Les œuvres de Dieu

Chers Fidèles,

Les œuvres de Dieu se font par la volon­té de Dieu. Le suc­cès de l’ins­tru­ment humain ne prouve pas qu’une œuvre soit de Dieu ou non, mais seule­ment si elle a été faite selon la volon­té de Dieu. Le suc­cès sur­na­tu­rel dépend du bon Dieu. Les pro­tes­tants évan­gé­liques feraient bien de s’en sou­ve­nir. Ils inter­prètent faci­le­ment leurs richesses et leurs grandes églises comme un signe de béné­dic­tion de Dieu. Le der­nier jour quand ils diront au Juge :

« Seigneur, Seigneur, n’est-​ce pas en votre nom que nous avons pro­phé­ti­sé ? n’est-​ce pas en votre nom que nous avons chas­sé les démons et n’avons-​nous pas en votre nom fait beau­coup de miracles ? »

Alors le Juge leur dira hautement :

« Je ne vous ai jamais connu. Retirez-​vous de moi, ouvriers d’i­ni­qui­té. » (Matt 7, 21–23)

En accom­plis­sant ces bonnes œuvres, ils ne fai­saient pas la volon­té du Père mais la leur.

Ce qui est frap­pant dans la vie de Mgr Lefebvre c’est jus­te­ment qu’il a tou­jours, comme il le dit lui-​même, sui­vi la Providence plu­tôt que de la devan­cer. Sa voca­tion, comme toute véri­table voca­tion fut un appel de Dieu.

« Ce n’est pas vous qui m’a­vez choi­si ; mais c’est moi qui vous ai choi­sis. » (Jn 15, 16)

Il n’a fait que répondre. Sa déci­sion d’al­ler au sémi­naire fran­çais de Rome ne fut pas la sienne, mais celle de Dieu expri­mée par ses parents. Il aurait pré­fé­ré aller au sémi­naire dio­cé­sain. Cette déci­sion devait avoir une pro­fonde influence sur lui en lui don­nant une for­ma­tion vrai­ment catho­lique et anti-​libérale et un grand amour de l’é­glise Romaine. Son départ pour le Gabon fut aus­si le résul­tat de l’ap­pel de Dieu au moyen de son frère René qui y était déjà comme mis­sion­naire. Ayant deman­dé et reçu la per­mis­sion de son évêque, il y vit la volon­té de Dieu. Il aurait pré­fé­ré être prêtre de paroisse dans sa ville natale. Cela le pro­té­gea contre les influences moder­nistes déjà très répan­dues en France. Comme membre des Pères du St Esprit il reçut de nom­breuses nomi­na­tions qu’il accep­ta tou­jours. Il fut choi­si pour être non seule­ment évêque mais le pre­mier arche­vêque de Dakar et délé­gué apos­to­lique pour l’Afrique Française. En tout ceci le bon Dieu le pré­pa­rait pour sa future et véri­table mission.

Il fut nom­mé par Jean XXIII au sein du comi­té cen­tral de pré­pa­ra­tion pour le concile où il fut témoin de pro­fondes divi­sions même par­mi les car­di­naux. En 1968, lors­qu’il démis­sion­na de son poste de supé­rieur géné­ral des Pères du St Esprit, plu­tôt que de contri­buer à la des­truc­tion de son ordre, il aurait vou­lu se reti­rer comme aumô­nier dans un couvent de reli­gieuses à Rome. Il avait l’âge de la retraite et pen­sait avoir fait son devoir.

Mais comme nous le savons, la Providence avait d’autres plans. La Providence lui envoya des sémi­na­ristes cher­chant une véri­table for­ma­tion sacer­do­tale deve­nue introu­vable même à Rome. Il essaya de trou­ver un sémi­naire conve­nable. Il ne pen­sait pas à fon­der la Fraternité : ce n’é­tait pas son désir. Mais vu l’im­pos­si­bi­li­té de trou­ver un sémi­naire tra­di­tion­nel, et ne vou­lant pas aban­don­ner ces jeunes, il se réso­lut à fon­der la Fraternité. Cependant, comme il était un homme de foi, il vou­lut un signe de la Providence. Ce signe serait l’ap­pro­ba­tion de l’Église. Il l’ob­tint de Mgr Charrière, évêque de Fribourg, qui non seule­ment l’ap­prou­va mais encore l’en­cou­ra­gea for­te­ment. Un autre signe devait suivre : l’ap­pro­ba­tion de Rome en la per­sonne de S. E. le car­di­nal Wright, pré­fet de la congré­ga­tion du cler­gé. Il reçu même la per­mis­sion d’in­car­di­ner les membres dans la Fraternité. Voilà com­ment est née la Fraternité : en réponse au S.O.S de ces jeunes sémi­na­ristes ; et non pas, comme cer­tains le pré­tendent, en réac­tion contre Vatican II. La Providence inter­vint à chaque étape. On peut dire que la Fraternité est l’œuvre de la Providence plus que de Mgr. Lefebvre qui encore une fois ne fit que la suivre. Il est clair que le bon Dieu vou­lait se ser­vir de Mgr Lefebvre pour résis­ter à la crise en sau­vant le sacer­doce et la messe catholique.

Voila pour­quoi de nom­breux fidèles, non seule­ment de France mais du monde entier se tour­nèrent vers lui pour rece­voir la direc­tion à suivre dans le com­bat de la foi. La Providence lui envoya des jeunes hommes de tous les conti­nents cher­chant une véri­table for­ma­tion sacer­do­tale et vie reli­gieuse. Il ne se leva pas un matin et déci­da de fon­der une congré­ga­tion de reli­gieuse. Un jour une jeune Australienne se pré­sente à sa porte pour lui deman­dant de l’ac­cep­ter comme reli­gieuse. Elle dit qu’elle ne par­ti­ra pas tant qu’il ne fera quelque chose pour elle. Il appe­la sa sœur, Mère Marie Gabriel, et c’est ain­si que les sœurs de la Fraternité furent fon­dées. Comme évêque, son influence ne s’exer­ça pas seule­ment sur la Fraternité, mais sur toute l’Église. Mgr. Fulton Sheen dit qu’un évêque, en tant que suc­ces­seur des apôtres, est tout d’a­bord au ser­vice de toute l’Église, avant même qu’il soit au ser­vice d’un dio­cèse. Ceci se véri­fia dans l’é­pis­co­pat de Mgr Lefebvre. Des reli­gieux, hommes et femmes, vou­lant demeu­rer fidèles à la règle de leur fon­da­teurs se tour­nèrent aus­si vers lui : Dominicains et Dominicaines, Capucins, Bénédictins et Bénédictines, Rédemptoristes, Carmélites [1]. Voyant en lui un évêque qui sui­vait la Providence, ils étaient cer­tains de ne pas se trom­per en le sui­vant. Il est presque le second fon­da­teur de ces ordres. On voit bien le rôle d’un évêque dans l’Église. Dieu qui fait tout avec ordre, pour­voit tou­jours aux besoins de son Eglise.

Il est clair que Mgr Lefebvre est le pré­lat pré­dit par Notre Dame de Bon Succès à Quito en 1634. Mgr Lefebvre ne s’est pas dési­gné lui-​même comme défen­seur de la foi. C’est la Providence qui le dési­gna. Comme il avait sui­vi la volon­té de Dieu toute sa vie, il allait sim­ple­ment conti­nuer de le faire dans ce nou­veau com­bat : il est impor­tant de se le rap­pe­ler. Si en 1976 il conti­nue son sémi­naire d’Écône et pro­cède aux ordi­na­tions sacer­do­tales, et si en 1988 il pro­cède aux consé­cra­tions épis­co­pales mal­gré la pro­hi­bi­tion de Rome ; ce n’est pas par entê­te­ment, mais c’est parce qu’il y voit la volon­té de Dieu qui le pousse à agir pour pré­ser­ver le sacer­doce et la messe catho­lique de tou­jours dans des cir­cons­tances indé­pen­dantes de sa volonté.

Voilà pour­quoi le St Esprit choi­sit un évêque légi­time pour diri­ger le com­bat de la foi et per­mis que sa Fraternité soit approu­vée par l’Église. Il ne s’a­git pas d’une œuvre per­son­nelle mais d’une œuvre de Dieu. Voilà d’où viennent la légi­ti­mi­té, l’au­to­ri­té et la mis­sion de la Fraternité. Elle n’est pas une œuvre sau­vage mais une œuvre d’Église. Voilà notre assu­rance que Mgr Lefebvre sui­vait la volon­té Divine et non la sienne propre et que nous aus­si nous sui­vons la volon­té Divine en le suivant.

Ce point n’est pas sans impor­tance en nos jours de grande confu­sion. Nous voyons s’é­le­ver de nou­veaux « doc­teurs en Israël » qui se croient experts en théo­lo­gie, en droit cano­nique, en litur­gie parce qu’ils sont capables de lire un manuel ! Nous enten­dons dire que tel prêtre a quit­té la Fraternité pour deve­nir « indé­pen­dant », ou que tel prêtre sédé­va­can­tiste s’est même fait consa­crer évêque ! Ces experts, ces prêtres et ces évêques n’ont aucune légi­ti­mi­té, ni auto­ri­té ni mis­sion dans l’Église. On le voit bien à leurs fruits : ils créent la confu­sion, la divi­sion et détournent les fidèles de la messe et des sacre­ments à cause de leurs opi­nions. Les sédé­va­can­tistes rejettent le Pape mais au fond ils n’en ont pas besoin. En effet, tous ces sédé­va­can­tistes pon­ti­fient infailli­ble­ment à sa place !

Quelle assu­rance avons-​nous de faire la volon­té Divine en sui­vant ces auto­di­dactes ? Aucune, abso­lu­ment aucune ! Certains de ces prêtres indé­pen­dants pro­fitent même bien de la crise de l’Église qu’ils consi­dèrent comme une bonne excuse pour faire ce qu’ils veulent sans évêques, ni supé­rieurs ni struc­tures ecclé­sias­tiques pour les sur­veiller. Ce genre de prêtre n’est mal­heu­reu­se­ment pas nou­veau dans l’Église. Déjà le concile de Trente s’en plai­gnait et émis un décret repris par le code de 1917 : « Tout clerc doit être ins­crit à un dio­cèse ou a un ins­ti­tut reli­gieux : les clercs vagi ne sont admis nulle part » (canon 111, 1) Inutile d’in­vo­quer la crise comme excuse puisque le bon Dieu nous a don­né le moyen, même dans cette crise de res­pec­ter la loi de son Église : Mgr Lefebvre et sa Fraternité.

En ce temps de l’avent souvenez-​vous des bourses St Joseph dans vos aumônes. Que la sainte sai­son de l’avent soit pro­fi­table à votre avan­ce­ment spi­ri­tuel. Tous mes vœux pour de joyeuses et saintes fêtes de Noël.

Avec l’as­su­rance de mes prières,

Father Jean Violette, Supérieur du District du Canada †

Notes de bas de page

  1. Parmi les grands ordres, les Jésuites manquent à l’appel… mais nous avons quand même sau­vé les Exercices Spirituels.[]

FSSPX