Léon XII

Lettre apostolique Quo graviora

13 mars 1826

Condamnation de la société des Francs-Maçons et des autres sociétés secrètes

Donné à Rome, près Saint-​Pierre, le 13 mars 1826

Léon, évêque.
Serviteur des ser­vi­teurs de Dieu

Pour en conser­ver le per­pé­tuel souvenir.

Plus sont grands les désastres qui menacent le trou­peau de Jésus Christ, notre Dieu et Sauveur, plus doit redou­bler, pour les détour­ner, la sol­li­ci­tude des Pontifes Romains aux­quels, dans la per­sonne de saint Pierre, prince des apôtres, ont été confé­rés le pou­voir et le soin de conduire ce même trou­peau. C’est à eux, en effet, comme étant pla­cés au poste le plus éle­vé de l’Église, qu’il appar­tient de décou­vrir de loin les embûches pré­pa­rées par les enne­mis du nom chré­tien pour exter­mi­ner l’Église de Jésus Christ (ce à quoi ils ne par­vien­dront jamais) : c’est à eux qu’il appar­tient tan­tôt de signa­ler aux fidèles et de démas­quer ces embûches, afin qu’ils s’en gardent, tan­tôt de les détour­ner et de les dis­si­per de leur propre autorité.

Les Pontifes Romains, Nos pré­dé­ces­seurs, ayant com­pris qu’ils avaient cette grande tâche à rem­plir, veillèrent tou­jours comme de bons pas­teurs, et s’ef­for­cèrent, par des exhor­ta­tions, des ensei­gne­ments, des décrets, et en expo­sant même leur vie pour le bien de leurs bre­bis, de répri­mer et de détruire entiè­re­ment les sectes qui mena­çaient l’Église d’une ruine com­plète. Le sou­ve­nir de cette sol­li­ci­tude pon­ti­fi­cale ne se retrouve pas seule­ment dans les anciennes annales ecclé­sias­tiques, on en retrouve d’é­cla­tantes preuves dans ce qui a été fait de nos jours et du temps de nos pères par les Pontifes Romains, pour s’op­po­ser aux asso­cia­tions secrètes des enne­mis de Jésus Christ ; car Clément XII, Notre pré­dé­ces­seur, ayant vu que la secte dite des Francs-​Maçons, ou appe­lée d’un autre nom, acqué­rait chaque jour une nou­velle force, et ayant appris avec cer­ti­tude, par de nom­breuses preuves, que cette secte était non seule­ment sus­pecte mais ouver­te­ment enne­mie de l’Église catho­lique, la condam­na par une excel­lente consti­tu­tion qui com­mence par ces mots : In emi­nen­ti apos­to­la­tus spe­cu­la publiée le 28 avril 1738.

Cette Bulle ne parut pas suf­fi­sante à Notre pré­dé­ces­seur d’heu­reuse mémoire, Benoît XIV, car le bruit s’é­tait répan­du que Clément XII étant mort, la peine d’ex­com­mu­ni­ca­tion por­tée par sa Bulle était sans effet, puisque cette Bulle n’a­vait pas été expres­sé­ment confir­mée par son suc­ces­seur. Sans doute il était absurde de pré­tendre que les Bulles des anciens Pontifes dussent tom­ber en désué­tude si elles n’é­taient pas approu­vées expres­sé­ment par leurs suc­ces­seurs, et il était évident que Benoît XIV avait rati­fié la Bulle publiée par Clément XII. Cependant, pour ôter aux sec­taires jus­qu’au moindre pré­texte, Benoît XIV publia une nou­velle Bulle com­men­çant ain­si : Providas, et datée du 18 mars 1751 ; dans cette Bulle, il rap­por­ta et confir­ma tex­tuel­le­ment et de la manière la plus expresse celle de son prédécesseur.

Plût à Dieu que ceux qui avaient le pou­voir en main eussent su appré­cier ces décrets autant que l’exi­geait le salut de la reli­gion et de l’État ! Plût à Dieu qu’ils eussent été convain­cus qu’ils devaient voir dans les Pontifes Romains, suc­ces­seurs de saint Pierre, non seule­ment les pas­teurs et les chefs de l’Église catho­lique, mais encore les plus fermes appuis des gou­ver­ne­ments et les sen­ti­nelles les plus vigi­lantes pour décou­vrir les périls de la socié­té ! Plût à Dieu qu’ils eussent employé leur puis­sance à com­battre et à détruire les sectes dont le Siège Apostolique leur avait décou­vert la per­fi­die ! Ils y auraient réus­si dès lors ; mais, soit que ces sec­taires aient eu l’a­dresse de cacher leurs com­plots, soit que, par une négli­gence ou une impru­dence cou­pable, on eût pré­sen­té la chose comme peu impor­tante et devant être négli­gée, les Francs-​Maçons ont don­né nais­sance à des réunions plus dan­ge­reuses encore et plus audacieuses.

>On doit pla­cer à leur tête celle des Carbonari, qui paraî­trait les ren­fer­mer toutes dans son sein, et qui est la plus consi­dé­rable en Italie et dans quelques autres pays. Divisée en dif­fé­rentes branches et sous des noms divers, elle a osé entre­prendre de com­battre la reli­gion catho­lique et de lut­ter contre l’au­to­ri­té légi­time. Ce fut pour déli­vrer l’Italie et les autres pays, et spé­cia­le­ment les États du Souverain Pontife, de ce fléau qui avait été appor­té par des étran­gers dans le temps où l’au­to­ri­té pon­ti­fi­cale était entra­vée par l’in­va­sion, que Pie VII, Notre pré­dé­ces­seur d’heu­reuse mémoire, publia une Bulle, le 13 sep­tembre 1821, com­men­çant par ces mots : Ecclesiam a Jesu Christo. Elle condamne la secte dite des Carbonari sous les peines les plus graves, sous quelque déno­mi­na­tion et dans quelque pays qu’elle existe.

Il y avait peu de temps que cette Bulle avait été publiée par Pie VII, lorsque Nous avons été appe­lé, mal­gré la fai­blesse de nos mérites, à lui suc­cé­der au Saint Siège. Nous Nous sommes aus­si­tôt appli­qué à exa­mi­ner l’é­tat, le nombre et la force de ces asso­cia­tions secrètes et Nous avons recon­nu faci­le­ment que leur audace s’é­tait accrue par les nou­velles sectes qui s’y sont rat­ta­chées. Celle qu’on désigne sous le nom d’Universitaire a sur­tout fixé notre atten­tion ; elle a éta­bli son siège dans plu­sieurs uni­ver­si­tés, où des jeunes gens, au lieu d’être ins­truits, sont per­ver­tis par quelques maîtres, ini­tiés à des mys­tères qu’on pour­rait appe­ler des mys­tères d’i­ni­qui­té, et for­més à tous les crimes.

De là vient que si long­temps après que le flam­beau de la révolte a été allu­mé pour la pre­mière fois en Europe par les socié­tés secrètes, et qu’il a été por­té au loin par ses agents, après les écla­tantes vic­toires rem­por­tées par les plus puis­sants princes et qui Nous fai­saient espé­rer la répres­sion de ces socié­tés ; cepen­dant, leurs cou­pables efforts n’ont pas encore ces­sé : car, dans les mêmes contrées où les anciennes tem­pêtes parais­saient apai­sées, n’a-​t-​on pas à craindre de nou­veaux troubles et de nou­velles sédi­tions que ces socié­tés trament sans cesse ? N’y redoute-​t-​on pas les poi­gnards impies dont ils frappent en secret ceux qu’ils ont dési­gnés à la mort ? Combien de luttes ter­ribles l’au­to­ri­té n’a-​t-​elle pas eu à sou­te­nir mal­gré elle, pour main­te­nir la tran­quilli­té publique ?

On doit encore attri­buer à ces asso­cia­tions les affreuses cala­mi­tés qui déso­lent de toute part l’Église, et que Nous ne pou­vons rap­pe­ler sans une pro­fonde dou­leur : on attaque avec audace ses dogmes et ses pré­ceptes les plus sacrés ; on cherche à avi­lir son auto­ri­té, et la paix dont elle aurait le droit de jouir est non seule­ment trou­blée, mais on pour­rait dire qu’elle est détruite.

On ne doit pas s’i­ma­gi­ner que Nous attri­buions faus­se­ment et par calom­nie à ces asso­cia­tions secrètes tous les maux et d’autres que Nous ne signa­lons pas. Les ouvrages que leurs membres ont osé publier sur la reli­gion et sur la chose publique, leur mépris pour l’au­to­ri­té, leur haine pour la sou­ve­rai­ne­té, leurs attaques contre la divi­ni­té de Jésus-​Christ et l’exis­tence même d’un Dieu, le maté­ria­lisme qu’ils pro­fessent, leurs codes et leurs sta­tuts, qui démontrent leurs pro­jets et leurs vues, prouvent ce que Nous avons rap­por­té de leurs efforts pour ren­ver­ser les princes légi­times et pour ébran­ler les fon­de­ments de l’Église ; et ce qui est éga­le­ment cer­tain, c’est que ces dif­fé­rentes asso­cia­tions, quoique por­tant diverses déno­mi­na­tions, sont alliées entre elles par leurs infâmes projets.

D’après cet expo­sé, Nous pen­sons qu’il est de Notre devoir de condam­ner de nou­veau ces asso­cia­tions secrètes, pour qu’au­cune d’elles ne puisse pré­tendre qu’elle n’est pas com­prise dans Notre sen­tence apos­to­lique et se ser­vir de ce pré­texte pour induire en erreur des hommes faciles à tromper.

Ainsi, après avoir pris l’a­vis de Nos Vénérables Frères les Cardinaux de la sainte Église Romaine, de Notre propre mou­ve­ment, de Notre science cer­taine et après de mûres réflexions, Nous défen­dons pour tou­jours et sous les peines infli­gées dans les Bulles de Nos pré­dé­ces­seurs insé­rées dans la pré­sente et que Nous confir­mons, Nous défen­dons, disons-​Nous, toutes asso­cia­tions secrètes, tant celles qui sont for­mées main­te­nant que celles qui, sous quelque nom que ce soit, pour­ront se for­mer à l’a­ve­nir, et celles qui conce­vraient contre l’Église et toute auto­ri­té légi­time les pro­jets que Nous venons de signaler.

C’est pour­quoi Nous ordon­nons à tous et à chaque chré­tien, quels que soient leur état, leur rang, leur digni­té ou leur pro­fes­sion, laïques ou prêtres, régu­liers ou sécu­liers, sans qu’il soit néces­saire de les nom­mer ici en par­ti­cu­lier, et, en ver­tu de la sainte obéis­sance, de ne jamais se per­mettre, sous quelque pré­texte que ce soit, d’en­trer dans les sus­dites socié­tés, de les pro­pa­ger, de les favo­ri­ser ou de les rece­voir ou cacher dans sa demeure ou autre part, de se faire ini­tier à ces socié­tés dans quelque grade que ce soit, de souf­frir qu’elles se ras­semblent ou de leur don­ner des conseils ou des secours ouver­te­ment ou en secret, direc­te­ment ou indi­rec­te­ment, ou bien d’en­ga­ger d’autres, de les séduire, de les por­ter ou de les per­sua­der à se faire rece­voir ou ini­tier dans ces socié­tés, dans quelque grade que ce soit, ou d’as­sis­ter à leurs réunions, ou de les aider ou favo­ri­ser de quelque manière que ce soit ; au contraire, qu’ils se tiennent soi­gneu­se­ment éloi­gnés de ces socié­tés, de leurs asso­cia­tions, réunions ou assem­blées, sous peine d’ex­com­mu­ni­ca­tion dans laquelle ceux qui auront contre­ve­nu à cette défense tom­be­ront par le fait même, sans qu’ils puissent jamais en être rele­vés que par Nous ou Nos suc­ces­seurs, si ce n’est en dan­ger de mort.

Nous ordon­nons en outre à tous et à cha­cun, sous peine de l’ex­com­mu­ni­ca­tion réser­vée à Nous et à Nos suc­ces­seurs, de décla­rer à l’é­vêque et aux autres per­sonnes que cela concerne, dès qu’ils en auront connais­sance, si quel­qu’un appar­tient à ces socié­tés ou s’est ren­du cou­pable de quelques-​uns des délits susmentionnés.

Nous condam­nons sur­tout et Nous décla­rons nul le ser­ment impie et cou­pable par lequel ceux qui entrent dans ces asso­cia­tions s’en­gagent à ne révé­ler à per­sonne ce qui regarde ces sectes, et à frap­per de mort les membres de ces asso­cia­tions qui feraient des révé­la­tions à des supé­rieurs ecclé­sias­tiques ou laïques. N’est-​ce pas, en effet, un crime que de regar­der comme un lien obli­ga­toire, un ser­ment, c’est-​à-​dire un acte qui doit se faire en toute jus­tice, et où l’on s’en­gage à com­mettre un assas­si­nat, et à mépri­ser l’au­to­ri­té de ceux qui, étant char­gés du pou­voir ecclé­sias­tique ou civil, doivent connaître tout ce qui est impor­tant pour la reli­gion et la socié­té, et ce qui peut por­ter atteinte à leur tran­quilli­té ? N’est-​ce pas indigne et inique de prendre Dieu à témoin de pareils atten­tats ? Les Pères du Concile de Latran ont dit avec beau­coup de sagesse (can. 3) « qu’il ne faut pas consi­dé­rer comme ser­ment, mais plu­tôt comme par­jure tout ce qui a été pro­mis au détri­ment de l’Église et contre les règles de la tra­di­tion. » Peut-​on tolé­rer l’au­dace ou plu­tôt la démence de ces hommes qui, disant, non seule­ment en secret, mais hau­te­ment, qu’il n’y a point de Dieu, et le publiant dans leurs écrits, osent cepen­dant exi­ger en son nom un ser­ment de ceux qu’ils admettent dans leur secte ?

Voilà ce que Nous avons arrê­té pour répri­mer et condam­ner toutes les sectes odieuses et cri­mi­nelles. Maintenant, Vénérables Frères, Patriarches, Primats, Archevêques et Évêques, Nous deman­dons, ou plu­tôt Nous implo­rons votre secours ; don­nez tous vos soins au trou­peau que le Saint-​Esprit vous a confié en vous nom­mant évêques de son Église. Des loups dévo­rants se pré­ci­pi­te­ront sur vous et n’é­par­gne­ront pas vos bre­bis. Soyez sans crainte, et ne regar­dez pas votre vie comme plus pré­cieuse que vous-​mêmes. Soyez convain­cus que la constance de vos trou­peaux dans la reli­gion et dans le bien dépend sur­tout de vous ; car, quoique nous vivions dans des jours mau­vais et où plu­sieurs ne sup­portent pas la saine doc­trine, cepen­dant beau­coup de fidèles res­pectent encore leurs pas­teurs, et les regardent avec rai­son comme les ministres de Jésus-​Christ et les dis­pen­sa­teurs de ses mys­tères. Servez-​vous donc, pour l’a­van­tage de votre trou­peau, de cette auto­ri­té que Dieu vous a don­née sur leurs âmes par une grâce signa­lée. Découvrez-​leur les ruses des sec­taires et les moyens qu’ils doivent employer pour s’en pré­ser­ver. Inspirez-​leur de l’hor­reur pour ceux qui pro­fessent une doc­trine per­verse, qui tournent en déri­sion les mys­tères de notre reli­gion et les pré­ceptes si purs de Jésus-​Christ, et qui attaquent la puis­sance légi­time. Enfin, pour Nous ser­vir des paroles de Notre pré­dé­ces­seur Clément XIII, dans sa Lettre ency­clique A quo die à tous les Patriarches, Primats, Archevêques et Évêques de l’Église catho­lique, en date du 14 sep­tembre 1758 :

Pénétrons-​nous, je vous en conjure, de la force de l’Esprit du Seigneur, de l’in­tel­li­gence et du cou­rage qui en sont le fruit, afin de ne pas res­sem­bler à ces chiens qui ne peuvent aboyer, lais­sant nos trou­peaux expo­sés à la rapa­ci­té des bêtes des champs. Que rien ne nous arrête dans le devoir où nous sommes de souf­frir toutes sortes de com­bats pour l’a­mour de Dieu et le salut des âmes. Ayons sans cesse devant les yeux celui qui fut aus­si, pen­dant sa vie, en butte à la contra­dic­tion des pécheurs ; car si nous nous lais­sons ébran­ler par l’au­dace des méchants, c’en est fait de la force de l’é­pis­co­pat, de l’au­to­ri­té sublime et divine de l’Église. Il ne faut plus son­ger à être chré­tiens si nous en sommes venus au point de trem­bler devant les menaces ou les embûches de nos ennemis.

Princes catho­liques, Nos très chers fils en Jésus Christ, pour qui Nous avons une affec­tion par­ti­cu­lière, Nous vous deman­dons avec ins­tance de venir à Notre secours. Nous vous rap­pel­le­rons ces paroles que Léon le Grand, notre pré­dé­ces­seur et dont Nous por­tons le nom, quoique indigne de lui être com­pa­ré, adres­sait à l’empereur Léon : « Vous devez sans cesse vous rap­pe­ler que la puis­sance royale ne vous a pas seule­ment été confé­rée pour gou­ver­ner le monde, mais encore et prin­ci­pa­le­ment pour prê­ter main forte à l’Église, en com­pri­mant les méchants avec cou­rage, en pro­té­geant les bonnes lois, en réta­blis­sant l’ordre dans toutes les choses où il a été trou­blé. » Les cir­cons­tances actuelles sont telles que vous avez à répri­mer ces socié­tés secrètes, non seule­ment pour défendre la reli­gion catho­lique, mais encore pour votre propre sûre­té et pour celle de vos sujets. La cause de la reli­gion est aujourd’­hui tel­le­ment liée à celle de la socié­té, qu’on ne peut plus les sépa­rer ; car ceux qui font par­tie de ces asso­cia­tions ne sont pas moins enne­mis de votre puis­sance que de la reli­gion. Ils attaquent l’une et l’autre et dési­rent éga­le­ment les voir ren­ver­sées ; et s’ils le pou­vaient, ils ne lais­se­raient sub­sis­ter ni la reli­gion ni l’au­to­ri­té royale.

Telle est la per­fi­die de ces hommes astu­cieux, que, lors­qu’ils forment des vœux secrets pour ren­ver­ser votre puis­sance, ils feignent de vou­loir l’é­tendre. Ils essaient de per­sua­der que Notre pou­voir et celui des évêques doit être res­treint et affai­bli par les princes, et qu’il faut trans­fé­rer à ceux-​ci les droits, tant de cette Chaire apos­to­lique et de cette Église prin­ci­pale, que des évêques appe­lés à par­ta­ger Notre sollicitude.

Ce n’est pas la haine seule de la reli­gion qui anime leur zèle, mais l’es­poir que les peuples sou­mis à votre empire, en voyant ren­ver­ser les bornes posées dans les choses saintes par Jésus-​Christ et son Église, seront ame­nés faci­le­ment par cet exemple à chan­ger ou à détruire aus­si la forme du gouvernement.

Vous aus­si, Fils ché­ris, qui pro­fes­sez la reli­gion catho­lique, Nous vous adres­sons par­ti­cu­liè­re­ment Nos prières et Nos exhor­ta­tions. Évitez avec soin ceux qui appellent la lumière ténèbres et les ténèbres lumière. En effet, quel avan­tage auriez-​vous à vous lier avec des hommes qui ne tiennent aucun compte ni de Dieu ni des puis­sances, qui leur déclarent la guerre par des intrigues et des assem­blées secrètes, et qui, tout en publiant tout haut qu’ils ne veulent que le bien de l’Église et de la socié­té, prouvent par toutes leurs actions qu’ils cherchent à por­ter le trouble par­tout et à tout ren­ver­ser ? Ces hommes sont sem­blables à ceux à qui l’a­pôtre saint Jean ordonne de ne pas don­ner l’hos­pi­ta­li­té, et qu’il ne veut pas qu’on salue (IIe Épître, v. 10) ; ce sont les mêmes que nos pères appe­laient les pre­miers nés du démon.

Gardez-​vous donc de leurs séduc­tions et des dis­cours flat­teurs qu’ils emploie­ront pour vous faire entrer dans les asso­cia­tions dont ils font par­tie. Soyez convain­cus que per­sonne ne peut être lié à ces socié­tés sans se rendre cou­pable d’un péché grave : fer­mez l’o­reille aux paroles de ceux qui, pour vous atti­rer dans leurs assem­blées, vous affir­me­ront qu’il ne se com­met rien de contraire à la rai­son et à la reli­gion, et qu’on n’y voit et n’y entend rien que de pur, de droit et d’hon­nête. D’abord ce ser­ment cou­pable dont Nous avons par­lé, et qu’on prête même dans les grades infé­rieurs, suf­fit pour que vous com­pre­niez qu’il est défen­du d’en­trer dans ces pre­miers grades et d’y res­ter ; ensuite, quoique l’on n’ait pas cou­tume de confier ce qu’il y a de plus com­pro­met­tant et de plus cri­mi­nel à ceux qui ne sont pas par­ve­nus à des grades émi­nents, il est cepen­dant mani­feste que la force et l’au­dace de ces socié­tés per­ni­cieuses s’ac­croissent en rai­son du nombre et de l’ac­cord de ceux qui en font par­tie. Ainsi ceux qui n’ont pas pas­sé les rangs infé­rieurs doivent être consi­dé­rés comme les com­plices du même crime, et cette sen­tence de l’a­pôtre (Épître aux Romains, ch. 1) tombe sur eux : « Ceux qui font ces choses sont dignes de mort, et non seule­ment ceux qui les font, mais même ceux qui s’as­so­cient à ceux qui s’en rendent coupables. »

Enfin, Nous Nous adres­sons avec affec­tion à ceux qui, mal­gré les lumières qu’ils avaient reçues, et la part qu’ils avaient eue au don céleste et aux grâces de l’Esprit-​Saint, ont eu le mal­heur de se lais­ser séduire et d’en­trer dans ces asso­cia­tions, soit dans les rangs infé­rieurs, soit dans les degrés plus éle­vés. Nous qui tenons la place de Celui qui a décla­ré qu’il n’é­tait pas venu appe­ler les justes mais les pêcheurs, et qui s’est com­pa­ré au pas­teur qui, aban­don­nant le reste de son trou­peau, cherche avec inquié­tude la bre­bis qu’il a per­due, Nous les pres­sons et Nous les prions de reve­nir à Jésus Christ. Sans doute ils ont com­mis un grand crime, cepen­dant ils ne doivent point déses­pé­rer de la misé­ri­corde et de la clé­mence de Dieu et de son Fils Jésus Christ ; qu’ils rentrent dans les voies du Seigneur, il ne les repous­se­ra pas ; mais sem­blable au père de l’en­fant pro­digue, il ouvri­ra ses bras pour les rece­voir avec ten­dresse. Pour faire tout ce qui est en Notre pou­voir et pour leur rendre plus facile le che­min de la péni­tence, Nous sus­pen­dons pen­dant l’es­pace d’un an après la publi­ca­tion de ces Lettres apos­to­liques dans le pays qu’ils habitent, l’o­bli­ga­tion de dénon­cer leurs frères, et Nous décla­rons qu’ils peuvent être rele­vés de ces cen­sures, même en ne dénon­çant pas leurs com­plices, par tout confes­seur approu­vé par les Ordinaires des lieux qu’ils habitent.

Nous usons éga­le­ment de la même indul­gence à l’é­gard de ceux qui demeurent à Rome. Si quel­qu’un (ce qu’à Dieu ne plaise !) était assez endur­ci pour ne pas aban­don­ner ces socié­tés dans le temps que Nous avons pres­crit, il sera tenu de dénon­cer ses com­plices, et il sera sous le poids des cen­sures s’il revient à rési­pis­cence après cette époque ; il ne pour­ra obte­nir l’ab­so­lu­tion qu’a­près avoir dénon­cé ses com­plices, ou au moins juré de les dénon­cer le plus tôt pos­sible. Cette abso­lu­tion ne pour­ra être don­née que par Nous, Nos suc­ces­seurs ou ceux qui auront obte­nu du Saint-​Siège la facul­té de rele­ver de ces censures.

Nous vou­lons que les exem­plaires impri­més du pré­sent Bref apos­to­lique, lors­qu’ils seront signés de la main d’un notaire public et munis du sceau d’un digni­taire de l’Église, obtiennent la même foi que l’original.

Que per­sonne ne se per­mette d’en­freindre ou de contre­dire Notre pré­sente décla­ra­tion, condam­na­tion, ordre, défense, invo­ca­tion, réqui­si­tion, décret et volon­té. Si, néan­moins, quel­qu’un se le per­met­tait, qu’il sache qu’il s’at­tire par là la colère du Dieu tout-​puissant et des saints apôtres Pierre et Paul.

Donné à Rome, près Saint-​Pierre, l’an­née de l’Incarnation de Notre-​Seigneur 1825, le 3 des ides de Mars (13 mars), de notre Pontificat l’an II.

Léon XII, Pape

(Cette bulle est daté sui­vant l’an­cien usage de la chan­cel­le­rie romaine, qui com­men­çait les années de l’Incarnation au 25 mars ; ain­si sa date répond au 13 mars de l’an­née 1826.)

fraternité sainte pie X