logos-lpl-separator-blc

Le quotidien “Présent” parle des ordinations du lundi 29 juin 2009 à Ecône

Partager sur print
Partager sur email
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur whatsapp

Jeanne SMITS

Présent du samedi 4 juillet 2009

Un observateur extérieur ne s’y serait sans doute pas attendu : à la cérémonie des ordinations diaconales et sacerdotales qui s’est déroulée le lundi 29 juin à Ecône, en la fête des saints Pierre et Paul, les premiers mots de l’homélie de Mgr Fellay furent pour citer une initiative de Benoît XVI. Le Saint-Père vient d’ouvrir une « année sacerdotale » placée sous le signe du saint Curé d’Ars et du saint Padre Pio : le jour même de l’annonce, souligna Mgr Fellay, se réjouissant de cette délicatesse de la Providence, plusieurs prêtres étaient ordonnés aux Etats-Unis au sein de la Fraternité Saint-Pie X. Avec les huit nouveaux ordinands d’Ecône, le total des nouveaux prêtres « pour l’Eglise » dans cette Fraternité et parmi ses sociétés amies dépasse la trentaine[NDLR : voir aussi les ordinations à Zaitzkofen]. Pour l’Eglise, oui, car c’est elle, l’Eglise une et sainte, qui a besoin de prêtres pour répandre et communiquer Jésus.

On s’attendait – la rumeur courait ! – de la part de Mgr Fellay à une annonce fracassante, à une nouveauté proclamée pour l’occasion. Il n’en fut rien. La tension, s’il y en avait une, était celle d’une concentration très intérieure sur ce moment terrible et grandiose qu’est la création de nouveaux prêtres pour l’éternité, et l’engagement sans retour des nouveaux jeunes diacres désormais tendus vers ce but. L’évêque, affable et souriant d’ordinaire, était intensément sérieux. Malgré la longueur de la cérémonie – plus de quatre heures dans la chaleur méridionale du Valais ; malgré le cadre aussi soigné que possible, mais tout de même pas dans une cathédrale… Dans la sobriété et l’inconfort d’une tente absorbant le soleil caniculaire de ce début d’été.

Le prêtre est fait pour accepter d’aimer et de souffrir avec le Christ. Pour accepter chaque jour à nouveau la Croix de Notre-Seigneur, cette Croix sans laquelle il n’y aurait ni Rédemption, ni Résurrection. Ce fut là le message central adressé par Mgr Fellay à la dizaine de nouveaux diacres, aux huit nouveaux prêtres qu’il s’apprêtait à ordonner « pour l’Eglise ». « Je vous en supplie, dit-il aux ordinands, si vous n’êtes pas prêts à cela, partez maintenant ; ne restez pas là. » Cette exigence du don, cette disponibilité à ne plus rien rechercher de personnel mais à vouloir être en toute chose l’instrument de Notre-Seigneur, à la manière de la plume sans laquelle l’artiste ne peut écrire son poème, doit porter le prêtre à accueillir chaque âme, sans exception, afin de la conduire à Jésus.

On cherchera là en vain la « petite phrase » à sensation, la nouveauté journalistique, la polémique en un mot. Mais il n’y a rien de plus neuf ni de plus efficace dans notre pauvre vieux monde. Et peut-être ces paroles-là sont-elles aujourd’hui mieux entendues dans l’Eglise que naguère. La grâce du Motu proprio et la levée des excommunications des quatre évêques ordonnés par Mgr Lefebvre en 1988 aidant, il n’y avait, lundi à Ecône, pas seulement des familiers de la « mouvance » mais aussi quelques jeunes prêtres ou religieux venus d’ailleurs, qui se sentaient parfaitement en phase avec ce discours.

Qui dira l’émotion intense que provoquent ces moments liturgiques si chargés de sens et de signification, fruit d’une sagesse qui dépasse les vues humaines, solennelle dans sa langue et son décor, mais si concrète dans ses symboles et ses rites ? La puissance de la forme « extraordinaire » des sacrements s’y révèle pleinement : jamais on n’est heurté par une insignifiance, une hyperbole malencontreuse, une pauvreté d’expression, un chant niais ou un manque de dignité.

Ce qui frappait, lundi à Ecône, c’était la sobriété, la sérénité, la simplicité, le caractère paisible d’une cérémonie qui se voulait à l’évidence pleinement inscrite dans l’Eglise et qui par cette sérénité même, semblait appeler de nouveaux « ponts ». Les très nombreux fidèles, familles, amis venus parfois de bien loin pour assister, dans un recueillement impressionnant, aux ordinations, ne la démentaient d’ailleurs pas. Devant Notre Seigneur, tout s’efface. La vie est remise en perspective. Comme l’illustrait le regard de ces deux nouveaux diacres qui, à peine ordonnés, se virent confier la charge et surtout l’inconcevable honneur de porter Jésus Lui-même, les Hosties consacrées pour la première fois confiées à leurs mains, depuis la prairie des ordinations jusqu’à l’église du séminaire. A jamais non plus les serviteurs du Christ, mais ses amis…

JEANNE SMITS

Article extrait du n° 6875 du Samedi 4 juillet 2009