Entretien du cardinal Castrillon Hoyos à la Süddeutsche Zeitung

Sauf avis contraire, les articles ou confé­rences qui n’é­manent pas des
membres de la FSSPX ne peuvent être consi­dé­rés comme reflétant
la posi­tion offi­cielle de la Fraternité Saint-​Pie X

- En Allemagne vous avez été for­te­ment cri­ti­qué...

- Cardinal Darío Castrillón : En Allemagne ? Qui m’a cri­ti­qué en Allemagne ? Je ne suis pas au courant.

- On vous a pré­sen­té comme le prin­ci­pal res­pon­sable du scan­dale concer­nant Mgr Richard Williamson sur­ve­nu au début de cette année ?

- Cardinal Darío Castrillón : Qu’on l’ait dit ne m’in­té­resse abso­lu­ment pas. Pour moi, c’est juste un signal de la mau­vaise infor­ma­tion dif­fu­sée dans un pays, une presse et une opi­nion publique que je consi­dé­rais comme res­pec­tables. Mais à voir les réac­tions dont vous par­lez, je me rends compte qu’ils ne savent pas ce qu’ils disent.

- Que voulez-​vous dire par « mau­vaise information » ? 

- Cardinal Darío Castrillón : La « mau­vaise infor­ma­tion » consiste à ne pas savoir de quoi il s’agit, ne pas savoir quel est le pro­blème de ce pro­ces­sus, de cette affaire ; c’est igno­rer les faits et le Droit ecclé­sias­tique concer­né. La mau­vaise infor­ma­tion, c’est se lais­ser hap­per par un tour­billon média­tique ou par une sen­si­bi­li­té locale que nous enten­dons et que nous pre­nons trop au sérieux.

- Qu’est-ce, d’après vous, que la bonne information ? 

- Cardinal Darío Castrillón : C’est très simple. Monseigneur Marcel Lefebvre a com­mis un acte de rebel­lion en ordon­nant en 1988 quatre évêques sans man­dat pon­ti­fi­cal. C’est une action schis­ma­tique. Pour avoir agi contre la loi ecclé­sias­tique, ont été excom­mu­niés l’Évêque consa­crant, Mgr Lefebvre, et les 4 évêques de la Fraternité ordon­nés par lui. C’est la cause et c’est le pro­blème que dans ce pro­ces­sus l’on veut résoudre. Prochainement d’autres choses devront être réso­lues. C’est tout. C’est ce que les deux der­niers Papes ont vou­lu résoudre pour recom­po­ser l’u­ni­té de l’Église. Tout ce que l’on dit de plus pro­vient d’une igno­rance fon­da­men­tale et très grave des inten­tions et des actions des Papes.

Je répète que l’unique cause de l’ex­com­mu­ni­ca­tion était l’or­di­na­tion sans man­dat pon­ti­fi­cal. L’évêque ordi­nant était déjà mort et les ordon­nés deman­daient, tou­jours avec force, comme ils l’ont fait à Lourdes, le retrait du Décret d’Excommunication. En le reti­rant, après une ample consul­ta­tion, le Pape cher­chait à mettre fin à un schisme. Et nous tous évêques catho­liques nous devons être avec le Pape, sur­tout dans une matière aus­si fon­da­men­tale que l’unité de l’Église.

- Quel a été exac­te­ment votre rôle dans le pro­ces­sus de récon­ci­lia­tion avec les Lefebvristes ? 

- Cardinal Darío Castrillón : Après les ordi­na­tions illé­gi­times, de 1988 à 2000, il n’y a pas eu de dia­logue entre Rome et la Fraternité. Le der­nier dia­logue réa­li­sé par l’alors car­di­nal Ratzinger et Monseigneur Lefebvre, qui a fini par un pro­to­cole signé par Mgr Lefebvre, a été immé­dia­te­ment inter­rom­pu et la rup­ture a été sui­vie, pré­ci­sé­ment, des ordi­na­tions illé­gi­times. De 1988 jusqu’à l’an 2000 tous les dia­logues ont été inter­rom­pus. Ils n’ont repris qu’en l’an 2000 et un nou­veau pro­ces­sus a débu­té, sui­vi de très près par le car­di­nal Ratzinger, alors membre de la Commission « Ecclesia Dei ». En 2001, dans un consis­toire pré­si­dé par le Saint Père, tous les car­di­naux pré­sents ont accep­té le pro­ces­sus pour l’en­trée en com­mu­nion des Lefebvristes. Dans la pré­sen­ta­tion au consis­toire, en se basant sur une Note de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, on a dit que les frères excom­mu­niés n’a­vaient pas un carac­tère héré­tique ou schis­ma­tique. Il étaient certes le pro­duit d’une action schis­ma­tique. En ce qui concerne leur posi­tion face au Concile Vatican II, les dif­fi­cul­tés se sont expri­mées sur le texte de cer­tains docu­ments et sur­tout de cer­taines inter­pré­ta­tions du Concile. Les plus grandes dif­fi­cul­tés se rap­por­taient au décret sur la liber­té reli­gieuse et l’œcuménisme.

- Et quel rôle a eu la Curie dans ce processus ?

- Cardinal Darío Castrillón : Il faut avoir une idée très claire de ce qu’est la Curie. Ce n’est pas une série d’ins­ti­tu­tions qui condi­tionnent le Pape. C’est, au contraire, un ensemble d’ins­ti­tu­tions et de per­sonnes qui servent le Vicaire du Christ et suc­ces­seur de Pierre, dans sa sol­li­ci­tude pour le bien de toutes les églises du monde. La déci­sion et la direc­tion unique viennent de lui. Il s’informe auprès de la Curie, et il décide. Ainsi donc, le Pape s’est tou­jours tenu infor­mé, Jean Paul II comme Benoît XVI. Différents dicas­tères, en réunions inter­di­cas­té­rielles, ont posi­ti­ve­ment contri­bué au déve­lop­pe­ment du projet.

Puis le moment est venu où, pour avan­cer dans le pro­ces­sus, les Lefebvristes ont posé deux condi­tions : la pre­mière, de recon­naître à tous les prêtres du monde le droit de célé­brer la Messe dans le rite de Saint Pie V ; et la deuxième, de lever le décret d’ex­com­mu­ni­ca­tion. C’était là les condi­tions pour com­men­cer les dia­logues sui­vants, sur­tout ceux qui revê­taient un carac­tère doc­tri­nal. Si l’on ne connaît pas ce point, on ne com­prend pas, on ne peut pas com­prendre le processus.

- Partagez-​vous les posi­tions de la Fraternité Saint Pie X ?

- Cardinal Darío Castrillón : Concernant la levée de l’ex­com­mu­ni­ca­tion, ils ont un point de vue que je ne par­tage pas, mais qui de leur point de vue sub­jec­tif, pour­rait être accep­table. Ils croient défendre la véri­té, la sainte tra­di­tion et pré­tendent qu’ils ne peuvent pas être excom­mu­niés parce qu’ils défendent la véri­té. C’est pour­quoi ils n’ont pas accep­té l’ex­com­mu­ni­ca­tion. Une fois, en par­lant avec Monseigneur Fellay, je lui ai dit : Si nous accep­tons l’as­pect sub­jec­tif de vos convic­tions, vous devez aus­si accep­ter que nous croyons objec­ti­ve­ment que l’ex­com­mu­ni­ca­tion est, certes, valide parce que les ordi­na­tions ont été réa­li­sées contre un pré­cepte clair de loi et contre la tra­di­tion de l’Église, et les faire sans man­dat entraîne la peine de l’ex­com­mu­ni­ca­tion. Et il est indé­niable qu’une loi fon­da­men­tale de l’Église dans une matière grave a été violée.

- Durant ces dis­cus­sions la ques­tion ne s’est-​elle jamais posée de savoir si vos déci­sions pour­raient avoir des consé­quences poli­tiques ? Où sont les limites entre les inté­rêts publics et les dis­putes ecclésiastiques ?

- Cardinal Darío Castrillón : Retirer l’ex­com­mu­ni­ca­tion à quatre évêques, excom­mu­niés pour avoir été ordon­nés sans man­dat pon­ti­fi­cal, ce n’est pas une action poli­tique du Saint Père, mais un exer­cice de son auto­ri­té reli­gieuse suprême, dans un acte de misé­ri­corde, au sein de l’Église. C’est un pro­blème théo­lo­gique pas­to­ral. L’intervention de l’Église dans la sphère poli­tique est une chose bien dis­tincte. C’est un pro­blème théo­lo­gique qui a ample­ment été étu­dié par l’Église catho­lique. L’illumination que l’on obtient par la révé­la­tion pour trai­ter une affaire est une chose, et la ges­tion même des affaires publiques et l’in­ter­fé­rence de dif­fé­rents groupes dans cette ges­tion en est une autre. Un évêque qui conçoit clai­re­ment cela ne devrait pas poser de problèmes.

- Cela signifie-​t-​il alors que l’Église dis­pose effec­ti­ve­ment d’instances pour juger les actions de per­son­nages comme Williamson ?

- Cardinal Darío Castrillón : Oui, une claire doc­trine existe à ce sujet. Cependant, je n’en­tre­rai pas dans ces consi­dé­ra­tions, car mon tra­vail n’est pas de juger un frère évêque ; c’est la tâche de la Congrégation des Évêques et de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. C’est elle qui doit déci­der si quel­qu’un affirme des choses qui ne cor­res­pondent pas à la Foi catho­lique telle qu’elle est inter­pré­tée par l’Église.

- Et com­ment l’Église réagit-​elle aux décla­ra­tions anti­sé­mites ou à la néga­tion de l’Holocauste ?

- Cardinal Darío Castrillón : Le refus de la part de l’Église de la vio­lence très injuste à laquelle le peuple juif a été sou­mis est par­fai­te­ment clair. Et sans doute ce refus s’appuie-​t-​il sur un point de vue moral. Le géno­cide raciste atroce est un atten­tat immo­ral contre l’humanité.

- Et alors : pour­quoi n’a‑t-Elle pas inter­rom­pu la levée de l’ex­com­mu­ni­ca­tion de Richard Williamson ?

- Cardinal Darío Castrillón : Non, pardonnez-​moi, les choses ne sont pas ain­si. L’excommunication qui pèse sur lui est due exclu­si­ve­ment à son ordi­na­tion épis­co­pale illé­gi­time, et non pas à ses juge­ments, ses théo­ries ou ses affir­ma­tions sur l’Holocauste. Avec l’avis favo­rable des car­di­naux du consis­toire, le Pape a déci­dé de lever l’excommunication dans laquelle ces évêques se trou­vaient pour une rai­son unique et fon­da­men­tale : un acte de cha­ri­té, pour conso­li­der l’u­nion de l’Église. Tout ce qui se dit d’autre est une erreur contraire à la vérité !

- Mais il y a des opi­nions contraires à l’in­té­rieur même de Église.

- Cardinal Darío Castrillón : Effectivement, il y a eu dans l’Église, non pas tant des posi­tions contraires, que des réac­tions cri­tiques. Le Saint Père lui-​même, dans sa lettre sur ce sujet à l’é­pis­co­pat mon­dial, y a fait clai­re­ment allu­sion. Le Pape n’est pas seul. La presque tota­li­té de l’é­pis­co­pat mon­dial le suit. Il n’a pas agi par igno­rance des choses, mais en large connais­sance de cause. Et si d’autres fac­teurs s’y sont ajou­tés, c’est une chose tout à fait distincte.

- C’est jus­te­ment ce que je veux vous dire. D’autres fac­teurs se sont gref­fés, spé­cia­le­ment les décla­ra­tions polé­miques de Williamson. Ne croyez-​vous pas que le Pape, ayant pris connais­sance des décla­ra­tions de Williamson, aurait dû retar­der au moins la divul­ga­tion du décret levant les excommunications ?

- Cardinal Darío Castrillón : Je ne suis pas une per­sonne qui ose for­mu­ler des hypo­thèses ou expri­mer des opi­nions sur ce que ferait le Pape ou sur ce qu’il ne devrait pas faire. Je me rap­porte à ce qu’il a fait et à quel type et à quelle qua­li­té d’in­for­ma­tion il avait à sa dis­po­si­tion au moment où il l’a fait. Et à ce moment-​là, aucun de ceux d’entre nous qui étaient concer­nés par le sujet n’étions à connais­sance des décla­ra­tions de Mgr Williamson. Aucun de nous ! Aucun de nous n’é­tait dans l’o­bli­ga­tion de le savoir !

- Pourtant Williamson était déjà connu depuis vingt ans. En 1989, il a aus­si fait des décla­ra­tions condam­nables en rap­port avec l’Holocauste.

- Cardinal Darío Castrillón : Non, non, non. Il faut être pré­cis. Il ne faut pas oublier que ce Williamson d’alors était un jeune évêque ordon­né sans per­mis­sion, opé­rant en dehors de l’Église et sans condi­tions juri­diques de légi­ti­mi­té. Et en 1989, ce jeune évêque a expri­mé au Canada des opi­nions en rap­port avec un livre qui pré­ten­dait faire une ana­lyse his­to­rique de l’Holocauste qu’au­jourd’­hui beau­coup ne par­tagent pas. Mais à cette époque ce livre n’é­tait pas connu de tout le monde. Personne n’est obli­gé de connaître tous les livres qui sont publiés, même sur des sujets importants.

- Pourtant ce que Williamson a dit en 1989 était clair : « Aucun Juif n’a été assas­si­né dans des chambres à gaz (…), ce sont des men­songes, des men­songes, des men­songes, (…) les Juifs ont inven­té l’Holocauste ». Vous avez été Président du CELAM (Conseil Épiscopal Latino-​américain, ndr.), en Amérique latine le nom de Williamson était célèbre de par les contro­verses qui l’en­tou­raient. Même ain­si, vous insis­tez à dire que vous ne saviez rien de lui ?

- Cardinal Darío Castrillón : Dans le CELAM ni comme direc­teur de Département, ni comme Secrétaire géné­ral, ni comme Président, je n’ai jamais enten­du men­tion­ner le nom de Richard Williamson. J’ai connu son nom et j’ai su qui il était en 2000 quand, pour les connaître, j’ai invi­té les évêques Lefebvristes chez moi à Rome. Ce que je peux vous dire, c’est que durant le long dérou­le­ment des dia­logues, aucun orga­nisme de la Curie, ni la Congrégation des Évêques, ni le Secrétariat d’État, ni les non­cia­tures dans les pays inté­res­sés, ni l’é­pis­co­pat cana­dien, alle­mand, suisse, fran­çais, autri­chien ou hol­lan­dais, ni une seule une lettre d’un fidèle laïque n’ont don­né la moindre infor­ma­tion à la Commission Ecclesia Dei, com­pé­tente pour le dos­sier des dia­logues, ni au Saint Père, ni à mon humble per­sonne qui menait très direc­te­ment le dia­logue avec Monseigneur Fellay. Personne ne nous a rien dit rien concer­nant la néga­tion ou la mini­mi­sa­tion de l’Holocauste de la part de mon­sei­gneur Williamson.

- Même pas en jan­vier de cette année ?

- Cardinal Darío Castrillón : Ce que com­prends, c’est que la télé­vi­sion sué­doise l’a inter­viewé le 1er jan­vier de cette année [NDLR de LPL : en réa­li­té en novembre 2008] au motif d’une ordi­na­tion dia­co­nale. De cette inter­view et des décla­ra­tions de Williamson je suis le seul à avoir été infor­mé le 5 février, jour où la Nonciature a infor­mé le Secrétariat d’État de la dite inter­view, et l’excellentissime Vice-​Secrétaire du Secrétariat m’a trans­mis l’in­for­ma­tion dans une enve­loppe que j’ai conser­vée, avec le timbre du 5 février 2009.

- Pourtant, selon des sources internes du Vatican, on dit que dans les jours pré­cé­dant le 21 jan­vier, un fax est arri­vé au Vatican aver­tis­sant des décla­ra­tions de Williamson.

- Cardinal Darío Castrillón : Non, un ins­tant, res­tons clairs : la nou­velle offi­cielle a eu lieu le 5 février. Ce que je me suis effec­ti­ve­ment sou­vent deman­dé, c’est pour quelle rai­son, si l’in­ter­view avait été faite le 1er jan­vier [NDLR de LPL : en réa­li­té en novembre 2008], elle n’a été publiée que le 21 de ce mois. C’est-​à-​dire que l’on a atten­du jusqu’à ce que le décret, dont l’é­tude était secrète, soit signé le 14 jan­vier. Pourquoi faire connaître l’in­ter­view seule­ment à ce moment-là ?

- Et vous, que croyez-vous ?

- Cardinal Darío Castrillón : Je n’aime pas spé­cu­ler. J’agis objec­ti­ve­ment, je ne pense ni bien ni mal des per­sonnes avant d’avoir une assu­rance abso­lue. Je juge seule­ment sur la base des faits. Et le fait consiste en ce que l’o­pi­nion publique n’a été infor­mée et frap­pée qu’à ce moment précis.

- Mais le plus grand coup, c’est Williamson lui-​même qui l’a don­né, en disant ce qu’il a dit et sachant que le décret levant les excom­mu­ni­ca­tions appro­chait.

- Cardinal Darío Castrillón : Non, Williamson n’en était pas néces­sai­re­ment conscient. Il ne par­ti­ci­pait pas direc­te­ment aux dia­logues avec Rome. Monseigneur Fellay vou­lait mener per­son­nel­le­ment la repré­sen­ta­tion de la Fraternité, et dans la majo­ri­té des dia­logues il a été seul. Je fus géné­ra­le­ment accom­pa­gné par un membre de ma Commission. Bien enten­du, quelques étapes du pro­ces­sus étaient réa­li­sées en pri­vé avec les auto­ri­tés du Saint Siège. Monseigneur Fellay en était par la suite infor­mé. Ils savaient seule­ment que le dos­sier était en cours d’étude. Après un exa­men long et atten­tif du sujet de l’excommunication, alors que le décret de levée était déjà approu­vé par le Père Saint et signé par le car­di­nal Re, le 14 jan­vier 2009, j’ai reçu du même car­di­nal le texte signé et, chez moi, je l’ai remis à Monseigneur Fellay, en lui deman­dant d’informer les trois autres évêques de la Fraternité. Ce n’est qu’alors qu’ils ont su qu’à par­tir du 21 jan­vier ils seraient libres de l’ex­com­mu­ni­ca­tion, et on leur a deman­dé de conser­ver le secret jus­qu’au 24 de ce mois, quand le Décret serait offi­ciel­le­ment publié. Si quel­qu’un en Allemagne ou dans n’im­porte quelle autre par­tie du monde dit une autre chose à ce sujet, il ment, soit par méchan­ce­té, soit par ignorance.

- Mais appa­rem­ment Fellay connais­sait les décla­ra­tions faites par Williamson à la télé­vi­sion, puisque le 21 jan­vier il a envoyé une lettre à la chaîne sué­doise pour empê­cher la publi­ca­tion de l’interview. 

- Cardinal Darío Castrillón : Je n’en ai pas eu connaissance.

- Et ne regrettez-​vous pas que, au lieu d’en­voyer cette lettre en Suède, Fellay ne vous ait pas mis au cou­rant des décla­ra­tions de Williamson pour évi­ter qu’une telle contro­verse ne se déchaîne ?

- Cardinal Darío Castrillón : Je regrette de ne pas connaître beau­coup, beau­coup de choses. Et par­mi les nom­breuses choses que je regrette de ne pas connaître, je regrette celle-là.

- Williamson raconte vous avoir connu au cours d’un déjeuner.

- Cardinal Darío Castrillón : Oui. Peu de temps après que le Pape m’eût nom­mé Président de la Commission Ecclesia Dei, j’ai vu un jour après mon tra­vail à la Préfecture du Clergé un groupe de per­sonnes habillées en sou­tane en plein été. J’ai deman­dé à mon secré­taire de véri­fier de qui il s’agissait. Il m’a dit que c’é­tait les Lefebvristes. Je les ai invi­tés chez moi, et ils ont accep­té de venir.

- Et quelle impres­sion vous ont-​ils laissée ?

- Cardinal Darío Castrillón : C’était des per­sonnes sym­pa­thiques, mais peut-​être un peu trop fixées,-de façon presque obsessionnelle‑, sur une seule chose ; affir­mer que la source de tous les mal­heurs de l’Église et du monde était la réforme du rite de la Messe après le Concile. Je n’a­vais pas orga­ni­sé ce déjeu­ner pour dis­cu­ter avec eux, je vou­lais sim­ple­ment les connaître. Et alors pour décon­tra­ter l’ambiance, j’ai déci­dé de plai­san­ter en leur disant que les langues me plai­saient beau­coup et que si j’avais à choi­sir une langue pour célé­brer l’eu­cha­ris­tie, je choi­si­rais l’a­ra­méen, qui est la langue du Christ. Je leur ai dit que ne savais pas qui avait eu la mau­vaise idée de rem­pla­cer la langue du Christ par la langue des per­sé­cu­teurs. C’était une mau­vaise plai­san­te­rie, évidemment.

- Et eux, qu’ont-ils dit ?

- Cardinal Darío Castrillón : Rien. Je suis immé­dia­te­ment pas­sé à un autre sujet. À cette ren­contre ont fait suite des dia­logues ponc­tuels qui ont por­té à une pre­mière ren­contre avec Jean Paul II puis à un autre avec Benoît XVI en août 2005.

- Quel sou­ve­nir avez-​vous gar­dé de Williamson ce jour où vous avez fait sa connaissance ?

- Cardinal Darío Castrillón : Il m’a paru être une per­sonne hon­nête, mais d’une trempe très par­ti­cu­lière. Je me suis ren­du compte que ce n’é­tait pas un sot, mais il m’a sem­blé un peu obsé­dant et très têtu.

- A quelle qua­li­té faites-​vous réfé­rence exac­te­ment lorsque vous dite « honnête » ?

- Cardinal Darío Castrillón : À un homme qui dit ce qu’il pense. Williamson ne m’a pas paru être une per­sonne qui essayait de trom­per. Il m’a sem­blé être un homme simple, peut-​être très extrême dans ses posi­tions. Mais, en somme, un homme de foi simple et sincère.

- Est-​ce qu’au Vatican per­sonne n’a rien su des décla­ra­tions de Williamson avant le 5 février ? Savez-​vous ce que signi­fie le mot Vatican ? Donc appa­rem­ment c’est un ensemble d’ins­ti­tu­tions qui com­mu­niquent mal entre elles.

- Cardinal Darío Castrillón : Savez-​vous com­bien nous sommes ? Nous sommes très nom­breux. Je suis sûr que nom­breux sont ceux qui, comme moi-​même, n’a­vaient pas la moindre idée de ce qu’avait retrans­mis une chaîne de télé­vi­sion sué­doise ou de ce qu’avait dit Williamson, il y a vingt ans, au Canada. Partez de la base sui­vante : en 1989 j’é­tais évêque de Pereira. Un pauvre évêque de Pereira, sub­mer­gé dans le tra­vail avec sa ville, ses pay­sans, ses indi­gènes, avec une bonne par­tie de son dio­cèse située dans une forêt vierge, qui va se mettre à par­ler de ce qu’un évêque que je ne connais­sais même pas a affir­mé dans un autre lieu ; même s’il est vrai que je connais­sais mon­sei­gneur Lefebvre parce que l’une de ses sœurs vivait avec son époux à Pereira et mon­sei­gneur Marcel lui ren­dait par­fois visite.

- Un viel ami ?

- Cardinal Darío Castrillón : Une connais­sance aimable. Lors de sa der­nière visite, infor­mé par sa sœur, j’ai deman­dé à celle-​ci si, étant don­née la gra­vi­té des pro­blèmes qui exis­taient déjà avec Rome, elle trou­vait utile que j’aie une conver­sa­tion avec lui. Elle m’a dit que non. Ainsi, quand il est reve­nu à Pereira, je ne l’ai même pas vu.

- Mais même le porte-​parole du Vatican vous en a par­lé publiquement.

- Cardinal Darío Castrillón : Il est vrai que le père Lombardi a fait en public un faux juge­ment témé­raire devant une jour­na­liste, mais il est éga­le­ment vrai qu’il s’est publi­que­ment rétrac­té. Et il m’a pré­sen­té des excuses. Il est impor­tant de rap­pe­ler qu’à ce moment il n’a­vait pas agi sur la demande du Pape, en tant que son porte-parole.

- Et les accu­sa­tions qu’Ebberhard van Gremmingen a faites ?

-Cardinal Darío Castrillón : Je ne sais pas de qui il s’agit.

- Le direc­teur de Radio Vatican pour l’Allemagne, dont les affir­ma­tions au cours des der­niers mois ne l’ont pas mon­tré à l’opinion publique alle­mande comme bien dis­po­sé à votre égard.

- Cardinal Darío Castrillón : Il ne me semble pas excep­tion­nel que si le « porte-​parole » du Pape, le père Lombardi, a émis un juge­ment erro­né, son subal­terne Gremmingen l’ait doci­le­ment répété.

- Le car­di­nal Re a décla­ré s’être sen­ti trom­pé par vous.

- Cardinal Darío Castrillón : Que je sache, le car­di­nal Re n’a jamais dit qu’il s’est sen­ti « trom­pé » par moi. Mais je sais très bien quels mots il a employés, d’après la presse, pour se réfé­rer à ma per­sonne sous une forme peu déli­cate. C’est pour cette rai­son que je lui ai écrit une lettre en lui disant très clai­re­ment que si quel­qu’un aurait dû être au cou­rant des décla­ra­tions contro­ver­sées de Williamson, c’é­tait lui.

- Pourquoi lui ?

- Cardinal Darío Castrillón : Pour deux simples rai­sons : d’a­bord, parce qu’il a tra­vaillé de nom­breuses années au Secrétariat d’État et qu’il s’y trou­vait pré­ci­sé­ment quand les faits sont arri­vés. Les Nonciatures informent le Secrétariat d’État des cas remar­quables. Et en second lieu, parce que Williamson est un évêque et la Congrégation des Évêques, dont le car­di­nal Re est pré­fet, est l’or­ga­nisme qui, dans l’Église, fait le sui­vi de la vie des Évêques.

- A votre col­lègue de la Commission « Ecclesia Dei », mon­sei­gneur Camille Perl, on a fait aus­si fait des récriminations.

- Cardinal Darío Castrillón : Non, je ne vois pas sa res­pon­sa­bi­li­té. Mais en tout cas, je n’aime pas décer­ner ain­si des res­pon­sa­bi­li­tés. Si j’ose par­ler du car­di­nal Re, je le fais pour une seule rai­son : parce qu’or­ga­ni­que­ment sa charge consiste à connaître ce que les évêques disent ou ce que les médias disent sur les évêques.

- Et que diriez- vous à ceux qui attri­buent à mon­sei­gneur Filoni et Monseigneur Mamberti une part de responsabilité ?

- Cardinal Darío Castrillón : Monseigneur Dominique Mamberti n’a aucune res­pon­sa­bi­li­té parce qu’il est à la tête de la Section qui se charge des rela­tions avec les États et cela n’entre pas dans le cadre de sa com­pé­tence. Monseigneur Filoni, pen­dant la période la plus intense des dia­logues n’é­tait pas encore au Secrétariat d’État. Il pour­rait avoir eu connais­sance des archives sur Williamson, mais je ne crois pas. Parce que : qui était Williamson ? C’était une figure insi­gni­fiante. Un sémi­na­riste qui avait foi dans Lefebvre qui, très jeune, l’avait ordon­né prêtre. Qui allait savoir des choses sur lui ? Personne. Il n’in­té­res­sait personne !

- Mais si, il inté­res­sait les médias depuis longtemps.

- Cardinal Darío Castrillón : J’ai plu­sieurs fois enten­du répé­ter cela, mais en Colombie, avant le scan­dale, je n’en ai jamais enten­du par­ler dans aucun milieu.

- Mais nous ne par­lons pas des médias colombiens.

- Cardinal Darío Castrillón : En Italie on n’a pas par­lé de lui non plus, je n’en ai jamais enten­du par­ler dans aucun milieu. Il est très facile de dire cer­taines phrases qui sont dan­ge­reuses. Naturellement, il a pu en être autre­ment au Canada, pour un autre type d’intérêts.

- Mais je ne parle pas non plus des médias ita­liens, ni des Juifs. Je me réfère aux médias alle­mands qui sont très bien infor­més et qui ont sui­vi Williamson pen­dant long­temps. Par exemple, la revue Der Spiegel a publié avant ce qui s’est pas­sé en jan­vier un vaste rap­port dans lequel elle citait des décla­ra­tions publiques de Williamson concer­nant l’Holocauste. Comment est-​il pos­sible qu’au Vatican per­sonne ne lise Der Spiegel ?

- Cardinal Darío Castrillón : Je ne com­prends pas la ques­tion parce que je crois que per­sonne n’a affir­mé qu’au Vatican per­sonne ne lit Der Spiegel. Il est peut-​être pos­sible que la Section alle­mande du Secrétariat d’État l’ait connu, mais je n’ai pas d’in­for­ma­tion là-​dessus et, de plus, je connais le peu de per­sonnes qui y sont par rap­port au tra­vail énorme de cette Section.

- Avez-​vous un nom en tête ?

- Cardinal Darío Castrillón : Non.

- Votre rela­tion avec le Pape a‑t-​elle été affec­tée après ce scandale ?

- Cardinal Darío Castrillón : Oui, bien sûr : en bien ! Nous avons tou­jours tra­vaillé au coude à coude. Non seule­ment j’ai pour lui la véné­ra­tion de la Foi parce qu’il est le Vicaire du Christ, mais aus­si la véné­ra­tion pour sa per­sonne, pour ce qu’il signi­fie comme théo­lo­gien de pre­mière caté­go­rie dans l’Église et pour ce qu’il signi­fie pour moi comme défen­seur de la Foi, etcomme un ami qui a tou­jours eu confiance en moi. Et cela n’a pas chan­gé, mais, au contraire, notre affec­tion s’est fortifiée.

- Que pensez-​vous de la restruc­tu­ra­tion de l’Église après le Motu Proprio du Pape émis en juillet ?

- Cardinal Darío Castrillón : Je vois cer­taines choses très claires et d’autres qui ne le sont pas autant. Par exemple, le fait de connaître plus lar­ge­ment des cri­tiques sur l’Église, sur le Concile Vatican II, qui concernent le domaine théo­lo­gique, bien que de telles cri­tiques pro­viennent de per­sonnes indi­vi­duelles et ne puissent pas être consi­dé­rées comme des cri­tiques offi­cielles de l’ins­ti­tu­tion « Fraternité Saint Pie X » ; il est natu­rel que l’on exige un dia­logue direct avec la Doctrine de la Foi. Il y a, cepen­dant, d’autres aspects pas­to­raux rela­tifs aux prêtres et aux fidèles, qui doivent être trai­tés, pour pou­voir arri­ver à une plé­ni­tude de com­mu­nion avec la pen­sée de l’Église et, spé­cia­le­ment, avec le chef visible de celle-​ci qui est le Vicaire du Christ. Il y a des aspects litur­giques qui ne peuvent pas pas­ser au second plan.

- Dans une inter­view publiée en mars dans El Tiempo, vous dites que l’exis­tence de chambres à gaz n’est pas un pro­blème moral, mais un pro­blème his­to­rique. Expliquez-vous.

- Cardinal Darío Castrillón : Non, non, non… Je n’ai pas dit cela !

- Pourtant c’est ce qui est dit dans l’interview.

- Cardinal Darío Castrillón : Combien de choses on lit dans des inter­views sup­po­sé­ment per­son­nelles, et qui sont exac­te­ment le contraire de ce que l’on a dit ! La chose est très simple : le géno­cide atroce dont a été vic­time le peuple juif est un acte qui concerne évi­dem­ment le domaine moral, la tor­ture est un acte moral, il n’y a pas le moindre doute. Mais dire qu’ils n’ont pas tué dix mais cinq, ce n’est pas un juge­ment moral, c’est une erreur historique.

- Pourtant Williamson nie la Shoá

- Cardinal Darío Castrillón : Il ne la nie pas, il la réduit. Je ne connais pas d’intervention de sa part dans laquelle il nie le géno­cide. Ce qu’il fait, c’est le réduire, le mini­mi­ser. Et c’est là une consi­dé­ra­tion his­to­rique. Le pro­blème moral est exclu­si­ve­ment le géno­cide en lui-​même, et par-​dessus tout le fac­teur aggra­vant est qu’il est raciste. Car on ne peut pas mettre ne serait-​ce qu’une seule per­sonne dans une chambre à gaz, parce que cela serait aus­si un crime inad­mis­sible et condam­nable. On ne peut pas. Pour toutes ces rai­sons, le réduc­tion­nisme à l’endroit de l’Holocauste est abso­lu­ment inacceptable.

- Mais faire des décla­ra­tions, comme Williamson, avec la conscience que celles-​ci cau­se­ront un dom­mage à une per­sonne ou à un groupe de per­sonnes, doit être jugeable d’un point de vue moral.

- Cardinal Darío Castrillón : Cela, Williamson lui-​même l’a accep­té. J’ai par­lé avec lui, et il a deman­dé par­don aux per­sonnes, aux familles des vic­times et aux ins­ti­tu­tions pour tout le mal qu’ont pu cau­ser ses décla­ra­tions. Ses excuses ont été insuffisantes.

- Et qu’au­rait fait le Vatican si Williamson avait nié et non pas seule­ment mini­mi­sé l’Holocauste ?

- Cardinal Darío Castrillón : Le néga­tion­nisme ne touche pas l’es­sence de l’Église. C’est un far­deau, un pro­blème qui, comme tout autre, peut être réso­lu. C’est un pro­blème qu’il existe des gens qui ne se pro­noncent pas et refusent le ter­ro­risme, c’est un pro­blème qu’il existe des gens qui res­tent muets face à l’ho­mi­cide cou­pable, qu’il existe des gens qui conseillent, pra­tiquent ou défendent l’a­vor­te­ment.

- Et com­ment agit l’Église face à ces « problèmes » ?

- Cardinal Darío Castrillón : Elle attire l’attention, pré­sente la doc­trine et, si c’est néces­saire, impose des sanc­tions. Dans le cas de Williamson il faut attendre, puis­qu’il n’est pas encore en pleine com­mu­nion avec l’Église. Aujourd’hui son auto­ri­té c’est la Fraternité mais quand le moment arri­ve­ra, l’Église pour­rait, par exemple, lui inter­dire de pré­cher pour n’avoir pas su faire preuve de la sagesse néces­saire pour être prédicateur.

- Qu’aurait fait l’Église s’il Elle avait connu les décla­ra­tions de Williamson avant la débâcle dans les médias ?

- Cardinal Darío Castrillón : Comme il n’est pas dans une pleine com­mu­nion, ce n’est pas à nous qu’il incombe de le reprendre ou de le punir, mais à Monseigneur Fellay, qui est son supé­rieur, et Fellay l’a fait.

- Recommenceriez-​vous à faire la même chose que ce que vous avez fait dans le cas des Lefebvristes ?

- Cardinal Darío Castrillón : Exactement la même chose ! En ce qui concerne l’ex­com­mu­ni­ca­tion. Je tra­vaillais sur un pro­blème spé­ci­fique, qui était celui de quatre évêques ordon­nés sans per­mis­sion. Rien de plus.

- Comment vous sentez-​vous après le scandale ?

- Cardinal Darío Castrillón : Je me sens momen­ta­né­ment aga­cé. Mais l’agacement me passe très rapi­de­ment, car je suis un homme qui regarde tou­jours vers l’a­ve­nir. Je me dis tou­jours : « Mon quart d’heure » de res­pon­sa­bi­li­té dans cet enga­ge­ment est déjà fini. Mes yeux, mon esprit et mon coeur vont vers le nou­veau quart d’heure que me donne le Seigneur. Ayant atteint 80 ans, je regarde le long « quart d’heure » de ma longue vie sacer­do­tale et épis­co­pale. J’ai été pré­sident d’« Ecclesia Dei », l’Église m’in­té­resse et je ferai tout ce qui est pos­sible pour Sa pleine uni­té et je met­trai mon inté­rêt à Sa sanc­ti­fi­ca­tion, y com­pris avec la richesse mer­veilleuse de ses rites et de ses tra­di­tions anciens. Maintenant j’ai déjà ma tête en place dans le nou­veau quart d’heure.

- Sentez-​vous que l’o­pi­nion publique vous a maltraité ?

- Cardinal Darío Castrillón : J’ai tou­jours eu à faire avec les médias. Je sais que l’une des mala­dies du jour­na­lisme c’est de « caf­ter », avec ses contro­verses et ses vic­times. Et pour y réagir, j’ai un épi­derme de cro­co­dile, pour sup­por­ter les coups quand ça a été mon tour, mais ces choses ne m’af­fectent pas. Il ne m’est jamais arri­vé de deman­der des rec­ti­fi­ca­tifs parce que c’est inutile : la véri­té fait son che­min. Et sur le sujet de la contro­verse actuelle, la seule véri­té est celle que je viens de dire.

Recueillis par Camilo Jiménez.

P.S. : tra­duc­tion par nos soins à par­tir de l’o­ri­gi­nal de l’en­tre­tien remis à Zenith le 29 sep­tembre 2009 par le car­di­nal après la publi­ca­tion tron­quée par Süddeutsche Zeitung. 

©LPL/O.de.Prigny

Die XXIX mensis Septembris anni MMIX

E Civitate Vaticana : Causa Williamson. Cardinalis Castrillon oppro­prium reiecit

Darius Castrillon Hoyos, olim Cardinalis Curialis, novos nun­tios id constare se Pontificiamque Commissionem « Ecclesia Dei », cui praee­rat, de infi­tia­tione holo­caus­ti a Richardo Williamson, natione Anglico, expres­sa cogno­visse repu­lit. In qua­dam per­con­ta­tione in actis diur­nia­riis vul­go « Süddeutsche Zeitung » appel­la­tis die Veneris publi­ca­ta, Cardinalis ille Columbiensis expli­ca­vit se non prius quam die quin­to men­sis Februarii de dic­tis Williamson cer­tum fac­tum esse, die­bus ergo duo­de­cim post excom­mu­ni­ca­tio­nem die vice­si­mo uno men­sis Ianuarii remis­sam. Decisio Summi Pontificis cum nota fac­ta esset, omnes in Curia Romana per­con­ta­tio­nem igno­rare, « et nemo », Castrillon Hoyos inquit « obli­ga­tione tene­ba­tur id scire ».Qui confir­ma­vit se cum Fraternitate Sancti PII X de quaes­tio­ni­bus cano­ni­cis, non de dog­ma­ti­cis col­lo­cu­tum esse. Ad se spec­ta­visse ut scis­sio Ecclesiae impe­di­re­tur. … Ad ea autem, quae a Williamson affir­ma­ta essent, quod atti­ne­ret Cardinalis dixit cae­dem Iudeorum a fau­to­ri­bus Hitlerianis fac­tam cri­men fuisse homi­num. Quam autem Episcopum illum moris trans­la­ti­cii stu­dio­sum natione Anglicum num­quam infi­tia­tum esse, sed nume­rum eorum, qui inter­fec­ti fuissent, « minuisse ». Quod autem non de mori­bus quaes­tio­nem esse, sed de « rebus, quae ges­ta essent ».