La touche shift change le caractère imprimé par une touche. Dans le Synode, le shift transforme une doctrine en son contraire.
Le fameux rapport du 9e groupe d’étude du Synode sur les problèmes doctrinaux, éthiques et pastoraux « émergents »[1], revendique un « changement de paradigme » (paradigm shift dans la version anglaise), censé renvoyer à « l’expérience libératrice de l’Evangile » présenté originellement par Jésus.
Ce changement permet de renoncer à « proclamer abstraitement et appliquer déductivement des principes mis en place de manière immuable et rigide », « contre la tentation d’ossification stérile et régressive de principes et affirmations, normes et règles, sans considération de l’expérience des individus et des communautés [2] ». Le texte fait référence à un discours du pape Léon XIV affirmant que la doctrine sociale de l’Eglise est surtout une recherche collective de la vérité et surtout pas un endoctrinement[3]. A la fin, on comprend qu’il faut renoncer à déclarer peccamineuses les relations contre nature, et encourager l’Eglise à accepter les unions fondées sur ces relations.
Apparemment le groupe d’étude du Synode en veut aux abstractions et aux déductions. Or l’abstraction est le propre de l’homme : quand on a subi une fois un cambriolage, on en abstrait le concept, et on ose même y attacher un jugement de valeur : c’est mal ! Et on se risquera même à généraliser au point d’affirmer que tous les cambriolages sont de mauvaises actions. De sorte que, devant un nouveau cambriolage, on va précisément déduire : « tout cambriolage est mal, cet acte en est un, il est mal ».
Tout cela est fort cérébral sans doute, immuable, rigide, ossifié, stérile, etc. Mais lorsque Dieu promulgue les dix commandements, il parle en termes de généralités (blasphème, mensonge, adultère, etc.), bel et bien abstraites à partir de cas particuliers, à charge au peuple d’Israël de déduire les conséquences. Ils sauront qu’ils ont péché lorsqu’il se rendront compte que leur parole correspond à l’idée de mensonge.
L’Evangile ne revient pas sur les dix commandements : leur observance est la condition pour avoir la vie éternelle[4], et malheur à celui qui en retranchera un iota[5] ! Lorsque saint Paul excommunia l’incestueux de Corinthe, il avait sans doute manqué le changement de paradigme qui lui aurait donné tant de compréhension pour l’expérience individuelle de ce malheureux. En prenant connaissance de cette situation, il a appliqué un principe immuable (rigide, ossifié, etc…), a conclu que c’était mal et en a tiré les conséquences, pour l’amendement du pécheur. C’est que saint Paul et Dieu lui-même font l’honneur à l’homme de l’encourager à user de sa raison.
Le shift du Synode nous demande apparemment de nous conduire de manière infra-rationnelle. Alors peut-être que Dieu n’est pas synodal. Ou que ce synode n’est pas de Dieu. En tous les cas il n’est pas question d’être « en communion » avec cette entreprise « synodale et missionnaire » qui se pare du nom d’Eglise.
- Publié le 5 mai 2026. Consulté en version anglaise : https://www.synod.va/content/dam/synod/process/implementation/10workinggroups/final-reports/sg9/SG-9_Final-Report.pdf[↩]
- Rapport, § I 1.[↩]
- Léon XIV, Aux membres de la Fondation « Centesimus Annus Pro Pontifice », 17 mai 2025.[↩]
- Mt 19, 17–18.[↩]
- Mt 5, 19, Apoc 22, 19.[↩]









