Jean-Paul II

Congrégation pour la doctrine de la foi

6 août 2000

Déclaration Dominus Jesus

Sur l'unicité et l'universalité salvifique de Jésus-Christ et de l'Eglise

Table des matières

Introduction

1. Le Seigneur Jésus, avant de mon­ter aux cieux, a trans­mis à ses dis­ciples le com­man­de­ment d’an­non­cer l’Évangile au monde entier et de bap­ti­ser toutes les nations : « Allez dans le monde entier, pro­cla­mez l’Évangile à toute la créa­tion. Celui qui croi­ra et sera bap­ti­sé, sera sau­vé ; celui qui ne croi­ra pas, sera condam­né » (Mc 16,15–16) ; « Tout pou­voir m’a été don­né au ciel et sur la terre. Allez donc, de toutes les nations faites des dis­ciples, les bap­ti­sant au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit, et leur appre­nant à obser­ver tout ce que je vous ai pres­crit. Et voi­ci que je suis avec vous pour tou­jours jus­qu’à la fin de l’âge » (Mt 28,18–20 ; voir aus­si Lc 24,46–48 ; Jn 17,18 ; 20,21 ; Ac 1,8).

La mis­sion uni­ver­selle de l’Église naît du com­man­de­ment de Jésus-​Christ et se réa­lise au long des siècles par la pro­cla­ma­tion du mys­tère de Dieu, Père, Fils et Saint-​Esprit, et du mys­tère de l’in­car­na­tion du Fils, comme évé­ne­ment sal­vi­fique pour toute l’hu­ma­ni­té. Tels sont les conte­nus fon­da­men­taux de la pro­fes­sion de foi chré­tienne : « Je crois en un seul Dieu, le Père Tout-​Puissant, Créateur du ciel et de la terre, de l’u­ni­vers visible et invi­sible. Je crois en un seul Seigneur, Jésus-​Christ le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles : Il est Dieu, né de Dieu, Lumière, né de la Lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu, engen­dré, non pas créé, de même nature que le Père, et par Lui tout a été fait. Pour nous les hommes, et pour notre salut, Il des­cen­dit du ciel ; par l’Esprit Saint, Il a pris chair de la Vierge Marie, et S’est fait homme. Crucifié pour nous sous Ponce Pilate, Il souf­frit sa pas­sion et fut mis au tom­beau. Il res­sus­ci­ta le troi­sième jour, confor­mé­ment aux Écritures, et Il mon­ta au ciel ; Il est assis à la droite du Père. Il revien­dra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts ; et son Règne n’au­ra pas de fin. Le crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie. Il pro­cède du Père et du Fils ; avec le Père et le Fils, Il reçoit même ado­ra­tion et même gloire ; Il a par­lé par les pro­phètes. Je crois en l’Église, une, sainte, catho­lique et apos­to­lique. Je recon­nais un seul bap­tême pour le par­don des péchés. J’attends la résur­rec­tion des morts, et la vie du monde à venir ».[1]

2. L’Église, au long des siècles, a pro­cla­mé l’Évangile de Jésus et lui a ren­du fidè­le­ment témoi­gnage. Cependant, au terme du second mil­lé­naire, cette mis­sion est encore loin d’être accom­plie.[2] Par consé­quent, l’ex­cla­ma­tion de l’a­pôtre Paul sur la tâche mis­sion­naire de tous les bap­ti­sés est plus que jamais d’ac­tua­li­té : « Annoncer l’Évangile en effet n’est pas pour moi un titre de gloire ; c’est une néces­si­té qui m’in­combe. Oui, mal­heur à moi si je n’an­non­çais pas l’Évangile ! » (1 Co 9,16). D’où l’at­ten­tion par­ti­cu­lière du Magistère à encou­ra­ger et à sou­te­nir la mis­sion évan­gé­li­sa­trice de l’Église, vis-​à-​vis sur­tout des tra­di­tions reli­gieuses du monde.[3]

Considérant de manière ouverte et posi­tive les valeurs dont témoignent ces tra­di­tions et qu’elles offrent à l’hu­ma­ni­té, la Déclaration conci­liaire sur les rela­tions de l’Église avec les reli­gions non chré­tiennes affirme : « L’Église catho­lique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces reli­gions. Elle consi­dère avec un res­pect sin­cère ces manières d’a­gir et de vivre, ces règles et ces doc­trines qui, quoi­qu’elles dif­fèrent en beau­coup de points de ce qu’elle-​même tient et pro­pose, cepen­dant apportent sou­vent un rayon de la véri­té qui illu­mine tous les hommes ».[4] Continuant dans la même direc­tion, la tâche ecclé­siale d’an­non­cer Jésus-​Christ, « che­min, véri­té et vie » (cf. Jn 14,6) emprunte aujourd’­hui encore la voie du dia­logue inter­re­li­gieux qui ne rem­place cer­tai­ne­ment pas la mis­sio ad gentes mais l’ac­com­pagne plu­tôt, à cause de ce « mys­tère d’u­ni­té » dont « découle que tous ceux et celles qui sont sau­vés par­ti­cipent, bien que dif­fé­rem­ment, au même mys­tère de salut en Jésus-​Christ par son Esprit ».[5] Ce dia­logue, qui fait par­tie de la mis­sion évan­gé­li­sa­trice de l’Église,[6] com­porte une atti­tude de com­pré­hen­sion et un rap­port de connais­sance réci­proque et d’en­ri­chis­se­ment mutuel, dans l’o­béis­sance à la véri­té et le res­pect de la liber­té.[7]

3. De la pra­tique et de la théo­ri­sa­tion du dia­logue entre la foi chré­tienne et les autres tra­di­tions reli­gieuses, naissent de nou­velles ques­tions ; il faut les affron­ter en par­cou­rant de nou­velles pistes d’in­ves­ti­ga­tion, en avan­çant des pro­po­si­tions et en sug­gé­rant des com­por­te­ments, qui doivent être sou­mis à un dis­cer­ne­ment atten­tif. La pré­sente Déclaration inter­vient dans cette recherche pour rap­pe­ler aux Évêques, aux théo­lo­giens et à tous les fidèles catho­liques cer­tains conte­nus doc­tri­naux essen­tiels, qui puissent aider la réflexion théo­lo­gique à décou­vrir peu à peu des solu­tions conformes aux don­nées de la foi et aptes à répondre aux défis de la culture contemporaine.

Cette Déclaration est un expo­sé en rai­son de sa fina­li­té. On n’en­tend pas y trai­ter orga­ni­que­ment la pro­blé­ma­tique de l’u­ni­ci­té et de l’u­ni­ver­sa­li­té sal­vi­fique du mys­tère de Jésus-​Christ et de l’Église, ni offrir des solu­tions à des ques­tions théo­lo­giques libre­ment dis­pu­tées. On veut plu­tôt expo­ser une nou­velle fois la doc­trine de la foi catho­lique sur ce point, en indi­quant en même temps cer­tains pro­blèmes fon­da­men­taux qui res­tent ouverts à d’ul­té­rieurs appro­fon­dis­se­ments, et réfu­ter quelques opi­nions erro­nées ou ambi­guës. Ainsi la Déclaration reprend la doc­trine ensei­gnée dans de pré­cé­dents docu­ments du Magistère, pour pro­cla­mer à nou­veau des véri­tés qui appar­tiennent au patri­moine de foi de l’Église.

4. La péren­ni­té de l’an­nonce mis­sion­naire de l’Église est aujourd’­hui mise en péril par des théo­ries rela­ti­vistes, qui entendent jus­ti­fier le plu­ra­lisme reli­gieux, non seule­ment de fac­to mais aus­si de iure (ou en tant que prin­cipe). Elles retiennent alors comme dépas­sées des véri­tés comme par exemple le carac­tère défi­ni­tif et com­plet de la révé­la­tion de Jésus-​Christ, la nature de la foi chré­tienne vis-​à-​vis des autres reli­gions, l’ins­pi­ra­tion des livres de la Sainte Écriture, l’u­ni­té per­son­nelle entre le Verbe éter­nel et Jésus de Nazareth, l’u­ni­té de l’é­co­no­mie du Verbe incar­né et du Saint-​Esprit, l’u­ni­ci­té et l’u­ni­ver­sa­li­té sal­vi­fique du mys­tère de Jésus-​Christ, la média­tion sal­vi­fique uni­ver­selle de l’Église, la non-​séparation, quoique dans la dis­tinc­tion, entre le Royaume de Dieu, le Royaume du Christ et l’Église, la sub­sis­tance de l’u­nique Église du Christ dans l’Église catholique.

Ces théo­ries s’ap­puient sur cer­tains pré­sup­po­sés de nature phi­lo­so­phique ou théo­lo­gique qui rendent dif­fi­ciles la com­pré­hen­sion et l’ac­cueil de la véri­té révé­lée. On en signa­le­ra quelques-​uns : la convic­tion que la véri­té sur Dieu est insai­sis­sable et inef­fable, même par la révé­la­tion chré­tienne ; l’at­ti­tude rela­ti­viste vis-​à-​vis de la véri­té, entraî­nant que ce qui est vrai pour cer­tains ne le serait pas pour d’autres ; l’op­po­si­tion radi­cale qu’on éta­blit entre la men­ta­li­té logique occi­den­tale et la men­ta­li­té sym­bo­lique orien­tale ; le sub­jec­ti­visme de qui, tenant la rai­son comme seule source de connais­sance, devient « inca­pable d’é­le­ver son regard vers le haut pour oser atteindre la véri­té de l’être » ;[8] la dif­fi­cul­té à per­ce­voir et com­prendre dans l’his­toire la pré­sence d’é­vé­ne­ments défi­ni­tifs et escha­to­lo­giques ; la pri­va­tion de sa dimen­sion méta­phy­sique de l’in­car­na­tion his­to­rique du Logos éter­nel et sa réduc­tion à une simple appa­ri­tion de Dieu dans l’his­toire ; l’é­clec­tisme qui, dans la recherche théo­lo­gique, prend des idées dans dif­fé­rents contextes phi­lo­so­phiques et reli­gieux, sans se sou­cier ni de leur cohé­rence sys­té­ma­tique ni de leur com­pa­ti­bi­li­té avec la véri­té chré­tienne ; la ten­dance fina­le­ment à lire et à inter­pré­ter la Sainte Écriture en dehors de la Tradition et du Magistère de l’Église.

Sur la base de ces pré­sup­po­sés adop­tés sans uni­for­mi­té, comme des affir­ma­tions pour cer­tains, comme des hypo­thèses pour d’autres, des pro­po­si­tions théo­lo­giques sont éla­bo­rées qui font perdre leur carac­tère de véri­té abso­lue et d’u­ni­ver­sa­li­té sal­vi­fique à la révé­la­tion chré­tienne et au mys­tère de Jésus-​Christ et de l’Église, ou y jettent au moins une ombre de doute et d’incertitude.

I. La révélation de Jésus-​Christ complètement définitive

5. Pour remé­dier à cette men­ta­li­té rela­ti­viste tou­jours plus répan­due, il faut réaf­fir­mer avant tout que la révé­la­tion de Jésus-​Christ est défi­ni­tive et com­plète. On doit en effet croire fer­me­ment que la révé­la­tion de la plé­ni­tude de la véri­té divine est réa­li­sée dans le mys­tère de Jésus-​Christ, Fils de Dieu incar­né, qui est « le che­min, la véri­té et la vie » (Jn 14,6) : « Nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révé­ler » (Mt 11,27) ; « Nul n’a jamais vu Dieu ; le Fils Unique-​Engendré, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître » (Jn 1,18) ; « En lui habite cor­po­rel­le­ment toute la plé­ni­tude de la divi­ni­té, et vous vous trou­vez en lui asso­ciés à sa plé­ni­tude » (Col 2,9–10).

Fidèle à la parole de Dieu, le Concile Vatican II enseigne : « La pro­fonde véri­té que cette révé­la­tion mani­feste, sur Dieu et sur le salut de l’homme, res­plen­dit pour nous dans le Christ, qui est à la fois le média­teur et la plé­ni­tude de toute la révé­la­tion ». [9] Et il pré­cise : « Jésus-​Christ donc, le Verbe fait chair, « homme envoyé aux hommes », « pro­nonce les paroles de Dieu » (Jn 3,34) et achève l’œuvre de salut que le Père lui a don­né à faire (cf. Jn 5,36 ; 17,4). C’est donc lui — le voir, c’est voir le Père (cf. Jn 14,9) — qui, par toute sa pré­sence et par la mani­fes­ta­tion qu’il fait de lui-​même par paroles et œuvres, par signes et miracles, et plus par­ti­cu­liè­re­ment par sa mort et par sa résur­rec­tion glo­rieuse d’entre les morts, par l’en­voi enfin de l’Esprit de véri­té, achève en la com­plé­tant la révé­la­tion, et la confirme encore en l’at­tes­tant divi­ne­ment […]. L’économie chré­tienne, étant l’Alliance Nouvelle et défi­ni­tive, ne pas­se­ra donc jamais et aucune nou­velle révé­la­tion publique n’est dès lors à attendre avant la mani­fes­ta­tion glo­rieuse de notre Seigneur Jésus-​Christ (cf. 1 Tm 6,14 et Tt 2,13) ».[10]

Aussi l’en­cy­clique Redemptoris mis­sio rap­pelle à l’Église la tâche de pro­cla­mer l’Évangile comme plé­ni­tude de la véri­té : « Dans cette Parole défi­ni­tive de sa révé­la­tion, Dieu s’est fait connaître en plé­ni­tude : il a dit à l’hu­ma­ni­té qui il est. Et cette révé­la­tion défi­ni­tive que Dieu fait de lui-​même est la rai­son fon­da­men­tale pour laquelle l’Église est mis­sion­naire par sa nature. Elle ne peut pas ne pas pro­cla­mer l’Évangile, c’est-​à-​dire la plé­ni­tude de la véri­té que Dieu nous a fait connaître sur lui-​même ».[11] Seule la révé­la­tion de Jésus-​Christ « fait donc entrer dans notre his­toire une véri­té uni­ver­selle et ultime, qui incite l’es­prit de l’homme à ne jamais s’ar­rê­ter ».[12]

6. Est donc contraire à la foi de l’Église la thèse qui sou­tient le carac­tère limi­té, incom­plet et impar­fait de la révé­la­tion de Jésus-​Christ, qui com­plé­te­rait la révé­la­tion pré­sente dans les autres reli­gions. La cause fon­da­men­tale de cette asser­tion est la per­sua­sion que la véri­té sur Dieu ne pour­rait être ni sai­sie ni mani­fes­tée dans sa tota­li­té et dans sa com­plé­tude par aucune reli­gion his­to­rique, par le chris­tia­nisme non plus par consé­quent, et ni même par Jésus-Christ.

Cette posi­tion contre­dit radi­ca­le­ment les pré­cé­dentes affir­ma­tions de foi selon les­quelles la révé­la­tion com­plète et défi­ni­tive du mys­tère sal­vi­fique de Dieu se réa­lise en Jésus-​Christ. Aussi, les mots, les œuvres et toute l’exis­tence his­to­rique de Jésus, quoique limi­tés en tant que réa­li­tés humaines, ont cepen­dant comme sujet la Personne divine du Verbe incar­né, « vrai­ment Dieu et vrai­ment homme » ;[13] ils portent donc en eux le carac­tère com­plet et défi­ni­tif de la révé­la­tion des voies sal­vi­fiques de Dieu, même si la pro­fon­deur du mys­tère divin en lui-​même demeure trans­cen­dante et inépui­sable. La véri­té sur Dieu n’est pas abo­lie ou réduite quand elle est expri­mée dans un lan­gage humain. Elle demeure en revanche unique, com­plète et défi­ni­tive car celui qui parle et qui agit est le Fils de Dieu incar­né. Dès lors la foi exige qu’on pro­fesse que dans tout son mys­tère, de l’in­car­na­tion à la glo­ri­fi­ca­tion, le Verbe fait chair est la source, par­ti­ci­pée mais réelle, et l’ac­com­plis­se­ment de toute révé­la­tion sal­vi­fique de Dieu à l’hu­ma­ni­té,[14] et que l’Esprit Saint, qui est l’Esprit du Christ, enseigne cette « véri­té tout entière » (Jn 16,13) aux apôtres et à tra­vers eux à l’Église de tous les temps.

7. La réponse adé­quate à la révé­la­tion divine est « « l’o­béis­sance de la foi » (Rm 1,5 ; cf. Rm 16,26 ; 2 Co 10,5–6), par laquelle l’homme s’en remet tout entier et libre­ment à Dieu dans un « com­plet hom­mage d’in­tel­li­gence et de volon­té à Dieu qui révèle » et dans un assen­ti­ment volon­taire à la révé­la­tion qu’il fait ».[15] La foi est un don de grâce : « Pour exis­ter, cette foi requiert la grâce pré­ve­nante et aidante de Dieu, ain­si que les secours inté­rieurs du Saint-​Esprit qui touche le cœur et le tourne vers Dieu, ouvre les yeux de l’es­prit et donne « à tous la dou­ceur de consen­tir et de croire à la véri­té » ».[16]

L’obéissance de la foi com­porte l’ac­cueil de la véri­té de la révé­la­tion du Christ, garan­tie par Dieu qui est la Vérité même :[17] « La foi est d’a­bord une adhé­sion per­son­nelle de l’homme à Dieu ; elle est en même temps, et insé­pa­ra­ble­ment, l’as­sen­ti­ment libre à toute la véri­té que Dieu a révé­lée ».[18] La foi par consé­quent, « don de Dieu » et « ver­tu sur­na­tu­relle infuse par lui »,[19] com­porte une double adhé­sion : à Dieu qui révèle et à la véri­té qu’il révèle, à cause de la confiance accor­dée à la per­sonne qui affirme. C’est pour cela que « nous ne devons croire en nul autre que Dieu, le Père, le Fils et le Saint-​Esprit ».[20]

On doit donc tenir fer­me­ment la dis­tinc­tion entre la foi théo­lo­gale et la croyance dans les autres reli­gions. Alors que la foi est l’ac­cueil dans la grâce de la véri­té révé­lée, qui « per­met de péné­trer le mys­tère, dont elle favo­rise une com­pré­hen­sion cohé­rente »,[21] la croyance dans les autres reli­gions est cet ensemble d’ex­pé­riences et de réflexions, tré­sors humains de sagesse et de reli­gio­si­té, que l’homme dans sa recherche de la véri­té a pen­sé et vécu, pour ses rela­tions avec le Divin et l’Absolu.[22]

Cette dis­tinc­tion n’est pas tou­jours pré­sente dans la réflexion actuelle, ce qui pro­voque sou­vent l’i­den­ti­fi­ca­tion entre la foi théo­lo­gale, qui est l’ac­cueil de la véri­té révé­lée par le Dieu Un et Trine, et la croyance dans les autres reli­gions, qui est une expé­rience reli­gieuse encore à la recherche de la véri­té abso­lue, et encore pri­vée de l’as­sen­ti­ment à Dieu qui se révèle. C’est là l’un des motifs qui tendent à réduire, voire même à annu­ler, les dif­fé­rences entre le chris­tia­nisme et les autres religions.

8. On avance aus­si l’hy­po­thèse de l’ins­pi­ra­tion des textes sacrés d’autres reli­gions. Il faut certes recon­naître que cer­tains élé­ments de ces textes sont de fait des ins­tru­ments pour que des mul­ti­tudes de per­sonnes au cours du temps aient pu, aujourd’­hui comme hier, ali­men­ter et conser­ver leur rap­port reli­gieux avec Dieu. Ainsi donc, en consi­dé­rant les manières de faire, les règles et les doc­trines des autres reli­gions, le Concile Vatican II — comme on l’a rap­pe­lé supra — affirme que : « Quoiqu’elles dif­fèrent en beau­coup de points de ce qu’elle-​même [l’Église] tient et pro­pose, cepen­dant [elles] apportent sou­vent un rayon de la véri­té qui illu­mine tous les hommes ».[23]

Néanmoins, la tra­di­tion de l’Église réserve la qua­li­fi­ca­tion de textes ins­pi­rés aux livres cano­niques de l’Ancien et du Nouveau Testament, en tant qu’ins­pi­rés par le Saint-​Esprit.[24] Recueillant cette tra­di­tion, la Constitution dog­ma­tique sur la Révélation divine du Concile Vatican II enseigne : « Notre sainte Mère l’Église, de par sa foi apos­to­lique, juge sacrés et cano­niques tous les livres tant de l’Ancien que du Nouveau Testament, avec toutes leurs par­ties, puisque, rédi­gés sous l’ins­pi­ra­tion de l’Esprit-​Saint (cf. Jn 20,31 ; 2 Tm 3,16 ; 2 Pt 1,19–21 ; 3,15–16), ils ont Dieu pour auteur et qu’ils ont été trans­mis comme tels à l’Église elle-​même ».[25] Ces livres « enseignent fer­me­ment, fidè­le­ment et sans erreur la véri­té que Dieu pour notre salut a vou­lu voir consi­gnée dans les Lettres Sacrées ». [26]

Cependant, parce qu’il veut appe­ler à lui tous les peuples en Jésus-​Christ et leur com­mu­ni­quer la plé­ni­tude de sa révé­la­tion et de son amour, Dieu ne manque pas de se rendre pré­sent de manière mul­ti­forme « non seule­ment aux indi­vi­dus mais encore aux peuples, par leurs richesses spi­ri­tuelles dont les reli­gions sont une expres­sion prin­ci­pale et essen­tielle, bien qu’elles com­portent « des lacunes, des insuf­fi­sances et des erreurs » ».[27] Par consé­quent, les livres sacrés des autres reli­gions qui de fait nour­rissent et dirigent l’exis­tence de leurs adeptes, reçoivent du mys­tère du Christ les élé­ments de bon­té et de grâce qu’ils contiennent.

II. Le logos incarné et le Saint-​Esprit dans l’œuvre du salut

9. Dans la réflexion théo­lo­gique contem­po­raine, appa­raît sou­vent la concep­tion de Jésus de Nazareth comme une figure his­to­rique par­ti­cu­lière, finie, révé­la­trice du divin mais sans exclu­sive, comme com­plé­ment d’autres pré­sences révé­la­trices et sal­vi­fiques. L’Infini, l’Absolu, le Mystère ultime de Dieu se mani­fes­te­rait ain­si à l’hu­ma­ni­té sous maintes formes et par maintes figures his­to­riques : Jésus de Nazareth serait l’une d’entre elles. Plus concrè­te­ment, il serait pour cer­tains l’un des mul­tiples visages que le Logos aurait pris au cours du temps pour com­mu­ni­quer sal­vi­fi­que­ment avec l’humanité.

En outre, pour jus­ti­fier d’une part l’u­ni­ver­sa­li­té du salut chré­tien et d’autre part le fait du plu­ra­lisme reli­gieux, on pro­pose une éco­no­mie du Verbe éter­nel, éga­le­ment valide en dehors de l’Église et sans rap­port avec elle, et une éco­no­mie du Verbe incar­né. La pre­mière aurait une valeur ajou­tée d’u­ni­ver­sa­li­té vis-​à-​vis de la seconde, limi­tée aux seuls chré­tiens, mais où la pré­sence de Dieu serait plus complète.

10. Ces thèses contrastent vive­ment avec la foi chré­tienne. On doit en effet croire fer­me­ment la doc­trine de foi qui pro­clame que Jésus de Nazareth, fils de Marie, et seule­ment lui, est le Fils et le Verbe du Père. Le Verbe, qui « au com­men­ce­ment […] était auprès de Dieu » (Jn 1,2) est celui qui « s’est fait chair » (Jn 1,14). En Jésus « le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16,16), « habite cor­po­rel­le­ment toute la plé­ni­tude de la divi­ni­té » (Col 2,9). Il est « le Fils Unique-​Engendré, qui est dans le sein du Père » (Jn 1,18), son « Fils bien-​aimé, en qui nous avons la rédemp­tion […]. Dieu s’est plu à faire habi­ter en lui toute la plé­ni­tude et par lui à récon­ci­lier tous les êtres pour lui, aus­si bien sur la terre que dans les cieux, en fai­sant la paix par le sang de sa croix » (Col 1,13–14. et 19–20).

Fidèle à la Sainte Écriture et refu­sant les inter­pré­ta­tions erro­nées et réduc­trices, le pre­mier Concile de Nicée défi­nit solen­nel­le­ment sa foi en « Jésus-​Christ le Fils de Dieu engen­dré du Père, unique engen­dré, c’est-​à-​dire de la sub­stance du Père, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engen­dré non pas créé, consub­stan­tiel au Père, par qui tout a été fait, ce qui est dans le ciel et ce qui est sur la terre, qui à cause de nous les hommes et à cause de notre salut est des­cen­du et s’est incar­né, s’est fait homme, a souf­fert et est res­sus­ci­té le troi­sième jour, est mon­té aux cieux, vien­dra juger les vivants et les morts ».[28] Suivant les ensei­gne­ments des Pères, le Concile de Chalcédoine pro­fes­sa aus­si que le « seul et même Fils, notre Seigneur Jésus-​Christ, le même par­fait en divi­ni­té, et le même par­fait en huma­ni­té, le même vrai­ment Dieu et vrai­ment homme […], consub­stan­tiel au Père selon la divi­ni­té et le même consub­stan­tiel à nous selon l’hu­ma­ni­té […], avant les siècles engen­dré du Père selon la divi­ni­té, et aux der­niers jours le même [engen­dré] pour nous et pour notre salut de la Vierge Marie, Mère de Dieu selon l’hu­ma­ni­té ».[29]

Aussi, le Concile Vatican II affirme que le Christ, « Nouvel Adam », « image du Dieu invi­sible » (Col 1,15), « est l’homme par­fait qui a res­tau­ré dans la des­cen­dance d’Adam la res­sem­blance divine, alté­rée dès le pre­mier péché […]. Agneau inno­cent, par son sang libre­ment répan­du, il nous a méri­té la vie ; et, en lui, Dieu nous a récon­ci­liés avec lui-​même et entre nous, nous arra­chant à l’es­cla­vage du diable et du péché. En sorte que cha­cun de nous peut dire avec l’a­pôtre : le Fils de Dieu « m’a aimé et il s’est livré lui-​même pour moi » (Ga 2,20) ».[30]

À cet égard, Jean-​Paul II a expli­ci­te­ment décla­ré : « Il est contraire à la foi chré­tienne d’in­tro­duire une quel­conque sépa­ra­tion entre le Verbe et Jésus-​Christ […] : Jésus est le Verbe incar­né, Personne une et indi­vi­sible […]. Le Christ n’est autre que Jésus de Nazareth, et celui-​ci est le Verbe de Dieu fait homme pour le salut de tous […]. Alors que nous décou­vrons peu à peu et que nous met­tons en valeur les dons de toutes sortes, sur­tout les richesses spi­ri­tuelles, dont Dieu a fait béné­fi­cier tous les peuples, il ne faut pas les dis­joindre de Jésus-​Christ qui est au centre du plan divin de salut ».[31]

Il est donc contraire à la foi catho­lique de sépa­rer l’ac­tion sal­vi­fique du Logos en tant que tel de celle du Verbe fait chair. Par l’in­car­na­tion, toutes les actions sal­vi­fiques que le Verbe de Dieu opère sont tou­jours réa­li­sées avec la nature humaine qu’il a assu­mée pour le salut de tous les hommes. L’unique sujet agis­sant dans les deux natures, divine et humaine, est la per­sonne unique du Verbe.[32]

Elle n’est donc pas com­pa­tible avec la doc­trine de l’Église la théo­rie qui attri­bue une acti­vi­té sal­vi­fique au Logos comme tel dans sa divi­ni­té, qui s’exer­ce­rait « plus loin » et « au delà » de l’hu­ma­ni­té du Christ, même après l’in­car­na­tion.[33]

11. Il faut pareille­ment croire fer­me­ment la doc­trine de foi sur l’u­ni­ci­té de l’é­co­no­mie sal­vi­fique vou­lue par le Dieu Un et Trine. Cette éco­no­mie a comme source et comme centre le mys­tère de l’in­car­na­tion du Verbe, média­teur de la grâce divine pour la créa­tion et pour la rédemp­tion (cf. Col 1,15–20), regrou­pant toutes choses (cf. Ep 1,10), « deve­nu pour nous sagesse, jus­tice, sanc­ti­fi­ca­tion et rédemp­tion » (1 Co 1,30). Le mys­tère du Christ en effet a une uni­té intrin­sèque, de l’é­lec­tion éter­nelle en Dieu jus­qu’à la parou­sie : « [Le Père] nous a élus en lui, dès avant la fon­da­tion du monde, pour être saints et imma­cu­lés en sa pré­sence, dans l’a­mour » (Ep 1,4) ; « En lui encore […] nous avons été mis à part, dési­gnés d’a­vance, selon le plan pré­éta­bli de celui qui mène toutes choses au gré de sa volon­té » (Ep 1,11) ; « Car ceux que d’a­vance il [le Père] a dis­cer­nés, il les a aus­si pré­des­ti­nés à repro­duire l’i­mage de son Fils, afin qu’il soit l’aî­né d’une mul­ti­tude de frères ; et ceux qu’il a pré­des­ti­nés, il les a aus­si appe­lés, ceux qu’il a appe­lés, il les a aus­si jus­ti­fiés ; ceux qu’il a jus­ti­fiés, il les a aus­si glo­ri­fiés » (Rm 8, 29–30).

Le Magistère de l’Église, fidèle à la révé­la­tion divine, confirme que Jésus-​Christ est le média­teur et rédemp­teur uni­ver­sel : « Le Verbe de Dieu, par qui tout a été fait, s’est lui-​même fait chair, afin que, homme par­fait, il sauve tous les hommes et réca­pi­tule toutes choses en lui […]. C’est lui [le Seigneur] que le Père a res­sus­ci­té d’entre les morts, a exal­té et a fait sié­ger à sa droite, le consti­tuant juge des vivants et des morts ». [34] Cette média­tion sal­vi­fique implique aus­si l’u­ni­ci­té du sacri­fice rédemp­teur du Christ, prêtre sou­ve­rain et éter­nel (cf. He 6,20 ; 9,11 ; 10,12–14).

12. D’autres envi­sagent encore l’hy­po­thèse d’une éco­no­mie de l’Esprit Saint au carac­tère plus uni­ver­sel que celle du Verbe incar­né, cru­ci­fié et res­sus­ci­té. Cette affir­ma­tion aus­si est contraire à la foi catho­lique, qui consi­dère en revanche l’in­car­na­tion sal­vi­fique du Verbe comme un évé­ne­ment tri­ni­taire. Dans le Nouveau Testament le mys­tère de Jésus, Verbe incar­né, consti­tue le lieu de la pré­sence du Saint-​Esprit et le prin­cipe de son effu­sion sur l’hu­ma­ni­té non seule­ment aux temps mes­sia­niques (cf. Ac 2,32–36 ; Jn 7,39 ; 20,22 ; 1 Co 15,45), mais aus­si à l’é­poque pré­cé­dant la venue du Christ dans l’his­toire (cf. 1 Co 10,4 ; 1 Pt 1,10–12).

Le Concile Vatican II a rap­pe­lé cette véri­té fon­da­men­tale à la conscience de foi de l’Église. Dans l’ex­po­si­tion du plan sal­vi­fique du Père sur toute l’hu­ma­ni­té, le Concile relie immé­dia­te­ment et stric­te­ment le mys­tère du Christ et le mys­tère de l’Esprit.[35] Tout le tra­vail d’é­di­fi­ca­tion de l’Église par Jésus-​Christ Tête au cours des siècles est décrit comme réa­li­sé en com­mu­nion avec son Esprit.[36]

En outre, l’ac­tion sal­vi­fique de Jésus-​Christ, avec et par son Esprit, s’é­tend à toute l’hu­ma­ni­té, au delà des fron­tières visibles de l’Église. Traitant du mys­tère pas­cal, où le Christ asso­cie déjà main­te­nant le croyant à sa vie dans l’Esprit et lui donne l’es­pé­rance de la résur­rec­tion, le Concile affirme : « Et cela ne vaut pas seule­ment pour ceux qui croient au Christ, mais bien pour tous les hommes de bonne volon­té, dans le cœur des­quels, invi­si­ble­ment, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la voca­tion der­nière de l’homme est réel­le­ment unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la pos­si­bi­li­té d’être asso­cié au mys­tère pas­cal ».[37]

Le lien entre le mys­tère sal­vi­fique du Verbe fait chair et celui de l’Esprit est donc clair, qui en fin de compte intro­duit la ver­tu sal­vi­fique du Fils incar­né dans la vie de tous les hommes, appe­lés par Dieu à une même fin, qu’ils aient pré­cé­dé his­to­ri­que­ment le Verbe fait homme ou qu’ils vivent après sa venue dans l’his­toire : l’Esprit du Père, que le Fils donne sans mesure (cf. Jn 3,34) les anime tous.

Pour cette rai­son le Magistère récent de l’Église a fer­me­ment et clai­re­ment rap­pe­lé la véri­té sur l’u­nique éco­no­mie divine : « La pré­sence et l’ac­ti­vi­té de l’Esprit ne concernent pas seule­ment les indi­vi­dus, mais la socié­té et l’his­toire, les peuples, les cultures, les reli­gions […]. Le Christ res­sus­ci­té agit désor­mais dans le cœur des hommes par la puis­sance de son Esprit […]. C’est encore l’Esprit qui répand les « semences du Verbe », pré­sentes dans les rites et les cultures, et les pré­pare à leur matu­ra­tion dans le Christ ».[38] Tout en recon­nais­sant le rôle historico-​salvifique de l’Esprit dans l’u­ni­vers entier et dans toute l’his­toire,[39] le Magistère pré­cise cepen­dant : « Ce même Esprit a agi dans l’in­car­na­tion, dans la vie, la mort et la résur­rec­tion de Jésus, et il agit dans l’Église. Il ne se sub­sti­tue donc pas au Christ, et il ne rem­plit pas une sorte de vide, comme, sui­vant une hypo­thèse par­fois avan­cée, il en exis­te­rait entre le Christ et le Logos. Ce que l’Esprit fait dans le cœur des hommes et dans l’his­toire des peuples, dans les cultures et les reli­gions, rem­plit une fonc­tion de pré­pa­ra­tion évan­gé­lique et cela ne peut pas être sans rela­tion au Christ, le Verbe fait chair par l’ac­tion de l’Esprit, « afin que, homme par­fait, il sauve tous les hommes et réca­pi­tule toutes choses en lui » ».[40]

En conclu­sion, l’Esprit n’a­git pas à côté ou en dehors du Christ. Il n’y a qu’une seule éco­no­mie sal­vi­fique du Dieu Un et Trine, réa­li­sée dans le mys­tère de l’in­car­na­tion, mort et résur­rec­tion du Fils de Dieu, mise en œuvre avec la coopé­ra­tion du Saint-​Esprit et élar­gie dans sa por­tée sal­vi­fique à l’hu­ma­ni­té entière et à l’u­ni­vers : « Les hommes ne peuvent donc entrer en com­mu­nion avec Dieu que par le Christ, sous l’ac­tion de l’Esprit ».[41]

III. Unicité et universalité du mystère salvifique de Jésus-Christ

On répète aus­si sou­vent la néga­tion de l’u­ni­ci­té et de l’u­ni­ver­sa­li­té du mys­tère sal­vi­fique de Jésus-​Christ. Cette posi­tion n’a aucun sup­port biblique. Il faut en effet croire fer­me­ment, comme un élé­ment per­ma­nent de la foi de l’Église, la véri­té sur Jésus-​Christ, Fils de Dieu, Seigneur et unique sau­veur, qui par son incar­na­tion, sa mort et sa résur­rec­tion a accom­pli l’his­toire du salut, dont il est la plé­ni­tude et le centre.

Le Nouveau Testament en témoigne clai­re­ment : « Le Père a envoyé son Fils comme sau­veur du monde » (1 Jn 4,14) ; « Voici l’a­gneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29). Dans son dis­cours devant le san­hé­drin, pour jus­ti­fier la gué­ri­son de l’im­po­tent de nais­sance réa­li­sée au nom de Jésus (cf. Ac 3,1–8), Pierre pro­clame : « Il n’y a pas sous le ciel d’autre nom don­né aux hommes, par lequel nous devions être sau­vés » (Ac 4,12). Le même apôtre ajoute en outre que Jésus-​Christ est « le Seigneur de tous » ; il est « le juge éta­bli par Dieu pour les vivants et les morts » ; et donc « qui­conque croit en lui rece­vra, par son nom, la rémis­sion de ses péchés » (Ac 10,36.42.43).

S’adressant à la com­mu­nau­té de Corinthe, Paul écrit : « Bien qu’il y ait, soit au ciel, soit sur la terre, de pré­ten­dus dieux — et de fait il y a quan­ti­té de dieux et quan­ti­té de sei­gneurs —, pour nous en tous cas, il n’y a qu’un seul Dieu, le Père, de qui viennent toutes choses et vers qui nous allons, et un seul Seigneur, Jésus-​Christ, par qui viennent toutes choses et par qui nous allons » (1 Co 8,5–6). L’apôtre Jean affirme aus­si : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a don­né son Fils, l’Unique-​Engendré, afin que qui­conque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éter­nelle. Car Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde mais pour que le monde soit sau­vé par son entre­mise » (Jn 3,16–17). Dans le Nouveau Testament, la volon­té sal­vi­fique uni­ver­selle de Dieu est stric­te­ment reliée à la média­tion unique du Christ : « [Dieu] veut que tous les hommes soient sau­vés et par­viennent à la connais­sance de la véri­té. Car Dieu est unique, unique aus­si le média­teur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-​même, qui s’est livré en ran­çon pour tous » (1 Tm 2,4–6).

Parce que conscients du don de salut unique et uni­ver­sel offert par le Père en Jésus-​Christ dans l’Esprit (cf. Ep 1,3–14), les pre­miers chré­tiens se sont tour­nés vers Israël pour lui mon­trer l’ac­com­plis­se­ment du salut au delà de la Loi. Ils se sont ensuite adres­sés au monde païen d’a­lors, qui aspi­rait au salut par une plu­ra­li­té de dieux sau­veurs. Cet héri­tage de foi a été récem­ment pro­po­sé à nou­veau par le Magistère de l’Église : « L’Église, quant à elle, croit que le Christ, mort et res­sus­ci­té pour tous (cf. 2 Co 5,15), offre à l’homme, par son Esprit, lumière et forces pour répondre à sa très haute voca­tion. Elle croit qu’il n’est pas d’autre nom don­né aux hommes par lequel ils doivent être sau­vés (cf. Ac 4,12). Elle croit aus­si que la clé, le centre et la fin de toute his­toire humaine se trouve en son Seigneur et Maître ».[42]

14. Il faut donc croire fer­me­ment comme véri­té de foi catho­lique que la volon­té sal­vi­fique uni­ver­selle du Dieu Un et Trine est mani­fes­tée et accom­plie une fois pour toutes dans le mys­tère de l’in­car­na­tion, mort et résur­rec­tion du Fils de Dieu.

Compte tenu de cette don­née de foi, la théo­lo­gie d’au­jourd’­hui, lors­qu’elle médite sur la pré­sence d’autres expé­riences reli­gieuses et sur leur signi­fi­ca­tion dans le plan sal­vi­fique de Dieu, est invi­tée à exa­mi­ner les aspects et les élé­ments posi­tifs de ces reli­gions : entrent-​ils dans le plan divin de salut ? Comment ? La recherche théo­lo­gique trouve dans cette réflexion un vaste champ de tra­vail sous la direc­tion du Magistère de l’Église. Le Concile Vatican II a d’ailleurs affir­mé que « l’u­nique média­tion du Rédempteur n’ex­clut pas, mais sus­cite au contraire une coopé­ra­tion variée de la part des créa­tures, en dépen­dance de l’u­nique source ».[43] Il faut élu­ci­der le conte­nu de cette média­tion par­ti­ci­pée, qui doit res­ter gui­dée par le prin­cipe de l’u­nique média­tion du Christ : « Le concours de média­tions de types et d’ordres divers n’est pas exclu, mais celles-​ci tirent leur sens et leur valeur uni­que­ment de celle du Christ, et elles ne peuvent être consi­dé­rées comme paral­lèles ou com­plé­men­taires ».[44] Les solu­tions qui envi­sa­ge­raient une action sal­vi­fique de Dieu hors de l’u­nique média­tion du Christ seraient contraires à la foi chré­tienne et catholique.

15. On se pro­pose sou­vent d’é­vi­ter en théo­lo­gie des termes comme « uni­ci­té », « uni­ver­sa­li­té », « abso­lu », parce qu’ils don­ne­raient l’im­pres­sion d’une insis­tance exces­sive sur le sens et la valeur de l’é­vé­ne­ment sal­vi­fique de Jésus-​Christ vis-​à-​vis des autres reli­gions. Or, ce lan­gage exprime en fin de compte la fidé­li­té à la révé­la­tion, car il est un déve­lop­pe­ment : il pro­vient des sources mêmes de la foi. La com­mu­nau­té des croyants a en effet immé­dia­te­ment recon­nu la ver­tu sal­vi­fique spé­ci­fique de Jésus : par cette ver­tu, lui seul, comme Fils de Dieu fait homme cru­ci­fié et res­sus­ci­té, donne la révé­la­tion (cf. Mt 11,27) et la vie divine (cf. Jn 1,12 ; 5,25–26 ; 17,2) à toute l’hu­ma­ni­té et à chaque homme par la mis­sion reçue du Père et dans la puis­sance du Saint-Esprit.

Dans cette mesure, on peut et on doit dire que Jésus-​Christ a une fonc­tion unique et sin­gu­lière pour le genre humain et pour son his­toire : cette fonc­tion lui est propre, elle est exclu­sive, uni­ver­selle et abso­lue. Jésus est en effet le Verbe de Dieu fait homme pour le salut de tous. Recueillant cette conscience de foi, le Concile Vatican II enseigne : « Le Verbe de Dieu, par qui tout a été fait, s’est lui-​même fait chair, afin que, homme par­fait, il sauve tous les hommes et réca­pi­tule toutes choses en lui. Le Seigneur est le terme de l’his­toire humaine, le point vers lequel convergent tous les dési­rs de l’his­toire et de la civi­li­sa­tion, le centre du genre humain, la joie de tous les cœurs et la plé­ni­tude de leurs aspi­ra­tions. C’est lui que le Père a res­sus­ci­té d’entre les morts, a exal­té et fait sié­ger à sa droite, le consti­tuant juge des vivants et des morts ».[45] « C’est pré­ci­sé­ment ce carac­tère unique du Christ qui lui confère une por­tée abso­lue et uni­ver­selle par laquelle, étant dans l’his­toire, il est le centre et la fin de l’his­toire elle-​même : « Je suis l’Alpha et l’Oméga, le Premier et le Dernier, le Principe et la Fin » (Ap 22,13) ».[46]

IV. Unicité et unité de l’Eglise

16. Le Seigneur Jésus, unique sau­veur, n’a pas sim­ple­ment éta­bli une com­mu­nau­té de dis­ciples mais il a consti­tué l’Église comme mys­tère de salut : il est lui-​même dans l’Église et l’Église est en lui (cf. Jn 15,1ss. ; Ga 3,28 ; Ep 4,15–16 ; Ac 9,5) ; c’est pour­quoi la plé­ni­tude du mys­tère sal­vi­fique du Christ appar­tient aus­si à l’Église, insé­pa­ra­ble­ment unie à son Seigneur. La pré­sence et l’œuvre de salut de Jésus-​Christ conti­nuent en effet dans l’Église et à tra­vers l’Église (cf. Col 1,24–27),[47] qui est son Corps (cf. 1 Co 12,12–13.27 ; Col 1,18).[48] Et comme la tête et les membres d’un corps vivant sont insé­pa­rables mais dis­tincts, le Christ et l’Église ne peuvent être ni confon­dus ni sépa­rés et forment un seul « Christ total ».[49] Cette non-​séparation est aus­si expri­mée dans le Nouveau Testament par l’a­na­lo­gie de l’Église comme Épouse du Christ (cf. 2 Co 11,2 ; Ep 5,25–29 ; Ap 21,2.9).[50]

Par consé­quent, compte tenu de l’u­ni­ci­té et de l’u­ni­ver­sa­li­té de la média­tion sal­vi­fique de Jésus-​Christ, on doit croire fer­me­ment comme véri­té de foi catho­lique en l’u­ni­ci­té de l’Église fon­dée par le Christ. Tout comme il existe un seul Christ, il n’a qu’un seul Corps, une seule Épouse : une « seule et unique Église catho­lique et apos­to­lique ».[51] De plus, les pro­messes du Seigneur de ne jamais aban­don­ner son Église (cf. Mt 16,18 ; 28,20) et de la gui­der par son Esprit (cf. Jn 16,13) impliquent, selon la foi catho­lique, que l’u­ni­ci­té et l’u­ni­té, comme tout ce qui appar­tient à l’in­té­gri­té de l’Église, ne feront jamais défaut.[52]

Les fidèles sont tenus de pro­fes­ser qu’il existe une conti­nui­té his­to­rique — fon­dée sur la suc­ces­sion apos­to­lique[53] — entre l’Église ins­ti­tuée par le Christ et l’Église catho­lique : « C’est là l’u­nique Église du Christ […] que notre sau­veur, après sa résur­rec­tion, remit à Pierre pour qu’il en soit le pas­teur (cf. Jn 21,17), qu’il lui confia, à lui et aux autres apôtres, pour la répandre et la diri­ger (cf. Mt 28,18ss.), et dont il a fait pour tou­jours la « colonne et le fon­de­ment de la véri­té » (1 Tm 3,15). Cette Église comme socié­té consti­tuée et orga­ni­sée en ce monde, c’est dans l’Église catho­lique qu’elle se trouve [sub­sis­tit in], gou­ver­née par le suc­ces­seur de Pierre et les Évêques qui sont en com­mu­nion avec lui ».[54] Par l’ex­pres­sion sub­sis­tit in, le Concile Vatican II a vou­lu pro­cla­mer deux affir­ma­tions doc­tri­nales : d’une part, que mal­gré les divi­sions entre chré­tiens, l’Église du Christ conti­nue à exis­ter en plé­ni­tude dans la seule Église catho­lique ; d’autre part, « que des élé­ments nom­breux de sanc­ti­fi­ca­tion et de véri­té sub­sistent hors de ses struc­tures »,[55] c’est-​à-​dire dans les Églises et Communautés ecclé­siales qui ne sont pas encore en pleine com­mu­nion avec l’Église catho­lique.[56] Mais il faut affir­mer de ces der­nières que leur « force dérive de la plé­ni­tude de grâce et de véri­té qui a été confiée à l’Église catho­lique ».[57]

17. Il existe donc un’u­nique Église du Christ, qui sub­siste dans l’Église catho­lique, gou­ver­née par le suc­ces­seur de Pierre et les Évêques en com­mu­nion avec lui.[58] Les Églises qui, quoique sans com­mu­nion par­faite avec l’Église catho­lique, lui res­tent cepen­dant unies par des liens très étroits comme la suc­ces­sion apos­to­lique et l’Eucharistie valide, sont de véri­tables Églises par­ti­cu­lières.[59] Par consé­quent, l’Église du Christ est pré­sente et agis­sante dans ces Églises, mal­gré l’ab­sence de la pleine com­mu­nion avec l’Église catho­lique, pro­vo­quée par leur non-​acceptation de la doc­trine catho­lique du Primat, que l’Évêque de Rome, d’une façon objec­tive, pos­sède et exerce sur toute l’Église confor­mé­ment à la volon­té divine.[60]

En revanche, les Communautés ecclé­siales qui n’ont pas conser­vé l’é­pis­co­pat valide et la sub­stance authen­tique et inté­grale du mys­tère eucha­ris­tique,[61] ne sont pas des Églises au sens propre ; tou­te­fois, les bap­ti­sés de ces Communautés sont incor­po­rés au Christ par le bap­tême et se trouvent donc dans une cer­taine com­mu­nion bien qu’im­par­faite avec l’Église.[62] Le bap­tême en effet tend en soi à l’ac­qui­si­tion de la plé­ni­tude de la vie du Christ, par la totale pro­fes­sion de foi, l’Eucharistie et la pleine com­mu­nion dans l’Église.[63]

« Aussi n’est-​il pas per­mis aux fidèles d’i­ma­gi­ner que l’Église du Christ soit sim­ple­ment un ensemble — divi­sé certes, mais conser­vant encore quelque uni­té — d’Églises et de Communautés ecclé­siales ; et ils n’ont pas le droit de tenir que cette Église du Christ ne sub­siste plus nulle part aujourd’­hui de sorte qu’il faille la tenir seule­ment pour une fin à recher­cher par toutes les Églises en com­mun ».[64] En effet, « les élé­ments de cette Église déjà don­née existent, unis dans toute leur plé­ni­tude, dans l’Église catho­lique et, sans cette plé­ni­tude, dans les autres Communautés ».[65] « En consé­quence, ces Églises et Communautés sépa­rées, bien que nous les croyions souf­frir de défi­ciences, ne sont nul­le­ment dépour­vues de signi­fi­ca­tion et de valeur dans le mys­tère du salut. L’Esprit du Christ, en effet, ne refuse pas de se ser­vir d’elles comme de moyens de salut, dont la force dérive de la plé­ni­tude de grâce et de véri­té qui a été confiée à l’Église catho­lique ».[66]

Le manque d’u­ni­té entre les chré­tiens est certes une bles­sure pour l’Église, non pas comme pri­va­tion de son uni­té, mais « en tant qu’obs­tacle pour la réa­li­sa­tion pleine de son uni­ver­sa­li­té dans l’his­toire ».[67]

V. Église, Royaume de Dieu et Royaume du Christ

18. La mis­sion de l’Église est « d’an­non­cer le Royaume du Christ et de Dieu et de l’ins­tau­rer dans toutes les nations, for­mant de ce Royaume le germe et le com­men­ce­ment sur la terre ».[68] D’un côté, l’Église est « sacre­ment, c’est-​à-​dire à la fois le signe et le moyen de l’u­nion intime avec Dieu et de l’u­ni­té de tout le genre humain ».[69] Elle est donc signe et ins­tru­ment du Royaume : appe­lée à l’an­non­cer et à l’ins­tau­rer. De l’autre côté, l’Église est le « peuple qui tire son uni­té de l’u­ni­té du Père et du Fils et de l’Esprit Saint » ;[70] elle est ain­si « le règne du Christ déjà mys­té­rieu­se­ment pré­sent »,[71] puis­qu’elle en consti­tue le germe et le prin­cipe. Le Royaume de Dieu a en effet une dimen­sion escha­to­lo­gique : c’est une réa­li­té pré­sente dans le temps, mais elle ne se réa­li­se­ra plei­ne­ment qu’à la fin ou accom­plis­se­ment de l’his­toire.[72]

À par­tir des textes bibliques et des témoi­gnages patris­tiques, comme des docu­ments du Magistère de l’Église, on ne déduit une accep­tion uni­voque ni pour Royaume des Cieux, Royaume de Dieu et Royaume du Christ ni pour leur rap­port avec l’Église, elle-​même mys­tère irré­duc­tible à un concept humain. Diverses expli­ca­tions théo­lo­giques peuvent donc exis­ter sur ces pro­blèmes. Cependant, aucune de ces expli­ca­tions pos­sibles ne doit refu­ser ou réduire à néant le lien étroit entre le Christ, le Royaume et l’Église. En effet, le « Royaume de Dieu tel que nous le connais­sons par la Révélation » ne peut être sépa­ré « ni du Christ ni de l’Église […]. Si l’on détache le Royaume de Jésus, on ne prend plus en consi­dé­ra­tion le Royaume de Dieu qu’il a révé­lé, et l’on finit par alté­rer le sens du Royaume, qui risque de se trans­for­mer en un objec­tif pure­ment humain ou idéo­lo­gique, et alté­rer aus­si l’i­den­ti­té du Christ, qui n’ap­pa­raît plus comme le Seigneur à qui tout doit être sou­mis (cf. 1 Co 15,27). De même, on ne peut dis­joindre le Royaume et l’Église. Certes, l’Église n’est pas à elle-​même sa propre fin, car elle est ordon­née au Royaume de Dieu dont elle est germe, signe et ins­tru­ment. Mais, alors qu’elle est dis­tincte du Christ et du Royaume, l’Église est unie indis­so­lu­ble­ment à l’un et à l’autre ».[73]

19. Affirmer l’u­nion insé­pa­rable entre Église et Royaume ne signi­fie cepen­dant pas que le Royaume de Dieu — même consi­dé­ré dans sa phase his­to­rique — s’i­den­ti­fie avec l’Église dans sa réa­li­té visible et sociale. On ne doit pas oublier « l’ac­tion du Christ et de l’Esprit Saint hors des limites visibles de l’Église ».[74] On doit donc gar­der en mémoire que « le Royaume concerne les per­sonnes humaines, la socié­té, le monde entier. Travailler pour le Royaume signi­fie recon­naître et favo­ri­ser le dyna­misme divin qui est pré­sent dans l’his­toire humaine et la trans­forme. Construire le Royaume signi­fie tra­vailler pour la libé­ra­tion du mal dans toutes ses formes. En un mot, le Royaume de Dieu est la mani­fes­ta­tion et la réa­li­sa­tion de son des­sein de salut dans sa plé­ni­tude ».[75]

En consi­dé­rant les rap­ports entre le Royaume de Dieu, le Royaume du Christ et l’Église, il est de toute manière néces­saire d’é­vi­ter des for­mu­la­tions uni­la­té­rales comme ces « concep­tions qui mettent déli­bé­ré­ment l’ac­cent sur le Royaume et se défi­nissent comme « régno­cen­triques » ; elles mettent en avant l’i­mage d’une Église qui ne pense pas à elle-​même, mais se pré­oc­cupe seule­ment de témoi­gner du Royaume et de le ser­vir. C’est une « Église pour les autres » dit-​on, comme le Christ est « l’homme pour les autres » […]. À côté d’as­pects posi­tifs, ces concep­tions com­portent sou­vent des aspects néga­tifs. D’abord, elles gardent le silence sur le Christ : le Royaume dont elles parlent se fonde sur un « théo­cen­trisme », parce que — dit-​on — le Christ ne peut pas être com­pris par ceux qui n’ont pas la foi chré­tienne, alors que les peuples, les cultures et les diverses reli­gions peuvent se ren­con­trer autour de l’u­nique réa­li­té divine, quel que soit son nom. Pour le même motif, elles pri­vi­lé­gient le mys­tère de la créa­tion qui se reflète dans la diver­si­té des cultures et des convic­tions, mais elles se taisent sur le mys­tère de la rédemp­tion. En outre, le Royaume tel qu’elles l’en­tendent, finit par mar­gi­na­li­ser ou sous-​estimer l’Église, par réac­tion à un « ecclé­sio­cen­trisme » sup­po­sé du pas­sé et parce qu’elles ne consi­dèrent l’Église elle-​même que comme un signe, d’ailleurs non dépour­vu d’am­bi­guï­té ».[76] Ces thèses sont contraires à la foi catho­lique parce qu’elles nient l’u­ni­ci­té de rap­port du Christ et de l’Église avec le Royaume de Dieu.

VI. L’Église et les religions face au salut

20. Ce qui a été jus­qu’i­ci rap­pe­lé impose néces­sai­re­ment des étapes au che­min que la théo­lo­gie doit par­cou­rir pour élu­ci­der le rap­port de l’Église et des reli­gions avec le salut.

On doit avant tout croire fer­me­ment que l”« Église en marche sur la terre est néces­saire au salut. Seul, en effet, le Christ est média­teur et voie de salut : or, il nous devient pré­sent en son Corps qui est l’Église ; et en nous ensei­gnant expres­sé­ment la néces­si­té de la foi et du bap­tême (cf. Mc 16,16 ; Jn 3,5), c’est la néces­si­té de l’Église elle-​même, dans laquelle les hommes entrent par la porte du bap­tême, qu’il nous a confir­mée en même temps ».[77] Cette doc­trine ne doit pas être oppo­sée à la volon­té sal­vi­fique uni­ver­selle de Dieu (cf. 1 Tm 2,4) ; aus­si, « il est néces­saire de tenir ensemble ces deux véri­tés, à savoir la pos­si­bi­li­té réelle du salut dans le Christ pour tous les hommes et la néces­si­té de l’Église pour le salut ».[78]

L’Église est « sacre­ment uni­ver­sel de salut »,[79] parce que, de manière mys­té­rieuse et subor­don­née, tou­jours unie à Jésus-​Christ sau­veur, sa Tête, elle a dans le des­sein de Dieu un lien irrem­pla­çable avec le salut de tout homme.[80] Pour ceux qui ne sont pas for­mel­le­ment et visi­ble­ment membres de l’Église, « le salut du Christ est acces­sible en ver­tu d’une grâce qui, tout en ayant une rela­tion mys­té­rieuse avec l’Église, ne les y intro­duit pas for­mel­le­ment mais les éclaire d’une manière adap­tée à leur état d’es­prit et à leur cadre de vie. Cette grâce vient du Christ, elle est le fruit de son sacri­fice et elle est com­mu­ni­quée par l’Esprit Saint ».[81] Elle est liée à l’Église, qui « tire son ori­gine de la mis­sion du Fils et de la mis­sion du Saint-​Esprit, selon le des­sein de Dieu le Père ».[82]

21. Sur la moda­li­té de trans­mis­sion aux non-​chrétiens de la grâce sal­vi­fique de Dieu, tou­jours don­née par le Christ en l’Esprit et dans un rap­port mys­té­rieux avec l’Église, le Concile Vatican II s’est conten­té d’af­fir­mer que Dieu la donne « par des voies connues de lui ».[83] La théo­lo­gie cherche à appro­fon­dir cette idée. Ce tra­vail théo­lo­gique doit être encou­ra­gé, parce qu’il sert sans aucun doute à une meilleure com­pré­hen­sion des des­seins sal­vi­fiques de Dieu et des formes de leur réa­li­sa­tion. Cependant, d’a­près ce qui a été rap­pe­lé jus­qu’i­ci sur la média­tion de Jésus-​Christ et sur la « rela­tion sin­gu­lière et unique »[84] entre l’Église et le Royaume de Dieu par­mi les hommes — qui est en sub­stance le Royaume du Christ sau­veur uni­ver­sel —, il serait clai­re­ment contraire à la foi catho­lique de consi­dé­rer l’Église comme un che­min de salut par­mi d’autres. Les autres reli­gions seraient com­plé­men­taires à l’Église, lui seraient même sub­stan­tiel­le­ment équi­va­lentes, bien que conver­geant avec elle vers le Royaume escha­to­lo­gique de Dieu.

Certes, les dif­fé­rentes tra­di­tions reli­gieuses contiennent et pro­posent des élé­ments de reli­gio­si­té qui pro­cèdent de Dieu,[85] et font par­tie de « ce que l’Esprit fait dans le cœur des hommes et dans l’his­toire des peuples, dans les cultures et les reli­gions ».[86] De fait, cer­taines prières et cer­tains rites des autres reli­gions peuvent assu­mer un rôle de pré­pa­ra­tion évan­gé­lique, en tant qu’oc­ca­sions ou ensei­gne­ments encou­ra­geant le cœur des hommes à s’ou­vrir à l’ac­tion divine.[87] On ne peut cepen­dant leur attri­buer l’o­ri­gine divine et l’ef­fi­ca­ci­té sal­vi­fique ex opere ope­ra­to qui sont propres aux sacre­ments chré­tiens.[88] Par ailleurs, on ne peut igno­rer que d’autres rites naissent de super­sti­tions ou d’er­reurs sem­blables (cf. 1 Co 10,20–21) et consti­tuent plu­tôt un obs­tacle au salut.[89]

22. Avec l’a­vè­ne­ment de Jésus-​Christ sau­veur, Dieu a vou­lu que l’Église par lui fon­dée fût l’ins­tru­ment du salut de toute l’hu­ma­ni­té (cf. Ac 17,30–31).[90] Cette véri­té de foi n’en­lève rien à la consi­dé­ra­tion res­pec­tueuse et sin­cère de l’Église pour les reli­gions du monde, mais en même temps, elle exclut radi­ca­le­ment la men­ta­li­té indif­fé­ren­tiste « impré­gnée d’un rela­ti­visme reli­gieux qui porte à consi­dé­rer que « toutes les reli­gions se valent » ».[91] S’il est vrai que les adeptes d’autres reli­gions peuvent rece­voir la grâce divine, il n’est pas moins cer­tain qu’objec­ti­ve­ment ils se trouvent dans une situa­tion de grave indi­gence par rap­port à ceux qui, dans l’Église, ont la plé­ni­tude des moyens de salut.[92] « Tous les fils de l’Église doivent […] se sou­ve­nir que la gran­deur de leur condi­tion doit être rap­por­tée non à leurs mérites, mais à une grâce spé­ciale du Christ ; s’ils n’y cor­res­pondent pas par la pen­sée, la parole et l’ac­tion, ce n’est pas le salut qu’elle leur vau­dra, mais un plus sévère juge­ment ».[93] On com­prend ain­si que, sui­vant le com­man­de­ment du Seigneur (cf. Mt 28,19–20) et comme exi­gence d’a­mour pour tous les hommes, l’Église « annonce, et est tenue d’an­non­cer sans cesse, le Christ qui est « la voie, la véri­té et la vie » (Jn 14,6), dans lequel les hommes doivent trou­ver la plé­ni­tude de la vie reli­gieuse et dans lequel Dieu s’est récon­ci­lié toutes choses ».[94]

La mis­sion ad gentes, dans le dia­logue inter­re­li­gieux aus­si, « garde dans leur inté­gri­té, aujourd’­hui comme tou­jours, sa force et sa néces­si­té ».[95] En effet, « « Dieu veut que tous les hommes soient sau­vés et par­viennent à la connais­sance de la véri­té » (1 Tm 2,4). Dieu veut le salut de tous par la connais­sance de la véri­té. Le salut se trouve dans la véri­té. Ceux qui obéissent à la motion de l’Esprit de véri­té sont déjà sur le che­min du salut ; mais l’Église, à qui cette véri­té a été confiée, doit aller à la ren­contre de leur désir pour la leur appor­ter. C’est parce qu’elle croit au des­sein uni­ver­sel de salut qu’elle doit être mis­sion­naire ».[96] Le dia­logue donc, tout en fai­sant par­tie de la mis­sion évan­gé­li­sa­trice, n’est qu’une des actions de l’Église dans sa mis­sion ad gentes.[97] La pari­té, condi­tion du dia­logue, signi­fie égale digni­té per­son­nelle des par­ties, non pas éga­li­té des doc­trines et encore moins éga­li­té entre Jésus-​Christ — Dieu lui-​même fait homme — et les fon­da­teurs des autres reli­gions. L’Église en effet, gui­dée par la cha­ri­té et le res­pect de la liber­té,[98] doit en pre­mier lieu annon­cer à tous la véri­té défi­ni­ti­ve­ment révé­lée par le Seigneur, et pro­cla­mer la néces­si­té, pour par­ti­ci­per plei­ne­ment à la com­mu­nion avec Dieu Père, Fils et Saint-​Esprit, de la conver­sion à Jésus-​Christ et de l’adhé­sion à l’Église par le bap­tême et les autres sacre­ments. D’autre part la cer­ti­tude de la volon­té sal­vi­fique uni­ver­selle de Dieu n’at­té­nue pas, mais aug­mente le devoir et l’ur­gence d’an­non­cer le salut et la conver­sion au Seigneur Jésus-Christ.

Conclusion

23. Pour pro­cla­mer à nou­veau et éclai­rer cer­taines véri­tés de foi, la pré­sente Déclaration a vou­lu suivre l’exemple de l’a­pôtre Paul face aux Corinthiens : « Je vous ai donc trans­mis en pre­mier lieu ce que j’a­vais moi-​même reçu » (1 Co 15,3). Vis-​à-​vis de cer­taines pro­po­si­tions pro­blé­ma­tiques voire même erro­nées, la réflexion théo­lo­gique est appe­lée à confir­mer la foi de l’Eglise et à don­ner rai­son de son espé­rance avec convic­tion et efficacité.

À pro­pos de la vraie reli­gion, les Pères du Concile Vatican II ont affir­mé : « Cette unique et vraie reli­gion, nous croyons qu’elle sub­siste dans l’Église catho­lique et apos­to­lique à qui le Seigneur Jésus a confié le man­dat de la faire connaître à tous les hommes, lors­qu’il dit aux apôtres : « Allez, de toutes les nations faites des dis­ciples, les bap­ti­sant au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit, et leur appre­nant à obser­ver tout ce que je vous ai pres­crit » (Mt 28,19–20). Tous les hommes, d’autre part, sont tenus de cher­cher la véri­té, sur­tout en ce qui concerne Dieu et son Église ; et quand ils l’ont connue, de l’embrasser et de lui être fidèles ».[99]

La révé­la­tion du Christ conti­nue­ra d’être dans l’his­toire « la vraie étoile sur laquelle s’o­riente » [100] toute l’hu­ma­ni­té : « La Vérité, qui est le Christ, s’im­pose comme une auto­ri­té uni­ver­selle ». [101] Le mys­tère chré­tien dépasse en effet toute limite d’es­pace et de temps ; il réa­lise l’u­ni­té de la famille humaine : « Des divers lieux et des dif­fé­rentes tra­di­tions, tous sont appe­lés dans le Christ à par­ti­ci­per à l’u­ni­té de la famille des fils de Dieu […]. Jésus abat les murs de divi­sion et réa­lise l’u­ni­fi­ca­tion de manière ori­gi­nale et suprême, par la par­ti­ci­pa­tion à son mys­tère. Cette uni­té est tel­le­ment pro­fonde que l’Église peut dire avec saint Paul : « Vous n’êtes plus des étran­gers ni des hôtes ; vous êtes conci­toyens des saints, vous êtes de la mai­son de Dieu » (Ep 2,19) ». [102]

Sa Sainteté le Pape Jean-​Paul II, au cours de l’au­dience accor­dée le 16 juin 2000 au sous­si­gné car­di­nal Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, avec science cer­taine et son auto­ri­té apos­to­lique a approu­vé la pré­sente Déclaration, déci­dée en ses­sion plé­nière, l’a confir­mée et en a ordon­né la publication.

Donné à Rome, au siège de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le 6 août 2000, en la fête de la Transfiguration du Seigneur.

Joseph Card. Ratzinger, Préfet

Tarcisio Bertone, S.D.B., Archevêque émé­rite de Verceil, Secrétaire

Notes de bas de page

  1. Conc. Œcum. de Constantinople I, Symbolum Constantinopolitanum : DS 150 ; cf. Catéchisme de l’Eglise Catholique, 50.[]
  2. Cf. Jean-​Paul II, Encycl. Redemptoris mis­sio, n. 1 : AAS 83 (1991) 249–340.[]
  3. Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Décr. Ad gentes et Décl. Nostra aetate ; cf. aus­si Paul VI, Exhort. ap. Evangelii nun­tian­di : AAS 68 (1976) 5–76 ; Jean-​Paul II, Encycl. Redemptoris mis­sio.[]
  4. Conc. Œcum. Vat. II, Décl. Nostra aetate, n. 2.[]
  5. Conseil pon­ti­fi­cal pour le Dialogue inter­re­li­gieux et Congrégation pour l’Évangélisation des peuples, Instr. Dialogue et annonce, n. 29 : AAS 84 (1992) 414–446 ; cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 22.[]
  6. Cf. Jean-​Paul II, Encycl. Redemptoris mis­sio, n. 55.[]
  7. Cf. Conseil pon­ti­fi­cal pour le Dialogue inter­re­li­gieux et Congrégation pour l’Évangélisation des peuples, Instr. Dialogue et annonce, n. 9.[]
  8. Jean-​Paul II, Encycl. Fides et ratio, n. 5 : AAS 91 (1999) 5–88.[]
  9. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. Dei ver­bum, n. 2.[]
  10. Ibid., n. 4.[]
  11. Jean-​Paul II, Encycl. Redemptoris mis­sio, n. 5.[]
  12. Jean-​Paul II, Encycl. Fides et ratio, n. 14.[]
  13. Conc. Œcum. de Chalcédoine, Symbolum Chalcedonense : DH 301. Cf. S. Athanase d’Alexandrie, De Incarnatione, 54, 3 : SC 199, 458.[]
  14. Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. Dei ver­bum, n. 4.[]
  15. Ibid., n. 5.[]
  16. Ibid.[]
  17. Cf. Catéchisme de l’Église Catholique, n. 144.[]
  18. Ibid., n. 150.[]
  19. Ibid., n. 153.[]
  20. Ibid., n. 178.[]
  21. Jean-​Paul II, Encycl. Fides et ratio, n. 13.[]
  22. Cf. ibid., nn. 31–32.[]
  23. Conc. Œcum. Vat. II, Décl. Nostra aetate, n. 2. Cf. aus­si Conc. Œcum. Vat. II, Décr. Ad gentes, n. 9, qui évoque les élé­ments posi­tifs pré­sents dans « les rites par­ti­cu­liers et les civi­li­sa­tions par­ti­cu­lières des peuples » ; Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 16, qui fait réfé­rence à ce qui peut se trou­ver de bon et de vrai chez les non-​chrétiens et qui peut être consi­dé­ré comme une pré­pa­ra­tion à l’ac­cueil de l’Évangile.[]
  24. Cf. Conc. Œcum. de Trente, Décr. De libris sacris et de tra­di­tio­ni­bus reci­pien­dis : DH 1501 ; Conc. Œcum. Vat. I, Const. dogm. Dei Filius, cap. 2 : DH 3006.[]
  25. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. Dei ver­bum, n. 11.[]
  26. Ibid.[]
  27. Jean-​Paul II, Encycl. Redemptoris mis­sio, n. 55. Cf. aus­si n. 56. Paul VI, Exhort. ap. Evangelii nun­tian­di, n. 53.[]
  28. Conc. Œcum. de Nicée I, Symbolum Nicaenum : DH 125.[]
  29. Conc. Œcum. de Chalcédoine, Symbolum Chalcedonense : DH 301.[]
  30. Conc. Œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 22.[]
  31. Jean-​Paul II, Encycl. Redemptoris mis­sio, n. 6.[]
  32. Cf. S. Léon le Grand, Tomus ad Flavianum : DH 294.[]
  33. Cf. S. Léon le Grand, Lettre « Promisisse me memi­ni » ad Leonem I Imp. : DH 318 : « In tan­tam uni­ta­tem ab ipso concep­tu Virginis dei­tate et huma­ni­tate conser­ta, ut nec sine homine divi­na, nec sine Deo age­ren­tur huma­na ». Cf. aus­si ibid. : DH 317.[]
  34. Conc. Œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 45. Cf. aus­si Conc. Œcum. de Trente, Décr. De pec­ca­to ori­gi­na­li, n. 3 : DH 1513.[]
  35. Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium, nn. 3–4.[]
  36. Cf. ibid., n. 7. Cf. S. Irénée, qui affir­mait que dans l’Église « a été dépo­sée la com­mu­nion avec le Christ, c’est-​à-​dire l’Esprit Saint » (Adversus hae­reses, III, 24, 1 : SC 211, 472).[]
  37. Conc. Œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 22.[]
  38. Jean-​Paul II, Encycl. Redemptoris mis­sio, n. 28. Pour les « semences du Verbe », cf. aus­si S. Justin, Apologia II, 8,1–2 ; 10,1–3 ; 13,3–6 : éd. E.J. Goodspeed, 84 ; 85 ; 88–89.[]
  39. Cf. Jean-​Paul II, Encycl.[]
  40. Ibid., n. 29.[]
  41. Ibid., n. 5.[]
  42. Conc. Œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 10. Cf. S. Augustin, qui affir­mait : « Hors de cette voie [le Christ] qui n’a jamais fait défaut au genre humain, […] per­sonne n’a été déli­vré, per­sonne n’est déli­vré, per­sonne ne sera déli­vré » : De civi­tate Dei, 10, 32, 2 : CCL 47, 312.[]
  43. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 62.[]
  44. Jean-​Paul II, Encycl. Redemptoris mis­sio, n. 5.[]
  45. Conc. Œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 45. La sin­gu­la­ri­té et l’u­ni­ver­sa­li­té du Christ dans l’his­toire humaine sont néces­saires et abso­lues : saint Irénée a bien expri­mé ce concept dans sa contem­pla­tion de la pri­mau­té de Jésus comme Premier-​né : « [Primauté] aux cieux, d’a­bord, parce que Premier-​né du conseil du Père, Verbe par­fait gou­ver­nant toutes choses et leur impo­sant sa loi ; sur la terre, ensuite, parce que Premier-​né de la Vierge, homme juste, saint, pieux, bon, agréable à Dieu, par­fait en tout ; enfin, sau­vant des enfers tous ceux qui le suivent, parce que Premier-​né des morts et Initiateur de la vie de Dieu » : Demonstratio, 39 : SC 406, 138.[]
  46. Jean-​Paul II, Encycl. Redemptoris mis­sio, n. 6.[]
  47. Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 14.[]
  48. Cf. ibid., n. 7[]
  49. Cf. S. Augustin, Enarrat. in Psalmos, Ps. 90, Sermo 2, 1 : CCL 39, 1266 ; S. Grégoire le Grand, Moralia in Job, Praefatio, 6, 14 : PL 75, 525 ; S. Thomas d’Aquin, Summa Theologiae, III, q. 48, a. 2, ad 1.[]
  50. Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 6.[]
  51. Grand sym­bole de foi de l’Église armé­nienne : DH 48. Cf. Boniface VIII, Bulle Unam Sanctam : DH 870–872 ; Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 8.[]
  52. Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Décr. Unitatis redin­te­gra­tio, n. 4 ; Jean-​Paul II, Encycl. Ut unum sint, n. 11 : AAS 87 (1995) 921–982.[]
  53. Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 20 ; cf. aus­si S. Irénée, Adversus hae­reses, III, 3, 1–3 : SC 211, 20–44 ; S. Cyprien, Epist. 33, 1 : CCL 3 B, 164–165 ; S. Augustin, Contra adver­sa­rium legis et pro­phe­ta­rum, 1, 20, 39 : CCL 49, 70.[]
  54. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 8.[]
  55. Ibid., cf. Jean-​Paul II, Encycl. Ut unum sint, n. 13. Cf. aus­si Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 15 et Décr. Unitatis redin­te­gra­tio, n. 3.[]
  56. Contraire à la signi­fi­ca­tion authen­tique du texte conci­liaire est donc l’in­ter­pré­ta­tion qui tire de la for­mule sub­sis­tit in la thèse que l’u­nique Église du Christ pour­rait aus­si sub­sis­ter dans des Églises et Communautés ecclé­siales non catho­liques. « Le Concile avait, à l’in­verse, choi­sit le mot sub­sis­tit pré­ci­sé­ment pour mettre en lumière qu’il existe une seule « sub­sis­tance » de la véri­table Église, alors qu’en dehors de son ensemble visible, existent seule­ment des ele­men­ta Ecclesiae qui — étant des élé­ments de la même Église — tendent et conduisent vers l’Église catho­lique » (À pro­pos du livre « Église : cha­risme et pou­voir » du P. Leonardo Boff. Notification de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi : AAS 77 [1985] 756–762).[]
  57. Conc. Œcum. Vat. II, Décr. Unitatis redin­te­gra­tio, n. 3.[]
  58. Cf. Congr. pour la Doctrine de la Foi, Décl. Mysterium Ecclesiae, n. 1 : AAS 65 (1973) 396–408.[]
  59. Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Décr. Unitatis redin­te­gra­tio, nn. 14 et 15 ; Congr. pour la Doctrine de la Foi, Lett. Communionis notio, n. 17 : AAS 85 (1993) 838–850.[]
  60. Cf. Conc. Œcum. Vat. I, Const. dogm. Pastor aeter­nus : DH 3053–3064 ; Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 22.[]
  61. Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Décr. Unitatis redin­te­gra­tio, n. 22.[]
  62. Cf. ibid., n. 3.[]
  63. Cf. ibid., n. 22.[]
  64. Congr. pour la Doctrine de la Foi, Décl. Mysterium Ecclesiae, n. 1.[]
  65. Jean-​Paul II, Encycl. Ut unum sint, n. 14.[]
  66. Conc. Œcum. Vat. II, Décr. Unitatis redin­te­gra­tio, n. 3.[]
  67. Congr. pour la Doctrine de la Foi, Lett. Communionis notio, n. 17. Cf. aus­si Conc. Œcum. Vat. II, Décr. Unitatis redin­te­gra­tio, n. 4.[]
  68. Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 5.[]
  69. Ibid., n. 1.[]
  70. Ibid., n. 4. Cf. S. Cyprien, De Dominica ora­tione, 23 : CCL 3A, 105.[]
  71. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 3.[]
  72. Cf. ibid., n. 9. Cf. aus­si la prière à Dieu, que recueille la Didachè, 9, 4 : SC 248, 176 : « Que ton Église soit ras­sem­blée de la même manière des extré­mi­tés de la terre dans ton Royaume » et ibid., 10, 5 : SC 248, 180 : « Souviens-​toi, Seigneur, de ton Église […]. Et rassemble-​la des quatre vents, cette Église sanc­ti­fiée, dans ton Royaume que tu lui as pré­pa­ré ».[]
  73. Jean-​Paul II, Encycl. Redemptoris mis­sio, n. 18 ; cf. Exhort. ap. Ecclesia in Asia, n. 17 : en L’Osservatore Romano, 7 novembre 1999. Le Royaume est tel­le­ment insé­pa­rable du Christ que, dans un cer­tain sens, il s’i­den­ti­fie à lui (cf. Origène, Commentaria in Matthaeum, 14, 7 : PG 13, 1197 ; Tertullien, Adversus Marcionem, IV, 33, 8 : CCL 1, 634.[]
  74. Jean-​Paul II, Encycl. Redemptoris mis­sio, n. 18.[]
  75. Ibid., n. 15.[]
  76. Ibid., n. 17.[]
  77. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 14. Cf. Décr. Ad gentes, n. 7 ; Décr. Unitatis redin­te­gra­tio, n. 3.[]
  78. Jean-​Paul II, Encycl. Redemptoris mis­sio, n. 9. Cf. Catéchisme de l’Église Catholique, nn. 846–847.[]
  79. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 48.[]
  80. Cf. S. Cyprien, De catho­li­cae eccle­siae uni­tate, 6 : CCL 3, 253–254 ; S. Irénée, Adversus hae­reses, III, 24, 1 : SC 211, 472‑474.[]
  81. Jean-​Paul II, Encycl. Redemptoris mis­sio, n. 10.[]
  82. Conc. Œcum. Vat. II, Décr. Ad gentes, n. 2. C’est dans le sens ici expli­qué qu’il faut inter­pré­ter la for­mule célèbre extra Ecclesia nul­lus omni­no sal­va­tur (cf. Conc. Œcum. Latran IV, Cap. 1. De fide catho­li­ca : DH 802). Cf. aus­si Lettre du Saint-​Office à l’ar­che­vêque de Boston : DH 3866–3872.[]
  83. Conc. Œcum. Vat. II, Décr. Ad gentes, n. 7.[]
  84. Jean-​Paul II, Encycl. Redemptoris mis­sio, n. 18.[]
  85. Ce sont les semences du Verbe divin (semi­na Verbi), que l’Église recon­naît avec joie et res­pect (cf. Conc. Œcum. Vat. II, Décr. Ad gentes, n. 11 ; Décl. Nostra aetate , n. 2).[]
  86. Jean-​Paul II, Encycl. Redemptoris mis­sio, n. 29.[]
  87. Cf. ibid. ; Catéchisme de l’Église Catholique, n. 843.[]
  88. Cf. Concile Œcum. de Trente, Décr. De sacra­men­tis, can. 8, de sacra­men­tis in genere : DH 1608.[]
  89. Cf. Jean-​Paul II, Encycl. Redemptoris mis­sio, n. 55.[]
  90. Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 17 ; Jean-​Paul II, Encycl. Redemptoris mis­sio, n. 11.[]
  91. Jean-​Paul II, Encycl. Redemptoris mis­sio, n. 36.[]
  92. Cf. Pie XII, Encycl. Mystici cor­po­ris : DH 3821.[]
  93. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 14.[]
  94. Conc. Œcum. Vat. II, Décl. Nostra aetate, n. 2.[]
  95. Conc. Œcum. Vat. II, Décr. Ad gentes, n. 7.[]
  96. Catéchisme de l’Église Catholique, n. 851 ; cf. aus­si nn. 849–856.[]
  97. Cf. Jean-​Paul II, Encycl. Redemptoris mis­sio, n. 55 ; Exhort. ap. Ecclesia in Asia, n. 31.[]
  98. Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Décl. Dignitatis huma­nae, n. 1.[]
  99. Ibid.[]
  100. Jean-​Paul II, Encycl. Fides et ratio, n. 15.[]
  101. Ibid., n. 92.[]
  102. Ibid., n. 70.[]
fraternité sainte pie X
21 janvier 2000
Discours pour l'inauguration de l'année judiciaire
  • Jean-Paul II