Entretien exclusif donné par Mgr Fellay à La Porte Latine à Lourdes

« A Lourdes, sous l’étendard du Christ-Roi »

Mgr Bernard Fellay, Supérieur Général de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X, a bien vou­lu nous accor­der un entre­tien exclu­sif lors du pèle­ri­nage inter­na­tio­nal 2014 à Lourdes. Qu’il en soit ici cha­leu­reu­se­ment remer­cié. Son Excellence a répon­du sans détour à toutes nos ques­tions. Après nous avoir fait part de sa joie pour la réus­site de ce pèle­ri­nage, il nous a livré ses ana­lyses sur le mar­tyr des chré­tiens d’Orient, le synode sur la famille et la béa­ti­fi­ca­tion du pape Paul VI. Il a conclu enfin sur une mise au point à pro­pos de la phrase de son ser­mon qui évo­quait Notre Seigneur et son « noli timere », « n’ayez pas peur ».

La Porte Latine

L’entretien en vidéo

Produit et réa­li­sé par Jean-​Paul et Jacques Buffet pour
La Porte Latine, site offi­ciel du District de France

L’entretien écrit

La Porte Latine – Bonjour, Monseigneur. Merci de répondre aux ques­tions de La Porte Latine pour les fidèles de France qui n’ont pas pu assis­ter à ce magni­fique pèle­ri­nage. Comment pouvez-​vous conclure ce pèlerinage ?

Mgr Fellay – Effectivement, le terme magni­fique est celui qu’il faut uti­li­ser. Un très, très, très beau pèle­ri­nage avec une conjonc­tion par­faite : l’aide du centre [1] , de l’organisation du pèle­ri­nage, qui a mis à notre dis­po­si­tion tout ce qu’il nous fal­lait, le Bon Dieu qui s’est débrouillé pour nous don­ner un temps abso­lu­ment magni­fique, de très belles jour­nées d’arrière-automne qui ont per­mis les céré­mo­nies les plus sereines possible…Je crois que c’est aus­si le terme que j’utiliserais : la séré­ni­té, c’était très calme et très beau. Je pense que les âmes ont pu s’élever vers le Bon Dieu, s’unir au Bon Dieu, remer­cier la Sainte Vierge, la sup­plier pour toutes les grâces dont elles ont besoin, dont nous avons besoin. Vraiment un beau pèle­ri­nage d’action de grâces.

LPL – Nous avons eu plu­sieurs consé­cra­tions [2] pen­dant ce pèle­ri­nage. Pouvez-​vous nous en par­ler, parce que cela engage aus­si tous les fidèles de la Fraternité ?

Mgr – En fait, c’était des renou­vel­le­ments. Je ne pense pas qu’il y ait eu direc­te­ment une consé­cra­tion, sauf peut être celle d’aujourd’hui qui était plu­tôt une sup­plique à saint Pie X [3] , mais bien sûr, c’est notre patron, et déjà tout est entre ses mains. Le renou­vel­le­ment de la consé­cra­tion au Cœur Immaculé de Marie, de la Fraternité, du District de France, c’est ce qui cor­res­pond à Fatima, Lourdes étant un lieu d’apparition de la Sainte Vierge, les mes­sages étant au fond les mêmes, c’est-à-dire cette insis­tance sur une très pro­fonde et très intime dévo­tion à la Sainte Vierge, au Cœur Immaculé. Ici, c’est l’Immaculée, à Fatima, c’est le Cœur Immaculé et Douloureux, on s’y retrouve, c’est bien la même Sainte Vierge. Donc consé­cra­tion impor­tante pour nous, parce que mani­fes­te­ment, le Ciel nous indique les moyens pour trou­ver pro­tec­tion, secours, dans les temps dif­fi­ciles que nous tra­ver­sons, c’est bien le Cœur Immaculé, le moyen indi­qué par le Bon Dieu, par le Ciel. Au Sacré-​Cœur aus­si, lié au Christ-​Roi. Nous avons cela très à cœur, et cela nous est très cher.

D’ailleurs, ça me rap­pelle que Mgr Lefebvre a une phrase extrê­me­ment éclai­rante sur le com­bat, sur les pro­blèmes actuels dans l’Eglise, et il les lie au Christ-​Roi. Il dit : « c’est parce que les pré­lats, nos pré­lats, les chefs de l’Eglise, n’ont plus le sou­ci, la pré­oc­cu­pa­tion du royaume, du règne de Notre Seigneur Jésus-​Christ que les choses vont mal », et il va même jusqu’à dire que nous ne pou­vons pas les suivre, et c’est vrai, c’est un lan­gage qui n’est plus com­pris aujourd’hui, plus du tout com­pris. c’est je crois l’un des plus grands mal­heurs, c’est une espèce de remise à la théo­rie, de la royau­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ, dont on ne veut plus l’application pra­tique… Eventuellement, pour les individus…mais pour la socié­té, de recon­naître que les socié­tés, les pays, les nations, appar­tiennent à Notre Seigneur, tout sim­ple­ment, aujourd’hui c’est consi­dé­ré comme une idée de mar­tien, et dans l’Eglise. C’est une tra­gé­die pro­fonde parce que c’est le même Seigneur des Nations qui est notre Sauveur, c’est le même qui est à la tête de toutes les nations et la tête de l’Eglise, qui est le Sauveur, le seul par qui on peut être sau­vé. Enlever une par­tie – cette par­tie dans laquelle se déroule la vie humaine, c’est-à-dire ce monde, on a une âme et un corps – c’est très grave, c’est en fait ce qu’ont vou­lu les enne­mis de l’Eglise, c’est ravir ce sceptre de Notre Seigneur. Ce com­bat, il est aban­don­né, nous l’avons tou­jours com­pris à la suite de Mgr comme quelque chose de très, très grave, et nous sommes bien sûr per­sua­dés que nous avons rai­son. Donc, renou­ve­ler cette consé­cra­tion, deman­dée par Pie XI, c’est une valeur très impor­tante ; c’est une pro­tes­ta­tion vers le Ciel en disant : beau­coup vous ont tour­né le dos, nous pas ! On veut être avec vous.

LPL – Et cette der­nière sup­plique à saint Pie X, d’aujourd’hui ? [4]

Mgr – Saint Pie X, c’est notre patron. Alors on lui demande vrai­ment de nous gar­der, de nous pro­té­ger, d’intercéder du haut du ciel pour cette œuvre qui s’est mise sous son patro­nage, qui veut suivre son exemple, qui veut béné­fi­cier de son inter­ces­sion. On peut dire tout ce que l’on veut, mais saint Pie X, c’est vrai­ment un grand saint pape. Il est cano­ni­sé au nom de son sacer­doce. Bien sûr, si l’on peut dire, le pape c’est le sum­mum du sacer­doce – Souverain Pontife – et cela aus­si c’est tout un pro­gramme. Il faut bien rap­pe­ler que notre modèle, c’est lui, c’est saint Pie X.

LPL – Quelques ques­tions d’actualité pré­oc­cupent les catho­liques, et tplus spé­cia­le­ment les fidèles de la fra­ter­ni­té. La pre­mière concerne les chré­tiens d’Orient qui sont mas­sa­crés actuel­le­ment. Quelle st votre opi­nion sur ce qui se passe ?

Mgr – Tout d’abord, c’est une immense com­pas­sion, mais aus­si, sans aucun doute, si on trouve main­te­nant cette forme d’islam extrê­me­ment agres­sive dans ces pays, c’est qu’il y avait un cer­tain ordre éta­bli qui a été com­plè­te­ment bou­le­ver­sé, et c’est récent. Jusque là les chré­tiens vivaient dans ces pays avec tout l’honneur et le res­pect qui leur étaient dus, on peut dire depuis les ori­gines. Lorsque l’islam est arri­vé là, sous Mahomet, ils n’ont pas été aus­si bar­bares qu’aujourd’hui ; cela, c’est aus­si un signe des temps. Cela devrait faire réflé­chir les gens, mais on a l’impression que l’on ne réflé­chit pas. On essaie de mettre cela sous une espèce d’extrémisme, et puis c’est tout. C’est grave, c’est vrai­ment très, très, grave, ce qui se passe là. Encore une fois, comme on ne veut plus de ce règne de Notre Seigneur, et bien, on en subit les consé­quences : on les a devant nous !

LPL - Les médias parlent beau­coup du synode de l’Eglise catho­lique [5]. Que doit-​on en rete­nir ? Que faut-​il en attendre ?

Mgr – Il n’y a rien à attendre. Il ne faut pas attendre, la ligne est don­née. Elle est claire. Il faut le dire sim­ple­ment : elle est claire. Il est évident que l’on veut arri­ver à bana­li­ser la situa­tion de per­sonnes qui vivent dans l’adultère, vrai­ment dans une situa­tion de péché. On veut bana­li­ser cela, et c’est très, très, très grave. Quant on touche à la morale, on touche aux com­man­de­ments de Dieu. Qu’on ait osé, pen­dant deux semaines lais­ser libre cours à l’opinion là où il n’y a pas de place pour l’opinion. C’est Dieu qui a par­lé. Il y a le « amen ». Il faut bien sûr réflé­chir com­ment aider ces per­sonnes, il faut tou­jours réflé­chir à cela. Mais on ne les aide cer­tai­ne­ment pas en leur disant qu’il y a une porte ouverte là où il n’y en a pas. La porte qu’on est en train d’ouvrir, c’est une porte pour l’enfer ! Ces pré­lats qui ont reçu le pou­voir des clés, c’est-à-dire d’ouvrir les portes du Ciel, ils sont en train de les fer­mer et d’ouvrir les portes de l’enfer. C’est invrai­sem­blable ! C’est à hur­ler ! C’est à hur­ler ! Et comme je vous ai dit, la ligne est don­née. Il est vrai que ce synode n’était pas sen­sé déci­der, c’était sen­sé être un pre­mier pas, mais les pre­miers pas ont été mar­qués, la direc­tion a été don­née, et ce n’est pas dif­fi­cile de devi­ner ce qui se fera au synode sui­vant. A moins, qu’il n’y ait une réac­tion beau­coup plus forte que celle qui existe aujourd’hui, et mal­heu­reu­se­ment, je pense qu’elle ne sera pas là. Elle ne sera pas là, hélas !

LPL – Que doit-​on pen­ser de la béa­ti­fi­ca­tion de Paul VI ? [6]

Mgr - Ce n’est pas sérieux, tout sim­ple­ment. On en conclut que tout le monde peut deve­nir saint, sur­tout si on est pro-​Vatican II, quoi ! Tout ce qui touche à Vatican II main­te­nant est saint, béa­ti­fié, cano­ni­sé. Encore une fois, il y a là une bana­li­sa­tion de la sain­te­té. Ce n’est plus sérieux, ce n’est pas sérieux ! Cela fait mal, cela nous touche pro­fon­dé­ment. On ridi­cu­lise la reli­gion. Un saint doit écla­ter par ses ver­tus, ver­tus héroïques, ce doit être un exemple à suivre. Et çà, ce n’est pas sérieux, ce qu’on fait là, c’est triste à dire.

LPL – Nous ter­mi­ne­rons sur les mots que la presse a rete­nus de votre ser­mon [7] d’hier : « N’ayez pas peur ! ». Pour les fidèles qui n’assistaient pas à cette messe, dites-​nous ce qu’ils doivent en retenir.

Mgr – Il faut bien com­prendre ce que j’ai dit. Je n’ai pas dit sim­ple­ment comme cela « n’ayez pas peur ». J’ai dit qu’il y avait ces rai­sons, humai­ne­ment par­lant gra­vis­simes d’avoir peur, et de tous les côtés, mais que à cette peur humaine, il fal­lait répondre par un regard sur­na­tu­rel, en écou­tant Notre Seigneur qui, se ren­dait compte que déjà les apôtres avaient peur, cette crainte n’est pas d’aujourd’hui.

Depuis les apôtre, il y a cette peur. C’est un des moyens les plus puis­sants des enne­mis de l’Eglise, en par­ti­cu­lier du diable, pour para­ly­ser l’action apos­to­lique de l’Eglise. Il essaie de faire peur, d’effrayer. Il faut vaincre cette peur, mais pas en cher­chant des moyens humains.

La ten­ta­tions des hommes, c’est soit de se lais­ser effrayer par ce qui est une réa­li­té devant nous ou en vou­lant pré­tendre résoudre les pro­blèmes par soi-​même. Des deux côtés, la réponse vraie, c’est la réponse appor­tée par Notre Seigneur lorsqu’il dit « n’ayez pas peur », c’est parce qu’il faut cher­cher le secours chez lui. « Adjutorum nos­trum in Nomine Domini », notre secours, il est dans le Nom du Seigneur. C’est un regard sur le Bon Dieu qu’il faut por­ter. Et dans une crise aus­si ter­rible que celle-​ci, c’est la seule chose qui nous reste d’ailleurs. Du côté des hommes, c’est fini, c’est sans espoir. La situa­tion de l’Eglise, c’est une catas­trophe sans nom. Donc il y a vrai­ment de quoi avoir peur. Mais nous n’avons pas le droit de nous lais­ser para­ly­ser, il faut aller de l’avant, il faut par­tir à la recon­quête, et cela ne se fait que dans le Nom du Seigneur. Ce regard et cette recherche de l’aide pro­mise par le Bon Dieu.

Le Bon Dieu qui a deman­dé aux apôtres d’aller dans le monde entier, il a dû leur dire : « n’ayez pas peur », mais il a dit aus­si « comp­tez sur Moi, Je serai avec vous tous les jours. » Voilà le vrai mes­sage, ce n’est pas « n’ayez pas peur ».

Entretien réa­li­sé pour La Porte Latine par Jean-​Paul et Jacques Buffet, le 27 octobre 2014

Notes de bas de page

  1. Les auto­ri­tés et les ser­vices du Sanctuaire de Lourdes[]
  2. Lire ici la consé­cra­tion au Christ-​Roi, Prince de la paix et Maître des Nations[]
  3. Lire la sup­plique à saint Pie X ICI[]
  4. Ecouter la sup­plique à saint Pie X ICI[]
  5. Voir notre dos­sier com­plet sur le synode sur la famille[]
  6. Ecouter le ser­mon de Mgr Fellay ICI[]
  7. Lire : Communiqué de la Maison géné­rale de la FSSPX au sujet de la béa­ti­fi­ca­tion du pape Paul VI – 17 octobre 2014[]

FSSPX Premier conseiller général

De natio­na­li­té Suisse, il est né le 12 avril 1958 et a été sacré évêque par Mgr Lefebvre le 30 juin 1988. Mgr Bernard Fellay a exer­cé deux man­dats comme Supérieur Général de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X pour un total de 24 ans de supé­rio­rat de 1994 à 2018. Il est actuel­le­ment Premier Conseiller Général de la FSSPX.

Pèlerinage international de la FSSPX à Lourdes

En la fête du Christ-Roi, dernier dimanche d'octobre (sauf exception)