Pie XII

260ᵉ pape ; de 1939 à 1958

1er janvier 1954

Lettre encyclique Fulgens corona

Centenaire de la proclamation de l’Immaculée Conception et année mariale

Table des matières

À nos Vénérables Frères, les patriarches, pri­mats, arche­vêques, évêques et autres Ordinaires en paix et com­mu­nion avec le Siège apos­to­lique.
PIE XII, PAPE
Vénérables Frères, Salut et Bénédiction apostolique

Introduction

Un centenaire à célébrer

La lumi­neuse cou­ronne de gloire dont Dieu a ceint le front très pur de la Vierge Mère de Dieu res­plen­dit davan­tage, Nous semble-​t-​il, lorsque Nous Nous repor­tons par la pen­sée au jour où, voi­ci cent ans, Notre Prédécesseur d’heu­reuse mémoire, Pie IX, entou­ré d’un nombre impo­sant de car­di­naux et d’é­vêques, décla­ra, pro­non­ça et défi­nit solen­nel­le­ment, de par son auto­ri­té apos­to­lique infaillible, que « la doc­trine selon laquelle la bien­heu­reuse Vierge Marie a été, dès le pre­mier ins­tant de sa concep­tion, par une grâce et un pri­vi­lège sin­guliers du Dieu tout-​puissant et en pré­vi­sion des mérites de Jésus- Christ, Sauveur du genre humain, pré­ser­vée et exempte de toute tache du péché ori­gi­nel, est une doc­trine révé­lée par Dieu et qu’elle doit en consé­quence être crue fer­me­ment et invio­la­ble­ment par tous les fidèles. » [1]

Joie et ferveur

L’oracle du Pontife fut accueilli avec joie par l’u­ni­vers catho­lique, qui, depuis long­temps, l’at­ten­dait avec impa­tience. Il fut à l’o­ri­gine d’un accrois­se­ment de la dévo­tion des fidèles pour la sainte Vierge, source féconde entre toutes des renou­veaux de la vie chré­tienne. En même temps, les tra­vaux qui devaient mettre dans une plus vive lumière la digni­té et la sain­te­té de la Mère de Dieu connais­saient un nou­vel essor.

Miracles en témoignage

Il semble que la bien­heu­reuse Vierge Marie elle-​même ait vou­lu en quelque sorte confir­mer par un pro­dige la sen­tence que le Vicaire sur terre de son divin Fils avait pro­non­cée aux applau­dis­se­ments de l’Église entière.

Pèlerinages de Lourdes

Quatre ans, en effet, ne s’é­taient pas encore écou­lés que dans un vil­lage de France, au pied des Pyrénées, une enfant simple et inno­cente voyait, à la grotte de Massabielle, la sainte Vierge lui appa­raître. La Vierge avait un aspect juvé­nile et affable ; elle était vêtue d’une robe et d’un man­teau blancs et por­tait une cein­ture bleue. À l’en­fant qui deman­dait ins­tam­ment à connaître le nom de Celle qui avait dai­gné se mon­trer à elle, Celle-​ci répon­dait, levant les yeux au ciel et sou­riant dou­ce­ment : « Je suis l’im­ma­cu­lée Conception. »

Les fidèles sai­sirent par­fai­te­ment la por­tée de l’é­vé­ne­ment, et, accou­rant innom­brables de toutes les par­ties du monde en pèle­ri­nage à la grotte de Lourdes, ils ravi­vèrent leur foi, enflam­mèrent leur pié­té et s’ef­for­cèrent de confor­mer leur vie aux pré­ceptes du christia­nisme. Et en ce même lieu, ils obtinrent aus­si à maintes reprises par leurs prières des faits mira­cu­leux propres à sus­ci­ter l’é­ton­ne­ment géné­ral et à confir­mer que la reli­gion catho­lique est bien la seule que Dieu ait don­née aux hommes et qu’il approuve.

C’est ce que com­prirent émi­nem­ment, comme il était natu­rel, les Pontifes romains, qui enri­chirent de faveurs spi­ri­tuelles et com­blèrent de leur bien­veillance le temple magni­fique éle­vé en l’es­pace de quelques années par la pié­té du cler­gé et du peuple chrétien.

I. — Le dogme de l’Immaculée Conception

En défi­nis­sant, par la Lettre apos­to­lique citée plus haut, ce point de la doc­trine chré­tienne comme devant être cru fer­me­ment et fidèle­ment par tous les chré­tiens, Notre Prédécesseur ne fit que recueillir dili­gem­ment et consa­crer par son auto­ri­té la voix des Pères et de toute l’Église, telle que, depuis les pre­miers âges, les siècles la lui avaient transmise.

a) La foi de l’Église

Fondement scripturaire

Le fon­de­ment de cette doc­trine se trouve d’a­bord dans les saintes Écritures elles-​mêmes. Après la mal­heu­reuse chute d’Adam, Dieu, Créateur de toutes choses, s’a­dresse au ser­pent ten­ta­teur et cor­rup­teur par ces mots, que plu­sieurs Pères et Docteurs de l’Église, ain­si que le plus grand nombre d’in­ter­prètes auto­ri­sés appliquent à la Vierge, Mère de Dieu : « Je pla­ce­rai des ini­mi­tiés entre toi et la femme, entre ta pos­té­ri­té et la sienne. » [2] Car si, à un moment don­né, la bien­heu­reuse Vierge Marie était res­tée pri­vée de la grâce divine, parce que souillée dans sa concep­tion par la tache héré­di­taire du péché, il y aurait eu entre elle et le ser­pent — du moins pen­dant cet espace de temps, si court qu’il eût été, — non pas l’é­ter­nelle ini­mi­tié dont il est fait men­tion depuis la tra­di­tion pri­mi­tive jus­qu’à la défi­ni­tion solen­nelle de l’Immaculée Conception de la Vierge, mais bien plu­tôt un cer­tain asservissement.

En outre, les termes « pleine de grâce » [3] ou χεχαρυωμενη et « bénie entre les femmes » [4], par les­quels est saluée la très sainte Vierge, insi­nuent clai­re­ment — et la tra­di­tion catho­lique l’a tou­jours com­pris ain­si — que par « cette solen­nelle salu­ta­tion, salu­ta­tion sin­gu­lière et inouïe jusque-​là, la Mère de Dieu nous était mon­trée comme le siège de toutes les grâces divines, comme ornée de toutes les faveurs de l’Esprit divin, bien plus, elle appa­rais­sait comme un tré­sor presque infi­ni de ces mêmes faveurs, comme un abîme inson­dable de grâces, de sorte que jamais elle n’a­vait été sou­mise à la malé­dic­tion. » [5]

Enseignement des Pères

Cette doc­trine, dès l’Église pri­mi­tive et sans aucune contes­ta­tion, fut clai­re­ment ensei­gnée par les Pères. Ils affir­mèrent que la bien­heureuse Vierge avait été un lis entre les épines, une terre entiè­re­ment intacte, imma­cu­lée, tou­jours bénie, libre de toute conta­gion du péché, un bois incor­rup­tible, une source tou­jours lim­pide, la seule et unique fille, non de la mort, mais de la vie, un germe, non de colère, mais de grâce ; imma­cu­lée, abso­lu­ment imma­cu­lée, sainte et éloi­gnée de toute souillure de péché, plus belle que la beau­té, plus sainte que la sain­te­té, seule sainte, celle qui — Dieu seul excep­té — est supé­rieure à tous et qui par nature est plus belle, plus gra­cieuse et plus sainte que les ché­ru­bins et les séra­phins eux-​mêmes et toute l’armée des anges [6].

Si l’on consi­dère avec soin, comme il convient, ces louanges de la bien­heu­reuse Vierge Marie, qui ose­rait dou­ter que Celle qui est plus pure que les anges et a été pure en tout temps [7] n’ait été à tous les ins­tants de sa vie, même le plus bref, exempte de toute espèce de souillure du péché ? C’est donc à juste titre que saint Ephrem s’a­dresse en ces termes à son divin Fils : « En véri­té vous-​même et votre Mère êtes les seuls qui soyez à tous égards d’une par­faite beau­té. Car ni en vous, Seigneur, ni en votre Mère, il n’y a la moindre souillu­re. » [8] Il res­sort clai­re­ment de ces paroles que, par­mi tous les saints et toutes les saintes, il n’en est qu’une seule dont on puisse affir­mer qu’il ne sau­rait être ques­tion d’elle, quel que soit le péché dont on parle.

b) Les convenances de cette grâce unique

Dignité de Mère de Dieu

Au sur­plus, ce pri­vi­lège unique, accor­dé à nul autre, elle l’ob­tint de Dieu au titre de son élé­va­tion à la digni­té de Mère de Dieu. En effet, cette mis­sion sublime, solen­nel­le­ment affir­mée et défi­nie au Concile d’Éphèse contre l’hérésie nes­to­rienne [9] et dont il ne semble pas qu’on puisse en conce­voir de plus haute, pos­tule la plé­ni­tude de la grâce divine et une âme exempte de toute tache, étant don­né qu’elle requiert la digni­té et la sain­te­té les plus éle­vées après celles du Christ. Bien plus, de cette mis­sion sublime de Mère de Dieu semblent dé­couler, comme d’une source cachée et très pure, tous les pri­vi­lèges et toutes les grâces qui ornent son âme et sa vie à un titre sur­émi­nent. Comme le déclare, en effet, jus­te­ment saint Thomas d’Aquin : « La bien­heu­reuse Vierge, du fait qu’elle est Mère de Dieu, pos­sède une digni­té en quelque sorte infi­nie à cause du bien infi­ni qu’est Dieu. » [10] Et un auteur célèbre déve­loppe et explique la même pen­sée en ces termes : « La bien­heu­reuse Vierge … est Mère de Dieu ; donc elle est tel­le­ment pure et tel­le­ment sainte qu’a­près celle de Dieu on ne peut conce­voir une pure­té plus grande. » [11]

Amour du Père éternel

Du reste, pen­sons atten­ti­ve­ment et consi­dé­rons en par­ti­cu­lier l’a­mour très ardent et très doux que Dieu por­ta et porte sans nul doute à la Mère de son Fils unique. Comment, dès lors, ima­gi­ner qu’elle ait été, ne fût-​ce qu’un ins­tant, sujette au péché et pri­vée de la grâce divine ? Dieu, certes, pou­vait, en pré­vi­sion des mérites du Rédempteur, l’en­ri­chir de cet excep­tion­nel pri­vi­lège. Qu’il ne l’ait donc pas fait, nous ne sau­rions même le pen­ser. Il conve­nait à la Mère du Rédempteur d’être le plus pos­sible digne de lui ; mais elle ne l’au­rait pas été si la souillure du péché ori­gi­nel l’a­vait, encore qu’au seul pre­mier ins­tant de sa concep­tion, ren­due sujette à la sinistre domi­na­tion de Satan.

À la gloire du Christ

On ne peut pas dire pour autant que la Rédemption du Christ s’en trouve dimi­nuée, comme si elle ne s’é­ten­dait plus à toute la des­cen­dance d’Adam et que, de ce fait, on reti­rât quelque chose à la mis­sion et à la digni­té du divin Rédempteur lui-​même. En effet, si l’on scrute la ques­tion à fond et atten­ti­ve­ment, on voit aisé­ment que le Christ Notre-​Seigneur a, en réa­li­té, opé­ré de façon très par­faite la Rédemption de sa divine Mère. Car c’est en pré­vi­sion de ses mérites qu’elle fut pré­ser­vée par Dieu de toute souillure héré­di­taire du péché. Aussi bien la digni­té infi­nie de Jésus-​Christ et son œuvre d’u­ni­ver­selle Rédemption ne sont ni amoin­dries ni atté­nuées par ce point de doc­trine ; elles sont bien plu­tôt exal­tées au plus haut point.

Fausses accusations

C’est donc sans fon­de­ment que nombre de non-​catholiques et de nova­teurs accusent ou cri­tiquent notre dévo­tion envers la Vierge, Mère de Dieu, comme si nous retran­chions quelque chose au culte qui n’est dû qu’à Dieu et à Jésus-​Christ. Tout au contraire, tout hon­neur et toute véné­ra­tion accor­dés à notre Mère céleste viennent sans nul doute rehaus­ser la gloire de son divin Fils. N’est-ce pas de lui que dérivent, comme de leur pre­mière source, toutes les grâces et tous les dons, même les plus hauts, et, au sur­plus, « ne sont-​ce pas les parents qui sont la gloire de leurs enfants ? » [12]

c) Permanence et universalité de la croyance

Tradition reçue des Anciens

C’est pour­quoi, dès les ori­gines de l’Église, ce point de doc­trine fut mis chaque jour davan­tage en lumière et chaque jour il se répan­dit plus lar­ge­ment, tant par­mi les pas­teurs que dans l’esprit et le cœur du peuple chré­tien. C’est ce qu’attestent, Nous l’avons dit, les écrits des saints Pères ; c’est ce qu’attestent les Conciles et les Actes des Pontifes romains ; c’est ce qu’attestent enfin les très anciennes litur­gies où cette fête figure, dans les livres saints, même les plus antiques, comme une tra­di­tion reçue des anciens.

Les chrétiens d’Orient

Au sur­plus, même dans toutes les com­mu­nau­tés des chré­tiens d’Orient, qui, depuis long­temps, se sont sépa­rées de l’unité catho­lique de l’Église, il se trou­va et il se trouve encore des hommes qui, mal­gré leurs pré­ju­gés et leurs opi­nions contraires, ont embras­sé cette doc­trine et célèbrent chaque année la fête de la Vierge Immaculée ; or, il n’en serait cer­tai­ne­ment pas ain­si si ces com­mu­nau­tés ne l’avaient pas reçue dès les temps anciens, avant qu’elles se soient retran­chées de l’unique bercail.

Résumé de la doctrine

Il Nous plaît donc, un siècle après la solen­nelle défi­ni­tion de ce pri­vi­lège sin­gu­lier de la Vierge Mère de Dieu, par le pape Pie IX, d’immortelle mémoire, de résu­mer et de conclure la cause entière en affir­mant, avec le même Pontife, que cette doc­trine, « est, au juge­ment des Pères, consi­gnée dans les saintes Écritures, qu’elle est par eux pro­fes­sée en de nom­breux et impo­sants témoi­gnages, qu’elle est expri­mée et célé­brée en d’illustres monu­ments d’une anti­qui­té véné­rable, qu’elle est pro­po­sée et confir­mée par le suprême et si grave juge­ment de l’Église » [13], en sorte que pour les pas­teurs et l’ensemble des fidèles « rien n’est plus doux, rien n’est plus cher que d’honorer, de véné­rer, d’invoquer et de prê­cher par­tout, avec la plus grande fer­veur, la Vierge Mère de Dieu conçue sans la tache ori­gi­nelle. » [14]

d) Deux illustres privilèges

Conception et Assomption

Or, il Nous semble que cette perle très pré­cieuse, dont, il y a cent ans, fut orné le saint dia­dème de la bien­heu­reuse Vierge Marie, brille aujourd’­hui d’une lumière plus res­plen­dis­sante, puisque, par un heu­reux des­sein de la divine Providence, il Nous fut don­né, au terme de l’Année jubi­laire 1950 — Notre cœur en conserve le sou­ve­nir recon­nais­sant, — de défi­nir que la véné­rable Mère de Dieu fut éle­vée au ciel en corps et en âme. Nous satis­fai­sions ain­si aux vœux du peuple chré­tien qui, déjà, s’étaient mani­fes­tés de façon par­ti­cu­lière lors de la solen­nelle défi­ni­tion de l’immaculée Conception de la Vierge. Alors, en effet, comme Nous l’écrivions dans la Lettre apos­to­lique Munificentissimus Deus, « les cœurs des fidèles furent rem­plis d’un plus grand espoir de voir éga­le­ment défi­nir au plus tôt par le suprême magis­tère de l’Église le dogme de l’Assomption cor­po­relle au ciel de la Vierge Marie. » [15]

Deux dogmes étroitement liés

Il semble donc que de ce fait tous les fidèles puissent de façon plus pro­fonde et plus effi­cace tour­ner leur pen­sée et leur cœur vers ce mys­tère même de l’immaculée Conception de la Vierge. Ces deux dogmes sont étroi­te­ment liés. Voilà pour­quoi la solen­nelle pro­mulgation et la mise en lumière de l’Assomption de la Vierge Marie au ciel — cou­ronne et com­plé­ment, peut-​on dire, du pre­mier pri­vi­lège marial — ont eu pour effet de faire écla­ter avec plus de plé­ni­tude et de splen­deur la sagesse et l’harmonie de cette admi­rable dis­po­si­tion divine, par laquelle Dieu a vou­lu que la bien­heu­reuse Vierge Marie soit exempte de toute souillure originelle.

Une lumière éclatante

Aussi, ces deux illustres pri­vi­lèges dont fut dotée la Vierge, Mère de Dieu, jettent une lumière écla­tante aus­si bien sur l’origine que sur l’achèvement de sa course ter­restre. À l’innocence par­faite de son cœur exempt de toute faute répond, avec une admi­rable conve­nance, la très com­plète « glo­ri­fi­ca­tion » de son corps vir­gi­nal : elle fut unie à son Fils unique dans la lutte contre la malice du ser­pent infer­nal ; elle par­ti­ci­pa à la gloire du triomphe sur le péché et ses tristes conséquences.

II. — Ce que sera l’année mariale

Les fêtes de ce cen­te­naire, tou­te­fois, doivent non seule­ment rani­mer dans tous les cœurs la foi catho­lique et une ardente dévo­tion envers la Vierge, Mère de Dieu, mais encore pous­ser les chré­tiens à confor­mer le plus pos­sible leur vie aux exemples de la Vierge.

De même que toutes les mères éprouvent une douce émo­tion à décou­vrir que le visage de leurs enfants repro­duit par quelque res­semblance par­ti­cu­lière leurs propres traits ; ain­si, Marie, notre très douce Mère, n’a pas de plus grand désir ni de plus grande joie que de voir ceux qu’aux pieds de la croix de son Fils elle accueillit à sa place comme enfants expri­mer dans leurs pen­sées, leurs paroles et leurs actions, sa phy­sio­no­mie spi­ri­tuelle avec ses qualités.

a) Une Année sainte

Mais afin que cette pié­té, loin de se réduire à un vain mot, à une fausse appa­rence de reli­gion ou à un sen­ti­ment super­fi­ciel et pas­sa­ger, soit sin­cère, vraie, effi­cace, elle doit sans aucun doute nous inci­ter tous, cha­cun selon notre condi­tion, à tendre à la vertu.

Éviter les moindres fautes

Et tout d’abord, il faut qu’elle nous entraîne à une pure­té et à une inté­gri­té de mœurs qui nous fassent fuir et évi­ter jusqu’à la plus légère souillure du péché, puisque nous com­mé­mo­rons le mys­tère de la très sainte Vierge dont la concep­tion fut imma­cu­lée et pré­ser­vée de toute tache originelle.

Obéir aux divins préceptes

Pendant tout le cours de son exis­tence, soit dans les joies très douces qu’elle connut, soit dans les épreuves et les cruelles souf­frances qui ont fait d’elle la Reine des mar­tyrs, jamais la bien­heu­reuse Vierge Marie ne s’éloigna, fût-​ce légè­re­ment, des pré­ceptes et des exemples de son divin Fils. Aussi, il Nous semble, disons-​Nous, qu’elle redit à tous et à cha­cun de nous les paroles qu’elle pro­non­ça durant les noces de Cana, en dési­gnant Jésus-​Christ aux ser­vi­teurs du ban­quet : « Tout ce qu’il vous dira, faites-​le. » [16]

Rechercher le Christ

Il semble qu’aujourd’hui la Vierge nous répète à tous cette même exhor­ta­tion, en un sens certes plus large. En effet, la racine de tous les maux qui font souf­frir si cruel­le­ment les hommes et mettent dans l’angoisse peuples et nations est, de toute évi­dence, à cher­cher avant tout dans le fait qu’un grand nombre « ont aban­don­né Celui qui est la Source d’eau vive, pour se creu­ser des citernes, des citernes cre­vas­sées, qui ne retiennent pas l’eau » [17], qu’ils ont aban­don­né Celui qui seul est « la Voie, la Vérité et la Vie » [18].

Si donc on s’est trom­pé, il faut reve­nir dans le droit che­min ; si les ténèbres de l’erreur ont obs­cur­ci les esprits, il faut au plus vite les dis­si­per par la lumière de la véri­té ; si la mort, la vraie mort, a pris pos­ses­sion des âmes, il faut, avec un désir ardent et effi­cace, s’approcher de la vie, de cette vie céleste qui ne connaît pas de déclin, parce qu’elle vient de Jésus-​Christ. En sui­vant le Maître avec confiance et fidé­li­té dans notre exil d’ici-bas, nous joui­rons cer­tainement avec lui dans les demeures éter­nelles d’une béa­ti­tude sans fin.

Tels sont les ensei­gne­ments et les exhor­ta­tions de la bien­heu­reuse Vierge Marie, notre très douce Mère, qui, plus que toutes les mères de la terre assu­ré­ment, nous aime d’un véri­table amour.

b) Un remède à nos malheurs

De ces exhor­ta­tions et invi­ta­tions à un retour géné­ral vers le Christ et à une vie géné­reu­se­ment et effi­ca­ce­ment conforme à ses pré­ceptes, les hommes ont, vous le savez, Vénérables Frères, le plus grand besoin aujourd’hui. Ils en ont d’autant plus besoin que des hommes s’efforcent d’arracher radi­ca­le­ment des âmes la foi chré­tienne, tan­tôt par des menées cachées et insi­dieuses, tan­tôt même par une dif­fu­sion et une pro­pa­gande ouverte et obs­ti­née de leurs erreurs, qu’ils vantent impu­dem­ment comme l’honneur de ce siècle de pro­grès et de lumière.

Le mal de l’irréligion

Mais qui ne voit qu’à reje­ter notre sainte reli­gion, à nier la volon­té de Dieu qui sanc­tionne le bien et le mal, les lois sont presque réduites à néant et l’autorité publique presque réduite à l’impuissance ? En outre, quand ces fausses doc­trines ont fait perdre l’espérance et l’attente des biens immor­tels, il est nor­mal que les hommes soient pous­sés par leur nature à cher­cher avec une avi­di­té sans mesure les biens ter­restres, à dési­rer ardem­ment ceux d’autrui et par­fois même, quand ils en trouvent l’occasion ou la pos­si­bi­li­té, à s’en empa­rer par la force.

Effets funestes

De là naissent entre les citoyens les haines, les jalou­sies, les dis­cordes et les res­sen­ti­ments ; de là le désordre dans la vie publique et pri­vée ; de là l’ébranlement pro­gres­sif des fon­de­ments mêmes de la socié­té, qu’un recours, à l’autorité des lois ou des magis­trats, a peine à conte­nir et à affer­mir ; de là, enfin, de tous côtés, la déca­dence des mœurs entre­te­nue par les mau­vais spec­tacles, les mau­vais livres, les mau­vais jour­naux et par tant de crimes.

Secours surnaturel indispensable

Nous ne nions pas qu’en ce domaine les gou­ver­nants puissent faire beau­coup ; tou­te­fois, la gué­ri­son de si grands maux est à cher­cher sans nul doute à un plan plus éle­vé ; il faut faire appel à l’aide d’une force plus qu’humaine qui illu­mine d’une clar­té céleste les esprits eux-​mêmes, qui atteigne les âmes elles-​mêmes, les renou­velle par la grâce divine et, sous l’in­fluence de celle-​ci, les rende meilleures.

Fruits de la vie chrétienne

Alors seule­ment on pour­ra espé­rer que refleu­risse par­tout la vie chré­tienne ; que s’af­firment dans toute leur vigueur les vrais prin­cipes, fon­de­ments de la socié­té ; que s’é­ta­blissent entre les classes sociales des liens de sin­cère estime mutuelle, fon­dée dans la jus­tice et la cha­ri­té ; que cessent les haines géné­ra­trices de nou­velles misères et propres à pous­ser par­fois les cœurs exa­cer­bés jus­qu’à l’ef­fu­sion du sang ; et qu’en­fin, dans l’a­pai­se­ment des conflits qui opposent les groupes de dif­fé­rent niveau social, les droits sacrés des par­ties en cause soient équi­ta­ble­ment recon­nus et puissent, d’un com­mun accord et dans le res­pect réci­proque, être pré­ci­sés et fixés pour le plus grand bien de tous.

c) Invitation générale

Tout cela, sans nul doute, ne peut être obte­nu de façon pleine et durable qu’à condi­tion de mettre effec­ti­ve­ment en pra­tique la loi chré­tienne que la Vierge Marie, Mère de Dieu, nous incite tous à suivre avec une joyeuse ardeur.

Célébrons l’Année mariale

Ce qu’ayant mûre­ment consi­dé­ré, Nous vous invi­tons tous et cha­cun, Vénérables Frères, par cette Lettre ency­clique, à exhor­ter, confor­mé­ment à votre charge, le cler­gé et le peuple qui vous sont confiés à célé­brer une Année mariale que Nous pres­cri­vons pour le monde entier, du mois de décembre pro­chain jus­qu’au même mois de l’an­née suivante.

A cette date, il y aura un siècle, en effet, qu’aux applau­dis­se­ments du peuple chré­tien la Vierge Marie, Mère de Dieu, était ornée d’un nou­veau joyau, quand, Nous le rap­pe­lions, Notre Prédécesseur d’im­mor­telle mémoire, Pie IX, décré­tait et confir­mait solen­nel­le­ment qu’elle avait été abso­lu­ment pré­ser­vée de toute tache ori­gi­nelle. Nous sommes plei­ne­ment confiant que cette célé­bra­tion mariale pour­ra don­ner ces fruits de salut si dési­rés, que nous atten­dons tous si vivement.

Directives pontificales

Pour réa­li­ser plus faci­le­ment et heu­reu­se­ment ce but, Nous dési­rons que, dans chaque dio­cèse, soient don­nées des ins­truc­tions et des confé­rences bien adap­tées qui éclairent plus par­fai­te­ment les esprits sur ce point de la doc­trine chré­tienne. Ainsi la foi du peuple croî­tra ; la dévo­tion envers la Vierge Marie chaque jour s’in­ten­si­fie­ra, tous les chré­tiens se met­tront avec ardeur à suivre les traces de notre Mère céleste.

Et comme dans chaque ville, dans chaque bourg et vil­lage où le chris­tia­nisme est flo­ris­sant, il se trouve tou­jours quelque cha­pelle, ou tout au moins un autel, où l’image de la bien­heu­reuse Vierge Marie est expo­sée avec hon­neur à la véné­ra­tion du peuple chré­tien, Nous dési­rons, Vénérables Frères, que les fidèles s’y rendent les plus nom­breux pos­sible et qu’ils fassent mon­ter vers notre très douce Mère, non seule­ment leurs prières per­son­nelles, mais, d’un seul cœur et d’une seule voix, des sup­pli­ca­tions publiques.

Au sanctuaire de Lourdes

Là où existe — comme c’est le cas de presque tous les dio­cèses — un sanc­tuaire où la Vierge Mère de Dieu est hono­rée d’un culte parti­culier, on y convie­ra les foules de pèle­rins, à cer­tains jours fixés dans l’année, pour y tenir publi­que­ment de solen­nelles mani­fes­ta­tions de leur com­mune foi et de leur com­mun amour envers la très sainte Vierge. C’est ce qui aura lieu tout par­ti­cu­liè­re­ment, Nous n’en dou­tons pas, à la Grotte de Lourdes, où la bien­heu­reuse Vierge, conçue sans péché, est véné­rée avec une si fer­vente piété.

Dans la Ville éternelle

Que brille au pre­mier rang l’exemple de la ville éter­nelle qui, dès les plus loin­taines ori­gines du chris­tia­nisme, eut un culte parti­culier pour sa céleste Mère et Patronne. Il ne manque pas ici d’édifices sacrés, comme on le sait, où elle est pro­po­sée à la pié­té des Romains ; mais le plus remar­quable est sans aucun doute la basi­lique Libérienne [19], où res­plen­dit encore la mosaïque de Notre Prédécesseur de pieuse mémoire, Sixte III, insigne monu­ment à la gloire de la mater­ni­té divine de la Vierge Marie, et où sou­rit avec dou­ceur l’image de la Vierge Salus popu­li roma­ni. Que là sur­tout les habi­tants de Rome se ras­semblent pour prier ; que devant cette image sacrée tous fassent mon­ter leurs vœux, deman­dant avant tout que la Ville, centre de l’univers catho­lique, soit aus­si pour tous maî­tresse de foi, de pié­té, de sain­te­té. « Car, Fils de Rome — pour emprun­ter les paroles que vous adres­sait Notre Prédécesseur saint Léon le Grand, — si l’Église entière répan­due sur la terre doit briller de l’éclat de toutes les ver­tus c’est à vous, prin­ci­pa­le­ment entre tous les peuples, qu’il appar­tient d’exceller dans la pié­té, vous qui, éta­blis sur le fon­de­ment même de la roche apos­to­lique, avez été avec tous rache­tés par Notre-​Seigneur Jésus-​Christ, et de pré­fé­rence à tous ins­truits par le bien­heu­reux apôtre Pierre. » [20]

d) Grâces à demander

Nombreuses sont les demandes que, dans les cir­cons­tances pré­sentes, cha­cun doit adres­ser à la pro­tec­tion de la Vierge bienheu­reuse, à son patro­nage, à sa puis­sance d’intercession.

Vie conforme à l’Évangile

Qu’on demande avant tout, Nous le disions, que cha­cun, avec le secours de la grâce divine, conforme chaque jour davan­tage sa propre conduite aux pré­ceptes du chris­tia­nisme : la foi sans les œuvres est morte [21], et per­sonne ne peut faire quoi que ce soit, comme il convient, pour le bien com­mun, s’il ne brille tout d’abord lui-​même comme un exemple de ver­tu pour les autres.

Prions pour la jeunesse

Que tous demandent aus­si avec insis­tance que la géné­reuse et bouillon­nante jeu­nesse croisse saine et pure et ne se laisse pas conta­miner par le souffle cor­rom­pu du siècle, ni affai­blir dans les vices la fleur res­plen­dis­sante de son âge. Que sa pas­sion sans frein et son ardeur impé­tueuse soient gou­ver­nées par une sage modé­ra­tion et que, se détour­nant de toutes les embûches, elles ne se portent pas vers les choses mau­vaises et nui­sibles, mais s’élèvent vers tout ce qui est beau, saint, aimable, sublime.

Suffrages pour l’âge mûr

Que tous demandent, dans une prière com­mune, que l’âge adulte et mûr se dis­tingue par l’honnêteté et la fer­me­té chré­tienne ; que le foyer domes­tique brille de l’éclat d’une fidé­li­té invio­lée, qu’il soit fécond d’une pro­gé­ni­ture sai­ne­ment et sain­te­ment éle­vée, qu’il soit fort dans la concorde et dans l’aide réciproque.

N’oublions pas nos vieillards

Que tous demandent enfin que les vieillards se réjouissent des fruits d’une vie consa­crée au bien, de telle sorte qu’en appro­chant du terme de la vie mor­telle ils n’aient rien à craindre, ne soient pas tour­men­tés par des remords ou par des angoisses de conscience, et qu’ils n’aient aucun motif de rou­gir, mais aient plu­tôt la ferme con­fiance de rece­voir bien­tôt la récom­pense de leurs longs efforts.

Pensons à ceux qui souffrent

Que tous demandent en outre, en priant la divine Mère, le pain pour les affa­més, la jus­tice pour les oppri­més, la patrie pour les réfu­giés et les exi­lés, une mai­son hos­pi­ta­lière pour les sans-​toit, la liber­té qui leur est due pour ceux qui furent injus­te­ment jetés en pri­son ou dans les camps de concen­tra­tion ; le retour si dési­ré dans leur patrie pour ceux qui sont encore pri­son­niers tant d’années après la fin de la der­nière guerre, et qui, dans le secret, sou­pirent et gémissent ; pour ceux qui sont aveugles de corps ou d’âme, la joie de la brillante lumière. Et qu’à tous ceux qui sont divi­sés entre eux par la haine, l’envie, la dis­corde, ils obtiennent par leurs prières la cha­ri­té fra­ter­nelle, l’union des esprits et cette tran­quilli­té active qui est fon­dée sur la véri­té, la jus­tice et les bonnes rela­tions mutuelles.

Prières spéciales pour l’Église persécutée

Que l’Église retrouve sa liberté

Nous dési­rons tout spé­cia­le­ment, Vénérables Frères, que par les ardentes prières qui seront éle­vées vers Dieu durant la pro­chaine célé­bra­tion de l’Année mariale, il soit deman­dé avec ins­tance — par l’in­ter­ces­sion de la Mère du divin Rédempteur et notre si douce Mère — que l’Église catho­lique puisse enfin jouir par­tout de la liber­té qui lui est due. De cette liber­té elle usa tou­jours — l’his­toire l’at­teste clai­re­ment — pour le bien des peuples et jamais pour leur ruine, tou­jours pour la concorde des citoyens, des nations, des peuples, et jamais pour la divi­sion des esprits.

Tout le monde sait dans quelles tri­bu­la­tions vit l’Église en cer­tains lieux, et de quels men­songes, calom­nies et ravages elle est vic­time. Tout le monde sait que dans cer­taines régions les pas­teurs sont misé­rablement dis­per­sés, empri­son­nés sans motif ou tel­le­ment entra­vés dans leur minis­tère pas­to­ral qu’il ne peuvent l’exer­cer libre­ment, comme il convient. Tout le monde sait enfin qu’en ces contrées, les catho­liques ne peuvent avoir leurs propres écoles, ni ensei­gner, défendre pro­pa­ger publi­que­ment par la presse la doc­trine chré­tienne, ni édu­quer conve­na­ble­ment la jeu­nesse selon ses enseignements.

Aussi, les exhor­ta­tions qu’à ce sujet Nous avons adres­sées sou­vent, quand s’en est pré­sen­tée l’oc­ca­sion, Nous les renou­ve­lons avec in­sistance par cette Lettre encyclique.

Nous avons pleine confiance qu’en tous lieux, au cours de cette Année mariale que Nous pro­mul­guons, des prières ins­tantes seront adres­sées à la très puis­sante Vierge, Mère de Dieu et notre douce Mère, pour obte­nir de son effi­cace inter­ces­sion que ces droits sacrés de l’Eglise, exi­gés par le res­pect même de la liber­té et de la civi­li­sa­tion, soient recon­nus ouver­te­ment et sin­cè­re­ment par tous, pour le plus grand avan­tage de cha­cun et pour le déve­lop­pe­ment de la concorde commune.

Tous unis dans la prière

Nous dési­rons que Notre voix, ins­pi­rée par une ardente cha­ri­té, par­vienne avant tout à ceux qui, réduits au silence et entou­rés d’em­bûches et de liens de toutes sortes, voient avec dou­leur leur commu­nauté chré­tienne affli­gée, trou­blée, et pri­vée de toute aide humaine. Que ces très chers frères et fils fassent appel, eux aus­si en étroite union avec Nous et avec les autres fidèles, auprès du Père des mi­séricordes et du Dieu de toutes conso­la­tions [22], au très puis­sant patro­nage de la Vierge Mère de Dieu et notre Mère. Qu’ils implorent d’elle l’aide céleste et les conso­la­tions divines.

Et tout en per­sé­vé­rant d’un cœur ferme et indomp­table dans la foi de leurs pères, qu’ils fassent leurs, en ces graves dif­fi­cul­tés, comme sym­bole de leur fer­me­té chré­tienne, ces paroles de saint Bernard : « Nous res­te­rons debout et nous lut­te­rons jusqu’à la mort, s’il le faut, pour (l’Église) notre Mère, avec les armes qui sont nôtres : non les bou­cliers et les épées, mais les prières et les larmes offertes à Dieu. » [23]

Adresse à ceux qui se sont séparés de l’Église

Et, en outre, Nous invi­tons éga­le­ment ceux qui sont sépa­rés de nous par un schisme antique, et que, du reste, Nous aimons d’un coeur pater­nel, à s’u­nir à ces prières et sup­pli­ca­tions col­lec­tives, connais­sant bien leur pro­fonde véné­ra­tion pour l’in­signe Mère de Jésus-​Christ et leur culte pour son Immaculée Conception.

Que la bien­heu­reuse Vierge Marie voie aus­si tous ceux qui s’ho­norent du nom de chré­tiens, et sont unis au moins par les liens de la cha­ri­té, tour­ner vers elle leurs yeux, leurs âmes, leurs prières, implo­rant cette lumière qui éclaire les esprits d’une clar­té sur­na­tu­relle, et deman­dant cette uni­té grâce à laquelle, fina­le­ment il n’y aura plus qu’un seul ber­cail sous un seul Pasteur [24].

e) À la prière, il faut joindre la pénitence

A ces prières com­munes il fau­dra joindre de pieuses œuvres de péni­tence. En effet, le zèle pour la prière « sou­tient l’âme, la dis­pose à l’ef­fort, l’é­lève au divin ; la péni­tence nous fait obte­nir la maî­trise de nous-​mêmes, spé­cia­le­ment sur le corps, qui, par le péché ori­gi­nel, est for­te­ment rebelle à la rai­son et à la loi évan­gé­lique. Ces deux ver­tus, c’est évident, sont étroi­te­ment liées entre elles, elles se sou­tiennent mutuel­le­ment et conspirent à déta­cher l’homme, né pour le ciel, des choses caduques, et à l’é­le­ver en quelque sorte jus­qu’à un céleste com­merce avec Dieu. » [25]

Et comme n’a pas encore brillé sur les peuples et dans les âmes une paix solide, sin­cère et tran­quille, que tous les fidèles s’ef­forcent par leurs pieuses prières d’en obte­nir l’heu­reux avè­ne­ment et l’affer­missement défi­ni­tif. Ainsi, la bien­heu­reuse Vierge, de même qu’elle don­na au monde le Prince de la paix [26], uni­ra aujourd’­hui les hommes entre eux par les liens de l’a­mi­tié sous son patro­nage et sa pro­tec­tion. Nous ne pou­vons, en effet, jouir de la pros­pé­ri­té sereine, com­pa­tible avec les condi­tions de notre vie mor­telle, que si nous ne sommes ni divi­sés par les riva­li­tés, ni déchi­rés misé­ra­ble­ment par les dis­cordes, ni dres­sés vio­lem­ment les uns contre les autres en de mena­çants et redou­tables des­seins ; mais si, au contraire, nous don­nant fraternelle­ment la main, nous échan­geons le bai­ser de cette paix « qui est une tran­quille liber­té » [27] et qui, sous les aus­pices de la jus­tice et avec l’aide de la cha­ri­té, fait comme il convient des diverses classes de citoyens et des divers peuples et nations une seule famille unie dans la concorde.

Vœux et bénédiction

Ces vœux ardents, aux­quels répon­dront, Nous n’en dou­tons pas, non seule­ment ceux de Nos fils, mais ceux éga­le­ment de qui­conque a à cœur les inté­rêts du chris­tia­nisme et le pro­grès de la civi­li­sa­tion, veuille le divin rédemp­teur, par l’intercession de sa très douce Mère les com­bler le plus lar­ge­ment et heu­reu­se­ment possible.

En atten­dant, que vous soit un gage des faveurs divines et un témoi­gnage de Notre affec­tion pater­nelle, la béné­dic­tion apos­to­lique que Nous vous accor­dons de tout cœur, à tous et cha­cun, Vénérables Frères, ain­si qu’au cler­gé et aux fidèles confiés à vos soins.

Donné à Rome, près Saint-​Pierre, en la fête de la Nativité de la bien­heu­reuse Vierge Marie, le 8 sep­tembre de l’année 1953, de Notre pon­ti­fi­cat, la quinzième.

Pie XII, pape

Notes de bas de page

  1. Bulle dog­ma­tique Ineffabilis Deus, du 8 décembre 1854.[]
  2. Gen., iii, 15.[]
  3. Luc, i, 28.[]
  4. Ibid., 42.[]
  5. Bulle Ineffabilis Deus.[]
  6. Ibid., pas­sim.[]
  7. Cf. ibi­dem.[]
  8. Carmina Nisibena, ed. Bickel, 123.[]
  9. Cf. Pius XI, Enc. Lux veri­ta­tis, AAS., vol. XXIII, p.493 sq.[]
  10. Cf. Sum. Theol., I, q. xxv, a. 6, ad 4um.[]
  11. Corn. A. Lapide, in Matth. i, 16.[]
  12. Prov, xvii, 6.[]
  13. Bulle Ineffabilis Deus.[]
  14. Ibidem.[]
  15. AAS., vol. XXXV, p.744.[]
  16. Ioan, ii, 5.[]
  17. Jer., ii, 13.[]
  18. Ioan, ii, 13.[]
  19. Sainte-​Marie Majeure ; la basi­lique s’appelle Libérienne, du nom de son fon­da­teur, le Pape saint Libère, 352 après J.-C.[]
  20. Serm. III, Migne, PL, LIV, 147–148.[]
  21. Cf. Iac. ii, 20, 26.[]
  22. Cf. II Cor., I, 2.[]
  23. S. Bernard, Epist., 221, 3 ; Migne, P.L., CLXXXII, 36, 387.[]
  24. Cf. Ioan, x, 16.[]
  25. Léon XIII, enc. Octobri mense, 22 sept. 1891 ; Acta Leonis XIII, p. 321.[]
  26. Cf. Is., ix, 6.[]
  27. Cic., Phil. ii, 44.[]