Mgr Schneider : les consécrations épiscopales de la FSSPX ne seront en aucun cas schismatiques

Mgr Schneider

Mgr Athanasius Schneider, évêque auxi­liaire d’Astana, a accor­dé le lun­di 9 mars 2026 un long entre­tien au jour­na­liste Andreas Wailzer sur la chaîne YouTube Kontrapunkt. Il y a expo­sé sa pen­sée au sujet de la Fraternité Saint-​Pie X et des sacres épis­co­paux que celle-​ci pré­voit d’accomplir le 1ᵉʳ juillet pro­chain. En voi­ci quelques passages.

Mgr Schneider a rap­pe­lé sur Kontrapunkt avoir adres­sé, le 24 février der­nier, un appel au pape Léon XIV afin que celui-​ci accorde le man­dat apos­to­lique pour les consé­cra­tions épis­co­pales de la FSSPX : « Il fau­drait être large ici, d’autant plus que la Fraternité Saint-​Pie X a la même foi. Elle n’a pas inven­té une nou­velle foi, elle n’a pas inven­té une nou­velle litur­gie, elle n’a pas inven­té une nou­velle for­ma­tion sacer­do­tale ; elle a exac­te­ment la même foi, la même litur­gie, le même caté­chisme, la même for­ma­tion sacer­do­tale que l’Église uni­ver­selle, dans le monde entier, avait jusqu’au concile Vatican II, et même impo­sait stric­te­ment depuis des siècles. C’est tout sim­ple­ment logique, et c’est aus­si conforme au bon sens : cela ne peut pas être faux. L’Église n’a quand même pas pu, pen­dant des siècles, avoir une telle for­ma­tion sacer­do­tale, annon­cer une telle foi concrète et célé­brer une telle litur­gie, avec des fruits si mani­festes, pour que l’on dise main­te­nant que c’était défi­cient. Et lorsqu’une com­mu­nau­té demande sim­ple­ment : “Laissez-​nous faire ce que l’Église a tenu pour saint durant des siècles”, et qu’on ne le lui accorde pas, c’est bien cela le problème. »

Le problème de la nouvelle messe

Ayant étu­dié de près la vie de Mgr Lefebvre, il a expli­qué quels motifs avaient été invo­qués pour jus­ti­fier les sanc­tions tom­bées sur Écône : « Lorsque le conflit a com­men­cé, il y a exac­te­ment cin­quante ans, Mgr Marcel Lefebvre a été sus­pen­du par Paul VI. Il disait alors sim­ple­ment au Vatican : “S’il vous plaît, laissez-​nous faire l’expérience de la tra­di­tion.” Car, à cette époque, et jusqu’à aujourd’hui, on n’a ces­sé de dire : oui, l’Église doit être large, per­mettre des expé­riences. Dans les années 1960, 1970, et jusqu’à aujourd’hui, le Saint-​Siège a per­mis très géné­reu­se­ment des expé­riences dans la for­ma­tion sacer­do­tale, dans les nou­velles com­mu­nau­tés, dans la litur­gie même. Alors pour­quoi ne pas per­mettre cette expérience-​là ? Et pré­ci­sé­ment, cette expé­rience ne leur a pas été accor­dée. Voilà pour­quoi le sémi­naire d’Écône a été dis­sous en 1975, puis la Fraternité, alors qu’elle avait d’abord reçu l’éloge du Saint-​Siège, a été sus­pen­due. Au départ, il s’agissait pré­ci­sé­ment de la for­ma­tion sacer­do­tale tra­di­tion­nelle, et natu­rel­le­ment aus­si de la messe trans­mise. Et Mgr Lefebvre disait déjà, dans les années 1970, ain­si que le Vatican, que cela concer­nait la messe. Cela signi­fie qu’on exi­geait de la Fraternité Saint-​Pie X qu’elle recon­naisse au moins la nou­velle messe, qu’elle n’émette pas de réserves, et même un haut repré­sen­tant du Siège apos­to­lique a dit per­son­nel­le­ment à Mgr Lefebvre : “Célébrez une seule fois la nou­velle messe devant vos sémi­na­ristes, devant les fidèles, et alors tous les pro­blèmes entre nous seront réso­lus.” C’est un fait. »

Certaines affirmations de Vatican II

La nou­velle messe ne fut pas le seul point d’achoppement ; le concile Vatican II et ses consé­quences se trou­vèrent eux aus­si rapi­de­ment au cœur des échanges : « Plus tard, bien sûr, d’autres rai­sons, plus pro­fondes, se sont ajou­tées, pas seule­ment des défi­cits doc­tri­naux, évi­dents, que per­sonne hon­nê­te­ment ne peut nier, dans la nou­velle messe ; plus tard s’y sont encore ajou­tées cer­taines affir­ma­tions ambi­guës du concile Vatican II, qui ont natu­rel­le­ment aus­si eu des consé­quences. Ces textes n’ont for­mel­le­ment qu’un carac­tère pas­to­ral : la décla­ra­tion sur la liber­té reli­gieuse, puis la soi-​disant col­lé­gia­li­té dans la struc­ture de l’Église, qui tend à voir l’Église de manière plus col­lé­giale à par­tir du pri­mat du pape et de l’épiscopat — ce qui, for­mu­lé de cette manière, est quelque chose de nou­veau. Non pas que la col­lé­gia­li­té soit nou­velle, mais ce qui est nou­veau, c’est cette for­mu­la­tion ambi­guë du concile Vatican II. Et ensuite, les affir­ma­tions ambi­guës sur les autres reli­gions. Voilà trois thèmes impor­tants. Et on a vu aus­si qu’après le Concile, jusqu’à nos jours, cette ambi­guï­té a pro­duit ses fruits : nous vivons dans une ambi­guï­té énorme, je dirais géné­rale, dans un rela­ti­visme concer­nant l’unicité du Christ et de l’Église catho­lique ; tout l’effort mis­sion­naire s’est vrai­ment affai­bli, parce qu’on fait main­te­nant du dia­logue, etc. Et puis la col­lé­gia­li­té s’est tra­duite par une déva­lua­tion de la charge épis­co­pale à tra­vers les struc­tures des confé­rences épis­co­pales, ce qui va contre le droit divin. Une confé­rence épis­co­pale n’est pas de droit divin ; c’est une simple inven­tion du droit ecclé­sias­tique, on peut donc la sup­pri­mer ; ce n’est pas du droit divin, je le répète. Que l’épiscopat soit une uni­té, un corps, un corps spi­ri­tuel, cela, c’est de droit divin. Mais que la confé­rence épis­co­pale en soit le moyen, cela est une inven­tion humaine et, mal­heu­reu­se­ment, avec des consé­quences néga­tives. En réa­li­té, cette soi-​disant col­lé­gia­li­té règne sur un pays, et l’épiscopat propre, éta­bli par le droit de Dieu dans le dio­cèse, est véri­ta­ble­ment étouf­fé par ce sys­tème col­lec­tif. Et cela est pré­oc­cu­pant. Et puis, natu­rel­le­ment, concer­nant le col­lège des évêques et le pape, ce n’est pas for­mu­lé très clai­re­ment non plus. Cela doit être refor­mu­lé clairement. »

Le pro­blème, loin d’être réso­lu, demeure actuel, comme en témoignent les ten­ta­tives répé­tées, dans les milieux conser­va­teurs, d’expliquer le concile : « Pourtant, ces ambi­guï­tés conti­nuent d’être ensei­gnées comme justes. Même des com­mu­nau­tés dites conser­va­trices et des théo­lo­giens essaient, au prix de toutes sortes d’acrobaties, d’interpréter cor­rec­te­ment ces affir­ma­tions mani­fes­te­ment ambi­guës, et par­fois même, je dirais, cer­taines affir­ma­tions erro­nées. Ce ne sont pour­tant que des docu­ments pas­to­raux ; ils peuvent donc être erro­nés ; nous pou­vons les cor­ri­ger. Mais l’attitude de cer­taines com­mu­nau­tés conser­va­trices et de cer­tains théo­lo­giens consiste de fait à trai­ter ces affir­ma­tions pas­to­rales, qui n’ont pas de carac­tère défi­ni­tif, comme si elles étaient infaillibles. Et alors ils tordent tout, pour tout faire entrer de force dans une inter­pré­ta­tion cor­recte. J’appelle cela la qua­dra­ture du cercle. Ou par­fois je parle d’acrobaties men­tales. On doit inter­pré­ter les choses de manière à réus­sir mal­gré tout à faire pas­ser la courbe. Pour cer­tains points, cela n’est vrai­ment pas digne, ce n’est pas hon­nête. Et c’est là que la Fraternité Saint-​Pie X dit : “Non, nous ne pou­vons pas par­ti­ci­per à cela.” Il est évident que cer­taines choses ne peuvent pas être inter­pré­tées selon la soi-​disant her­mé­neu­tique de la conti­nui­té ; cer­taines, peut-​être, oui, mais pas ces points pré­cis. Et l’Église doit retrou­ver le cou­rage de dire : oui, c’était un phé­no­mène lié à une époque, il y a soixante ans, ce n’était pas défi­ni­tif ; cela peut être rec­ti­fié, cela peut peut-​être encore être cor­ri­gé. Et l’Église n’y per­dra rien. »

Dialogue avec Rome

Aux yeux de Mgr Schneider, la FSSPX pour­rait appor­ter, par son exper­tise sur ces sujets, un grand secours à l’Église. Mais encore faudrait-​il, d’après lui, que le dia­logue repose sur une base hon­nête : « Pour cela, il faut du temps, peut-​être des années ; pour­quoi pas ? Mais main­te­nant, le Vatican a, pour ain­si dire, mis le pis­to­let sur la tempe de la Fraternité Saint-​Pie X : il lui a dit qu’il fal­lait d’abord mener ce dia­logue doc­tri­nal, pré­ci­sé­ment sur les thèmes que je viens de men­tion­ner et sur les pro­blèmes de la nou­velle messe ; tout en disant immé­dia­te­ment à l’abbé Pagliarani, lors de la ren­contre de février, que les textes du Concile n’étaient pas cor­ri­gibles, point final. Et dans ce cadre, seule­ment si ce dia­logue deve­nait d’une manière ou d’une autre posi­tif — mais qu’est-ce que posi­tif ? Du point de vue du Vatican, cela signi­fie autre chose : ils attendent que la Fraternité fasse elle aus­si cette qua­dra­ture du cercle, cette acro­ba­tie, et dise : “Bon, on peut tout inter­pré­ter cor­rec­te­ment d’une cer­taine manière”, et qu’elle accepte de fait la nou­velle messe, en disant : “Oui, elle n’est pas seule­ment valide, elle est aus­si légi­time”, etc. Voilà ce que serait le réa­lisme selon eux. »

Ce dia­logue, Mgr Schneider le connaît bien en tant qu’ancien visi­teur du Saint-​Siège auprès de la FSSPX : « Or, pen­dant toutes ces années, un dia­logue a déjà eu lieu, et j’en ai eu un aper­çu ; j’ai eu accès à cer­tains dos­siers dès 2009, et cela tour­nait tou­jours autour des mêmes choses, encore et encore. Et cela conti­nue­rait ain­si. Et alors, seule­ment si ce dia­logue était consi­dé­ré, du point de vue du Vatican, comme vrai­ment posi­tif, on don­ne­rait peut-​être ensuite à la Fraternité une struc­ture cano­nique, puis peut-​être des évêques. Mais cela n’est pas réa­liste. C’est une com­mu­nau­té, une réa­li­té ecclé­siale, qui existe déjà depuis deux géné­ra­tions, avec plu­sieurs cen­taines de mil­liers de fidèles dans le monde entier, une com­mu­nau­té de presque 800 prêtres et plus de 200 reli­gieuses. On ne peut quand même pas la bou­le­ver­ser en quelques mois. C’est tota­le­ment irréa­liste et non pas­to­ral ; je dirais même non syno­dal. Pendant ce temps, les pro­ces­sus dits syno­daux avancent avec le maxi­mum de lar­geur et d’inclusivité, avec des opi­nions diverses, alors qu’à cette communauté-​là on dit : “Non, vous devez vous plier, vous devez accep­ter le Concile, vous devez chan­ger d’avis.” Mais ce n’est pas l’opinion de la Fraternité Saint-​Pie X ; elle s’appuie réel­le­ment uni­que­ment sur les docu­ments des papes, non sur ses vues propres. Ce n’est donc pas un juge­ment pri­vé sur le Magistère ; elle s’appuie sur le Magistère inin­ter­rom­pu, conti­nu, durant des siècles, et même depuis les Pères de l’Église. Tous ces trois thèmes ont été ensei­gnés clai­re­ment, et sur­tout par les papes des trois der­niers siècles, de manière très concrète. Et si la Fraternité dit : “Nous pre­nons cet ensei­gne­ment et nous annon­çons ce que l’Église a annon­cé pen­dant des siècles”, cela ne peut pas être faux. Ce n’est donc pas l’opinion pri­vée de la Fraternité, mais l’opinion du Magistère répé­té durant un si long temps. »

Il en va de même pour la nou­velle messe, Mgr Schneider constate que des cri­tères sérieux motivent son refus par la FSSPX : « Quant aux carences évi­dentes de la nou­velle messe, on ne peut vrai­ment pas les réin­ter­pré­ter. Cela ne va pas. Ce sont des carences évi­dentes. Deux car­di­naux eux-​mêmes, il y a plus de cin­quante ans, le car­di­nal Ottaviani, ancien pré­fet du Saint-​Office, de l’Inquisition, et Bacci, ont publi­que­ment signa­lé les carences concrètes du nou­vel Ordo. Cet écrit existe tou­jours. Et ils n’ont d’ailleurs pas reti­ré publi­que­ment cette opi­nion. Ils ont sim­ple­ment été rap­pe­lés à l’ordre par Paul VI et inti­mi­dés après la publi­ca­tion de leur cri­tique du nou­vel Ordo ; ces deux car­di­naux ont alors ces­sé de par­ler, ils se sont tus. C’est com­pré­hen­sible. Mais l’écrit existe encore. »

Il recom­mande vive­ment, à ce sujet, un livre paru l’automne der­nier aux États-​Unis, chez Angelico Press : A Wider View of Vatican II : Memories and Analysis of a Council Consultor, de l’archimandrite Boniface Luykx. Cet ouvrage a été écrit par un reli­gieux litur­giste recon­nu, nom­mé per­itus au concile Vatican II, membre du comi­té de rédac­tion du docu­ment Sacrosanctum Concilium, qui a éga­le­ment sié­gé au Consilium du père Bugnini pour la réforme de la messe : « Il a par­ti­ci­pé à toutes les ses­sions jusqu’au bout. Peu avant sa mort, il a écrit tous ses mémoires sur l’avant-Concile, le Concile, et sur­tout sur ce tra­vail dans cette com­mis­sion de Bugnini, dont le fruit et le pro­duit est notre messe nou­velle actuelle. Et là, il expose sans ména­ge­ment toutes les carences, tant doc­tri­nales que litur­giques, de la nou­velle messe, de manière impi­toyable, mais avec une totale fran­chise […] Alors com­ment la Fraternité pourrait-​elle accep­ter l’exigence du Vatican lui deman­dant de dire que la nou­velle messe n’est pas seule­ment valide — ce qu’elle est prête à recon­naître, à condi­tion qu’elle soit célé­brée selon les rubriques et le texte ori­gi­nal — mais qu’elle est en outre légi­time, c’est-à-dire, en bon alle­mand, qu’elle est “en ordre” ? Or elle n’est jus­te­ment pas en ordre. »

Une liberté inégalée pour servir l’Église

La situa­tion sin­gu­lière de la FSSPX dans l’Église lui assure une grande liber­té de parole, et Mgr Schneider lui sait gré de s’en ser­vir pour com­battre les erreurs qui ravagent de l’intérieur la barque de Notre-​Seigneur : « Il n’existe pas d’autre réa­li­té ecclé­siale qui recon­naisse le pape, et qui soit en quelque sorte à moi­tié recon­nue, puisqu’elle pos­sède tou­jours offi­ciel­le­ment la facul­té de confes­ser don­née par le Saint-​Siège, et en par­tie aus­si la facul­té d’assister aux mariages, et qui soit en même temps la seule à signa­ler ouver­te­ment et publi­que­ment, sans crainte des consé­quences, ces abus et ces erreurs. C’est pour­tant un ser­vice ren­du à toute l’Église. Il ne s’agit pas de cri­ti­quer pour cri­ti­quer ; il s’agit de la sol­li­ci­tude pour le bien de toute l’Église. En revanche, la Fraternité Saint-​Pierre et d’autres com­mu­nau­tés dites Ecclesia Dei ne peuvent pas faire cela ; elles ne peuvent pas se le per­mettre. Elles sont immé­dia­te­ment rap­pe­lées à l’ordre par l’évêque com­pé­tent ou par l’ordinariat, avec cette menace : “Si vous répé­tez encore cela, vous serez chas­sés du dio­cèse.” Et cela s’est pro­duit au cours des deux der­nières années dans trois dio­cèses en France, où la Fraternité Saint-​Pierre menait depuis des années un apos­to­lat flo­ris­sant. Il est pro­bable qu’un de leurs prêtres ait dit dans un ser­mon quelque chose qui allait peut-​être dans le sens d’une légère inter­ro­ga­tion ou cri­tique sur cer­taines choses dans l’Église. Cela a suf­fi : sans aver­tis­se­ment, sans rien, tout l’apostolat a été bru­ta­le­ment sup­pri­mé. Et l’appel au Saint-​Siège a été inutile : le Saint-​Siège n’a pas défen­du la Fraternité Saint-​Pierre. Ils ont donc dû quit­ter trois dio­cèses. Aux États-​Unis aus­si, il y a eu un cas, et j’en connais un autre d’une autre com­mu­nau­té Ecclesia Dei ; je l’ai appris récem­ment d’une source sûre et directe. Dans un pays, une com­mu­nau­té de l’ancien rite, pour­tant de droit pon­ti­fi­cal, était pré­sente depuis des années. Elle sou­hai­tait sim­ple­ment deman­der au dio­cèse d’ériger cano­ni­que­ment sa mai­son. L’évêque a alors écrit à Rome, au Vatican, pour deman­der s’il pou­vait le faire — alors qu’il n’avait pas besoin d’écrire à Rome, puisque c’est de sa com­pé­tence selon le droit cano­nique ; mais il vou­lait sim­ple­ment se cou­vrir. Et Rome lui a répon­du : “Non, ne don­nez aucune recon­nais­sance, n’érigez pas cano­ni­que­ment cet ins­ti­tut de l’ancien rite”, bien qu’il s’agisse d’un ins­ti­tut recon­nu par Rome et de droit pon­ti­fi­cal. Ce ne sont là que quelques exemples. »

Avec cha­ri­té et luci­di­té, Mgr Schneider constate que les autres ins­ti­tuts tra­di­tion­nels ne béné­fi­cient pas d’un tel avan­tage, pour­tant néces­saire à l’Église : « Nous voyons bien que ces com­mu­nau­tés dites régu­lières vivent sous une sur­veillance per­ma­nente ; elles tremblent. Et natu­rel­le­ment, nous nous réjouis­sons de leur exis­tence, nous les esti­mons, nous leur sommes recon­nais­sants et nous appré­cions beau­coup leur apos­to­lat. Dans ces condi­tions, c’est vrai­ment héroïque. Il ne s’agit pas d’une cri­tique, mais sim­ple­ment d’un constat de fait, de la réa­li­té telle qu’elle est. Oui, il est bon qu’elles existent, afin qu’au moins la messe trans­mise se répande tou­jours davan­tage, et aus­si, disons, le caté­chisme tra­di­tion­nel. Mais ces pro­blèmes qui concernent toute l’Église — ces ambi­guï­tés concrètes, et même par­fois des erreurs dans cer­taines affir­ma­tions du Concile, ain­si que dans la nou­velle messe elle-​même — tout cela doit être dis­cu­té. Il faut qu’il soit pos­sible, dans l’Église, d’en par­ler ouver­te­ment, sans polé­mique mais avec hon­nê­te­té, sans avoir peur d’être puni pour cela. Et la seule enti­té qui puisse actuel­le­ment le faire sans être immé­dia­te­ment punie, c’est la Fraternité Saint-​Pie X. »

Faire preuve de réalisme

Mgr Schneider appelle ain­si le Saint-​Siège à faire un pre­mier pas géné­reux et prag­ma­tique vers la FSSPX, non pas néces­sai­re­ment par un accord cano­nique immé­diat, mais au moins par une per­mis­sion d’agir : « On ne peut de toute façon pas résoudre immé­dia­te­ment toute la ques­tion ecclé­siale ; cela demande du temps. Et comme pre­mier pas — voi­là pour­quoi j’en appelle au Saint-​Père — auto­ri­sez les consé­cra­tions épis­co­pales, don­nez le man­da­tum apos­to­li­cum. Ce serait le pre­mier petit pas vers une cer­taine inté­gra­tion de la Fraternité, sans résoudre immé­dia­te­ment toute la struc­ture cano­nique. Le droit cano­nique n’est pas la loi divine ; il peut admettre des excep­tions, des solu­tions inter­mé­diaires, des solu­tions encore incom­plètes. C’est pré­ci­sé­ment à cela qu’il sert. Voilà, en réa­li­té, la moti­va­tion de mon appel. Et il fau­drait l’envisager dans un cadre encore plus large : je pense que ce serait un gain pour toute l’Église. Et aus­si, que les évêques, la Fraternité Saint-​Pierre et les autres, après ces consé­cra­tions épis­co­pales — si le pape les auto­ri­sait — puissent ensuite trai­ter un peu plus nor­ma­le­ment avec la Fraternité Saint-​Pie X, et non plus comme avec des exclus, ou comme avec des lépreux, ou comme avec des schismatiques. »

Il avance que le pape a les clés en main pour évi­ter une exclu­sion de fait qui pri­ve­rait le corps ecclé­sial de l’influence de la FSSPX : « Si le pape auto­rise les évêques, on ne pour­ra plus jamais par­ler de schisme : ce seront des évêques approu­vés, recon­nus par le pape. Et ce serait, me semble-​t-​il, une solu­tion pas­to­rale, même géniale, y com­pris du point de vue de l’histoire de l’Église. Le pape entre­rait alors véri­ta­ble­ment dans l’histoire comme un vrai bâtis­seur de ponts. Mais il est clair qu’il faut voir aus­si une autre face de la réa­li­té : il existe natu­rel­le­ment des digni­taires ecclé­sias­tiques influents, de haut rang, y com­pris peut-​être au Vatican, peut-​être même dans l’entourage du pape, qui ne veulent tout sim­ple­ment pas de la Fraternité Saint-​Pie X. Ils veulent qu’elle reste dehors. Et ils se réjoui­raient même si elle était excom­mu­niée. C’est pour­quoi ils pous­se­raient main­te­nant le pape à ne sur­tout pas don­ner le man­da­tum, à tout résoudre d’abord sur le plan doc­tri­nal. Mais on voit bien que c’est une impasse, que ce n’est ni pra­tique ni réa­li­sable. Peut-​être même que ces hauts pré­lats mettent en place ces condi­tions en toute connais­sance de cause, afin que la Fraternité reste à l’extérieur et ne soit pas inté­grée. Car si elle était inté­grée, elle aurait alors aus­si, d’une cer­taine manière, plus d’influence au ser­vice de la tra­di­tion, au-​delà de ses propres struc­tures. Aujourd’hui, elle n’agit que dans ses propres struc­tures ; mais si elle était un peu inté­grée, alors un évêque pour­rait dire, par exemple : “Invitez donc un prêtre de la Fraternité à venir don­ner une confé­rence à mes sémi­na­ristes dans le sémi­naire dio­cé­sain ; pour­quoi pas ?” Ou : “Donnez une retraite.” Ou encore : “Nous orga­ni­sons un col­loque et nous invi­tons un repré­sen­tant de la Fraternité Saint-​Pie X, ou d’autres théo­lo­giens.” Ce serait beau. Nous sommes une famille. Et cela irait, je pense, même dans le sens de cette fameuse méthode syno­dale — indé­pen­dam­ment du fait qu’elle soit très sus­pecte, mais je le dis seule­ment ici comme argu­men­tum ad homi­nem. »

L’état de nécessité demeure

Le désir de Mgr Schneider de voir le pape per­mettre à la FSSPX d’exercer plus lar­ge­ment son minis­tère s’explique par l’état de néces­si­té dans lequel se trouve plon­gée l’Église : « Il ne s’agit pas seule­ment de la messe, de la sainte messe. Il s’agit de choses plus pro­fondes : de ces ambi­guï­tés qui sub­sistent depuis le Concile, du pro­blème de la nou­velle messe elle-​même, qui est célé­brée — je ne sais pas en pour­cen­tage exact — peut-​être dans plus de 90 %, ou plus encore, des églises du monde, et qui est en elle-​même pro­blé­ma­tique, réel­le­ment théo­lo­gi­que­ment dis­cu­table. Nous ne pou­vons pas dire sim­ple­ment : “Bon, nous avons notre messe, Dieu mer­ci, la messe tra­di­tion­nelle, et il faut nous en réjouir.” Mais qu’en est-​il du reste de l’Église ? Qu’en est-​il du reste de l’Église ? Nous devons nous en sou­cier aus­si. Il y a aus­si ces pro­blèmes de rela­ti­visme dus au décret sur la liber­té reli­gieuse, et à l’interprétation évi­dente qui a été don­née, presque natu­rel­le­ment, de ce texte ambi­gu. Rien que cela est déjà un signe que ce texte sur la liber­té reli­gieuse ne peut pas res­ter ain­si ; il doit être chan­gé. Par exemple, si cela n’est pas une néces­si­té mani­feste dans l’Église, alors quoi ? Si presque plus de 95 % du monde entier célèbre un rite au moins doc­tri­na­le­ment pro­blé­ma­tique, tou­jours davan­tage, et qu’un tel rela­ti­visme de la véri­té sub­siste — sans même par­ler d’autres choses encore que le Vatican a approu­vées sans les reti­rer : la com­mu­nion pour les divor­cés par Amoris Laetitia, la béné­dic­tion des couples homo­sexuels, et ces actes inter­re­li­gieux ambi­gus, etc. — si tout cela conti­nue, c’est évi­dem­ment pré­oc­cu­pant. C’est bien une néces­si­té. Si cela n’est pas une néces­si­té, qu’est-ce qu’une nécessité ? »

Des sacres qui ne seront pas schismatiques

Face aux accu­sa­tions sou­vent réité­rées, Mgr Schneider tient à mettre en lumière la situa­tion par­ti­cu­lière des sacres de la FSSPX : « Je pense que, dans ce cas, des consé­cra­tions épis­co­pales sans la per­mis­sion du pape ne seraient pas schis­ma­tiques. En aucun cas. Car même dans le nou­veau Code de droit cano­nique, les consé­cra­tions épis­co­pales sans per­mis­sion du pape ne figurent pas sous la caté­go­rie d’atteinte à l’unité de l’Église, mais sous la rubrique de l’usurpation de fonc­tion. Et le pape François a encore modi­fié cela pour les pla­cer sous la rubrique de la célé­bra­tion des sacre­ments. Rien que cela montre déjà quelque chose. Et tout le droit cano­nique tra­di­tion­nel, jusqu’au Code de 1983, ne punis­sait pas les consé­cra­tions épis­co­pales illi­cites d’excommunication, mais de sus­pen­sion. Or une sus­pen­sion n’est pas l’expression du schisme. On voit donc que l’Église ne l’a pas com­prise, en soi, comme telle. Bien sûr, tout dépend aus­si de l’intention. Et la Fraternité l’a main­te­nant dit très clai­re­ment : elle ne veut abso­lu­ment pas d’une Église paral­lèle. Or, lorsque des consé­cra­tions véri­ta­ble­ment schis­ma­tiques ont eu lieu dans l’histoire, soit on se construi­sait une Église paral­lèle, en pre­nant des titres comme “évêque de Munich” ou autre, soit on ne se sou­ciait abso­lu­ment pas de Rome et on consa­crait sans même deman­der ce que Rome en pen­sait. C’est l’attitude des sédé­va­can­tistes ; et même Mgr Williamson a pro­cé­dé à des consé­cra­tions sans du tout deman­der l’avis de Rome. C’est là une dif­fé­rence essen­tielle avec l’attitude de Mgr Lefebvre qui, jusqu’au der­nier jour — j’ai lu tous les docu­ments — a sup­plié filia­le­ment Jean-​Paul II de don­ner la per­mis­sion pour les consé­cra­tions. Et la direc­tion actuelle aus­si a déjà deman­dé au pape, dès sa lettre de novembre, sa per­mis­sion en vue des consécrations. »

Il est évident, aux yeux de Mgr Schneider, que la FSSPX n’a aucune ambi­tion d’Église paral­lèle : « La Fraternité l’a expri­mé : elle veut, par ces évêques, rendre un ser­vice au pape et au Saint-​Siège ; que ces évêques, qui ne font que confé­rer les sacre­ments, rien d’autre, rendent un ser­vice pour que la Tradition, la for­ma­tion sacer­do­tale tra­di­tion­nelle, l’administration des sacre­ments avec leur iden­ti­té propre et avec leur liber­té de pou­voir nom­mer les erreurs ou les ambi­guï­tés du Concile et les pro­blèmes de la nou­velle messe, puissent ain­si rendre un ser­vice à l’Église. Ce n’est pas sim­ple­ment de la polé­mique. Et elle l’exprime très clai­re­ment. De plus, elle nomme le pape dans la messe, ain­si que l’évêque du lieu, ce que les schis­ma­tiques ne font pas. Et je pense que, si l’on est vrai­ment hon­nête, on ne devrait même pas consi­dé­rer cet acte comme schis­ma­tique. Formellement, d’après la lettre, peut-​être ; mais même les cano­nistes disent que, pour encou­rir une peine, il faut aus­si exa­mi­ner l’intention du cou­pable. Et par­fois, la bonne inten­tion, ou la convic­tion sin­cère, de bonne foi, devant une situa­tion don­née, peut excu­ser de la faute ou de la peine. Il y a plu­sieurs prin­cipes qu’il faut prendre en compte ici. Et je pense sur­tout que la Fraternité n’a pas l’intention de faire un schisme ; ce serait pour elle ce qu’il y a de pire, parce que cela irait contre l’esprit catholique. »

Manque de garanties nécessaires

Le fond du pro­blème ne vient donc pas, selon lui, des sacres eux-​mêmes, mais de l’impossibilité, pour la FSSPX, d’obtenir des auto­ri­tés romaines les garan­ties néces­saires au main­tien inté­gral de la Tradition dans les cir­cons­tances actuelles : « Elle dit seule­ment : dans les cir­cons­tances actuelles, le Vatican veut nous obli­ger à inter­pré­ter cor­rec­te­ment, d’une manière ou d’une autre, les ambi­guï­tés du Concile, et à ne plus rien dire des pro­blèmes de la nou­velle messe ; ain­si, nous nous pla­ce­rions entiè­re­ment sous leur contrôle, de sorte qu’ils pour­raient inter­ve­nir à tout moment, comme ils le font avec les autres com­mu­nau­tés Ecclesia Dei, et nous fer­mer, ou fer­mer le sémi­naire. Je com­prends qu’elle dise : “Dans ces condi­tions, nous ne pou­vons pas le faire.” Et je com­prends qu’elle ne veuille pas, dans ces condi­tions, se sou­mettre tota­le­ment au pou­voir admi­nis­tra­tif du Saint-​Siège, même si, en prin­cipe, elle n’est pas contre la sou­mis­sion au Saint-​Siège. Elle veut être sou­mise si le Saint-​Siège lui garan­tit vrai­ment toute la tra­di­tion de la foi et de la litur­gie, sans res­tric­tion, en lui disant : “Vous pou­vez conti­nuer à ensei­gner exac­te­ment comme vous le faites main­te­nant — c’est ce que l’Église a tou­jours ensei­gné — et nous ne pou­vons pas vous l’interdire ; nous vous garan­tis­sons que vous pour­rez conti­nuer ain­si”, tout en étant cano­ni­que­ment sou­mise au Saint-​Siège. Alors, je pense que, de leur côté, cela serait accep­table. Mais pour l’instant, ce n’est pas le cas. »

Les crises ne durent pas éternellement

Au vu de l’histoire de l’Église, Mgr Schneider garde une espé­rance solide : la FSSPX sera sans doute un jour per­çue tout autre­ment qu’à tra­vers les éti­quettes pré­sentes : « Je pense que nous devons regar­der plus loin, au-​delà de cette crise. C’est peut-​être une crise de soixante ans. Dans l’histoire de l’Église, les crises ont sou­vent duré soixante-​dix ans : l’exil d’Avignon, soixante-​dix ans ; la crise arienne, entre soixante et soixante-​dix ans. Puis Dieu est inter­ve­nu, et Rome est rede­ve­nue la lumière de la clar­té et de l’absence d’ambiguïté. Rome a tou­jours été cela. Mais aujourd’hui, il y a un obs­cur­cis­se­ment. Et il faut aus­si le recon­naître. Ce n’est pas contre Rome ; c’est par amour pour Rome. Mgr Lefebvre aus­si l’a dit lorsqu’il a consa­cré les évêques : ce n’est que pour un temps, pour une courte période. Peut-​être imaginait-​il les choses autre­ment ; il pen­sait peut-​être qu’après quelques années un nou­veau pape vien­drait, qui pro­cla­me­rait de nou­veau toute la doc­trine tra­di­tion­nelle, et alors vous iriez vers lui, vous les nou­veaux évêques, et vous lui diriez : “Très Saint-​Père, nous met­tons notre épis­co­pat à votre dis­po­si­tion ; dis­po­sez de notre charge épis­co­pale, déposez-​nous si vous vou­lez, faites ce que vous vou­lez, car main­te­nant c’est vous qui êtes le gar­dien et le garant de la claire et non équi­voque pro­fes­sion de la foi, comme le Saint-​Siège l’a tou­jours été, le roc qu’ont tou­jours été les papes, sauf de rares excep­tions dans l’histoire.” Et cela vien­dra sans aucun doute, parce que le Saint-​Siège est ins­ti­tué par Dieu, le pon­ti­fi­cat est ins­ti­tué par Dieu. Mais Dieu per­met pour­tant, de manière incom­pré­hen­sible, cette crise momen­ta­née du Saint-​Siège et même du pon­ti­fi­cat. Il faut conti­nuer à regar­der plus loin. Je pense qu’il faut avoir davan­tage de souffle et ne pas se jeter tout de suite sur la Fraternité Saint-​Pie X en lui cognant sur la tête avec des argu­ments du type : “Vous êtes schis­ma­tiques, vous êtes ceci ou cela.” Je pense que ce n’est pas juste. C’est trop court, trop insuf­fi­sant au regard de l’histoire entière de l’Église et de ce qui est réel­le­ment en jeu. »

Corriger les textes du concile Vatican II

La néces­si­té de rec­ti­fier ce qui, dans Vatican II, n’est pas clair ou erro­né s’impose, selon Mgr Schneider : « Je pense d’abord à toute la ques­tion de la col­lé­gia­li­té du col­lège épis­co­pal. Ce n’est pas suf­fi­sam­ment clair. Certes, il existe une note expli­ca­tive, la Nota expli­ca­ti­va prae­via, don­née par Paul VI dans Lumen Gentium ; c’est une aide, assu­ré­ment. Mais même cela n’est pas com­plè­te­ment lim­pide. Ensuite, cela a pas­sé dans le droit cano­nique et dans d’autres docu­ments post­con­ci­liaires, où l’on dit que l’Église est en quelque sorte gou­ver­née par le pape et par le col­lège épis­co­pal, ou bien : “je pro­mets fidé­li­té au pape et au col­lège épis­co­pal uni à lui”. Cela reste assez ambi­gu. L’Église est monar­chique. Dieu a éta­bli Pierre sur tout le trou­peau ; il n’a pas dit à tout le col­lège apos­to­lique : “Vous tous, pais­sez mes bre­bis.” Il a dit seule­ment à Pierre : “Pais mes bre­bis, pais mes agneaux.” Voilà la struc­ture monar­chique. Bien sûr, Pierre et les papes ont tou­jours su qu’ils for­maient avec les évêques un corps spi­ri­tuel, comme l’Église elle-​même, et ils ont donc aus­si agi de manière col­lé­giale. Mais le pape n’était pas tenu, par droit divin strict, d’intégrer col­lé­gia­le­ment les évêques dans le gou­ver­ne­ment ordi­naire de l’Église. Cela, non. Et c’est pré­ci­sé­ment l’ambiguïté qui s’exprime encore dans le nou­veau droit cano­nique : que le col­lège épis­co­pal, avec et sous le pape, par­ti­cipe ordi­nai­re­ment au gou­ver­ne­ment de toute l’Église. Non, cela n’arrive que de manière excep­tion­nelle, pen­dant un concile œcu­mé­nique, et si le pape les y invite et les fait par­ti­ci­per. Voilà ce qui a tou­jours été la pra­tique constante de l’Église. »

Vient ensuite ce qui, selon lui, s’oppose le plus à la royau­té sociale de Notre-​Seigneur : « Ensuite, bien sûr, le texte sur la liber­té reli­gieuse. Il mélange beau­coup de choses ; véri­té et erreur y sont presque inti­me­ment mêlées dans la même phrase, et cela conti­nue à être trans­mis ain­si. La liber­té reli­gieuse, l’Église l’a tou­jours ensei­gnée en un cer­tain sens, et c’est un droit divin : que signifie-​t-​elle ? Que chaque homme est libre dans son âme à l’égard de la foi. Dieu ne nous force pas à croire en lui ; Dieu ne nous force pas à l’aimer. Il va même jusqu’à lais­ser des gens vou­loir aller en enfer s’ils ne veulent pas croire ; Dieu leur laisse la liber­té. Et l’acte de foi est libre. Voilà la liber­té reli­gieuse dans son sens le plus pro­fond. Cela, le Concile le dit. Mais ensuite, il mélange cela avec une affir­ma­tion nou­velle que l’Église n’a jamais faite : à savoir que, de ce fait, tout homme aurait la liber­té non seule­ment inté­rieure, mais aus­si exté­rieure, et même en conscience, de choi­sir une reli­gion. Or sa conscience peut être erro­née, même de bonne foi ; elle peut choi­sir l’idolâtrie. Mais ce n’est tout de même pas la volon­té de Dieu. On ne peut pas mettre sur le même plan le choix de la vraie reli­gion et celui d’une reli­gion fausse. Puis le texte ajoute que cet homme a le droit de n’être empê­ché par per­sonne, même pas par le pou­voir civil, dans le choix de sa reli­gion — je répète : même si cela inclut l’idolâtrie — et dans son exer­cice, pri­vé ou com­mu­nau­taire, et même dans sa dif­fu­sion. Diffuser l’idolâtrie aus­si ? Et il dit que ce droit à ne pas être empê­ché, même par le pou­voir civil, repose sur la digni­té de la per­sonne humaine, sur la digni­té natu­relle de la per­sonne, donc sur le droit natu­rel. Eh bien, cela est faux. »

Mgr Schneider pose des dis­tinc­tions des­ti­nées à éclai­rer ce pro­blème épi­neux : « Le droit natu­rel ne nous donne que ce qui est en soi tou­jours bon. Le droit natu­rel ne peut pas me don­ner le droit de pécher contre le pre­mier com­man­de­ment : “Tu n’auras pas d’autres dieux devant moi.” Et dif­fu­ser ensuite cette reli­gion fausse, même choi­sie de bonne foi, cela n’est cer­tai­ne­ment pas un droit natu­rel ; cela ne se fonde pas sur un droit de ma per­sonne. C’est un abus de la liber­té reli­gieuse, tout sim­ple­ment. Une telle phrase ne serait juste que pour l’unique vraie reli­gion, la reli­gion catho­lique. Il fau­drait donc dire : seul le catho­lique a le droit de n’être empê­ché par per­sonne, ni même par l’État, dans le choix, l’exercice et la dif­fu­sion, même col­lec­tive, de la reli­gion catho­lique, parce que c’est la seule reli­gion que Dieu a vou­lue et que le pre­mier com­man­de­ment nous impose. Point. Quant aux autres per­sonnes qui choi­sissent une autre reli­gion — et j’ajoute : le droit natu­rel consiste jus­te­ment à choi­sir et à dif­fu­ser la reli­gion catho­lique — eh bien, cela devrait s’arrêter là. Pour les autres hommes qui choi­sissent une reli­gion erro­née, de bonne foi ou non, et qui la dif­fusent, ils ne peuvent pas s’appuyer sur un droit natu­rel, puisque c’est une erreur. On ne peut pas dif­fu­ser l’erreur en se fon­dant sur le droit natu­rel. Il peut seule­ment s’agir d’un droit civil, pure­ment civil, que l’État peut pro­té­ger selon les cir­cons­tances his­to­riques concrètes, c’est-à-dire dans le cadre d’une tolé­rance. La tolé­rance suf­fit. Elle a d’ailleurs sou­vent été pra­ti­quée. Voilà la dif­fé­rence. Et cela a tou­jours été l’enseignement tra­di­tion­nel de l’Église, même depuis les Pères de l’Église. Si nous lisons Augustin, Ambroise et d’autres, ils l’ont dit exac­te­ment ainsi. »

C’est aus­si la concep­tion conci­liaire des fausses reli­gions elles-​mêmes qu’il faut révi­ser : « Et Justin aus­si a par­lé des “semences du Logos”, c’est-à-dire des semences de véri­té pré­sentes chez les hommes ; mais il ne les a pas rap­por­tées aux reli­gions en tant que telles, il les a rap­por­tées à la connais­sance natu­relle de Dieu, au droit natu­rel, à la lumière natu­relle de l’intelligence, à la vraie phi­lo­so­phie ; jamais saint Justin n’a rap­por­té cela aux fausses reli­gions. Voilà un exemple. Ici, il fau­drait hon­nê­te­ment ouvrir un débat et dire : non, ce texte est trop ambi­gu, il a engen­dré de fausses consé­quences, l’Église doit donc le cor­ri­ger et le refor­mu­ler avec une clar­té par­faite. Puis il y a aus­si la phrase de Lumen Gentium 16 selon laquelle nous, catho­liques, avec les musul­mans, cum musul­ma­nis, en latin, ado­ra­mus — nous ado­rons — le Dieu unique. On ne peut pas lais­ser cela ain­si. C’est tel­le­ment ambi­gu, plein d’ambiguïtés, et cela doit cer­tai­ne­ment être cor­ri­gé. Voilà juste un exemple par­mi les plus importants. »

Vient enfin la néces­si­té d’aborder le sujet litur­gique : « Et puis, bien sûr, la nou­velle messe doit être exa­mi­née clai­re­ment et cor­ri­gée ; on ne peut pas la lais­ser ain­si. Les nou­velles prières d’offertoire sont très clai­re­ment des prières judéo-​protestantes, qui orientent en réa­li­té tout l’événement de la messe davan­tage vers un repas. Et la deuxième prière eucha­ris­tique est tota­le­ment inap­pro­priée ; elle est presque à la limite de l’orthodoxie. On ne peut pas lais­ser cela ain­si, cela doit être chan­gé. Et là encore — je me répète — la Fraternité Saint-​Pie X peut appor­ter une contri­bu­tion, et je pense qu’elle le fait déjà. »

Appel à l’union et à la prière

Dans sa conclu­sion, Mgr Schneider a appe­lé de ses vœux une union des cou­rants catho­liques tra­di­tion­nels dans le com­bat pour la Tradition de l’Église. Il se dit per­sua­dé que Dieu ne pour­ra qu’exaucer tant de catho­liques unis dans la paix et la prière pour obte­nir un pape fort : « S’il vous plaît, ne fai­sons pas cela, ne conti­nuons pas à nous tirer les uns sur les autres ; deve­nons humbles, regar­dons les choses sur­na­tu­rel­le­ment, prions ensemble, sup­plions le Ciel afin qu’il donne fina­le­ment à notre Général dans cette bataille navale — au pape — la lumière et le cou­rage de for­ti­fier de nou­veau la foi avec une totale clar­té et de res­tau­rer la Tradition. »

Source : Chaîne Youtube KontrapunktFSSPX Actualités