débor­dante, conti­nuer de nous laver dans le sang du Sauveur, le beau sang ver­meil qui coule de cha­cune des bles­sures du dia­dème de déri­sion, et forme autour de la tête divine comme une auréole tra­gique de gloire.…

12ème appa­ri­tion