Jean-Paul II

Conseil Pontifical pour l’unité des chrétiens

Déclaration de Balamand (Liban)

23 juin 1993

L'uniatisme, méthode d'union du passé, et la recherche actuelle de la pleine communion

Table des matières

La déplo­rable décla­ra­tion sui­vante rejette expli­ci­te­ment la recherche de l’u­ni­té par la conver­sion des éga­rés (c’est-​à-​dire la doc­trine de l’Eglise, telle qu’elle se trouve notam­ment dans l’en­cy­clique Mortalium ani­mos). Ceux qui ne recon­naissent pas la juri­dic­tion suprême du pape ne sont plus consi­dé­rés comme des éga­rés. La recon­nais­sance du pape régnant comme étant chef suprême de l’Eglise est consi­dé­ré comme un élé­ment facul­ta­tif du chris­tia­nisme, ce qui est tota­le­ment contraire à la consti­tu­tion même de l’Eglise. Jean-​Paul II a, à l’oc­ca­sion, approu­vé la pré­sente décla­ra­tion dans son dis­cours du 29 juin sui­vant, auprès d’une délé­ga­tion du patriar­cat schis­ma­tique de Constantinople.

Balamand (Liban), 23 juin 1993

Introduction

1. À la demande de l’Église ortho­doxe, la pro­gres­sion nor­male du dia­logue théo­lo­gique avec l’Église catho­lique a été inter­rom­pue pour que soit immé­dia­te­ment abor­dée la ques­tion qui est appe­lée « uniatisme ». 

2. Au sujet de la méthode qui a été appe­lée « unia­tisme », il a été décla­ré à Freising (juin 1990) que « nous la reje­tons comme méthode de recherche d’unité parce qu’opposée à la tra­di­tion com­mune de nos Églises ». 

3. En ce qui concerne les Églises orien­tales catho­liques, il est clair qu’elles ont, comme par­tie de la Communion catho­lique, le droit d’exister et d’agir pour répondre aux besoins spi­ri­tuels de leurs fidèles. 

4. Le docu­ment éla­bo­ré à Ariccia par le comi­té mixte de coor­di­na­tion (juin 1991) et ache­vé à Balamand (juin 1993) indique la méthode qui est la nôtre dans l’actuelle recherche de la pleine com­mu­nion, don­nant ain­si les rai­sons de l’exclusion de l’«uniatisme » comme méthode. 

5. Ce docu­ment com­prend deux parties :

  1. prin­cipes ecclé­sio­lo­giques et
  2. règles pra­tiques. 

Principes ecclésiologiques 

6. La divi­sion entre les Églises d’Orient et d’Occident non seule­ment n’a jamais étouf­fé le désir de l’unité vou­lue par le Christ, mais sou­vent cette situa­tion contraire à la nature de l’Église a été pour beau­coup l’occasion de prendre une conscience plus vive de la néces­si­té de réa­li­ser cette uni­té pour être fidèle au com­man­de­ment du Seigneur. 

7. Au cours des siècles diverses ten­ta­tives ont été faites pour réta­blir l’unité. Elles ont cher­ché à atteindre ce but par des voies variées, par­fois conci­liaires, selon la situa­tion poli­tique, his­to­rique, théo­lo­gique et spi­ri­tuelle de chaque époque. Malheureusement, aucun de ces efforts n’a réus­si à réta­blir la pleine com­mu­nion entre l’Église d’Occident et l’Église d’Orient, et par­fois même ils ont dur­ci les oppositions. 

8. Durant les quatre der­niers siècles, en diverses régions de l’Orient, des ini­tia­tives ont été prises, de l’intérieur de cer­taines Églises et sous l’impulsion d’éléments exté­rieurs, pour réta­blir la com­mu­nion entre l’Église d’Orient et l’Église d’Occident. Ces ini­tia­tives ont conduit à l’union de cer­taines com­mu­nau­tés avec le Siège de Rome et ont entraî­né, comme consé­quence, la rup­ture de la com­mu­nion avec leurs Églises-​mères d’Orient. Cela se pro­dui­sit non sans l’intervention d’intérêts extra-​ecclésiaux. Ainsi sont nées des Églises orien­tales catho­liques et s’est créée une situa­tion qui est deve­nue source de conflit et de souf­frances d’abord pour les ortho­doxes mais aus­si pour les catholiques. 

9. Quoi qu’il en soit de l’intention et de l’autenticité de la volon­té d’être fidèle au com­man­de­ment du Christ : « que tous soient un », expri­mées dans ces unions par­tielles avec le Siège de Rome, on doit consta­ter que le réta­blis­se­ment de l’unité entre l’Église d’Orient et l’Église d’Occident n’a pas été atteint et que la divi­sion per­siste, enve­ni­mée par ces tentatives. 

10. La situa­tion ain­si créée engen­dra en effet ten­sions et oppositions.

Progressivement, dans les décen­nies qui sui­virent ces unions, l’action mis­sion­naire ten­dit à ins­crire par­mi ses prio­ri­tés l’effort de conver­sion des autres chré­tiens, indi­vi­duel­le­ment ou en groupe, pour les faire « retour­ner » à sa propre Église. Pour légi­ti­mer cette ten­dance, source de pro­sé­ly­tisme, l’Église catho­lique déve­lop­pa la vision théo­lo­gique selon laquelle elle se pré­sen­tait elle-​même comme l’unique dépo­si­taire de salut. Par réac­tion, l’Église ortho­doxe, à son tour, en vint à épou­ser la même vision selon laquelle chez elle seule se trou­vait le salut. Pour assu­rer le salut des « frères sépa­rés », il arri­vait même qu’on rebap­ti­sât des chré­tiens, et qu’on oubliât les exi­gences de la liber­té reli­gieuse des per­sonnes et de leur acte de foi, pers­pec­tive à laquelle l’époque était peu sensible. 

11. D’un autre côté, cer­taines auto­ri­tés civiles ont fait des ten­ta­tives pour rame­ner des catho­liques orien­taux dans l’Église de leurs pères. À cette fin, elles n’hésitaient pas, si l’occasion s’en pré­sen­tait, à uti­li­ser des moyens inacceptables. 

12. À cause de la manière dont catho­liques et ortho­doxes se consi­dèrent à nou­veau dans leur rap­port au mys­tère de l’Église et se redé­couvrent comme Églises sœurs, cette forme « d’apostolat mis­sion­naire », décrite ci-​dessus, et qui a été appe­lée « unia­tisme », ne peut plus être accep­tée ni en tant que méthode à suivre, ni en tant que modèle de l’unité recher­chée par nos l’Églises. 

13. En effet, sur­tout depuis les confé­rences pan-​orthodoxes et le deuxième Concile du Vatican, la redé­cou­verte et la remise en valeur tant par les ortho­doxes que par les catho­liques, de l’Église comme com­mu­nion, ont chan­gé radi­ca­le­ment les pers­pec­tives et donc les attitudes.

De part et d’autre, on recon­naît que ce que le Christ a confié à son Église — pro­fes­sion de la foi apos­to­lique, par­ti­ci­pa­tion aux mêmes sacre­ments, sur­tout à l’unique sacer­doce célé­brant l’unique sacri­fice du Christ, suc­ces­sion apos­to­lique des évêques — ne peut être consi­dé­ré comme la pro­prié­té exclu­sive d’une de nos Églises. Dans ce contexte, il est évident que tout re-​baptême est exclu. 

14. C’est la rai­son pour laquelle l’Église catho­lique et l’Église ortho­doxe se recon­naissent mutuel­le­ment comme Églises sœurs, res­pon­sables ensemble du main­tien de l’Église de Dieu dans la fidé­li­té au des­sein divin, tout spé­cia­le­ment en ce qui concerne l’unité. Selon les paroles du Pape Jean-​Paul II, l’effort œcu­mé­nique des Églises sœurs d’Orient et d’Occident, fon­dé dans le dia­logue et la prière, recherche une com­mu­nion par­faite et totale qui ne soit ni absorp­tion ni fusion, mais ren­contre dans la véri­té et l’amour (cf. Slavorum Apostoli, n. 27). 

15. Restant ferme l’inviolable liber­té des per­sonnes et l’obligation uni­ver­selle de suivre les exi­gences de la conscience, dans l’effort pour réta­blir l’unité il ne s’agit pas de recher­cher la conver­sion des per­sonnes d’une Église à l’autre pour assu­rer leur salut. Il s’agit de réa­li­ser ensemble la volon­té du Christ pour les siens et le des­sein de Dieu sur son Église par une com­mune recherche entre Églises, d’un plein accord sur le conte­nu de la foi et ses impli­ca­tions. Cet effort est pour­sui­vi dans le dia­logue théo­lo­gique en cours. Le pré­sent docu­ment est une étape neces­saire dans ce dialogue. 

16. Les Églises orien­tales catho­liques qui ont vou­lu réta­blir la pleine com­mu­nion avec le Siège de Rome et y sont res­tées fidèles, ont les droits et obli­ga­tions qui sont liés à cette Communion dont elles font par­tie. Elles ont comme prin­cipes réglant leur atti­tude vis-​à-​vis des Églises ortho­doxes ceux qui ont été affir­més par le deuxième Concile du Vatican et ont été mis en œuvre par les Papes qui en ont pré­ci­sé les consé­quences pra­tiques en divers docu­ments publiés depuis lors. Il faut donc que ces Églises soient inté­grées, tant au niveau local qu’au niveau uni­ver­sel, au dia­logue de la cha­ri­té dans le res­pect mutuel et la confiance réci­proque retrou­vée, et qu’elles entrent dans le dia­logue théo­lo­gique avec toutes ses impli­ca­tions pratiques. 

17. Dans cette atmo­sphère, les consi­dé­ra­tions qui pré­cèdent et les règles pra­tiques qui vont suivre, dans la mesure où elles seront effec­ti­ve­ment reçues et fidè­le­ment obser­vées, sont de nature à mener à une solu­tion juste et défi­ni­tive des dif­fi­cul­tés posés par ces Églises orien­tales catho­liques à l’Église orthodoxe. 

18. À ce pro­pos, le Pape Paul VI avait affir­mé dans son dis­cours au Phanar en juillet 1967, « que c’est aux chefs des Églises, à leur hié­rar­chie, qu’il incombe de mener les Églises sur la voie qui conduit à la pleine com­mu­nion retrou­vée. Ils doivent le faire en se recon­nais­sant et en se res­pec­tant comme pas­teurs de la par­tie du trou­peau du Christ qui leur est confiée, en pre­nant soin de la cohé­sion et de la crois­sance du peuple de Dieu et en évi­tant tout ce qui pour­rait le dis­per­ser ou mettre de la confu­sion dans ses rangs » (Tomos Agapis, n° 172). Dans cet esprit, le Pape Jean-​Paul II et le Patriarche œcu­mé­nique Dimitrios Ier ont pré­ci­sé ensemble : « Nous reje­tons toute forme de pro­sé­ly­tisme, toute atti­tude qui serait ou pour­rait être per­çue comme un manque de res­pect » (7 décembre 1987) 

Règles pratiques 

19. Le res­pect mutuel entre les Églises qui se trouvent dans des situa­tions dif­fi­ciles, gran­di­ra sen­si­ble­ment dans la mesure où elles sui­vront les règles pra­tiques ci-après. 

20. Ces règles ne résou­dront pas les pro­blèmes qui nous pré­oc­cupent s’il n’y a pas d’abord dans cha­cune des par­ties une volon­té de par­don, fon­dé sur l’Évangile, et, au sein d’un effort constant de renou­veau, le désir sans cesse avi­vé de retrou­ver la pleine com­mu­nion qui a exis­té durant plus d’un mil­lé­naire entre nos Églises. C’est ici que doit inter­ve­nir avec une inten­si­té et une per­sé­vé­rance tou­jours renou­ve­lées le dia­logue de l’amour qui seul peut sur­mon­ter l’incompréhension réci­proque et qui est le cli­mat néces­saire à l’approfondissement du dia­logue théo­lo­gique qui per­met­tra de par­ve­nir à la pleine communion. 

21. La pre­mière démarche à faire est de mettre un terme à tout ce qui peut entre­te­nir la dis­corde, le mépris et la haine entre les Églises. Les auto­ri­tés de l’Église catho­lique aide­ront pour cela les Églises orien­tales catho­liques et leurs com­mu­nau­tés à pré­pa­rer elles aus­si la pleine com­mu­nion entre les Églises catho­lique et ortho­doxe. Les auto­ri­tés de l’Église ortho­doxe agi­ront d’une manière ana­logue vis-​à-​vis de leurs fidèles. Ainsi pour­ra être gérée, à la fois dans la cha­ri­té et la jus­tice, la situa­tion extrê­me­ment com­plexe qui s’est créé en Europe cen­trale et orien­tale, tant pour les catho­liques que pour les orthodoxes. 

22. L’action pas­to­rale de l’Église catho­lique tant latine qu’orientale ne tend plus à faire pas­ser les fidèles d’une Église à l’autre ; c’est-à-dire ne vise plus au pro­sé­ly­tisme par­mi les ortho­doxes. Elle vise à répondre aux besoins spi­ri­tuels de ses propres fidèles et n’a aucune volon­té d’expansion aux dépens de l’Église ortho­doxe. Dans ces pers­pec­tives, pour qu’il n’y ait plus place pour la méfiance et la sus­pi­cion, il est néces­saire qu’il y ait une infor­ma­tion réci­proque sur les divers pro­jets pas­to­raux et qu’ainsi puisse s’amorcer et se déve­lop­per une col­la­bo­ra­tion entre les évêques et tous les res­pon­sables de nos Églises. 

23. L’histoire des rela­tions entre l’Église ortho­doxe et les Églises orien­tales catho­liques a été mar­quée par des per­sé­cu­tions et des souf­frances. Quelles qu’aient été ces souf­frances et leurs causes, elles ne jus­ti­fient aucun triom­pha­lisme ; nul ne peut s’en glo­ri­fier ou en tirer argu­ment pour accu­ser ou déni­grer l’autre Église. Dieu seul connaît ses vrais témoins. Quel qu’ait été le pas­sé, il doit être lais­sé à la misé­ri­corde de Dieu, et toutes les éner­gies des Églises doivent être ten­dues à faire que le pré­sent et l’avenir soient plus conformes à la volon­té du Christ sur les siens. 

24. Il fau­dra aus­si — et cela de part et d’autre — que les évêques et tous les res­pon­sables tiennent compte scru­pu­leu­se­ment de la liber­té reli­gieuse des fidèles. Ceux-​ci doivent pou­voir expri­mer libre­ment leur opi­nion en étant consul­tés et en s’organisant à cette fin. La liber­té reli­gieuse demande, en effet, que, en par­ti­cu­lier dans les situa­tions de conflit, les fidèles puissent for­mu­ler leur option et déci­der sans pres­sion de l’extérieur s’ils veulent être en com­mu­nion soit avec l’Église ortho­doxe, soit avec l’Église catho­lique. La liber­té reli­gieuse serait vio­lée lorsque sous le cou­vert de l’aide finan­cière on atti­re­rait à soi les fidèles de l’autre Église en leur pro­met­tant, par exemple, l’éducation et les avan­tages maté­riels qui man­que­raient dans leur propre Église. Dans ce contexte, il fau­dra que l’aide sociale soit orga­ni­sée d’un com­mun accord ain­si que toute acti­vi­té phi­lan­thro­pique pour évi­ter que naissent de nou­velles suspicions. 

25. Par ailleurs, le res­pect néces­saire de la liber­té chré­tienne — l’un des dons les plus pré­cieux reçus dans le Christ — ne sau­rait deve­nir une occa­sion pour mettre en œuvre, sans consul­ta­tion préa­lable avec les diri­geants de ces Églises, un pro­jet pas­to­ral qui concerne aus­si les fidèles de ces Églises. Non seule­ment toute pres­sion, de quelque sorte qu’elle soit, est à exclure, mais le res­pect des consciences, mues par un authen­tique motif de foi, est l’un des prin­cipes gui­dant le sou­ci pas­to­ral des res­pon­sables des deux Églises et doit faire l’objet de leur consul­ta­tion (cf. Gal 5, 13). 

26. C’est pour­quoi il faut recher­cher et enga­ger un dia­logue ouvert en pre­mier lieu entre ceux qui, sur le ter­rain, ont la res­pon­sa­bi­li­té des l’Èglises. Les diri­geants de cha­cune des com­mu­nau­tés concer­nées crée­ront des com­mis­sions pari­taires locales ou ren­dront effi­caces celles qui existent pour trou­ver les solu­tions aux pro­blèmes concrets et pour faire appli­quer ces solu­tions dans la véri­té et l’amour, la jus­tice et la paix. Si l’on n’arrive pas à se mettre d’accord au niveau local, il fau­dra por­ter la ques­tion devant les ins­tances supé­rieures consti­tuées en com­mis­sions mixtes. 

27. La méfiance dis­pa­raî­trait plus faci­le­ment si les deux par­ties condam­naient la vio­lence là où des com­mu­nau­tés l’exercent contre des com­mu­nau­tés d’une Église sœur. Comme le demande Sa Sainteté le Pape Jean-​Paul II dans sa lettre du 31 mai 1991, il faut évi­ter abso­lu­ment toute vio­lence et toute espèce de pres­sion afin que soit res­pec­tée la liber­té de conscience. Il appar­tient aux diri­geants des com­mu­nau­tés d’aider leurs fidèles à appro­fon­dir leur loyau­té envers leur propre Église et envers sa tra­di­tion et de leur ensei­gner d’éviter non seule­ment la vio­lence, qu’elle soit phy­sique, ver­bale ou morale, mais tout ce qui peut mener à un mépris des autres chré­tiens et à un contre-​témoignage, bafouant l’œuvre du salut qui est récon­ci­lia­tion dans le Christ. 

28. La foi dans la réa­li­té sacra­men­telle implique que l’on res­pecte toutes les célé­bra­tions litur­giques des autres Églises. L’usage de la vio­lence pour s’emparer d’un lieu de culte contre­dit cette convic­tion. Celle-​ci, au contraire, veut qu’en cer­taines cir­cons­tances on faci­lite la célé­bra­tion des autres Églises en met­tant sa propre église à leur dis­po­si­tion par un accord per­met­tant de célé­brer alter­na­ti­ve­ment à des temps dif­fé­rents dans le même édi­fice. Plus encore l’éthique évan­gé­lique demande que l’on s’abstienne de décla­ra­tions ou de mani­fes­ta­tions sus­cep­tibles de per­pé­tuer un état conflic­tuel et de nuire au dia­logue. Saint Paul ne nous exhorte-​t-​il pas à être accueillants les uns pour les autres, comme le Christ le fut pour nous à la gloire de Dieu (cf. Rm 15, 7)? 

29. Les évêques et les prêtres ont devant Dieu le devoir de res­pec­ter l’autorité que l’Esprit Saint a don­née aux évêques et aux prêtres de l’autre Église et pour cela d’éviter de s’ingérer dans la vie spi­ri­tuelle des fidèles de cette Église. Lorsqu’une col­la­bo­ra­tion devient néces­saire pour le bien de ceux-​ci, il est alors requis que les res­pon­sables se concertent, éta­blissent pour cette entraide des bases claires, connues de tous, et agissent ensuite dans la fran­chise et la clar­té, en res­pec­tant la dis­ci­pline sacra­men­telle de l’autre Église.

Dans ce contexte, pour évi­ter tout mal­en­ten­du et pour déve­lop­per la confiance entre les deux Églises, il est néces­saire que les évêques catho­liques et ortho­doxes d’un même ter­ri­toire se consultent avant la réa­li­sa­tion de pro­jets pas­to­raux catho­liques impli­quant la créa­tion de nou­velles struc­tures dans des région rele­vant tra­di­tion­nel­le­ment de la juri­dic­tion de l’Église ortho­doxe et cela afin d’éviter des acti­vi­tés pas­to­rales paral­lèles qui ris­que­raient de deve­nir rapi­de­ment concur­rentes ou même conflictuelles. 

30. Pour pré­pa­rer l’avenir des rela­tions entre les deux Églises, en dépas­sant l’ecclésiologie péri­mée du retour à l’Église catho­lique qui a été liée au pro­blème qui fait l’objet de ce docu­ment, on don­ne­ra une atten­tion spé­ciale à la pré­pa­ra­tion des futurs prêtres et de tous ceux qui sont de quelque façon impli­qués dans une acti­vi­té apos­to­lique exer­cée là où l’autre Église est tra­di­tion­nel­le­ment enra­ci­née. Leur édu­ca­tion doit être objec­ti­ve­ment posi­tive à l’égard de l’autre Église. Tous doivent d’abord être infor­més de la suc­ces­sion apos­to­lique de l’autre Église et de l’authenticité de sa vie sacra­men­telle. De même on doit offrir à tous une pré­sen­ta­tion hon­nête et glo­bale de l’histoire, ten­dant à une his­to­rio­gra­phie concor­dante ou même com­mune des deux Églises. On aide­ra ain­si à dis­si­per les pré­ju­gés et on évi­te­ra que l’histoire soit uti­li­sée de manière polé­mique. Cette pré­sen­ta­tion fera prendre conscience que les torts de la sépa­ra­tion ont été par­ta­gés, lais­sant de part et d’autre de pro­fondes blessures. 

31. On se sou­vien­dra de la moni­tion de l’Apôtre Paul aux Corinthiens (1 Cor 6, 1–7) recom­man­dant aux chré­tiens de résoudre entre eux leurs dif­fé­rends au moyen d’un dia­logue fra­ter­nel, évi­tant ain­si de confier à l’intervention des auto­ri­tés civiles la solu­tion pra­tique des pro­blèmes qui se posent entre Églises ou com­mu­nau­tés locales. Ceci vaut en par­ti­cu­lier pour la pos­ses­sion ou la res­ti­tu­tion des biens ecclé­sias­tiques. Elles ne doivent pas être fon­dées seule­ment sur des situa­tions pas­sées ou s’appuyer uni­que­ment sur des prin­cipes juri­diques géné­raux, mais doivent aus­si tenir compte de la com­plexi­té des réa­li­tés pas­to­rales pré­sentes et des cir­cons­tances locales. 

32. C’est dans cet esprit que pour­ra être affron­tée en com­mun la ré-​évangélisation de notre monde sécu­la­ri­sé. On s’efforcera de don­ner aux mass-​media des nou­velles objec­tives, spé­cia­le­ment à la presse reli­gieuse, afin que soient évi­tées les infor­ma­tions inexactes ou tendancieuses. 

33. Il est néces­saire que les Églises s’associent pour mani­fes­ter recon­nais­sance et res­pect à tous ceux, connus et incon­nus, évêques, prêtres ou fidèles, ortho­doxes, catho­liques orien­taux ou latins — qui ont souf­fert, confes­sé leur foi et témoi­gné leur fidé­li­té à l’Église, et, en géné­ral, à tous les chré­tiens sans dis­cri­mi­na­tion qui ont subi la per­sé­cu­tion. Leurs souf­frances nous appellent à l’unité et à don­ner, à notre tour, un témoi­gnage com­mun pour répondre à la prière du Christ « que tous soient un afin que le monde croie » (Jn 17, 21).

34. La com­mis­sion mixte inter­na­tio­nale pour le dia­logue théo­lo­gique entre l’Église catho­lique et l’Église ortho­doxe, en réunion plé­nière à Balamand, recom­mande for­te­ment que ces règles pra­tiques soient mises en œuvre par nos Églises, y com­pris les Églises orien­tales catho­liques appe­lées à prendre part à ce dia­logue qui devra être pour­sui­vi dans l’atmosphère sereine néces­saire à son pro­grès, vers le réta­blis­se­ment de la pleine communion. 

35. En excluant pour l’avenir tout pro­sé­ly­tisme et toute volon­té d’expansion des catho­liques aux dépens de l’Église ortho­doxe, la com­mis­sion espère qu’elle a sup­pri­mé l’obstacle qui a pous­sé cer­taines Églises auto­cé­phales à sus­pendre leur par­ti­ci­pa­tion au dia­logue théo­lo­gique et que l’Église ortho­doxe pour­ra se retrou­ver au com­plet pour conti­nuer le tra­vail théo­lo­gique si heu­reu­se­ment commencé. 

fraternité sainte pie X