Manifester ou pas avec des associations se déclarant non confessionnelles quoique dirigées par des catholiques ? – Juillet 2005


Comment s’op­po­ser concrè­te­ment à la pres­sion sociale en faveur du mal, dans les cir­cons­tances réelles de notre époque, et avec nos moyens sou­vent limi­tés ? A la lumière du Magistère et des ensei­gne­ments de Mgr Lefebvre, Jean Belem nous parle, à pro­pos d’une mobi­li­sa­tion récente, de la ques­tion déli­cate d’une alliance tac­tique avec des non-​catholiques.

Il y a quelques mois, un Collectif contre l’ho­mo­fo­lie s’est consti­tué pour essayer de faire bar­rage aux pro­jets de loi répri­mant la pré­ten­due « homo­pho­bie ». Plusieurs asso­cia­tions proches de la Fraternité Saint-​Pie X se sont for­te­ment impli­quées dans ce com­bat aux côtés d’autres asso­cia­tions se décla­rant non confes­sion­nelles quoique diri­gées par des catho­liques. Et ce Collectif a mené une cam­pagne publique en direc­tion de « toutes les asso­cia­tions et fédé­ra­tions d’as­so­cia­tions sou­cieuses de pro­té­ger les nou­velles géné­ra­tions de jeunes contre la des­truc­tion du tis­su fami­lial et social, base de notre civi­li­sa­tion, et contre la dégra­da­tion pro­vo­quée de l’a­mour humain dans sa véri­té et sa splen­deur uniques » et, d’une manière géné­rale, en direc­tion de « tous les hommes et femmes du pays nan­tis d’une san­té morale indis­cu­table et d’un solide bon sens ».

Face à cette ini­tia­tive, diverses objec­tions à carac­tère doc­tri­nal ont été for­mu­lées, tou­chant notam­ment la ques­tion de la col­la­bo­ra­tion avec des non-​catholiques. Nous nous pro­po­sons ici de faire le point sur cette question. 

On peut résu­mer les objec­tions faites à ce sujet au Collectif contre l’ho­mo­fo­lie en uti­li­sant une lettre de Mgr Lefebvre qui traite préci- sément de cette ques­tion de la col­la­bo­ra­tion avec les non-​catholiques. Cette lettre fut envoyée en 1990 à Monsieur Hervé Bigeard, alors pré­sident du MJCF, à pro­pos d’un pro­jet d’o­pé­ra­tions anti-​avortement qui auraient été réa­li­sées en par­te­na­riat avec la « Ligue pour la Vie », une orga­ni­sa­tion non confessionnelle.

Une lettre de Mgr Lefebvre

Voici le texte du prélat : 

« Quant au pro­blème déli­cat et com­plexe de la col- labo­ra­tion avec des orga­ni­sa­tions non-​catholiques, les quelques textes des papes sur ce sujet montrent com­bien le pro­blème est épi­neux et demande une grande pru­dence et un sérieux exa­men avant de s’engager. 

« Le dan­ger de ces col­la­bo­ra­tions réside dans la néces­si­té de devoir taire les motifs catho­liques qui nous font agir et ain­si de don­ner l’im­pres­sion que nos motifs sont pure­ment natu­rels et humains. C’est déjà pra­ti­que­ment ali­gner nos motifs d’a­gir sur ceux des non-catholiques. 

« Dans la col­la­bo­ra­tion, il faut que nos motifs puissent être clai­re­ment affir­més, et en consé­quence que l’ob­jec­tif à atteindre soit pré­cis et en géné­ral bref, ne néces­si­tant pas des contacts pro­lon­gés qui gênent l’af­fir­ma­tion de la foi. 

« II faut évi­ter les réunions ou congrès qui cherchent un déno­mi­na­teur com­mun pour agir, obli­geant les catho­liques à agir selon d’autres cri­tères que les leurs. 

« La col­la­bo­ra­tion ne peut donc qu’être excep­tion­nelle et faire l’ob­jet d’un exa­men très sérieux auparavant.

« Aujourd’hui plus que jamais, nous devons évi­ter que notre nom se trouve mélan­gé à des groupes reli­gieux non-​catholiques. C’est un œcu­mé­nisme pra­tique inad­mis­sible pour des catho­liques et scan­da­leux.

« Or les non-​catholiques excellent dans ce genre de publi­ci­té et sont très heu­reux d’a­li­gner les catho­liques à leur niveau. Cette publi­ci­té est into­lé­rable pour un vrai catho­lique.

« Vous pou­vez trou­ver des réfé­rences aux textes pon­ti­fi­caux dans les livres ( Solesmes Le laï­cat et Consignes aux mili­tants.

« Oui, c’est en demeu­rant dans les pers­pec­tives de la foi que l’on a le secours de Dieu dans notre action. C’est éli­mi­ner le secours de la grâce que d’a­gir pour des motifs pure­ment natu­rels. Notre monde est désor­mais un monde domi­né par la croix et la foi, ou domi­né par l’es­prit du monde et de Satan. Il faut choisir. »

Mgr Lefebvre oppo­sé aux papes ?

A pre­mière vue cette lettre de Mgr Lefebvre peut sem­bler condam­ner l’i­ni­tia­tive du Collectif contre l’ho­mo­fo­lie. En effet, ce Collectif a cher­ché à ras­sem­bler, dans une lutte com­mune, des catho­liques et des non-catholiques. 

Cependant, en allant consul­ter les ouvrages dont Mgr Lefebvre lui-​même recom­mande la lec­ture à son cor­res­pon­dant, on trouve des textes très expli­cites où les papes auto­risent, voire encou­ragent dans cer­tains cas, la col­la­bo­ra­tion avec les non-catholiques. 

Or, il n’est pas vrai­sem­blable que Mgr Lefebvre ait vou­lu s’op­po­ser aux ensei­gne­ments mêmes des sou­ve­rains pon­tifes. Il convient donc d’a­na­ly­ser de plus près cette ques­tion impor­tante de la col­la­bo­ra­tion avec les non-catholiques.

Texte du pape Léon XIII 

Citons trois textes pon­ti­fi­caux à ce sujet et, pour com­men­cer, une lettre de Léon XIII à Mgr Fava, évêque de Grenoble, le 22 juin 1892. 

« II est de la pru­dence chré­tienne de ne pas repous­ser, disons mieux, de savoir se conci­lier dans la pour­suite du bien, soit indi­vi­duel, soit sur­tout social, le concours de tous les hommes hon­nêtes. La grande majo­ri­té des Français est catho­lique. Mais, par­mi ceux-​là mêmes qui n’ont pas ce bon­heur, beau­coup conservent mal­gré tout un fonds de bon sens, une cer­taine rec­ti­tude que l’on peut appe­ler le sen­ti­ment d’une âme natu­rel­le­ment chré­tienne ; or, ce sen­ti­ment éle­vé leur donne, avec l’at­trait du bien, l’ap­ti­tude à le réa­li­ser, et plus d’une fois, ces dis­po­si­tions intimes, ce concours géné­reux leur sert de pré­pa­ra­tion pour appré­cier et pro­fes­ser la véri­té chrétienne. 

Aussi n’avons-​Nous pas négli­gé dans Nos der­niers actes de deman­der à ces hommes leur coopé­ra­tion pour triom­pher de la per­sé­cu­tion sec­taire, désor­mais démas­quée, et sans frein, qui a conju­ré la ruine reli­gieuse et morale de la France. »

Texte du pape saint Pie X 

Continuons sur le même sujet avec l’en­cy­clique de saint Pie X Singulari qua­dam can­tate du 24 sep­tembre 1912, « Sur les asso­cia­tions ouvrières catho­liques et mixtes ». 

« Nous ne nions pas qu’il soit per­mis aux catho­liques, toute pré­cau­tion prise, de tra­vailler au bien com­mun avec les non-​catholiques, pour ména­ger à l’ou­vrier un meilleur sort, arri­ver à une plus juste orga­ni­sa­tion du salaire et du tra­vail, ou pour toute autre cause utile et hon­nête. Mais, en pareil cas, Nous pré­fé­rons la col­la­bo­ra­tion de Sociétés catho­liques et non-​catholiques unies entre elles au moyen de ce pacte heu­reu­se­ment ima­gi­né appe­lé Cartel. (…) Il ne serait per­mis à per­sonne d’ac­cu­ser de foi sus­pecte et de com­battre à ce titre ceux qui, fermes dans la défense des doc­trines et des droits de l’Église, veulent cepen­dant, avec des inten­tions droites, appar­te­nir aux Syndicats mixtes [catholico-​protestants] et en font par­tie, là où les cir­cons­tances locales ont conduit l’au­to­ri­té reli­gieuse à per­mettre l’exis­tence de ces Syndicats sous cer­taines conditions. »

Texte du pape Pie XI 

Achevons notre exa­men avec l’en­cy­clique Quadragesimo anno du 15 mai 1931. 

« Cette seconde méthode a pré­va­lu là sur­tout où, soit la légis­la­tion, soit cer­taines pra­tiques de la vie éco­no­miques, soit la déplo­rable divi­sion des esprits et des cœurs, si pro­fonde dans la socié­té moderne, soit encore l’ur­gente néces­si­té d’op­po­ser un front unique à la pous- sée des enne­mis de l’ordre empê­chaient de fon­der des syn­di­cats net­te­ment catho­liques. Dans de telles conjonc­tures, les ouvriers catho­liques se voient pra­ti­que­ment contraints de don­ner leur nom à des syn­di­cats neutres, où cepen­dant l’on res­pecte la jus­tice et l’é­qui­té et où pleine liber­té est lais­sée aux fidèles d’o­béir à leur conscience et à la voix de l’Église. Il appar­tient aux évêques, s’ils recon­naissent que ces asso­cia­tions sont impo­sées par les cir­cons­tances et ne pré­sentent pas de dan­ger pour la reli­gion, d’ap­prou­ver que les ouvriers catho­liques y donnent leur adhésion. » 

Les règles pour une col­la­bo­ra­tion licite

II n’est donc pas inter­dit, en soi, de col­la­bo­rer avec des non-​catholiques : sinon, les papes ne pour­raient l’au­to­ri­ser ou le tolé­rer. La lettre de Mgr Lefebvre, selon l’es­prit même de son auteur, doit être inter­pré­tée à la lumière de ces ensei­gne­ments pon­ti­fi­caux, aux­quels d’ailleurs elle ren­voie explicitement. 

Cette lettre ne signi­fie donc pas une inter­dic­tion abso­lue de la col­la­bo­ra­tion avec les non-​catholiques. Les mots employés par le pré­lat le montrent d’ailleurs clai­re­ment. Le pro­blème est dit « déli­cat », « com­plexe », « épi­neux », néces­si­tant un « exa­men sérieux », ce qui mani­feste que, pour Mgr Lefebvre, il n’est nul­le­ment tran­ché ipso fac­to.

En fait, nous explique cette lettre, nous sommes dans l’ordre pru­den­tiel, et non dog­ma­tique. La col­la­bo­ra­tion n’est pas en soi inter­dite. Elle peut être un moyen natu­rel effi­cace pour une action d’es­prit catho­lique si elle est réa­li­sée selon les prin­cipes. Mais elle peut aus­si deve­nir une occa­sion de péché si les prin­cipes ne sont pas res­pec­tés. Il faut donc opé­rer un dis­cer­ne­ment pour chaque action. 

C’est un tel dis­cer­ne­ment que nous pro­po­sons concer­nant l’ac­tion du Collectif contre l’ho­mo­fo­lie, en uti­li­sant pré­ci­sé­ment les cri­tères rap­pe­lés par Mgr Lefebvre, dans leur ordre crois­sant d’importance. 

Un objec­tif pré­cis et bref L’objectif de l’ac­tion, nous dit Mgr Lefebvre, doit d’a­bord être « pré­cis et bref ». Or le Collectif a pour objec­tif de ras­sem­bler toute asso­cia­tion (catho­lique ou non) pour défendre la loi natu­relle contre un pro­jet de loi inique et immo­ral. Il s’a­git donc de créer un mou­ve­ment d’o­pi­nion pour faire bar­rage à ce qui est contraire à la nature. L’objectif est donc simple, bien défi­ni et bref, puique le vote de la loi est imminent. 

Éviter l’oe­cu­mé­nisme pratique

II faut ensuite, dit Mgr Lefebvre, évi­ter « l’oe­cu­mé­nisme pratique ». 

Or, dans le cadre de cette cam­pagne, aucun docu­ment ne pou­vait être publié sous le label du Collectif, sans qu’il n’ait été éla­bo­ré par son comi­té de direc­tion ou au moins ava­li­sé par celui-​ci (ce der­nier cas ne s’é­tant pas pro­duit jus­qu’à pré­sent). En revanche, toute asso­cia­tion par­ti­ci­pant à cette cam­pagne avait loi­sir de réa­li­ser en sus, sous sa propre iden­ti­té, d’autres docu­ments ou démarches ne liant pas le Collectif (ce qui s’est effec­ti­ve­ment produit). 

Notons, en outre, que le Comité de direc­tion du Collectif est exclu­si­ve­ment com­po­sé de catho­liques bien déter­mi­nés à ne pas céder à la ten­ta­tion d’un nivel­le­ment par le bas qui exclu­rait de façon sys­té­ma­tique toute moti­va­tion ou réfé­rence reli­gieuse. Il n’est qu’à lire, à cet effet, cer­tains articles publiés sur le site web du Collectif (www.non-a-homofolie.com) pour s’en convaincre, notam­ment l’ar­ticle : « Attention, chré­tiens embus­qués » et le dos­sier consa­cré à la posi­tion de l’Église catho­lique en mai­tière d’homosexualité. 

Mais, aux yeux de Mgr Lefebvre, la condi­tion essen­tielle pour que l’u­nion avec les non-​catholiques soit mora­le­ment valable réside dans le fait de ne pas cacher sa foi catho­lique.

Ne pas cacher sa foi catholique

Or, le texte de la péti­tion pro­po­sée par le Collectif ne semble pas faire état de motifs pro­pre­ment sur­na­tu­rels et catho­liques, mais avan­cer uni­que­ment des argu­ments tirés de la morale naturelle. 

Dans un pas­sage ma- jeur de l’ar­ticle en ques­tion (« Attention, chré­tiens embus­qués ») le Collectif déclare faire « entiè­re­ment siennes » les lignes ci-​après de Thomas Montfort, auteur de l’ou­vrage Sida, le vac­cin de la véri­té :

« Les valeurs morales défen­dues dans cet ouvrage appar­tiennent au fonds com­mun de la plu­part des civi­li­sa­tions et tout par­ti­cu­liè­re­ment de notre culture occi­den­tale. Elles peuvent donc être recon­nues par tout homme de bonne volon­té comme siennes. Pour l’au­teur elles trouvent leur pleine expres­sion de véri­té dans la tra­di­tion catho­lique. Ici encore, d’a­mi­cales pres­sions ont été exer­cées sur lui pour le dis­sua­der de lais­ser paraître ses convic­tions : « Si vous vou­lez que le mes­sage passe, qu’il soit accep­té par les non-​croyants, gardez- vous d’af­fi­cher votre éti­quette. Ce com­bat concerne tout le monde et il serait dom­mage que la véri­té qu’il sert soit reje­tée à cause de sa référence ». 

« Mais pour­quoi faudrait-​il que les chré­tiens soient les seuls, dans ce pays, à devoir taire leur iden­ti­té ? Il est temps, au contraire, qu’ils portent ouver­te­ment témoi­gnage et fassent entendre publi­que­ment leur voix, même s’ils ne sont pas cer­tains de pou­voir récol­ter là où ils ont semé. »

Et l’ar­ticle se concluait ainsi : 

« Nous ajou­te­rons que si des chré­tiens n’a­vaient pas pris la déci­sion – et le risque – de se lan­cer dans cette cam­pagne, on se demande qui donc, aujourd’­hui en France, aurait eu la volon­té de le faire… Ils ne vont donc pas se cacher der­rière leur petit doigt : ce temps-​là est révolu. »

S’appuyer uni­que­ment sur la morale naturelle ?

La morale natu­relle est la lumière de l’in­tel­li­gence mise en nous par Dieu pour faire le bien et évi­ter le mal. Elle est l’ex­pres­sion de l’ordre natu­rel vou­lu par Dieu pour que l’homme atteigne sa fin. Exprimée par le Décalogue, elle est donc impli­ci­te­ment catholique. 

Le texte de la péti­tion parle clai­re­ment de « l’ordre natu­rel de la Création de l’es­pèce humaine », ce qui sup­pose une intel­li­gence créa­trice et ordon­na­trice, donc Dieu. Du reste, sa deuxième ver­sion men­tionne explicite- ment le « Créateur ». 

Il faut recon­naître, tou­te­fois, que les motifs pro­pre­ment sur­na­tu­rels et catho­liques ne sont pas cités dans cette péti­tion. Le Collectif a pris le par­ti d’o­mettre ces argu­ments à ce moment, pour s’a­dap­ter au public visé (le « grand public » d’un pays pro­fon­dé­ment déchris­tia­ni­sé), parce que ce public ne com­prend plus une pen­sée et un voca­bu­laire pro­pre­ment chré­tiens, et que ce même public, s’il n’est pas lui-​même catho­lique, pour­rait dif­fi­ci­le­ment signer un texte qui s’af­fi­che­rait expli­ci­te­ment catholique. 

Les membres du comi­té de direc­tion du Collectif ne s’en cachent d’ailleurs pas, le même article pré­ci­té se concluant par les lignes ci-après : 

« Mais ils comptent sur le bon sens des des­ti­na­taires de leurs mes­sages et de la péti­tion natio­nale pour réveiller une opi­nion publique anes­thé­siée par un matra­quage média­tique inces­sant. Bien évi­dem­ment, nul n’est requis de pro­duire un cer­ti­fi­cat de bap­tême pour signer un docu­ment dont la fina­li­té est de rap­pe­ler des véri­tés natu­relles qui crèvent les yeux et d’exi­ger le res­pect de l’é­qui­libre psy­chique, social et moral qu’elles induisent. La péti­tion natio­nale n’est pas un acte de foi, c’est un acte de san­té morale. »

Cette manière de faire a été expli­ci­te­ment auto­ri­sée par saint Pie X lui-​même dans l’en­cy­clique Jucunda sane du 12 mars 1904.

« Sans doute, écrit le pape, quand il s’a­gi­ra d’é­clai­rer des hommes hos­tiles à nos ins­ti­tu­tions et com­plè­te­ment éloi­gnés de Dieu, la pru­dence pour­ra auto­ri­ser à ne pro­po­ser la véri­té que par degrés. » 

Cette pos­si­bi­li­té d’a­dap­ta­tion au public n’est tou­te­fois pas totale, comme en témoigne la suite du texte :

« Mais ce serait trans­for­mer une habi­le­té légi­time en une sorte de pru­dence char­nelle que de l’é­ri­ger en règle de conduite constante et commune. » 

Précisions et pré­cau­tions du Collectif 

En confor­mi­té avec ces direc­tives pon­ti­fi­cales, le Collectif n’a pas caché, comme il vient d’être vu, la réfé­rence reli­gieuse de ses ani­ma­teurs. Il a éga­le­ment indi­qué lar­ge­ment les textes bibliques et doc­tri­naux sur les­quels l’Église catho­lique a édi­fié sa pas­to­rale en matière d’ho­mo­sexua­li­té. Nous ren­voyons au site web déjà cité.

D’autre part, c’est essen­tiel­le­ment à tra­vers le tis­su catho­lique du pays ins­ti­tu­tion­nel, média­tique ou asso­cia­tif, que le Collectif a fait dif­fu­ser sa péti­tion et cir­cu­ler ses mots d’ordre. 

Il faut enfin prendre en consi­dé­ra­tion qu’une tri­bune est lar­ge­ment ouverte, au sein du site web du Collectif, aux asso­cia­tions catho­liques dési­reuses de faire entendre leur voix. Un article de cette nature y a déjà été publié. Ce site est appe­lé à jouer un rôle impor­tant dans l’avenir. 

A la lumière des prin­cipes édic­tés par dif­fé­rents papes et résu­més par Mgr Lefebvre dans sa lettre de 1990, nous croyons donc pou­voir dire que l’ac­tion du Collectif contre l’ho­mo­fo­lie a été sage, pru­dente et licite. 

Des actions beau­coup plus audacieuses

Pour ache­ver d’en convaincre nos lec­teurs, nous leur pro­po­sons deux exemples d’ac­tions com­munes avec les non-​catholiques, où E l’on est allé beau­coup plus loin que le Collectif. 

Lorsque Joseph Sarto, futur Pie X, était patriarche de Venise, des élec­tions muni­ci­pales eurent lieu dans la ville. Mgr Sarto arri­va à convaincre le par­ti libé­ral, oppo­sé aux francs-​maçons, d’a­dop­ter un pro­gramme accep­table pour les catholiques. 

De cette manière, la mai­rie fut ravie aux radi­caux sans que les fidèles dussent don­ner leur voix à un can­di­dat pré­sen­tant un pro­gramme libé­ral. Ce genre d’al­liance à long terme est cepen­dant si déli­cat et pré­sente de tels dan­gers que cet épi­sode fut évo­qué et dis­cu­té lors du pro­cès de béa­ti­fi­ca­tion de PieX. 

Un congrès laïc de la nata­li­té auto­ri­sé par le Saint-Office 

En 1921, il fut envi­sa­gé que des catho­liques par­ti­cipent à un congrès sur la nata­li­té, orga­ni­sé dans un esprit neutre et laïc. Dans une réponse à l’ar­che­vêque de Bordeaux, le Saint-​Office refu­sa en affirmant : 

« II n’est pas per­mis aux catho­liques de faire par­tie de ces œuvres qui pour­raient leur être une occa­sion de tom­ber dans l’in­dif­fé­ren­tisme religieux. » ”

Toutefois, eu égard aux : cir­cons­tances, il modi­fia son atti­tude et, le 29 juillet 1921, auto­ri­sa la par­ti­ci­pa­tion des catho­liques à de tels Congrès en impo­sant cer­taines pré­cau­tions, par exemple : 

« Traiter sépa­ré­ment des remèdes d’ordre moral ou reli­gieux dans des Commissions dis­tinctes des Commissions non catho­liques ;(…) que les matières morales et reli­gieuses ne soient pas sou­mises à un vote géné­ral des diverses Commissions ; (…) que les pro­po­si­tions de la Commission catho­lique soient publiées intégralement. » 

On voit par ces deux der­niers exemples (qui pour­raient être mul­ti­pliés) que les papes n’hé­sitent pas à appli­quer les prin­cipes rela­tifs à la col­la­bo­ra­tion avec les non- catho­liques de façon beau­coup plus large que le Collectif contre l’ho­mo­fo­lie. L’action de ce der­nier a donc été elle-​même conforme aux principes.

Jean BELEM, in Fideliter n° 166 de juillet-​août 2005