Marie n’est-​elle plus corédemptrice – Conférence de l’abbé Foucauld le Roux

La note doc­tri­nale Mater Populi fide­lis du 4 novembre 2025 a sus­ci­té une vive inter­ro­ga­tion chez de nom­breux fidèles : Marie peut-​elle encore être appe­lée Corédemptrice et Médiatrice ? Ces titres, enra­ci­nés dans la Tradition théo­lo­gique et lar­ge­ment employés par le Magistère anté­rieur, seraient-​ils désor­mais « inop­por­tuns » ou source de confu­sion ? Cette confé­rence de M. l’abbé Foucauld le Roux, secré­taire géné­ral de la Fraternité Saint-​Pie X, pro­pose une ana­lyse doc­tri­nale appro­fon­die de cette ques­tion grave.

Donnée dans le cadre du congrès 2026 du Courrier de Rome, tenu le same­di 10 jan­vier 2026 à Paris, cette inter­ven­tion s’inscrivait dans le thème géné­ral : « Léon XIV, fils de Léon XIII et de François ? »

MARIE N’EST-ELLE PLUS CORÉDEMPTRICE DEPUIS LE 4 NOVEMBRE 2025 ?

Congrès du Courrier de Rome, Paris, same­di 10 jan­vier 2026

Abbé Foucauld le Roux, Secrétaire général

Introduction

Vous me voyez très heu­reux d’être par­mi vous pour ce magni­fique congrès, fort inté­res­sant, fort ins­truc­tif. Monsieur l’abbé Gleize, avec finesse, a par­fai­te­ment intro­duit la confé­rence que je dois main­te­nant vous don­ner et qui s’intitule, comme vous l’avez lu sur le pro­gramme, par cette ques­tion légi­time qui se pose à la conscience de tout catho­lique de bonne volon­té depuis le 4 novembre 2025 : « Marie n’est-elle plus corédemptrice ? »

Une question d’honneur

Je vou­drais dire pour com­men­cer que c’est un très grand hon­neur pour moi de prendre la parole sur un sujet qui nous tient tous à cœur. Il s’agit de notre Mère, il s’agit de son hon­neur. Et pou­voir contri­buer aujourd’hui, après beau­coup d’interventions récentes sur ce sujet dans diverses publi­ca­tions, pou­voir rendre à mon tour à la bien­heu­reuse Vierge Marie l’honneur qui lui est dû est une grande joie et un grand honneur. 

C’est bien d’honneur qu’il est ques­tion. Il s’agit de la révé­rence qui est due ou non à la Vierge Marie. Il s’agit de la louer. C’est cela l’honneur : c’est une révé­rence, une louange, selon une cer­taine excel­lence que nous recon­nais­sons chez la per­sonne que nous vou­lons hono­rer. Et là est la ques­tion. Est-​il légi­time d’honorer la Vierge Marie en la qua­li­fiant de Corédemptrice, de Médiatrice ? La sainte Vierge mérite-​t-​elle qu’on lui attri­bue ces titres ? Si oui, alors c’est une ques­tion d’honneur de recon­naître cette excel­lence qu’il y a en elle, et de la pro­cla­mer avec joie. Si en revanche il y a quelque chose d’indu, si elle ne mérite pas cet hon­neur, alors il ne faut pas lui attri­buer ces titres. Ce serait lui attri­buer une excel­lence qui ne lui appar­tient pas.

Or, lorsque nous lisons cette note doc­tri­nale, cette note théo­lo­gique qui est appa­rue le 4 novembre der­nier, nous lisons cette phrase fort ins­truc­tive : « Ce n’est pas un hon­neur pour Marie de lui attri­buer une quel­conque média­tion dans l’accomplissement [de notre jus­ti­fi­ca­tion][1] ». Notre jus­ti­fi­ca­tion est, conti­nue la note, « une œuvre exclu­si­ve­ment divine. » Ne lui ren­dons donc pas cet hon­neur, car ce n’est pas un hon­neur, car c’est indu de la qua­li­fier de média­trice. C’est le numé­ro 55. Et puis il y a le numé­ro 22, qui parle du « dan­ger d’obscurcir la place exclu­sive de Jésus-​Christ […], seul capable d’offrir au Père un sacri­fice d’une valeur infi­nie[2] » ; ce dan­ger « ne serait pas un véri­table hon­neur pour sa mère ». Ne la qua­li­fions donc pas de coré­demp­trice, car seul le Christ peut rendre au Père un sacri­fice d’une valeur infi­nie. Ne nous trom­pons pas dans notre pié­té vis-​à-​vis de la Vierge Marie. Et effec­ti­ve­ment, si cette média­tion, cette coré­demp­tion, n’appartiennent pas à l’excellence de la Vierge Marie, alors il n’y a pas lieu de les recon­naître – c’est indu – ni de les lui attribuer. 

Une préoccupation légitime

Cette pré­oc­cu­pa­tion d’offrir à la Vierge Marie un hon­neur juste est une pré­oc­cu­pa­tion légi­time. Il peut y avoir, c’est vrai, des excès dans la pié­té que nous ren­dons à la Vierge Marie. Ainsi, pour glo­ri­fier la par­ti­ci­pa­tion de la Vierge Marie à l’œuvre du salut, s’était répan­due à la fin du XIXe siècle, au début du XXe siècle, cette pieuse idée de la repré­sen­ter, dans cer­taines images, revê­tue des orne­ments sacer­do­taux, pour mon­trer à quel point elle s’unissait de tout son cœur aux sen­ti­ments de Jésus-​Christ Prêtre. Alors, le Saint-​Siège était inter­ve­nu : le Saint-​Office (l’ancêtre du Dicastère pour la Doctrine de la Foi), dans un décret du 15 jan­vier 1913 – nous sommes sous saint Pie X –, qui sera publié le 8 avril 1916, sous Benoît XV, on lit : « L’image de la bien­heu­reuse Vierge Marie revê­tue d’ornements sacer­do­taux doit être réprou­vée.[3] » Le Saint-​Siège a mis une limite. Il ne convient pas, il n’est pas juste, ce n’est pas hono­rer la sainte Vierge que de la repré­sen­ter revê­tue d’ornements sacer­do­taux. On ne peut pas attri­buer à la Vierge Marie cette excel­lence d’appartenir à l’ordre sacer­do­tal, tout sim­ple­ment parce qu’elle n’appartient pas à l’ordre sacer­do­tal, à l’ordre des ministres de l’Église. Elle est la Reine du Clergé, elle est à un titre tout spé­cial la Mère des Prêtres, mais elle n’est pas dépu­tée au culte public. Et donc, la revê­tir des orne­ments réser­vés aux ministres publics du culte de l’Église n’est pas juste.

Toutefois, pour reve­nir à cette ques­tion de la Rédemption et de la Corédemption, et de la média­tion de la Vierge, on se trouve devant un vrai cas de conscience, une per­plexi­té. Il se trouve que Léon XIII – qui a beau­coup écrit sur la Vierge Marie –, dans son ency­clique Fidentem du 20 sep­tembre 1896, parle de la Vierge Marie en la qua­li­fiant de « média­trice auprès du Médiateur[4] ». Et c’est loin d’être un cas iso­lé. Le Saint-​Office, dans un décret très voi­sin de celui que nous venons de citer, daté du 26 juin 1913, loue, lorsque l’on invoque le nom de Jésus, l’ajout de « Bienheureuse Marie, mère de Jésus, notre coré­demp­trice[5] ». Il pour­rait donc sem­bler à pre­mière vue que dans l’usage que l’on peut consta­ter à tra­vers ces textes du magis­tère, il soit plu­tôt juste et bon de qua­li­fier la Vierge Marie de média­trice, de corédemptrice.

Un avertissement sérieux…

Mais voi­là que la note doc­tri­nale nous aver­tit : cer­tains titres pré­sentent – je cite la note – une « dif­fi­cul­té de conte­nu[6] ». Certains titres risquent de conduire à une « com­pré­hen­sion erro­née de la figure de Marie ». Il y a donc lieu de se méfier. Deux titres en par­ti­cu­lier : le titre de coré­demp­trice d’abord, et celui de média­trice. Le titre de coré­demp­trice est pré­sen­té – si on lit bien cette note et la pré­sen­ta­tion qui la pré­cède – comme un terme qui est employé par les papes « sans trop l’expliquer[7] », et que le concile Vatican II a eu soin « d’éviter ». Un terme, dira le car­di­nal Ratzinger, « peu clair », conte­nant une doc­trine « pas tout à fait mûr[8] ». Un terme, dira le même car­di­nal Ratzinger, « erro­né », « trop éloi­gné de la Sainte Écriture et de la patris­tique ». Un terme, dira François, abu­sif : il par­le­ra de « sot­tise ». Il n’y a pas, dit le pape François, « de coré­demp­teur avec le Christ, unique rédemp­teur[9] ». C’est un terme donc, dit la note, qui est « tou­jours inop­por­tun[10] », un terme inutile, un terme « gênant ». Pourquoi ? Parce qu’il demande trop d’explications pour être bien com­pris. Parce qu’il « risque d’obscurcir l’unique média­tion du Christ ». Parce qu’il risque de « géné­rer une confu­sion dans l’harmonie des véri­tés de foi ».

C’est une mise en garde sérieuse qui appelle notre réflexion. À vrai dire, on se réjouit d’un tel sou­ci d’éviter tout ce qui peut géné­rer de la confu­sion par rap­port au rôle sal­vi­fique du Christ, par rap­port à l’harmonie des véri­tés de foi : nous n’étions plus tel­le­ment habi­tués à un tel sou­ci depuis soixante ans… Mais il s’agit ici d’une ques­tion qui nous per­turbe parce qu’elle ne cor­res­pond pas à la for­ma­tion que nous avions reçue sur la Vierge Marie. 

Quant au terme de média­trice, là encore, c’est un terme qui est pré­sen­té comme étant assez peu sérieux. Benoît XV avait refu­sé de défi­nir comme un dogme la média­tion de la Vierge… Il avait – excu­sez – « seule­ment » approu­vé une messe dans la litur­gie en l’honneur de la média­tion de la Vierge. Là encore, le Concile avait soi­gneu­se­ment évi­té d’utiliser ce terme, et le car­di­nal Ratzinger le jugeait, comme celui de coré­demp­trice, comme étant « peu clair », com­por­tant une doc­trine « peu mûre ». Aussi, sans le qua­li­fier de « tou­jours inop­por­tun », la note doc­tri­nale du 4 novembre 2025 nous invite à une « pru­dence par­ti­cu­lière[11] » pour l’utiliser. C’est un titre qui a trop de « limites » pour qu’on s’en serve.

… qui laisse perplexe

On est en pré­sence d’un revi­re­ment, d’un chan­ge­ment. Ce qui, hier, sem­blait tout à fait approu­vé, juste et encou­ra­gé, semble aujourd’hui dan­ge­reux. Et ce revi­re­ment, on l’appuie sur la mise en péril du rôle exclu­sif du Christ. 

Ce qui est curieux dans cette jus­ti­fi­ca­tion d’un tel revi­re­ment, c’est que cet argu­ment res­semble beau­coup à celui qu’utilisent les pro­tes­tants pour contes­ter toute forme de média­tion dans l’œuvre du salut réa­li­sée par le Christ. C’est un argu­ment qu’on avait déjà enten­du, mais pas chez les catho­liques. Jamais, dans le déve­lop­pe­ment du culte marial, on invoque ce dan­ger de com­pro­mettre l’unité de la média­tion du Christ. Ou plu­tôt, on a soin de pré­ci­ser, en déve­lop­pant la théo­lo­gie mariale, qu’elle est par­fai­te­ment res­pec­tueuse du rôle propre, unique, spé­ci­fique et exclu­sif de Jésus-​Christ. Ces pré­ci­sions sont tou­jours appor­tées mais sans crainte, comme pou­vant par­fai­te­ment s’harmoniser. Ici, on découvre une sorte de crainte, on pour­rait même dire de para­noïa, qui d’habitude se situe plu­tôt chez les protestants.

Et puis, ce qui est plus gênant, c’est de consta­ter que ce revi­re­ment, cette décou­verte d’un tel dan­ger pour la mise en lumière du rôle du Christ, s’appuie uni­que­ment sur l’approfondissement de la théo­lo­gie de ces trente ou qua­rante der­nières années. On a l’impression, quand on lit cette note, que les mots ont eu un usage abu­sif dont on ne s’est pas vrai­ment aper­çu aux XIXe et XXe siècle, et qu’une réflexion a été menée à par­tir du milieu du XXe siècle pour réflé­chir, savoir si ces termes étaient suf­fi­sam­ment pré­cis pour être uti­li­sés. Et on s’est aper­çu, après mûre réflexion, après études appro­fon­dies, que fina­le­ment, non, il n’y avait pas de fon­de­ment suf­fi­sant, et qu’il valait mieux renon­cer à uti­li­ser ces termes. Le tout enro­bé d’une mer­veilleuse et pieuse inten­tion de pré­ci­ser la juste place de la Vierge Marie. 

Et voi­là qui doit défi­ni­ti­ve­ment nous ras­su­rer sur la pers­pec­tive de cette note doc­tri­nale : cette inten­tion de pré­ci­ser la juste place de Marie doit s’effectuer, nous dit le pré­fet de ce dicas­tère dans sa lettre de pré­sen­ta­tion, selon deux cri­tères. Le pre­mier : une « pro­fonde fidé­li­té à l’identité catho­lique[12] ». Le second : « un effort œcu­mé­nique particulier ».

Alors, il n’est pas besoin d’être très soup­çon­neux pour devi­ner, der­rière ces pré­textes, une véri­table trom­pe­rie. Cette double inten­tion a tout d’une inten­tion double, et d’une gageure. Comment demeu­rer pro­fon­dé­ment fidèle à l’identité catho­lique tout en entre­pre­nant un effort œcu­mé­nique par­ti­cu­lier ? Cet « en même temps » est pour le moins suspect. 

Et puis, ce qui achève de démas­quer cette trom­pe­rie, c’est un exa­men atten­tif et vrai­ment sérieux de la théo­lo­gie mariale avant le concile Vatican II, où l’on s’aperçoit que ces titres était bien plus fon­dés que ce que cette note vou­drait nous faire croire.

Plan de la conférence

Alors, pour déve­lop­per cette confé­rence, j’articulerai mon pro­pos en trois temps. Le pre­mier sera le plus long, le plus impor­tant, c’est le nœud de notre ques­tion : il s’agit d’exposer, de manière bien sûr trop rapide, la doc­trine catho­lique sur la média­tion et la coré­demp­tion, telle qu’elle fut véhi­cu­lée par la Tradition jusqu’au concile Vatican II. 

Dans une deuxième par­tie, beau­coup plus courte, nous confron­te­rons cette doc­trine à l’enseignement de la note doc­tri­nale, pour tâcher d’en com­prendre la por­tée gravissime. 

Et puis, dans une troi­sième par­tie, nous cher­che­rons à com­prendre d’où vient cette note, en la situant dans son contexte doc­tri­nal pour pou­voir mieux la com­prendre. Et nous tire­rons alors quelques conclu­sions ou obser­va­tions plus pra­tiques.
 

I – La Vierge Marie est corédemptrice et médiatrice

Préambule

Avant de com­men­cer, un triple pré­am­bule à cette expo­si­tion théo­lo­gique : trois points que j’aimerais sou­li­gner, qui sont impor­tants pour vrai­ment com­prendre la por­tée de la note doc­tri­nale et sa gravité. 

  1. Le mys­tère de Marie est un tout

Le pre­mier point qui me semble impor­tant, c’est de pré­ci­ser que les titres de la Vierge Marie ne sont pas pure­ment déco­ra­tifs ou option­nels. Tous les titres qui sont attri­bués à la Vierge Marie, tous les attri­buts qu’on lui donne, disent quelque chose du mys­tère de la Vierge Marie. Ils expriment des véri­tés, ils expriment des aspects, des par­ties d’un tout qui est cohé­rent, qui a son uni­té. Le mys­tère de la Vierge Marie est un mys­tère très riche qui com­porte beau­coup d’aspects, et tous ces aspects sont insé­pa­rables. Parce que le mys­tère de la Vierge Marie est un. 

Nier une véri­té au sujet de la Vierge Marie – si on la nie impli­ci­te­ment ou expli­ci­te­ment – c’est au mieux obs­cur­cir le mys­tère, au pire le déna­tu­rer et le rendre inin­tel­li­gible. À l’inverse, décou­vrir une véri­té sur la Vierge Marie, c’est mieux com­prendre le mys­tère et le rendre plus intel­li­gible. Toutes les véri­tés au sujet de la Vierge se tiennent.

  1. Les véri­tés mariales sont ordonnées

Le deuxième pré­am­bule, c’est de dire que toutes ces véri­tés qui se tiennent sont des véri­tés ordon­nées entre elles, les unes par rap­port aux autres. Il y a un ordre dans le mys­tère de la Vierge Marie. 

Ça, c’est vrai de toute la théo­lo­gie catho­lique. Toute la théo­lo­gie catho­lique est un tout mer­veilleux, extrê­me­ment bien ordon­né. Tous les trai­tés théo­lo­giques, toutes les véri­tés de foi s’articulent les unes avec les autres d’une manière extra­or­di­naire. Il y a une vraie har­mo­nie des véri­tés chré­tiennes. Et quand on étu­die la foi catho­lique, on étu­die l’harmonie de cette foi, on admire l’harmonie de cette foi : la théo­lo­gie est une sagesse, une sagesse qui contemple l’ordre qu’il y a dans les choses, pour le décrire – c’est le propre du sage d’ordonner. 

Le déve­lop­pe­ment de la mario­lo­gie va donc s’effectuer en situant le mys­tère de Marie à sa juste place dans tout l’ordre de la théo­lo­gie. Et donc, puisque la Vierge Marie, on va le voir, est la mère du Christ, le trai­té théo­lo­gique de la Vierge Marie va s’étudier à sa juste place qui est d’être juste à côté de celui du Christ. La théo­lo­gie de la Vierge Marie est très proche, arti­cu­lée autour des mys­tères du Christ. Nous voyons donc les déve­lop­pe­ments de la mario­lo­gie au fil des siècles en paral­lèle de la contem­pla­tion et de l’étude du mys­tère du Christ. 

Et bien sûr, au sein du mys­tère de Marie, c’est à par­tir de la contem­pla­tion et de l’étude des notions fon­da­men­tales de la mario­lo­gie que nous décou­vrons, en le com­pre­nant tou­jours mieux, tous les aspects que com­porte ce riche mys­tère. Exactement comme on découvre en théo­lo­gie toutes les facettes du mys­tère du Christ, en appro­fon­dis­sant les notions les plus fon­da­men­tales que nous connais­sons au sujet du Christ ; il en va de même pour la Vierge Marie. Il est impor­tant de sai­sir cet ordre si l’on veut com­prendre cor­rec­te­ment la place de cette média­tion et de cette coré­demp­tion dans le mys­tère marial lui-​même, dans la théo­lo­gie de la Vierge Marie.

  1. La théo­lo­gie pro­gresse à par­tir de la Tradition

Et der­nier élé­ment de ce pré­am­bule : ces véri­tés qui se tiennent toutes, qui sont ordon­nées et arti­cu­lées entre elles, la théo­lo­gie ne les découvre pas en sui­vant une intui­tion arbi­traire ou une fan­tai­sie de pié­té per­son­nelle. Non. Il s’agit : non pas d’inventer ; non pas, à la manière d’un artiste, d’esquisser ou d’embellir plus qu’il ne fau­drait la Vierge Marie, non ; il s’agit d’avancer dans la péné­tra­tion de ce mys­tère à la lumière de la Révélation, que nous contem­plons dans ses sources qui sont la Sainte Écriture et la Tradition, pré­sen­tées par le Magistère. Et donc, c’est à la lumière du Magistère, point de départ de la réflexion théo­lo­gique, que nous avan­çons pour expli­ci­ter, mettre des mots sur des véri­tés qui sont révé­lées, mais sur les­quelles l’esprit du théo­lo­gien tra­vaille pour arri­ver à mieux les sai­sir, à mieux les appré­hen­der, à mieux les exprimer. 

Et ce tra­vail théo­lo­gique qui pénètre, à par­tir de ce que pro­pose le Magistère, la théo­lo­gie de la Vierge Marie, ce tra­vail théo­lo­gique va être par­fois assu­mé par le Magistère lui-​même, qui va don­ner de l’autorité à un tra­vail théo­lo­gique en disant : « Oui, ce terme semble être celui qui exprime le mieux le mys­tère. Il est éla­bo­ré par le théo­lo­gien, mais moi qui suis déten­teur du pou­voir de Magistère, je décide de réser­ver ce terme à l’expression de ce mys­tère, parce qu’il en est l’expression la plus abou­tie, la plus par­faite, la plus pré­cise. » Alors, c’est un nou­veau point de départ – puisque le Magistère atteste qu’une telle véri­té expri­mée de cette manière-​là est bien révé­lée par Dieu – un nou­veau point de départ pour de nou­veaux appro­fon­dis­se­ments théologiques. 

C’est de cette manière que se déploie le dogme ; si bien qu’on par­vient d’une connais­sance, peut-​être confuse au départ, à une connais­sance de plus en plus pré­cise du dogme de la Vierge Marie. Et tout texte théo­lo­gique sur la Vierge Marie – et cette note doc­tri­nale ne doit pas avoir d’autre objec­tif, nor­ma­le­ment – a pour but de nous aider à pro­gres­ser dans cette recherche d’une pré­ci­sion tou­jours plus grande, dans un appro­fon­dis­se­ment tou­jours plus vaste et plus pré­cis des mys­tères que nous connais­sons au sujet de la Vierge Marie.

Du mystère du Christ…

Alors, à par­tir de ce pré­am­bule, com­ment situer, com­ment com­prendre la place réser­vée à la coré­demp­tion et à la média­tion de la Vierge Marie ? Si ces qua­li­tés, si ces véri­tés sont vraies, c’est-à-dire si la Vierge Marie est vrai­ment coré­demp­trice et média­trice, alors on ne peut le décou­vrir que par un déve­lop­pe­ment et un appro­fon­dis­se­ment de ce que nous connais­sons déjà sur la Vierge Marie, en par­faite har­mo­nie avec ce que nous connais­sons du Christ. Et donc, il est tout à fait légi­time de cher­cher à véri­fier si un tel ensei­gne­ment, une telle pié­té – la coré­demp­tion, la média­tion – ne mettent pas en péril des véri­tés déjà ensei­gnées par l’Église. Il est cer­tain que si la coré­demp­tion ou la média­tion devaient mettre en péril le dogme de l’unicité du Sauveur, alors il fau­drait les réprou­ver car ce serait le signe qu’elles ne sont pas catholiques.

Que savons-​nous du Christ ? Nous savons du Christ – puisque c’est à par­tir de la théo­lo­gie du Christ que nous com­pre­nons la théo­lo­gie de la Vierge Marie – qu’il est Sauveur. C’est ça qui résume le mys­tère du Christ. Il est Sauveur. Que veut dire Sauveur pour le Christ ? Il est l’Homme-Dieu. L’Homme-Dieu, la deuxième per­sonne de la Sainte Trinité incar­née. C’est le mys­tère de l’Incarnation. L’Homme-Dieu qui s’incarne. 

Pourquoi ? Pour nous rache­ter. L’Incarnation est ordon­née essen­tiel­le­ment au rachat des hommes, à la satis­fac­tion des péchés pour rache­ter le genre humain, en expiant à sa place la peine due au péché pour satis­faire la jus­tice divine. Cette œuvre de la Rédemption se réa­lise en deux temps. D’abord, il s’agit pour le Sauveur d’offrir son sacri­fice, sacri­fice par­fait qui rachète par­fai­te­ment l’humanité. Et dans un deuxième temps, il s’agit de faire par­ve­nir à chaque âme en par­ti­cu­lier les fruits de cette Rédemption. On parle, en théo­lo­gie, de rédemp­tion objec­tive et de rédemp­tion subjective. 

Trois temps, donc, mais tou­jours ordon­nés l’un par rap­port à l’autre. D’abord, un temps où le Christ s’incarne, se consti­tue média­teur : à la fois Dieu et homme, entre Dieu et les hommes, pour être capable de les rache­ter. Deuxième temps, qui est la fin même de l’Incarnation : le Christ nous rachète, il offre son sacri­fice. Et troi­sième temps : il dis­tri­bue les fruits de ce sacri­fice aux hommes.

… au mystère de Marie 

Alors, il est vrai­ment ten­tant, c’est vrai, et c’est effec­ti­ve­ment le che­min sui­vi par la théo­lo­gie catho­lique, de situer la place de la Vierge Marie par rap­port à ce Sauveur, par rap­port à cette Rédemption. Nous voyons la Vierge Marie, d’abord, à une place qui est évi­dente, puisque c’est tout ce que nous savons d’elle pre­miè­re­ment : elle est la Mère du Sauveur, elle est la Mère de l’Homme-Dieu ; nous voyons donc la Vierge Marie rendre pos­sible le Médiateur, rendre pos­sible l’Incarnation. Elle est là pour don­ner à la deuxième per­sonne de la Sainte Trinité la matière dont Dieu a besoin pour for­mer sa propre nature humaine. Et nous voyons donc la Vierge Marie très proche du Sauveur, puisque c’est d’elle qu’il tire la sub­stance de sa chair et de son sang. 

Ensuite, puisque l’Incarnation est faite pour la Rédemption, c’est tout natu­rel­le­ment qu’on est ten­té de situer la Vierge, là encore, à côté du Rédempteur dans l’acte même de la Rédemption. Et c’est là que se situe la notion de coré­demp­tion. Qu’est-ce que c’est la notion de coré­demp­tion ? C’est le fait pour la Vierge Marie d’être asso­ciée inti­me­ment à l’acte par lequel le Sauveur rachète l’humanité. 

Et puis nous vou­lons, pour ter­mi­ner, situer aus­si la Vierge Marie dans une asso­cia­tion au Christ dis­pen­sa­teur des grâces, au Christ qui sanc­ti­fie les âmes, en pla­çant la Vierge Marie à ses côtés dans ce rôle de Médiatrice uni­ver­selle. La sainte Vierge est au côté du Christ pour, avec lui, dis­tri­buer les grâces sur les âmes.

Ce paral­lèle est-​il légi­time ? A‑t-​on le droit d’attribuer à la Vierge Marie une asso­cia­tion à l’acte même de la rédemp­tion des hommes, et une asso­cia­tion à leur sanc­ti­fi­ca­tion par la dis­tri­bu­tion des grâces ? Telle est la question.

Mère de Dieu

Le point de vue de la mère est assez peu contes­té. La note elle-​même le recon­naît sans dif­fi­cul­té. La Vierge Marie est bien celle qui donne la vie au Fils de Dieu dont il tire sa chair. Et c’est déjà, à vrai dire, un pre­mier sens pour la qua­li­fier de média­trice. Elle est média­trice au sens où elle nous donne le Médiateur, où c’est à son fiat que Dieu a subor­don­né la réa­li­sa­tion de l’Incarnation. Elle fut sol­li­ci­tée par l’ange pour savoir si elle accep­tait de rendre pos­sible l’Incarnation et elle a dit oui. Et en ce sens, la note doc­tri­nale de 2025 recon­naî­tra à la Vierge un cer­tain sens du mot média­trice. Mais la ques­tion est de savoir si elle rend pos­sible uni­que­ment l’Incarnation, ou bien si elle rend pos­sible l’Incarnation rédemptrice.

Autrement dit, où s’arrête le rôle de la Vierge ? Quand a‑t-​elle fini sa mis­sion ? A‑t-​elle fini sa mis­sion lorsqu’elle a dit « fiat » et qu’elle conçut du Saint-​Esprit ? « Merci, très sainte Vierge Marie. Grâce à vous, l’Incarnation a eu lieu. Maintenant, vous n’avez plus de rôle à jouer. Votre mis­sion est ter­mi­née… » ? Ou bien, peut-​être, allons jusqu’à la nais­sance. Pour qu’elle soit Mère de Dieu, il faut qu’elle lui donne la vie, il faut qu’elle le mette au monde. Allons jusqu’à la nais­sance. Le Christ est né. Il est un petit bébé dans les bras de sa mère. « Merci, très sainte Vierge Marie. Votre mis­sion est ter­mi­née… » Oui, mais quand on met un enfant au monde, il est natu­rel qu’on soit aus­si char­gé de son édu­ca­tion. Il est du rôle d’une mère, non seule­ment de mettre au monde ses enfants, mais de les conduire jusqu’à leur per­fec­tion par l’éducation. Alors, conti­nuons. La Vierge Marie doit avoir une mis­sion qui va jusqu’à la fin, fina­le­ment, de la for­ma­tion de l’éducation de l’Enfant Jésus. Donc, disons, jusqu’au début de la vie publique. Au début de la vie publique, Jésus peut enfin quit­ter sa mère. « Merci, bonne et sainte mère, vous avez bien accom­pli votre mis­sion. Désormais, place à la Rédemption. Votre mis­sion est ter­mi­née… » Ou bien, peut-​on continuer ?

Léon XIII, dans une char­mante médi­ta­tion sur les mys­tères du Rosaire,[13] nous explique qu’il serait très sur­pre­nant que le rôle de la Vierge Marie s’arrêtât en cours de route. L’Incarnation est rédemp­trice. Et donc, le rôle de la Vierge Marie ne consiste pas seule­ment à mettre au monde l’Homme-Dieu ; elle consiste à le mettre au monde pour le rachat des hommes. Et donc, elle va conti­nuer à être asso­ciée à la mis­sion du Fils de Dieu jusqu’au bout, jusqu’à l’achèvement, jusqu’à la consom­ma­tion de cette mis­sion du Fils de Dieu. Et tant que le Fils de Dieu n’a pas fini sa mis­sion, la Vierge n’a pas fini la sienne.

« Voici, dit Léon XIII com­men­tant les mys­tères du Rosaire, voi­ci les mys­tères de joie. Le Fils éter­nel de Dieu fait homme s’incline vers les hommes ; mais c’est avec le consen­te­ment de Marie. Enfin le Christ, l’attente des nations, vient au jour ; mais il naît de Marie, et si les ber­gers et les mages, pré­mices de la foi, se hâtent pieu­se­ment vers son ber­ceau, c’est avec Marie qu’ils trouvent l’enfant. Et lorsque cet enfant veut ensuite être appor­té au temple, afin de se livrer par un rite public en vic­time à Dieu son Père, c’est encore par le minis­tère de sa mère qu’il est pré­sen­té au Seigneur… 

« Ce n’est pas autre­ment que parlent les mys­tères dou­lou­reux. Dans le jar­din de Gethsémani où Jésus endure une crainte et des tris­tesses mor­telles, et au pré­toire où il est fla­gel­lé, on ne voit pas, il est vrai, Marie près de lui ; mais depuis long­temps, elle connaît très clai­re­ment les dou­leurs réser­vées à son Fils. En effet, lorsqu’elle s’offrit comme ser­vante pour être sa mère, et lorsqu’elle se consa­cra tout entière avec lui dans le temple, elle devint dès lors, par l’un et l’autre de ces actes, l’associée de ce Fils dans son œuvre si labo­rieuse d’expiation pour le genre humain. 

« Il n’est donc pas dou­teux qu’elle n’ait pris en son âme une très grande part aux amer­tumes, aux angoisses, aux tour­ments de son Fils unique. Du reste, c’est devant elle et sous ses regards que devait s’accomplir le divin sacri­fice, en vue duquel cette Vierge géné­reuse l’avait for­mé de sa chair et nour­ri de son lait. Mais ce qu’il y a de plus tou­chant à remar­quer dans ce der­nier mys­tère, c’est que tout près de la croix de Jésus était debout Marie, sa mère ; sa mère qui, brû­lant pour nous d’une cha­ri­té sans bornes, offrait, elle-​même, afin de nous rece­voir pour enfants, son propre Fils à la jus­tice divine, mou­rant en son cœur avec lui, trans­per­cée qu’elle était d’un glaive de dou­leurs.[14] »

Corédemptrice ?

Est-​ce simple pié­té de Léon XIII, ou est-​ce véri­té du dogme sur la Vierge Marie ? Il faut éclai­rer cela – et c’est la par­tie la plus dif­fi­cile peut-​être de cet expo­sé, celle qui requiert le plus votre atten­tion ; car on est en face d’un triple pro­blème, et un pro­blème sérieux. 

Le pre­mier pro­blème, c’est que la Vierge Marie doit être rache­tée elle aus­si. Il faut qu’elle béné­fi­cie du sacri­fice. Comment pourrait-​elle donc jouer un rôle dans l’acquisition de la grâce, si elle-​même a besoin que ce sacri­fice ait lieu ? 

Et puis, en admet­tant que cela soit pos­sible, qu’elle puisse être par­ti­ci­pante, asso­ciée à la rédemp­tion objec­tive elle-​même, à quoi bon ? À quoi bon cette asso­cia­tion ? À quoi peut bien ser­vir la coré­demp­tion de la Vierge, si le sacri­fice du Christ est par­fait en lui-​même, si le Christ est l’unique média­teur qui suf­fit pour rache­ter tous les hommes ? À quoi bon ? 

Et puis, quand bien même on vou­drait à tout prix recon­naître une place pour la Vierge Marie, ne serait-​il pas suf­fi­sant de lui recon­naître une place dans la dis­tri­bu­tion des grâces ? Pourquoi faudrait-​il qu’elle soit corédemptrice ?

  • Un pri­vi­lège possible

Première ques­tion : il faut que la Vierge Marie soit rache­tée. Et là se trouve un appro­fon­dis­se­ment magni­fique de ce que nous savons déjà sur la Vierge Marie. Que savons-​nous d’elle ? Qu’elle est l’Immaculée Conception. Et nous savons pour­quoi : elle est l’Immaculée Conception, c’est-à-dire qu’elle fut pré­ser­vée du péché ori­gi­nel, pour être la digne mère du Fils de Dieu. Oui. Et qu’est-ce que cela veut dire ? 

Non seule­ment cela veut dire qu’il fal­lait qu’elle fût pré­ser­vée de tout péché pour que la chair du Fils de Dieu fût tirée d’une ori­gine abso­lu­ment pure ; pour que le sein dans lequel allait s’incarner le Fils de Dieu fût abso­lu­ment pur de tout péché – et cela est une rai­son tout à fait puis­sante pour jus­ti­fier l’Immaculée Conception. Oui. 

Mais, « pour être la digne mère du Fils de Dieu », cela veut dire en réa­li­té plus que cela. Cela ne veut pas seule­ment dire être la digne mère qui met­trait au monde l’Homme-Dieu, mais être celle qui serait la mère du Rédempteur. Être non seule­ment la digne mère du Fils de Dieu, mais être sa digne mère jusqu’à la fin, avec tout ce qu’implique la mater­ni­té divine ; et donc pour être la coré­demp­trice du Fils de Dieu.

C’est dans le mys­tère de l’Immaculée Conception que nous trou­vons la réponse à cette ques­tion. Comment la Vierge peut-​elle être à la fois rache­tée par le Christ et unie à lui dans le rachat des hommes ? Par son imma­cu­lée concep­tion. Pourquoi la Vierge Marie fut-​elle pré­ser­vée du péché par le Christ ? Pour pou­voir être avec lui coré­demp­trice. La Vierge Marie fut rache­tée par le Christ, oui, mais dans son imma­cu­lée concep­tion. Elle ne fut pas rache­tée par le Christ comme nous : elle fut rache­tée par le Christ selon un mode très spé­cial, très spé­ci­fique, unique. Elle aurait dû contrac­ter le péché, mais le Christ meurt pour qu’elle en soit préservée. 

Et donc, parce que le Christ meurt pour qu’elle en soit pré­ser­vée, elle n’appartient pas, elle n’a jamais appar­te­nu, elle n’appartiendra jamais à la masse des pécheurs. Elle en est sépa­rée. Elle est dans un ordre à part, elle a une place à elle, elle n’est pas dans notre ordre à nous, elle n’est pas dans notre monde. Vis-​à-​vis de la Rédemption, elle est rache­tée d’une manière très spé­ciale qui la place à part : elle est créée dans la grâce. Elle n’est pas rache­tée comme nous. Sa rédemp­tion à elle consiste à être mise à part, à être préservée.

Ce n’est donc pas une simple excep­tion. Une simple excep­tion qui, si on la pre­nait trop maté­riel­le­ment, met­trait en péril l’unité même de la Rédemption. Comment se fait-​il qu’elle n’ait pas eu à être rache­tée comme nous ? Où est l’unité de la Rédemption ? Exception pourquoi ?

Parce qu’elle est le pre­mier effet de la Rédemption. Un pre­mier effet que le Christ, dans sa sagesse, que Dieu, dans sa sagesse, a pré­or­don­né pour que, béné­fi­ciant par avance de la rédemp­tion de son Fils, elle fût à même de par­ti­ci­per au second effet de la Rédemption qui serait de rache­ter les âmes péche­resses. Et parce qu’elle n’appartient pas à ce monde des âmes péche­resses, parce qu’elle est rache­tée avant – non pas avant chro­no­lo­gi­que­ment, mais avant dans l’ordre de la Rédemption, dans l’ordre réel des choses – elle est en mesure d’agir par rap­port à notre rédemp­tion à nous. 

Elle est mise à part en réa­li­té pour cela : et ain­si est par­fai­te­ment sau­ve­gar­dée l’unité de la Rédemption. La Vierge est mise à part pour pou­voir être asso­ciée au Christ dans la réa­li­sa­tion du rachat de nos âmes. Elle ne mérite pas sa pré­ser­va­tion, bien sûr – parce qu’on ne mérite pas la grâce ini­tiale, donc elle ne mérite pas sa pré­ser­va­tion ; mais avec le Christ, elle mérite pour tous les hommes, parce qu’elle est l’Immaculée Conception. L’Immaculée Conception rend pos­sible la coré­demp­tion, sans aucun pré­ju­dice pour l’unicité du Rédempteur. 

Certes, il faut ajou­ter cette pré­ci­sion : ce mérite qui est celui de la Vierge Marie, par lequel elle obtient per­son­nel­le­ment le salut de nos âmes, par lequel réel­le­ment elle nous rachète, n’est pas stric­te­ment sur le même plan que le mérite du Christ. C’est un mérite qu’on appelle « de conve­nance, de congruo », c’est-à-dire pro­ve­nant de l’amitié du Christ. Parce qu’elle est asso­ciée au Fils de Dieu, parce qu’elle est unie par une cha­ri­té unique au Fils de Dieu, alors le Christ obtient, lui offre plu­tôt, comme récom­pense de sa cha­ri­té, comme récom­pense de sa coré­demp­tion, le salut de nos âmes. Elle le mérite vrai­ment, elle a un droit sur nous qu’elle a obte­nu par sa compassion.

  • Un pri­vi­lège utile

Mais alors, si effec­ti­ve­ment il est pos­sible qu’elle soit coré­demp­trice, à quoi bon ajou­ter quelque chose à la rédemp­tion par­faite du Christ ? Puisque le Christ est vrai­ment l’unique rédemp­teur, puisque c’est le Christ qui nous rachète tous, à quoi bon la coré­demp­tion ? À quoi ça sert ? Quelle en est l’utilité ? 

Il faut reve­nir pour ça au mys­tère du Christ. La ques­tion qu’il faut nous poser pour savoir quelle est la rai­son pour laquelle la Vierge est coré­demp­trice, c’est de savoir pour­quoi le Christ est rédemp­teur, pour­quoi le Christ souffre, pour­quoi le Christ meurt. 

Nous le savons : une seule goutte de sang aurait suf­fi. Même un seul acte d’amour du Christ aurait suf­fi pour rache­ter tous les hommes. Pourquoi ces souffrances ? 

On répond par­fois : pour que sa cha­ri­té soit plus par­faite dans la Passion ! Mais la cha­ri­té du Christ était par­faite dès le pre­mier ins­tant… Alors, c’était pour que la jus­tice de Dieu fût plus par­fai­te­ment satis­faite ! Mais la jus­tice de Dieu, si le Christ offre un acte de cha­ri­té, est par­fai­te­ment satis­faite : Dieu ne refuse rien à son Fils… Alors, c’est pour don­ner l’exemple aux hommes, pour que les hommes, en voyant le Christ, apprennent à souf­frir ! Mais la ques­tion rebon­dit : pour­quoi les hommes souffriraient-​ils si le Christ a tout souf­fert ? Pourquoi, si la rédemp­tion suf­fit ? Pourquoi, si le Christ a tout payé ? Pourquoi devons-​nous nous aus­si payer à notre tour ? 

Ce n’est pas pour une jus­tice plus par­faite ; ce n’est pas pour une jus­tice plus stricte… C’est en ver­tu d’un amour plus par­fait. Un amour plus par­fait : cet amour par lequel le Christ veut nous sau­ver, non seule­ment en répa­rant à notre place, mais en nous per­met­tant à notre tour de méri­ter nous aus­si le salut qu’il nous obtient. Il faut, en rai­son de ce grand amour de Dieu, il faut que l’homme se sauve lui-​même. Il faut que l’homme soit lui-​même acteur de son salut. Il faut que l’homme mérite.

Pourquoi ? Parce que pos­sé­der ce qu’on a méri­té, c’est le pos­sé­der de manière plus par­faite, de manière plus glo­rieuse. Donc, le Christ ne pro­fite pas d’être Dieu pour nous rache­ter à peu de frais. Il veut nous rache­ter en souf­frant comme homme. Il consi­dère tout ce qui serait néces­saire à sa seule huma­ni­té pour satis­faire les péchés des hommes, et il le souffre. Dieu ne s’est pas fait homme pour se dis­pen­ser de souf­frir, ni pour dis­pen­ser la nature humaine de payer sa part… Il s’est fait homme pour per­mettre à l’homme de se rache­ter lui-​même, dans la dépen­dance des mérites divins du Christ. Le Christ ne nous dis­pense pas de souf­frir et de mou­rir, il nous invite à le suivre. 

Et donc, il ne suf­fit pas, pour être sau­vé, de croire à ce que le Christ a fait pour nous : il faut y par­ti­ci­per. La Passion doit se pro­lon­ger dans le Corps Mystique du Christ pour être plus par­faite ; pour être non seule­ment l’œuvre du Christ qui nous sauve, mais l’œuvre du pécheur qui se sauve. Oui, la Passion du Christ, si elle n’est que celle du Christ, n’est pas com­plète : il lui manque quelque chose, il lui manque d’être vécue dans cha­cun des membres de son Corps Mystique. 

Et tous, nous sommes invi­tés à suivre le Christ pour par­ti­ci­per à notre salut, pour méri­ter notre salut avec le Christ – en ver­tu des mérites du Christ, mais en méri­tant avec lui, dans la dépen­dance de sa grâce. Certains par­ti­ci­pe­ront assez peu, mais par­ti­ci­pe­ront quand même à ce rachat ; d’autres y par­ti­ci­pe­ront beau­coup, cha­cun selon la mesure que Dieu lui a fixée, par amour, par cha­ri­té. Certains y par­ti­cipent par voca­tion, par fonc­tion, par état, ils se consacrent à cela : souf­frir pour sau­ver les âmes – se sau­ver eux-​mêmes, et sau­ver toutes celles qui paie­ront si peu cher le prix de leur salut.

En ce sens, si vous m’avez sui­vi, tous nous méri­tons d’être appe­lés coré­demp­teurs. Tous nous méri­tons à notre manière, à notre place, le salut qui nous est offert par le Christ, à la fois pour nous et pour les âmes que nous vou­lons aider à sau­ver. Et on serait ten­té de dire qu’en ce sens Marie, comme nous, parce qu’elle offre ses souf­frances, parce qu’elle offre sa cha­ri­té pour que les hommes soient sau­vés, mérite comme nous, fina­le­ment, d’être appe­lée coré­demp­trice. Mais atten­tion : la coré­demp­tion de la Vierge Marie est tout à fait d’un autre ordre et c’est cela qu’il faut remar­quer pour ache­ver cette explication.

Ça ne suf­fit pas de dire que la Vierge Marie est coré­demp­trice au sens où nous pour­rions l’être nous-​mêmes, parce que nous par­ti­ci­pons par notre cha­ri­té, par notre mérite, à la Passion du Christ, en obte­nant la grâce du salut. Tout cela a lieu dans l’histoire du monde après la Rédemption. Tout cela a lieu, au fond, dans l’application des fruits de la Rédemption. 

La Vierge Marie, elle, connaît une asso­cia­tion à l’œuvre de la Rédemption qui est unique, qui n’est celle d’aucun d’entre nous. Cette asso­cia­tion a pour par­ti­cu­la­ri­té de rendre pos­sible la Rédemption et de s’y unir par­fai­te­ment ; la Rédemption elle-même.

Elle n’est pas seule­ment unie à la volon­té de Dieu de sanc­ti­fier telle ou telle âme : elle est unie à la volon­té de Dieu de rache­ter le monde par l’Incarnation rédemp­trice. Elle par­ti­cipe, depuis le fiat jusqu’au sta­bat, à la réa­li­sa­tion de notre salut, par sa cha­ri­té, par son union, par sa com­pas­sion, par ses souf­frances de mère. Elle par­ti­cipe à la réa­li­sa­tion du sacri­fice de la Croix d’une manière abso­lu­ment unique. 

« Il faut arrê­ter net toute dis­cus­sion sur la coré­demp­tion, dit le Père Nicolas, si on se borne à voir dans le cœur de cette pauvre mère, écra­sée de dou­leur devant son Fils cru­ci­fié, des sen­ti­ments vul­gaires ou sim­ple­ment pro­fanes. Je sup­pose acquis qu’à ce moment, son âme est celle qui a répon­du « fiat » à l’ange de l’Annonciation, et qui a adhé­ré à l’Incarnation rédemp­trice en pleine lumière et dans un grand élan d’amour dés­in­té­res­sé. […] Je sup­pose acquis que cet amour mater­nel por­té à son som­met, dépouillé de tout ce qui l’entache et le limite dans les autres femmes, veut essen­tiel­le­ment que s’accomplisse le but de son Fils qui est de nous sau­ver en vivant en nous, dési­rant seule­ment ne pas être sépa­ré de lui dans cette mort et dans cette vie pour nous. Ce sen­ti­ment d’amour mater­nel qui la pousse à adhé­rer est aus­si ce qui la déchire. Celui qui vou­drait faire une ana­lyse théo­lo­gique des souf­frances propres de Marie devrait les étu­dier comme une com­pas­sion [souf­frir avec le Christ]. Cette Mère souffre de la souf­france de son Fils, sans aucun retour égoïste sur soi-même.

« Comment pen­ser que, s’il est pos­sible – et nous avons vu que c’était pos­sible – de don­ner à une telle souf­france ins­pi­rée d’un tel amour, une valeur, une effi­ca­ci­té pour le salut du monde, le Christ ne l’aurait pas fait ? 

« Quoi ! Ils souffrent ensemble, elle ne souffre que de sa souf­france à lui, elle est plei­ne­ment unie à son désir de nous sau­ver, à son obéis­sance, à l’offrande qu’il fait lui-​même au Père ; elle n’a avec lui qu’un cœur et qu’une cha­ri­té ; et tout ce qu’elle apporte de peine et d’offrande, si uni que cela puisse être à la peine et à l’offrande de Jésus-​Christ, n’emprunterait à celle-​ci aucune valeur rédemp­trice, n’aurait aucun reten­tis­se­ment qui lui soit propre sur le salut des hommes, auquel pour­tant elle sacri­fie tout ? [15]»

C’est une magni­fique évo­ca­tion de ce que le Christ fait quand il voit sa mère souf­frir, si inti­me­ment unie à lui dans cet acte par lequel il nous rachète tous. La souf­france de Marie, sa com­pas­sion, loin d’être inutile, ajoute et per­fec­tionne la Passion du Christ. 

  • Elle ajoute aux souf­frances du Christ un sur­croît d’intensité, car il y a une souf­france spé­ci­fique que le Christ ne souffre que parce que sa mère est là : celle de la voir souffrir.
  • Il y a aus­si le fait que cette souf­france soit par­ta­gée : le Christ, sans elle, n’aurait pas éprou­vé de com­pas­sion. Il com­pa­tit aux souf­frances de sa mère.
  • Mais sur­tout, il com­pa­tit en sa mère à ses propres souf­frances. Et il donne à tous les hommes que nous sommes, non seule­ment un nou­vel Adam qu’il est lui-​même, un Sauveur, mais dans sa sagesse, il donne aux hommes que nous sommes une nou­velle Ève. Pourquoi souffre-​t-​il ? Pour que la Passion soit plus par­faite, pour que tout ce qu’il y a d’humain en lui s’unisse par­fai­te­ment à la Divinité dans le rachat des hommes. Eh bien, en pla­çant une femme à côté de lui, il donne à cette œuvre de la Rédemption une plus grande plé­ni­tude d’humanité. La Passion, la Rédemption est plus humaine, plus par­fai­te­ment humaine, du fait que s’y trouvent asso­ciées de manière si intime les souf­frances d’une femme, les souf­frances d’une mère. La seule qui pou­vait lui être si unie, la seule femme qui pou­vait lui être si unie, c’était sa mère. Et parce qu’elle est sa mère, ces souf­frances sont uniques. Et parce qu’elles sont uniques, elles méritent avec celles du Christ notre salut. Le Christ souffre en Marie la souf­france d’une com­pas­sion qu’il ne pou­vait souf­frir en lui-​même. La Rédemption est plus complète.
  • Un pri­vi­lège avéré

Alors la Rédemption, on l’a vu, est pos­sible parce que la Vierge est imma­cu­lée. Elle est conve­nable, on vient de le voir, pour toutes ces rai­sons : parce que la Passion est ain­si plus belle, plus par­faite. Mais tout cela est-​il de l’imagination ou tout cela a‑t-​il vrai­ment eu lieu ? La Vierge est-​elle, oui ou non, coré­demp­trice ? Eh bien oui, bien sûr ; selon la théo­lo­gie catho­lique, oui. 

Si l’on voit la Vierge asso­ciée au Christ dans la dis­pen­sa­tion des grâces, parce qu’elle est média­trice ; si on la voit asso­ciée à l’œuvre de notre salut par sa mater­ni­té, au tout début, lorsqu’elle rend le Rédempteur pos­sible ; alors pour­quoi ne serait-​elle pas là aus­si dans l’étape inter­mé­diaire ? Pourquoi ne serait-​elle pas là au moment où le Christ nous rachète ? 

  • Oui, la Vierge Marie est coré­demp­trice parce qu’elle est la Mère du Sauveur, parce qu’elle est la Mère du Christ Rédempteur. Elle est donc mère jusqu’au bout pour réa­li­ser avec le Christ la rédemp­tion objec­tive – non pas, bien sûr, sur un même plan, mais de manière subor­don­née, pro­fon­dé­ment unie à lui.
  • Et elle l’est parce qu’elle a le pou­voir de dis­po­ser des grâces, ce qui sup­pose qu’elle les ait acquises. Il ne suf­fit pas de dire qu’elle a un rôle à jouer dans la dis­pen­sa­tion des grâces : ce rôle dans la dis­pen­sa­tion des grâces s’explique et se com­prend uni­que­ment si elle a obte­nu un droit sur ces grâces. Et elle a obte­nu un droit sur ces grâces parce qu’elle les a méri­tées. Et elle les a méri­tées parce qu’elle a été unie au Christ par sa com­pas­sion. C’est ce à quoi était ordon­née l’Incarnation elle-​même, c’est donc ce à quoi elle était des­ti­née elle-​même : c’est le som­met de sa mis­sion de mère.

Mais ces rai­sons de conve­nance, ou plu­tôt de conna­tu­ra­li­té, ne peuvent être avan­cées avec cer­ti­tude et fer­me­té que si elles jouissent, que si elles béné­fi­cient de l’autorité du Magistère lui-​même. Et force est de consta­ter – c’est un fait, et un fait suf­fi­sam­ment éta­bli – que le Magistère, que toute la Tradition, de manière par­fai­te­ment har­mo­nieuse, s’est expri­mée en ce sens. Cette théo­lo­gie de l’association de la Vierge Marie, ce rôle recon­nu à la Vierge dans la réa­li­sa­tion de notre salut, il est recon­nu à la Vierge depuis tou­jours. Et plus l’Église fran­chit les siècles, plus la théo­lo­gie se déve­loppe, et plus ce rôle est recon­nu. Il s’agit d’une véri­té fon­dée. Je n’ai mal­heu­reu­se­ment pas le temps de vous citer dans le détail toutes les inter­ven­tions du Magistère sur la ques­tion. La Lettre à nos frères prêtres qui vient de sor­tir en a fait une recen­sion admi­rable, très complète. 

Et puis cette una­ni­mi­té du Magistère s’accompagne de l’unanimité des évêques et des théo­lo­giens. Et vous avez à ce sujet – ils sont dis­po­nibles pour vous gra­tui­te­ment à la sor­tie de cette confé­rence – les deux der­niers numé­ros du Courrier de Rome, sous la plume de Monsieur l’abbé Gleize : les numé­ros de novembre et de décembre du Courrier de Rome font de manière irré­fu­table, très éclai­rante, magni­fique, lumi­neuse, le point sur cette una­ni­mi­té de l’enseignement de tous les évêques et de tous les théo­lo­giens dans le monde entier sur cette doc­trine. Cette doc­trine jouit d’une auto­ri­té qui la rend tout à fait prête à être défi­nie par l’autorité suprême comme un dogme de foi. 

Jusqu’à la veille du Concile, loin d’enlever au Christ quoi que ce soit, la doc­trine de la coré­demp­tion, de la média­tion de la Vierge, par­achève la per­fec­tion de l’association des hommes à l’œuvre du Christ, ce qui est tout sim­ple­ment le but de l’Incarnation.

Hélas il faut accé­lé­rer. Je ne déve­loppe donc pas de manière plus pré­cise ce qu’il en est de la média­tion de la Vierge.[16]

II – La note doctrinale Mater Populi fidelis

J’en arrive, parce qu’il faut en arri­ver là, à la note doc­tri­nale. Cette note doc­tri­nale, que reconnaît-​elle par rap­port à ce que nous venons de décrire ? Elle recon­naît que la Vierge Marie a col­la­bo­ré à l’œuvre de notre salut. Comment ? En étant la mère du Christ. Cela est dit, cela est recon­nu, et c’est d’ailleurs en ce sens qu’on admet­tra un usage à la rigueur pos­sible du terme de média­trice

Corédemption niée, médiation diminuée…

Mais quelle tris­tesse de voir dans cette note – avec l’évacuation, tout sim­ple­ment, d’un magis­tère tout juste men­tion­né en note, et qui n’est pas cité – l’évacuation de la coré­demp­tion. La Vierge Marie, comme l’a dit Monsieur l’abbé Gleize en conclu­sion de sa confé­rence, la Vierge Marie dérange, parce que ce qui dérange, c’est qu’il y ait, à côté du Christ, une par­ti­ci­pa­tion à l’œuvre de la Rédemption. On éva­cue donc la coré­demp­tion. Tout ce que nous avons déve­lop­pé sur ce titre de coré­demp­trice est nié à la Vierge Marie : inop­por­tun, inutile, gênant… 

La note hésite à recon­naître la média­tion… Elle veut bien la recon­naître, mais dans la dis­tri­bu­tion des grâces seule­ment, et encore, de manière pure­ment dis­po­si­tive : la Vierge Marie dis­pose, de l’extérieur, les âmes à la grâce, au sens où elle inter­cède pour les âmes, et où elle donne l’exemple. Donnant l’exemple, inter­cé­dant pour nous, dis­po­sant les âmes à la grâce, alors elle mérite d’être appe­lée média­trice, avec cette moda­li­té, recon­nue par la note, cette moda­li­té mater­nelle, à la manière dont une loin­taine cou­sine pour­rait se sen­tir un peu la mère de son petit cou­sin qu’elle prend sous son aile, lorsqu’il a besoin qu’on s’occupe de lui… Mais cette moda­li­té mater­nelle est comme recon­nue à contre­cœur : il s’agit d’une forme d’analogie impropre. La Vierge Marie est comme notre mère, parce qu’elle prie pour nous, et qu’elle nous donne l’exemple à la manière d’une mère. 

… Marie déshonorée

Ce que nie cette note, au fond, c’est le mérite. Pas de mérite à côté des mérites suf­fi­sants du Christ. Pas de par­ti­ci­pa­tion à l’acquisition de la grâce, pour la Vierge Marie. Pas de rôle inter­mé­diaire non plus dans la dif­fu­sion de la grâce et dans la sanc­ti­fi­ca­tion des âmes. Les grâces ne passent pas par les mains de la Vierge Marie pour être dis­tri­buées. La Vierge Marie n’a pas de droit sur ces grâces à dis­tri­buer. Je cite la note : pas de « com­plé­ment pour que Dieu agisse plei­ne­ment, avec plus de richesse et de beau­té[17] ». Non. Le Christ seul. Le Christ sans sa mère. Le Christ, nou­vel Adam, sans la nou­velle Ève. Le Christ nous déli­vrant, sans que nous ayons à par­ti­ci­per à son œuvre de salut.

Et ain­si, au lieu de déployer la théo­lo­gie mariale pour en décou­vrir tous les aspects avec émer­veille­ment, la note nous laisse avec ce titre de mère qui doit nous suf­fire. Mère semble tout dire. Et encore… et encore ne comprend-​on plus ce que veut dire être mère, si pour eux être mère, c’est sim­ple­ment s’arrêter à la mise au monde du Rédempteur. 

Et cette note, enfin, cette note achève d’assassiner la Vierge Marie dans cette for­mule ter­rible, citant François : « Elle est plus dis­ciple que mère[18] ». Phrase ter­rible qui achève de déna­tu­rer la Vierge Marie. Disciple comme nous, au fond. Ce que fait cette note, c’est qu’elle met la Vierge Marie à notre niveau. La Vierge Marie devient l’une d’entre nous. La pre­mière, peut-​être ; oh oui, la plus incom­pa­rable ; mais elle appar­tient au même ordre. Elle ne se dis­tingue plus de la masse des pécheurs. Et donc on ne com­prend plus l’Immaculée Conception qui l’avait mise à part pour lui per­mettre d’être notre coré­demp­trice. On ne com­prend plus le mys­tère de Marie. Au lieu d’être éclai­ré, il est obs­cur­ci. Des véri­tés pour­tant solides sont décré­di­bi­li­sées. Le magis­tère est igno­ré. Derrière des mots qu’on éva­cue, c’est une doc­trine qu’on démolit. 

De l’ombre sur la Croix

Et une démo­li­tion qui ne s’arrête pas à la Vierge ! Car c’est ça qu’il faut remar­quer : à tra­vers la Vierge, bien sûr, elle touche au Christ lui-​même… C’est l’Incarnation qu’on ne com­prend plus, si elle n’a plus pour but de s’associer les hommes. C’est la Rédemption qu’on ne com­prend plus, si elle n’a plus pour but d’inviter tout homme à s’associer aux souf­frances du Christ. C’est le moyen de s’unir au Christ qui est déformé. 

On lit dans la note que « le Seigneur res­sus­ci­té pro­meut, trans­forme et rend les croyants capables de col­la­bo­rer avec lui à son œuvre[19] ». À l’œuvre du Christ « res­sus­ci­té ». Comment ? « Lorsque nous don­nons le meilleur de nous-​mêmes ». « Les croyants, unis au Christ res­sus­ci­té, peuvent accom­plir des œuvres qui vont dépas­ser les pro­diges de Jésus, du Jésus ter­restre, […] grâce à leur union par la foi avec le Christ glo­rieux.[20] » Finalement, l’association des hommes au Christ, c’est « un chant à l’efficacité de la grâce de Dieu [21]».

Mais où est la Croix ? On dirait que la grâce a pour but de nous situer immé­dia­te­ment dans le sillage et dans le rayon­ne­ment de la gloire du Christ, sans plus pas­ser par la Passion. Et donc, com­ment s’étonner qu’à une autre concep­tion de la Rédemption cor­res­ponde une autre concep­tion de la coré­demp­tion, sans com­pas­sion méritoire ? 

Une doc­trine qui, certes, n’est pas tou­jours expli­ci­te­ment niée, mais qui est évacuée.

III – Dans la droite ligne du Concile

Alors d’où vient, d’où vient ce ren­ver­se­ment ? Comment situer cette note dans son contexte ? Rien de nou­veau, en réa­li­té. Cette note qui nous a sur­pris, si on y réflé­chit, c’est une note qui est par­fai­te­ment conforme au virage pris par la mario­lo­gie à l’occasion du concile Vatican II.

D’une mariologie à l’autre

Quand on lit l’histoire de ce Concile, on voit appa­raître une oppo­si­tion, une dis­pute entre deux par­tis. D’abord les par­ti­sans, fort nom­breux, d’une mario­lo­gie qui sera déni­grée comme « triom­pha­liste », dans laquelle on voit la Vierge Marie sur­tout comme inti­me­ment asso­ciée au Christ, et donc méri­tant d’être appe­lée coré­demp­trice et média­trice ; si bien que l’ensemble des évêques, au moment du Concile, appelle de tous ses vœux la défi­ni­tion de ces dogmes. Et puis, face à ces mario­logues, il s’en trouve d’autres pour qui le rôle de Marie doit être subor­don­né à celui de l’Église. Marie, pour eux, n’est qu’un membre du Corps Mystique, et il n’y a pas lieu de lui recon­naître cette mise à part, cette coré­demp­tion, cette média­tion dont nous avons parlé.

Cette oppo­si­tion s’est vue au congrès marial de Lourdes en 1958, et elle a écla­té au Concile. Elle se véri­fie­ra notam­ment dans ce choix dra­ma­tique de faire du sché­ma sur la Vierge Marie – qui était un texte à part entière, qui devait se consa­crer à la théo­lo­gie de la Vierge Marie – un simple cha­pitre au sein du sché­ma sur l’Église, comme si la Vierge ren­trait dans le rang. Pourquoi ? Tout sim­ple­ment pour des rai­sons œcu­mé­niques. C’est Rahner, le théo­lo­gien, qui disait que faire de ce sché­ma un simple cha­pitre dans le sché­ma de l’Église, c’était « le moyen le plus facile de sup­pri­mer du sché­ma des affir­ma­tions qui, théo­lo­gi­que­ment, ne pour­raient que faire un mal incal­cu­lable du point de vue œcu­mé­nique.[22] » On évi­te­rait ain­si d’en discuter.

Le Groupe des Dombes

Il fau­drait faire toute l’histoire de la mario­lo­gie au XXe siècle pour mon­trer le tour­nant effec­tué par le Concile. En réa­li­té, on peut trou­ver cela déve­lop­pé dans le Document du Groupe des Dombes. Le Groupe des Dombes était un groupe théo­lo­gique à la fois catho­lique et pro­tes­tant. En 1997, ce groupe a pro­duit un docu­ment œcu­mé­nique majeur sur la place de Marie dans la foi. Et il est extrê­me­ment inté­res­sant de voir com­ment ils com­prennent le virage effec­tué par Vatican II. 

« Le concile Vatican II accom­plit – ce sont des catho­liques et des pro­tes­tants qui le disent – un tour­nant dans la consi­dé­ra­tion doc­tri­nale de Marie. […] Une autre ten­dance se fai­sait de plus en plus jour qui expri­mait sa réti­cence devant ce qu’elle esti­mait être une “infla­tion mariale”. [… On y voyait] la néces­si­té de réin­tro­duire Marie dans l’Église du côté des rache­tés.[23]»

Et voi­là com­ment ils résument : « D’une mario­lo­gie auto­nome – auto­nome ! il faut le faire… quelle cari­ca­ture ! – et qui deve­nait dan­ge­reu­se­ment éman­ci­pée de l’ensemble de la théo­lo­gie – alors qu’on a vu à quel point elle s’y insé­rait de manière res­pec­tueuse et har­mo­nieuse – le Concile pas­sait donc à une doc­trine mariale inté­grée et, en ce sens, fonc­tion­nelle.[24] […] Après le Concile, la réflexion passe d’une théo­lo­gie de Marie Reine à une théo­lo­gie de Marie Servante.[25]»

Ils parlent ensuite du terme de « média­tion », disent dans quel sens on pour­rait à la rigueur l’entendre, et ter­minent : « Ces pré­cau­tions étant prises, on peut se deman­der s’il est oppor­tun d’employer un terme qui demande tant d’explications et de jus­ti­fi­ca­tions pour être “jus­te­ment com­pris” en un sens très ana­lo­gique, alors qu’il fait à l’évidence dif­fi­cul­té aux chré­tiens issus de la Réforme.[26]

« Aujourd’hui – c’est la conclu­sion –, les orien­ta­tions de Vatican II res­tent en vigueur. Cependant, on voit réap­pa­raître dans cer­tains milieux théo­lo­giques des orien­ta­tions mariales d’avant Vatican II. [27]» – Autrement dit, “ils” ne sont pas morts

Le congrès de Częstochowa

Outre ce tra­vail œcu­mé­nique, il y a aus­si la décla­ra­tion de la com­mis­sion théo­lo­gique du congrès mario­lo­gique inter­na­tio­nal de Częstochowa, tou­jours en 1997. Commission théo­lo­gique d’un congrès mario­lo­gique qui se demande si l’on peut défi­nir la coré­demp­tion, la média­tion : eh bien non, parce que ces titres « sont expri­més de manière ambi­guë, et néces­si­te­raient des cla­ri­fi­ca­tions qui ris­que­raient de sus­ci­ter des mal­en­ten­dus doctrinaux. 

« Ces titres pour­raient être com­pris d’une façon qui ne serait pas conforme à la doc­trine catho­lique selon laquelle le Christ est l’unique rédemp­teur et l’unique média­teur entre Dieu et les hommes. 

« Le concile Vatican II a déjà expo­sé de manière suf­fi­sante la doc­trine concer­nant le rôle de la Vierge Marie dans le mys­tère du Christ et de l’Église en sou­li­gnant clai­re­ment la subor­di­na­tion totale de la coopé­ra­tion mater­nelle à l’unique média­tion sal­vi­fique du Christ.[28]»

Circulez, il n’y a rien à voir… 

Et en 2008, ce n’est rien de moins que le secré­taire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi qui dit que « le titre de coré­demp­trice n’est ni biblique, ni patris­tique, ni théo­lo­gique ; il a été rare­ment uti­li­sé par cer­tains papes, et uni­que­ment dans des allo­cu­tions mineures. Le concile Vatican II l’a déli­bé­ré­ment évi­té.[29] »

Ce texte, cette note, est donc à com­prendre dans la conti­nui­té de ce virage pris au concile Vatican II pour faire dis­pa­raître la Vierge Marie. Et c’est pour­quoi la seule réfé­rence vrai­ment citée dans cette note, c’est le texte de Lumen Gentium qui consacre cette démo­li­tion du dogme marial, réduite à n’être plus que notre mère dans un sens qu’on ne com­prend plus vraiment.

Conclusion

Observation pratique

Alors puisqu’il faut conclure, notons bien et com­pre­nons que cette note Mater Populi Fidelis n’est pas un acci­dent. Elle est en par­faite conti­nui­té avec Vatican II qui conti­nue à être la réfé­rence. Elle est en par­faite har­mo­nie avec l’œcuménisme qui l’inspire. Et elle est donc en par­faite rup­ture avec la Tradition théo­lo­gique et dog­ma­tique. Elle est en har­mo­nie avec la nou­velle rédemp­tion et donc avec la nou­velle messe. À une concep­tion atro­phiée du mys­tère du Christ cor­res­pond une concep­tion atro­phiée du mys­tère de Marie. 

Réponse

Mais on est comme tou­jours en pré­sence d’un pro­blème qui est d’abord doc­tri­nal et donc, face à ce pro­blème d’abord doc­tri­nal, la réponse ne peut être que doc­tri­nale. Il faut faire briller la véri­té catho­lique. Il faut conti­nuer de com­battre ces per­ver­sions doc­tri­nales par la dénon­cia­tion de l’erreur, par la mise en lumière de la Tradition de l’Église : c’est la seule vraie cha­ri­té vis-​à-​vis de tous les éga­rés. Il faut conti­nuer de rap­pe­ler la foi catho­lique par rap­port à la Rédemption. Il faut conti­nuer de rap­pe­ler la foi catho­lique par rap­port à la Messe, de défendre les fon­de­ments doc­tri­naux du culte de l’Église, au-​delà des simples pré­fé­rences pour tel ou tel rite. Il faut conti­nuer de mani­fes­ter la rup­ture que consti­tue le Concile, et l’impasse consé­quente à son érec­tion en prin­cipe doc­tri­nal. Et il faut défendre en par­ti­cu­lier la Vierge. 

Tout cela, c’est le com­bat que, hum­ble­ment, s’efforce de mener la Fraternité Saint-​Pie X pour la Tradition. Ce com­bat est plus que jamais d’actualité, parce que la situa­tion dans laquelle nous nous trou­vons est plus que jamais une situa­tion de grave nécessité.

Cette touche mariale de l’apostolat de la Fraternité, il est expri­mé par son fon­da­teur dans les sta­tuts de la Fraternité Saint-​Pie X, où Mgr Lefebvre écrit que « la connais­sance mys­tique et théo­lo­gique de la sainte Messe doit accroître la dévo­tion [des membres de la Fraternité] pour ces saints mys­tères, pour la Vierge Marie Corédemptrice et Médiatrice ». C’est dans nos sta­tuts : que la connais­sance mys­tique et théo­lo­gique de la sainte Messe accroisse notre dévo­tion pour la Vierge Marie Corédemptrice et Médiatrice.

Restaurer toutes choses par la Vierge Marie

Et donc il faut défendre la Vierge, et j’en ter­mine avec cela : il faut défendre la Vierge, non pas seule­ment parce que cette note l’attaque et la démo­lit ; il faut défendre la Vierge, parce que le salut de l’Église, parce que la res­tau­ra­tion de la foi, de la Tradition, et de toutes choses dans le Christ, pas­se­ra par elle. 

Il est tout à fait frap­pant de voir que, par­mi les argu­ments qui sont avan­cés par les évêques qui, au moment du Concile, appellent de leurs vœux la défi­ni­tion des dogmes de la coré­demp­tion et de la média­tion, il y a ces argu­ments que je vous lis : « Cela atti­re­ra au centre de l’unité catho­lique ceux qui s’en sont sépa­rés. […] Par ces nou­velles cou­ronnes, la Vierge nous récom­pen­se­ra en nous obte­nant la grâce de voir les chré­tiens sépa­rés de l’Église se récon­ci­lier avec elle, et notre foi triom­pher de nou­veau. […] Marie se fera média­trice des grâces, sur­tout de celles qui agré­ge­ront au trou­peau de son Fils ses bre­bis les plus rebelles.[30]»

Loin de craindre, dans la défi­ni­tion de ces dogmes, une menace pour les rela­tions avec les fidèles sépa­rés, ces évêques appellent de leurs vœux une mise en lumière plus écla­tante du dogme de la Vierge, pour que l’on puisse triom­pher de ces éga­re­ments et atti­rer à la lumière de la véri­té catho­lique tous ceux qui s’en sont éloignés.

Et donc je dois dire – j’ai com­men­cé en disant que cette confé­rence était un hon­neur parce qu’elle per­met­tait de rendre hon­neur à la Vierge Marie – je ter­mine en disant qu’elle est une grâce, due à cette note doc­tri­nale si catas­tro­phique, dont nous avons com­pris la gra­vi­té. Comme le diable porte pierre, eh bien cette note est l’occasion d’une grâce : la grâce de pou­voir mieux exal­ter la Vierge Marie, et de pou­voir ain­si mieux pré­pa­rer la res­tau­ra­tion de l’Église. 

Je vous remer­cie de votre attention.

(Sources : Congrès du Courrier de Rome /​FSSPX Actualités)

Notes de bas de page
  1. Mater Populi fide­lis, n° 55.[]
  2. Mater Populi fide­lis, n° 22.[]
  3. AAS 8, 1916, p. 146.[]
  4. ASS 29, 1896–97, p. 206.[]
  5. AAS 5, 1913, p. 364.[]
  6. Mater Populi fide­lis, n° 2.[]
  7. Ibid., n° 18.[]
  8. Ibid., n° 19.Ibid., n° 19.[]
  9. Ibid., n° 21.[]
  10. Ibid., n° 22.[]
  11. Ibid., n° 24.[]
  12. Ibid., Présentation.[]
  13. Léon XIII, Iucunda sem­per, 8 sep­tembre 1894.[]
  14. Ibid., ASS. 27, 1894–95, p. 178.[]
  15. Père Marie-​Joseph Nicolas, O. P., « La Doctrine de la Corédemption dans le cadre de la doc­trine tho­miste de la Rédemption », in Revue Thomiste, 1947, p. 34–35.[]
  16. La Vierge, et elle seule, est, de droit, média­trice uni­ver­selle des grâces, en ver­tu :du mérite de congruo, déjà cité, par lequel elle a obte­nu, par sa cha­ri­té, toutes les grâces qui doivent être dis­tri­buées aux hommes pour leur sanc­ti­fi­ca­tion ;de la mis­sion mater­nelle qu’elle a reçue de Dieu, et qui était ordon­née à ce mérite par­ti­cu­lier, comme à la vie sur­na­tu­relle de tous les hommes ;de la conna­tu­ra­li­té, donc, entre ce qu’elle est (Mère de Dieu et Mère des hommes, Associée du Rédempteur, Reine du Ciel) et le fait de dis­po­ser des biens célestes et de les distribuer.Elle est média­trice de droit et non seule­ment de fait. Il s’ensuit que, par sa digni­té de Mère de Dieu et par l’éminence de sa grâce et de ses mérites, sa média­tion dif­fère de celle des saints et la sur­passe. []
  17. Mater Populi fide­lis, n° 65 c).[]
  18. Ibid., n° 73.[]
  19. Ibid., n° 29.[]
  20. Ibid., n° 30.[]
  21. Ibid., n° 33.[]
  22. Ralph Wiltgen, Le Rhin se jette dans le Tibre, p. 91.[]
  23. Document du Groupe des Dombes, « Marie dans le des­sein de Dieu et la com­mu­nion des saints », in La Documentation catho­lique n° 2165, 3–17 août 1997, § 99.[]
  24. Ibid., § 101.[]
  25. Ibid., § 104.[]
  26. Ibid., § 108.[]
  27. Ibid., § 109.[]
  28. Commission théo­lo­gique du Congrès de Czestochowa, Pétition pour la défi­ni­tion du dogme de Marie Médiatrice, Co-​rédemptrice et Avocate, « Déclaration de la Commission théo­lo­gique du Congrès de Czestochowa », in L’Osservatore Romano, 4 juin 1997, n° 10.[]
  29. Mgr Angelo Amato, in L’Avvenire, 9 juillet 2008.[]
  30. Cf. Abbé Jean-​Michel Gleize, « Marie Médiatrice à la veille du concile : la doc­trine de l’épiscopat (I) », in Le cour­rier de Rome n° 691, novembre 2025, § 4, 20 et 25.[]