19e Mission Rosa Mystica

Du 1er au 8 mars 2026 — Sud de Mindanao, Philippines.

Des roses pour la Rose Mystique

Le 1er mars 2026 s’est ouverte la dix-​neuvième Mission Rosa Mystica. Une qua­ran­taine de volon­taires, venus des quatre coins du monde, convergent vers Pinobre Park, à quelques kilo­mètres de General Santos, dans le sud de l’île de Mindanao, aux Philippines. Italiens, Croates, Chinois, Brésiliens, Australiens, Suisses, Français, Américains — la mis­sion a, une fois de plus, ce carac­tère réso­lu­ment inter­na­tio­nal qui fait sa richesse. Mais l’Irlande manque à l’ap­pel : sa repré­sen­tante, blo­quée à Dubaï en rai­son de l’in­ter­rup­tion du tra­fic aérien, ne pour­ra rejoindre le groupe.

Pour la dix-​neuvième fois depuis la pre­mière mis­sion fon­dée en 2007 par l’ab­bé Daniel Couture et le doc­teur Jean-​Pierre Dickès, ce groupe de pro­fes­sion­nels de san­té a appor­té médi­ca­ments, maté­riel médi­cal, lunettes de récu­pé­ra­tion, et sur­tout du temps et de la com­pé­tence — gra­tui­te­ment, au ser­vice des plus dému­nis. Depuis trois ans, ils par­courent les vil­lages les plus recu­lés des mon­tagnes de Sarangani, au sud de Mindanao, l’une des pro­vinces les plus pauvres de l’ar­chi­pel philippin.

La mis­sion est double : médi­cale et apos­to­lique. D’un côté, des consul­ta­tions de méde­cine géné­rale, de pédia­trie, de petite chi­rur­gie, de soins den­taires — essen­tiel­le­ment des avul­sions —, et des exa­mens d’op­tique qui redonnent la vue à des gens qui vivent dans le brouillard depuis des années. De l’autre, une mis­sion apos­to­lique auprès de popu­la­tions dans des régions où l’is­lam et l’é­van­gé­lisme pro­tes­tant exercent une pré­sence conqué­rante, et une retraite spi­ri­tuelle pour les volon­taires eux-​mêmes, avec messe quo­ti­dienne et ensei­gne­ments, confor­mé­ment au sou­hait ini­tial de l’ab­bé Couture. Cette année un stand et des confé­rences de bioé­thique sont pré­vus à l’in­ten­tion des tra­vailleurs sociaux et des pro­fes­sion­nels de san­té phi­lip­pins. La mal nom­mée « san­té repro­duc­tive » est éga­le­ment très pré­sente aux Philippines sous l’in­fluence de puis­santes ONG inter­na­tio­nales. Cette orien­ta­tion replace ain­si la mis­sion dans sa voca­tion ori­gi­nelle puisque son point de départ fut une série de confé­rences sur ces sujets, pro­non­cées en 2004 dans plu­sieurs facul­tés de méde­cine et écoles d’infirmières par le Dr Jean-​Pierre Dickès à l’initiative de l’abbé Daniel Couture.

Dès ce pre­mier après-​midi, après la céré­mo­nie de bien­ve­nue — chant cho­ral, témoi­gnages de patients qui avaient pu rece­voir des soins impor­tants grâce à la mis­sion de l’an­née pré­cé­dente, inter­ven­tions chi­rur­gi­cales, radio­thé­ra­pie — tous suivent Notre Dame des Pauvres pour une pro­ces­sion sur la quatre-​voies en contre­bas de Pinobre Park, notre habi­tuel « quar­tier géné­ral ». Une rose à la main — offertes par ces mêmes patients recon­nais­sants —, chan­tant leurs Ave Maria, les volon­taires déposent avec émo­tion leurs fleurs aux pieds de la sta­tue de la Rose Mystique, dont ils s’ap­prêtent à être les ser­vi­teurs fidèles durant ces six jours.

Lundi 2 mars — Datal Anggas : au bout de la route

La route qui monte dans les hau­teurs de Sarangani est enfin béton­née jus­qu’au vil­lage de Datal Anggas. Un gain d’une petite heure sur les trois ou quatre heures de tra­jet qui sépa­raient jus­qu’a­lors Pinobre Park de ce vil­lage visi­té pour la troi­sième année consé­cu­tive. Les infra­struc­tures admi­nis­tra­tives et rou­tières pénètrent peu à peu dans une zone long­temps domi­née par les gué­rille­ros com­mu­nistes de l’Armée de libé­ra­tion natio­nale (NPA), jadis cou­pée du monde, dont les habi­tants vivent encore majo­ri­tai­re­ment sous le seuil de pau­vre­té. L’état sani­taire de la popu­la­tion en est le reflet : dans ces régions, plus de 90 % des gens vivent et meurent sans avoir jamais vu un médecin.

Ce lun­di matin, la foule s’est ras­sem­blée sous le hall muni­ci­pal. Les habi­tants de Datal Anggas, mais aus­si ceux de hameaux beau­coup plus éloi­gnés — uni­que­ment acces­sibles par des pistes ou des che­mins de terre — viennent cher­cher consul­ta­tions, médi­ca­ments, lunettes, petites chi­rur­gies. Sept méde­cins étran­gers — dont cinq géné­ra­listes, un radio­logue muni d’un écho­graphe et une pédiatre — se sont joints aux deux géné­ra­listes et aux den­tistes locaux, ain­si qu’au Dr June Viray, pédiatre phi­lip­pine et médecin-​référent de la mis­sion depuis ses débuts. Une deuxième opti­cienne est venue en ren­fort, per­met­tant de dis­tri­buer plus rapi­de­ment les cen­taines de lunettes récu­pé­rées et ache­mi­nées dans les valises des bénévoles.

Dans le bloc opé­ra­toire de campagne

Un « bloc opé­ra­toire » : la for­mule est géné­reuse pour dési­gner la petite pièce de quelques mètres car­rés de la mater­ni­té du vil­lage, ordi­nai­re­ment salle d’ac­cou­che­ment, trans­for­mée pour l’oc­ca­sion. Une vieille table obs­té­tri­cale devient table d’o­pé­ra­tion ; des bacs en plas­tique, table d’ins­tru­men­ta­tion ; des chaises empi­lées, tabou­ret sur­éle­vé pour le chi­rur­gien. En face, le « cabi­net den­taire » est à l’a­ve­nant : des patients en file indienne sur des chaises en plas­tique attendent avec patience — et rési­gna­tion — leur tour pour l’i­né­vi­table avul­sion, sous anes­thé­sie locale.

C’est dans cet envi­ron­ne­ment plus que rus­tique que le Dr Philippe de Geofroy, chi­rur­gien ORL, exerce son art. Il a repris il y a neuf ans la res­pon­sa­bi­li­té de la mis­sion Rosa Mystica à la suite du Dr Dickès. Nous lui avons deman­dé ce que l’on peut faire, chi­rur­gi­ca­le­ment, dans de telles condi­tions : « Chirurgie est un grand mot pour dési­gner ce type d’ac­ti­vi­té ! Quelques kystes der­miques, petits lipomes, net­toyage de plaies négli­gées, corps étran­gers du pied — habi­tuel moyen de loco­mo­tion de ces très pauvres popu­la­tions rurales. L’anesthésie uni­que­ment locale et les condi­tions d’a­sep­sie éloi­gnées de nos stan­dards euro­péens imposent la pru­dence et la modes­tie. Dans cer­tains cas de can­cers avan­cés, nous avons pu aider à la mise en place de soins pal­lia­tifs locaux — avec, mal­heu­reu­se­ment, le même écart qua­li­ta­tif que pour la chi­rur­gie. Dans ces vil­lages, on meurt allon­gé sur un car­ton, à même le sol en béton ou en terre battue. »

Interrogé sur les rai­sons de son enga­ge­ment — sa neu­vième mis­sion consé­cu­tive depuis 2017 —, le Dr de Geofroy évoque la « paren­té » qui unit les anciens de la mis­sion, com­pa­rable à celle des com­pa­gnons d’armes, si ce n’est qu’ici le pas­sé com­mun crée une paren­té spi­ri­tuelle repo­sant sur la cha­ri­té : « On est heu­reux de reve­nir à la mis­sion parce qu’on se retrouve un peu en famille. Et comme c’est une œuvre mis­sion­naire, on peut dire que nous for­mons une famille missionnaire ! »

Le soir, après un long tra­jet noc­turne en « benne à volon­taires » pour les plus jeunes, tous assistent à la messe de l’ab­bé Yvon Fillebeen, jeune prêtre de la Fraternité Saint Pie X, arri­vé du Japon en fin de jour­née pour sa deuxième par­ti­ci­pa­tion à la mis­sion. Il pro­po­se­ra durant la semaine de petits ensei­gne­ments de bioé­thique aux tra­vailleurs sociaux et pro­fes­sion­nels de san­té phi­lip­pins, afin de les pré­mu­nir contre la « san­té repro­duc­tive » telle que la pro­meuvent les grandes ONG inter­na­tio­nales, type USAID ou Médecins du Monde.

Mardi 3 mars — À l’école primaire de Famorcan

L’école élé­men­taire de ce vil­lage blaan accueille la mis­sion le troi­sième jour. Cent quatre-​vingt enfants de la mater­nelle à la sixième y des­cendent quo­ti­dien­ne­ment des mon­tagnes envi­ron­nantes — une heure de marche le matin, une heure le soir. La plu­part ne parlent que leur dia­lecte local en entrant à l’é­cole ; ils y apprennent le visaya, langue régio­nale, et le taga­log, langue natio­nale. Dans ces contrées, les patients adultes anal­pha­bètes, ne par­lant que leur dia­lecte, rendent la com­mu­ni­ca­tion dif­fi­cile et cela induit la mul­ti­pli­ca­tion des inter­prètes. « Les exa­mens d’op­tique se trans­forment en décryp­tage de hié­ro­glyphes ! », sou­rit l’équipe.

Les salles de classe, vidées de leurs élèves mis en congé pour l’oc­ca­sion, abritent bloc opé­ra­toire, cli­nique den­taire, bou­tique d’op­tique et cabi­nets de consul­ta­tion. Des tentes de soins d’ur­gence sont dres­sées à l’in­té­rieur même de ces salles pour pré­ser­ver la confi­den­tia­li­té de cer­tains examens.

Un radio­logue amé­ri­cain et son écho­graphe portable

L’une de ces tentes abrite cette année le cabi­net de radio­lo­gie de Christopher, radio­logue amé­ri­cain à sa pre­mière mis­sion. Il a appor­té un appa­reil d’é­cho­gra­phie por­table qui per­met aux géné­ra­listes d’ob­te­nir sur place des images diag­nos­tiques. Il nous a livré un beau témoi­gnage : « Converti depuis peu et confir­mé en jan­vier 2026, je mesure chaque jour davan­tage ce que signi­fie véri­ta­ble­ment être un sol­dat du Christ. Les béné­voles de Rosa Mystica, ani­més d’une foi vivante et d’un amour pro­fond pour Notre Seigneur, donnent corps à ce que veut dire vivre en chré­tien — non pas en paroles, mais en actes. Avec pour seul outil un écho­graphe por­table, j’ai eu le pri­vi­lège de tra­vailler aux côtés d’autres méde­cins pour contri­buer au diag­nos­tic, gui­der les déci­sions thé­ra­peu­tiques et assu­rer le sui­vi des patients. Après presqu’une décen­nie pas­sée à inter­pré­ter des écho­gra­phies, je ne cesse de m’é­ton­ner de la puis­sance de cette tech­nique, si pré­cieuse là où les moyens font défaut. Je dois enfin rendre hom­mage à ma femme Paola, sans qui je n’au­rais pas pris le che­min de cette mis­sion. Pouvoir unir enfin nos savoirs et nos talents dans un même élan est un don rare, d’une pro­fon­deur que les mots peinent à traduire. »

Le rou­leau com­pres­seur de la « san­té reproductive »

Ce mar­di, l’ab­bé Timothy Pfeiffer — Father Tim —, aumô­nier de la mis­sion, et l’ab­bé Fillebeen, s’at­taquent au « monstre sacré qui dévore la popu­la­tion phi­lip­pine ». Une classe d’é­lèves infir­mières de l’Université Notre Dame de Dadiangas, venue comme chaque année prê­ter main-​forte à la mis­sion, a pu entendre quelques prin­cipes de morale natu­relle de la bouche des abbés. Des dépliants d’é­thique médi­cale leur ont été dis­tri­bués et expliqués.

Car même si l’a­vor­te­ment n’est pas encore légal aux Philippines — mal­gré un puis­sant lob­bying des ONG inter­na­tio­nales —, la poli­tique gou­ver­ne­men­tale sou­tient depuis 2012 la large dif­fu­sion des pra­tiques contra­cep­tives. Dans les vil­lages les plus recu­lés que visite la mis­sion, la majo­ri­té des femmes en âge de pro­créer est sous contra­cep­tif ; des auxi­liaires de san­té les dis­tri­buent gra­tui­te­ment dans les centres de san­té des baran­gay. Quelques femmes viennent même à la mis­sion pour se faire reti­rer leur implant gra­tui­te­ment, car la marche arrière, elle, est payante dans le sys­tème de san­té phi­lip­pin. Le per­son­nel médi­cal per­çoit des primes à la dis­tri­bu­tion de contra­cep­tifs et sera pro­ba­ble­ment sou­mis à de fortes pres­sions pour ne pas agir à contre-​courant. Paravent des inté­rêts éco­no­miques et des idéo­lo­gies mor­ti­fères, la lutte contre la pau­vre­té est le motif offi­ciel de ce raz-​de-​marée qui a déjà fait chu­ter le taux de nata­li­té à 1,9 enfant par femme — en des­sous du seuil de renou­vel­le­ment. L’exemple des pays qui ont pris de l’a­vance sur ce che­min, et la tra­gé­die de leur hiver démo­gra­phique, devrait pour­tant don­ner à réfléchir.

Mercredi 4 mars — Paraiso : 421 patients au Paradis

La mis­sion était déjà mon­tée au Paradis il y a trois ans. Perché sur une crête entre deux val­lées sau­vages enva­hies par la forêt tro­pi­cale, le vil­lage de Paraiso — lit­té­ra­le­ment « Le Paradis » — accueille à nou­veau la cara­vane médi­cale sous son hall muni­ci­pal. Les tentes de radio­lo­gie et d’ECG y sont mon­tées ; l’op­tique, la chi­rur­gie mineure et le cabi­net den­taire s’ins­tallent dans les petits bâti­ments qui longent le che­min pen­tu menant au camp mili­taire domi­nant les lieux.

Ce jour-​là, 421 patients seront reçus, dont 118 enfants pour deux pédiatres. Le Dr June Viray, fidèle à la mis­sion depuis sa fon­da­tion en 2007, est heu­reu­se­ment dou­blée par le Dr Paola Paré, jeune pédiatre amé­ri­caine et épouse du radio­logue Christopher. Cinquante-​six per­sonnes repartent avec des lunettes — après une consul­ta­tion d’oph­tal­mo­lo­gie assu­rée par le Dr Elaine Araneta, arri­vée la veille de Manille — grâce au tra­vail d’Alexandra, opti­cienne à sa hui­tième mis­sion. Soixante et onze can­di­dats à l’a­vul­sion den­taire passent entre les mains de la den­tiste phi­lip­pine, à sa dix-​neuvième mis­sion — tout comme le Dr Viray. Le Dr de Geofroy effec­tue onze inter­ven­tions chi­rur­gi­cales, assis­té pour la cin­quième année consé­cu­tive par Viviane, ins­tru­men­tiste de bloc opé­ra­toire, venue comme nombre de Valaisans recru­tés par Véronique, « DRH » de la mis­sion depuis huit ans.

« Face à la roche, le ruis­seau l’emporte tou­jours, non par la force mais par la per­sé­vé­rance. » La Mission Rosa Mystica, ce tout petit ruis­seau de cha­ri­té, ces gouttes d’eau dans un océan de misère, per­dure mira­cu­leu­se­ment. Rien n’est impos­sible, avec la grâce de Dieu et la fidé­li­té de ses volontaires.

Jeudi 5 au samedi 7 mars — Dans la plaine côtière : Poblacion, Domolok, Kawas

Les trois der­niers jours de mis­sion se déroulent dans les vil­lages de la plaine côtière, déjà visi­tés au cours des trois années pré­cé­dentes : Poblacion, Domolok, Kawas. La popu­la­tion y est plus dense, comme en témoigne le nombre crois­sant des patients. Elle est aus­si plus mélan­gée : à Domolok, la forte pré­sence musul­mane se voit à la tenue des femmes, dont beau­coup portent le hijab.

À l’é­cole de Domolok : l’is­lam dans les classes

À Domolok, c’est le lycée public qui ouvre ses portes. Dans ce sec­teur, 40 % de la popu­la­tion est musul­mane. Sur l’emploi du temps affi­ché à l’en­trée de chaque classe, un détail retient l’at­ten­tion : en der­nière heure de la mati­née, trois jours par semaine, un cours de qua­rante minutes de langue arabe est dis­pen­sé, rem­pla­cé les jeu­di et ven­dre­di par un cours de « valeurs isla­miques ». Les volon­taires inter­rogent deux pro­fes­seurs, l’un musul­man, l’autre catho­lique : il n’existe pas d’en­sei­gne­ment régu­lier équi­valent pour les catho­liques et les pro­tes­tants, dont les res­pon­sables reli­gieux n’in­ter­viennent qu’épisodiquement.

Yolly, infir­mière phi­lip­pine et pilier de la mis­sion depuis vingt ans, apporte un éclai­rage his­to­rique pré­cieux qui explique les rai­sons pour les­quelles Rosa Mystica est inter­ve­nue plu­sieurs fois dans ce baran­gay ces der­nières années. En effet, Yolly connaît bien ces lieux puisqu’elle y œuvra en tant que tra­vailleur social et infir­mière durant les années 90, à ses risques et périls car la région était alors entre les mains des sépa­ra­tistes isla­mistes. Le conflit armé qui s’en­sui­vit fut par­ti­cu­liè­re­ment san­glant — des enfants fana­ti­sés dans les madra­sas furent envoyés au com­bat. Ce pro­sé­ly­tisme offi­ciel dans les écoles gou­ver­ne­men­tales est le fruit d’un com­pro­mis lors des pour­par­lers de paix entre le gou­ver­ne­ment phi­lip­pin et les mou­ve­ments isla­mistes : favo­ri­ser l’in­té­gra­tion des jeunes géné­ra­tions dans la vie sociale phi­lip­pine, par l’ap­pren­tis­sage de la langue natio­nale et le côtoie­ment des catho­liques, désor­mais plus nom­breux (60 %) dans ces quar­tiers depuis le retour de la paix. Ce fra­gile équi­libre tient pour l’ins­tant ; mais les Philippins lucides craignent qu’un embra­se­ment inter­na­tio­nal ne le remette en cause.

La mis­sion peut aujourd’­hui opé­rer dans ces lieux — inima­gi­nable il y a quelques années — parce que la direc­trice de l’é­cole est catho­lique. Le cha­pe­let réci­té à genoux dans la cour de l’é­cole, à la fin de la jour­née, par tous les volon­taires réunis, fut un moment très fort. « Notre Dame des Pauvres a pris pos­ses­sion du ter­ri­toire, la vic­toire est assurée ! »

Cinq géné­ra­listes pour la méde­cine du quotidien

Cette année, en plus des deux pédiatres, du radio­logue et du chi­rur­gien, cinq méde­cins assurent les consul­ta­tions de méde­cine géné­rale : le Dr Anna-​Clara, interne suisse, le Dr Annick, urgen­tiste fran­çaise exer­çant à Mayotte, le Dr Ian, interne en rhu­ma­to­lo­gie en Allemagne, le Dr Patrick, géné­ra­liste valai­san, et le Dr André, psy­chiatre bré­si­lien à sa deuxième mis­sion. Ce der­nier explique ce qu’un psy­chiatre peut appor­ter dans ce contexte par­ti­cu­lier : « Je suis psy­chiatre bré­si­lien et c’est ma deuxième mis­sion médi­cale Rosa Mystica, la pre­mière ayant eu lieu l’an der­nier. Le Brésil connaît aus­si la pau­vre­té, mais il pos­sède un sys­tème de san­té publique — ce n’est pas le cas aux Philippines, ce qui rend cette mis­sion d’au­tant plus impor­tante. Ici, par néces­si­té, je pra­tique la méde­cine géné­rale ; mais cer­tains cas de san­té men­tale appa­raissent. L’an der­nier, j’ai pu trai­ter un pre­mier épi­sode psy­cho­tique récem­ment appa­ru, qui aurait pro­ba­ble­ment eu un pro­nos­tic bien plus défa­vo­rable sans une inter­ven­tion rapide. Cette année, nous avons aidé une dame souf­frant de dépres­sion majeure avec pen­sées sui­ci­daires, une jeune femme pré­sen­tant un trouble de stress post-​traumatique après avoir été témoin de la mort de son fils, ain­si que plu­sieurs per­sonnes souf­frant d’an­xié­té et d’in­som­nie. Hier, j’ai vu une patiente pré­sen­tant une masse au cou : l’é­cho­gra­phie a révé­lé un nodule thy­roï­dien sus­pect, rapi­de­ment adres­sé pour biop­sie et prise en charge chi­rur­gi­cale. Mettre nos talents au ser­vice de Dieu et des autres est une grande grâce, et tous les volon­taires par­tagent ce même esprit de ser­vice. Les sou­rires et la gra­ti­tude des Philippins rap­pellent que, bien sou­vent, on reçoit beau­coup plus qu’on ne donne. »

Christine, phar­ma­cienne : contrô­ler des cen­taines de prescriptions

Pour la pre­mière fois, Christine, phar­ma­cienne fran­çaise, est venue épau­ler Brigitte, fidèle de la pre­mière mis­sion, qui assu­mait sou­vent seule et depuis le début le fas­ti­dieux mais indis­pen­sable contrôle des médi­ca­ments dis­pen­sés. Christine témoigne : « Depuis plu­sieurs années, avec mon mari, nous sou­hai­tions nous inves­tir dans une asso­cia­tion huma­ni­taire, en accord avec notre foi. Le choix s’est por­té natu­rel­le­ment sur Rosa Mystica. Mission de la semaine : contrô­ler des cen­taines de pres­crip­tions ! Rien de bien sor­cier pour un phar­ma­cien — mais plus spor­tif sans ordi­na­teur et sans Vidal ! Résultat : des jour­nées bien char­gées, mais sur­tout de très belles ren­contres, de magni­fiques sou­ve­nirs et l’en­vie de reve­nir. Merci aux Philippins pour leur accueil et leurs visages rayon­nants. Merci sur­tout aux prêtres pour leur tra­vail d’a­pos­to­lat si impor­tant : l’aide maté­rielle n’est rien sans l’aide spirituelle. »

Samedi 7 mars — Alabel : le mot final

Le der­nier jour se passe à Kawas, baran­gay très proche de General Santos. Father Tim — abbé Timothy Pfeiffer, aumô­nier de la mis­sion depuis dix ans, prieur de Davao — y a déve­lop­pé un apos­to­lat régu­lier depuis quelques années. Il des­sert la cha­pelle Rosa Mystica de General Santos et les petites mis­sions annexes implan­tées dans les lieux que la mis­sion visite depuis trois ou quatre ans, et qui se déve­loppent visi­ble­ment d’an­née en année.

La pré­sence des prêtres et du stand de la Milice de l’Immaculée — où trône la grande sta­tue de Notre Dame de Fatima — per­mettent un apos­to­lat fruc­tueux tout au long de la longue attente des patients. Enfants et adultes peuvent rece­voir le sca­pu­laire, la médaille mira­cu­leuse et par­fois aus­si le sacre­ment de péni­tence et l’extrême-​onction. Le nombre de caté­chu­mènes s’am­pli­fie d’an­née en année dans ces lieux régu­liè­re­ment visi­tés par la mission.

Cette union du natu­rel et du sur­na­tu­rel séduit et attire les volon­taires étran­gers — col­la­bo­ra­tion du tem­po­rel et du spi­ri­tuel encore pos­sible aux Philippines, et que tous dési­re­raient tant pou­voir pra­ti­quer plus libre­ment dans leur milieu pro­fes­sion­nel. « Soins des corps pour tou­cher les âmes par la cha­ri­té et les ame­ner à Notre Seigneur par Notre Dame » : c’est le concept très catho­lique et très tra­di­tion­nel de la mis­sion, tel que l’a­vaient vou­lu ses fon­da­teurs il y a bien­tôt vingt ans.

La muni­ci­pa­li­té d’Alabel : un sou­tien indispensable

Cette aven­ture serait dif­fi­ci­le­ment réa­li­sable sans le sou­tien des auto­ri­tés civiles. La muni­ci­pa­li­té d’Alabel, sur le ter­ri­toire de laquelle opère la mis­sion, met son per­son­nel muni­ci­pal (vingt-​trois per­sonnes), son maté­riel — tentes, camions-​bennes — et sa police au ser­vice de la mis­sion. L’armée phi­lip­pine détache éga­le­ment un petit pelo­ton de sol­dats pour veiller à la sécu­ri­té des volon­taires dans ce ter­ri­toire en voie de paci­fi­ca­tion. Le maire d’Alabel — qui avait fait consa­crer sa cir­cons­crip­tion et ses habi­tants au Cœur Immaculé de Marie en 2016 — offre chaque année un somp­tueux Thanksgiving Dinner à tous les par­ti­ci­pants, avec dis­tri­bu­tion tra­di­tion­nelle de cen­taines de cer­ti­fi­cates of appre­cia­tion, spec­tacle folk­lo­rique et ani­ma­tions joyeuses. Cette année, ce dîner s’est tenu dans le bâti­ment même de la mai­rie, impo­sant immeuble tout neuf, témoin d’un pro­grès cer­tain de l’ad­mi­nis­tra­tion civile dans ces régions si long­temps livrées à elles-mêmes.

Le mes­sage de l’ab­bé Couture

Le der­nier mot revient à l’ab­bé Daniel Couture, fon­da­teur de la mis­sion, qui a adres­sé un vibrant mes­sage aux volon­taires : « Oui, soyez remer­ciés de ce que vous vous don­nez, de ce que vous vous sacri­fiez sans comp­ter, en nos jours où non seule­ment la foi s’est refroi­die en plu­sieurs âmes, mais aus­si, en consé­quence, où la cha­ri­té, ce don de soi pour Dieu et pour les autres à cause de Dieu, a aus­si beau­coup dimi­nué. Dieu est cha­ri­té. Cela veut dire que Dieu est don de soi — c’est l’un de ses noms. Et Dieu nous a créés à son image : il a mis dans nos cœurs ce désir pro­fond d’ai­mer, de se don­ner, de pré­pa­rer les autres à une vie de bon­heur infi­ni et éter­nel. Rentrez chez vous avec un plus grand désir de conti­nuer à croître en cha­ri­té pour Dieu et votre prochain. »

L’abbé Couture conclut avec la prière de Saint Ignace, adop­tée par le scou­tisme : « Seigneur Jésus, apprenez-​nous à être géné­reux, à Vous ser­vir comme Vous le méri­tez, à don­ner sans comp­ter, à com­battre sans sou­ci des bles­sures, à tra­vailler sans cher­cher le repos, à nous dépen­ser sans attendre d’autre récom­pense que celle de savoir que nous fai­sons Votre Sainte Volonté. »

Et à l’an­née prochaine !

Dix-​neuf mis­sions. Dix-​neuf fois ce même pari insen­sé : celui d’une poi­gnée de pro­fes­sion­nels de san­té qui par­courent l’autre bout du monde pour soi­gner gra­tui­te­ment des gens qu’ils ne connaissent pas, dans des condi­tions plus que som­maires, avec la convic­tion que la cha­ri­té est la plus belle réponse à la misère du monde. Le ruis­seau coule tou­jours. La Rose Mystique fleurit.

Fabienne de Geofroy

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ACIM-Asia / Rosa Mystica

Association d'aide médicale aux Philippines