Léon XIII

256ᵉ pape ; de 1878 à 1903

20 juin 1888

Lettre encyclique Libertas Praestantissimum

de l'usage de la liberté donnée à l'homme

Table des matières

Donné à Rome, près Saint-​Pierre, le 20 juin de l’an­née 1888

A tous Nos Vénérables Frères, les Patriarches, Primats, Archevêques et Evêques du monde catho­lique, en grâce et com­mu­nion avec le Siège Apostolique,
Léon XIII, Pape

Vénérables Frères, Salut et Bénédiction Apostolique.

La liber­té, bien excellent de la nature et apa­nage exclu­sif des êtres doués d’intelligence ou de rai­son, confère à l’homme une digni­té en ver­tu de laquelle il est mis entre les mains de son conseil et devient le maître de ses actes.

Ce qui, néan­moins, est sur­tout impor­tant dans cette pré­ro­ga­tive, c’est la manière dont on l’exerce, car de l’usage de la liber­té naissent les plus grands maux comme les plus grands biens. Sans doute, il est au pou­voir de l’homme d’obéir à la rai­son, de pra­ti­quer le bien moral, de mar­cher droit à sa fin suprême ; mais il peut aus­si suivre toute autre direc­tion, et, en pour­sui­vant des fan­tômes de biens trom­peurs, ren­ver­ser l’ordre légi­time et cou­rir à une perte volontaire.

Le libé­ra­teur du genre humain, Jésus-​Christ, est venu res­tau­rer et accroître l’ancienne digni­té de notre nature ; mais c’est à la volon­té même de l’homme qu’il fait sen­tir sur­tout son influence, et, par sa grâce dont il lui a ména­gé les secours, par la féli­ci­té éter­nelle dont il lui a ouvert la pers­pec­tive dans le ciel, il l’a éle­vée à un état meilleur.

Et, pour un motif sem­blable, l’Église a tou­jours bien méri­té de ce don excellent de notre nature, et elle ne ces­se­ra pas d’en bien méri­ter, puisque c’est à elle qu’il appar­tient d’assurer aux bien­faits que nous devons à Jésus-​Christ leur pro­pa­ga­tion dans toute la suite des siècles. Et pour­tant, on compte un grand nombre d’hommes qui croient que l’Église est l’adversaire de la liber­té humaine. La cause en est dans l’idée défec­tueuse et comme à rebours que l’on se fait de la liber­té. Car, par cette alté­ra­tion même de sa notion, ou par l’extension exa­gé­rée qu’on lui donne, on en vient à l’appliquer à bien des choses dans les­quelles l’homme, à en juger d’après la saine rai­son, ne sau­rait être libre.

Nous avons par­lé ailleurs, et notam­ment dans l’Encyclique « Immortale Dei », de ce qu’on nomme les liber­tés modernes ; et, dis­tin­guant en elles le bien de ce qui lui est contraire, Nous avons en même temps éta­bli que tout ce que ces liber­tés contiennent de bon, tout cela est aus­si ancien que la véri­té, tout cela l’Église l’a tou­jours approu­vé avec empres­se­ment et l’a admis effec­ti­ve­ment dans la pra­tique. Ce qui s’y est ajou­té de nou­veau appa­raît à qui cherche le vrai comme un élé­ment cor­rom­pu, pro­duit par le trouble des temps et par l’amour désor­don­né du chan­ge­ment. Mais, puisque beau­coup s’obstinent à voir dans ces liber­tés, même en ce qu’elles ont de vicieux, la plus belle gloire de notre époque et le fon­de­ment néces­saire des consti­tu­tions poli­tiques, comme si sans elles on ne sau­rait ima­gi­ner de par­fait gou­ver­ne­ment, il Nous a paru néces­saire pour l’intérêt public, en face duquel Nous Nous met­tons, de trai­ter à part cette question.

La liberté naturelle

Ce que Nous avons direc­te­ment en vue, c’est la liber­té morale consi­dé­rée soit dans les indi­vi­dus, soit dans la socié­té. Il est bon cepen­dant de dire tout d’abord quelques mots de la liber­té natu­relle, laquelle, bien que tout à fait dis­tincte de la liber­té morale, est pour­tant la source et le prin­cipe d’où toute espèce de liber­té découle d’elle-même et comme natu­rel­le­ment. Cette liber­té, le juge­ment et le sens com­mun de tous les hommes, qui cer­tai­ne­ment est pour nous la voix de la nature, ne la recon­naissent qu’aux êtres qui ont l’usage de l’intelligence ou de la rai­son, et c’est en elle que consiste mani­fes­te­ment la cause qui nous fait consi­dé­rer l’homme comme res­pon­sable de ses actes.

Et il n’en sau­rait être autre­ment ; car, tan­dis que les ani­maux n’obéissent qu’aux sens et ne sont pous­sés que par l’instinct natu­rel à recher­cher ce qui leur est utile ou à évi­ter ce qui leur serait nui­sible, l’homme, dans cha­cune des actions de sa vie, a la rai­son pour guide. Or, la rai­son, à l’égard des biens de ce monde, nous dit de tous et de cha­cun qu’ils peuvent indif­fé­rem­ment être ou ne pas être ; d’où il suit qu’aucun d’eux ne lui appa­rais­sant comme abso­lu­ment néces­saire, elle donne à la volon­té le pou­voir d’option pour choi­sir ce qui lui plaît.

Mais si l’homme peut juger de la contin­gence, comme on dit, des biens dont nous avons par­lé, c’est qu’il a une âme simple de sa nature, spi­ri­tuelle et capable de pen­ser ; une âme qui, étant telle, ne tire point son ori­gine des choses cor­po­relles, pas plus qu’elle n’en dépend pour sa conser­va­tion, mais qui, créée immé­dia­te­ment de Dieu et dépas­sant d’une dis­tance immense la com­mune condi­tion des corps, a son mode propre et par­ti­cu­lier de vie et d’action ; d’où il résulte que, com­pre­nant par sa pen­sée les rai­sons immuables et néces­saires du vrai et du bien, elle voit que ces biens par­ti­cu­liers ne sont nul­le­ment des biens néces­saires. Ainsi prou­ver pour l’âme humaine qu’elle est déga­gée de tout élé­ment mor­tel et douée de la facul­té de pen­ser, c’est éta­blir en même temps la liber­té natu­relle sur son solide fondement.

Or, cette doc­trine de la liber­té, comme celle de la sim­pli­ci­té, de la spi­ri­tua­li­té et de l’immortalité de l’âme humaine, nul ne la prêche plus haut, ni ne l’affirme avec plus de constance que l’Église catho­lique ; elle l’a de tout temps ensei­gnée, et elle la défend comme un dogme. Bien plus, devant les attaques des héré­tiques et des fau­teurs d’opinions nou­velles, c’est l’Église qui a pris la liber­té sous son patro­nage et qui a sau­vé de la ruine ce grand bien de l’homme. À cet égard, les monu­ments de l’histoire témoignent de l’énergie avec laquelle elle a repous­sé les efforts des mani­chéens et autres ; et, dans des temps plus récents, per­sonne n’ignore avec quel zèle et quelle force, soit au Concile de Trente, soit plus tard contre les sec­ta­teurs de Jansénius, elle a com­bat­tu pour la liber­té de l’homme, ne lais­sant en aucun temps et en aucun lieu le fata­lisme prendre pied.

Ainsi, la liber­té est, comme Nous l’avons dit, le propre de ceux qui ont reçu la rai­son ou l’intelligence en par­tage ; et cette liber­té, à en exa­mi­ner la nature, n’est pas autre chose que la facul­té de choi­sir entre les moyens qui conduisent à un but déter­mi­né ; en ce sens que celui qui a la facul­té de choi­sir une chose entre plu­sieurs autres, celui-​là est maître de ses actes.

La liberté morale

Or, toute chose accep­tée en vue d’en obte­nir une autre appar­tient au genre de bien qu’on nomme l’utile ; et le bien ayant pour carac­tère d’agir pro­pre­ment sur l’appétit, il faut en conclure que le libre arbitre est le propre de la volon­té même en tant que, dans ses actes, elle a la facul­té de choi­sir. Mais il est impos­sible à la volon­té de se mou­voir, si la connais­sance de l’esprit, comme un flam­beau, ne l’éclaire d’abord : c’est-à-dire que le bien dési­ré par la volon­té est néces­sai­re­ment le bien en tant que connu par la rai­son. Et cela d’autant plus que dans toute voli­tion, le choix est tou­jours pré­cé­dé d’un juge­ment sur la véri­té des biens et sur la pré­fé­rence que nous devons accor­der à l’un d’eux sur les autres. Or, juger est de la rai­son, non de la volon­té ; on n’en sau­rait rai­son­na­ble­ment dou­ter. Etant donc admis que la liber­té réside dans la volon­té, laquelle est de sa nature un appé­tit obéis­sant à la rai­son, il s’ensuit qu’elle-même, comme la volon­té, a pour objet un bien conforme à la raison.

Néanmoins, cha­cune de ces deux facul­tés ne pos­sé­dant point la per­fec­tion abso­lue, il peut arri­ver et il arrive sou­vent que l’intelligence pro­pose à la volon­té un objet qui, au lieu d’une bon­té réelle, n’en a que l’apparence, une ombre de bien, et que la volon­té pour­tant s’y applique.

Mais, de même que pou­voir se trom­per et se trom­per réel­le­ment est un défaut qui accuse l’absence de la per­fec­tion inté­grale dans l’intelligence, ain­si s’attacher à un bien faux et trom­peur, tout en étant l’indice du libre arbitre, comme la mala­die l’est de la vie, consti­tue néan­moins un défaut de la liber­té. Pareillement la volon­té, par le seul fait qu’elle dépend de la rai­son, tombe dans un vice radi­cal qui n’est que la cor­rup­tion et l’abus de la liberté.

Voilà pour­quoi Dieu, la per­fec­tion infi­nie, qui, étant sou­ve­rai­ne­ment intel­li­gent et la bon­té par essence, est aus­si sou­ve­rai­ne­ment libre, ne peut pour­tant en aucune façon vou­loir le mal moral ; et il en est de même pour les bien­heu­reux du ciel, grâce à l’intuition qu’ils ont du sou­ve­rain bien. C’est la remarque pleine de jus­tesse que saint Augustin et d’autres fai­saient contre les Pélagiens. Si la pos­si­bi­li­té de faillir au bien était de l’essence et de la per­fec­tion de la liber­té, dès lors, Dieu, Jésus-​Christ, les anges, les bien­heu­reux, chez qui ce pou­voir n’existe pas, ou ne seraient pas libres, ou du moins ne le seraient pas aus­si par­fai­te­ment que l’homme dans son état d’épreuve et d’imperfection. Le Docteur angé­lique s’est occu­pé sou­vent et lon­gue­ment de cette ques­tion ; et de sa doc­trine il résulte que la facul­té de pécher n’est pas une liber­té, mais une ser­vi­tude. Très sub­tile est son argu­men­ta­tion sur ces mots du Sauveur Jésus : « Celui qui com­met le péché est l’esclave du péché. » [1]Tout être est ce qui lui convient d’être selon sa nature. Donc, quand il se meut par un agent exté­rieur, il n’agit point par lui-​même, mais par l’impulsion d’autrui, ce qui est d’un esclave. Or, selon sa nature, l’homme est rai­son­nable. Donc, quand il se meut selon la rai­son, c’est par un mou­ve­ment qui lui est propre qu’il se meut, et il agit par lui-​même, ce qui est le fait de la liber­té ; mais, quand il pèche, il agit contre la rai­son, et alors c’est comme s’il était mis en mou­ve­ment par un autre et qu’il fût rete­nu sous une domi­na­tion étran­gère : c’est pour cela que « celui qui com­met le péché est esclave du péché. » - C’est ce qu’avait vu assez net­te­ment la phi­lo­so­phie antique, celle notam­ment dont la doc­trine était que nul n’est libre que le sage, et qui réser­vait, comme on sait, le nom de sage à celui qui s’était for­mé à vivre constam­ment selon la nature, c’est-à-dire dans l’honnêteté et la vertu.

La loi

La condi­tion de la liber­té humaine étant telle, il lui fal­lait une pro­tec­tion, il lui fal­lait des aides et des secours capables de diri­ger tous ses mou­ve­ments vers le bien et de les détour­ner du mal : sans cela, la liber­té eût été pour l’homme une chose très nui­sible. – Et d’abord une Loi, c’est-à-dire une règle de ce qu’il faut faire ou ne pas faire, lui était néces­saire. À pro­pre­ment par­ler, il ne peut pas y en avoir chez les ani­maux, qui agissent par néces­si­té, puisque tous leurs actes, ils les accom­plissent sous l’impulsion de la nature et qu’il leur serait impos­sible d’adopter par eux-​mêmes un autre mode d’action. Mais les êtres qui jouissent de la liber­té ont par eux-​mêmes le pou­voir d’agir, d’agir de telle façon ou de telle autre, atten­du que l’objet de leur volon­té, ils ne le choi­sissent que lorsqu’est inter­ve­nu ce juge­ment de la rai­son dont Nous avons par­lé. Ce juge­ment nous dit, non seule­ment ce qui est bien en soi ou ce qui est mal, mais aus­si ce qui est bon et, par consé­quent, à réa­li­ser, ou ce qui est mal et, par consé­quent, à évi­ter. C’est, en effet, la rai­son qui pres­crit à la volon­té ce qu’elle doit cher­cher ou ce qu’elle doit fuir, pour que l’homme puisse un jour atteindre cette fin suprême en vue de laquelle il doit accom­plir tous ses actes. Or, cette ordi­na­tion de la rai­son, voi­là ce qu’on appelle la loi.

Si donc, la loi est néces­saire à l’homme, c’est dans son arbitre lui-​même, c’est-à-dire dans le besoin qu’il a de ne pas se mettre en désac­cord avec la droite rai­son, qu’il faut en cher­cher, comme dans sa racine, la cause pre­mière. Et rien ne sau­rait être dit ou ima­gi­né de plus absurde et de plus contraire au bon sens que cette asser­tion : L’homme, étant libre par nature, doit être exemp­té de toute loi ; car, s’il en était ain­si, il s’en sui­vrait qu’il est néces­saire pour la liber­té de ne pas s’accorder avec la rai­son, quand c’est tout le contraire qui est vrai, à savoir, que l’homme doit être sou­mis à la loi, pré­ci­sé­ment parce qu’il est libre par nature. Ainsi donc, c’est la loi qui guide l’homme dans ses actions et c’est elle aus­si qui, par la sanc­tion des récom­penses et des peines, l’attire à bien faire et le détourne du péché.

Telle est, à la tête de toutes, la loi natu­relle qui est écrite et gra­vée dans le cœur de chaque homme, car elle est la rai­son même de l’homme, lui ordon­nant de bien faire et lui inter­di­sant de pécher. Mais cette pres­crip­tion de la rai­son humaine ne sau­rait avoir force de loi, si elle n’était l’organe et l’interprète d’une rai­son plus haute à laquelle notre esprit et notre liber­té doivent obéissance.

Le rôle de la loi étant, en effet, d’imposer des devoirs et d’attribuer des droits, elle repose tout entière sur l’autorité, c’est-à-dire sur un pou­voir véri­ta­ble­ment capable d’établir ces devoirs et de défi­nir ces droits, capable aus­si de sanc­tion­ner ses ordres par des peines et des récom­penses ; toutes choses qui ne pour­raient évi­dem­ment exis­ter dans l’homme, s’il se don­nait à lui-​même en légis­la­teur suprême la règle de ses propres actes. Il suit donc de là que la loi natu­relle n’est autre chose que la loi éter­nelle, gra­vée chez les êtres doués de rai­son et les incli­nant vers l’acte et la fin qui leur conviennent, et celle-​ci n’est elle-​même que la rai­son éter­nelle du Dieu créa­teur et modé­ra­teur du monde.

À cette règle de nos actes, à ces freins du péché, la bon­té de Dieu a vou­lu joindre cer­tains secours sin­gu­liè­re­ment propres à affer­mir, à gui­der la volon­té de l’homme.

Au pre­mier rang de ces secours, excelle la puis­sance de la grâce divine, laquelle, en éclai­rant l’intelligence et en incli­nant sans cesse vers le bien moral la volon­té salu­tai­re­ment raf­fer­mie et for­ti­fiée, rend plus facile à la fois et plus sûr l’exercice de notre liber­té natu­relle. Et ce serait s’écarter tout à fait de la véri­té que de s’imaginer que, par cette inter­ven­tion de Dieu, les mou­ve­ments de la volon­té perdent de leur liber­té, car l’influence de la grâce divine atteint l’intime de l’homme et s’harmonise avec sa pro­pen­sion natu­relle, puisqu’elle a sa source en celui qui est l’auteur et de notre âme et de notre volon­té et qui meut tous les êtres d’une manière conforme à leur nature. On peut même dire que la grâce divine, comme le remarque le Docteur angé­lique, par là même qu’elle émane de l’auteur de la nature, est mer­veilleu­se­ment et natu­rel­le­ment apte à conser­ver toutes les natures indi­vi­duelles et à gar­der à cha­cune son carac­tère, son action et son énergie.

La loi humaine

Ce qui vient d’être dit de la liber­té des indi­vi­dus, il est facile de l’appliquer aux hommes qu’unit entre eux la socié­té civile, car ce que la rai­son et la loi natu­relle font pour les indi­vi­dus, la loi humaine pro­mul­guée pour le bien com­mun des citoyens l’accomplit pour les hommes vivant en socié­té. – Mais, par­mi les lois humaines, il en est qui ont pour objet ce qui est bon ou mau­vais natu­rel­le­ment, ajou­tant à la pres­crip­tion de pra­ti­quer l’un et d’éviter l’autre une sanc­tion conve­nable. De tels com­man­de­ments ne tirent aucu­ne­ment leur ori­gine de la socié­té des hommes ; car, de même que ce n’est pas la socié­té qui a créé la nature humaine, ce n’est pas elle qui fait que le bien soit en har­mo­nie et le mal en désac­cord avec cette nature ; mais tout cela est anté­rieur à la socié­té humaine elle-​même et doit abso­lu­ment être rat­ta­ché à la loi natu­relle, et par­tant à la loi éter­nelle. Comme on le voit, les pré­ceptes de droit natu­rel com­pris dans les lois des hommes n’ont pas seule­ment la valeur de la loi humaine, mais ils sup­posent avant tout cette auto­ri­té bien plus éle­vée et bien plus auguste qui découle de la loi natu­relle elle-​même et de la loi éter­nelle. Dans ce genre de lois, l’office du légis­la­teur civil se borne à obte­nir, au moyen d’une dis­ci­pline com­mune, l’obéissance des citoyens, en punis­sant les méchants et les vicieux, dans le but de les détour­ner du mal et de les rame­ner au bien, ou du moins de les empê­cher de bles­ser la socié­té et de lui être nuisibles.

Quant aux autres pres­crip­tions de la puis­sance civile, elles ne pro­cèdent pas immé­dia­te­ment et de plain-​pied du droit natu­rel ; elles en sont des consé­quences plus éloi­gnées et indi­rectes et ont pour but de pré­ci­ser les points divers sur les­quels la nature ne s’était pro­non­cée que d’une manière vague et géné­rale. Ainsi, la nature ordonne aux citoyens de contri­buer par leur tra­vail à la tran­quilli­té et à la pros­pé­ri­té publiques : dans quelle mesure, dans quelles condi­tions, sur quels objets, c’est ce qu’établit la sagesse des hommes, et non la nature. Or, ces règles par­ti­cu­lières de conduite, créées par une rai­son pru­dente et inti­mées par un pou­voir légi­time, consti­tuent ce que l’on appelle pro­pre­ment une loi humaine. Visant la fin propre de la com­mu­nau­té, cette loi ordonne à tous les citoyens d’y concou­rir, leur inter­dit de s’en écar­ter et, en tant qu’elle suit la nature et s’accorde avec ses pres­crip­tions, elle nous conduit à ce qui est bien et nous détourne du contraire. Par où l’on voit que c’est abso­lu­ment dans la loi éter­nelle de Dieu qu’il faut cher­cher la règle et la loi de la liber­té, non seule­ment pour les indi­vi­dus, mais aus­si pour les socié­tés humaines.

La vraie liberté

Donc, dans une socié­té d’hommes, la liber­té digne de ce nom ne consiste pas à faire tout ce qui nous plaît : ce serait dans l’État une confu­sion extrême, un trouble qui abou­ti­rait à l’oppression ; la liber­té consiste en ce que, par le secours des lois civiles, nous puis­sions plus aisé­ment vivre selon les pres­crip­tions de la loi éter­nelle. Et pour ceux qui gou­vernent, la liber­té n’est pas le pou­voir de com­man­der au hasard et sui­vant leur bon plai­sir : ce serait un désordre non moins grave et sou­ve­rai­ne­ment per­ni­cieux pour l’État ; mais la force des lois humaines consiste en ce qu’on les regarde comme une déri­va­tion de la loi éter­nelle et qu’il n’est aucune de leurs pres­crip­tions qui n’y soit conte­nue, comme dans le prin­cipe de tout droit. Saint Augustin dit avec une grande sagesse : « Je pense que vous voyez bien aus­si que, dans cette loi tem­po­relle, il n’y a rien de juste et de légi­time que les hommes ne soient allés pui­ser dans la loi éter­nelle. » [2] Supposons donc une pres­crip­tion d’un pou­voir quel­conque qui serait en désac­cord avec les prin­cipes de la droite rai­son et avec les inté­rêts du bien public ; elle n’aurait aucune force de loi, parce que ce ne serait pas une règle de jus­tice et qu’elle écar­te­rait les hommes du bien pour lequel la socié­té a été formée.

Par sa nature donc et sous quelque aspect qu’on la consi­dère, soit dans les indi­vi­dus, soit dans les socié­tés, et chez les supé­rieurs non moins que chez les subor­don­nés, la liber­té humaine sup­pose la néces­si­té d’obéir à une règle suprême et éter­nelle ; et cette règle n’est autre que l’autorité de Dieu nous impo­sant ses com­man­de­ments ou ses défenses ; auto­ri­té sou­ve­rai­ne­ment juste, qui, loin de détruire ou de dimi­nuer en aucune sorte la liber­té des hommes, ne fait que la pro­té­ger et l’amener à sa per­fec­tion, car la vraie per­fec­tion de tout être, c’est de pour­suivre et d’atteindre sa fin : or, la fin suprême vers laquelle doit aspi­rer la liber­té humaine, c’est Dieu.

Ce sont les pré­ceptes de cette doc­trine très vraie et très éle­vée, connus même par les seules lumières de la rai­son, que l’Église, ins­truite par les exemples et la doc­trine de son divin Auteur, a pro­pa­gés et affir­més par­tout, et d’après les­quels elle n’a jamais ces­sé et de mesu­rer sa mis­sion, et d’informer les nations chré­tiennes. En ce qui touche les mœurs, les lois évan­gé­liques, non seule­ment l’emportent de beau­coup sur toute la sagesse païenne, mais elles appellent l’homme et le forment vrai­ment à une sain­te­té incon­nue des anciens et, en le rap­pro­chant de Dieu, elles le mettent en pos­ses­sion d’une liber­té plus parfaite.

L’Eglise et la liberté

C’est ain­si qu’a tou­jours écla­té la mer­veilleuse puis­sance de l’Église pour la pro­tec­tion et le main­tien de la liber­té civile et poli­tique des peuples. Ses bien­faits en ce genre n’ont pas besoin d’être énu­mé­rés. Il suf­fit de rap­pe­ler l’esclavage, cette vieille honte des nations païennes, que ses efforts sur­tout et son heu­reuse inter­ven­tion ont fait dis­pa­raître. L’équilibre des droits, comme la vraie fra­ter­ni­té entre les hommes, c’est Jésus-​Christ qui l’a pro­cla­mé le pre­mier ; mais à sa voix a répon­du celle de ses apôtres décla­rant qu’il n’y a plus ni Juif, ni Grec, ni Barbare, ni Scythe, mais que tous sont frères dans le Christ.

Sur ce point, l’ascendant de l’Église est si grand et si recon­nu que, par­tout où elle pose le pied, on en a fait l’expérience, la gros­siè­re­té des mœurs ne peut sub­sis­ter long­temps. À la bru­ta­li­té suc­cède bien­tôt la dou­ceur, aux ténèbres de la bar­ba­rie, la lumière de la véri­té. Et les peuples mêmes culti­vés et adou­cis par la civi­li­sa­tion, l’Église n’a jamais ces­sé de leur faire sen­tir l’influence de ses bien­faits, résis­tant aux caprices de l’iniquité, détour­nant l’injustice de la tête des inno­cents ou des faibles, et s’employant enfin à éta­blir dans les choses publiques des ins­ti­tu­tions qui pussent, par leur équi­té, se faire aimer des citoyens ou se faire redou­ter des étran­gers par leur puissance.

C’est, en outre, un devoir très réel de res­pec­ter le pou­voir et de se sou­mettre aux lois justes : d’où vient que l’autorité vigi­lante des lois pré­serve les citoyens des entre­prises cri­mi­nelles des méchants. Le pou­voir légi­time vient de Dieu, « et celui qui résiste au pou­voir, résiste à l’ordre éta­bli de Dieu » ; c’est ain­si que l’obéissance acquiert une mer­veilleuse noblesse, puisqu’elle ne s’incline que devant la plus juste et la plus haute des autorités.

Mais, dès que le droit de com­man­der fait défaut, ou que le com­man­de­ment est contraire à la rai­son, à la loi éter­nelle, à l’autorité de Dieu, alors il est légi­time de déso­béir, nous vou­lons dire aux hommes, afin d’obéir à Dieu. Ainsi, les voies à la tyran­nie se trou­vant fer­mées, le pou­voir ne rap­por­te­ra pas tout à soi ; ain­si sont sau­ve­gar­dés les droits de chaque citoyen, ceux de la socié­té domes­tique, ceux de tous les membres de la nation ; et tous enfin par­ti­cipent à la vraie liber­té, celle qui consiste, comme nous l’avons démon­tré, en ce que cha­cun puisse vivre selon les lois et selon la droite raison.

Que si, dans les dis­cus­sions qui ont cours sur la liber­té, on enten­dait cette liber­té, légi­time et hon­nête, telle que la rai­son et Notre parole viennent de la décrire, nul n’oserait plus pour­suivre l’Église de ce reproche qu’on lui jette avec une sou­ve­raine injus­tice, à savoir qu’elle est l’ennemie de la liber­té des indi­vi­dus et de la liber­té des Etats. Mais, il en est un grand nombre qui, à l’exemple de Lucifer, de qui est ce mot cri­mi­nel : « Je ne ser­vi­rai pas », entendent par le nom de liber­té ce qui n’est qu’une pure et absurde licence. Tels sont ceux qui appar­tiennent à cette école si répan­due et si puis­sante et qui, emprun­tant leur nom au mot de liber­té, veulent être appe­lés Libéraux.

Les principes du libéralisme

Et, en effet, ce que sont les par­ti­sans du Naturalisme et du Rationalisme en phi­lo­so­phie, les fau­teurs du Libéralisme le sont dans l’ordre moral et civil, puisqu’ils intro­duisent dans les mœurs et la pra­tique de la vie les prin­cipes posés par les par­ti­sans du Naturalisme. – Or, le prin­cipe de tout ratio­na­lisme, c’est la domi­na­tion sou­ve­raine de la rai­son humaine, qui , refu­sant l’obéissance due à la rai­son divine et éter­nelle, et pré­ten­dant ne rele­ver que d’elle-même, ne se recon­naît qu’elle seule pour prin­cipe suprême, source et juge de la véri­té. Telle est la pré­ten­tion des sec­ta­teurs du Libéralisme dont Nous avons par­lé ; selon eux, il n’y a dans la pra­tique de la vie aucune puis­sance divine à laquelle on soit tenu d’obéir, mais cha­cun est à soi-​même sa propre loi. De là, pro­cède cette morale que l’on appelle indé­pen­dante et qui, sous l’apparence de la liber­té, détour­nant la volon­té de l’observation des divins pré­ceptes, conduit l’homme à une licence illimitée.

Ce qui en résulte fina­le­ment, sur­tout dans les socié­tés humaines, il est facile de le voir. Car, une fois cette convic­tion fixée dans l’esprit que per­sonne n’a d’autorité sur l’homme, la consé­quence est que la cause effi­ciente de la com­mu­nau­té civile et de la socié­té doit être cher­chée, non pas dans un prin­cipe exté­rieur ou supé­rieur à l’homme, mais dans la libre volon­té de cha­cun, et que la puis­sance publique émane de la mul­ti­tude comme de sa source pre­mière ; en outre, ce que la rai­son indi­vi­duelle est pour l’individu, à savoir la seule loi qui règle la vie pri­vée, la rai­son col­lec­tive doit l’être pour la col­lec­ti­vi­té dans l’ordre des affaires publiques : de là, la puis­sance appar­te­nant au nombre, et les majo­ri­tés créant seules le droit et le devoir. – Mais l’opposition de tout cela avec la rai­son res­sort assez de ce qui a été dit. En effet, vou­loir qu’il n’y ait aucun lien entre l’homme ou la socié­té civile et Dieu créa­teur et, par consé­quent, suprême légis­la­teur de toutes choses, répugne abso­lu­ment à la nature, et non seule­ment à la nature de l’homme, mais à celle de tout être créé ; car tout effet est néces­sai­re­ment uni par quelque lien à la cause d’où il pro­cède ; et il convient à toute nature, et il appar­tient à la per­fec­tion de cha­cune, qu’elle reste au lieu et au rang que lui assigne l’ordre natu­rel, c’est-à-dire que l’être infé­rieur se sou­mette et obéisse à celui qui lui est supérieur.

Mais, de plus, une pareille doc­trine apporte le plus grand dom­mage tant à l’individu qu’à la socié­té. Et, en réa­li­té, si l’on fait dépendre du juge­ment de la seule et unique rai­son humaine le bien et le mal, on sup­prime la dif­fé­rence propre entre le bien et le mal ; le hon­teux et l’honnête ne dif­fèrent plus en réa­li­té, mais seule­ment dans l’opinion et le juge­ment de cha­cun ; ce qui plaît sera per­mis. Dès que l’on admet une sem­blable doc­trine morale, qui ne suf­fit pas à répri­mer ou apai­ser les mou­ve­ments désor­don­nés de l’âme, on ouvre l’accès à toutes les cor­rup­tions de la vie. Dans les affaires publiques, le pou­voir de com­man­der se sépare du prin­cipe vrai et natu­rel auquel il emprunte toute sa puis­sance pour pro­cu­rer le bien com­mun ; la loi qui déter­mine ce qu’il faut faire et évi­ter est aban­don­née aux caprices de la mul­ti­tude plus nom­breuse, ce qui est pré­pa­rer la voie à la domi­na­tion tyran­nique. Dès que l’on répu­die le pou­voir de Dieu sur l’homme et sur la socié­té humaine, il est natu­rel que la socié­té n’ait plus de reli­gion, et tout ce qui touche à la reli­gion devient dès lors l’objet de la plus com­plète indif­fé­rence. Armée pareille­ment de l’idée de sa sou­ve­rai­ne­té, la mul­ti­tude se lais­se­ra faci­le­ment aller à la sédi­tion et aux troubles, et le frein du devoir et de la conscience n’existant plus, il ne reste plus rien que la force, la force qui est bien faible à elle seule pour conte­nir les pas­sions popu­laires. Nous en avons la preuve dans ces luttes presque quo­ti­diennes enga­gées contre les Socialistes et autres sectes sédi­tieuses qui tra­vaillent depuis si long­temps à bou­le­ver­ser l’État jusque dans ses fon­de­ments. Qu’on juge donc et qu’on pro­nonce, pour peu qu’on ait le juste sens des choses, si de telles doc­trines pro­fitent à la liber­té vraie et digne de l’homme, ou si elles n’en sont pas plu­tôt le ren­ver­se­ment et la des­truc­tion complète.

Les degrés du libéralisme

Sans doute, de telles opi­nions effrayent par leur énor­mi­té même, et leur oppo­si­tion mani­feste avec la véri­té, comme aus­si l’immensité des maux dont Nous avons vu qu’elles sont la cause, empêchent les par­ti­sans du libé­ra­lisme d’y don­ner tous leur adhé­sion. Contraints même par la force de la véri­té, nombre d’entre eux n’hésitent pas à recon­naître, ils pro­fessent même spon­ta­né­ment, qu’en s’abandonnant à de tels excès, au mépris de la véri­té et de la jus­tice, la liber­té se vicie et dégé­nère ouver­te­ment en licence ; il faut donc qu’elle soit diri­gée, gou­ver­née par la droite rai­son, et, ce qui est la consé­quence, qu’elle soit sou­mise au droit natu­rel et à la loi divine et éternelle.

Mais là, ils croient devoir s’arrêter, et ils n’admettent pas que l’homme libre doive se sou­mettre aux lois qu’il plai­rait à Dieu de nous ins­pi­rer par une autre voie que la rai­son naturelle.

Mais en cela, il sont abso­lu­ment en désac­cord avec eux-​mêmes. Car s’il faut, comme ils en conviennent eux-​mêmes (et qui pour­rait rai­son­na­ble­ment n’en pas conve­nir ?), s’il faut obéir à la volon­té de Dieu légis­la­teur, puisque l’homme tout entier dépend de Dieu et doit tendre vers Dieu, il en résulte que nul ne peut mettre des bornes ou des condi­tions à son auto­ri­té légis­la­tive, sans se mettre en oppo­si­tion avec l’obéissance due à Dieu. Bien plus : si la rai­son humaine s’arroge assez de pré­ten­tion pour vou­loir déter­mi­ner quels sont les droits de Dieu et ses devoirs à elle, le res­pect des lois divines aura chez elle plus d’apparence que de réa­li­té, et son juge­ment vau­dra plus que l’autorité et la Providence divine.

Il est donc néces­saire que la règle de notre vie soit par nous constam­ment et reli­gieu­se­ment emprun­tée, non seule­ment à la loi éter­nelle, mais à l’ensemble et au détail de toutes les lois que Dieu, dans son infi­nie sagesse, dans son infi­nie puis­sance, et par les moyens qui lui ont plu, a vou­lu nous trans­mettre, et que nous pou­vons connaître avec assu­rance, par des marques évi­dentes et qui ne laissent aucune place au doute. Et cela d’autant mieux que ces sortes de lois, ayant le même prin­cipe, le même auteur que la loi éter­nelle, ne peuvent néces­sai­re­ment que s’harmoniser avec la rai­son et per­fec­tion­ner le droit natu­rel ; d’ailleurs, nous y trou­vons ren­fer­mé le magis­tère de Dieu lui-​même, qui, pour empê­cher notre intel­li­gence et notre volon­té de tom­ber dans l’erreur, les conduit l’une et l’autre et les guide par la plus bien­veillante des direc­tions. Laissons donc sain­te­ment et invio­la­ble­ment réuni ce qui ne peut, ne doit être sépa­ré, et qu’en toutes choses, selon que l’ordonne la rai­son natu­relle elle-​même, Dieu nous trouve sou­mis et obéis­sants à ses lois.

D’autres vont un peu moins loin, mais sans être plus consé­quents avec eux-​mêmes ; selon eux, les lois divines doivent régler la vie et la conduite des par­ti­cu­liers, mais non celle des Etats ; il est per­mis dans les choses publiques de s’écarter des ordres de Dieu et de légi­fé­rer sans en tenir aucun compte ; d’où naît cette consé­quence per­ni­cieuse de la sépa­ra­tion de l’Église et de l’État. – Mais l’absurdité de ces opi­nions se com­prend sans peine. Il faut, la nature même le crie, il faut que la socié­té donne aux citoyens les moyens et les faci­li­tés de pas­ser leur vie selon l’honnêteté, c’est-à-dire selon les lois de Dieu, puisque Dieu est le prin­cipe de toute hon­nê­te­té et de toute jus­tice ; il répu­gne­rait donc abso­lu­ment que l’État pût se dés­in­té­res­ser de ces mêmes lois ou même aller contre elles en quoi que ce soit.

De plus, ceux qui gou­vernent les peuples doivent cer­tai­ne­ment à la chose publique de lui pro­cu­rer, par la sagesse de leurs lois, non seule­ment les avan­tages et les biens du dehors, mais aus­si et sur­tout les biens de l’âme.

Or, pour accroître ces biens, on ne sau­rait rien ima­gi­ner de plus effi­cace que ces lois dont Dieu est l’auteur ; et c’est pour cela que ceux qui veulent, dans le gou­ver­ne­ment des États, ne tenir aucun compte des lois divines, détournent vrai­ment la puis­sance poli­tique de son ins­ti­tu­tion et de l’ordre pres­crit par la nature. Mais une remarque plus impor­tante et que Nous avons Nous même rap­pe­lée plus d’une fois ailleurs, c’est que le pou­voir civil et le pou­voir sacré, bien que n’ayant pas le même but et ne mar­chant pas par les mêmes che­mins, doivent pour­tant, dans l’accomplissement de leurs fonc­tions, se ren­con­trer quelques fois l’un et l’autre. Tous deux, en effet, exercent plus d’une fois leur auto­ri­té sur les mêmes objets, quoique à des points de vue dif­fé­rents. Le conflit, dans cette occur­rence, serait absurde et répu­gne­rait ouver­te­ment à l’infinie sagesse des conseils divins : il faut donc néces­sai­re­ment qu’il y ait un moyen, un pro­cé­dé pour faire dis­pa­raître les causes de contes­ta­tions et de luttes et éta­blir l’accord dans la pra­tique. Et cet accord, ce n’est pas sans rai­son qu’on l’a com­pa­ré à l’union qui existe entre l’âme et le corps, et cela au plus grand avan­tage des deux conjoints, car la sépa­ra­tion est par­ti­cu­liè­re­ment funeste au corps, puisqu’elle le prive de la vie.

La liberté des cultes

Mais pour mieux mettre en lumière ces véri­tés, il est bon que nous consi­dé­rions sépa­ré­ment les diverses sortes de liber­tés que l’on donne comme des conquêtes de notre époque. – Et d’abord, à pro­pos des indi­vi­dus, exa­mi­nons cette liber­té si contraire à la ver­tu de reli­gion, « la liber­té des cultes », comme on l’appelle, liber­té qui repose sur ce prin­cipe qu’il est loi­sible à cha­cun de pro­fes­ser telle reli­gion qu’il lui plaît, ou même de n’en pro­fes­ser aucune. – Mais, tout au contraire, c’est bien là sans nul doute, par­mi tous les devoirs de l’homme, le plus grand et le plus saint, celui qui ordonne à l’homme de rendre à Dieu un culte de pié­té et de reli­gion. Et ce devoir n’est qu’une consé­quence de ce fait que nous sommes per­pé­tuel­le­ment sous la dépen­dance de Dieu, gou­ver­nés par la volon­té et la Providence de Dieu, et que, sor­tis de lui, nous devons retour­ner à lui.

Il faut ajou­ter qu’aucune ver­tu digne de ce nom ne peut exis­ter sans la reli­gion, car la ver­tu morale est celle dont les actes ont pour objet tout ce qui nous conduit à Dieu consi­dé­ré comme notre suprême et sou­ve­rain bien ; et c’est pour cela que la reli­gion, qui « accom­plit les actes ayant pour fin directe et immé­diate l’honneur divin » [3] est la reine à la fois et la règle de toutes les ver­tus. Et si l’on demande, par­mi toutes ces reli­gions oppo­sées qui ont cours, laquelle il faut suivre à l’exclusion des autres, la rai­son et la nature s’unissent pour nous répondre : celle que Dieu a pres­crite et qu’il est aisé de dis­tin­guer, grâce à cer­tains signes exté­rieurs par les­quels la divine Providence a vou­lu la rendre recon­nais­sable, car, dans une chose de cette impor­tance, l’erreur entraî­ne­rait des consé­quences trop désas­treuses. C’est pour­quoi offrir à l’homme la liber­té dont Nous par­lons, c’est lui don­ner le pou­voir de déna­tu­rer impu­né­ment le plus saint des devoirs, de le déser­ter, aban­don­nant le bien immuable pour se tour­ner vers le mal : ce qui, nous l’avons dit, n’est plus la liber­té, mais une dépra­va­tion de la liber­té et une ser­vi­tude de l’âme sans l’abjection du péché.

Envisagée au point de vue social, cette même liber­té veut que l’État ne rende aucun culte à Dieu, ou n’autorise aucun culte public ; que nulle reli­gion ne soit pré­fé­rée à l’autre, que toutes soient consi­dé­rées comme ayant les mêmes droits, sans même avoir égard au peuple, lors même que ce peuple fait pro­fes­sion de catho­li­cisme. Mais pour qu’il en fût ain­si, il fau­drait que vrai­ment la com­mu­nau­té civile n’eût aucun devoir envers Dieu, ou qu’en ayant, elle pût impu­né­ment s’en affran­chir ; ce qui est éga­le­ment et mani­fes­te­ment faux. On ne sau­rait mettre en doute, en effet, que la réunion des hommes en socié­té ne soit l’œuvre de la volon­té de Dieu, et cela qu’on la consi­dère dans ses membres, dans sa forme qui est l’autorité, dans sa cause ou dans le nombre et l’importance des avan­tages qu’elle pro­cure à l’homme. C’est Dieu qui a fait l’homme pour la socié­té et qui l’a uni à ses sem­blables, afin que les besoins de sa nature, aux­quels ses efforts soli­taires ne pour­raient don­ner satis­fac­tion, pussent la trou­ver dans l’association. C’est pour­quoi la socié­té civile, en tant que socié­té, doit néces­sai­re­ment recon­naître Dieu comme son prin­cipe et son auteur et, par consé­quent, rendre à sa puis­sance et à son auto­ri­té l’hommage de son culte. Non, de par la jus­tice ; non, de par la rai­son, l’État ne peut être athée, ou, ce qui revien­drait à l’athéisme, être ani­mé à l’égard de toutes les reli­gions, comme on dit, des mêmes dis­po­si­tions, et leur accor­der indis­tinc­te­ment les mêmes droits. – Puisqu’il est donc néces­saire de pro­fes­ser une reli­gion dans la socié­té, il faut pro­fes­ser celle qui est la seule vraie et que l’on recon­naît sans peine, au moins dans les pays catho­liques, aux signes de véri­té dont elle porte en elle l’éclatant carac­tère. Cette reli­gion, les chefs de l’État doivent donc la conser­ver et la pro­té­ger, s’ils veulent, comme ils en ont l’obligation, pour­voir pru­dem­ment et uti­le­ment aux inté­rêts de la com­mu­nau­té. Car la puis­sance publique a été éta­blie pour l’utilité de ceux qui sont gou­ver­nés, et quoiqu’elle n’ait pour fin pro­chaine que de conduire les citoyens à la pros­pé­ri­té de cette vie ter­restre, c’est pour­tant un devoir pour elle de ne point dimi­nuer, mais d’accroître, au contraire, pour l’homme, la facul­té d’atteindre à ce bien suprême et sou­ve­rain dans lequel consiste l’éternelle féli­ci­té des hommes, ce qui devient impos­sible sans la religion.

Mais Nous avons dit ailleurs tout cela plus en détail : la seule remarque que Nous vou­lons faire pour le moment, c’est qu’une liber­té de ce genre est ce qui porte le plus de pré­ju­dice à la liber­té véri­table, soit des gou­ver­nants, soit des gou­ver­nés. La reli­gion, au contraire, lui est mer­veilleu­se­ment utile, parce qu’elle fait remon­ter jusqu’à Dieu même l’origine pre­mière du pou­voir ; qu’elle impose avec une très grave auto­ri­té aux princes l’obligation de ne point oublier leurs devoirs ; de ne point com­man­der avec injus­tice ou dure­té, et de conduire les peuples avec bon­té et presque avec un amour paternel.

D’autre part, elle recom­mande aux citoyens, à l’égard de la puis­sance légi­time, la sou­mis­sion comme aux repré­sen­tants de Dieu ; elle les unit aux chefs de l’État par les liens, non seule­ment de l’obéissance, mais du res­pect et de l’amour, leur inter­di­sant la révolte et toutes les entre­prises qui peuvent trou­bler l’ordre et la tran­quilli­té de l’État, et qui, en résu­mé, donnent occa­sion de com­pri­mer, par des res­tric­tions plus fortes, la liber­té des citoyens.

Nous ne disons rien des ser­vices ren­dus par la reli­gion aux bonnes mœurs et, par les bonnes mœurs, à la liber­té même. Un fait prou­vé par la rai­son et que l’histoire confirme, c’est que la liber­té, la pros­pé­ri­té et la puis­sance d’une nation gran­dissent en pro­por­tion de sa moralité.

La liberté de presse

Et main­te­nant, pour­sui­vons ces consi­dé­ra­tions au sujet de la liber­té d’exprimer par la parole ou par la presse tout ce que l’on veut. Assurément, si cette liber­té n’est pas jus­te­ment tem­pé­rée, si elle dépasse le terme et la mesure, une telle liber­té, il est à peine besoin de le dire, n’est pas un droit, car le droit est une facul­té morale, et, comme nous l’avons dit et comme on ne peut trop le redire, il serait absurde de croire qu’elle appar­tient natu­rel­le­ment, et sans dis­tinc­tion ni dis­cer­ne­ment, à la véri­té et au men­songe, au bien et au mal. Le vrai, le bien, on a le droit de les pro­pa­ger dans l’État avec une liber­té pru­dente, afin qu’un plus grand nombre en pro­fite ; mais les doc­trines men­son­gères, peste la plus fatale de toutes pour l’esprit ; mais les vices qui cor­rompent le cœur et les moeurs, il est juste que l’autorité publique emploie à les répri­mer avec sol­li­ci­tude, afin d’empêcher le mal de s’étendre pour la ruine de la socié­té. Les écarts d’un esprit licen­cieux, qui, pour la mul­ti­tude igno­rante, deviennent faci­le­ment une véri­table oppres­sion, doivent jus­te­ment être punis par l’autorité des lois, non moins que les atten­tats de la vio­lence com­mis contre les faibles. Et cette répres­sion est d’autant plus néces­saire que contre ces arti­fices de style et ces sub­ti­li­tés de dia­lec­tique, sur­tout quand tout cela flatte les pas­sions, la par­tie sans contre­dit la plus nom­breuse de la popu­la­tion ne peut en aucune façon, ou ne peut qu’avec une très grande dif­fi­cul­té se tenir en garde.

Accordez à cha­cun la liber­té illi­mi­tée de par­ler et d’écrire, rien ne demeure sacré et invio­lable, rien ne sera épar­gné, pas même ces véri­tés pre­mières, ces grands prin­cipes natu­rels que l’on doit consi­dé­rer comme un noble patri­moine com­mun à toute l’humanité. Ainsi, la véri­té est peu à peu enva­hie par les ténèbres, et l’on voit, ce qui arrive sou­vent, s’établir avec faci­li­té la domi­na­tion des erreurs les plus per­ni­cieuses et les plus diverses. Tout ce que la licence y gagne, la liber­té le perd ; car on ver­ra tou­jours la liber­té gran­dir et se raf­fer­mir à mesure que la licence sen­ti­ra davan­tage le frein.

Mais s’agit-il de matières libres que Dieu a lais­sées aux dis­putes des hommes, à cha­cun il est per­mis de se for­mer une opi­nion et de l’exprimer libre­ment ; la nature n’y met point d’obstacle ; car une telle liber­té n’a jamais conduit les hommes à oppri­mer la véri­té, mais elle leur donne sou­vent une occa­sion de la recher­cher et de la faire connaître.

La liberté d’enseignement

Quant à ce qu’on appelle liber­té d’enseignement, il n’en faut pas juger d’une façon dif­fé­rente. Il n’y a que la véri­té, on n’en sau­rait dou­ter, qui doit entrer dans les âmes, puisque c’est en elle que les natures intel­li­gentes trouvent leur bien, leur fin, leur per­fec­tion ; c’est pour­quoi l’enseignement ne doit avoir pour objet que des choses vraies, et cela qu’il s’adresse aux igno­rants ou aux savants, afin qu’il apporte aux uns la connais­sance du vrai, que dans les autres, il l’affermisse. C’est pour ce motif que le devoir de qui­conque se livre à l’enseignement est, sans contre­dit, d’extirper l’erreur des esprits et d’exposer des pro­tec­tions sûres à l’envahissement des fausses opi­nions. Il est donc évident que la liber­té dont nous trai­tons, en s’arrogeant le droit de tout ensei­gner à sa guise, est en contra­dic­tion fla­grante avec la rai­son et qu’elle est née pour pro­duire un ren­ver­se­ment com­plet dans les esprits ; le pou­voir public ne peut accor­der une pareille licence dans la socié­té qu’au mépris de son devoir. Cela est d’autant plus vrai que l’on sait de quel poids est pour les audi­teurs l’autorité du pro­fes­seur, et com­bien il est rare qu’un dis­ciple puisse juger par lui-​même de la véri­té de l’enseignement du maître.

C’est pour­quoi cette liber­té aus­si, pour demeu­rer hon­nête, a besoin d’être res­treinte dans des limites déter­mi­nées ; il ne faut pas que l’art de l’enseignement puisse impu­né­ment deve­nir un ins­tru­ment de cor­rup­tion. – Or, la véri­té qui doit être l’unique objet de l’enseignement est de deux sortes : il y a la véri­té natu­relle et la véri­té sur­na­tu­relle. Les véri­tés natu­relles, aux­quelles appar­tiennent les prin­cipes de la nature et les conclu­sions pro­chaines que la rai­son en déduit, consti­tuent comme le com­mun patri­moine du genre humain : elles sont comme le solide fon­de­ment sur lequel reposent les mœurs, la jus­tice, la reli­gion, l’existence même de la socié­té humaine ; et ce serait dès lors la plus grande des impié­tés, la plus inhu­maine des folies, que de les lais­ser impu­né­ment vio­ler et détruire. – Mais il ne faut pas mettre moins de scru­pules à conser­ver le grand et sacré tré­sor des véri­tés que Dieu lui-​même nous a fait connaître. Par un grand nombre d’arguments lumi­neux, sou­vent répé­tés par les apo­lo­gistes, cer­tains points prin­ci­paux de doc­trine ont été éta­blis, par exemple : il y a une révé­la­tion divine ; le Fils unique de Dieu s’est fait chair pour rendre témoi­gnage à la véri­té ; par lui, une socié­té par­faite a été fon­dée, à savoir : l’Église, dont il est lui-​même le Chef et avec laquelle il a pro­mis de demeu­rer jusqu’à la consom­ma­tion des siècles.

À cette socié­té, il a vou­lu confier toutes les véri­tés qu’il avait ensei­gnées, avec mis­sion de les gar­der, de les défendre, de les déve­lop­per avec une auto­ri­té légi­time ; et, en même temps, il a ordon­né à toutes les nations d’obéir aux ensei­gne­ments de son Église comme à lui-​même, avec menace de la perte éter­nelle pour ceux qui y contre­vien­draient. D’où il res­sort clai­re­ment que le maître le meilleur et le plus sûr à l’homme, c’est Dieu, source et prin­cipe de toute véri­té ; c’est le Fils unique qui est dans le sein du Père, voie, véri­té, vie ; lumière véri­table qui éclaire tout homme, et dont l’enseignement doit avoir tous les hommes pour dis­ciples ; et « ils seront tous ensei­gnés de Dieu ».

Liberté et vérité

Mais, pour la foi et la règle des mœurs, Dieu a fait par­ti­ci­per l’Église à son divin magis­tère et lui a accor­dé le divin pri­vi­lège de ne point connaître l’erreur. C’est pour­quoi elle est la grande, la sûre maî­tresse des hommes et porte en elle un invio­lable droit à la liber­té d’enseigner.

Et de fait, l’Église, qui, dans ses ensei­gne­ments reçus du ciel, trouve son propre sou­tien, n’a eu rien plus à cœur que de rem­plir reli­gieu­se­ment la mis­sion que Dieu lui a confiée, et, sans se lais­ser inti­mi­der par les dif­fi­cul­tés qui l’environnent de toutes parts, elle n’a ces­sé en aucun temps de com­battre pour la liber­té de son magis­tère. C’est par ce moyen que le monde entier, déli­vré de la misère de ses super­sti­tions, a trou­vé dans la sagesse chré­tienne son renou­vel­le­ment. Mais s’il est vrai, comme la rai­son elle-​même le dit clai­re­ment, qu’entre les véri­tés divi­ne­ment révé­lées et les véri­tés natu­relles, il ne peut y avoir de réelle oppo­si­tion, de sorte que toute doc­trine contre­di­sant celles-​là soit néces­sai­re­ment fausse, il s’ensuit que le divin magis­tère de l’Église, loin de faire obs­tacle à l’amour du savoir et à l’avancement des sciences, ou de retar­der en aucune manière le pro­grès de la civi­li­sa­tion, est, au contraire, pour ces choses une très grande lumière et une sûre pro­tec­tion. Et, par la même rai­son, le per­fec­tion­ne­ment même de la liber­té humaine ne pro­fite pas peu de son influence, selon la maxime qui est du Sauveur Jésus-​Christ, que l’homme devient libre par la véri­té : « Vous connaî­trez la véri­té, et la véri­té vous ren­dra libre » [4]

Il n’y a donc pas de motif pour que la vraie science digne de ce nom s’irrite contre des lois justes et néces­saires qui doivent régler les ensei­gne­ments humains, ain­si que le réclament ensemble et l’Église et la raison.

Il y a plus, et, comme bien des faits l’attestent, l’Église, tout en diri­geant prin­ci­pa­le­ment et spé­cia­le­ment son acti­vi­té vers la défense de la foi chré­tienne, s’applique aus­si à favo­ri­ser l’amour et le pro­grès des sciences humaines. Car c’est quelque chose de bon en soi, de louable, de dési­rable, que les bonnes études ; et de plus, toute science qui est le fruit d’une rai­son saine et qui répond à la réa­li­té des choses n’est pas d’une médiocre uti­li­té pour éclai­rer même les véri­tés révé­lées. Et, de fait, quels immenses ser­vices l’Église n’a‑t-elle pas ren­dus par l’admirable soin avec lequel elle a conser­vé les monu­ments de la sagesse antique, par les asiles qu’elle a, de toutes parts, ouverts aux sciences, par les encou­ra­ge­ments qu’elle a tou­jours don­nés à tous les pro­grès, favo­ri­sant d’une manière par­ti­cu­lière les arts même qui font la gloire de la civi­li­sa­tion de notre époque.

Enfin, il ne faut pas oublier qu’un champ immense reste ouvert où l’activité humaine peut se don­ner car­rière et le génie s’exercer libre­ment. Nous vou­lons par­ler des matières qui n’ont pas une connexion néces­saire avec la doc­trine de la foi et des mœurs chré­tiennes, ou sur les­quelles l’Église, n’usant pas de son auto­ri­té, laisse aux savants toute la liber­té de leurs juge­ments. – De ces consi­dé­ra­tions, il res­sort com­ment les par­ti­sans du Libéralisme entendent sur ce point, et repré­sentent cette liber­té qu’ils réclament et pro­clament avec une égale ardeur. D’une part, ils s’arrogent à eux-​mêmes, ain­si qu’à l’État une licence telle, qu’il n’y a point d’opinion si per­verse à laquelle ils n’ouvrent la porte et ne livrent pas­sage ; de l’autre, ils sus­citent à l’Église obs­tacles sur obs­tacles, confi­nant sa liber­té dans les limites les plus étroites qu’ils peuvent, alors cepen­dant que, de cet ensei­gne­ment de l’Église, aucun incon­vé­nient n’est à redou­ter, et que, au contraire, on en doit attendre les plus grands avantages.

La liberté de conscience

Une autre liber­té que l’on pro­clame aus­si bien haut est celle qu’on nomme liber­té de conscience. Que si l’on entend par là que cha­cun peut indif­fé­rem­ment, à Son gré, rendre ou ne pas rendre un culte à Dieu, les argu­ments qui ont été don­nés plus haut suf­fisent à le réfu­ter. Mais on peut l’entendre aus­si en ce sens que l’homme a dans l’État le droit de suivre, d’après la conscience de son devoir, la volon­té de Dieu, et d’accomplir ses pré­ceptes sans que rien puisse l’en empê­cher. Cette liber­té, la vraie liber­té, la liber­té digne des enfants de Dieu, qui pro­tège si glo­rieu­se­ment la digni­té de la per­sonne humaine, est au-​dessus de toute vio­lence et de toute oppres­sion, elle a tou­jours été l’objet des vœux de l’Église et de sa par­ti­cu­lière affec­tion. C’est cette liber­té que les apôtres ont reven­di­quée avec tant de constance, que les apo­lo­gistes ont défen­due dans leurs écrits, qu’une foule innom­brable de mar­tyrs ont consa­crée de leur sang. Et ils ont eu rai­son, car la grande et très juste puis­sance de Dieu sur les hommes et, d’autre part, le grand et le suprême devoir des hommes envers Dieu trouvent l’un et l’autre dans cette liber­té chré­tienne un écla­tant témoignage.

Elle n’a rien de com­mun avec des dis­po­si­tions fac­tieuses et révol­tées, et, d’aucune façon, il ne fau­drait se la figu­rer comme réfrac­taire à l’obéissance due à la puis­sance publique ; car ordon­ner et exi­ger l’obéissance aux com­man­de­ments n’est un droit de la puis­sance humaine qu’autant qu’elle n’est pas en désac­cord avec la puis­sance divine et qu’elle se ren­ferme dans les limites que Dieu lui a mar­quées. Or, quand elle donne un ordre qui est ouver­te­ment en désac­cord avec la volon­té divine, elle s’écarte alors loin de ces limites et se met du même coup en conflit avec l’autorité divine : il est donc juste alors de ne pas obéir.

Mais les par­ti­sans du Libéralisme, qui, en même temps qu’ils attri­buent à l’État un pou­voir des­po­tique et sans limites, pro­clament qu’il n’y a aucun compte à tenir de Dieu dans la conduite de la vie, ne recon­naissent pas du tout cette liber­té dont Nous par­lons et qui est unie inti­me­ment à l’honnêteté et à la liber­té ; et ce qu’on fait pour la conser­ver, ils l’estiment fait à tort et contre l’État. S’ils disaient vrai, il n’y aurait pas de domi­na­tion si tyran­nique qu’on ne dût accep­ter et subir.

Le plus vif désir de l’Église serait sans doute de voir péné­trer dans tous les ordres de l’État et y rece­voir leur appli­ca­tion ces prin­cipes chré­tiens que Nous venons d’exposer som­mai­re­ment. Car ils pos­sèdent une mer­veilleuse effi­ca­ci­té pour gué­rir les maux du temps pré­sent, ces maux dont on ne peut se dis­si­mu­ler ni le nombre, ni la gra­vi­té, et qui sont nés, en grande par­tie, de ces liber­tés tant van­tées, et où l’on avait cru voir ren­fer­més des germes de salut et de gloire. Cette espé­rance a été déçue par les faits. Au lieu de fruits doux et salu­taires, sont venus des fruits amers et empoi­son­nés. Si l’on cherche le remède, qu’on le cherche dans le rap­pel des saines doc­trines, des­quelles seules on peut attendre avec confiance la conser­va­tion de l’ordre et, par là même, la garan­tie de la vraie liberté.

La tolérance

Néanmoins, dans son appré­cia­tion mater­nelle, l’Église tient compte du poids acca­blant de l’infirmité humaine, et elle n’ignore pas le mou­ve­ment qui entraîne à notre époque les esprits et les choses. Pour ces motifs, tout en n’accordant de droits qu’à ce qui est vrai et hon­nête, elle ne s’oppose pas cepen­dant à la tolé­rance dont la puis­sance publique croit pou­voir user à l’égard de cer­taines choses contraires à la véri­té et à la jus­tice, en vue d’un mal plus grand à évi­ter ou d’un bien plus grand à obte­nir ou à conserver.

Dieu lui-​même, dans sa pro­vi­dence, quoique infi­ni­ment bon et tout-​puissant, per­met néan­moins l’existence de cer­tains maux dans le monde, tan­tôt pour ne point empê­cher des biens plus grands, tan­tôt pour empê­cher de plus grands maux. Il convient, dans le gou­ver­ne­ment des États, d’imiter celui qui gou­verne le monde. Bien plus, se trou­vant impuis­sante à empê­cher tous les maux par­ti­cu­liers, l’autorité des hommes doit « per­mettre et lais­ser impu­nies bien des choses qu’atteint pour­tant et à juste titre la vin­dicte de la Providence divine » [5] Néanmoins, dans ces conjec­tures, si, en vue du bien com­mun et pour ce seul motif, la loi des hommes peut et même doit tolé­rer le mal, jamais pour­tant elle ne peut ni ne doit l’approuver, ni le vou­loir en lui-​même, car, étant de soi la pri­va­tion du bien, le mal est oppo­sé au bien com­mun que le légis­la­teur doit vou­loir et doit défendre du mieux qu’il peut. Et en cela aus­si la loi humaine doit se pro­po­ser d’imiter Dieu, qui, en lais­sant le mal exis­ter dans le monde, » ne veut ni que le mal arrive, ni que le mal n’arrive pas, mais veut per­mettre que le mal arrive. Et cela est bon ». Cette sen­tence du Docteur angé­lique contient, en une brève for­mule, toute la doc­trine sur la tolé­rance du mal.

Mais il faut recon­naître, pour que Notre juge­ment reste dans la véri­té, que plus il est néces­saire de tolé­rer le mal dans un Etat, plus les condi­tions de cet Etat s’écartent de la per­fec­tion ; et, de plus, que la tolé­rance du mal appar­te­nant aux prin­cipes de la pru­dence poli­tique, doit être rigou­reu­se­ment cir­cons­crite dans les limites exi­gées par sa rai­son d’être, c’est-à-dire par le salut public. C’est pour­quoi, si elle est nui­sible au salut public, ou qu’elle soit pour l’État la cause d’un plus grand mal, la consé­quence est qu’il n’est pas per­mis d’en user, car, dans ces condi­tions, la rai­son du bien fait défaut. Mais, si, en vue d’une condi­tion par­ti­cu­lière de l’État, l’Église acquiesce à cer­taines liber­tés modernes, non qu’elle les pré­fère en elles-​mêmes, mais parce qu’elle juge expé­dient de les per­mettre, et que la situa­tion vienne ensuite à s’améliorer, elle use­ra évi­dem­ment de sa liber­té en employant tous les moyens, per­sua­sion, exhor­ta­tions, prières, pour rem­plir comme c’est son devoir, la mis­sion qu’elle a reçue de Dieu, à savoir, de pro­cu­rer aux hommes le salut éternel.

Mais une chose demeure tou­jours vraie, c’est que cette liber­té, accor­dée indif­fé­rem­ment à tous et pour tous, n’est pas, comme nous l’avons sou­vent répé­té, dési­rable par elle-​même, puisqu’il répugne à la rai­son que le faux et le vrai aient les mêmes droits, et, en ce qui touche la tolé­rance, il est étrange de voir à quel point s’éloignent de l’équité et de la pru­dence de l’Église ceux qui pro­fessent le Libéralisme.

En effet, en accor­dant aux citoyens sur tous les points dont Nous avons par­lé une liber­té sans bornes, ils dépassent tout à fait la mesure et en viennent au point de ne pas paraître avoir plus d’égards pour la ver­tu et la véri­té que pour l’erreur et le vice. Et quand l’Église, colonne et sou­tien de la véri­té, maî­tresse incor­rup­tible des mœurs, croit de son devoir de pro­tes­ter sans relâche contre une tolé­rance si pleine de désordres et d’excès, et d’en écar­ter l’usage cri­mi­nel, ils l’accusent de man­quer à la patience et à la dou­ceur ; en agis­sant ain­si, ils ne soup­çonnent même pas qu’ils lui font un crime de ce qui est pré­ci­sé­ment son mérite. D’ailleurs, il arrive bien sou­vent à ces grands prô­neurs de tolé­rance d’être, dans la pra­tique, durs et ser­rés quand il s’agit du catho­li­cisme : pro­digues de liber­tés pour tous, ils refusent sou­vent de lais­ser à l’Église sa liberté.

Résumé de l’encyclique

Mais, afin de réca­pi­tu­ler briè­ve­ment, et pour plus de clar­té, tout ce dis­cours, avec ses consé­quences, Nous disons en résu­mé que l’homme doit néces­sai­re­ment res­ter tout entier dans une dépen­dance réelle et inces­sante à l’égard de Dieu, et que, par consé­quent, il est abso­lu­ment impos­sible de com­prendre la liber­té de l’homme sans la sou­mis­sion à Dieu et l’assujettissement à sa volon­té. Nier cette sou­ve­rai­ne­té de Dieu et refu­ser de s’y sou­mettre, ce n’est pas la liber­té, c’est abus de la liber­té et révolte ; et c’est pré­ci­sé­ment d’une telle dis­po­si­tion d’âme que se consti­tue et que naît le vice capi­tal du Libéralisme. On peut, du reste, en dis­tin­guer plu­sieurs espèces ; car il y a pour la volon­té plus d’une forme et plus d’un degré dans le refus de l’obéissance due à Dieu ou à ceux qui par­ti­cipent à son auto­ri­té divine.

S’insurger com­plè­te­ment contre l’empire suprême de Dieu et lui refu­ser abso­lu­ment toute obéis­sance, soit dans la vie publique, soit dans la vie pri­vée et domes­tique, c’est à la fois, sans nul doute, la plus grande dépra­va­tion de la liber­té et la pire espèce de Libéralisme. C’est sur elle que doivent tom­ber sans res­tric­tion tous les blâmes que nous avons jusqu’ici formulés.

Immédiatement après vient le sys­tème de ceux qui, tout en concé­dant qu’on doit dépendre de Dieu, Auteur et Maître de l’univers puisque toute la nature est régie par sa Providence, osent répu­dier les règles de foi et de morale qui, dépas­sant l’ordre de la nature, nous viennent de l’autorité même de Dieu, ou pré­tendent, du moins, qu’il n’y a pas à en tenir compte, sur­tout dans les affaires publiques de l’État. Quelle est la gra­vi­té de leur erreur et com­bien peu ils sont d’accord avec eux-​mêmes, Nous l’avons pareille­ment vu plus haut. C’est de cette doc­trine que découle, comme de sa source et de son prin­cipe, cette per­ni­cieuse erreur de la sépa­ra­tion de l’Église et de l’État, quand, au contraire, il est mani­feste que ces deux pou­voirs, quoique dif­fé­rents dans leur mis­sion et leur digni­té, doivent néan­moins s’entendre dans la concorde de leur action et l’échange de leurs bons offices.

À cette erreur comme à un genre se rat­tache une double opi­nion. Plusieurs, en effet, veulent entre l’Église et l’État une sépa­ra­tion radi­cale et totale ; ils estiment que, dans tout ce qui concerne le gou­ver­ne­ment de la socié­té humaine, dans les ins­ti­tu­tions, les mœurs, les lois, les fonc­tions publiques, l’instruction de la jeu­nesse, on ne doit pas plus faire atten­tion à l’Église que si elle n’existait pas ; tout au plus laissent-​ils aux membres indi­vi­duels de la socié­té la facul­té de vaquer en par­ti­cu­lier si cela leur plaît aux devoirs de la reli­gion. Contre eux gardent toute leur force les argu­ments par les­quels Nous avons réfu­té l’opinion de la sépa­ra­tion de l’Église et de l’État ; avec cette aggra­va­tion qu’il est com­plè­te­ment absurde que l’Église soit, en même temps, res­pec­tée du citoyen et mépri­sée par l’État.

Les autres ne mettent pas en doute l’existence de l’Église, ce qui leur serait d’ailleurs impos­sible : mais ils lui enlèvent le carac­tère et les droits propres d’une socié­té par­faite et veulent que son pou­voir, pri­vé de toute auto­ri­té légis­la­tive, judi­ciaire, coer­ci­tive, se borne à diri­ger par l’exhortation, la per­sua­sion, ceux qui se sou­mettent à elle de leur plein gré et de leur propre vou­loir. C’est ain­si que le carac­tère de cette divine socié­té est dans cette théo­rie, com­plè­te­ment déna­tu­rée, que son auto­ri­té, son magis­tère, en un mot, toute son action se trouve dimi­nuée et res­treinte, tan­dis que l’action et l’autorité du pou­voir civil est par eux exa­gé­rée jusqu’à vou­loir que l’Église de Dieu, comme toute autre asso­cia­tion libre, soit mise sous la dépen­dance et la domi­na­tion de l’État. – Pour les convaincre d’erreur, les apo­lo­gistes ont employé de puis­sants argu­ments que Nous n’avons pas négli­gés Nous-​mêmes, par­ti­cu­liè­re­ment dans notre ency­clique Immortale Dei ; et il en res­sort que, par la volon­té de Dieu, l’Église pos­sède toutes les qua­li­tés et tous les droits qui carac­té­risent une socié­té légi­time supé­rieure et de tous points parfaite.

Beaucoup enfin n’approuvent pas cette sépa­ra­tion de l’Église et de l’État ; mais ils estiment qu’il faut ame­ner l’Église à céder aux cir­cons­tances, obte­nir qu’elle se prête et s’accommode à ce que réclame la pru­dence du jour dans le gou­ver­ne­ment des socié­tés. Opinion hon­nête, si on l’entend d’une cer­taine manière équi­table d’agir, qui soit conforme à la véri­té et à la jus­tice, à savoir : que l’Église, en vue d’un grand bien à espé­rer, se montre indul­gente et concède aux cir­cons­tances de temps ce qu’elle peut concé­der sans vio­ler la sain­te­té de sa mis­sion. Mais il en va tout autre­ment des pra­tiques et des doc­trines que l’affaissement des mœurs et les erreurs cou­rantes ont intro­duites contre le droit. Aucune époque ne peut se pas­ser de reli­gion, de véri­té, de jus­tice : grandes et saintes choses que Dieu a mises sous la garde de l’Église, à qui il serait dès lors étrange de deman­der la dis­si­mu­la­tion à l’égard de ce qui est faux ou injuste, ou la conni­vence avec ce qui peut nuire à la religion.

Conduite pratique des catholiques

De ces consi­dé­ra­tions, il résulte donc qu’il n’est aucu­ne­ment per­mis de deman­der, de défendre ou d’accorder sans dis­cer­ne­ment la liber­té de la pen­sée, de la presse, de l’enseignement, des reli­gions, comme autant de droits que la nature a confé­rés à l’homme. Si vrai­ment la nature les avait confé­rés, on aurait le droit de se sous­traire à la sou­ve­rai­ne­té de Dieu, et nulle loi ne pour­rait modé­rer la liber­té humaine. – Il suit pareille­ment que ces diverses sortes de liber­tés peuvent, pour de justes causes, être tolé­rées, pour­vu qu’un juste tem­pé­ra­ment les empêche de dégé­né­rer jusqu’à la licence et au désordre. – Là enfin où les usages ont mis ces liber­tés en vigueur, les citoyens doivent s’en ser­vir pour faire le bien et avoir à leur égard les sen­ti­ments qu’en a l’Église. Car une liber­té ne doit être répu­tée légi­time qu’en tant qu’elle accroît notre facul­té pour le bien ; hors de là, jamais.

Quand on est sous le coup ou sous la menace d’une domi­na­tion qui tient la socié­té sous la pres­sion d’une vio­lence injuste, ou prive l’Église de sa liber­té légi­time, il est per­mis de cher­cher une autre orga­ni­sa­tion poli­tique, sous laquelle il soit pos­sible d’agir avec liber­té. Alors, en effet, ce que l’on reven­dique, ce n’est pas cette liber­té sans mesure et sans règle, mais c’est un cer­tain allé­ge­ment en vue du salut de tous ; et ce que l’on cherche uni­que­ment, c’est d’arriver à ce que, là où toute licence est don­née au mal, le pou­voir de faire le bien ne soit pas entravé.

En outre, pré­fé­rer pour l’État une consti­tu­tion tem­pé­rée par l’élément démo­cra­tique n’est pas en soi contre le devoir, à condi­tion tou­te­fois qu’on res­pecte la doc­trine catho­lique sur l’origine et l’exercice du pou­voir public.

Des diverses formes du gou­ver­ne­ment, pour­vu qu’elles soient en elles-​mêmes aptes à pro­cu­rer le bien des citoyens, l’Église n’en rejette aucune ; mais elle veut, et la nature s’accorde avec elle pour l’exiger, que leur ins­ti­tu­tion ne viole le droit de per­sonne et res­pecte par­ti­cu­liè­re­ment les droits de l’Église.

C’est louable de prendre part à la ges­tion des affaires publiques, à moins qu’en cer­tains lieux, pour des cir­cons­tances par­ti­cu­lières de choses et de temps, ne soit impo­sée une conduite dif­fé­rente. L’Église même approuve que tous unissent leurs efforts pour le bien com­mun, et que cha­cun, selon son pou­voir, tra­vaille à la défense, à la conser­va­tion et à l’accroissement de la chose publique.

L’Église ne condamne pas non plus que l’on veuille affran­chir son pays ou de l’étranger ou d’un des­pote, pour­vu que cela puisse se faire sans vio­ler la jus­tice. Enfin, elle ne reprend pas davan­tage ceux qui tra­vaillent à don­ner aux com­munes l’avantage de vivre selon leurs propres lois, et aux citoyens toutes les faci­li­tés pour l’accroissement de leur bien-​être. Pour toutes les liber­tés civiles exemptes d’excès, l’Église eut tou­jours la cou­tume d’être une très fidèle pro­tec­trice, ce qu’attestent par­ti­cu­liè­re­ment les cités ita­liennes, qui trou­vèrent sous le régime muni­ci­pal la pros­pé­ri­té, la puis­sance et la gloire, alors que l’influence salu­taire de l’Église, sans ren­con­trer aucune oppo­si­tion, péné­trait toutes les par­ties du corps social

Conclusion

Ces ensei­gne­ments ins­pi­rés par la foi et la rai­son tout ensemble, et que le devoir de Notre charge apos­to­lique Nous a por­té, Vénérables Frères, à Vous trans­mettre, seront, grâce sur­tout à l’union de Vos efforts avec les Nôtres, utiles à un grand nombre, Nous en avons la confiance. – Pour Nous, dans l’humilité de Notre cœur, Nous éle­vons vers Dieu Nos regards sup­pliants, et Nous le conju­rons ins­tam­ment de vou­loir bien répandre sur les hommes la lumière de sa sagesse et de son conseil, afin que, par la ver­tu de ces dons, ils puissent, sur des points d’une telle impor­tance, voir la véri­té et que, comme il est rai­son­nable, en toutes conjonc­tures et avec une inébran­lable constance, ils sachent confor­mer leur vie, soit pri­vée, soit publique, à cette véri­té. Comme gage de ces faveurs célestes et en témoi­gnage de Notre bien­veillance, Nous Vous accor­dons, avec une tendre affec­tion, à Vous, Vénérables Frères, ain­si qu’au cler­gé et au peuple dont cha­cun de Vous a la direc­tion, la béné­dic­tion apos­to­lique dans le Seigneur.

Donné à Rome, près Saint-​Pierre, le 20 juin de l’année 1888, de Notre Pontificat la onzième.

LÉON XIII, Pape.

Notes de bas de page
  1. Jn., 8, 34[]
  2. De lib. arb., 1. I, c. 4, n. 15.[]
  3. S. Th. II – II, qu. 81, a. 6.[]
  4. Jn., 6, 4[]
  5. S. August., De libr. arb., lib. I, cap. 6, num 14[]