Compte-​rendu du colloque à la Congrégation pour la Doctrine de la foi du 12 janvier 1979

1. Dans une note pré­li­mi­naire (12 juillet 1976) à une lettre adres­sée au Saint-​Père, vous avez écrit :

« Qu’on ne s’y trompe pas, il ne s’a­git pas d’un dif­fé­rend entre Mgr Lefebvre et le Pape Paul VI. Il s’a­git de l’in­com­pa­ti­bi­li­té radi­cale entre l’Eglise catho­lique et l’Eglise conci­liaire, la Messe de Paul VI repré­sen­tant le pro­gramme de l’Eglise conci­liaire ».

Cette idée se trouve expli­ci­tée dans l’ho­mé­lie pro­non­cée le 29 juin pré­cé­dent, durant la messe d’or­di­na­tion à Ecône :

« Eh bien ! jus­te­ment l’in­sis­tance que mettent ceux qui sont envoyés de Rome pour nous deman­der de chan­ger de rite nous fait réflé­chir. Et nous avons la convic­tion que pré­ci­sé­ment ce rite nou­veau de la messe exprime une nou­velle foi, une foi qui n’est pas la nôtre, une foi qui n’est pas la foi catho­lique. Cette nou­velle messe est un sym­bole, est une expres­sion, est une image d’une foi nou­velle, d’une foi moder­niste… Or il est évident que ce rite nou­veau est sous-​tendu, si je puis dire, sup­pose une autre concep­tion de la foi catho­lique, une autre reli­gion… Tout dou­ce­ment, c’est la notion pro­tes­tante de la messe qui s’in­tro­duit dans la sainte Eglise ».

Question : Doit-​on conclure de ces affir­ma­tions que, selon vous, le Pape, en pro­mul­guant et impo­sant le nou­vel Ordo Missae, et l’en­semble des évêques qui l’ont reçu, ont ins­tau­ré et ras­sem­blé autour d’eux visi­ble­ment une nou­velle Eglise « conci­liaire » radi­ca­le­ment incom­pa­tible avec l’Eglise catholique ?

Réponse : J’observe tout d’a­bord que l’ex­pres­sion de l”«Eglise conci­liaire » n’est pas de moi, mais de S.E. Mgr Benelli, qui, dans , deman­dait que nos prêtres et nos sémi­na­ristes se sou­mettent à l”«Eglise conci­liaire ».

Je consi­dère, qu’un esprit de ten­dance moder­niste et pro­tes­tante se mani­feste dans la concep­tion de la nou­velle Messe et d’ailleurs de toute la Réforme Liturgique. Les pro­tes­tants eux-​mêmes l’af­firment et Mgr Bunigni lui-​même le recon­naît impli­ci­te­ment lors­qu’il affirme que cette Réforme Liturgique a été conçue dans un esprit oecu­mé­nique. (Je puis pré­pa­rer une étude pour mon­trer com­ment cet esprit pro­tes­tant se trouve dans l’Ordo Missae). (Note : S.E. Mgr Lefebvre remet à ce pro­pos l’ou­vrage de Louis Salleron : La nou­velle Messe, Paris, Nouvelles Editions Latines.)

2. Soutenez-​vous qu’un fidèle catho­lique peut pen­ser et affir­mer qu’un rite sacra­men­tel, en par­ti­cu­lier celui de la Messe, approu­vé et pro­mul­gué par le Souverain Pontife, puisse être non conforme à la foi catho­lique ou « favens hae­re­sim » ?

Réponse : Ce rite en lui-​même ne pro­fesse pas la foi catho­lique d’une manière aus­si claire que l’an­cien Ordo Missae, et par suite il peut favo­ri­ser l’hé­ré­sie. Mais je ne sais pas à qui l’at­tri­buer, ni si le Pape en est res­pon­sable. Ce qui est stu­pé­fiant c’est qu’un Ordo Missae de saveur pro­tes­tante, et donc favens hae­re­sim, ait pu être dif­fu­sé par la Curie romaine.

3. Reconnaissez-​vous que la doc­trine du Concile de Trente sur le Sacrifice Eucharistique est expres­sé­ment et abso­lu­ment réaf­fir­mée dans le N° 2 du Proemium de l’Institutio Generalis Missalis Romani pro­mul­guée par le Pape Paul VI ?

Réponse : Je recon­nais que dans le Proemium de l’é­di­tion de 1970, la doc­trine du Concile de Trente se trouve expri­mée maté­riel­le­ment. Mais le fait qu’il ait fal­lu faire une adjonc­tion montre bien le carac­tère incom­plet de l’é­di­tion de 1969. D’autre part, l’en­semble des rites de la Messe est demeu­ré tel que dans l’é­di­tion de 1969.

4. Vous avez confé­ré le sacre­ment de Confirmation en divers dio­cèses, contre la volon­té de l’Evêque du lieu, par­fois même à des enfants qui l’a­vaient déjà reçu. Vous avez jus­ti­fié ces actes en disant que la for­mule sacra­men­telle du nou­vel Ordo confir­ma­tio­nis est sou­vent mal tra­duite ou écour­tée, voire même omise, et qu’en cer­tains dio­cèses, on ne confirme plus.

Questions :

a) En confé­rant la Confirmation, quelle for­mule sacra­men­telle avez-​vous vous-​même employée ? (Si Mgr L. dit s’être ser­vi de l’an­cienne, lui deman­der s’il recon­naît la nou­velle comme valide, et si oui, pour­quoi il ne l’a pas employée.)

b) Si les faits que vous avez cités pour jus­ti­fier l’exer­cice de ce minis­tère étaient avé­rés, cela vous donnait-​il le droit d’a­gir sans tenir compte de la dis­ci­pline de l’Eglise fixée par le Droit ?

Réponse :

ad a) J’ai employé l’an­cienne for­mule sacra­men­telle. Mais je recon­nais la vali­di­té de la nou­velle for­mule latine. J’utilise l’an­cienne for­mule pour satis­faire au désir des fidèles.

ad b) « Salus ani­ma­rum supre­ma lex ». Je ne puis refu­ser le sacre­ment à des fidèles qui me le demandent. C’est à la demande des fidèles, atta­chés à la tra­di­tion, que j’emploie l’an­cienne for­mule sacra­men­telle, et aus­si par sécu­ri­té pour gar­der des for­mules qui ont com­mu­ni­qué la grâce durant des siècles d’une manière certaine.

5. Selon la doc­trine catho­lique, il est inter­dit de réité­rer la col­la­tion d’un sacre­ment impri­mant un carac­tère si le ministre n’a pas la cer­ti­tude de l’in­va­li­di­té du rite sacra­men­tel confé­ré anté­rieu­re­ment ou du moins un pru­dens dubium sur la vali­di­té de celui-ci.

Question : Comment vous êtes-​vous assu­ré que cha­cun des enfants déjà confir­més l’a­vait été invalidement ?

Réponse : J’ai inter­ro­gé cha­cun des parents et des enfants pour savoir s’ils avaient été confir­més, et com­ment ils l’a­vaient été. La majo­ri­té des enfants n’a­vaient pas été confir­més aupa­ra­vant ; pour ceux qui l’a­vaient été, j’ai pu avoir un doute pru­dent sur la vali­di­té du sacre­ment qu’ils avaient reçu. J’ajoute que je ne fais des confir­ma­tions qu’a­vec répu­gnance, en retar­dant le plus pos­sible, car je sou­haite que les Evêques les fassent.

6. La réité­ra­tion d’un sacre­ment sans qu’il y ait au moins un pru­dens dubium sur la vali­di­té est objec­ti­ve­ment par­lant un grave manque de res­pect envers le culte sacramentel.

Question : Vous êtes-​vous ren­du compte que vous cou­riez un tel risque ?

Réponse : Non, car comme je viens de le dire, j’ai inter­ro­gé aupa­ra­vant parents et enfants, et j’ai pu ain­si avoir un pru­dens dubium sur la vali­di­té du sacre­ment admi­nis­tré antérieurement.

7. Dansvotre réponse du 13.4.1978 à la S.C et, plus expli­ci­te­ment dans votre opus­cule Le coup de maître de Satan, p. 46–47, vous sou­te­nez que les prêtres ordon­nés par vous se trouvent, vu les cir­cons­tances actuelles (ambiance de la réforme litur­gique entraî­nant des doutes sur la vali­di­té des sacre­ments), dans la néces­si­té où le Droit lui-​même octroie les pou­voirs juri­dic­tion­nels requis pour la vali­di­té des sacre­ments. C’est ain­si que, vous réfé­rant aux canons 882, 1098 et 2261 par. 2 vous leur recon­nais­sez le droit d’ad­mi­nis­trer le bap­tême, la péni­tence, l’onc­tion des malades et de rece­voir le consen­te­ment des époux. Ce minis­tère est exer­cé dans les prieu­rés que vous avez éta­blis de votre propre ini­tia­tive en divers diocèses.

Questions :

a) Quels sont les auc­tores pro­ba­ti qui par­tagent votre inter­pré­ta­tion des canons susdits ?

b) N’est-​ce pas pen­ser et agir comme si la hié­rar­chie légi­time n’exis­tait plus et com­men­cer à for­mer, que vous le vou­liez ou non, une com­mu­nau­té dissidente ?

Réponse :

ad a) Dans mon inter­pré­ta­tion, je conjugue les deux canons 882 et 2261, par. 2. Je me réfère éga­le­ment aux expli­ca­tions du trai­té de Jones. C’est une inter­pré­ta­tion très large, mais qui se jus­ti­fie par une situa­tion excep­tion­nelle. On recon­naît dans ces canons l’es­prit mater­nel de l’Eglise qui ne veut pas lais­ser les âmes dans le dan­ger de mort éternelle.

ad b) On peut consi­dé­rer que d’une manière géné­rale, en cer­tains pays, la Hiérarchie ne rem­plit plus son rôle. Il ne s’a­git pas pour moi de créer une com­mu­nau­té dis­si­dente, mais de faire que l’Eglise catho­lique conti­nue, basée sur le Droit cano­nique et les grands prin­cipes théologiques.

8. Vous avez fon­dé ou pris la res­pon­sa­bi­li­té de com­mu­nau­tés reli­gieuses, qui ne relèvent d’au­cune auto­ri­té régu­lière ; vous avez ouvert un Carmel (Quiévrain) et vous vous apprê­tez à fon­der un monas­tère de moines cis­ter­ciens ; vous accep­tez des frères auxi­liaires et des coopé­ra­teurs ; vous n’hé­si­tez pas à rece­voir des pro­fes­sions religieuses.

Question : Qui vous a auto­ri­sé à faire tout cela ? Une telle acti­vi­té de votre part est-​elle conforme au droit cano­nique de la vie religieuse ?

Réponse : En ce qui concerne la Fraternité S. Pie X, ses sta­tuts pré­voient expli­ci­te­ment qu’elle peut com­por­ter des frères auxi­liaires et des religieuses.

Quant au Carmel de Quiévrain, ce n’est pas moi qui l’ait fon­dé ; c’est une ini­tia­tive de ma propre soeur, qui a quit­té son Carmel d’Australie avec l’au­to­ri­sa­tion de sa Prieure pour fon­der un autre monastère.

Enfin je n’ai pas fait de fon­da­tion cis­ter­cienne, et je n’en pré­vois pas.

9. La « Pieuse Union » qui porte le nom de « Fraternité sacer­do­tale S. Pie X » fut éri­gée le 1er novembre 1970 par S. E. Mgr François Charrière, évêque de Fribourg.

Questions :

a) Le sta­tut juri­dique de la « Fraternité » vous permettait-​il de pro­cé­der à des ordinations ?

b) Si oui, sur la base de quel canon ou de quel autre docu­ment juridique ?

Réponse :

ad a) Initialement, je pense que non. Du reste, avant 1976, les membres de la Fraternité étaient incar­di­nés dans divers dio­cèses. J’ai cepen­dant eu un doute, d’a­bord lorsque S.E. Mgr Adam m’a dit que la Fraternité me per­met­tait d’in­car­di­ner (ce que je n’ai pas fait à ce moment), et sur­tout lorsque le Cardinal Antoniutti a accor­dé à deux reli­gieux prêtres un indult leur per­met­tant de pas­ser direc­te­ment de leur ordre reli­gieux à la Fraternité. C’est donc que la S. Congrégation pour les Religieux consi­dé­rait que la Fraternité était en mesure d’in­car­di­ner. De toutes manières, avant 1976, je n’ai jamais pro­cé­dé à des ordi­na­tions sans avoir de lettres dimissoires.

ad b) Sans objet.

10 – a) Avant de pro­cé­der aux diverses ordi­na­tions dia­co­nales et sacer­do­tales que vous avez faites, mais par­ti­cu­liè­re­ment avant celles du 29 juin 1976, aviez-​vous reçu pour tous les can­di­dats les lettres dimis­soires pré­vues par le Droit ?

- b) Si non, com­ment la connais­sance des graves peines encou­rues en ce cas tant par l’é­vêque ordi­nant que par les sémi­na­ristes ordon­nés ne vous a‑t-​elle pas rete­nu de pro­cé­der à ces ordinations ?

Réponse :

ad a) Je viens de répondre affir­ma­ti­ve­ment pour les ordi­na­tions anté­rieures à 1976. Pour celles du 29 juin 1976, c’est un point qu’il me fau­drait vérifier.
Actuellement, je consi­dère les sémi­na­ristes que j’or­donne comme incar­di­nés à la Fraternité.

ad b) J’estime que toutes les mesures qui ont été prises contre moi sont illé­gales, et que par consé­quent ni moi ni les sémi­na­ristes que j’or­donne ne tom­bons sous le coup des peines canoniques.

11. Avant de pro­cé­der aux ordi­na­tions du 29 juin 1976, vous avez été infor­mé à deux reprises de la volon­té expresse du Saint-​Père que vous renon­ciez à ces ordinations.

Questions :

a) S’il en est ain­si, sur quelles dis­po­si­tions du droit vous fondez-​vous pour légi­ti­mer les ordi­na­tions que vous avez­faites ce jour-là ?

b) Vous rendiez-​vous compte qu’en pro­cé­dant à ces ordi­na­tions, vous aggra­viez pour vous-​même et les sémi­na­ristes ordon­nés les res­pon­sa­bi­li­tés et les peines déjà encourues ?

Réponse : Je dois d’a­bord rap­pe­ler les rai­sons qui me font consi­dé­rer les mesures prises contre moi comme illégales :

1 – Le décret de sup­pres­sion de la Fraternité Saint-​Pie X ne devait pas être pris par S.E. Mgr Mamie, mais par le Saint-Siège.

2 – On ne m’a com­mu­ni­qué aucun résul­tat ni aucun acte rela­tif à la visite apos­to­lique effec­tuée au Séminaire d’Ecône.

3 – La com­mis­sion car­di­na­lice devant laquelle j’ai été convo­qué n’a­vait ni man­dat ni objet pré­cis ; mal­gré les pro­messes faites, on m’a refu­sé le procès-​verbal et l’en­re­gis­tre­ment des entretiens.

4 – J’ai dépo­sé un recours devant le Suprême Tribunal de la Signature Apostolique. Cinq jours après, une lettre du Cardinal Secrétaire d’Etat inter­di­sait à ce Tribunal de don­ner suite à ma demande : il s’a­gis­sait là d’une pres­sion du pou­voir exé­cu­tif sur le pou­voir judiciaire.

Pour toutes ces rai­sons, je ne pou­vais consi­dé­rer comme valides les déci­sions prises à mon égard.

ad a) je réponds donc que je ne recon­nais pas comme légales les mesures prises contre moi ; d’autre part, je ne pou­vais obéir à la volon­té du Saint-​Siège, car je ne pou­vais pas véri­fier quelle était exac­te­ment la volon­té du Saint-Père.

ad b) sans objet.

12. Le 22 juillet sui­vant, vous avez reçu com­mu­ni­ca­tion offi­cielle de la sus­pense a divi­nis prise à votre endroit par le Saint-​Père. Cette mesure dis­ci­pli­naire vous a inter­dit la célé­bra­tion de la messe, l’ad­mi­nis­tra­tion des sacre­ments et la pré­di­ca­tion. Vous ne vous êtes pas confor­mé à ce nou­vel ordre reçu.

Questions :

a) Abstraction faite de votre res­pon­sa­bi­li­té sub­jec­tive, et donc des cen­sures qui peuvent ou non peser sur votre conscience, reconnaissez-​vous que, au for externe, vous êtes atteint de la peine de sus­pense, et donc obli­gé à vous com­por­ter publi­que­ment comme tel ?

b) Si non, pourquoi ?

c) Si oui, quelle jus­ti­fi­ca­tion donnez-​vous à votre com­por­te­ment, qui cause et main­tient le scan­dale dans l’Eglise ?

Réponse :

ad a) Non, je ne recon­nais pas que je suis atteint de la peine de sus­pense, pas même au for externe.

ad b) La rai­son en est que toutes les mesures qui ont été prises contre moi (depuis novembre 1974) sont illé­gales et inva­lides. La pre­mière mesure l’est en effet d’une manière évi­dente, et les autres ne sont que les consé­quences de la première.

ad c) Le scan­dale qui existe, c’est la des­truc­tion de l’Eglise, et non pas ce que je fais. Je crois au contraire que mon action a ser­vi à l’Eglise, en sus­ci­tant des réac­tions à cette destruction.

13. Le Premier Concile du Vatican a défi­ni que le Pontife romain a « un pou­voir plé­nier et sou­ve­rain de juri­dic­tion sur toute l’Eglise, non seule­ment en ce qui touche à la foi et aux moeurs, mais encore en ce qui touche à la dis­ci­pline et au gou­ver­ne­ment de l’Eglise » et que ce pou­voir est ordi­naire et immé­diat « sur tous et cha­cun des pas­teurs et des fidèles » (DS, 3064).

Questions :

a) Acceptez-​vous ces affir­ma­tions comme dogme de foi ?

b) A sup­po­ser – dato non conces­so – que le Pape fasse des erreurs, pensez-​vous qu’il perd pour autant son pou­voir de juridiction ?

Réponse :

ad a) Oui.

ad b) Non, je ne le pense pas s’il s’a­git d’er­reurs dans le gou­ver­ne­ment et la dis­ci­pline. Il est clair qu’on ne peut le suivre dans ses erreurs, sur­tout si elles ont des consé­quences pour la foi.
D’autre part, il faut savoir si c’est le Pape qui com­mande. Mon incer­ti­tude sur la volon­té réelle du Pape se base sur le fait que pen­dant long­temps, j’ai été empê­ché de voir le Pape Paul VI, et que, lorsque je l’ai ren­con­tré, j’ai consta­té qu’on m’a­vait calom­nié auprès de lui.

14. – 1 - N’opérez-​vous pas dans les textes de Vatican II une sélec­tion, en reje­tant non seule­ment des mesures dis­ci­pli­naires qui vous gênent, mais aus­si des affir­ma­tions doc­tri­nales que vous consi­dé­rez comme contraires à la foi ?

2 – Selon quel prin­cipe déterminez-​vous ce qui peut être rete­nu ou ce qui doit être refusé ?

3 – Qui déter­mine en der­nier res­sort dans l’Eglise ce qui est conforme à la Tradition et ce qui ne l’est pas ?

4 – En cri­ti­quant publi­que­ment le concile Vatican II et en majo­rant pro­gres­si­ve­ment vos accu­sa­tions contre lui, n’avez-​vous pas jeté le dis­cré­dit sur les auto­ri­tés magis­té­rielles suprêmes, le Pape et les Evêques réunis en concile sous son auto­ri­té ? Et n’avez-​vous pas contri­bué à divi­ser les catholiques ?

Réponse :

ad 1) Je suis prêt à signer une décla­ra­tion accep­tant le Concile Vatican II inter­pré­té selon la Tradition. J’estime qu’il y a dans cer­tains de ses textes des choses qui sont contraires à la Tradition et au magis­tère de l’Eglise, tel qu’il s’est expri­mé pré­cé­dem­ment, cela notam­ment dans la Déclaration sur la liber­té religieuse.

ad 2) Selon la Tradition.

ad 3) C’est le magis­tère de l’Eglise. Mais ici, j’observe :

a) que le Concile Vatican II doit être com­pris comme un magis­tère pastoral ;

b) qu’a­près ce Concile, il n’y a eu ni de la part du Pape ni de la part de la Commission pour l’in­ter­pré­ta­tion des décrets du Concile Vatican II des actes éta­blis­sant une déter­mi­na­tion authen­tique des textes conci­liaires, en par­ti­cu­lier de ceux qui concernent la liber­té religieuse.

ad 4) Je ne le pense pas. Toutefois si mes cri­tiques ont pu appa­raître plus fortes après le Concile, c’est en rai­son de son appli­ca­tion dans des réformes qui ont confir­mé les craintes d’une inter­pré­ta­tion des textes du Concile dans un sens libé­ral et progressiste.
Si dans mes dis­cours des expres­sions un peu outran­cières peuvent avoir été pro­non­cées, il faut tenir compte du genre lit­té­raire. Mais on ne peut pas inter­dire à quel­qu’un de cri­ti­quer un texte, même s’il atteint, du fait même, indi­rec­te­ment les auto­ri­tés. Ce sont les auto­ri­tés qui devraient expli­quer davan­tage les textes du Concile dans le sens de la Tradition. Enfin, je ne divise pas les catho­liques. Je crois que c’est le Concile qui a été l’oc­ca­sion, pour des divi­sions qui exis­taient aupa­ra­vant dans l’Eglise, de se mani­fes­ter d’une manière cruciale.

15. Le canon 1325, par. 2, qui traite du schisme, s’ex­prime de la façon sui­vante : « Post recep­tum bap­tis­mum, si quis (…) subesse renuit Summo Pontifici aut cum mem­bris Ecclesiae ei subiec­tis com­mu­ni­care recu­sat, schis­ma­ti­cus est ».

Question : En quoi votre manière concrète d’a­gir diffère-​t-​elle du com­por­te­ment schis­ma­tique défi­ni par ce canon ?

Réponse : Je ne refuse pas d’être sou­mis au Souverain Pontife. La meilleure preuve en est ma récente visite au Saint-​Père et ma pré­sence ici. Je pense qu’il est per­mis, comme l’ont fait bien d’autres per­sonnes au cours de l’his­toire, de mani­fes­ter des réti­cences vis-​à-​vis de cer­taines déci­sions du Pape et de la Curie romaine. Mais je fais cela par amour de l’Eglise et du Successeur de Pierre, en sou­hai­tant que les choses s’ar­rangent au plus vite, et ne me consi­dère pas comme un chef de file.

Du moment que l’in­failli­bi­li­té pon­ti­fi­cale n’est pas enga­gée, l’ex­po­sé public de ses dif­fi­cul­tés de la part d’un Evêque ne consti­tue pas un délit de rébel­lion, s’il s’ap­puie sur la Tradition. Les dif­fi­cul­tés que j’op­pose à l’en­semble de la réforme litur­gique tiennent compte du fait que le Pape Paul VI consi­dé­rait celle-​ci comme une réforme disciplinaire.

16. Dans votre lettre du 13.4.1978 à la S. C, vous avez fait des « Considérations géné­rales sur la situa­tion de l’Eglise depuis le Concile Vatican II qui, seules, per­mettent une réponse adé­quate aux ques­tions posées au sujet de l’Ordo Missae, au sujet de votre per­sé­vé­rance dans l’ac­ti­vi­té de la Fraternité Sacerdotale S. Pie X, mal­gré les inter­dic­tions reçues des évêques et de Rome ».

Sur la base de ces consi­dé­ra­tions, votre posi­tion nous semble pou­voir être expri­mée dans la thèse sui­vante : Un évêque, jugeant en conscience que le Pape et l’Episcopat n’exercent plus en géné­ral leur auto­ri­té en vue d’as­su­rer la trans­mis­sion fidèle et exacte de la foi, peut légi­ti­me­ment, pour main­te­nir la foi catho­lique, ordon­ner des prêtres sans être évêque dio­cé­sain, sans avoir reçu de lettres dimis­soires et contre la pro­hi­bi­tion for­melle et expresse du Pape, et attri­buer à ces prêtres la charge du minis­tère ecclé­sias­tique dans les divers dio­cèses.

Questions :

a) Cette thèse exprime-​t-​elle cor­rec­te­ment votre position ?

b) Cette thèse est-​elle conforme à la doc­trine tra­di­tion­nelle de l’Eglise à laquelle vous enten­dez vous tenir ?

Réponse :

ad a) Non. Je n’ai pas agi en par­tant d’un prin­cipe comme celui-​là. Ce sont les faits, les cir­cons­tances où je me suis trou­vé, qui m’ont contraint à prendre cer­taines posi­tions, et en par­ti­cu­lier le fait que j’a­vais dans la Fraternité Saint-​Pie X une oeuvre déjà léga­le­ment consti­tuée et que je devais continuer.

ad b) Je pense que l’his­toire peut four­nir des exemples d’actes sem­blables posés, en cer­taines cir­cons­tances, non pas contra, mais prae­ter volun­ta­tem Papae. Toutefois, cette ques­tion est trop grave et trop impor­tante pour que je puisse répondre immé­dia­te­ment. Je pré­fère donc sus­pendre ma réponse.

[REPONSE ECRITE DONNEE PAR MGR LEFEBVRE LE LENDEMAIN 13 JANVIER 1979

Dans le cas où la Curie Romaine dif­fuse des docu­ments ou accom­plit des actes qui sont ins­pi­rés par un esprit libé­ral et moder­niste, c’est le devoir des Evêques de pro­tes­ter publi­que­ment et de s’y opposer.

De même si les Universités catho­liques et les Séminaires sont eux-​mêmes infes­tés de libé­ra­lisme et de moder­nisme, c’est le devoir des Evêques de fon­der des Séminaires où est ensei­gnée la doc­trine catholique.

Si des contrées entières tombent dans le moder­nisme, le libé­ra­lisme, le mar­xisme et que les fidèles conscients du dan­ger que court leur foi demandent le ser­vice de prêtres fidèles pour eux et leurs enfants, c’est un devoir pour des Evêques demeu­rés catho­liques de répondre à leur appel.

Saint Athanase, Saint Eusèbe de Samosate, Saint Epiphane ont affir­mé et agi selon ces mêmes prin­cipes qui vont de soi lorsque la situa­tion de l’Eglise est catastrophique.

Il est aus­si évident que ces Evêques doivent s’ef­for­cer d’ai­der le Souverain Pontife à por­ter remède à cette situa­tion.]

17. Comment envisagez-​vous le retour à une situa­tion nor­male pour vous-​même, pour les prêtres, les sémi­na­ristes et les fidèles qui se réclament de vous ?

1 – Qu’est-​ce que vous esti­mez pou­voir sol­li­ci­ter et espérer :

a) de la part du Saint-​Siège : en ce qui concerne vos sémi­naires, vos prieu­rés et la célé­bra­tion de la Messe de saint Pie V ?

b) de la part des Evêques et des Conférences épis­co­pales sous leur dépendance ?

2 – Qu’êtes-​vous dis­po­sé à faire, vous-​même, dans ce but ? Quels enga­ge­ments êtes-​vous prêt à souscrire ?

a) en ce qui concerne les oeuvres éta­blies par vous, notam­ment les sémi­naires et les prieurés ?

b) en ce qui concerne votre ensei­gne­ment (sur la Messe et le Concile…) et votre com­por­te­ment (ordi­na­tions, confir­ma­tions, célé­bra­tions eucha­ris­tiques, etc.).

Réponse

ad 1) a - La Fraternité S. Pie X com­prend à la fois les sémi­naires et les prieu­rés ; son but consiste dans la fon­da­tion de sémi­naires (selon l’es­prit du Concile, c’est-​à-​dire de type inter­na­tio­nal en vue d’une meilleure répar­ti­tion du cler­gé, et avec une année entière de spi­ri­tua­li­té), dans la for­ma­tion sacer­do­tale, dans l’aide spi­ri­tuelle aux prêtres, dans l’ou­ver­ture de mai­sons pour exer­cices spi­ri­tuels. Je sou­hai­te­rais obte­nir que cette Fraternité soit recon­nue comme une socié­té de vie com­mune sans voeux, de droit pon­ti­fi­cal, en dépen­dance de la S. Congrégation pour les Religieux. Cela implique que je demande que puissent conti­nuer tant les sémi­naires que les prieu­rés : ceux-​ci, qui ont été éta­blis à des­sein à la cam­pagne, se veulent à la dis­po­si­tion des Evêques prin­ci­pa­le­ment pour l’a­pos­to­lat des exer­cices spi­ri­tuels et le sou­tien spi­ri­tuel des prêtres. Je vous remet­trai un exem­plaire des sta­tuts de la Fraternité. Enfin, pour ce qui concerne la litur­gie, je demande que les membres de la Fraternité Saint-​Pie X :

- puissent uti­li­ser pour la célé­bra­tion de la messe l’Ordo de saint Pie V, étant enten­du qu’ils ne célé­bre­raient que selon celui-ci ;

- puissent uti­li­ser les anciens rites liturgiques ;

- et en par­ti­cu­lier soient ordon­nés selon l’an­cien rituel des ordi­na­tions, qui com­prend la ton­sure et les ordres mineurs.

ad 1) b - Je suis prêt à aller voir les Evêques des dio­cèses où la Fraternité a une fon­da­tion. J’attends d’eux qu’ils recon­naissent les prieu­rés selon le Droit, et acceptent le minis­tère accom­pli par les membres de la Fraternité qui s’y trouvent.

ad 2) a – Je suis prêt à sous­crire les enga­ge­ments impo­sés par le Droit, sans deman­der de pri­vi­lèges par­ti­cu­liers. Je puis accep­ter une phase tran­si­toire, com­por­tant par exemple la nomi­na­tion d’un Délégué pontifical.

ad 2) b - Comme je l’ai dit plus haut (sub 14, 1), je suis dis­po­sé à signer une décla­ra­tion accep­tant le Concile Vatican II inter­pré­té selon la Tradition. En ce qui concerne mon ensei­gne­ment sur la Messe, il ne peut être que celui qui est conforme au Magistère tra­di­tion­nel de l’Eglise. Quant à ce qui regarde mon com­por­te­ment, dans l’hy­po­thèse de la nor­ma­li­sa­tion, je me confor­me­rai aux pres­crip­tions du Droit. De plus, je puis accep­ter de sus­pendre les ordi­na­tions et les confir­ma­tions pen­dant plu­sieurs mois s’il y a une cer­ti­tude de réponse favo­rable à la demande pré­cé­dente. C’est du reste une pro­po­si­tion que j’a­vais déjà faite dans le passé.

Franc. Card. Seper, Préf.