Du 1er au 8 mars 2026 — Sud de Mindanao, Philippines.
Des roses pour la Rose Mystique
Le 1er mars 2026 s’est ouverte la dix-neuvième Mission Rosa Mystica. Une quarantaine de volontaires, venus des quatre coins du monde, convergent vers Pinobre Park, à quelques kilomètres de General Santos, dans le sud de l’île de Mindanao, aux Philippines. Italiens, Croates, Chinois, Brésiliens, Australiens, Suisses, Français, Américains — la mission a, une fois de plus, ce caractère résolument international qui fait sa richesse. Mais l’Irlande manque à l’appel : sa représentante, bloquée à Dubaï en raison de l’interruption du trafic aérien, ne pourra rejoindre le groupe.
Pour la dix-neuvième fois depuis la première mission fondée en 2007 par l’abbé Daniel Couture et le docteur Jean-Pierre Dickès, ce groupe de professionnels de santé a apporté médicaments, matériel médical, lunettes de récupération, et surtout du temps et de la compétence — gratuitement, au service des plus démunis. Depuis trois ans, ils parcourent les villages les plus reculés des montagnes de Sarangani, au sud de Mindanao, l’une des provinces les plus pauvres de l’archipel philippin.
La mission est double : médicale et apostolique. D’un côté, des consultations de médecine générale, de pédiatrie, de petite chirurgie, de soins dentaires — essentiellement des avulsions —, et des examens d’optique qui redonnent la vue à des gens qui vivent dans le brouillard depuis des années. De l’autre, une mission apostolique auprès de populations dans des régions où l’islam et l’évangélisme protestant exercent une présence conquérante, et une retraite spirituelle pour les volontaires eux-mêmes, avec messe quotidienne et enseignements, conformément au souhait initial de l’abbé Couture. Cette année un stand et des conférences de bioéthique sont prévus à l’intention des travailleurs sociaux et des professionnels de santé philippins. La mal nommée « santé reproductive » est également très présente aux Philippines sous l’influence de puissantes ONG internationales. Cette orientation replace ainsi la mission dans sa vocation originelle puisque son point de départ fut une série de conférences sur ces sujets, prononcées en 2004 dans plusieurs facultés de médecine et écoles d’infirmières par le Dr Jean-Pierre Dickès à l’initiative de l’abbé Daniel Couture.
Dès ce premier après-midi, après la cérémonie de bienvenue — chant choral, témoignages de patients qui avaient pu recevoir des soins importants grâce à la mission de l’année précédente, interventions chirurgicales, radiothérapie — tous suivent Notre Dame des Pauvres pour une procession sur la quatre-voies en contrebas de Pinobre Park, notre habituel « quartier général ». Une rose à la main — offertes par ces mêmes patients reconnaissants —, chantant leurs Ave Maria, les volontaires déposent avec émotion leurs fleurs aux pieds de la statue de la Rose Mystique, dont ils s’apprêtent à être les serviteurs fidèles durant ces six jours.










Lundi 2 mars — Datal Anggas : au bout de la route
La route qui monte dans les hauteurs de Sarangani est enfin bétonnée jusqu’au village de Datal Anggas. Un gain d’une petite heure sur les trois ou quatre heures de trajet qui séparaient jusqu’alors Pinobre Park de ce village visité pour la troisième année consécutive. Les infrastructures administratives et routières pénètrent peu à peu dans une zone longtemps dominée par les guérilleros communistes de l’Armée de libération nationale (NPA), jadis coupée du monde, dont les habitants vivent encore majoritairement sous le seuil de pauvreté. L’état sanitaire de la population en est le reflet : dans ces régions, plus de 90 % des gens vivent et meurent sans avoir jamais vu un médecin.
Ce lundi matin, la foule s’est rassemblée sous le hall municipal. Les habitants de Datal Anggas, mais aussi ceux de hameaux beaucoup plus éloignés — uniquement accessibles par des pistes ou des chemins de terre — viennent chercher consultations, médicaments, lunettes, petites chirurgies. Sept médecins étrangers — dont cinq généralistes, un radiologue muni d’un échographe et une pédiatre — se sont joints aux deux généralistes et aux dentistes locaux, ainsi qu’au Dr June Viray, pédiatre philippine et médecin-référent de la mission depuis ses débuts. Une deuxième opticienne est venue en renfort, permettant de distribuer plus rapidement les centaines de lunettes récupérées et acheminées dans les valises des bénévoles.
Dans le bloc opératoire de campagne
Un « bloc opératoire » : la formule est généreuse pour désigner la petite pièce de quelques mètres carrés de la maternité du village, ordinairement salle d’accouchement, transformée pour l’occasion. Une vieille table obstétricale devient table d’opération ; des bacs en plastique, table d’instrumentation ; des chaises empilées, tabouret surélevé pour le chirurgien. En face, le « cabinet dentaire » est à l’avenant : des patients en file indienne sur des chaises en plastique attendent avec patience — et résignation — leur tour pour l’inévitable avulsion, sous anesthésie locale.
C’est dans cet environnement plus que rustique que le Dr Philippe de Geofroy, chirurgien ORL, exerce son art. Il a repris il y a neuf ans la responsabilité de la mission Rosa Mystica à la suite du Dr Dickès. Nous lui avons demandé ce que l’on peut faire, chirurgicalement, dans de telles conditions : « Chirurgie est un grand mot pour désigner ce type d’activité ! Quelques kystes dermiques, petits lipomes, nettoyage de plaies négligées, corps étrangers du pied — habituel moyen de locomotion de ces très pauvres populations rurales. L’anesthésie uniquement locale et les conditions d’asepsie éloignées de nos standards européens imposent la prudence et la modestie. Dans certains cas de cancers avancés, nous avons pu aider à la mise en place de soins palliatifs locaux — avec, malheureusement, le même écart qualitatif que pour la chirurgie. Dans ces villages, on meurt allongé sur un carton, à même le sol en béton ou en terre battue. »
Interrogé sur les raisons de son engagement — sa neuvième mission consécutive depuis 2017 —, le Dr de Geofroy évoque la « parenté » qui unit les anciens de la mission, comparable à celle des compagnons d’armes, si ce n’est qu’ici le passé commun crée une parenté spirituelle reposant sur la charité : « On est heureux de revenir à la mission parce qu’on se retrouve un peu en famille. Et comme c’est une œuvre missionnaire, on peut dire que nous formons une famille missionnaire ! »
Le soir, après un long trajet nocturne en « benne à volontaires » pour les plus jeunes, tous assistent à la messe de l’abbé Yvon Fillebeen, jeune prêtre de la Fraternité Saint Pie X, arrivé du Japon en fin de journée pour sa deuxième participation à la mission. Il proposera durant la semaine de petits enseignements de bioéthique aux travailleurs sociaux et professionnels de santé philippins, afin de les prémunir contre la « santé reproductive » telle que la promeuvent les grandes ONG internationales, type USAID ou Médecins du Monde.









Mardi 3 mars — À l’école primaire de Famorcan
L’école élémentaire de ce village blaan accueille la mission le troisième jour. Cent quatre-vingt enfants de la maternelle à la sixième y descendent quotidiennement des montagnes environnantes — une heure de marche le matin, une heure le soir. La plupart ne parlent que leur dialecte local en entrant à l’école ; ils y apprennent le visaya, langue régionale, et le tagalog, langue nationale. Dans ces contrées, les patients adultes analphabètes, ne parlant que leur dialecte, rendent la communication difficile et cela induit la multiplication des interprètes. « Les examens d’optique se transforment en décryptage de hiéroglyphes ! », sourit l’équipe.
Les salles de classe, vidées de leurs élèves mis en congé pour l’occasion, abritent bloc opératoire, clinique dentaire, boutique d’optique et cabinets de consultation. Des tentes de soins d’urgence sont dressées à l’intérieur même de ces salles pour préserver la confidentialité de certains examens.
Un radiologue américain et son échographe portable
L’une de ces tentes abrite cette année le cabinet de radiologie de Christopher, radiologue américain à sa première mission. Il a apporté un appareil d’échographie portable qui permet aux généralistes d’obtenir sur place des images diagnostiques. Il nous a livré un beau témoignage : « Converti depuis peu et confirmé en janvier 2026, je mesure chaque jour davantage ce que signifie véritablement être un soldat du Christ. Les bénévoles de Rosa Mystica, animés d’une foi vivante et d’un amour profond pour Notre Seigneur, donnent corps à ce que veut dire vivre en chrétien — non pas en paroles, mais en actes. Avec pour seul outil un échographe portable, j’ai eu le privilège de travailler aux côtés d’autres médecins pour contribuer au diagnostic, guider les décisions thérapeutiques et assurer le suivi des patients. Après presqu’une décennie passée à interpréter des échographies, je ne cesse de m’étonner de la puissance de cette technique, si précieuse là où les moyens font défaut. Je dois enfin rendre hommage à ma femme Paola, sans qui je n’aurais pas pris le chemin de cette mission. Pouvoir unir enfin nos savoirs et nos talents dans un même élan est un don rare, d’une profondeur que les mots peinent à traduire. »
Le rouleau compresseur de la « santé reproductive »
Ce mardi, l’abbé Timothy Pfeiffer — Father Tim —, aumônier de la mission, et l’abbé Fillebeen, s’attaquent au « monstre sacré qui dévore la population philippine ». Une classe d’élèves infirmières de l’Université Notre Dame de Dadiangas, venue comme chaque année prêter main-forte à la mission, a pu entendre quelques principes de morale naturelle de la bouche des abbés. Des dépliants d’éthique médicale leur ont été distribués et expliqués.
Car même si l’avortement n’est pas encore légal aux Philippines — malgré un puissant lobbying des ONG internationales —, la politique gouvernementale soutient depuis 2012 la large diffusion des pratiques contraceptives. Dans les villages les plus reculés que visite la mission, la majorité des femmes en âge de procréer est sous contraceptif ; des auxiliaires de santé les distribuent gratuitement dans les centres de santé des barangay. Quelques femmes viennent même à la mission pour se faire retirer leur implant gratuitement, car la marche arrière, elle, est payante dans le système de santé philippin. Le personnel médical perçoit des primes à la distribution de contraceptifs et sera probablement soumis à de fortes pressions pour ne pas agir à contre-courant. Paravent des intérêts économiques et des idéologies mortifères, la lutte contre la pauvreté est le motif officiel de ce raz-de-marée qui a déjà fait chuter le taux de natalité à 1,9 enfant par femme — en dessous du seuil de renouvellement. L’exemple des pays qui ont pris de l’avance sur ce chemin, et la tragédie de leur hiver démographique, devrait pourtant donner à réfléchir.

















Mercredi 4 mars — Paraiso : 421 patients au Paradis
La mission était déjà montée au Paradis il y a trois ans. Perché sur une crête entre deux vallées sauvages envahies par la forêt tropicale, le village de Paraiso — littéralement « Le Paradis » — accueille à nouveau la caravane médicale sous son hall municipal. Les tentes de radiologie et d’ECG y sont montées ; l’optique, la chirurgie mineure et le cabinet dentaire s’installent dans les petits bâtiments qui longent le chemin pentu menant au camp militaire dominant les lieux.
Ce jour-là, 421 patients seront reçus, dont 118 enfants pour deux pédiatres. Le Dr June Viray, fidèle à la mission depuis sa fondation en 2007, est heureusement doublée par le Dr Paola Paré, jeune pédiatre américaine et épouse du radiologue Christopher. Cinquante-six personnes repartent avec des lunettes — après une consultation d’ophtalmologie assurée par le Dr Elaine Araneta, arrivée la veille de Manille — grâce au travail d’Alexandra, opticienne à sa huitième mission. Soixante et onze candidats à l’avulsion dentaire passent entre les mains de la dentiste philippine, à sa dix-neuvième mission — tout comme le Dr Viray. Le Dr de Geofroy effectue onze interventions chirurgicales, assisté pour la cinquième année consécutive par Viviane, instrumentiste de bloc opératoire, venue comme nombre de Valaisans recrutés par Véronique, « DRH » de la mission depuis huit ans.
« Face à la roche, le ruisseau l’emporte toujours, non par la force mais par la persévérance. » La Mission Rosa Mystica, ce tout petit ruisseau de charité, ces gouttes d’eau dans un océan de misère, perdure miraculeusement. Rien n’est impossible, avec la grâce de Dieu et la fidélité de ses volontaires.
Jeudi 5 au samedi 7 mars — Dans la plaine côtière : Poblacion, Domolok, Kawas
Les trois derniers jours de mission se déroulent dans les villages de la plaine côtière, déjà visités au cours des trois années précédentes : Poblacion, Domolok, Kawas. La population y est plus dense, comme en témoigne le nombre croissant des patients. Elle est aussi plus mélangée : à Domolok, la forte présence musulmane se voit à la tenue des femmes, dont beaucoup portent le hijab.
À l’école de Domolok : l’islam dans les classes
À Domolok, c’est le lycée public qui ouvre ses portes. Dans ce secteur, 40 % de la population est musulmane. Sur l’emploi du temps affiché à l’entrée de chaque classe, un détail retient l’attention : en dernière heure de la matinée, trois jours par semaine, un cours de quarante minutes de langue arabe est dispensé, remplacé les jeudi et vendredi par un cours de « valeurs islamiques ». Les volontaires interrogent deux professeurs, l’un musulman, l’autre catholique : il n’existe pas d’enseignement régulier équivalent pour les catholiques et les protestants, dont les responsables religieux n’interviennent qu’épisodiquement.
Yolly, infirmière philippine et pilier de la mission depuis vingt ans, apporte un éclairage historique précieux qui explique les raisons pour lesquelles Rosa Mystica est intervenue plusieurs fois dans ce barangay ces dernières années. En effet, Yolly connaît bien ces lieux puisqu’elle y œuvra en tant que travailleur social et infirmière durant les années 90, à ses risques et périls car la région était alors entre les mains des séparatistes islamistes. Le conflit armé qui s’ensuivit fut particulièrement sanglant — des enfants fanatisés dans les madrasas furent envoyés au combat. Ce prosélytisme officiel dans les écoles gouvernementales est le fruit d’un compromis lors des pourparlers de paix entre le gouvernement philippin et les mouvements islamistes : favoriser l’intégration des jeunes générations dans la vie sociale philippine, par l’apprentissage de la langue nationale et le côtoiement des catholiques, désormais plus nombreux (60 %) dans ces quartiers depuis le retour de la paix. Ce fragile équilibre tient pour l’instant ; mais les Philippins lucides craignent qu’un embrasement international ne le remette en cause.
La mission peut aujourd’hui opérer dans ces lieux — inimaginable il y a quelques années — parce que la directrice de l’école est catholique. Le chapelet récité à genoux dans la cour de l’école, à la fin de la journée, par tous les volontaires réunis, fut un moment très fort. « Notre Dame des Pauvres a pris possession du territoire, la victoire est assurée ! »
Cinq généralistes pour la médecine du quotidien
Cette année, en plus des deux pédiatres, du radiologue et du chirurgien, cinq médecins assurent les consultations de médecine générale : le Dr Anna-Clara, interne suisse, le Dr Annick, urgentiste française exerçant à Mayotte, le Dr Ian, interne en rhumatologie en Allemagne, le Dr Patrick, généraliste valaisan, et le Dr André, psychiatre brésilien à sa deuxième mission. Ce dernier explique ce qu’un psychiatre peut apporter dans ce contexte particulier : « Je suis psychiatre brésilien et c’est ma deuxième mission médicale Rosa Mystica, la première ayant eu lieu l’an dernier. Le Brésil connaît aussi la pauvreté, mais il possède un système de santé publique — ce n’est pas le cas aux Philippines, ce qui rend cette mission d’autant plus importante. Ici, par nécessité, je pratique la médecine générale ; mais certains cas de santé mentale apparaissent. L’an dernier, j’ai pu traiter un premier épisode psychotique récemment apparu, qui aurait probablement eu un pronostic bien plus défavorable sans une intervention rapide. Cette année, nous avons aidé une dame souffrant de dépression majeure avec pensées suicidaires, une jeune femme présentant un trouble de stress post-traumatique après avoir été témoin de la mort de son fils, ainsi que plusieurs personnes souffrant d’anxiété et d’insomnie. Hier, j’ai vu une patiente présentant une masse au cou : l’échographie a révélé un nodule thyroïdien suspect, rapidement adressé pour biopsie et prise en charge chirurgicale. Mettre nos talents au service de Dieu et des autres est une grande grâce, et tous les volontaires partagent ce même esprit de service. Les sourires et la gratitude des Philippins rappellent que, bien souvent, on reçoit beaucoup plus qu’on ne donne. »
Christine, pharmacienne : contrôler des centaines de prescriptions
Pour la première fois, Christine, pharmacienne française, est venue épauler Brigitte, fidèle de la première mission, qui assumait souvent seule et depuis le début le fastidieux mais indispensable contrôle des médicaments dispensés. Christine témoigne : « Depuis plusieurs années, avec mon mari, nous souhaitions nous investir dans une association humanitaire, en accord avec notre foi. Le choix s’est porté naturellement sur Rosa Mystica. Mission de la semaine : contrôler des centaines de prescriptions ! Rien de bien sorcier pour un pharmacien — mais plus sportif sans ordinateur et sans Vidal ! Résultat : des journées bien chargées, mais surtout de très belles rencontres, de magnifiques souvenirs et l’envie de revenir. Merci aux Philippins pour leur accueil et leurs visages rayonnants. Merci surtout aux prêtres pour leur travail d’apostolat si important : l’aide matérielle n’est rien sans l’aide spirituelle. »













Samedi 7 mars — Alabel : le mot final
Le dernier jour se passe à Kawas, barangay très proche de General Santos. Father Tim — abbé Timothy Pfeiffer, aumônier de la mission depuis dix ans, prieur de Davao — y a développé un apostolat régulier depuis quelques années. Il dessert la chapelle Rosa Mystica de General Santos et les petites missions annexes implantées dans les lieux que la mission visite depuis trois ou quatre ans, et qui se développent visiblement d’année en année.
La présence des prêtres et du stand de la Milice de l’Immaculée — où trône la grande statue de Notre Dame de Fatima — permettent un apostolat fructueux tout au long de la longue attente des patients. Enfants et adultes peuvent recevoir le scapulaire, la médaille miraculeuse et parfois aussi le sacrement de pénitence et l’extrême-onction. Le nombre de catéchumènes s’amplifie d’année en année dans ces lieux régulièrement visités par la mission.
Cette union du naturel et du surnaturel séduit et attire les volontaires étrangers — collaboration du temporel et du spirituel encore possible aux Philippines, et que tous désireraient tant pouvoir pratiquer plus librement dans leur milieu professionnel. « Soins des corps pour toucher les âmes par la charité et les amener à Notre Seigneur par Notre Dame » : c’est le concept très catholique et très traditionnel de la mission, tel que l’avaient voulu ses fondateurs il y a bientôt vingt ans.
La municipalité d’Alabel : un soutien indispensable
Cette aventure serait difficilement réalisable sans le soutien des autorités civiles. La municipalité d’Alabel, sur le territoire de laquelle opère la mission, met son personnel municipal (vingt-trois personnes), son matériel — tentes, camions-bennes — et sa police au service de la mission. L’armée philippine détache également un petit peloton de soldats pour veiller à la sécurité des volontaires dans ce territoire en voie de pacification. Le maire d’Alabel — qui avait fait consacrer sa circonscription et ses habitants au Cœur Immaculé de Marie en 2016 — offre chaque année un somptueux Thanksgiving Dinner à tous les participants, avec distribution traditionnelle de centaines de certificates of appreciation, spectacle folklorique et animations joyeuses. Cette année, ce dîner s’est tenu dans le bâtiment même de la mairie, imposant immeuble tout neuf, témoin d’un progrès certain de l’administration civile dans ces régions si longtemps livrées à elles-mêmes.
Le message de l’abbé Couture
Le dernier mot revient à l’abbé Daniel Couture, fondateur de la mission, qui a adressé un vibrant message aux volontaires : « Oui, soyez remerciés de ce que vous vous donnez, de ce que vous vous sacrifiez sans compter, en nos jours où non seulement la foi s’est refroidie en plusieurs âmes, mais aussi, en conséquence, où la charité, ce don de soi pour Dieu et pour les autres à cause de Dieu, a aussi beaucoup diminué. Dieu est charité. Cela veut dire que Dieu est don de soi — c’est l’un de ses noms. Et Dieu nous a créés à son image : il a mis dans nos cœurs ce désir profond d’aimer, de se donner, de préparer les autres à une vie de bonheur infini et éternel. Rentrez chez vous avec un plus grand désir de continuer à croître en charité pour Dieu et votre prochain. »
L’abbé Couture conclut avec la prière de Saint Ignace, adoptée par le scoutisme : « Seigneur Jésus, apprenez-nous à être généreux, à Vous servir comme Vous le méritez, à donner sans compter, à combattre sans souci des blessures, à travailler sans chercher le repos, à nous dépenser sans attendre d’autre récompense que celle de savoir que nous faisons Votre Sainte Volonté. »
Et à l’année prochaine !
Dix-neuf missions. Dix-neuf fois ce même pari insensé : celui d’une poignée de professionnels de santé qui parcourent l’autre bout du monde pour soigner gratuitement des gens qu’ils ne connaissent pas, dans des conditions plus que sommaires, avec la conviction que la charité est la plus belle réponse à la misère du monde. Le ruisseau coule toujours. La Rose Mystique fleurit.
Fabienne de Geofroy









