Péché par omission

Vatican II et les sources de la Révélation

Lu dans les méandres du che­min syno­dal allemand :

« Cette dif­fé­rence d’état [celle entre clercs et laïcs], à laquelle sont liés des droits et des devoirs dif­fé­rents, marque aujourd’hui encore le droit ecclé­sial et la litur­gie. Elle n’est cepen­dant pas biblique. Le clé­ri­ca­lisme s’enracine dans l’accent mis sur cette dif­fé­rence d’état [1]. »

Apparemment il suf­fit que la Sainte Écriture n’en parle pas pour que la dis­tinc­tion entre clercs et laïcs soit dis­qua­li­fiée. Et pour­tant il est connu que bien des élé­ments de la doc­trine catho­lique ne se trouvent pas dans la Bible : l’Assomption de la Sainte Vierge, son Immaculée concep­tion, le canon même des Ecritures, etc. « Il y a beau­coup de choses, dit saint Augustin, que l’Église uni­ver­selle garde et qu’on a par suite rai­son de croire ordon­nées par les Apôtres, mal­gré l’absence de textes écrits[2]. »

Faut-​il voir dans cette insi­nua­tion ten­dan­cieuse du synode alle­mand une spé­cia­li­té des pro­gres­sistes les plus avan­cés ? A vrai dire non, ils peuvent se fon­der sur une polé­mique anté­rieure au Concile Vatican II, et qui s’est tra­duite par un de ces textes de com­pro­mis dont le Concile s’est fait une spé­cia­li­té, dans les­quels il excelle à ne pas dire les choses !

En effet à l’approche de la dis­cus­sion sur le sché­ma conci­liaire sur la Révélation, ini­tia­le­ment inti­tu­lé De fon­ti­bus Revelationis, la frange réfor­miste deman­dait qu’on ne parle pas de deux sources de la Révélation, l’Écriture et la Tradition, mais d’une seule. Les motifs de rejet du sché­ma ini­tial avan­çaient le manque d’esprit pas­to­ral, et de sen­si­bi­li­té œcu­mé­nique. On com­prend qu’insister sur la Tradition comme source de la Révélation avec l’Écriture ne lais­sait pas celle-​ci seule, ce qui remet­tait en cause un des piliers de la Réforme pro­tes­tante. C’est pour­quoi le texte fina­le­ment voté prend bien soin, même en par­lant de la Tradition, de la pré­sen­ter comme indis­so­ciable de l’Écriture, et s’abstient obs­ti­né­ment d’affirmer que cer­taines véri­tés de foi ne se trouvent pas dans la Bible. La seule phrase qui aurait pu l’évoquer sur­vit au débat sous cette forme : « Ce n’est pas par la Sainte Écriture toute seule que l’Église puise la cer­ti­tude qu’elle a sur tout ce qui est révé­lé.[3] » Autant dire qu’elle ne dit plus rien.

Au cours des débats, le 24 sep­tembre 1965, le pape Paul VI avait fait trans­mettre à la Commission doc­tri­nale du Concile la cita­tion de saint Augustin rap­por­tée plus haut. Mais, « bien qu’il ait été régu­liè­re­ment trans­mis à qui de droit, ce texte – on ne sait pour quelle rai­son – ne fut jamais por­té à la connais­sance de la Commission[4] »… Procédé qui semble n’avoir pas été une excep­tion lors de ce Concile.

Si l’on vou­lait faire la révi­sion du Concile, il fau­drait sans doute affir­mer une bonne fois pour toutes qu’on ne trouve pas expli­ci­te­ment dans la Sainte Écriture toutes les véri­tés qui font par­tie du dépôt de la foi.

Notes de bas de page
  1. https://​www​.syno​da​ler​weg​.de/​f​i​l​e​a​d​m​i​n​/​S​y​n​o​d​a​l​e​r​w​e​g​/​D​o​k​u​m​e​n​t​e​_​R​e​d​e​n​_​B​e​i​t​r​a​e​g​e​/​b​e​s​c​h​l​u​e​s​s​e​-​b​r​o​s​c​h​u​e​r​e​n​/​F​r​a​n​z​o​e​s​i​s​c​h​/​S​W​_​4​_​-​_​L​_​e​x​i​s​t​e​n​c​e​_​s​a​c​e​r​d​o​t​a​l​e​_​a​u​j​o​u​r​d​_​h​u​i​.​_​T​e​x​t​e​_​f​o​n​d​a​m​e​n​t​a​l​.​pdf ; ita­lique nôtre.[]
  2. « Sunt mul­ta quae uni­ver­sa tenet Ecclesia et ob hoc ab Apostolis prae­cep­ta bene cre­dun­tur, quam­quam scrip­ta non repe­rian­tur. », saint Augustin, De bap­tis­mo contra Donatistas, V, XXIII, 31.[]
  3. Constitution dog­ma­tique Dei Verbum, 18 novembre 1965, n°9.[]
  4. P. Giovanni Caprile, sj, 5 février 1966, cité dans Vatican II – La Révélation divine, t.2, Cerf, coll. Unam sanc­tam 70b, Paris 1968, p.674.[]