Mgr Schneider lance un appel au pape Léon XIV au sujet de la FSSPX

Mgr Athanasius Schneider a lan­cé un appel au pape Léon XIV après l’annonce par la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X (FSSPX) de son inten­tion de pro­cé­der à des consé­cra­tions épis­co­pales, mal­gré les aver­tis­se­ments du Vatican affir­mant que cela « consti­tue­rait une rup­ture déci­sive de la com­mu­nion ecclésiale ».

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Mgr Schneider, évêque auxi­liaire d’Astana, au Kazakhstan, a confié en exclu­si­vi­té à Diane Montagna un texte inti­tu­lé Appel fra­ter­nel au pape Léon XIV pour éta­blir un pont avec la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X, qui appelle à la géné­ro­si­té pas­to­rale et à l’unité ecclé­siale à un moment qu’il décrit comme déci­sif pour l’avenir des rela­tions entre le Saint-​Siège et la socié­té sacerdotale.

L’évêque auxi­liaire avait offi­ciel­le­ment visi­té cer­tains sémi­naires de la FSSPX à la demande de Mgr Guido Pozzo, sous le pape Benoît XVI. Son appel inter­vient dans un contexte de débat dans le monde catho­lique après l’annonce de la FSSPX, cer­tains espé­rant une récon­ci­lia­tion, d’autres appe­lant à des mesures dis­ci­pli­naires rigoureuses.

Mgr Schneider veut mettre en garde le pape Léon XIV contre le risque de lais­ser pas­ser ce « moment véri­ta­ble­ment pro­vi­den­tiel » sans prendre de mesures déci­sives. Il aver­tit que renon­cer à l’occasion d’accorder le man­dat apos­to­lique ris­que­rait de cimen­ter ce qu’il qua­li­fie de divi­sion « vrai­ment inutile et dou­lou­reuse » avec la FSSPX, une rup­ture que l’histoire ne pour­rait faci­le­ment ignorer.

À une époque où l’Église parle avec insis­tance de syno­da­li­té, d’ouverture pas­to­rale et d’inclusivité ecclé­siale, il sou­tient que l’unité doit s’étendre aux fidèles atta­chés à la FSSPX. Le choix qui s’offre au pape, suggère-​t-​il, est de savoir si ce cha­pitre de l’histoire de l’Église res­te­ra comme un moment de géné­ro­si­té et de rap­pro­che­ment ou comme une sépa­ra­tion qui aurait pu être évitée.

Texte de l’appel de Mgr Schneider au pape Léon XIV

Appel fra­ter­nel au pape Léon XIV pour éta­blir un pont avec la Fraternité sacer­do­tale Saint-​Pie X

La situa­tion actuelle concer­nant les consé­cra­tions épis­co­pales au sein de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X (FSSPX) a sou­dai­ne­ment réveillé toute l’Église. Peu de temps après l’annonce, le 2 février, de la déci­sion de la FSSPX de pro­cé­der à ces consé­cra­tions, un débat intense et sou­vent pas­sion­né a émer­gé dans de nom­breux milieux catho­liques. Les opi­nions expri­mées dans ce débat vont de la com­pré­hen­sion, la bien­veillance, l’observation neutre et le bon sens, au rejet irra­tion­nel, à la condam­na­tion péremp­toire, voire à la haine ouverte. Bien qu’il y ait des rai­sons d’espérer – et cela n’a rien d’irréaliste – que le pape Léon XIV puisse approu­ver ces consé­cra­tions épis­co­pales, des pro­po­si­tions de bulle d’excommunication contre la FSSPX cir­culent déjà en ligne. 

Les réac­tions néga­tives, bien que sou­vent bien inten­tion­nées, révèlent que le cœur du pro­blème n’a pas encore été appré­hen­dé avec suf­fi­sam­ment d’honnêteté et de clar­té. On a ten­dance à res­ter en sur­face. Les prio­ri­tés au sein de la vie de l’Église sont inver­sées, éri­geant la dimen­sion cano­nique et juri­dique – autre­ment dit, un cer­tain posi­ti­visme juri­dique – en cri­tère suprême. De plus, on constate par­fois un manque de connais­sance his­to­rique concer­nant la pra­tique de l’Église en matière d’ordinations épis­co­pales. La déso­béis­sance est ain­si trop faci­le­ment assi­mi­lée au schisme. Les cri­tères de com­mu­nion épis­co­pale avec le Pape, et par consé­quent la com­pré­hen­sion de ce qui consti­tue véri­ta­ble­ment un schisme, sont envi­sa­gés de manière exces­si­ve­ment uni­la­té­rale par rap­port à la pra­tique et à la concep­tion que l’Église avait à l’époque patris­tique, au temps des Pères de l’Église.

Dans ce débat, de nou­veaux quasi-​dogmes sont éta­blis, qui n’existent pas dans le depo­si­tum fidei. Ces quasi-​dogmes affirment que le consen­te­ment du pape à la consé­cra­tion d’un évêque est de droit divin et qu’une consé­cra­tion effec­tuée sans ce consen­te­ment, voire contre une inter­dic­tion papale, consti­tue en soi un acte schis­ma­tique. Or, la pra­tique et la com­pré­hen­sion de l’Église, tant à l’époque des Pères de l’Église que pen­dant une longue période ulté­rieure, contre­disent cette concep­tion. De plus, il n’existe pas d’opinion una­nime sur ce point par­mi les théo­lo­giens recon­nus de la tra­di­tion bimil­lé­naire de l’Église. Des siècles de pra­tique ecclé­siale, ain­si que le droit cano­nique tra­di­tion­nel, s’opposent éga­le­ment à de telles affir­ma­tions abso­lu­tistes. Selon le Code de Droit Canonique de 1917, une consé­cra­tion épis­co­pale effec­tuée contre la volon­té du pape n’était pas punie d’excommunication, mais seule­ment de sus­pens. L’Église a ain­si clai­re­ment mani­fes­té qu’elle ne consi­dé­rait pas un tel acte comme schismatique.

L’acceptation de la pri­mau­té pon­ti­fi­cale comme véri­té révé­lée est sou­vent confon­due avec les formes concrètes – qui ont évo­lué au fil de l’histoire – par les­quelles un évêque exprime son uni­té hié­rar­chique avec le pape. Croire en la pri­mau­té pon­ti­fi­cale, recon­naître le pape actuel, adhé­rer à l’enseignement infaillible et défi­ni­tif de l’Église et obser­ver la vali­di­té de la litur­gie sacra­men­telle relèvent du droit divin. Cependant, une concep­tion réduc­trice qui assi­mile la déso­béis­sance à un ordre papal à un schisme – même en cas de consé­cra­tion d’un évêque contre son gré – était étran­gère aux Pères de l’Église et au droit cano­nique tra­di­tion­nel. Par exemple, en 357, saint Athanase déso­béit à l’ordre du pape Libère, qui lui enjoi­gnait d’entrer en com­mu­nion hié­rar­chique avec l’écrasante majo­ri­té de l’épiscopat, laquelle était en réa­li­té arienne ou semi-​arienne. Il fut alors excom­mu­nié. En l’occurrence, saint Athanase déso­béit par amour pour l’Église et pour l’honneur du Siège Apostolique, cher­chant pré­ci­sé­ment à pré­ser­ver la pure­té de la doc­trine de tout soup­çon d´ambiguïté.

Au cours du pre­mier mil­lé­naire de l’histoire de l’Église, les consé­cra­tions épis­co­pales se fai­saient géné­ra­le­ment sans auto­ri­sa­tion papale for­melle, et les can­di­dats n’étaient pas tenus d’être approu­vés par le pape. Le pre­mier règle­ment cano­nique sur les consé­cra­tions épis­co­pales, édic­té par un concile œcu­mé­nique, fut celui de Nicée en 325, qui exi­geait qu’un nou­vel évêque soit consa­cré avec le consen­te­ment de la majo­ri­té des évêques de la pro­vince. Peu avant sa mort, durant une période de confu­sion doc­tri­nale, saint Athanase choi­sit et consa­cra per­son­nel­le­ment son suc­ces­seur, saint Pierre d’Alexandrie, afin d’éviter qu’un can­di­dat inapte ou faible n’accède à l’épiscopat. De même, en 1977, le car­di­nal Iosif Slipyj, Serviteur de Dieu, consa­cra secrè­te­ment trois évêques à Rome sans l’approbation du pape Paul VI, sachant per­ti­nem­ment que ce der­nier s’y oppo­se­rait en rai­son de l’Ostpolitik alors en vigueur au Vatican. Lorsque Rome eut connais­sance de ces consé­cra­tions secrètes, la peine d’excommunication ne fut cepen­dant pas appliquée.

Afin d’éviter tout mal­en­ten­du, en temps nor­mal – et en l’absence de confu­sion doc­tri­nale ou de per­sé­cu­tion extra­or­di­naire – il convient, bien enten­du, de tout mettre en œuvre pour obser­ver les normes cano­niques de l’Église et obéir aux justes injonc­tions du pape, afin de pré­ser­ver l’unité ecclé­sias­tique de manière plus effi­cace et plus visible.

La situa­tion actuelle de l’Église peut être illus­trée par la para­bole sui­vante : un incen­die se déclare dans une grande mai­son. Le chef des pom­piers n’autorise que l’utilisation du nou­vel équi­pe­ment, bien qu’il se soit avé­ré moins effi­cace que les anciens outils éprou­vés. Un groupe de pom­piers déso­béit et conti­nue d’utiliser l´équipement tra­di­tion­nel ; et, de fait, le feu est cir­cons­crit en de nom­breux endroits. Pourtant, ces pom­piers sont qua­li­fiés de déso­béis­sants et de schis­ma­tiques, et ils sont punis.

Pour pous­ser la méta­phore plus loin : le chef des pom­piers n’autorise que les pom­piers qui recon­naissent l’efficacité du nou­vel équi­pe­ment, suivent les nou­velles règles de lutte contre l’incendie et res­pectent le nou­veau règle­ment de la caserne. Mais face à l’ampleur mani­feste de l’incendie, à la lutte achar­née pour le com­battre et à l’insuffisance de l’équipe offi­cielle, d’autres volon­taires – mal­gré l’interdiction du chef des pom­piers – inter­viennent avec com­pé­tence, savoir-​faire et bonnes inten­tions, contri­buant ain­si au suc­cès des efforts du chef des pompiers.

Face à un com­por­te­ment aus­si rigide et incom­pré­hen­sible, deux expli­ca­tions pos­sibles se pré­sentent : soit le chef des pom­piers nie la gra­vi­té de l’incendie, un peu comme dans la chan­son fran­çaise Tout va très bien, Madame la Marquise ! [Chanson de Paul Misraki, 1935. NDLR], soit, en fait, le chef des pom­piers sou­haite qu’une grande par­tie de la mai­son brûle, afin qu’elle puisse être recons­truite ulté­rieu­re­ment selon un nou­veau plan.

La crise actuelle liée aux consé­cra­tions épis­co­pales annon­cées – mais non encore approu­vées – au sein de la FSSPX expose, aux yeux de toute l’Église, une plaie qui couve depuis plus de soixante ans. Cette plaie peut être com­pa­rée à un can­cer ecclé­sial, plus pré­ci­sé­ment au can­cer ecclé­sial des ambi­guï­tés doc­tri­nales et liturgiques.

Récemment, un excellent article a été publié sur le blog Rorate Caeli, rédi­gé avec une rare clar­té théo­lo­gique et une hon­nê­te­té intel­lec­tuelle, sous le titre : « La longue ombre de Vatican II : l’ambiguïté comme can­cer ecclé­sial » (Canon of Shaftesbury, The Long Shadow of Vatican II : Ambiguity as Ecclesial Cancer”, Rorate Caeli, 10 février 2026). Le pro­blème fon­da­men­tal de cer­taines décla­ra­tions ambi­guës du Concile Vatican II est que celui-​ci a choi­si de pri­vi­lé­gier un ton pas­to­ral plu­tôt que la pré­ci­sion doc­tri­nale. On peut être d’accord avec l’auteur lorsqu’il dit :

« Le pro­blème n’est pas que Vatican II était héré­tique. Le pro­blème est qu’il était ambi­gu. Et dans cette ambi­guï­té, nous avons vu les germes de la confu­sion qui ont don­né nais­sance à cer­tains des déve­lop­pe­ments théo­lo­giques les plus trou­blants de l’histoire moderne de l’Église. Lorsque l’Église s’exprime en termes vagues, même si ce n’est pas inten­tion­nel, alors les âmes sont en jeu. »

L’auteur pour­suit :

« Lorsqu’un “déve­lop­pe­ment” doc­tri­nal semble contre­dire ce qui l’a pré­cé­dé, ou lorsqu’il néces­site des décen­nies de gym­nas­tique théo­lo­gique pour se conci­lier avec l’enseignement magis­té­riel pré­cé­dent, nous devons nous deman­der : s’agit-il d’un déve­lop­pe­ment ou d’une rup­ture dégui­sée en développement ? »

On peut rai­son­na­ble­ment sup­po­ser que la FSSPX ne désire rien de plus que d’aider l’Église à sor­tir de cette ambi­guï­té doc­tri­nale et litur­gique et à retrou­ver sa clar­té sal­vi­fique et éter­nelle – tout comme le Magistère de l’Église, sous la conduite des Papes, l’a fait sans équi­voque tout au long de l’histoire après chaque crise mar­quée par la confu­sion et l’ambiguïté doctrinales.

En réa­li­té, le Saint-​Siège devrait être recon­nais­sant envers la FSSPX, car elle est actuel­le­ment presque la seule enti­té ecclé­sias­tique majeure à sou­li­gner ouver­te­ment et publi­que­ment l’existence d’éléments ambi­gus et incor­rects dans cer­taines décla­ra­tions du Concile et dans le Novus Ordo Missae. Dans cette entre­prise, la FSSPX est gui­dée par un amour sin­cère pour l’Église : si elle n’aimait pas l’Église, le Pape et les âmes, elle n’entreprendrait pas ce tra­vail, ni ne dia­lo­gue­rait avec les auto­ri­tés romaines – et sa vie serait sans aucun doute plus facile.

Les paroles sui­vantes de Mgr Marcel Lefebvre sont pro­fon­dé­ment émou­vantes et reflètent l’attitude des diri­geants actuels et de la plu­part des membres de la FSSPX :

« Oh oui, nous avons la foi dans Pierre, nous avons la foi dans le suc­ces­seur de Pierre. Mais comme l’a dit très bien le pape Pie IX dans sa Constitution dog­ma­tique : Le pape a reçu le Saint-​Esprit, non pas pour faire des véri­tés nou­velles, mais pour nous main­te­nir dans la foi de tou­jours. Voilà la défi­ni­tion du pape faite au moment du concile Vatican I, par le pape Pie IX. Et c’est pour­quoi nous sommes per­sua­dé qu’en main­te­nant ces tra­di­tions, nous mani­fes­tons notre amour, notre doci­li­té, notre obéis­sance au suc­ces­seur de Pierre. Nous ne pou­vons res­ter indif­fé­rents devant la dégra­da­tion de la foi, de la morale et de la litur­gie. C’est hors de ques­tion ! Nous ne vou­lons pas nous sépa­rer de l’Église ; au contraire, nous vou­lons que l’Église continue ! »

Si quelqu’un consi­dère ses dif­fi­cul­tés avec le Pape comme l’une de ses plus grandes souf­frances spi­ri­tuelles, cela prouve sans équi­voque l’absence d’intention schis­ma­tique. Les vrais schis­ma­tiques se vantent même de leur sépa­ra­tion du Siège Apostolique. Jamais ils n’imploreraient hum­ble­ment le Pape de recon­naître leurs évêques.

Alors, com­bien les paroles sui­vantes sont véri­ta­ble­ment catholiques :

« Nous regret­tons infi­ni­ment ; ce nous est une dou­leur immense, immense pour nous, de pen­ser que nous sommes en dif­fi­cul­té avec Rome, à cause de notre foi. Comment est-​ce pos­sible ? C’est une chose qui dépasse l’imagination, que jamais nous n’aurions pu pen­ser, que jamais nous n’aurions pu croire sur­tout dans notre enfance, alors que tout était uni­forme, que l’Église croyait dans son uni­té géné­rale la même foi, avait les mêmes sacre­ments, le même Sacrifice de la messe, le même catéchisme. »

Nous devons exa­mi­ner avec hon­nê­te­té les ambi­guï­tés mani­festes concer­nant la liber­té reli­gieuse, l’œcuménisme et la col­lé­gia­li­té, ain­si que les impré­ci­sions doc­tri­nales du Novus Ordo Missae. À cet égard, il convient de lire l’ouvrage récem­ment paru de l’archimandrite Boniface Luykx, expert conci­liaire et litur­giste renom­mé, dont le titre est élo­quent. A Wider View of Vatican II. Memories and Analysis of a Council Consultor. (Une vision plus large de Vatican II. Souvenirs et ana­lyse d’un consul­teur conciliaire).

Comme l’a dit G. K. Chesterton : « En entrant dans l’Église, on nous demande d’ôter notre cha­peau, non notre tête. » Ce serait une tra­gé­die si la FSSPX était com­plè­te­ment exclue, et la res­pon­sa­bi­li­té d’une telle divi­sion incom­be­rait avant tout au Saint-​Siège. Le Saint-​Siège devrait accueillir la FSSPX, en lui offrant au moins un mini­mum d’intégration ecclé­siale, puis pour­suivre le dia­logue doc­tri­nal. Le Saint-​Siège a fait preuve d’une géné­ro­si­té remar­quable envers le Parti com­mu­niste chi­nois, en lui per­met­tant de choi­sir des can­di­dats à l’épiscopat ; pour­tant, ses propres enfants, les mil­liers de fidèles de la FSSPX, sont trai­tés comme des citoyens de seconde zone.

La FSSPX devrait être auto­ri­sée à appor­ter une contri­bu­tion théo­lo­gique afin de cla­ri­fier, com­plé­ter et, si néces­saire, amen­der les pas­sages du Concile Vatican II qui sou­lèvent des doutes et des dif­fi­cul­tés doc­tri­nales. Il faut éga­le­ment tenir compte du fait que, dans ces textes, le Magistère de l’Église n’a pas enten­du se pro­non­cer par des défi­ni­tions dog­ma­tiques dotées d’infaillibilité (cf. Paul VI, Audience géné­rale, 12 jan­vier 1966).

La FSSPX pro­nonce exac­te­ment la même Professio fidei que celle des Pères du concile Vatican II, connue sous le nom de Professio fidei tridentino-​vaticana. Si, selon les paroles expli­cites du pape Paul VI, le Concile Vatican II n’a pré­sen­té aucune doc­trine défi­ni­tive, ni n’a eu l’intention de le faire, et si la foi de l’Église demeure la même avant, pen­dant et après le Concile, pour­quoi la pro­fes­sion de foi valable dans l’Église jusqu’en 1967 cesserait-​elle sou­dai­ne­ment d’être consi­dé­rée comme une marque valide de la véri­table foi catholique ?

Pourtant, la Professio fidei tridentina-​vaticana est jugée insuf­fi­sante par le Saint-​Siège pour la FSSPX. Cette Professio fidei ne constituerait-​elle pas, en réa­li­té, le mini­mum requis pour la com­mu­nion ecclé­siale ? Si tel n’est pas le cas, qu’est-ce qui, hon­nê­te­ment, pour­rait consti­tuer un mini­mum ? La FSSPX est tenue, comme condi­tio sine qua non, de pro­non­cer une Professio fidei par laquelle elle accepte les ensei­gne­ments pas­to­raux, et non défi­ni­tifs, du der­nier Concile et du Magistère sub­sé­quent. Si telle est véri­ta­ble­ment cette pré­ten­due « exi­gence mini­male », alors le car­di­nal Victor Fernández semble jouer avec les mots !

Le pape Léon XIV a décla­ré, lors des Vêpres œcu­mé­niques du 25 jan­vier 2026, à la clô­ture de la Semaine de prière pour l’unité des chré­tiens, qu’il existe déjà une uni­té entre catho­liques et chré­tiens non catho­liques car ils par­tagent le mini­mum de la foi chré­tienne. « Nous par­ta­geons la foi en un seul et unique Dieu, Père de tous les hommes, nous confes­sons ensemble l’unique Seigneur et vrai Fils de Dieu Jésus-​Christ et l’unique Esprit-​Saint, qui nous ins­pire et nous pousse à la pleine uni­té et au témoi­gnage com­mun de l’Évangile » (Lett. ap. In uni­tate fidei, n. 12). » Il a en outre décla­ré : « Nous sommes un ! Nous le sommes déjà ! Reconnaissons-​le, expérimentons-​le, manifestons-le ! ».

Comment conci­lier cette décla­ra­tion avec l’affirmation de repré­sen­tants du Saint-​Siège et de cer­tains hauts digni­taires du cler­gé selon laquelle la FSSPX ne serait pas doc­tri­na­le­ment unie à l’Église, alors même qu’elle pro­fesse la Professio fidei des Pères du Concile Vatican II – la Professio fidei tridentina-​vaticana ?

Des mesures pas­to­rales pro­vi­soires accor­dées à la FSSPX pour le bien spi­ri­tuel de tant de fidèles catho­liques exem­plaires témoi­gne­raient pro­fon­dé­ment de la cha­ri­té pas­to­rale du Successeur de Pierre. Ce fai­sant, le pape Léon XIV ouvri­rait son cœur pater­nel à ces catho­liques qui, d’une cer­taine manière, vivent dans la péri­phé­rie exis­ten­tielle de l’Église, leur per­met­tant de res­sen­tir que le Siège Apostolique est véri­ta­ble­ment une mère, y com­pris pour la FSSPX.

Les paroles du pape Benoît XVI devraient éveiller la conscience de ceux qui, au Vatican, déci­de­ront de l’autorisation des consé­cra­tions épis­co­pales pour la FSSPX. Il nous le rappelle : 

« En regar­dant le pas­sé, les divi­sions qui ont lacé­ré le corps du Christ au cours des siècles, on a conti­nuel­le­ment l’impression qu’aux moments cri­tiques où la divi­sion com­men­çait à naître, les res­pon­sables de l’Église n’ont pas fait suf­fi­sam­ment pour conser­ver ou conqué­rir la récon­ci­lia­tion et l’unité ; on a l’impression que les omis­sions dans l’Église ont eu leur part de culpa­bi­li­té dans le fait que ces divi­sions aient réus­si à se conso­li­der. Ce regard vers le pas­sé nous impose aujourd’hui une obli­ga­tion : faire tous les efforts afin que tous ceux qui dési­rent réel­le­ment l’unité aient la pos­si­bi­li­té de res­ter dans cette uni­té ou de la retrou­ver à nouveau. » 

(Lettre aux évêques à l’occasion de la publi­ca­tion de la lettre apos­to­lique “motu pro­prio data” Summorum Pontificum sur l’usage de la litur­gie romaine anté­rieure à la réforme de 1970, 7 juillet 2007)

« Pouvons-​nous être tota­le­ment indif­fé­rents face à une com­mu­nau­té qui compte 491 prêtres, 215 sémi­na­ristes, 6 sémi­naires, 88 écoles, 2 ins­ti­tuts de niveau uni­ver­si­taire, 117 frères reli­gieux, 164 reli­gieuses et des mil­liers de fidèles laïcs ? Devons-​nous les lais­ser s’éloigner par hasard de plus en plus de l’Église ? Et l’Église grande ne devrait-​elle pas se per­mettre aus­si d’être géné­reuse, consciente de sa grande ampleur, consciente de la pro­messe qui lui a été faite ? » (Lettre aux Évêques de l’Église Catholique concer­nant la rémis­sion de l’excommunication des quatre Évêques consa­crés par l’archevêque Lefebvre, 10 mars 2009).[1]

Des mesures pas­to­rales pro­vi­soires et mini­males pour la FSSPX, entre­prises pour le bien spi­ri­tuel de ses mil­liers de fidèles à tra­vers le monde – y com­pris un man­dat apos­to­lique pour les consé­cra­tions épis­co­pales – per­met­traient de créer les condi­tions néces­saires pour dis­si­per serei­ne­ment les mal­en­ten­dus, les ques­tions et les doutes d’ordre doc­tri­nal sus­ci­tés par cer­taines décla­ra­tions des docu­ments du Concile Vatican II et du Magistère pon­ti­fi­cal sub­sé­quent. Parallèlement, ces mesures offri­raient à la FSSPX l’opportunité de contri­buer de manière construc­tive au bien de toute l’Église, tout en main­te­nant une dis­tinc­tion claire entre ce qui relève de la foi divi­ne­ment révé­lée et de la doc­trine défi­ni­ti­ve­ment pro­po­sée par le Magistère, et ce qui, ayant un carac­tère essen­tiel­le­ment pas­to­ral dans des cir­cons­tances his­to­riques par­ti­cu­lières, est donc ouvert à une étude théo­lo­gique appro­fon­die, comme cela a tou­jours été la pra­tique au sein de l’Église. 

Soucieux de l’unité de l’Église et du salut spi­ri­tuel de tant d’âmes, je m’adresse avec une cha­ri­té res­pec­tueuse et fra­ter­nelle à notre Saint-​Père, le pape Léon XIV :

Très Saint-​Père, accor­dez le man­dat apos­to­lique pour les consé­cra­tions épis­co­pales de la FSSPX. Vous êtes aus­si le père de nom­breux fils et filles – deux géné­ra­tions de fidèles qui, jusqu’à pré­sent, ont été accom­pa­gnés par la FSSPX, qui aiment le Pape et qui aspirent à être de véri­tables fils et filles de l’Église romaine. Aussi, tenez-​vous à l’écart des par­tis pris et, avec un grand esprit pater­nel et un esprit véri­ta­ble­ment augus­ti­nien, mon­trez que vous bâtis­sez des ponts, comme vous l’avez pro­mis devant le monde entier lors de votre pre­mière béné­dic­tion après votre élec­tion. Ne lais­sez pas votre nom entrer dans l’histoire de l’Église comme celui qui a échoué à bâtir ce pont – un pont qui aurait pu être construit en ce moment véri­ta­ble­ment pro­vi­den­tiel, avec une volon­té géné­reuse – et qui a au contraire per­mis une divi­sion sup­plé­men­taire, inutile et dou­lou­reuse, au sein de l’Église, alors même que se dérou­laient des pro­ces­sus syno­daux se tar­guant d’une ampleur pas­to­rale et d’une inclu­si­vi­té ecclé­siale maxi­males. Comme Votre Sainteté l’a récem­ment sou­li­gné : « Engageons-​nous à déve­lop­per davan­tage les pra­tiques syno­dales œcu­mé­niques et à com­mu­ni­quer réci­pro­que­ment ce que nous sommes, ce que nous fai­sons et ce que nous ensei­gnons (cf. François, Pour une Église syno­dale, nn. 137–138). » (Homélie, Célébration des Secondes Vêpres LIXe semaine de prière pour l’unité des chré­tiens, 25 jan­vier 2026).

Très Saint-​Père, si vous accor­dez le man­dat apos­to­lique pour les consé­cra­tions épis­co­pales de la FSSPX, l’Église de notre temps n’y per­dra rien. Vous serez un véri­table bâtis­seur de ponts, et plus encore, un bâtis­seur de ponts exem­plaire, car vous êtes le Souverain Pontife, Summus Pontifex.

+ Athanasius Schneider, évêque auxi­liaire de l’archidiocèse de Sainte-​Marie à Astana

Source : FSSPX​.news

Notes de bas de page
  1. Statistiques annuelles au 1er novembre 2025 de la FSSPX. Nombre total de membres : 1 482 ; évêques : 2 ; prêtres (à l’exclusion des évêques) : 733 ; sémi­na­ristes (y com­pris ceux qui ne se sont pas encore enga­gés) : 264 ; frères reli­gieux : 145 ; oblates : 88 ; sœurs reli­gieuses : 250 ; âge moyen des membres : 47 ans ; pays des­ser­vis : 77 ; dis­tricts et mai­sons auto­nomes : 17 ; sémi­naires : 5 ; écoles : 94 (dont 54 en France).[]