Pie XI

Lettre encyclique Ad Catholici Sacerdotii

Aux Patriarches, Primats, Archevêques, Évêques et autres Ordinaires des lieux, demeurant en paix et en communion avec le Siège apostolique

20 décembre 1935

Sur le sacerdoce

Donné à Rome, près Saint-​Pierre, le 20 décembre 1935

Vénérables Frères,
Salut et Bénédiction apostolique !

Depuis que, par un mys­té­rieux des­sein de la divine Providence, Nous Nous sommes vu éle­vé à ce som­met suprême du sacer­doce catho­lique, Nous n’avons jamais ces­sé, par­mi les innom­brables fils que Dieu Nous a don­nés, de consa­crer Nos soins les plus empres­sés et les plus affec­tueux à ceux qui, revê­tus du carac­tère sacer­do­tal, ont la mis­sion d’être le sel de la terre et la lumière du monde (Mt 5, 13.14), et d’une manière encore plus spé­ciale, à ceux qui sont éle­vés à l’ombre du sanc­tuaire et se pré­parent à cette très noble mission.

Déjà dans les pre­miers mois de Notre Pontificat, avant même d’adresser Notre parole solen­nelle à tout l’Univers catho­lique [1], Nous Nous sommes empres­sé, par la Lettre apos­to­lique Officiorum omnium, adres­sée à Notre très cher Fils le Cardinal-​Préfet de la Sacrée Congrégation des Séminaires et des Universités [2], de tra­cer les direc­tives dont doit s’inspirer la for­ma­tion sacer­do­tale des jeunes lévites. Et toutes les fois que la sol­li­ci­tude pas­to­rale Nous pousse à consi­dé­rer d’une façon plus par­ti­cu­lière les inté­rêts et les besoins de l’Église, Notre atten­tion, avant toute autre chose, se dirige vers les prêtres et les clercs qui forment tou­jours l’objet prin­ci­pal de Nos soins.

De cet inté­rêt spé­cial, que Nous por­tons au sacer­doce, sont la preuve élo­quente les nom­breux Séminaires que Nous avons éri­gés, là où ils n’existaient pas encore, ou bien munis, et non sans grande dépense, d’édifices nou­veaux et impo­sants, ou bien mieux pour­vus de moyens et de per­sonnes qui leur per­mettent d’atteindre plus digne­ment leur but élevé.

Si ensuite, à l’occasion de Notre jubi­lé sacer­do­tal, Nous avons consen­ti à ce que l’on fêtât solen­nel­le­ment cet heu­reux anni­ver­saire, et si, avec une pater­nelle com­plai­sance, Nous avons secon­dé les mani­fes­ta­tions d’affection filiale qui Nous venaient de toutes les par­ties du monde, ce fut parce que, plus que comme un hom­mage à Notre per­sonne, Nous consi­dé­rions cette célé­bra­tion comme une juste exal­ta­tion de la digni­té et du carac­tère sacerdotal.

Et de même, la réforme des études dans les Facultés ecclé­sias­tiques, que Nous avons décré­tée par la Constitution apos­to­lique Deus scien­tia­rum Dominus du 24 mai 1931, fut vou­lue par Nous sur­tout dans leur but d’accroître et d’élever tou­jours davan­tage la culture et la science des prêtres [3].

2. Mais le sujet est d’une impor­tance si grande, on pour­rait dire uni­ver­selle, qu’il Nous semble oppor­tun de le trai­ter plus expres­sé­ment dans cette Lettre ency­clique, afin que non seule­ment ceux qui déjà pos­sèdent le don ines­ti­mable de la foi, mais encore tous ceux qui, avec droi­ture et sin­cé­ri­té de cœur, recherchent la véri­té, recon­naissent la subli­mi­té du sacer­doce catho­lique et sa mis­sion pro­vi­den­tielle dans le monde, et par-​dessus tout afin que ceux qui y sont appe­lés le recon­naissent et l’apprécient ; sujet par­ti­cu­liè­re­ment oppor­tun à la fin de cette année qui, à Lourdes, aux purs rayons de l’Immaculée et dans la fer­veur d’un tri­duum eucha­ris­tique inin­ter­rom­pu, a vu le sacer­doce catho­lique, de toute langue et de tout rite, auréo­lé d’une lumière divine dans la splen­dide clô­ture du Jubilé de la Rédemption éten­du de la Ville de Rome à l’Univers catho­lique, de cette Rédemption dont Nos prêtres chers et véné­rés sont les ministres, jamais plus actifs et bien­fai­sants qu’en cette Année Sainte extra­or­di­naire par laquelle on célé­brait aus­si le dix-​neuvième cen­te­naire de l’institution du sacer­doce, comme Nous l’avons dit dans la Proclamation apos­to­lique Quod nuper [4].

3. Et de plus, comme cette Encyclique se relie har­mo­nieu­se­ment à Nos pré­cé­dentes par les­quelles Nous avons vou­lu pro­je­ter la lumière de la doc­trine catho­lique sur les plus graves pro­blèmes qui tra­vaillent la vie moderne, Nous avons conscience de don­ner à Nos ensei­gne­ments solen­nels un com­plé­ment oppor­tun. En effet, le prêtre est, par voca­tion et par com­man­de­ment divin, l’apôtre prin­ci­pal et le pro­mo­teur infa­ti­gable de l’éducation chré­tienne de la jeu­nesse [5] ; le prêtre, au nom de Dieu, bénit le mariage chré­tien et en défend la sain­te­té et l’indissolubilité contre les atten­tats et les dévia­tions sug­gé­rées par la cupi­di­té et la sen­sua­li­té [6], le prêtre porte la plus solide contri­bu­tion à la solu­tion ou, du moins, à l’atténuation des conflits sociaux, en prê­chant la fra­ter­ni­té chré­tienne, en rap­pe­lant à tous les devoirs mutuels de la jus­tice et de la cha­ri­té évan­gé­lique, en paci­fiant les esprits aigris par le malaise moral et éco­no­mique, en mon­trant aux riches et aux pauvres les uniques biens véri­tables aux­quels tous doivent et peuvent aspi­rer [7] ; le prêtre, fina­le­ment, est le plus effi­cace héraut de cette croi­sade d’expiation et de péni­tence à laquelle Nous avons invi­té tous les gens de bien pour répa­rer les blas­phèmes, les tur­pi­tudes et les crimes qui désho­norent l’humanité à l’heure pré­sente, une heure qui, comme peu d’autres dans l’histoire, a gran­de­ment besoin de la misé­ri­corde divine et de ses par­dons [8]. Et les enne­mis de l’Église savent bien l’importance vitale du sacer­doce, contre lequel pré­ci­sé­ment, comme Nous l’avons déjà déplo­ré pour Notre cher Mexique [9], ils dirigent en pre­mier lieu leurs coups, afin de le sup­pri­mer et de se frayer la voie à la des­truc­tion, tou­jours dési­rée et jamais obte­nue, de l’Église elle-même.

4. Le genre humain a tou­jours éprou­vé le besoin d’avoir des prêtres, c’est-à-dire des hommes qui, par une mis­sion offi­cielle à eux confiée, soient des média­teurs entre Dieu et l’humanité et qui, consa­crés entiè­re­ment à cette média­tion, en fassent la tâche de leur vie ; des hommes choi­sis pour offrir à Dieu des prières offi­cielles et des sacri­fices au nom de la socié­té qui, elle aus­si, comme telle, a l’obligation de rendre à Dieu un culte public et social, de recon­naître en Lui le suprême Seigneur et le pre­mier prin­cipe, de tendre à Lui comme à sa fin der­nière, en le remer­ciant et en cher­chant à se le rendre pro­pice. En fait, chez tous les peuples dont nous connais­sons les usages, lorsque du moins ils ne sont pas contraints par la vio­lence à renier les lois les plus sacrées de la nature humaine, on trouve des prêtres, quoique sou­vent au ser­vice de fausses divi­ni­tés ; par­tout où l’on pro­fesse une reli­gion, par­tout où se dressent des autels, il y a éga­le­ment un sacer­doce, entou­ré de marques spé­ciales d’honneur et de vénération.

5. Mais à la splen­deur de la révé­la­tion divine, le prêtre se montre revê­tu d’une digni­té beau­coup plus grande, déjà annon­cée de loin par la mys­té­rieuse et véné­rable figure de Melchisédech (cf. Gn 14, 18), prêtre et roi, que rap­pelle saint Paul, en le rap­pro­chant de la per­sonne et du sacer­doce de Jésus-​Christ lui-​même (cf. Hb 5, 10 ; 6, 20 ; 7, 1. 10. 11. 15). Le prêtre, sui­vant la magni­fique défi­ni­tion qu’en donne le même saint Paul est, sans doute, un homme choi­si par­mi les hommes, mais éta­bli pour les hommes dans les choses qui regardent Dieu (Hb 5, 1) : sa fonc­tion n’a pas pour objet les choses humaines et tran­si­toires, aus­si hautes et esti­mables puissent-​elles sem­bler, mais les choses divines et éter­nelles ; choses dont, par igno­rance, on peut se moquer et que l’on peut mépri­ser, aux­quelles aus­si on peut faire obs­tacle avec une malice et une fureur dia­bo­liques, comme une triste expé­rience l’a sou­vent prou­vé et le prouve même aujourd’hui, mais qui occupent tou­jours la pre­mière place dans les aspi­ra­tions indi­vi­duelles et sociales de l’humanité, cette huma­ni­té qui sent irré­sis­ti­ble­ment qu’elle est faite pour Dieu et ne peut se repo­ser qu’en Lui.

6. Dans la loi mosaïque, au sacer­doce ins­ti­tué par une dis­po­si­tion divine posi­tive, pro­mul­guée par Moïse sous l’inspiration de Dieu, sont minu­tieu­se­ment assi­gnés ses devoirs, ses fonc­tions et ses rites déter­mi­nés. Il semble que Dieu, dans sa sol­li­ci­tude, ait vou­lu impri­mer dans l’esprit encore pri­mi­tif du peuple hébreu une grande idée cen­trale qui, dans l’histoire du peuple élu, répan­dit sa lumière sur tous les évé­ne­ments, les lois, les digni­tés, les emplois : l’idée de sacri­fice et de sacer­doce, afin que, par la foi dans le Messie futur, cette idée devînt source d’espérance, de gloire, de force et de libé­ra­tion spi­ri­tuelle. Le temple de Salomon, admi­rable de richesse et de splen­deur, et encore plus admi­rable dans son ordon­nance et dans ses rites, éle­vé à l’unique vrai Dieu comme taber­nacle de la divine Majesté sur la terre, était aus­si un sublime poème chan­té en l’honneur de ce sacri­fice et de ce sacer­doce qui, n’étant pour­tant qu’une ombre et un sym­bole, ren­fer­mait un mys­tère assez grand pour faire incli­ner avec res­pect le vain­queur Alexandre le Grand devant la figure hié­ra­tique du Grand Prêtre [10] ; et Dieu lui-​même fai­sait sen­tir sa colère au roi impie Balthasar, parce qu’il avait pro­fa­né le sanc­tuaire et fait des orgies avec les vases sacrés du temple (cf. Dn 5, 1–30). Et cepen­dant, ce sacer­doce ancien tirait uni­que­ment Sa majes­té et sa gloire du fait qu’il était une pré­fi­gu­ra­tion du sacer­doce chré­tien, du sacer­doce du Nouveau et éter­nel Testament, confir­mé par le sang du Rédempteur du monde, de Jésus-​Christ vrai Dieu et vrai homme !

7. L’Apôtre des Gentils résume en traits sculp­tu­raux tout ce qu’on peut dire au sujet de la gran­deur, de la digni­té et des devoirs du sacer­doce chré­tien, par ces paroles : Que l’homme nous regarde comme des ministres du Christ et des dis­pen­sa­teurs des mys­tères divins (1 Co 4, 1). Le prêtre est ministre de Jésus-​Christ ; donc ins­tru­ment entre les mains du divin Rédempteur pour la conti­nua­tion de son œuvre rédemp­trice dans toute son uni­ver­sa­li­té mon­diale et sa divine effi­ca­ci­té, pour la construc­tion de cette œuvre admi­rable qui trans­for­ma le mande ; bien plus, le prêtre, comme avec rai­son on a cou­tume de le dire, est vrai­ment un autre Christ, parce qu’il conti­nue en quelque manière Jésus-​Christ lui-​même : Comme le Père m’a envoyé, moi aus­si je vous envoie (Jn 20, 21), conti­nuant lui aus­si, comme Jésus, à rendre gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volon­té (Lc 2, 14).

8. Et en pre­mier lieu, comme l’enseigne le Concile de Trente [11], Jésus-​Christ, pen­dant la der­nière Cène, ins­ti­tua le sacri­fice et le sacer­doce de la Nouvelle Alliance : « Notre Dieu et Seigneur, bien que devant s’offrir lui-​même par sa mort sur l’autel de la Croix à Dieu son Père pour y opé­rer la rédemp­tion éter­nelle, cepen­dant parce que son sacer­doce ne devait pas s’éteindre par sa mort (cf. Hb 7, 24), à la der­nière Cène, la nuit où il était livré (cf. 1 Co 11, 23), vou­lant lais­ser à son épouse bien-​aimée, l’Église, un sacri­fice qui serait la repré­sen­ta­tion de ce sacri­fice san­glant qu’il allait accom­plir sur la croix, vou­lant que le sou­ve­nir en demeu­rât jusqu’à la fin des siècles (cf. 1 Co 11, 24–25) et que sa ver­tu soit appli­quée en rémis­sion de ces péchés que nous com­met­tons tous les jours, se décla­rant prêtre pour l’éternité selon l’ordre de Melchisédech (cf. Ps 109, 4), offrit à Dieu le Père son corps et son sang sous les espèces du pain et du vin ; et sous les sym­boles de ces mêmes espèces les pré­sen­ta, pour qu’ils les prissent, aux Apôtres qu’il consti­tuait alors prêtres du Nouveau Testament, et à eux et à leurs suc­ces­seurs dans le sacer­doce, il com­man­da de les offrir par ces mots Faites ceci en mémoire de moi » (Lc 22, 19 ; 1 Co 11, 24).

9. Depuis lors, les Apôtres et leurs suc­ces­seurs dans le sacer­doce com­men­cèrent à éle­ver vers le ciel cette obla­tion pure pré­dite par Malachie (Ml 1, 11), grâce à laquelle le nom de Dieu est grand par­mi les nations et qui, offerte désor­mais dans toutes les par­ties de la terre et à chaque heure du jour et de la nuit, conti­nue­ra à l’être d’une façon per­ma­nente jusqu’à la fin du monde. C’est un vrai sacri­fice et non un pur sym­bole, qui a une réelle effi­ca­ci­té pour la récon­ci­lia­tion des pécheurs avec la divine Majesté, « car le Seigneur apai­sé par cette obla­tion accorde la grâce et le don de la péni­tence, par­donne des péchés et des crimes énormes » [12]. Le même Concile nous en dit la rai­son par ces paroles : « Il y a, en effet, une seule et même hos­tie, une même per­sonne qui s’offre main­te­nant par le minis­tère des prêtres et qui s’est offerte autre­fois sur la Croix, seule la manière de l’offrir est dif­fé­rente » [13].

De là appa­raît lumi­neuse l’ineffable gran­deur du sacer­doce humain, qui a pou­voir sur le corps même de Jésus-​Christ, le ren­dant pré­sent sur nos autels et au nom du Christ lui-​même, l’offrant en vic­time infi­ni­ment agréable à la divine Majesté. « Ô miracle ! s’écrie jus­te­ment saint Jean Chrysostome, ô béni­gni­té de Dieu ! » [14]

10. Outre ce pou­voir qu’il exerce sur le corps réel du Christ, le prêtre a reçu d’autres pou­voirs très hauts et sublimes sur son Corps mys­tique. Nous n’avons pas besoin, Vénérables Frères, de Nous étendre sur cette belle doc­trine du Corps mys­tique de Jésus-​Christ, si chère à saint Paul ; cette belle doc­trine qui nous montre la per­sonne du Verbe fait chair uni à tous ses frères, chez qui se répand l’influence sur­na­tu­relle qui dérive de lui, for­mant avec lui, comme Chef, un seul Corps dont ils sont les membres. Or, le prêtre est consti­tué dis­pen­sa­teur des mys­tères divins (1 Co 4, 1) en faveur de ces membres du Corps mys­tique de Jésus-​Christ, puisqu’il est le ministre ordi­naire de presque tous les sacre­ments qui sont les canaux à tra­vers les­quels coule, pour le bien de l’humanité, la grâce du Rédempteur. Le chré­tien, presque à tous les moments impor­tants de sa car­rière mor­telle, trouve à ses côtés le prêtre pour lui com­mu­ni­quer ou accroître en lui avec le pou­voir reçu de Dieu cette grâce qui est la vie sur­na­tu­relle. A peine est-​il né à la vie du temps, le prêtre le fait renaître par le Baptême à une vie plus noble et plus pré­cieuse, la vie sur­na­tu­relle, et il le fait fils de Dieu et de l’Église de Jésus-​Christ ; pour le for­ti­fier et le pré­pa­rer à com­battre géné­reu­se­ment dans les luttes spi­ri­tuelles, un prêtre, revê­tu d’une digni­té spé­ciale, le fait sol­dat du Christ par la Confirmation ; dès qu’il est capable de dis­cer­ner et de goû­ter le Pain des anges, le prêtre le lui donne, nour­ri­ture vivante et vivi­fiante des­cen­due du ciel ; s’il est tom­bé, le prêtre le relève au nom de Dieu et le for­ti­fie par la Pénitence ; si Dieu l’appelle à for­mer une famille et à col­la­bo­rer avec lui à la trans­mis­sion de la vie humaine dans le monde pour aug­men­ter d’abord le nombre des fidèles sur la terre et ensuite celui des élus dans le ciel, le prêtre est là pour bénir son mariage et ses chastes amours ; et quand le chré­tien, par­ve­nu au seuil de l’éternité, a besoin de force et de cou­rage avant de se pré­sen­ter au tri­bu­nal du Juge divin, le prêtre s’incline sur les membres endo­lo­ris du malade, il le consacre de nou­veau et le for­ti­fie par l’Extrême-Onction ; après avoir ain­si gui­dé le chré­tien à tra­vers le pèle­ri­nage ter­restre jusqu’aux portes du ciel, le prêtre accom­pagne son corps à la sépul­ture avec les rites et les prières de l’espérance immor­telle, et il suit son âme au-​delà du seuil de l’éternité pour lui don­ner l’aide des suf­frages chré­tiens, si jamais elle a encore besoin d’être puri­fiée et sou­la­gée. Ainsi, du ber­ceau à la tombe ou plu­tôt jusqu’au ciel, le prêtre est auprès des fidèles guide, récon­fort, ministre du salut, dis­tri­bu­teur de grâces et de bénédictions.

11. Mais par­mi tous ces pou­voirs qu’a le prêtre sur le Corps mys­tique du Christ au pro­fit des fidèles, il en est un pour lequel Nous ne pou­vons Nous conten­ter de la simple allu­sion faite tout à l’heure : c’est le pou­voir « que Dieu n’a don­né ni aux anges ni aux archanges’, comme dit saint Jean Chrysostome [15], c’est-à-dire le pou­voir de remettre les péchés : Ceux à qui vous aurez remis les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retien­drez, ils leur seront rete­nus (Jn 20, 23). Pouvoir for­mi­dable, tel­le­ment propre a Dieu que l’orgueil humain lui-​même ne pou­vait admettre qu’il pût être com­mu­ni­qué à l’homme : Qui peut remettre les péchés, sinon Dieu seul ? (Mc 2, 7) Et le voyant exer­cé par un simple mor­tel, il y a vrai­ment lieu de se deman­der, non par scan­dale pha­ri­saïque, mais par un res­pec­tueux éton­ne­ment pour une si grande digni­té : Quel est celui qui remet même les péchés ? (Lc 7, 49) Mais pré­ci­sé­ment l’Homme-Dieu, qui avait et a le pou­voir sur terre de remettre les péchés (Lc 5, 24), a vou­lu le trans­mettre à ses prêtres pour aller, avec une libé­ra­li­té et une misé­ri­corde divine, au-​devant de ce besoin de puri­fi­ca­tion morale inhé­rent à la conscience humaine. Quel récon­fort pour l’homme cou­pable, bri­sé par le remords et le repen­tir, d’entendre la parole du prêtre qui, au nom de Dieu, lui dit : « Je t’absous de tes péchés ! » Et l’entendre de la bouche de quelqu’un qui, à son tour, aura besoin lui aus­si de la récla­mer pour lui à un autre prêtre, non seule­ment n’avilit pas le don misé­ri­cor­dieux, mais le fait appa­raître plus grand, en fai­sant mieux entre­voir, à tra­vers la créa­ture fra­gile, la main de Dieu par la ver­tu de laquelle s’opère la mer­veille. C’est pour­quoi — pour Nous ser­vir des paroles d’un écri­vain qui traite aus­si des choses sacrées avec une com­pé­tence rare chez un laïque — « quand un prêtre fré­mis­sant inté­rieu­re­ment à la pen­sée de son indi­gni­té et de la hau­teur de ses fonc­tions, a posé sur notre tête ses mains consa­crées quand, humi­lié de se trou­ver le dis­pen­sa­teur du Sang de l’Alliance, éton­né chaque fois de pro­fé­rer des paroles qui donnent la vie, pécheur il a absous un pécheur, nous rele­vant, nous sen­tons que nous n’avons pas com­mis une bas­sesse… Nous avons été aux pieds d’un homme qui repré­sen­tait Jésus-​Christ… nous y avons été pour acqué­rir la qua­li­té d’hommes libres et d’enfants de Dieu » [16].

12. Et ces pou­voirs éle­vés, confé­rés au prêtre par un sacre­ment ins­ti­tué spé­cia­le­ment dans ce but, ne sont pas en lui tran­si­toires et pas­sa­gers, mais stables et per­pé­tuels, unis qu’ils sont à un carac­tère indé­lé­bile impri­mé dans son âme, par lequel il est deve­nu prêtre pour l’éternité (Ps 109, 4), à la res­sem­blance de Celui qui pos­sède le sacer­doce éter­nel dont il est fait par­ti­ci­pant, carac­tère que le prêtre, même dans les plus déplo­rables aber­ra­tions où peut le faire tom­ber la fra­gi­li­té humaine, ne pour­ra jamais effa­cer de son âme.

13. Mais avec ce carac­tère et ces pou­voirs, le prêtre reçoit aus­si, par le sacre­ment de l’Ordre, une grâce nou­velle et spé­ciale, avec un droit à des secours par­ti­cu­liers, par les­quels, si sa coopé­ra­tion libre et per­son­nelle seconde fidè­le­ment l’action divi­ne­ment puis­sante de la grâce elle-​même, il pour­ra digne­ment s’acquitter de toutes les obli­ga­tions dif­fi­ciles de l’état sublime auquel il a été appe­lé, et por­ter, sans en être acca­blé, les redou­tables res­pon­sa­bi­li­tés qui sont inhé­rentes au minis­tère sacer­do­tal et qui fai­saient trem­bler même les plus forts ath­lètes du sacer­doce chré­tien, comme saint Jean Chrysostome, saint Ambroise, saint Grégoire le Grand, saint Charles et tant d’autres.

14. Mais le prêtre catho­lique est encore ministre du Christ et dis­pen­sa­teur des mys­tères divins (cf. 1 Co 4, 1) par la parole, par ce minis­tère du verbe (Ac 6, 4) qui est un droit inalié­nable et à la fois un devoir impres­crip­tible qui lui est impo­sé par Jésus-​Christ lui-​même : Allez, ensei­gnez toutes les nations… leur ensei­gnant à gar­der tout ce que je vous ai ordon­né (Mt 28, 19–20). L’Église du Christ, dépo­si­taire et gar­dienne infaillible de la divine révé­la­tion, par le moyen de ses prêtres répand les tré­sors des véri­tés célestes, prê­chant Celui qui est la vraie lumière illu­mi­nant tout homme venant en ce monde (Jn 1, 9), répan­dant avec une divine pro­fu­sion cette semence, bien petite et mépri­sée au regard pro­fane du monde, mais qui, comme le grain de séne­vé (cf. Mt 13, 31–32), a en elle la ver­tu de pous­ser des racines solides et pro­fondes dans les âmes sin­cères et alté­rées de véri­té et les rend capables de résis­ter, comme des arbres vigou­reux, même aux plus fortes tempêtes.

15. Au milieu de toutes les aber­ra­tions de la pen­sée humaine ivre d’une fausse liber­té qui l’exempte de toute loi et de tout frein, au milieu de la cor­rup­tion effroyable de la malice humaine, se dresse, phare lumi­neux, l’Église qui condamne toute dévia­tion à droite ou à gauche de la véri­té, qui indique à tous et à cha­cun la voie droite à suivre, et mal­heur si même ce phare, Nous ne disons pas venait à s’éteindre, ce qui est impos­sible grâce aux pro­messes infaillibles sur les­quelles il est fon­dé, mais venait à être gêné dans la large dif­fu­sion de ses rayons bien­fai­sants ! Nous voyons déjà com­bien néfaste a été pour le monde le fait d’avoir reje­té orgueilleu­se­ment la révé­la­tion divine et d’avoir sui­vi, fût-​ce même sous le titre spé­cieux de science, de fausses théo­ries phi­lo­so­phiques et morales ! Que si, sur la pente de l’erreur et du vice, on n’est pas encore tom­bé plus bas, on le doit aux rayons de la véri­té chré­tienne sans cesse répan­dus dans le monde. Or, l’Église exerce son « minis­tère du verbe » par le moyen des prêtres, sage­ment répar­tis à tra­vers les degrés variés de la hié­rar­chie sacrée. Elle envoie sur tous les rivages des hérauts infa­ti­gables de la bonne nou­velle qui seule peut conser­ver, ou por­ter, ou faire revivre la vraie civi­li­sa­tion. La parole du prêtre, même au milieu du tour­billon des pas­sions, s’élève sereine, annonce sans crainte la véri­té et le bien : cette véri­té qui éclaire et résout les plus graves pro­blèmes de la vie humaine ; ce bien qu’aucun mal­heur, pas même la mort, ne peut enle­ver, que la mort plu­tôt assure et rend immortel.

16. Si l’on consi­dère une à une les véri­tés que le prêtre doit incul­quer fré­quem­ment pour être fidèle aux devoirs de son minis­tère, et si l’on en pèse la force intime, on com­prend com­bien grande et bien­fai­sante est l’influence du prêtre pour l’élévation morale, la paci­fi­ca­tion et la tran­quilli­té des peuples. Cela ne s’avère-t-il pas quand il rap­pelle aux grands et aux petits le carac­tère éphé­mère de la vie pré­sente, la cadu­ci­té des biens ter­restres, la valeur des biens spi­ri­tuels et de l’âme immor­telle, la sévé­ri­té du Souverain Juge, la sain­te­té incor­rup­tible de l’œil divin qui scrute les cœurs de tous et ren­dra à cha­cun selon ses œuvres ? (Mt 16, 27) Rien de plus appro­prié que ces ensei­gne­ments et autres sem­blables pour tem­pé­rer cette avi­di­té fébrile de jouis­sance, cette cupi­di­té effré­née des biens tem­po­rels, qui dégradent aujourd’hui tant d’âmes et poussent les diverses classes de la socié­té à se com­battre, au lieu de s’aider tour à tour par une col­la­bo­ra­tion mutuelle. Au milieu de tant d’égoïsmes qui s’entrechoquent, de tant de haines qui s’enflamment, par­mi tant de sombres pro­jets de ven­geance, rien de plus oppor­tun et de plus effi­cace que de pro­cla­mer hau­te­ment le com­man­de­ment nou­veau (Jn 13, 34) de Jésus, le pré­cepte de la cha­ri­té, qui s’étend à tous, ne connaît ni bar­rière ni fron­tière de nations ou de peuples, n’excepte pas même l’ennemi.

17. Une expé­rience glo­rieuse, vieille déjà de vingt siècles, démontre toute l’efficacité salu­taire de la parole sacer­do­tale qui, étant l’écho fidèle et la réper­cus­sion de cette parole de Dieu qui est vivante et effi­cace et plus péné­trante qu’aucune épée à deux tran­chants, atteint, elle aus­si, jusqu’à la divi­sion de l’âme et de l’esprit (Hb 4, 12), sus­cite des héroïsmes de tout genre, dans toute classe et en tout lieu, et crée l’action dés­in­té­res­sée des cœurs les plus géné­reux. Tous les bien­faits que la civi­li­sa­tion chré­tienne a por­tés dans le monde sont dus, du moins à leur ori­gine, à la parole et à l’action du sacer­doce catho­lique. Et un tel pas­sé suf­fi­rait par lui-​même à don­ner confiance même pour l’avenir, si nous n’avions une parole plus ferme (2 P 1, 19) dans les pro­messes infaillibles du Christ.

18. L’œuvre mis­sion­naire aus­si, qui mani­feste d’une manière si lumi­neuse la puis­sance d’expansion dont est dotée l’Église par ver­tu divine, est for­mée et réa­li­sée prin­ci­pa­le­ment par le prêtre qui, pion­nier de la foi et de la cha­ri­té, au prix d’innombrables sacri­fices, étend et dilate le Royaume de Dieu sur la terre.

19. Le prêtre, fina­le­ment, conti­nuant encore en cela la mis­sion du Christ qui pas­sait la nuit entière à prier Dieu (Lc 6, 12) et vit tou­jours pour inter­cé­der en notre faveur (Hb 7, 25), à titre d’intercesseur public et offi­ciel de l’humanité auprès de Dieu, a la charge et le man­dat d’offrir à Dieu au nom de l’Église, non seule­ment le sacri­fice de l’autel, mais aus­si le sacri­fice de louange (Ps 49, 14) avec la prière publique et offi­cielle ; par des psaumes, des prières et des can­tiques emprun­tés en grande par­tie aux livres ins­pi­rés, il paie à Dieu chaque jour, à plu­sieurs reprises, ce tri­but obli­ga­toire d’adoration, et accom­plit ce devoir néces­saire d’impétration pour l’humanité, aujourd’hui plus que jamais dans l’affliction et le besoin de Dieu. Qui peut dire com­bien de châ­ti­ments la prière sacer­do­tale éloigne de l’humanité pré­va­ri­ca­trice et que de bien­faits elle lui pro­cure et lui obtient ? Si la prière, même pri­vée, a des pro­messes divines aus­si magni­fiques et aus­si solen­nelles que celles que Jésus-​Christ lui a faites (cf. Mt 7, 7–11 ; Mc 11, 24 ; Lc 11, 9–13), com­bien plus puis­sante sera la prière faite d’office au nom de l’Église, Épouse bien-​aimée du Rédempteur ! Et le chré­tien, même si trop sou­vent il oublie Dieu dans la pros­pé­ri­té, conserve au fond de l’âme la confiance en la prière ; il sent que celle-​ci peut tout, et par une sorte d’instinct sur­na­tu­rel, en toute dif­fi­cul­té, en tout péril pri­vé ou public, il recourt avec une sin­gu­lière confiance à la prière sacer­do­tale. C’est à elle que demandent un récon­fort les mal­heu­reux de toute sorte ; c’est à elle que l’on recourt pour implo­rer l’aide divine dans toutes les vicis­si­tudes de cet exil ter­restre. Vraiment, « le prêtre est pla­cé entre Dieu et la nature humaine : nous com­mu­ni­quant les biens qui viennent de Lui, lui por­tant nos prières, apai­sant le Seigneur irri­té » [17].

Du reste, comme Nous l’indiquions dès le début, les enne­mis de l’Église eux-​mêmes montrent à leur façon qu’ils sentent toute la digni­té et l’importance du sacer­doce catho­lique, diri­geant contre lui leurs traits les plus acé­rés et les plus féroces, sachant par­fai­te­ment com­bien est intime le lien qui unit l’Église et ses prêtres. Les enne­mis les plus achar­nés du sacer­doce catho­lique sont aujourd’hui les enne­mis mêmes de Dieu ; voi­là un titre d’honneur qui rend le sacer­doce plus digne de res­pect et de vénération.

20. Elle est donc très sublime, Vénérables Frères, la digni­té du sacer­doce. Les fai­blesses de quelques indignes, si déplo­rables et dou­lou­reuses qu’elles soient, ne peuvent obs­cur­cir la splen­deur d’une si haute digni­té ; elles ne doivent pas faire oublier les mérites de tant de prêtres remar­quables par leur ver­tu, leur savoir, les œuvres de leur zèle, leur mar­tyre. D’autant plus que l’indignité du sujet ne rend pas inva­lides les actes de son minis­tère : l’indignité du ministre ne porte pas pré­ju­dice à la vali­di­té des sacre­ments qui tirent leur effi­ca­ci­té du Sang du Christ indé­pen­dam­ment de la sain­te­té de l’instrument : comme on dit en lan­gage sco­las­tique, ils pro­duisent leur effet « ex opere operato ».

21. Il est pour­tant très vrai qu’une pareille digni­té exige par elle-​même de celui qui en est revê­tu une élé­va­tion de pen­sées, une pure­té de cœurs, une sain­te­té de vie qui répondent à la subli­mi­té et à la sain­te­té de la fonc­tion sacer­do­tale. Celle-​ci, comme nous l’avons dit, fait du prêtre un média­teur entre Dieu et l’homme, au nom et par délé­ga­tion de celui qui est le seul média­teur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus homme (1 Tm 2, 5). Le prêtre doit donc s’approcher, autant qu’il est pos­sible, de la sain­te­té de celui dont il tient la place et se rendre tou­jours plus agréable à Dieu par la sain­te­té de sa vie et de ses œuvres ; car, plus que le par­fum de l’encens, plus que l’éclat des temples et des autels, Dieu aime la ver­tu et s’y com­plaît. « Ceux qui sont média­teurs entre Dieu et le peuple — dit saint Thomas — doivent briller devant Dieu par leur bonne conscience et devant les hommes par leur bonne renom­mée » [18]. D’autre part, si celui qui touche et admi­nistre les choses saintes mène une vie cou­pable, il les pro­fane et devient sacri­lège : « Ceux qui ne sont pas saints ne doivent pas tou­cher les choses saintes » [19].

22. C’est pour­quoi, déjà sous l’Ancienne Loi, Dieu com­man­dait à ses prêtres et à ses lévites : Qu’ils soient saints, parce que moi le Seigneur qui les sanc­ti­fie je suis saint (Lv 21, 8). Et Salomon le Sage, dans le can­tique pour la dédi­cace du temple, deman­dait pré­ci­sé­ment ceci pour les fils d’Aaron : Que tes prêtres se revêtent de la jus­tice, et que tes saints exultent (Ps 131, 9). Or, Vénérables Frères, « si une telle jus­tice, une telle sain­te­té et une telle promp­ti­tude — dirons-​nous avec saint Robert Bellarmin — étaient deman­dées à ces prêtres qui sacri­fiaient des bre­bis et des bœufs et louaient Dieu pour des bien­faits tem­po­rels, qu’est-il exi­gé, je vous le demande, de prêtres qui sacri­fient l’Agneau divin et rendent grâces pour des bien­faits éter­nels ? » [20]. « C’est une grande digni­té, s’écrie saint Laurent Justinien, une charge plus grande encore ; pla­cés sur un degré éle­vé, il faut aus­si qu’ils s’élèvent au som­met de la ver­tu ; autre­ment, ce n’est pas pour leur mérite, mais pour leur condam­na­tion qu’ils sont au-​dessus des autres » [21].

23. Et, en véri­té, toutes les rai­sons que Nous avons invo­quées plus haut pour démon­trer la digni­té du sacer­doce catho­lique, reviennent ici comme autant d’arguments pour démon­trer le devoir qui incombe aux prêtres d’une sublime sain­te­té, car, comme l’enseigne le doc­teur angé­lique, « pour s’acquitter digne­ment des fonc­tions sacer­do­tales, il ne suf­fit pas d’une ver­tu quel­conque, mais il faut une ver­tu excel­lente, afin que, de même que ceux qui reçoivent les ordres sont pla­cés au-​dessus des autres par le rang, ils leur soient aus­si supé­rieurs par le mérite de leur sain­te­té » [22]. De fait, le Sacrifice eucha­ris­tique, dans lequel s’immole la Victime imma­cu­lée qui enlève les péchés du monde, exige d’une façon par­ti­cu­lière que le prêtre, par une vie sainte et droite, se rende le moins indigne pos­sible du Dieu à qui, tous les jours, il offre cette Victime ado­rable, le Verbe de Dieu lui-​même incar­né par amour pour nous. « Reconnaissez ce que vous faites, imi­tez ce que vous accom­plis­sez » [23], dit l’Église par la bouche de l’évêque aux diacres qui vont être consa­crés prêtres. En outre, le prêtre dis­tri­bue la grâce de Dieu dont les sacre­ments sont les canaux ; mais il répu­gne­rait par trop que ce dis­pen­sa­teur fût lui-​même pri­vé de cette grâce si pré­cieuse, ou même qu’il en fit une piètre estime et s’en mon­trât gar­dien négligent.

24. De plus, il doit ensei­gner la véri­té de la foi ; or la véri­té reli­gieuse ne s’enseigne jamais si digne­ment et si effi­ca­ce­ment que lorsqu’elle est ensei­gnée par la ver­tu, car, selon l’adage cou­rant : « Les actes de ver­tu convainquent, mais les exemples entraînent ». Il doit annon­cer la loi évan­gé­lique, mais pour obte­nir que les autres l’embrassent, l’argument le plus acces­sible et le plus per­sua­sif, avec la grâce de Dieu, c’est la vue de cette loi mise en pra­tique dans la vie de celui qui en prêche l’observation. Et saint Grégoire le Grand en donne la rai­son : « La voix qui pénètre le plus faci­le­ment dans le cœur des audi­teurs est celle que la vie du pré­di­ca­teur appuie, car ce qu’il enseigne par ses paroles, il aide à le faire par son exemple » [24]. Aussi la Sainte Écriture dit pré­ci­sé­ment du divin Rédempteur qu’il com­men­ça par faire et ensei­gner (Ac 1, 1), et si les foules l’acclamaient, ce n’est pas tant parce que per­sonne n’a jamais par­lé comme cet homme (Jn 7, 46), mais bien plu­tôt parce qu’Il a bien fait toute chose (Mc 7, 37).

25. Et au contraire, ceux qui disent et ne font pas (Mt 23, 3) se rendent sem­blables aux scribes et aux pha­ri­siens que blâ­ma le divin Rédempteur, sau­ve­gar­dant cepen­dant l’autorité de la parole divine qu’ils prê­chaient légi­ti­me­ment, en disant au peuple qui l’écoutait : Les scribes et les pha­ri­siens sont assis dans la chaire de Moïse ; faites donc et obser­vez tout ce qu’ils vous disent, mais ne faites comme ils font (Mt 23, 2. 3). Un pré­di­ca­teur qui ne s’efforcerait pas de confir­mer par l’exemple de sa vie la véri­té qu’il annonce, détrui­rait d’une main ce qu’il bâtit de l’autre. En revanche, Dieu bénit lar­ge­ment les fatigues des hérauts de l’Évangile qui, avant tout, s’appliquent sérieu­se­ment à leur propre sanc­ti­fi­ca­tion. Ceux-​ci volent s’épanouir abon­dam­ment les fleurs et les fruits de leur apos­to­lat, et au jour de la mois­son, s’approchant, ils vien­dront avec joie, por­tant les gerbes de leur récolte (Ps 125, 6).

26. Quelle erreur très grave et très dan­ge­reuse com­met­trait le prêtre qui, entraî­né par faux zèle, négli­ge­rait sa propre sanc­ti­fi­ca­tion, pour se plon­ger entiè­re­ment dans les œuvres exté­rieures, si bonnes soient-​elles, du minis­tère sacer­do­tal. En agis­sant ain­si, non seule­ment il met­trait en péril son propre salut éter­nel, comme le grand Apôtre des Gentils le crai­gnait pour lui-​même : Je châ­tie mon corps et je le tiens en ser­vi­tude, de peur qu’après avoir prê­ché aux autres, je ne sois moi-​même réprou­vé (1 Co 9, 27) ; mais il s’exposerait aus­si à perdre, sinon la grâce divine, du moins cette onc­tion du Saint-​Esprit, qui donne à l’apostolat exté­rieur une force et une effi­ca­ci­té merveilleuses.

27. Du reste, s’il est dit à tous les chré­tiens : Soyez… par­faits comme votre Père céleste est par­fait (Mt 5, 48), com­bien plus les prêtres doivent-​ils consi­dé­rer comme leur étant adres­sées ces paroles du divin Maître, eux qui sont appe­lés par spé­ciale voca­tion à le suivre de plus près. C’est pour­quoi l’Église inculque ouver­te­ment à tous les clercs ce très grave devoir, en l’insérant dans le code de ses lois. « Les clercs doivent mener une vie inté­rieu­re­ment et exté­rieu­re­ment plus sainte que celle des laïques et leur être exemple sublime par la ver­tu et la rec­ti­tude de leurs actions » [25]. Le prêtre s’acquitte d’une mis­sion au nom du Christ (2 Co, 5, 20), il doit donc vivre de manière à pou­voir faire siennes les paroles de l’Apôtre : Soyez mes imi­ta­teurs comme je le suis du Christ (1 Co 4, 16 ; 11, 1). Il doit vivre comme un autre Christ qui, par l’éclat de ses ver­tus, illu­mi­nait et illu­mine encore le monde.

28. Mais si toutes les ver­tus chré­tiennes doivent fleu­rir dans une âme sacer­do­tale, il en est cepen­dant cer­taines qui conviennent au prêtre de façon plus par­ti­cu­lière et lui sont comme propres. La pre­mière de toutes est la pié­té, selon l’exhortation de l’Apôtre à son cher Timothée : Exerce-​toi à la pié­té (1 Tm 4, 7). De fait, si les rap­ports du prêtre avec Dieu sont si intimes, si fré­quents et si déli­cats, ils doivent être accom­pa­gnés et comme embau­més du par­fum de la pié­té ; si la pié­té est utile à tout (1 Tm 4, 8), elle est utile par-​dessus tout pour bien exer­cer le minis­tère sacer­do­tal. Sans la pié­té, les plus saintes pra­tiques, les plus augustes rites du minis­tère sacré seront exé­cu­tés méca­ni­que­ment et avec rou­tine. Il leur man­que­ra l’esprit, l’onction, la vie. Aussi, la pié­té dont nous par­lons, Vénérables Frères, n’est pas cette pié­té incons­tante et super­fi­cielle qui plaît mais ne nour­rit pas, qui flatte mais ne sanc­ti­fie pas. Il s’agit de cette pié­té solide, qui n’est pas sou­mise aux fluc­tua­tions inces­santes du sen­ti­ment, mais s’appuie sur les prin­cipes de la doc­trine la plus sûre, et s’édifie sur des convic­tions fermes qui résistent aux assauts et aux séduc­tions de la ten­ta­tion. Si elle doit en pre­mier lieu avoir pour objet le Père qui est dans les cieux, cette pié­té doit aus­si s’étendre à la Mère de Dieu ; et elle doit, chez le prêtre, dépas­ser en ten­dresse celle du simple fidèle, d’autant que sont plus véri­tables et pro­fondes les res­sem­blances entre les rap­ports du prêtre et du Christ et ceux de Marie avec son divin Fils.

29. Intimement unie à la pié­té dont elle doit rece­voir éclat et fer­me­té, l’autre perle brillante du sacer­doce catho­lique est la chas­te­té les clercs de l’Église latine qui ont reçu les Ordres majeurs sont tenus à l’observer tota­le­ment, et cela sous une obli­ga­tion si grave, que s’ils la trans­gres­saient, ils se ren­draient cou­pables jusqu’au sacri­lège [26].

Si une même loi ne lie pas dans toute sa rigueur les clercs de l’Église orien­tale, chez eux aus­si pour­tant le céli­bat catho­lique est en hon­neur ; et dans cer­tains cas, spé­cia­le­ment pour les plus hauts degrés de la hié­rar­chie, c’est une condi­tion néces­saire et obligatoire.

La seule lumière de la rai­son fait per­ce­voir un lien indu­bi­table entre cette ver­tu et le minis­tère sacer­do­tal puisque Dieu est esprit (Jn 4, 24), il convient que celui qui se voue et se consacre à son ser­vice « se dépouille de son corps » en quelque manière. Déjà les anciens Romains avaient entre­vu cette conve­nance. Une de leurs lois, qui se for­mu­lait ain­si « qu’on s’approche chas­te­ment des dieux », est citée par leur plus grand ora­teur avec ce com­men­taire : « La loi ordonne de s’approcher chas­te­ment des dieux, c’est-à-dire avec une âme chaste, puisque c’est en elle que tout réside, et cela ne dis­pense pas de la pure­té du corps ; celle-​ci est sup­po­sée, puisque l’âme l’emporte de beau­coup sur le corps. Remarquez d’ailleurs que, pour s’approcher avec un corps pur, il faut que la pure­té soit gar­dée bien mieux encore par l’âme » [27]. Sous l’Ancienne Loi, Moïse com­man­da au nom de Dieu à Aaron et à ses fils de ne pas sor­tir du Tabernacle et donc d’observer la conti­nence pen­dant les sept jours durant les­quels se fai­sait leur consé­cra­tion (cf. Lv 8, 33–35).

30. Mais au sacer­doce chré­tien, si supé­rieur à l’ancien, conve­nait une pure­té beau­coup plus grande. De fait, la loi du céli­bat ecclé­sias­tique, dont la pre­mière trace écrite, qui sup­pose évi­dem­ment une cou­tume plus ancienne, se ren­contre dans un canon du Concile d’Elvire [28] au début du IVe siècle, alors que la per­sé­cu­tion sévis­sait encore, ne fait que rendre obli­ga­toire une cer­taine exi­gence morale, pourrions-​nous dire, qui res­sort de l’Évangile et la pré­di­ca­tion apos­to­lique. Constater la haute estime dont le divin Maître avait fait montre pour la chas­te­té en l’exaltant comme une chose qui dépasse les forces ordi­naires (cf. Mt 19, 11) ; savoir qu’il était « fleur d’une mère vierge » [29], et depuis l’enfance éle­vé dans la famille vir­gi­nale de Marie et de Joseph ; voir sa pré­di­lec­tion pour les âmes pures, comme les deux Jean, le Baptiste et l’Évangéliste ; entendre le grand Apôtre Paul, fidèle inter­prète de la loi évan­gé­lique et des pen­sées du Christ, prê­cher le prix ines­ti­mable de la vir­gi­ni­té, spé­cia­le­ment dans le but d’un ser­vice de Dieu plus assi­du : celui qui est sans épouse se pré­oc­cupe des choses du Seigneur ; il cherche com­ment plaire à Dieu (1 Co 7, 32) ; tout cela devrait pour ain­si dire néces­sai­re­ment faire sen­tir aux prêtres de la Nouvelle Alliance l’attrait céleste de cette ver­tu choi­sie, leur faire dési­rer d’être du nombre de ceux à qui il a été don­né de com­prendre cette parole (cf. Mt 19, 11), et leur faire adop­ter spon­ta­né­ment cette obser­vance, sanc­tion­née très tôt par une loi très grave dans toute l’Église latine, « afin que ce que les Apôtres ont ensei­gné — comme l’affirme à la fin du IVe siècle le IIIe Concile de Carthage — et ce que nos pré­dé­ces­seurs ont obser­vé, nous aus­si, nous y soyons fidèles » [30].

31. Il ne manque pas de témoi­gnages d’illustres Pères orien­taux qui exaltent la beau­té et l’excellence du céli­bat ecclé­sias­tique et montrent qu’à cette époque il y avait accord et confor­mi­té entre l’Église latine et l’Église orien­tale. Saint Épiphane, à la fin du IVe siècle, atteste que la loi du céli­bat s’étendait déjà aux sous-​diacres. « (L’Église) n’admet cepen­dant pas au dia­co­nat, à la prê­trise, à l’épiscopat, au sous-​diaconat, celui qui est encore dans les liens du mariage, mais seule­ment celui qui a renon­cé à la vie conju­gale ou est veuf ; ce qui se fait sur­tout là où on observe avec soin les canons de l’Église » [31]. Mais le plus élo­quent en cette matière c’est le saint diacre d’Édesse, le Docteur de l’Église uni­ver­selle, Ephrem le Syrien, « appe­lé à juste titre la cithare de l’Esprit Saint » [32]. Il s’adresse dans un de ses chants à son ami l’évêque Abraham : « Tu es digne de ton nom, Abraham, lui dit-​il, parce que tu es deve­nu le père de nom­breux enfants. Mais parce que tu n’as pas d’épouse, comme Abraham avait pour femme Sarah, ton épouse à toi, c’est ton trou­peau. Élève tes fils dans la véri­té, qu’ils deviennent pour toi fils de l’esprit et fils de la pro­messe, afin qu’ils deviennent héri­tiers dans le Paradis. Ô beau fruit de la chas­te­té, en qui le sacer­doce s’est com­plu…, l’huile sainte a cou­lé, et il t’a oint, t’a impo­sé les mains et il t’a choi­si ; l’Église t’a dis­cer­né et t’aime » [33]. Et ailleurs : « Il ne suf­fit pas au prêtre et à sa digni­té de se puri­fier l’âme, de se puri­fier la langue, les mains et tout le corps, quand il offre le corps vivant (du Christ), mais c’est en tout temps qu’il doit être pur, parce qu’il est éta­bli comme média­teur entre Dieu et le genre humain. Louange à celui qui a vou­lu une telle pure­té chez ses ministres » [34]. Et saint Jean Chrysostome affirme que « pour cette rai­son, celui qui exerce le sacer­doce doit être pur comme s’il se trou­vait dans les cieux au milieu des Puissances » [35].

32. Du reste, la subli­mi­té même, ou pour employer l’expression de saint Épiphane « l’honneur et la digni­té incroyables » [36] du sacer­doce chré­tien, que Nous avons déjà briè­ve­ment expo­sés, démontrent la conve­nance suprême du céli­bat ecclé­sias­tique et de la loi qui l’impose aux ministres de l’autel : celui qui rem­plit un office qui dépasse d’une cer­taine manière celui de purs esprits qui se tiennent devant le Seigneur (cf. Ph 3, 20), n’est-il pas juste qu’il soit obli­gé de vivre autant qu’il est pos­sible comme un pur esprit ? Celui qui doit être tout entier aux affaires du Seigneur (Lc 2, 49 ; 1 Co 7, 32), n’est-il pas juste qu’il soit entiè­re­ment déta­ché des choses ter­restres et que sa vie soit tou­jours dans les cieux ? (cf. Tb 12, 15) Celui qui doit être sans cesse pré­oc­cu­pé du salut éter­nel des âmes et conti­nuer vis-​à-​vis d’elles l’œuvre du Rédempteur, n’est-il pas juste qu’il se libère des pré­oc­cu­pa­tions d’une famille propre qui absor­be­raient une grande par­tie de son activité ?

33. Et en véri­té, c’est un spec­tacle qui mérite une admi­ra­tion émue, quelque fré­quent qu’il soit dans l’Église catho­lique, que de voir de jeunes lévites qui, avant de rece­voir l’ordre sacré du sous-​diaconat, c’est-à-dire avant de se consa­crer entiè­re­ment au ser­vice et au culte de Dieu, renoncent libre­ment aux joies et aux satis­fac­tions qu’ils pour­raient légi­ti­me­ment se per­mettre dans un autre genre de vie ! Nous disons « libre­ment » parce que si, après l’ordination, ils ne seront plus libres de contrac­ter un mariage ter­restre, à l’ordination même, ils se pré­sentent sans y être contraints par aucune loi ni par aucune per­sonne, mais spon­ta­né­ment et de leur propre mou­ve­ment [37].

Tout ce que Nous avons dit pour recom­man­der le céli­bat ecclé­sias­tique, Notre inten­tion n’est pas qu’on l’interprète comme un blâme et une remon­trance à l’égard de la dis­ci­pline dif­fé­rente, légi­ti­me­ment admise dans l’Église orien­tale. Nous le disons uni­que­ment pour exal­ter dans le Seigneur cette véri­té que nous consi­dé­rons comme une des gloires les plus pures du sacer­doce catho­lique et qui Nous paraît répondre mieux aux dési­rs du Cœur de Jésus et à ses des­seins sur les âmes sacerdotales.

34. Non moins que par la chas­te­té, le prêtre catho­lique doit se faire remar­quer par son dés­in­té­res­se­ment. Au milieu d’un monde cor­rom­pu où tout se vend et tout s’achète, il doit pas­ser exempt de tout égoïsme, sain­te­ment dédai­gneux de toute basse cupi­di­té et de gain ter­restre, se don­nant à la recherche des âmes, non de l’argent, de la gloire de Dieu, non de la sienne. Il n’est ni le mer­ce­naire qui tra­vaille pour béné­fi­cier d’une récom­pense tem­po­relle, ni le fonc­tion­naire qui, tout en s’appliquant conscien­cieu­se­ment à rem­plir les devoirs de son emploi, pense aus­si à sa car­rière et à son avan­ce­ment ; il est le bon sol­dat du Christ qui ne s’embarrasse pas dans les affaires du monde, pour plaire à celui auquel il s’est consa­cré (2 Tm 2, 3.4) ; il est le ministre de Dieu et le père des âmes. Il sait que son tra­vail et ses sou­cis ne peuvent trou­ver une juste com­pen­sa­tion dans les tré­sors et les hon­neurs de la terre. Il ne lui est pas inter­dit de rece­voir ce qui est conve­nable pour son entre­tien, selon cette parole de l’Apôtre : Ceux qui servent à l’autel par­ti­cipent à l’autel… ; le Seigneur lui-​même a pres­crit à ceux qui annoncent l’Évangile de vivre de l’Évangile (1 Co 9, 13.14) ; mais « appe­lé dans l’héritage du Seigneur », comme l’indique son nom même de clerc, qu’il n’attende d’autre récom­pense que celle que Jésus pro­met­tait à ses Apôtres : Votre récom­pense est grande dans les cieux (Mt 5, 12), celle-​là même que Dieu avait pré­dite à Abraham : Je serai ta récom­pense très grande (Gn 15, 1).

35. Malheur au prêtre si, oublieux des divines pro­messes, il com­men­çait à se mon­trer avide d’un gain hon­teux (Tt 1, 7) et s’il entrait dans la foule de ces mon­dains sur qui l’Église gémit avec l’Apôtre : Tous cherchent leurs propres inté­rêts, non ceux de Jésus-​Christ (Ph 2, 21). En pareil cas, outre qu’il man­que­rait à sa voca­tion, le prêtre ne recueille­rait que le mépris de son peuple lui-​même, qui ver­rait en lui une déplo­rable contra­dic­tion entre sa conduite et la doc­trine évan­gé­lique, si clai­re­ment expri­mée par Jésus, qu’il doit prê­cher : Ne vous faites pas de tré­sors sur terre où la rouille et les vers les attaquent et où les voleurs fouillent et dérobent. Faites-​vous des tré­sors dans les cieux (Mt 6, 19.20). Si l’on pense qu’un apôtre du Christ, un des douze (Mt 26, 14 ; Mc 14, 10 ; Lc 22, 3), comme notent tris­te­ment les Évangélistes, Judas, fut conduit à l’abîme de l’iniquité pré­ci­sé­ment par l’esprit de cupi­di­té des biens ter­restres, on com­prend faci­le­ment que ce même esprit ait pu cau­ser tant de dom­mages dans l’Église à tra­vers les siècles. La cupi­di­té, qui est appe­lée par le Saint-​Esprit la racine de tous les vices (1 Tm 6, 10), peut entraî­ner à n’importe quelle faute ; et même s’il ne va pas si loin, un prêtre atteint d’un pareil vice, consciem­ment ou incons­ciem­ment, fait cause com­mune avec les enne­mis de Dieu et de l’Église et coopère à leurs des­seins iniques.

36.Au contraire, un dés­in­té­res­se­ment sin­cère conci­lie au prêtre toutes les âmes, d’autant plus que ce déta­che­ment des biens de la terre, quand il pro­vient de la force intime de la foi, est tou­jours accom­pa­gné de cette tendre com­pas­sion pour tous les mal­heu­reux, qui trans­forme le prêtre en un vrai père des pauvres, se sou­ve­nant de ces paroles tou­chantes du Seigneur Tout ce que vous aurez fait aux plus petits de mes frères, c’est à moi-​même que vous l’aurez fait (Mt 25, 40) ; il voit, vénère et aime en eux Jésus-​Christ lui-​même avec une affec­tion toute particulière.

37. Libéré ain­si des prin­ci­paux liens qui pour­raient le tenir atta­ché à la terre, liens d’une famille per­son­nelle, liens de l’intérêt propre, le prêtre catho­lique sera mieux dis­po­sé à être enflam­mé de ce feu céleste qui s’échappe du Coeur de Jésus et ne cherche qu’à se com­mu­ni­quer aux coeurs apos­to­liques pour embra­ser toute la terre (cf. Lc 12, 49) : à savoir le feu du zèle. Ce zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes doit, comme il est dit de Jésus dans l’Écriture Sainte (cf. Ps 68, 10 ; Jn 2, 17), consu­mer le prêtre, faire qu’il s’oublie lui-​même et qu’il oublie toutes les choses ter­restres, l’inciter puis­sam­ment à se consa­crer tout entier à sa sublime mis­sion, en cher­chant sans cesse des moyens plus effi­caces pour la rem­plir tou­jours plus lar­ge­ment et tou­jours mieux.

Comment un prêtre peut-​il médi­ter l’Évangile, entendre la plainte du bon Pasteur : J’ai d’autres bre­bis qui ne sont pas de ce ber­cail et il faut que je les y conduise (Jn 10, 16), voir les champs déjà blan­chis pour la mois­son (Jn 4, 35) et ne pas sen­tir son coeur s’enflammer du désir de conduire ces âmes au coeur du Pasteur, ne pas s’offrir au Maître de la mois­son comme un ouvrier infa­ti­gable ? Comment un prêtre peut-​il voir, non seule­ment dans les pays de Missions, mais aus­si, hélas dans des pays chré­tiens depuis des siècles, tant de pauvres mal­heu­reux, gisant comme des bre­bis sans pas­teur (Mt 9, 36) et ne pas entendre en lui un écho pro­fond de cette divine com­pas­sion, dont le Coeur du Fils de Dieu fut tant de fois ému ? (cf. Mt 9, 36 ; 14, 14 ; 15, 32 ; Mc 6, 34 ; 8, 2, etc.) Nous par­lons d’un prêtre qui sait qu’il a sur les lèvres la parole de vie et dans ses mains les moyens divins de régé­né­ra­tion et de salut. Mais, Dieu en soit loué, cette flamme du zèle apos­to­lique est pré­ci­sé­ment un des plus brillants rayons qui illu­minent le sacer­doce catho­lique ; et c’est avec le coeur débor­dant de conso­la­tion pater­nelle que Nous voyons Nos Frères et Nos très chers Fils, les évêques et les prêtres, comme une milice choi­sie, tou­jours prête à cou­rir à l’appel du Chef, aux dif­fé­rents fronts de l’immense champ de bataille où se livrent les âpres com­bats de la véri­té contre l’erreur, de la lumière contre les ténèbres, du Règne de Dieu contre le règne de Satan.

38. Mais du fait même que le sacer­doce catho­lique consti­tue une milice agile et valeu­reuse, découle la néces­si­té de l’esprit de dis­ci­pline, ou pour employer un mot plus pro­fon­dé­ment chré­tien, la néces­si­té de l’obéissance : cette obéis­sance qui unit har­mo­nieu­se­ment entre eux les dif­fé­rents degrés de la hié­rar­chie ecclé­sias­tique. Comme dit l’évêque dans une moni­tion aux ordi­nands : « Une varié­té admi­rable règne dans la consti­tu­tion et dans le gou­ver­ne­ment de l’Église, celle-​ci consacre des Pontifes et des prêtres d’un ordre infé­rieur, et cepen­dant un seul corps, celui du Christ, est consti­tué par cette mul­ti­tude de membres de digni­té inégale » [38]. Cette obéis­sance, les prêtres l’ont pro­mise à leur évêque au moment où ils s’éloignent de lui, immé­dia­te­ment après avoir reçu l’onction sacrée ; cette obéis­sance, les évêques à leur tour l’ont jurée le jour de leur consé­cra­tion au Chef suprême visible de l’Église, au suc­ces­seur de saint Pierre, au Vicaire de Jésus-​Christ. Que l’obéissance lie donc tou­jours plus for­te­ment entre eux les dif­fé­rents membres de la sainte hié­rar­chie, qu’elle les unisse tou­jours plus étroi­te­ment à leur Chef, ren­dant ain­si l’Église mili­tante vrai­ment ter­rible aux enne­mis de Dieu, comme une armée ran­gée en bataille (Ct 6, 3.9) : que l’obéissance tem­père le zèle peut-​être trop ardent des uns et qu’elle sti­mule la fai­blesse et la lan­gueur des autres ; qu’elle assigne à cha­cun son poste et ses attri­bu­tions, et que cha­cun les accepte sans des résis­tances qui ne feraient qu’entraver l’oeuvre magni­fique qu’accomplit l’Église dans le monde ; que cha­cun voie, dans les mesures prises par ses Supérieurs hié­rar­chiques, les pré­ceptes du vrai et unique Chef, à qui tous obéissent, Jésus-​Christ Notre-​Seigneur, qui s’est fait pour nous obéis­sant jusqu’à la mort et jusqu’à la mort de la croix (Ph 2, 8).

39. De fait, le divin et suprême Pontife a vou­lu que son obéis­sance très par­faite au Père Éternel nous fût mani­fes­tée d’une manière toute par­ti­cu­lière, et c’est pour­quoi nom­breux sont les témoi­gnages des pro­phètes et des évan­gé­listes qui affirment cette entière sou­mis­sion du Fils de Dieu à la volon­té du Père : En entrant dans le monde il a dit : Vous n’avez vou­lu ni sacri­fice ni obla­tion, mais vous m’avez for­mé un corps… Alors j’ai dit : me voi­ci ; il est écrit de moi en tête du livre que je fasse, mon Dieu, votre volon­té (Hb 10, 5–7). Et il leur était sou­mis (Lc 2, 51). Ma nour­ri­ture est de faire la volon­té de celui qui m’a envoyé (Jn 4, 34). Et même sur la croix, il ne vou­lut pas remettre son âme entre les mains du Père sans avoir d’abord décla­ré que tout ce que les Saintes Écritures avaient pré­dit de lui était accom­pli, c’est-à-dire toute la mis­sion qui lui avait été confiée par le Père, jusqu’au der­nier et si pro­fon­dé­ment mys­té­rieux Sitio, qu’il pro­non­ça pour que l’Écriture fût accom­plie (Jn 19, 28), en vou­lant mon­trer par là que même le zèle le plus ardent doit être tou­jours pro­fon­dé­ment sou­mis à la volon­té du Père, c’est-à-dire tou­jours réglé par l’obéissance à l’égard de ceux qui tiennent pour nous la place du Père et nous font connaître ses volon­tés, les Supérieurs hié­rar­chiques légitimes.

40. Mais la figure du prêtre catho­lique que Nous vou­lons mettre en lumière au regard du monde entier serait incom­plète si Nous omet­tions de faire men­tion d’une autre qua­li­té très impor­tante que l’Église exige de lui : la science. Le prêtre catho­lique est consti­tué maître en Israël (Jn 3, 10), ayant reçu de Jésus le devoir et la mis­sion d’enseigner la véri­té : Enseignez toutes les nations (Mt 28, 19). Il doit ensei­gner la doc­trine du salut, et de cet ensei­gne­ment, comme l’en aver­tit l’Apôtre des Gentils, il est rede­vable aux sages et aux igno­rants (Rm 1, 14). Mais com­ment pourrait-​il l’enseigner s’il ne la pos­sède pas : Les lèvres du prêtre sont les gar­diennes de la science, et c’est de sa bouche qu’on demande l’enseignement, dit le Saint-​Esprit dans Malachie (Ml 2, 7) ; et per­sonne ne pour­rait, pour recom­man­der la science sacer­do­tale, pro­non­cer une parole plus grave que celle que la Sagesse divine elle-​même dit un jour par la bouche d’Osée : Parce que tu as reje­té la science, je te rejet­te­rai de mon sacer­doce (Os 4, 6). Le prêtre doit pos­sé­der plei­ne­ment la doc­trine de la foi et de la morale catholique.

41. Il doit savoir la pro­po­ser, il doit savoir rendre rai­son des dogmes, des lois, du culte de l’Église dont il est le ministre ; il doit dis­si­per l’ignorance qui, mal­gré les pro­grès de la science pro­fane, enté­nèbre en matière de reli­gion l’esprit de tant de nos contem­po­rains. Jamais n’a été si oppor­tun qu’aujourd’hui l’avertissement de Tertullien : « Parfois, le seul désir de la véri­té est de ne pas être condam­née sans être connue » [39]. C’est le devoir du prêtre de débar­ras­ser les intel­li­gences des pré­ju­gés et des erreurs, accu­mu­lés par la haine des adver­saires : à l’âme moderne qui cherche anxieu­se­ment la véri­té, il doit savoir la mon­trer avec une sereine fran­chise ; à l’âme encore dans l’incertitude, tra­vaillée par le doute, il doit ins­pi­rer cou­rage et confiance et la gui­der avec une tran­quille assu­rance vers le port sûr de la véri­té consciem­ment et for­te­ment embras­sée ; aux assauts de l’erreur opi­niâtre et obs­ti­née, il doit savoir oppo­ser une résis­tance éner­gique et vigou­reuse, mais tout à la fois calme et solide.

Il est donc néces­saire, Vénérables Frères, que le prêtre, même au milieu des occu­pa­tions pres­santes de son saint minis­tère, et pour bien s’acquitter de celui-​ci, conti­nue l’étude sérieuse et pro­fonde des dis­ci­plines théo­lo­giques, qu’il ajoute au bagage suf­fi­sant de science qu’il aura empor­té du sémi­naire, une éru­di­tion sacrée tou­jours plus riche qui le rende tou­jours plus apte à la sainte pré­di­ca­tion et à la direc­tion des âmes [40].

42. En outre, pour l’honneur de la fonc­tion qu’il exerce et pour s’attirer comme il convient la confiance et l’estime du peuple qui sont si utiles pour l’efficacité de son œuvre pas­to­rale, le prêtre doit pos­sé­der ce patri­moine de connais­sances (même si elles ne se rap­portent pas stric­te­ment aux sciences sacrées) qui sont com­munes aux hommes culti­vés de son temps, c’est-à-dire qu’il devra être sai­ne­ment moderne à l’exemple de l’Église catho­lique, qui embrasse tous les temps et tous les milieux, s’y adapte, bénit et favo­rise toutes les saines ini­tia­tives et n’a pas peur des pro­grès, même les plus har­dis de la science, pour­vu qu’il s’agisse d’une science authen­tique. Dans tous les temps, le cler­gé catho­lique s’est dis­tin­gué dans tous les domaines du savoir humain ; par­mi les siècles d’autrefois, il en fut où il était tel­le­ment à l’avant-garde du savoir que clerc devint syno­nyme de savant. Et après avoir gar­dé et sau­vé les tré­sors de la culture antique qui, sans elle et ses monas­tères, se seraient presque entiè­re­ment per­dus, l’Église a mon­tré dans ses plus illustres doc­teurs com­ment toutes les connais­sances humaines peuvent ser­vir à confir­mer et à défendre la foi catho­lique ; de cette véri­té, Nous avons Nous-​même récem­ment don­né au monde une lumi­neuse illus­tra­tion, en cou­ron­nant du nimbe des saints et de l’auréole des doc­teurs ce grand Maître de l’éminent saint Thomas d’Aquin, cet Albert le Teutonique, que ses contem­po­rains hono­raient déjà du nom de Grand et de Docteur universel.

43. Aujourd’hui, évi­dem­ment, on ne peut deman­der que le cler­gé tienne pareille­ment la tête dans tous les domaines du savoir ; le patri­moine scien­ti­fique de l’humanité est deve­nu chose tel­le­ment vaste qu’aucun homme ne peut le pos­sé­der entiè­re­ment, encore moins deve­nir remar­quable dans cha­cune de ses innom­brables branches. Mais, d’une part, on doit avec pru­dence encou­ra­ger et aider ceux des membres du cler­gé qui, par leurs goûts et leurs dons spé­ciaux, se sentent appe­lés à culti­ver et appro­fon­dir telle ou telle science, tel ou tel art qui ne mes­sied pas à leur pro­fes­sion ecclé­sias­tique, parce que ces études, si on les main­tient dans les limites néces­saires et sous la direc­tion de l’Église, tournent à l’honneur de cette même Église et à la gloire de son divin Chef Jésus-​Christ ; d’autre part, tous les autres clercs ne doivent pas se conten­ter de ce qui suf­fi­sait peut-​être en d’autres temps, mais être en état d’acquérir, ou plu­tôt pos­sé­der en fait, une culture géné­rale plus vaste et plus com­plète, qui réponde au niveau plus éle­vé et à l’extension plus consi­dé­rable, qu’en com­pa­rai­son avec les siècles pas­sés a, géné­ra­le­ment par­lant, atteint de nos jours la culture moderne.

44. Que si par­fois le Seigneur qui se joue dans le monde (Pv 8, 31) a vou­lu éle­ver à la digni­té sacer­do­tale et opé­rer des mer­veilles de bien par l’intermédiaire d’hommes presque entiè­re­ment dépour­vus de ce patri­moine de connais­sances dont nous par­lons, ce fut pour que nous appre­nions tous à esti­mer plus la sain­te­té que la science, à ne pas mettre plus de confiance dans les moyens humains que dans les moyens divins ; en d’autres termes, c’est parce que le monde a besoin de temps à autre de s’entendre répé­ter cette leçon pra­tique : Ce qui est fou aux jeux du monde, Dieu l’a choi­si pour confondre les sages… pour qu’aucune chair ne se glo­ri­fie devant lui (1 Co 1, 27. 29). Mais, comme dans le domaine de la nature les miracles sus­pendent pour un moment l’effet des lois phy­siques sans les sup­pri­mer, ain­si l’existence de ces hommes, vrais miracles vivants, ne détruit pas la véri­té et la néces­si­té de ce que Nous venons de dire.

45. Cette néces­si­té de la ver­tu et de la science, cette exi­gence d’être un exemple et d’édifier, d’être cette bonne odeur du Christ (2 Co 2, 15) que le prêtre doit par-​dessus tout répandre autour de lui chez ceux qui l’approchent, est aujourd’hui plus oppor­tune que jamais. En effet, l’Action Catholique, ce mou­ve­ment si conso­lant qui sait pous­ser les âmes vers le plus sublime idéal de per­fec­tion, met les laïques en contact plus fré­quent et en col­la­bo­ra­tion plus intime avec le prêtre ; non seule­ment — ce qui est natu­rel — ils se tournent vers lui comme vers un guide, mais ils le regardent aus­si comme un exemple de vie chré­tienne et de ver­tu apostolique.

46. De la digni­té si émi­nente du sacer­doce et des qua­li­tés si rele­vées qu’il réclame, dérive, Vénérables Frères, l’inéluctable néces­si­té de don­ner aux can­di­dats du sanc­tuaire une for­ma­tion proportionnée.

Consciente de cette néces­si­té, l’Église n’a peut-​être jamais, au cours des siècles, témoi­gné pour aucune autre oeuvre une aus­si tendre sol­li­ci­tude, une aus­si mater­nelle pré­oc­cu­pa­tion que pour la for­ma­tion de ses prêtres. Elle n’ignore pas que si l’état reli­gieux et moral des peuples dépend en grande par­tie du sacer­doce, l’avenir du prêtre lui-​même dépend de la for­ma­tion qu’il aura reçue ; pour lui aus­si se véri­fie la parole de l’Esprit-Saint : De la voie par laquelle il aura été ache­mi­né dans son ado­les­cence, il ne s’éloignera pas dans sa vieillesse (Pv 22, 6). Aussi l’Église, conduite par l’Esprit Saint, a vou­lu que par­tout fussent éri­gés des Séminaires pour y éle­ver et y for­mer avec un soin tout par­ti­cu­lier les aspi­rants au sacerdoce.

Le Séminaire est donc et doit être comme la pupille de vos yeux, Vénérables Frères, qui par­ta­gez avec Nous le redou­table far­deau du gou­ver­ne­ment de l’Église. Il est et doit être l’objet prin­ci­pal de vos préoccupations.

47. Avant tout, votre pre­mier soin sera le choix des Supérieurs, des Maîtres et tout par­ti­cu­liè­re­ment du Directeur spi­ri­tuel auquel incombe une part si déli­cate et si impor­tante dans la for­ma­tion de l’âme sacer­do­tale. Donnez à vos Séminaires les prêtres les meilleurs ; ne crai­gnez pas de les déro­ber même à des charges appa­rem­ment plus brillantes, mais ne pou­vant, en réa­li­té, se com­pa­rer à cette oeuvre capi­tale et irrem­pla­çable ; au besoin, faites-​les venir du dehors, de par­tout où vous en trou­ve­rez vrai­ment à la hau­teur d’une si noble tâche ; choisissez-​les tels que, par l’exemple encore plus que par la parole, ils enseignent les ver­tus sacer­do­tales et qu’ils sachent infu­ser, avec la science, un esprit solide, viril, apos­to­lique ; qu’ils fassent fleu­rir dans le Séminaire la pié­té, la pure­té, la dis­ci­pline, les études ; qu’ils pré­mu­nissent avec pru­dence les jeunes clercs non seule­ment contre les ten­ta­tions pré­sentes, mais aus­si contre les périls autre­ment graves aux­quels ils se trou­ve­ront expo­sés dans le monde où ils sont appe­lés à vivre un jour pour le salut de tous (1 Co 9, 22).

48. Et pour que les futurs prêtres puissent avoir cette science qu’exigent les temps pré­sents, comme Nous l’avons expo­sé plus haut, il est d’une suprême impor­tance qu’après une solide for­ma­tion clas­sique, ils soient ini­tiés et entraî­nés à la phi­lo­so­phie sco­las­tique « selon la méthode, la doc­trine et les prin­cipes du Docteur angé­lique » [41]. Cette « phi­lo­so­phie de tous les temps, phi­lo­so­phia per­en­nis », comme l’appelle Notre grand Prédécesseur Léon XIII, non seule­ment leur est néces­saire pour appro­fon­dir le dogme, mais aus­si les pré­mu­nit effi­ca­ce­ment contre les erreurs modernes, quelles qu’elles soient, en ren­dant leur esprit apte à dis­tin­guer net­te­ment le vrai du faux ; dans les ques­tions de tout genre et dans les autres études qu’ils auront à faire, elle leur don­ne­ra aus­si une clar­té de vue intel­lec­tuelle, qui sur­pas­se­ra de beau­coup celle d’autres, munis d’une plus grande éru­di­tion, mais pri­vés de cette for­ma­tion philosophique.

49. Et si, comme le cas se pré­sente en cer­taines régions, l’exiguïté des dio­cèses, ou la dou­lou­reuse pénu­rie de voca­tions, ou le manque de res­sources et d’hommes capables ne per­met­taient pas à chaque dio­cèse d’avoir son propre Séminaire bien orga­ni­sé selon toutes les règles du Droit cano­nique [42] et les autres pres­crip­tions ecclé­sias­tiques, il serait sou­ve­rai­ne­ment oppor­tun que les évêques de la région se prê­tassent un fra­ter­nel concours pour unir leurs forces et les concen­trer sur un Séminaire com­mun cor­res­pon­dant plei­ne­ment à sa haute des­ti­na­tion. Les grands avan­tages d’une telle concen­tra­tion com­pen­se­ront ample­ment les sacri­fices à sup­por­ter ; et s’il est dou­lou­reux pour le coeur pater­nel de l’évêque de voir ses chers lévites s’éloigner momen­ta­né­ment du Pasteur qui aurait aimé trans­mettre lui-​même à ses futurs col­la­bo­ra­teurs son esprit apos­to­lique, s’éloigner aus­si du sol même qui sera un jour leur champ d’apostolat, le sacri­fice lui sera payé avec usure quand il les ver­ra reve­nir mieux for­més et plus riches de ce patri­moine spi­ri­tuel qu’ils pour­ront ensuite dépen­ser en plus grande abon­dance et au plus grand pro­fit de leur dio­cèse. Voilà pour­quoi Nous n’avons négli­gé aucune occa­sion d’encourager, de pro­mou­voir, de favo­ri­ser pareilles ini­tia­tives ; sou­vent même Nous les avons sug­gé­rées et recom­man­dées. Bien plus, pour Notre propre compte, là où Nous l’avons esti­mé néces­saire, Nous avons Nous-​même éri­gé, per­fec­tion­né, ampli­fié quelques-​uns de ces Séminaires régio­naux, cha­cun le sait, et cela non sans lourdes dépenses ni gros sou­cis ; Dieu aidant, Nous conti­nue­rons encore, dans l’avenir, à consa­crer tout Notre zèle à une oeuvre que Nous ran­geons par­mi les plus utiles au bien de l’Église.

50. Pourtant, tout ce magni­fique effort pour l’éducation des élèves du sanc­tuaire ser­vi­rait peu sans une soi­gneuse sélec­tion des can­di­dats en faveur des­quels sont éri­gés et entre­te­nus les Séminaires. A cette sélec­tion ont à concou­rir tous ceux qui sont pré­po­sés à la for­ma­tion du cler­gé : Supérieurs, Directeurs spi­ri­tuels, confes­seurs, cha­cun selon le mode et dans les limites propres de sa charge. De même qu’ils doivent avec tout leur dévoue­ment culti­ver la voca­tion divine et l’affermir, ain­si doivent-​ils, avec non moins de zèle, écar­ter et éloi­gner à temps d’une voie qui n’est pas la leur les jeunes gens qu’ils voient dépour­vus des qua­li­tés néces­saires et qu’ils pré­voient inha­biles à rem­plir digne­ment et hono­ra­ble­ment le minis­tère sacer­do­tal. Et, bien qu’il soit de beau­coup pré­fé­rable que cette éli­mi­na­tion se fasse dès le début, parce qu’en pareille affaire l’attente et les délais sont tout à la fois une grave erreur et un grave dom­mage, néan­moins, quelle qu’ait été la cause du retard, il faut cor­ri­ger l’erreur aus­si­tôt consta­tée, sans aucune consi­dé­ra­tion humaine, sans cette fausse misé­ri­corde qui tour­ne­rait en véri­table cruau­té, non seule­ment pour l’Église à qui elle livre­rait un ministre inca­pable ou indigne, mais éga­le­ment pour le jeune homme lui-​même qui, ain­si aiguillé sur une fausse route, se ver­rait expo­sé à deve­nir une pierre d’achoppement et pour lui et pour les autres, et ris­que­rait sa vie éternelle.

51. A celui qui gou­verne le Séminaire, avec pru­dence et vigi­lance, qui suit avec une sol­li­ci­tude atten­tive cha­cun des jeunes gens confiés à ses soins, qui sonde leurs qua­li­tés et dis­po­si­tions d’esprit, il ne sera pas mal­ai­sé de dis­cer­ner et décou­vrir ceux qui sont appe­lés d’en haut au sacer­doce. Vous le savez bien, Vénérables Frères, pour accé­der à cet office, plu­tôt qu’un attrait inté­rieur et un pen­chant sen­sible, qui peuvent par­fois faire défaut, c’est l’inclination droite et l’intention de l’esprit vers le sacer­doce, ain­si qu’un ensemble de qua­li­tés du corps et de l’âme qui le rendent propre à embras­ser cet état. Quiconque aspire au sacer­doce uni­que­ment pour le noble motif de se consa­crer au ser­vice de Dieu et au salut des âmes, et en même temps pos­sède une solide pié­té, une pure­té de vie à toute épreuve, et a atteint ou du moins s’efforce d’acquérir une science suf­fi­sante au sens où Nous l’avons expo­sé plus haut, montre qu’il est appe­lé par Dieu à l’état sacer­do­tal. Celui-​là, au contraire, qui, pous­sé peut-​être par des parents mal ins­pi­rés, vou­drait embras­ser cet état avec la pers­pec­tive d’avantages tem­po­rels et des gains ter­restres qu’il entre­voit ou qu’il espère à tra­vers le sacer­doce, ain­si qu’il pou­vait arri­ver plus fré­quem­ment jadis ; celui qui est habi­tuel­le­ment réfrac­taire à la dépen­dance et à la dis­ci­pline, peu enclin à la pié­té, peu stu­dieux et peu zélé pour les âmes ; celui sur­tout qui est por­té à la sen­sua­li­té et qu’une expé­rience pro­lon­gée montre inca­pable de la vaincre, celui qui a si peu de dis­po­si­tions pour les études que l’on pré­voit qu’il n’en pour­ra suivre, de manière à don­ner satis­fac­tion, le cours nor­mal : tous ceux-​là ne sont pas faits pour le sacer­doce, et les lais­ser avan­cer presque jusqu’au seuil du sanc­tuaire, ce n’est que leur rendre plus dif­fi­cile le retour en arrière, c’est peut-​être les pous­ser à fran­chir ce seuil par res­pect humain, sans voca­tion et sans esprit sacerdotal.

52. Que les Supérieurs de Séminaires, que les Directeurs spi­ri­tuels et les confes­seurs songent à la grave res­pon­sa­bi­li­té qu’ils assument devant Dieu, devant l’Église, devant les jeunes gens eux-​mêmes si, pour leur part, ils ne font pas tout le pos­sible pour empê­cher une fausse orien­ta­tion. Nous disons que les confes­seurs et les Directeurs spi­ri­tuels pour­raient eux aus­si être res­pon­sables d’une si lourde erreur : ce n’est pas qu’ils puissent en aucune façon agir au for externe, ce qui leur est sévè­re­ment défen­du par le fait de leur minis­tère extrê­me­ment déli­cat et sou­vent même par l’inviolable sceau sacra­men­tel, mais ils peuvent exer­cer une influence pro­fonde sur l’esprit de cha­cun des élèves, et ils doivent les gui­der cha­cun sui­vant les exi­gences de son bien spi­ri­tuel ; par consé­quent, s’il arrive que, pour une rai­son quel­conque, les Supérieurs n’agissent point ou se montrent trop faibles, ils doivent, sans aucune consi­dé­ra­tion humaine, faire aux inaptes comme aux indignes un devoir de conscience de se reti­rer tan­dis qu’il en est encore temps, et ils doivent en cela s’en tenir à la solu­tion la plus sûre, laquelle en pareil cas est aus­si la plus avan­ta­geuse pour le péni­tent, puisqu’elle le détourne de faire un pas qui pour­rait lui être fatal pour l’éternité. Dans le cas même où le devoir de conscience n’apparaîtrait pas aus­si clai­re­ment, qu’ils usent du moins de toute l’autorité qu’ils tiennent de leur charge et de leur affec­tion pater­nelle envers leurs fils spi­ri­tuels pour ame­ner ceux qui n’ont pas les dis­po­si­tions requises à se reti­rer spon­ta­né­ment. Que les confes­seurs se rap­pellent ce que, en pareille matière, déclare saint Alphonse de Liguori : « Généralement par­lant… (dans les cas de cette sorte), plus le confes­seur use­ra de rigueur envers ses péni­tents, plus il contri­bue­ra à leur salut ; tan­dis que, plus il se mon­tre­ra indul­gent, plus il sera effec­ti­ve­ment cruel. Saint Thomas de Villeneuve accu­sait les confes­seurs trop indul­gents d’une cruelle pitié, impie pios. C’est une cha­ri­té contraire à la cha­ri­té » [43].

53. Mais la res­pon­sa­bi­li­té prin­ci­pale demeure tou­jours celle de l’évêque qui, selon la loi très grave de l’Église, « ne doit confé­rer les ordres sacrés à per­sonne sans avoir la cer­ti­tude morale, fon­dée sur des rai­sons posi­tives, de son apti­tude cano­nique ; faute de quoi non seule­ment il se rend cou­pable d’un péché grave, mais il s’expose en outre à encou­rir sa part de res­pon­sa­bi­li­té dans les péchés d’autrui » [44]. C’est l’écho fidèle de l’avis de l’Apôtre à Timothée, qui résonne dans ce canon : Ne te hâte pas d’imposer les mains à per­sonne, pour n’avoir point part aux péchés d’autrui (1 Tm 5, 22).

« Or, comme explique Notre pré­dé­ces­seur saint Léon le Grand, c’est impo­ser hâti­ve­ment les mains que de confé­rer la digni­té sacer­do­tale à des can­di­dats non éprou­vés, sans attendre la matu­ri­té de l’âge, le mérite de l’obéissance, le temps de l’examen, l’expérience de la dis­ci­pline, et c’est par­ti­ci­per aux péchés d’autrui que de faire un consé­cra­teur de celui qui ne méri­tait pas d’être consa­cré lui-​même » [45]. En effet, dit saint Jean Chrysostome s’adressant à l’évêque : « Tu paye­ras la peine de ses péchés pré­sents et futurs, toi qui l’as consti­tué en digni­té » [46].

54. Dures paroles, Vénérables Frères, mais plus redou­table encore la res­pon­sa­bi­li­té qu’elles sou­lignent, res­pon­sa­bi­li­té qui fai­sait dire au grand évêque de Milan, saint Charles Borromée : « En cette matière, une légère négli­gence peut me char­ger d’une lourde faute » [47].

Tenez-​vous-​en donc au conseil de saint Jean Chrysostome cité plus haut : « Ce n’est pas après une pre­mière, une seconde, une troi­sième épreuve, mais après une réflexion pro­lon­gée, après un minu­tieux exa­men que tu impo­se­ras les mains » [48]. Et cela s’applique avant tout à la sain­te­té de vie du can­di­dat au sacer­doce : « Ce n’est pas assez, dit le saint évêque et doc­teur Alphonse-​Marie de Liguori, que l’évêque ne trouve rien de mal chez l’ordinand, il doit être cer­tain de sa ver­tu posi­tive » [49]. Ne crai­gnez donc pas de paraître trop sévères, si, usant de votre droit, vous exi­gez préa­la­ble­ment ces preuves posi­tives, et si, en cas de doute, vous remet­tez à plus tard l’ordination de quelqu’un, car, comme l’enseigne élé­gam­ment saint Grégoire le Grand, « si l’on veut bâtir une mai­son, on ne fait pas sup­por­ter tout le poids de l’édifice à des bois que l’on vient à peine de cou­per dans la forêt : ils ploie­raient et jet­te­raient bas le poids dont on les a char­gés ; mais on attend qu’ils aient bien séché et per­du toute la ver­deur » [50] ; ou encore pour emprun­ter les paroles concises et claires du Docteur angé­lique : « Les ordres sacrés pré­sup­posent la sain­te­té… ain­si le far­deau des ordres repose sur des murailles que la sain­te­té a déjà débar­ras­sées de l’humidité des vices » [51].

Du reste, si l’on observe avec soin toutes les pres­crip­tions cano­niques, si tous s’en tiennent aux règles de pru­dence que Nous avons fait pro­mul­guer, il y a quelques années, sur ce sujet par la Sacrée Congrégation des Sacrements [52], on épar­gne­ra bien des larmes à l’Église, bien des scan­dales aux fidèles.

Et comme Nous avons vou­lu que des règles ana­logues fussent don­nées pour les reli­gieux [53], en même temps que Nous en incul­quons à qui de droit l’exacte obser­vance, Nous rap­pe­lons à tous les Supérieurs géné­raux des Instituts reli­gieux qui ont des jeunes clercs se pré­pa­rant au sacer­doce, qu’ils ont à regar­der comme s’adressant éga­le­ment à eux ce que Nous avons recom­man­dé jusqu’ici à pro­pos de la for­ma­tion du cler­gé, puisqu’ils pré­sentent leurs sujets à l’ordination et que l’évêque s’en rap­porte d’ordinaire à leur jugement.

55. Que ni les évêques, ni les Supérieurs reli­gieux ne se laissent détour­ner de cette abso­lue sévé­ri­té par la crainte que le nombre des prêtres du dio­cèse ou de l’Institut n’en vienne à décroître. Le Docteur angé­lique, saint Thomas, s’est déjà posé la ques­tion, et voi­ci comme il y répond, avec sa clar­té et sa sagesse cou­tu­mières : « Dieu n’abandonne jamais tel­le­ment son Église qu’on n’y puisse trou­ver les hommes qu’il faut pour suf­fire aux besoins du peuple, pour­vu qu’on fasse avan­cer ceux qui en sont dignes et que les indignes soient exclus » [54]. Du reste, comme le remarque jus­te­ment le même saint Docteur, en rap­por­tant presque mot à mot les graves paroles du IVe Concile oecu­mé­nique du Latran [55] : « Si l’on ne pou­vait trou­ver autant de prêtres qu’il y en a main­te­nant, mieux vau­drait avoir un petit nombre de bons prêtres que beau­coup de mau­vais » [56]. C’est ce que Nous-​même avons rap­pe­lé dans une cir­cons­tance solen­nelle quand, à l’occasion du pèle­ri­nage inter­na­tio­nal des sémi­na­ristes, l’année de Notre jubi­lé sacer­do­tal, Nous adres­sant au groupe impo­sant des arche­vêques et évêques d’Italie, Nous disions qu’un seul prêtre bien for­mé vaut mieux qu’un grand nombre peu ou point pré­pa­rés et sur les­quels l’Église ne peut guère comp­ter, à sup­po­ser même qu’elle n’ait pas à pleu­rer sur eux [57].

Quel compte ter­rible, Vénérables Frères, n’aurons-nous pas à rendre au Prince des Pasteurs (cf. 1 P 5, 4), à l’Évêque sou­ve­rain des âmes (cf. 1 P 2, 25), si jamais nous avons confié ces mêmes âmes à des guides inca­pables, à des chefs qui ne seraient pas à la hau­teur de leur mission !

56. Et pour­tant, bien qu’il faille tenir ferme ce prin­cipe que le nombre ne doit pas être pour lui-​même la pré­oc­cu­pa­tion pri­mor­diale de qui col­la­bore à la for­ma­tion du cler­gé, tous, cepen­dant, doivent s’efforcer d’accroître le recru­te­ment de vigou­reux et vaillants ouvriers pour la vigne du Seigneur, d’autant plus que les besoins moraux de la socié­té, loin de dimi­nuer, vont tou­jours crois­sant. Et, par­mi tous les moyens de par­ve­nir à un but si noble, le plus facile et tout à la fois le plus effi­cace, le plus uni­ver­sel­le­ment à la por­tée de tous et celui, en consé­quence, que tous doivent employer, c’est la prière, selon le pré­cepte de Jésus-​Christ lui-​même : La mois­son est abon­dante, mais les ouvriers sont rares ; priez donc le Maître de la mois­son pour qu’il y envoie des mois­son­neurs (Mt 9, 37.38). Quelle prière pour­rait être plus agréable au Coeur sacré du Rédempteur ? Quelle prière peut espé­rer d’être exau­cée plus vite et plus plei­ne­ment que celle-​là, si conforme aux ardents dési­rs de ce Coeur divin ? Demandez donc et on vous don­ne­ra (Mt 7, 7) ; deman­dez de bons et de saints prêtres, le Seigneur ne les refu­se­ra pas à son Église : il lui en a tou­jours don­né au cours des siècles, aux époques même qui sem­blaient moins pro­pices à l’éclosion de voca­tions sacer­do­tales ; bien plus, il les don­nait alors en plus grande abon­dance, à ne conclure que des témoi­gnages de l’hagiographie catho­lique du XIXe siècle, si riche en gloires de l’un et l’autre cler­gés, par­mi les­quelles brillent comme des étoiles de pre­mière gran­deur ces trois géants de la sain­te­té qui s’illustrèrent en des champs d’action si divers et que Nous avons eu la conso­la­tion d’honorer de l’auréole des saints : saint Jean-​Marie Vianney, saint Joseph-​Benoît Cottolengo et saint Jean Bosco.

57. Il ne fau­drait pas tou­te­fois lais­ser de côté les moyens humains de culti­ver le germe pré­cieux de la voca­tion que Dieu a semé à pleines mains dans les cœurs géné­reux de tant de jeunes gens, et c’est pour­quoi Nous louons, Nous bénis­sons et Nous recom­man­dons de tout Notre coeur ces œuvres pies qui, de maintes façons sug­gé­rées par l’Esprit Saint, visent à conser­ver, à pro­mou­voir, à secon­der les voca­tions sacer­do­tales. « Nous aurons beau pen­ser, affir­mait l’aimable saint de la cha­ri­té, Vincent de Paul, nous trou­ve­rons tou­jours que nous n’aurions jamais pu contri­buer à quelque chose de plus grand qu’à faire de bons prêtres » [58]. De fait, rien n’est plus agréable à Dieu, plus hono­rable à l’Église, plus pro­fi­table aux âmes que le don d’un saint prêtre. Si donc celui qui offre un verre d’eau au plus petit des dis­ciples du Christ ne per­dra pas sa récom­pense (Mt 10, 42), quelle ne sera pas la récom­pense de celui qui met pour ain­si dire dans les mains pures d’un jeune lévite le calice sacré, empour­pré du Sang de la Rédemption, et qui l’aide à éle­ver vers le ciel ce calice, gage de paci­fi­ca­tion et de béné­dic­tion pour l’humanité ?

58. C’est ici que Notre pen­sée recon­nais­sante se porte vers cette Action Catholique que Nous avons constam­ment vou­lue, pro­mue et défen­due, et qui, en tant qu’elle est la par­ti­ci­pa­tion du laï­cat à l’apostolat hié­rar­chique de l’Église, ne peut pas se dés­in­té­res­ser du pro­blème vital des voca­tions sacer­do­tales. Et de fait, pour Notre pro­fonde conso­la­tion, Nous la voyons en tous lieux se dis­tin­guer dans ce champ par­ti­cu­lier de l’activité chré­tienne comme en tous les autres ; cer­tai­ne­ment, la plus riche récom­pense de son dévoue­ment est pré­ci­sé­ment de voir cette admi­rable flo­rai­son de voca­tions sacer­do­tales et reli­gieuses au sein de ses orga­ni­sa­tions de jeu­nesse, prou­vant par là qu’elles ne sont pas seule­ment un ter­rain fécond pour le bien, mais un jar­din bien gar­dé et bien culti­vé, où les fleurs les plus belles et les plus déli­cates peuvent s’épanouir sans dan­ger. Que tous les membres de l’Action Catholique appré­cient l’honneur qui en rejaillit sur leur asso­cia­tion et qu’ils se per­suadent que, par la col­la­bo­ra­tion à ce recru­te­ment du cler­gé sécu­lier et régu­lier, mieux qu’en aucune autre manière, le laï­cat par­ti­ci­pe­ra effec­ti­ve­ment à la haute digni­té du sacer­doce royal, dont le Prince des Apôtres salue tout le peuple des rache­tés (1 P 2, 9).

59. Mais le pre­mier jar­din, et le mieux adap­té, où doivent comme spon­ta­né­ment ger­mer et éclore les fleurs du sanc­tuaire, c’est encore tou­jours la famille vrai­ment et pro­fon­dé­ment chré­tienne. La majeure par­tie des évêques et des prêtres dont l’Église pro­clame la louange (Si 44, 15) doivent l’origine de leur voca­tion et de leur sain­te­té aux exemples et aux leçons d’un père rem­pli de foi et de ver­tu virile, d’une mère chaste et pieuse, d’une famille dans laquelle, avec la pure­té des moeurs, règne en sou­ve­raine la cha­ri­té pour Dieu et pour le pro­chain. Les excep­tions à cette règle cou­rante de la Providence sont rares et ne font que confir­mer la règle. Quand, dans une famille, les parents, sur le modèle de Tobie et de Sara, demandent à Dieu une nom­breuse pos­té­ri­té, où soit béni le nom de Dieu dans les siècles des siècles (Tb 8, 9), et qu’ils la reçoivent avec gra­ti­tude comme un don du ciel et comme un dépôt pré­cieux ; quand ils s’efforcent d’inculquer à leurs enfants dès les pre­mières années la sainte crainte de Dieu, la pié­té chré­tienne, une tendre dévo­tion à Jésus Eucharistie et à la Vierge Immaculée, le res­pect envers les lieux et les per­sonnes sacrés ; quand, de leur côté, les enfants voient dans leurs parents le modèle d’une vie d’honneur, de tra­vail et de pié­té ; quand ils les voient s’aimer sain­te­ment dans le Seigneur, s’approcher sou­vent des sacre­ments, obéir non seule­ment à la loi ecclé­sias­tique de l’abstinence et du jeûne, mais en outre à l’esprit chré­tien de la mor­ti­fi­ca­tion volon­taire ; quand ils les voient prier au foyer domes­tique, grou­pant autour d’eux toute la famille, afin que la prière en com­mun monte plus agréable vers le ciel ; quand ils les savent com­pa­tis­sants aux misères du pro­chain et qu’ils les voient par­ta­ger avec les pauvres leur riche ou leur modique avoir, il est bien dif­fi­cile que, tan­dis que tous les enfants s’efforceront de suivre les exemples des parents, il n’y en ait pas un au moins par­mi eux qui n’entende au fond du coeur l’appel du divin Maître : Viens, suis-​moi (Mt 19, 21 ; Mc 10, 21) ; je ferai de toi un pêcheur d’hommes (cf. Mt 4, 19).

Bienheureux les parents chré­tiens qui, même s’ils ne font pas de ces divins appels à leurs enfants l’objet de leurs plus fer­ventes prières, comme jadis aux temps de plus grande foi où cela arri­vait plus sou­vent qu’aujourd’hui, du moins n’en ont pas peur et savent y voir un hon­neur insigne, une grâce de pré­di­lec­tion du Seigneur pour la famille.

60. Il faut bien recon­naître, au contraire, que sou­vent, trop sou­vent, hélas les parents, même par­mi ceux qui se font une gloire d’être sin­cè­re­ment chré­tiens et catho­liques — et cela sur­tout dans les classes les plus éle­vées et les plus culti­vées de la socié­té — ne semblent pas pou­voir se rési­gner à la voca­tion sacer­do­tale ou reli­gieuse de leurs enfants et ne se font aucun scru­pule de com­battre l’appel divin par toutes sortes d’arguments, voire par des moyens qui peuvent mettre en péril non seule­ment la voca­tion à un état plus par­fait, mais la conscience même et le salut éter­nel de ces âmes qui, pour­tant, devraient leur être si chères. Ce déplo­rable abus, comme celui, qui régnait fâcheu­se­ment aux siècles pas­sés, de contraindre les enfants à l’état ecclé­sias­tique, même sans aucune voca­tion ou apti­tude [59], n’est certes pas à l’honneur de ces mêmes hautes classes sociales, aujourd’hui géné­ra­le­ment si peu repré­sen­tées dans les rangs du cler­gé. En effet, s’il est vrai que la dis­si­pa­tion de la vie moderne, les attrac­tions qui, sur­tout dans les grandes villes, éveillent pré­ma­tu­ré­ment les pas­sions de la jeu­nesse, les écoles si peu favo­rables en tant de pays au déve­lop­pe­ment de ces voca­tions, sont en grande par­tie la cause et la dou­lou­reuse expli­ca­tion de la rare­té des voca­tions sacer­do­tales dans les familles aisées et dis­tin­guées, on ne peut, par ailleurs, nier que cette rare­té témoigne éga­le­ment d’une déplo­rable dimi­nu­tion de foi dans les familles elles-​mêmes. Et de fait, s’ils regar­daient les choses sous la lumière de la foi, quelle digni­té plus haute des parents chré­tiens pourraient-​ils dési­rer pour leurs enfants, quel rôle plus noble que celui qui, Nous l’avons dit, est digne de la véné­ra­tion des hommes et des anges ? Une longue et dou­lou­reuse expé­rience nous enseigne du reste qu’une voca­tion tra­hie (et le mot n’est pas trop sévère) est la source de larmes non seule­ment pour les enfants, mais pour leurs aveugles parents. Dieu veuille que ces larmes trop tar­dives ne deviennent des larmes éternelles.

61. Et main­te­nant c’est à vous, Fils très aimés, que Nous adres­sons direc­te­ment Notre parole pater­nelle, vous tous, prêtres du Très-​Haut, membres de l’un et l’autre cler­gés, répan­dus dans tout l’univers catho­lique ; à vous, qui êtes Notre gloire et Notre joie (1 Th 2, 20), qui por­tez avec tant de géné­ro­si­té le poids du jour et de la cha­leur (Mt 20, 12) et qui Nous aidez si effi­ca­ce­ment, Nous et Nos Frères dans l’épiscopat, à rem­plir le devoir de paître le trou­peau du Christ ; à vous vont Notre pater­nelle recon­nais­sance et Nos vifs encou­ra­ge­ments ; mais en même temps, bien que Nous connais­sions et appré­ciions votre zèle si louable, Nous vous adres­sons, dans les besoins de l’heure pré­sente, un appel angois­sé. Plus ces besoins s’aggravent et plus doit croître et s’intensifier votre oeuvre rédemp­trice, parce que vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde (Mt 5, 13.14).

Mais, pour que votre action soit vrai­ment bénie de Dieu et que ses fruits soient abon­dants, il faut qu’elle ait pour base la sain­te­té de vie. C’est, Nous l’avons dit plus haut, la pre­mière et la plus impor­tante des qua­li­tés du prêtre catho­lique : sans elle, les autres dons comptent peu ; avec elle, même sans être émi­nem­ment doué, on peut accom­plir des mer­veilles, comme ce fut le cas, pour ne citer que quelques exemples, de saint Joseph de Cupertino, et en des temps plus proches de nous, celui de l’humble curé d’Ars, Jean-​Marie Vianney, que Nous avons déjà men­tion­né et que Nous vou­lons pré­sen­ter à tous les curés comme modèle et céleste Patron. Aussi vous dirons-​Nous avec l’Apôtre des Gentils : Considérez votre voca­tion (1 Co 1, 26), et cette consi­dé­ra­tion ne pour­ra pas ne pas vous faire esti­mer tou­jours davan­tage cette grâce, qui vous a été confé­rée par l’ordination sacrée, et ne pas vous sti­mu­ler à mar­cher dignes de la voca­tion à laquelle vous avez été appe­lés (Ep 4, 1).

62. A cela vous aide­ra beau­coup le moyen que Notre Prédécesseur de sainte mémoire, Pie X, dans son Exhortation si pieuse et si affec­tueuse au cler­gé catho­lique [60], dont Nous recom­man­dons vive­ment la lec­ture assi­due, place en pre­mier lieu, par­mi les secours les plus effi­caces pour conser­ver et aug­men­ter la grâce sacer­do­tale ; moyen dont Nous-​même, à plu­sieurs reprises et par­ti­cu­liè­re­ment dans Notre Encyclique Mens Nostra [61], avons pater­nel­le­ment et solen­nel­le­ment cher­ché à incul­quer l’importance à tous Nos fils, mais plus spé­cia­le­ment aux Prêtres : il s’agit de l’usage fré­quent des Exercices spi­ri­tuels. Et comme en clô­tu­rant Notre Jubilé sacer­do­tal, Nous n’avons pas cru pou­voir don­ner à Nos enfants un meilleur et plus salu­taire sou­ve­nir de cet heu­reux évé­ne­ment qu’en les invi­tant, par la Lettre qui vient d’être rap­pe­lée, à pui­ser plus abon­dam­ment à cette source inta­ris­sable que Dieu a fait sur­gir pro­vi­den­tiel­le­ment dans son Église l’eau vive qui jaillit jusqu’à la vie éter­nelle (cf. Jn 4, 14) ; de même à vous, aujourd’hui, Fils très aimés, à vous qui Nous êtes spé­cia­le­ment chers parce que vous tra­vaillez plus direc­te­ment avec Nous au pro­grès du Règne du Christ sur la terre, Nous ne croyons pas pou­voir mieux vous mon­trer Notre pater­nelle affec­tion qu’en vous exhor­tant ins­tam­ment à tirer le meilleur pro­fit pos­sible de ce moyen de sanc­ti­fi­ca­tion ; pour cela, vous sui­vrez les prin­cipes et les normes que Nous avons expo­sés dans l’Encyclique pré­ci­tée : vous enfer­mant dans la sainte retraite des Exercices spi­ri­tuels non seule­ment pen­dant le temps et dans la mesure stric­te­ment pres­crits par les lois ecclé­sias­tiques [62], mais encore le plus sou­vent et le plus lon­gue­ment que cela sera pos­sible, vous réser­vant aus­si chaque mois un jour pour le consa­crer à une prière plus fer­vente et à un plus grand recueille­ment [63], selon l’usage constant des prêtres les plus zélés.

63. C’est aus­si dans la retraite et le recueille­ment que pour­ra rani­mer la grâce de Dieu (2 Tm 1, 6) celui qui serait entré « au ser­vice du Seigneur », non par la voie droite de la vraie voca­tion, mais pour des fins ter­restres et moins nobles : puisque lui aus­si a été dès lors indis­so­lu­ble­ment uni à Dieu et à l’Église, il ne lui reste plus qu’à suivre le conseil de saint Bernard : « Fais en sorte que désor­mais ta conduite et tes aspi­ra­tions soient bonnes et que ton minis­tère soit saint ; puisque la sain­te­té de vie n’a pas pré­cé­dé, que du moins elle suive » [64]. La grâce de Dieu, et pré­ci­sé­ment celle qui est propre au Sacrement de l’Ordre, ne man­que­ra pas de l’aider, s’il le désire sin­cè­re­ment, à cor­ri­ger ce qui alors a été défec­tueux dans ses dis­po­si­tions per­son­nelles, et à rem­plir tous les devoirs de son état pré­sent, de quelque manière qu’il y soit entré.

64. Tous ensuite vous sor­ti­rez de ce temps de recueille­ment et de prière for­ti­fiés contre les pièges du monde, ani­més d’un saint zèle pour le salut des âmes, tout enflam­més d’amour de Dieu, comme doivent l’être plus que jamais les prêtres en ces temps où, à côté d’une cor­rup­tion si grande et d’une per­ver­si­té sata­nique, on sent de toutes parts un puis­sant réveil reli­gieux dans les âmes, un souffle de l’Esprit Saint qui se répand sur le monde pour le sanc­ti­fier et pour renou­ve­ler de sa force créa­trice la face de l’Univers (cf. Ps 103, 30). Pleins de cet Esprit Saint, vous com­mu­ni­que­rez cet amour de Dieu comme un saint incen­die à tous ceux qui s’approchent de vous, vous impré­gne­rez d’esprit chré­tien la socié­té bou­le­ver­sée qui ne peut mettre son espoir que dans le Christ, parce que tou­jours lui seul est vrai­ment le Sauveur du monde (Jn 4, 42).

65. Et avant de ter­mi­ner, c’est à vous, jeunes clercs, qui vous for­mez pour le sacer­doce, c’est à vous qu’avec une ten­dresse toute par­ti­cu­lière va Notre pen­sée et s’adressent Nos paroles : du fond de Notre coeur Nous vous recom­man­dons de vous pré­pa­rer avec tout le soin pos­sible à la grande mis­sion à laquelle Dieu vous appelle. Vous êtes l’espoir de l’Église et des peuples qui attendent beau­coup, ou plu­tôt qui attendent tout de vous, et prin­ci­pa­le­ment cette connais­sance active et vivi­fiante de Dieu et de Jésus-​Christ, qui consti­tue la vie éter­nelle (cf. Jn 17, 3).

Cherchez donc par la pié­té, la pure­té, l’humilité, l’obéissance, la dis­ci­pline, l’étude, à deve­nir des prêtres vrai­ment selon le Coeur de Dieu ; persuadez-​vous que le soin avec lequel vous tra­vaille­rez à acqué­rir une for­ma­tion solide, si grand et dili­gent qu’il soit, ne sera jamais exces­sif, puisque de cette for­ma­tion dépend en grande par­tie votre future acti­vi­té apos­to­lique. Faites que l’Église, au jour de votre ordi­na­tion sacer­do­tale, vous trouve vrai­ment tels qu’elle vous veut, c’est-à-dire « qu’une sagesse céleste, des moeurs pures, une pra­tique de la ver­tu éprou­vée par le temps, soient votre recom­man­da­tion », afin que « le par­fum de votre vie charme l’Église du Christ, et que, par votre pré­di­ca­tion et votre exemple, vous édi­fiiez la mai­son, c’est-à-dire la famille de Dieu » [65].

Ainsi seule­ment vous pour­rez conti­nuer les glo­rieuses tra­di­tions du sacer­doce catho­lique et hâter le jour si dési­ré où il sera don­né à l’humanité de goû­ter les fruits de la paix du Christ dans le règne du Christ.

66. Et main­te­nant, en ter­mi­nant cette lettre, Nous dési­rons vous annon­cer, à vous, Nos Vénérables Frères dans l’épiscopat, et par vous à tous Nos fils très chers, qu’à titre de témoi­gnage solen­nel de Notre recon­nais­sance pour la sainte coopé­ra­tion par laquelle, à votre suite et à votre exemple, ils ont ren­du si fruc­tueuse pour les âmes cette Année Sainte de la Rédemption, et plus encore pour per­pé­tuer le pieux sou­ve­nir et la glo­ri­fi­ca­tion de ce sacer­doce, dont le Nôtre et le vôtre, Vénérables Frères, et celui de tous les prêtres du Christ, sont la par­ti­ci­pa­tion et la conti­nua­tion, Nous avons cru oppor­tun, après avoir enten­du l’avis de la Sacrée Congrégation des Rites, de pré­pa­rer une messe propre « du suprême et éter­nel Sacerdoce de Jésus-​Christ », messe que Nous avons le plai­sir et la conso­la­tion de publier en même temps que la pré­sente Encyclique.

Il ne Nous reste, Vénérables Frères, qu’à accor­der à tous la Bénédiction Apostolique et pater­nelle qu’ils attendent et dési­rent du Père com­mun. Que ce soit une béné­dic­tion d’action de grâces pour tous les bien­faits dépar­tis par la Bonté divine au cours de ces deux Années Saintes extra­or­di­naires de la Rédemption, que ce soit une béné­dic­tion pleine de sou­haits pour la nou­velle année qui va commencer !

Donné à Rome, près Saint-​Pierre, le 20 décembre 1935, jour du 56e anni­ver­saire de Notre ordi­na­tion sacer­do­tale, la 14e année de Notre Pontificat.

Pie XI, Pape

Notes de bas de page

  1. Cf. Pie XI, Lettre ency­clique Ubi arca­no du 23 décembre 1922 : AAS XIV (1922) 673–700.[]
  2. Cf. Pie XI, Lettre apos­to­lique Officiorum omnium du 1er août 1922 : AAS XIV (1922) 449–458. []
  3. Cf. Pie XI, Constitution apos­to­lique Deus scien­tia­rum Dominas du 24 mai 1931 : AAS XXIII (1931) 241–262. []
  4. Cf. Pie XI, Indiction d’Année Sainte Quod nuper du 6 jan­vier 1933 : AAS XXV (1933) 5–10. []
  5. Pie XI, Lettre ency­clique Divini illius Magistri du 31 décembre 1929 : AAS XXII (1930) 49–86. []
  6. Pie XI, Lettre ency­clique Casti connu­bii du 31 décembre 1930 : ASS XXII (1930) 539–592. []
  7. Pie XI, Lettre ency­clique Quadragesimo anno du 15 mai 1931 : AAS XXIII (1931) 177–228. []
  8. Pie XI, Lettre ency­clique Caritate Christi du 3 mai 1932 : AAS XXIV (1932) 177–194. []
  9. Pie XI, Lettre ency­clique Acerba ani­mi du 29 sep­tembre 1932 : AAS XXIV (1932) 321–332. []
  10. Cf. Joseph Flavius, Antiquités, l. XI, c. 8, 5 (édit. Teubner, III, 61, § 331.) []
  11. Concile de Trente, sess. XXII, ch. 1 : Denzinger n. 938. []
  12. Concile de Trente, sess. XXII, ch. 2 : Denzinger n. 940. []
  13. Concile de Trente, sess. XXII, ch. 2 : Denzinger n. 940. []
  14. S. Jean Chrysostome, De sacer­do­tio, l. III, 4 : PG 48, 642. []
  15. S. Jean Chrysostome, De sacer­do­tio, l. III, 5 : PG 48, 642. []
  16. A. Manzoni, Observations sur la morale catho­lique, ch. XVIII. []
  17. S. Jean Chrysostome, Homil. 5, in Isaiam : PG 56, 131. []
  18. S. Thomas d’Aquin, Somme théol., Supplém., q. 36, art. 1 ad 2. []
  19. Décret., dist. 88, c. 6. []
  20. S. Robert Bellarmin, Explanatio in Psalmos, Ps. CXXXI, 9 []
  21. S. Laurent Justinien, De ins­tit. prael., c. 11. []
  22. S. Thomas d’Aquin, Somme théol., Supplém., q. 35, art. 1 ad 3. []
  23. Pontifical Romain, Ordination des prêtres. Monition aux ordi­nands. []
  24. S. Grégoire le Grand, Epist., l. 1, ép. 25. PL 77, 470. []
  25. Code de Droit Canon, c. 124. []
  26. Cf. ibid., c. 132 § 1. []
  27. M. T. Ciceron, De legi­bus, l. II, c. 8–10. []
  28. Cf. Concile d’Elvire, c. 33 : Denzinger, n. 52. []
  29. Bréviaire Romain, Hymne des Laudes pour la fête du Saint Nom de Jésus. []
  30. Concile de Carthage III, c. 3 ; cf. Mansi, II, 691. []
  31. S. Epiphane, Advers. haeres. Panar., 59, 4 : PG 41, 1024. []
  32. Bréviaire Romain, au 18 juin, leçon VI. []
  33. S. Ephrem, Carmina Nisibaena, carm. XIX (édit. Bickel, p. 112). []
  34. S. Ephrem, Carmina Nisibaena, carm. XVIII (édit. Bickel, p. 112). []
  35. S. Jean Chrysostome, De sacer­do­tio, l. III, c. 4. PG 48, 642. []
  36. S. Epiphane, Advers. haeres. Panar., 59, 4 : PG 41, 1024. []
  37. Cf. Code de Droit Canon, c. 971. []
  38. Pontifical Romain, Ordination des prêtres. Monition aux ordi­nands. []
  39. Tertullien, Apologeticus, c. 1 : PL 1, 260. []
  40. Cf. Code de Droit Canon, c. 129. []
  41. Code de Droit Canon, c. 1366, § 2. []
  42. Cf. Code de Droit Canon, tit. XXI, c. 1352–1371. []
  43. S. Alphonse de Liguori, Opere asc., vol. III (éd. Marietti, 1847), p. 122. []
  44. Code de Droit Canon, c. 973, 3. []
  45. S. Léon le grand, Epistola II, ch. 2 : PL 54, 647. []
  46. S. Jean Chrysostome, Hom. XVI, in Tim. : PG 62, 587. []
  47. S. Charles Borromée, Hom. ad ordi­nan­dos, 1 jun. 1577 (Homiliae éd. bibl. Ambros., Milan, 1747, t. IV, p. 270). []
  48. S. Jean Chrysostome, Hom. XVI, in Tim. : PG 62, 587. []
  49. S. Alphonse de Liguori, Théol. Mor. de Sacrum. Ordin., n. 803. []
  50. S. Grégoire le Grand, Epist., l. IX, ep. 106 : PL 70, 1031. []
  51. S. Thomas d’Aquin, Somme théol. II-​II, q. 189, art. 1 ad 3. []
  52. Cf. Pie XI, Instruction sur le recru­te­ment des can­di­dats au sacer­doce du 27 déc. 1930 : AAS XXIII (1931) 120–127. []
  53. Cf. Pie XI, Instruction sur la for­ma­tion des jeunes clercs se pré­pa­rant au sacer­doce chez les reli­gieux du 1er déc. 1931 : AAS XXIV (1932) 74–81. []
  54. S. Thomas d’Aquin, Somme théol., Supplém., q. 36, art. 4 ad 1. []
  55. Concile du Latran IV, an. 1215, c. 22. []
  56. S. Thomas d’Aquin, loc. cit. []
  57. Cf. Osservatore roma­no du 29–30 juillet 1929. []
  58. P. Renaudin, Saint Vincent de Paul, ch. v. []
  59. Cf. Code de Droit Canon, c. 971. []
  60. Cf. Pie X, Exhortation Haerent ani­mo du 4 août 1908 : ASS XII (1908) 555–577. []
  61. Cf. Pie XI, Lettre ency­clique Mens Nostra du 20 décembre 1929 : AAS XXI (1929), 689–706. []
  62. Cf. Code de Droit Canon, c. 126, 595, 1001, 1367. []
  63. Cf. Pie XI, Lettre ency­clique Mens Nostra du 20 décembre 1929 : AAS XXI (1929) 705. []
  64. S. Bernard, Epistola XXVII, ad Ardutionem : PL 182, 131. []
  65. Pontifical Romain, Ordination des prêtres. Monition aux ordi­nands. []
fraternité sainte pie X
12 novembre 1923
À l’occasion du IIIe centenaire de la mort de saint Josaphat, martyr, archevêque de Polotsk, pour le rite oriental.
  • Pie XI