Autour de l’ultimatum : surinformation et désinformation


On trou­ve­ra ici une brève revue de presse des dépêches et articles parus sur l’ul­ti­ma­tum du car­di­nal Castrillón Hoyos. Ces textes rédi­gés sou­vent à la hâte se com­plètent et se contre­disent… On trou­ve­ra ici une brève revue de presse des dépêches et articles parus sur l’ul­ti­ma­tum du car­di­nal Castrillón Hoyos. Ces textes rédi­gés sou­vent à la hâte se com­plètent et se contre­disent. Pour un lec­teur qui aurait vou­lu suivre l’ac­tua­li­té « en temps réel », il était impos­sible de s’y retrou­ver. Afin de ne pas ajou­ter à cette confu­sion, nous ne men­tion­nons pas les com­men­taires innom­brables qui, de blog en forum, réagis­saient immé­dia­te­ment à ces dépêches ou rebon­dis­saient ins­tan­ta­né­ment sur ces articles..

Quelles sont les condi­tions posées par le car­di­nal Castrillón Hoyos ?

L’Agence France Presse annon­çait à ce sujet, le 23 juin : 

« Des trac­ta­tions sont en cours entre le Vatican et la Fraternité sacer­do­tale Saint-​Pie X, fon­dée par l’évêque schis­ma­tique Marcel Lefebvre, pour mettre fin à une brouille vieille de vingt ans, affirme lun­di (23 juin, ndlr) le quo­ti­dien ita­lien Il Giornale.

« Selon ce jour­nal, l’actuel supé­rieur de la Fraternité Mgr Bernard Fellay a récem­ment ren­con­tré au Vatican le car­di­nal Dario Castrillón Hoyos, pré­sident de la Commission ad-​hoc « Ecclesia Dei », qui lui a remis une lettre posant cinq condi­tions au retour du mou­ve­ment inté­griste dans « la pleine com­mu­nion » de l’Eglise.

« Les Lefebvristes doivent don­ner leur réponse d’ici le 28 juin, assure Il Giornale.

« Comme par le pas­sé, les condi­tions posées par le Vatican seraient notam­ment l’acceptation par le mou­ve­ment inté­griste des ensei­gne­ments du concile Vatican II (liber­té reli­gieuse, œcu­mé­nisme) et de la réforme litur­gique qui a suivi. »

Mais le len­de­main, 24 juin, l’AFP devait rectifier :

« Le Vatican a renon­cé à exi­ger de la Fraternité sacer­do­tale Saint-​Pie X la recon­nais­sance du concile Vatican II pour pas­ser l’éponge sur le schisme pro­vo­qué il y a vingt ans par ce mou­ve­ment catho­lique inté­griste fon­dé par Mgr Lefebvre, selon un vati­ca­niste italien.

Les cinq condi­tions posées dans une lettre du Vatican aux Lefebvristes concer­ne­raient la recon­nais­sance de l’autorité du pape et l’engagement à ne rien dire contre l’Eglise, mais ne feraient aucune allu­sion au concile Vatican II, a assu­ré mar­di le vati­ca­niste de Il Giornale, Andrea Tornielli, sur son blog (http://blog.ilgiornale.it/tornielli).

« Jusqu’à pré­sent le Vatican exi­geait la recon­nais­sance des ensei­gne­ments du concile Vatican II (liber­té reli­gieuse, œcu­mé­nisme) et de la réforme litur­gique qui a sui­vi pour lever l’excommunication qui a frap­pé en 1988 les adeptes de Mgr Marcel Lefebvre.

« Andrea Tornielli avait révé­lé lun­di des trac­ta­tions en cours entre le Vatican et le supé­rieur de la Fraternité Saint-​Pie X, Mgr Bernard Fellay. Il assu­rait cepen­dant que les condi­tions posées par le Vatican, et tou­jours refu­sées par les Lefebvristes, res­taient inchangées.

« Mais mar­di le jour­na­liste, géné­ra­le­ment bien infor­mé sur les milieux inté­gristes, indique avoir pu prendre connais­sance de la lettre qui ne fait aucune men­tion expli­cite ni de Vatican II, ni de la nou­velle liturgie.

Le 25 juin, l’agence I.MEDIA, par­te­naire à Rome de l’APIC, don­nait les cinq condi­tions, en pré­ci­sant avoir eu une copie de la lettre du car­di­nal Castrillón Hoyos à Mgr Fellay, en date du 4 juin, tout comme le vati­ca­niste Andrea Tornielli l’avouait sans ambages sur son blog, cité par l’AFP. Un spé­cia­liste fran­çais des ques­tions reli­gieuses confiait à DICI que, selon lui, la com­mis­sion Ecclesia Dei cher­chait ain­si à mettre la Fraternité Saint-​Pie X au pied du mur.

Les condi­tions de l’ultimatum comprennent-​elles impli­ci­te­ment l’acceptation du concile Vatican II et de la messe de Paul VI ?

La Croix du 25 juin a inter­ro­gé sur ce point le Père Lombardi, porte-​parole du Vatican :

« Contrairement aux accords pro­po­sés pré­cé­dem­ment par l’Église catho­lique, celui-​ci ne cite pas expli­ci­te­ment Vatican II. Cela veut-​il dire que Benoît XVI, pas­sion­né­ment atta­ché à évi­ter que le schisme ne devienne défi­ni­tif, renon­ce­rait à faire de la recon­nais­sance du concile la condi­tion d’un accord ?

« ‘La recon­nais­sance du concile Vatican II comme véri­table concile œcu­mé­nique de l’Église et la recon­nais­sance de la vali­di­té de la Messe célé­brée selon la litur­gie réno­vée après le concile ne sont abso­lu­ment pas remis en ques­tion’, déclare à La Croix le P. Federico Lombardi, porte-​parole du Saint-Siège.

« Pour lui, les cinq condi­tions citées, sont ‘les condi­tions mini­males pour qu’il puisse y avoir un rap­port carac­té­ri­sé par le res­pect et la dis­po­ni­bi­li­té à l’égard du Saint-​Père’. ‘Il faut que cette offre, cette « main ten­due », soit reçue avec une atti­tude et un esprit de cha­ri­té et de com­mu­nion’, ajoute-t-il. »

Et le jour­na­liste de La Croix, Nicolas Senèze, explique que le car­di­nal Castrillón Hoyos emploie là un moyen détour­né pour par­ve­nir à un accord :

« En fait, depuis plus de 20 ans, Rome et Écône sont d’accord pour recon­naître le concile « à la lumière de la Tradition de l’Église ». Les inté­gristes en pro­fi­taient alors pour opé­rer un tri sévère dans les textes conci­liaires, pour en exclure tout ce qui, à leur avis, était contraire à la Tradition. Le car­di­nal Castrillón Hoyos prend donc une autre voie en deman­dant aux lefeb­vristes d’agir « dans le res­pect de l’autorité » du pape, et de ne pas pré­tendre à un magis­tère supé­rieur au sien. En clair, Rome leur demande d’obéir au pape et à son magis­tère (qui intègre les déci­sions du concile) ».

Mgr Fellay a‑t-​il répon­du ou pas ?

Une dépêche de l’AFP du 27 juin annon­çait : « ‘La Fraternité n’a pas l’intention de répondre à cet ulti­ma­tum’, a décla­ré à l’AFP l’abbé Alain Lorans, porte-​parole de la Fraternité sacer­do­tale Saint-​Pie X, joint par télé­phone à Ecône (Suisse) », pour ajou­ter quelques lignes plus loin : « Selon l’abbé Lorans, le supé­rieur géné­ral de la Fraternité, Mgr Fellay aurait répon­du jeu­di (le 26, ndlr) une lettre aux auto­ri­tés vaticanes ».

Néanmoins, Le Figaro du 30 juin n’hésitait pas à écrire péremp­toi­re­ment : « C’est non. Mgr Bernard Fellay, supé­rieur de la fra­ter­ni­té schis­ma­tique Saint-​Pie X, et chef des catho­liques inté­gristes, a reje­té la main ten­due la semaine der­nière par le Vatican pour réin­té­grer les rangs de l’Église. Si sa réponse offi­cielle n’a pas encore été publiée, elle ne fait aucun doute, les fidèles de Mgr Marcel Lefebvre ne veulent pas, vingt ans après leur excom­mu­ni­ca­tion, de l’occasion his­to­rique que leur a offerte Benoît XVI de se récon­ci­lier défi­ni­ti­ve­ment avec le Saint-Siège ».

On admi­re­ra l’assurance de la for­mule ‘si sa réponse offi­cielle n’a pas encore été publiée, elle ne fait aucun doute’. Nul doute aus­si que le métier de jour­na­liste ne soit dif­fi­cile, mais mieux vaut quand même s’en tenir aux faits avé­rés et aux docu­ments publiés.

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