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   Encycliques, lettres, décrets Léon XIII sur le culte marial - Jucunda Semper Expectatione

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Encycliques, lettres, décrets Léon XIII sur le culte marial

Jucunda Semper Expectatione du 8 septembre 1894

 

A nos Vénérables Frères, les Patriarches, Primats, Archevêques, Evêques et autres Ordinaires des lieux en paix et en communion avec le Siège Apostolique.

Léon XIII, Pape

Vénérables Frères, Salut et Bénédiction apostolique.

Toutes les fois que l’occasion Nous est donnée d’exciter et d’accroître dans le peuple chrétien l’amour et le culte de la glorieuse Mère de Dieu, Nous sommes inondé d’une joie et d’une satisfaction merveilleuses, non seulement parce que la chose est par elle-même très importante et très féconde en excellents fruits, mais aussi parce qu’elle s’harmonise de la plus suave façon avec les sentiments intimes de notre cœur. En effet, la piété envers Marie, piété que Nous avons sucée avec le lait, grandit vigoureusement avec l’âge et s’affermit dans Notre âme ; car Nous voyons plus clairement combien était digne d’amour et d’honneur celle que Dieu lui-même aima le premier, et d’une telle dilection que, l’ayant élevée au-dessus de toutes les créatures et ayant ornée des dons les plus magnifiques, il la choisit pour sa mère. De nombreux et éclatants témoignages de sa bonté et de sa bienfaisance envers Nous, que Nous ne pouvons Nous rappeler sans la plus profonde reconnaissance et sans que Nos yeux se mouillent de larmes, augmentèrent en Nous cette même piété et l’enflamment plus vivement. A travers les nombreuses et redoutables vicissitudes qui sont survenues, toujours elle a été Notre refuge, toujours Nous avons élevé vers elle Nos yeux suppliants ; ayant déposé dans son sein toutes Nos tristesses, Notre soin assidu a été de la prier de vouloir bien se montrer en tout temps Notre mère et d’invoquer la précieuse faveur de pouvoir lui témoigner en retour les sentiments du plus tendre des fils.

Lorsque, dans la suite, par un mystérieux dessein de la providence de Dieu, il est arrivé que Nous avons été appelé à cette chaire du bienheureux Pierre, pour représenter la personne même de Jésus-Christ dans son Eglise, ému du poids énorme de cette charge et n’ayant pour Nous soutenir, aucune confiance dans Nos propres forces, Nous avons sollicité avec plus d’instances les secours de l’assistance divine, par la maternelle intercession de la bienheureuse Vierge. Notre espérance, Nous sentons le besoin de le proclamer, n’a jamais été déçue dans le cours de Notre vie, ni surtout dans l’exercice de Notre suprême apostolat. Aussi cette même espérance Nous porte-t-elle maintenant à demander, sous les mêmes auspices et par la même intervention, des biens plus nombreux et plus considérables, qui contribuent également au salut du troupeau du Christ et à l’heureux accroissement de la gloire de l’Eglise.

Il est donc juste et opportun, Vénérables Frères, que Nous incitions tous nos fils et que vous les exhortiez après Nous à célébrer le prochain mois d’octobre, consacré à Notre Dame et Reine auguste du Rosaire, avec le redoublement de piété que réclament les besoins toujours grandissants.

Par combien et par quels moyens de corruption la malice du siècle s’efforce d’affaiblir et d’extirper entièrement la foi chrétienne et l’observance de la loi divine, qui nourrit la foi et lui fait porter des fruits, ce n’est déjà que trop visible ; déjà le champ du Seigneur, comme sous un souffle empesté, est presque couvert d’une végétation d’ignorance religieuse, d’erreurs et de vices. Et ce qui est plus cruel à penser, loin qu’un frein soit imposé ou que de justes peines soient infligées à une perversité si arrogante et si coupable par ceux qui le peuvent et surtout qui le doivent, il arrive le plus souvent que leur inertie ou leur appui semble accroître la force du mal.

De là vient qu’on a à déplorer avec raison que les établissements publics où sont enseignés les sciences et les arts soient systématiquement organisés de façon que le nom de Dieu n’y soit pas prononcé, ou y soit outragé : à déplorer que la licence de publier par des écrits ou de faire entendre par la parole toutes sortes d’outrages contre le Christ-Dieu et l’Eglise devienne de jour en jour plus impudente. Et ce qui n’est pas moins déplorable, c’est cet abandon et cet oubli de la pratique chrétienne qui résultent pour beaucoup et qui, s’ils ne sont pas une apostasie ouverte de la foi, y mènent certainement, la conduite de la vie n’ayant plus aucun rapport avec la foi. Celui qui considérera la confusion et la corruption des choses les plus importantes ne s’étonnera pas si les nations affligées gémissent sous le poids de la colère divine et frémissent dans l’appréhension de calamités plus graves encore.

Or, pour apaiser la justice de Dieu offensé et pour procurer à ceux qui souffrent la guérison dont ils ont besoin, rien ne vaut mieux que la prière pieuse et persévérante, pourvu qu’elle soit unie avec le souci et la pratique de la vie chrétienne, ce que Nous croyons devoir être principalement obtenu par le Rosaire en l’honneur de Marie.

Son origine bien connue, que glorifient d’illustres monuments et que Nous-mêmes avons plus d’une fois rappelée, atteste sa grande puissance. En effet, à l’époque où la secte des Albigeois, qui se donnait l’apparence de défendre l’intégrité de la foi et des mœurs, mais qui, en réalité, les troublait abominablement et les corrompait, était une cause de grandes ruines pour beaucoup de peuples, l’Eglise combattit contre elle et contre les factions conjurées, non pas avec des soldats et des armes, mais principalement en lui opposant la force du très saint Rosaire, dont la Mère de Dieu elle-même donna le rite à propager au patriarche Dominique ; et ainsi, magnifiquement victorieuse de tous les obstacles, elle pourvut, et alors et dans la suite pendant des tempêtes semblables, au salut des siens, avec un succès toujours glorieux. C’est pourquoi, dans cette condition des hommes et des choses que Nous déplorons, qui est affligeante pour la religion, très préjudiciable au bien public, nous devons tous prier en commun avec une égale piété la sainte Mère de Dieu, afin d’éprouver heureusement, selon nos désirs, la même vertu de son Rosaire.

Et, en effet, lorsque nous nous confions à Marie par la prière, nous nous confions à la Mère de la Miséricorde, disposée de telle sorte à notre égard que, quel que soit le besoin qui nous presse, surtout pour l’acquisition de la vie immortelle, aussitôt, de son propre mouvement, même sans être appelée, elle vient toujours à notre aide, et elle nous donne du trésor de cette grâce dont elle reçut de Dieu, dès le principe, la pleine abondance, afin de devenir digne d’être sa mère. Cette surabondance de la grâce, qui est le plus éminent des nombreux privilèges de la Vierge, l’élève de beaucoup au-dessus de tous les hommes et de tous les anges et la rapproche du Christ plus que toutes les autres créatures : C’est beaucoup pour un saint de posséder une quantité de grâce suffisante au salut d’un grand nombre ; mais, s’il en avait une quantité qui suffit au salut de tous les hommes du monde entier, ce serait le comble ; et cela existe dans le Christ et dans la Bienheureuse Vierge.

Lors donc que nous la saluons pleine de grâce par les paroles de l’ange et que nous tressons en couronne cette louange répétée, il est à peine possible de dire combien nous lui sommes agréables et nous lui plaisons : chaque fois, en effet, nous rappelons le souvenir de sa sublime dignité, et de la rédemption du genre humain que Dieu a commencée par elle ; par là aussi se trouve rappelé le lien divin et perpétuel qui l’unit aux joies et aux douleurs, aux opprobres et aux triomphes du Christ pour la direction et l’assistance des hommes en vue de l’éternité. Que s’il a plu au Christ, dans sa tendresse, de prendre si complètement notre ressemblance et de se dire et se montrer à tel point fils de l’homme et notre frère, afin de mieux faire éclater sa miséricorde envers nous, Il a dû devenir semblable en tout à ses frères, afin d’être miséricordieux ; de même Marie, qui a été choisie pour être la mère de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est notre frère, a été élevée par ce privilège au-dessus de toutes les mères, pour qu’elle répandît sur nous et nous prodiguât sa miséricorde.

En outre, si nous devons au Christ de nous avoir fait participer au droit qui lui appartenait en propre d’avoir Dieu pour père et de lui en donner le nom, nous lui devons également de nous avoir tendrement communiqué le droit d’avoir Marie pour mère et de lui en donner le nom. Et comme la nature elle-même a fait du nom de mère le plus doux d’entre tous les noms, et de l’amour maternel comme le type de l’amour tendre et dévoué, la langue ne peut pas exprimer, mais les âmes pieuses sentent combien brûle en Marie la flamme d’une affection généreuse et effective, en Marie qui est, non pas humainement, mais par le Christ, notre mère.

Ajoutons qu’elle voit et qu’elle connaît beaucoup mieux que toute autre ce qui nous concerne : les secours dont nous avons besoin dans la vie présente, les périls publics ou privés qui nous menacent, les difficultés et les maux dans lesquels nous nous trouvons, surtout la vivacité de la lutte pour le salut de notre âme contre des ennemis acharnés ; en tout cela et dans les autres épreuves de la vie, bien plus que toute autre elle peut et elle désire apporter à ses fils chéris la consolation, la force, les secours de tout genre. C’est pourquoi adressons-nous à Marie hardiment et avec ardeur, la suppliant par ces liens maternels qui l’unissent si étroitement à Jésus et à nous ; invoquons avec piété son assistance par la prière qu’elle-même a désignée et qui lui est si agréable ; alors nous pourrons nous reposer avec sécurité et allégresse dans la protection de la meilleure des mères.

A ce titre de recommandation pour le Rosaire qui ressort de la prière même qui le compose, il faut ajouter qu’il offre un moyen pratique facile d’inculquer et de faire pénétrer dans les esprits les dogmes principaux de la foi chrétienne ; ce qui est un autre titre très noble de recommandation.

C’est, en effet, par la foi avant tout que l’homme monte directement et sûrement vers Dieu et qu’il apprend à révérer d’esprit et de cœur la majesté immense de ce Dieu unique, son autorité sur toutes choses, sa souveraine puissance, sa sagesse, sa providence : Car il faut que celui qui s’approche de Dieu croie qu’il existe et qu’il récompense ceux qui le cherchent . Mais parce que le Fils éternel de Dieu a pris l’humanité, qu’il luit à nos yeux et se présente comme la voie, la vérité, la vie, il est, à cause de cela, nécessaire que notre foi embrasse les profonds mystères de l’auguste Trinité des personnes divines et du Fils unique du Père fait homme : La vie éternelle consiste en ce qu’ils vous connaissent, vous le seul vrai Dieu, et celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ .

Dieu nous a gratifiés d’un immense bienfait lorsqu’il nous a gratifiés de cette sainte foi ; par ce don, non seulement nous sommes élevés au-dessus de la nature humaine, comme étant devenus contemplateurs et participants de la nature divine, mais nous avons un principe de mérite supérieur pour les célestes récompenses ; et, en conséquence, nous avons la ferme espérance que le jour viendra où il nous sera donné de voir Dieu, non plus par une image tracée dans les choses créées, mais en lui-même, et de jouir éternellement du souverain bien.

Mais le chrétien est tellement préoccupé par les soucis divers de la vie et si facilement distrait par les choses de peu, que, s’il n’est pas souvent averti, il oublie peu à peu les choses les plus importantes et les plus nécessaires, et il arrive ainsi que sa foi languit et même s’éteint.

Pour préserver ses fils de ce grand péril de l’ignorance, l’Eglise n’omet aucun des moyens suggérés par sa sollicitude et sa vigilance, et le Rosaire en l’honneur de Marie n’est pas le dernier qu’elle emploie dans le but de venir en aide à la foi. Le Rosaire, en effet, avec une très belle et fructueuse prière revenant dans un ordre réglé, amène à contempler et à vénérer successivement les principaux mystères de notre religion : ceux, en premier lieu, par lesquels le Verbe s’est fait chair, et Marie, mère et toujours vierge, accepte avec une sainte joie cette maternité ; ensuite les amertumes, les tourments, le supplice du Christ souffrant, qui ont payé le salut de notre race ; puis ses mystères glorieux, son triomphe sur la mort, son ascension dans le ciel, l’envoi du Saint-Esprit, la splendeur rayonnante de Marie reçue par dessus les astres, enfin la gloire éternelle de tous les saints associés à la gloire de la Mère et du Fils.

La série ordonnée de toutes ces merveilles est fréquemment et assidûment présentée à l’esprit des fidèles et se déroule comme sous leurs yeux ; aussi le Rosaire inonde-t-il l’âme de ceux qui le récitent dévotement d’une douceur de piété toujours nouvelle, leur donnant la même impression et émotion que s’ils entendaient la propre voix de leur très miséricordieuse Mère leur expliquant ses mystères et leur adressant de salutaires exhortations. C’est pourquoi il est permis de dire que chez les personnes, dans les familles et parmi les peuples où la pratique du Rosaire est restée en honneur comme autrefois, il n’y a pas à craindre que l’ignorance et les erreurs empoisonnées détruisent la foi.

Mais il y a une autre utilité non moins grande que l’Eglise attend du Rosaire pour ses fils : c’est qu’ils conforment mieux leur vie et leurs mœurs à la règle et aux préceptes de la sainte foi. Si, en effet, selon la divine parole connue de tous : La foi sans les œuvres est une foi morte , parce que la foi tire sa vie de la charité et que la charité se manifeste en une moisson d’actions saintes, le chrétien ne tirera aucun profit de sa foi pour l’éternité, s’il ne règle sur elle sa vie : Que sert à quelqu’un, mes frères, de dire qu’il a la foi, s’il n’a pas les œuvres ? Est-ce que la foi pourra le sauver ? Cette classe d’homme encourra, au jour du jugement, des reproches bien plus sévères de la part du Christ que ceux qui ont le malheur d’ignorer la foi et la morale chrétiennes ; car ceux-ci ne commettent pas la faute des autres, de croire d’une manière et de vivre d’une autre ; mais, parce qu’ils sont privés de la lumière de l’Evangile, ils ont une certaine excuse, ou du moins certainement leur faute est moins grande.

Pour que la foi que nous professons produise l’heureuse moisson de fruits qui convient, la contemplation des mystères peut admirablement servir, en enflammant les âmes à la poursuite de la vertu. Quel sublime et éclatant exemple ne nous offre pas, sur tous les points, l’œuvre de salut de Notre-Seigneur Jésus-Christ !

Le Dieu tout-puissant, pressé par l’excès de son amour pour nous, se réduit à l’infime condition de l’homme ; il habite et il converse fraternellement, comme l’un de nous, au milieu de nous ; il prêche et il enseigne toute justice aux particuliers et aux foules, maître éminent par la parole, Dieu par l’autorité. Il se donne tout entier au bien de tous ; il guérit ceux qui souffrent de maladies corporelles, et sa paternelle miséricorde apporte le soulagement aux maladies plus graves des âmes ; à ceux-là surtout qu’éprouve la peine ou que fatigue le poids des inquiétudes il adresse le plus touchant appel : Venez à moi vous tous qui travaillez et qui êtes chargés, et je vous soulagerai .

Lui-même, alors que nous reposons entre ses bras, nous souffle ce feu mystique qu’il a apporté parmi les hommes et pénètre de cette douceur d’âme et de cette humilité par lesquelles il désire que nous devenions participants de la vraie et solide paix dont il est l’auteur : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour vos âmes . Et néanmoins, pour cette lumière de la sagesse céleste et cette insigne abondance de bienfaits dont il a gratifié les hommes, il a éprouvé de leur part la haine et les plus indignes outrages, et, attaché à la croix, il a versé son sang et sa vie, n’ayant pas de plus vif désir que de les enfanter à la vie par sa mort.

Il n’est pas possible que l’on considère attentivement en soi-même de tels témoignages de l’immense amour de notre Rédempteur pour nous sans que la volonté reconnaissante s’enflamme. La force de la foi éprouvée sera si grande que, l’esprit de l’homme étant éclairé et son cœur vivement touché, elle l’entraînera tout entier sur les pas du Christ, à travers tous les obstacles, jusqu’à pouvoir répéter cette protestation digne de l’apôtre Paul : Qui donc nous séparera de la charité du Christ ? La tribulation, ou la pauvreté, ou la faim, ou la nudité, ou le péril, ou la persécution, ou le glaive ? … Ce n’est plus moi qui vis, c’est Jésus-Christ qui vit en moi .

Mais, de peur que devant les exemples si sublimes donnés par le Christ, Dieu et homme tout à la fois, la conscience de notre faiblesse native ne nous décourage, en même temps que ses mystères ceux de sa très sainte Mère sont placés sous nos yeux et offerts à notre méditation.

Elle est sortie, il est vrai, de la race royale de David, mais il ne lui reste rien des richesses ou de la grandeur de ses aïeux ; elle mène une vie obscure, dans une humble ville, dans une maison plus humble encore, d’autant plus contente de son obscurité et de sa pauvreté qu’elle peut plus librement élever son esprit vers Dieu et s’attacher à ce bien suprême et aimé par-dessus tout.

Et le Seigneur est avec elle, et il la comble des consolations de sa grâce ; un message céleste lui est envoyé, la désignant comme celle qui, par la vertu du Saint-Esprit, donnera naissance au Sauveur attendu des nations. Plus elle admire la sublime élévation de sa dignité et en rend grâces à la bonté du Dieu puissant et miséricordieux, plus elle s’enfonce dans son humilité, ne s’attribuant aucune vertu, et elle s’empresse de se proclamer la servante du Seigneur alors qu’elle devient sa mère. Ce qu’elle a saintement promis, elle l’accomplit avec une sainte ardeur, sa vie étant dès lors en intime communion, pour la joie et pour les larmes, avec celle de son fils Jésus.

C’est ainsi qu’elle atteindra une hauteur de gloire où personne, ni homme, ni ange, ne s’élèvera, parce que personne ne pourra lui être comparé, pour le mérite et la vertu ; ainsi la couronne du royaume d’en haut et du royaume d’ici-bas lui est réservée, parce qu’elle deviendra l’invincible reine des martyrs ; ainsi, dans la cité céleste de Dieu elle sera assise éternellement, la couronne sur la tête, à côté de son Fils, parce que constamment pendant toute sa vie, plus constamment encore sur le Calvaire, elle aura bu avec lui le calice d’amertume.

Voici donc que, dans sa sagesse et sa bonté, Dieu nous a donné dans Marie le modèle de toutes les vertus le plus à notre portée. En la considérant et la contemplant, nos esprits ne se sentent pas comme écrasés par l’éclat de la divinité ; mais, au contraire, attirés par la parenté d’une commune nature, nous travaillons avec plus de confiance à l’imiter. Si nous nous donnons tout entiers à cette œuvre, avec son assistance surtout, il nous sera certainement possible de reproduire en nous au moins quelques traits d’une si grande vertu et d’une si parfaite sainteté, et, imitant l’admirable conformité de sa vie à toutes les volontés de Dieu, il nous sera donné de la suivre dans le ciel.

Poursuivons vaillamment et fermement, quelque pénible et quelque embarrassé de difficultés qu’il soit, notre pèlerinage terrestre ; au milieu du labeur et des épreuves, ne cessons pas de tendre vers Marie nos mains suppliantes, en disant avec l’Eglise : Nous soupirons vers vous, gémissant et pleurant, dans cette vallée de larmes… Tournez vers nous vos regards miséricordieux. Donnez-nous une vie pure, ouvrez-nous un chemin sûr, afin que, contemplant Jésus, nous nous réjouissions à jamais avec vous !

Et Marie, qui, sans en avoir jamais subi personnellement l’épreuve, sait combien notre nature est faible et vicieuse, et qui est la meilleure et la plus dévouée des mères, avec quel à-propos et quelle générosité elle viendra à notre aide ! avec quelle tendresse elle nous consolera ! avec quelle force elle nous soutiendra ! Marchant par la route que le sang divin du Christ et les larmes de Marie ont consacrée, nous sommes certains de parvenir sans difficultés à la participation de leur bienheureuse gloire.

Le Rosaire en l’honneur de la Vierge Marie, dans lequel se trouvent si bien et si utilement réunis une excellente formule de prière, un moyen efficace de conserver la foi et un insigne modèle de vertu parfaite, est donc entièrement digne d’être fréquemment aux mains des vrais chrétiens et d’être pieusement récité et médité.

Nous adressons particulièrement ces exhortations à la confrérie de la Sainte-Famille, que Nous avons récemment approuvée et recommandée. Puisque le mystère de la vie longtemps silencieuse et cachée de Notre-Seigneur Jésus-Christ, entre les murs de la maison de Nazareth, est la raison d’être de cette confrérie, qui a pour but d’obtenir que les familles chrétiennes s’appliquent à se modeler sur l’exemple de la très sainte Famille, divinement constituée, les liens particuliers qui la rattachent au Rosaire sont évidents, spécialement en ce qui regarde les mystères joyeux qui se sont accomplis lorsque Jésus, après avoir montré sa sagesse dans le temple, vint avec Marie et Joseph à Nazareth, où il leur était soumis, préparant les autres mystères qui devaient le mieux contribuer à instruire et à racheter les hommes. Que tous les associés s’appliquent donc, chacun dans la mesure de ses moyens, à cultiver et à propager la dévotion du Rosaire.

Pour ce qui Nous regarde, Nous confirmons les concessions d’indulgences que Nous avions faites les années précédentes en faveur de ceux qui accompliront pendant le mois d’octobre ce qui est prescrit à cet effet. Nous comptons beaucoup, vénérables Frères, sur votre autorité et votre zèle pour que le Rosaire soit récité, avec une ardente piété, en l’honneur de la Vierge, secours des chrétiens.

Mais Nous voulons que la présente exhortation finisse, comme elle a commencé, par le témoignage renouvelé avec plus d’insistance de Notre reconnaissance et de Notre confiance envers la glorieuse Mère de Dieu. Nous demandons au peuple chrétien de porter à ses autels ses prières suppliantes et pour l’Eglise, ballottée par tant de contradictions et de tempêtes, et pour Nous-même qui, avancé en âge, fatigué par les labeurs, aux prises avec les difficultés les plus graves, dénué de tout secours humain, tenons le gouvernail de l’Eglise.

En Marie, Notre puissante et tendre Mère, Notre espoir va tous les jours grandissant et Nous est de plus en plus doux. Si Nous attribuons à son intercession de nombreux et signalés bienfaits reçus de Dieu, Nous lui attribuons avec une particulière reconnaissance la faveur d’atteindre bientôt le cinquantième anniversaire de Notre ordination épiscopale.

C’est assurément une grande chose pour qui considère une si longue durée du ministère pastoral, surtout ayant encore à l’exercer avec une sollicitude de tous les jours, dans la conduite du peuple chrétien tout entier. Pendant cet espace de temps, en Notre vie, comme en celle de tout homme, comme dans les mystères du Christ et de sa mère, ni les motifs de joie n’ont manqué, ni de nombreuses et graves causes de douleur n’ont été absentes ; des sujets de Nous glorifier en Jésus-Christ Nous ont été donnés aussi. Toutes ces choses, avec soumission et reconnaissance envers Dieu, Nous Nous sommes appliqué à les faire servir au bien et à l’honneur de l’Eglise.

Dans la suite, car le reste de Notre vie ne sera pas dissemblable, si de nouvelles joies ou de nouvelles douleurs surviennent, si quelques rayons de gloire brillent, persévérant dans les mêmes sentiments et ne demandant à Dieu que la gloire céleste, Nous dirons avec David : Que le nom du Seigneur soit béni : que la gloire ne soit point pour nous, Seigneur, qu’elle ne soit point pour nous, mais pour votre nom !

Nous attendons de Nos fils, que Nous voyons animés pour Nous de tant de pieuse affection, moins des félicitations et des louanges que des actions de grâces, des prières et des vœux offerts au Dieu très bon ; pleinement heureux s’ils obtiennent pour Nous que ce qui Nous reste de vie et de force, ce que Nous possédons d’autorité et de grâce, serve uniquement au plus grand bien de l’Eglise et avant tout à ramener et à réconcilier les ennemis et les égarés que Notre voix appelle depuis longtemps.

Que de la fête prochaine qui, si Dieu le permet, Nous réjouira, découle pour Nos fils bien-aimés la justice, la paix, la prospérité, la sainteté et l’abondance de tous les biens ; voilà ce que Notre cœur paternel sollicite de Dieu, voilà ce que nous exprimons par les paroles divines : « Entendez-moi… et fructifiez comme la rose plantée sur le bord des eaux ; soyez parfumés d’un doux parfum comme le Liban. Fleurissez comme le lis, et donnez votre parfum, et couvrez-vous d’un gracieux feuillage, et chantez le cantique de la louange, et bénissez le Seigneur dans ses œuvres. Glorifiez son nom, confessez-le de bouche et dans vos cantiques et sur vos cithares… Louez de cœur et de bouche et bénissez le nom du Seigneur. »

Si ces résolutions et ces vœux rencontrent l’opposition des méchants qui blasphèment tout ce qu’ils ignorent, que Dieu daigne leur pardonner ; que par l’intercession de la Reine du très saint Rosaire, il nous soit propice ; comme augure de cette faveur et comme gage de Notre bienveillance, recevez, Vénérables Frères, la bénédiction apostolique que Nous vous accordons affectueusement dans le Seigneur, à vous, à votre clergé et à votre peuple.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 8 septembre 1892, la quinzième année de Notre Pontificat.

LEON XIII, Pape.

 

 

 

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