Des évêques pour assurer la vie chrétienne

Il faut mal­heu­reu­se­ment consta­ter que la vie de l’Église est frap­pée d’une grave crise, quoi qu’il en soit du zèle sin­cère de nom­breux clercs pour exer­cer leur minis­tère le mieux pos­sible. La FSSPX assure aux fidèles qui le sou­haitent, le cadre stable de vie chré­tienne inté­grale auquel ils ont droit, et sur lequel ils ne peuvent mal­heu­reu­se­ment pas, a prio­ri, comp­ter dans leurs paroisses. Cet apos­to­lat requiert un minis­tère épiscopal.

Le droit des fidèles aux biens spirituels

Le code de droit cano­nique pro­mul­gué en 1983 affirme à pro­pos des droits et devoirs des fidèles de l’Église qu’ils « ont le droit de rece­voir de la part des Pasteurs sacrés l’aide pro­ve­nant des biens spi­ri­tuels de l’Église, sur­tout de la parole de Dieu et des sacre­ments » (213[1]).

Ce droit vient des exi­gences de la vie chré­tienne, qui comporte :

  • le culte divin (« ado­rer Dieu en esprit et en véri­té », Jn 4, 23), en par­ti­cu­lier par le culte public qu’est la liturgie,
  • le com­bat spi­ri­tuel pour vaincre le péché en soi-même,
  • les obli­ga­tions du devoir d’état (fami­lial – en par­ti­cu­lier édu­ca­tif – civil, professionnel),
  • et le zèle de la cha­ri­té par l’exercice des œuvres de misé­ri­corde et le sou­ci d’imprégner la socié­té d’esprit chré­tien selon ses possibilités.

La vie du fidèle catho­lique se déroule nor­ma­le­ment dans le cadre dis­ci­pli­naire posé par la hié­rar­chie légi­time ; mais ses exi­gences sont telles que le droit ecclé­sias­tique pré­voit lui-​même des cas de sup­pléance de juri­dic­tion pour des cas par­ti­cu­liers pré­vi­sibles[2]. Pour tous les cas impré­vi­sibles, le Code de Droit Canonique se contente de rap­pe­ler, et c’est à des­sein son der­nier mot, que « le salut des âmes est la loi suprême dans l’Église[3] ».

Les devoirs corrélatifs du clergé

Le cler­gé a donc le devoir d’assurer pour les fidèles l’enseignement de la doc­trine catho­lique inté­grale, sans erreur et sans ambi­guï­té, au sujet des mys­tères de la foi et en ce qui concerne la morale chré­tienne, sur­tout dans les domaines minés par les erreurs contem­po­raines. Cet ensei­gne­ment com­porte aus­si la pré­pa­ra­tion cor­recte à la récep­tion des sacrements.

Le cler­gé doit en outre assu­rer les céré­mo­nies litur­giques (« le culte inté­gral du Corps mys­tique de Jésus-​Christ[4] ») de telle manière que le culte divin soit célé­bré d’une manière digne et non pas vul­gaire, cho­quante ou malé­di­fiante, qui scan­da­li­se­rait les fidèles. En outre, comme le rap­pelle le célèbre adage lex oran­di, lex cre­den­di[5], la prière de l’Église exprime la foi, et doit de ce fait l’exprimer de manière vraie, au lieu d’entretenir par timi­di­té des ambi­guï­tés sur les sujets contro­ver­sés. Enfin, la litur­gie doit aus­si être effi­cace : la prière, par laquelle l’Église demande de la bon­té divine les grâces néces­saires au peuple chré­tien, doit être for­mu­lée pour être exau­cée[6] ; les sacre­ments et sacra­men­taux – par­mi les­quels les exor­cismes – doivent être célé­brés en res­pec­tant soi­gneu­se­ment leurs condi­tions de validité.

Cette œuvre du cler­gé à laquelle les fidèles ont droit requiert un minis­tère épis­co­pal : deux sacre­ments sont réser­vés à l’évêque (confir­ma­tion et ordi­na­tion), ain­si que de mul­tiples sacra­men­taux, par­mi les­quels la consé­cra­tion des huiles néces­saires aux sacrements.

L’état actuel de la vie paroissiale

Il faut mal­heu­reu­se­ment consta­ter que selon tous ces aspects la vie de l’Église est frap­pée d’une grave crise, quoi qu’il en soit du zèle sin­cère de nom­breux clercs pour exer­cer leur minis­tère le mieux possible.

La pré­di­ca­tion est bien sou­vent édul­co­rée pour ne pas contre­dire l’esprit du temps, de sorte que, au lieu de rap­pe­ler les fins der­nières, le com­bat spi­ri­tuel etc., elle adopte faci­le­ment les slo­gans contem­po­rains (éco­lo­gie, migrants, etc.), ou tait déli­bé­ré­ment des points de doc­trine comme le carac­tère immo­ral de la contra­cep­tion. On accorde une large audience à ceux qui pié­tinent les ensei­gne­ments défi­ni­tifs de l’Église[7], tout en bri­mant ceux qui s’obstinent à prê­cher inté­gra­le­ment la doc­trine et la morale. Les évé­ne­ments orga­ni­sés dans le cadre de l’engagement œcu­mé­nique ou du dia­logue inter­re­li­gieux laissent entendre qu’il n’est pas néces­saire d’embrasser la foi catho­lique (in re voire seule­ment in voto[8]) pour être sau­vé. Il ne reste d’ailleurs plus grand-​chose de la notion de salut puisque la jus­tice divine et les fins der­nières n’ont plus droit de cité dans la pré­di­ca­tion courante.

Quant à la litur­gie, elle fait bien sou­vent l’objet d’abus à cor­ri­ger, et cela de l’aveu même du pape François[9]. Indépendamment de la manière dont elle est effec­ti­ve­ment célé­brée, les études accu­mu­lées depuis la pro­mul­ga­tion du Missel de Paul VI ont mon­tré que l’intention de ses auteurs était de dis­si­mu­ler les diver­gences doc­tri­nales avec le pro­tes­tan­tisme[10]. De mul­tiples prières ont été sup­pri­mées ou édul­co­rées[11], ain­si que les exor­cismes du bap­tême. On signale même des cas où le per­son­nel d’une paroisse orga­nise le vice de forme dans la pré­pa­ra­tion du mariage pour faci­li­ter la décla­ra­tion de nul­li­té en cas de crise du couple : autre­ment dit, on tra­vaille déli­bé­ré­ment à l’invalidité du sacrement.

Il faut bien consta­ter qu’on ne peut pas a prio­ri exi­ger des familles catho­liques du monde entier qu’elles fassent confiance à leur paroisse pour rece­voir l’enseignement conve­nable pour mener leur vie chré­tienne et par­ti­ci­per à une litur­gie digne.

Les centres de messe traditionnelle

Sans doute, on objec­te­ra les mul­tiples pos­si­bi­li­tés ouvertes pour assis­ter à la messe dans le rite tri­den­tin, les timides indults des années 1980, puis les ouver­tures accor­dées par Rome sous la sur­veillance de la Commission Ecclesia Dei à par­tir de 1988, et le Motu Proprio Summorum Pontificum de 2007. Seulement le Motu Proprio de 2007 a été abro­gé en 2021, ce qui a don­né l’occasion de mesu­rer quelle hos­ti­li­té et quel mépris les fidèles atta­chés à la litur­gie tra­di­tion­nelle doivent essuyer. Ces évé­ne­ments ont sur­tout fait oublier que ces conces­sions étaient bien sou­vent dras­ti­que­ment limi­tées. On ne peut pas dire qu’on tient compte des besoins des fidèles lorsqu’on n’autorise par­ci­mo­nieu­se­ment qu’une messe domi­ni­cale, pas tou­jours heb­do­ma­daire, à l’exclusion du caté­chisme et des autres sacre­ments, tout en ajou­tant la recom­man­da­tion de veiller à ce que la com­mu­nau­té des fidèles concer­nés ne croisse pas.

Les condi­tions pour pro­fi­ter de ces ouver­tures sont d’ailleurs ambi­guës : dès les années 1980, Jean Madiran avait sou­li­gné la posi­tion contra­dic­toire dans laquelle les ouver­tures romaines met­taient ceux qui sou­hai­taient en pro­fi­ter : « Les seuls admis à deman­der l’au­to­ri­sa­tion sont ceux qui n’ont aucun motif de le faire : en tout cas aucun motif reli­gieux[12]. »

Il en est résul­té ce dis­cours peu convain­cant selon lequel l’attachement à l’ancienne litur­gie est un « cha­risme », une « sen­si­bi­li­té », ce qui fait de ce choix une sorte de caprice tolé­ré pour une cer­taine frange des fidèles. Attitude qui serait d’ailleurs inad­mis­sible si la réforme de la litur­gie avait été menée de manière saine.

À ces condi­tions, on pour­ra certes trou­ver ici et là des cha­pelles où une vie de paroisse existe en effet, mais en géné­ral en marge de la vie du dio­cèse et sans vraie inten­tion de cor­res­pondre à l’intention expri­mée par Benoît XVI d’un « enri­chis­se­ment mutuel » des com­mu­nau­tés et des rites. Cela finit par jus­ti­fier le reproche de déloyau­té évo­qué dans la lettre du pape François expli­quant Traditionis Custodes[13].

Sans doute, on pou­vait se réjouir de la pos­si­bi­li­té, même limi­tée, offerte à toute l’Église de pro­fi­ter de la litur­gie tra­di­tion­nelle[14]. Mais les évé­ne­ments ont mon­tré que les inten­tions romaines n’étaient en aucune manière de reve­nir sur le Concile et sur les prin­cipes mêmes des réformes post-​conciliaires, et en défi­ni­tive ces ouver­tures ne font pas droit aux besoins légi­times des fidèles. Il est donc nor­mal que ceux qui en ont la pos­si­bi­li­té y remédient.

Conclusion

La Fraternité Saint-​Pie X est bien consciente du carac­tère hors norme de son mode de fonc­tion­ne­ment et de son apos­to­lat. Mais elle conti­nue ain­si, pour assu­rer aux fidèles qui le sou­haitent, le cadre stable de vie chré­tienne inté­grale auquel ils ont droit, et sur lequel ils ne peuvent mal­heu­reu­se­ment pas, a prio­ri, comp­ter dans leurs paroisses. Cet apos­to­lat requiert un minis­tère épis­co­pal, et c’est la rai­son pour laquelle elle se per­met d’y pour­voir. Elle le fait dans la même inten­tion que Mgr Lefebvre, qui avait écrit aux can­di­dats à l’épiscopat :

« Je vous confé­re­rai cette grâce, confiant que, sans tar­der, le Siège de Pierre sera occu­pé par un suc­ces­seur de Pierre par­fai­te­ment catho­lique en les mains duquel vous pour­rez dépo­ser la grâce de votre épis­co­pat pour qu’il la confirme[15]. »

Source : Le Saint-​Vincent n°41

Notes de bas de page
  1. Le Code de 1983 reprend en cela le canon 682 du Code de 1917, qui exprime non une dis­po­si­tion de droit posi­tif, mais une exi­gence essen­tielle de l’Église.[]
  2. Par exemple pour la confes­sion l’absolution en péril de mort, le cas d’erreur com­mune et la levée de cen­sure dans le cas urgent ; pour le mariage, la forme cano­nique extra­or­di­naire.[]
  3. CIC 1983 c.1752.[]
  4. Pie XII, ency­clique Mediator Dei, 20 novembre 1947.[]
  5. Textuellement : « ut legem cre­den­di lex sta­tuat sup­pli­can­di », Indiculus, com­po­sé par saint Prosper d’Aquitaine vers 440, c.8. Denzinger-​Hünermann, Symboles et défi­ni­tions de la foi catho­lique, Cerf, 1996, n°246.[]
  6. L’on songe à la réponse de Notre Dame à sainte Catherine Labouré au sujet des rayons man­quants sur l’image de la médaille mira­cu­leuse : « Ce sont les grâces qu’on ne me demande pas. »[]
  7. À cet égard, le Chemin Synodal alle­mand est une cari­ca­ture.[]
  8. In re signi­fie la conver­sion effec­tive qui se tra­duit par le bap­tême ou l’abjuration des erreurs des aca­tho­liques. In voto fait réfé­rence à la dis­po­si­tion des per­sonne qui cherchent réel­le­ment le vrai Dieu mais n’ont pas, de fait, les moyens de connaître la vraie reli­gion. Cf. Pie XII, Encyclique Mystici Corporis, 29 juin 1943, DS 3821.[]
  9. Lettre expli­quant le Motu Proprio Traditionis Custodes, Lettre apos­to­lique Desiderio desi­de­ra­vi, 29 juin 2022, n°54.[]
  10. Cf. Abbé Grégoire Célier, La dimen­sion oecu­mé­nique de la réforme litur­gique, Fideliter, 1987.[]
  11. Prières expri­mant la pro­pi­tia­tion, deman­dant la conver­sion des pécheurs et des aca­tho­liques, implo­rant le par­don des péchés, deman­dant d’apprendre à mépri­ser les biens ter­restres et dési­rer ceux du ciel, et tout sim­ple­ment les prières de la litur­gie des défunts pour deman­der la déli­vrance des peines du Purgatoire.[]
  12. Jean Madiran, « La Messe revient », Itinéraires 288, décembre 1984, p.39.[]
  13. https://Église.catholique.fr/vatican/motu-proprio/517386-motu-proprio-traditionis-custodes-la-lettre-explicative-du-papefrancois-aux-eveques/[]
  14. Il n’est d’ailleurs pas inter­dit de remar­quer que Benoît XVI n’aurait sans doute pas pris cette déci­sion si elle n’avait pas été deman­dée par la Fraternité Saint-​Pie X, forte de ses évêques et de son déve­lop­pe­ment, comme préa­lable pour les dis­cus­sions doc­tri­nales qui ont eu lieu deux ans plus tard.[]
  15. Lettre aux futurs évêques, 29 août 1987.[]