« Si mes enfants avaient le goût de la lecture… ils acquerraient une formation solide ; il ne tourneraient plus en rond les jours de pluie ; ils ne deviendraient plus victimes de la propagande médiatique. » Mais comment faire naître chez les enfants un goût si désirable ?
Le nombre de qualité que l’enfant acquiert par l’imitation de son entourage est incalculable. Si vous lisez régulièrement, avec un plaisir et un intérêt visible, si les conversations familiales se portent agréablement sur les livres lus par les membres de la famille, une grande partie du travail est déjà accompli.
Avant de savoir lire, l’enfant se familiarise avec les livres sur les genoux de sa Maman. Bien souvent, un petit laissé à lui-même aura « lu » son livre d’image en trente secondes : il aura tout vu mais rien regardé. Avec Maman, on prend le temps de détailler chaque image : Où est le coq ? De quelle couleur est le chat ? L’enfant développe ainsi ses capacités de concentration, tout en acquérant richesse et précision de vocabulaire.
Quand les livres font partie de l’univers familial, l’enfant demande vers cinq ou si ans à apprendre à lire. Il veut faire comme les grands, il en a assez de devoir passer par autrui pour lire une histoire, il veut comprendre les allusions qu’il entend dans les conversation des grands au général Dourakine ou au Prince noir. Offrez-lui un abécédaire et, en attendant l’entrée à la grande école, habituez-le à reconnaître les sons du langage : le moustique fait zzz, le gendarme dit aaattention à l’aaaccident… On peut aller plus loin si l’on a des connaissances pédagogiques ou les conseils d’une institutrice.
L’apprentissage de la lecture est capital. Il faut que la lecture devienne assez aisée pour que l’attention ne se porte plus sur l’acte même de lire, mais sur le contenu du livre. Bannissons sans pitié les méthodes globale ou semi-globale ; elles ne font que produire un pourcentage catastrophique d’illettrés ou de lecteurs médiocres. Seule la méthode syllabique est conforme au processus analytique de l’intelligence tel qu’il s’exerce par le cerveau.
Dès que l’enfant commence à savoir lire, il faut lui fournir des livres, adaptés à ses capacités encore limitées (vocabulaire simple, gros caractères, histoires brèves ou divisées en courts chapitres) et ne pas hésiter à lire avec lui, en alternance par exemple, pour l’aider et aiguiser son intérêt. Que faire si la lecture n’est pas encore courante à la fin du CP ? Tous les enfants n’ont pas le même rythme d’apprentissage. Si la maman n’a pas la possibilité de faire rattraper le retard en faisant travailler l’enfant pendant les grandes vacances, ou si le retard est trop important, il vaut souvent mieux, en concertation avec l’institutrice, faire redoubler le CP et assurer ainsi des bases solides à l’enfant que de vouloir le faire à tout prix monter dans la classe supérieure où il aura bien du mal à suivre, au risque de se décourager.
Un livre qui a plu peut devenir le support d’autres activités qui, à leur tour, appelleront des lectures complémentaires : par exemple, un roman sur les Croisades devient l’occasion de construire en carton sa panoplie de chevalier ; mais pour que celle-ci soit bien exacte, il va falloir se documenter dans des livres. Et comment étaient les châteaux forts ? Et la vie de saint Louis ? etc.
Pour des enfants vraiment rebelles à la lecture, on peut imaginer un jeu-concours de questions qui occupera les vacances de toute la famille. Par exemple : « 1° De quoi sont morts les poissons rouges ? 2° Combien de fois Sophie fut-elle punie ? etc. » Impossible de répondre sans avoir lu Les Malheurs de Sophie.
La lecture demande quelques conditions favorables, à savoir un minimum d’isolement et de silence. Les jeux bruyants des plus petits, un logement exigu peuvent être de réels obstacles pour certains enfants qui ont alors besoin d’être aidés. Pendant les grandes vacances, les heures chaudes du début d’après-midi se révèlent un moment propice à la lecture : tandis que les plus petits font la sieste, les plus grands prennent leur livre et la maisonnée jouit d’un moment de calme.
Il est bien entendu que seuls les bons livres ont une entrée dans la maison. Pour qu’un livre soit déclaré bon, il n’est pas forcément nécessaire que le héros soit un saint ; en revanche, le sain climat de droiture dans lequel se déroule l’intrigue est indispensable. On gagnera beaucoup à parler avec les enfants de leurs lectures, de ce qu’ils ont aimé et pourquoi, de ce qui peut être critiquable dans un livre et pourquoi.
La lecture de BD peut-elle donner le goût de la lecture à un enfant qui ne l’a pas ? Sans entrer dans le débat sur les avantages et les défauts des BD, soyons réalistes : l’expérience montre qu’un enfant qui a déjà le goût de la lecture et lit souvent de vrais livres pourra sans dommage se détendre avec une saine BD ; mais que le lecteur exclusif de BD passera rarement à la véritable lecture, sa paresse se satisfaisant de la seule « lecture » des dessins.
Où trouver de bonnes lectures pour un budget raisonnable ? Les bibliothèques publiques offrent trop de livres franchement mauvais pour qu’il soit prudent de laisser les enfants les explorer seuls. Les parents pourront trouver chez les bouquinistes les grands classiques de la littérature enfantine pour un prix dérisoire. Le prêt de livres entre familles, tout en donnant l’occasion d’apprendre aux enfants à être soigneux avec les livres et respectueux du bien d’autrui, est aussi une solution. Les maisons d’édition de la Tradition font un effort pour proposer aux enfants des lectures de qualité, où mamies et marraines trouveront des idées de cadeaux. Alors… bonne lecture !
Par une religieuse de la Fraternité Saint-Pie X
source : Fideliter n°190 – Juillet-Août 2009









