Léon XIV et Madame Mullaly

Restant jusqu’ici sourd aux démarches entre­prises par le Supérieur Général de la Fraternité Saint-​Pie X pour obte­nir de sa part une simple audience, le pape Léon XIV a reçu au Vatican, ce lun­di 27 avril, avec tous les hon­neurs dus à un arche­vêque, la repré­sen­tante offi­cielle du schisme angli­can, qui encou­rage le lob­by LGBT, se déclare ouverte à la pos­si­bi­li­té de l’avortement et a reçu une ordi­na­tion inva­lide, per­pé­trée au mépris du droit divin.

Une étrange visite

« Une femme tra­verse la cour de Saint-​Damase du Vatican vêtue de la sou­tane vio­lette, d’une cein­ture, d’un col romain, d’une croix pec­to­rale et d’une bague épis­co­pale. Des car­di­naux la saluent, lui ouvrent des portes, la conduisent au bureau du Pape. Elle pose­ra aux côtés de Léon XIV. Elle rece­vra les hon­neurs dus à un pri­mat. Elle béni­ra les uns et les autres, selon l’usage des évêques. L’image par­cour­ra les unes, ouvri­ra les jour­naux télé­vi­sés, s’imprimera dans les manuels d’histoire œcu­mé­nique. Et l’image dira, sans mots mais avec une extrême élo­quence, ceci : devant cette per­sonne et devant le suc­ces­seur de Pierre, les signes sacra­men­tels sont interchangeables. 

Cette équi­va­lence visuelle est fausse. Et elle l’est d’une manière qui importe, parce que les signes sacrés ne sont pas des orne­ments pro­to­co­laires. Ce sont ce que saint Augustin appe­lait des ver­ba visi­bi­lia, des paroles visibles : ils com­mu­niquent une réa­li­té théo­lo­gique. […] Ils signi­fient que celui qui les porte a reçu par impo­si­tion des mains en suc­ces­sion apos­to­lique inin­ter­rom­pue le pou­voir d’ordre, le carac­tère sacra­men­tel. […] Ce pou­voir est, dans la foi catho­lique, la seule rai­son pour laquelle l’évêque s’habille comme il s’habille et bénit comme il bénit. Lorsque le signe se sépare de son conte­nu, il ne reste pas neutre : il devient actif en sens contraire. Il com­mu­nique que le conte­nu n’a jamais vrai­ment impor­té »[1].

« Ce type de gestes ne cor­res­pond pas à un œcu­mé­nisme basé sur la clar­té doc­tri­nale, mais dilue les limites que l’Église elle-​même a défi­nies avec pré­ci­sion »[2].

Ainsi s’exprime le site « Infovaticana », un site conser­va­teur fon­dé par le jour­na­liste espa­gnol Gabriel Ariza[3]. Chacun – du moins par­mi ceux qui ont encore gar­dé la foi catho­lique et la droite rai­son – convien­dra qu’il serait dif­fi­cile de lui don­ner tort. Et que dire de plus ? 

Les origines profondes de l’anglicanisme : un schisme compliqué d’une hérésie

Cette femme qui a arpen­té les cou­loirs du Vatican en cette fin d’avril 2026 n’est autre que Sarah Mullaly, le Primat de la com­mu­nion angli­cane, l’archevêque de Cantorbéry. Elle fut bel et bien reçue par le Pape Léon XIV en cette mati­née du lun­di 27 avril 2026. Mais aujourd’hui encore, elle est à la tête d’une pseudo-​église, qui est en réa­li­té une rup­ture d’avec la vraie Eglise, double rup­ture d’un schisme et d’une hérésie.

La com­mu­nion angli­cane est en effet issue du schisme pro­vo­qué en 1534 par le Roi d’Angleterre Henry VIII Tudor, (1509–1547) avec l’Acte de supré­ma­tie qui est le prin­cipe même du refus de la juri­dic­tion du Pape, l’évêque de Rome, sur l’Eglise d’Angleterre. Pire : sous le suc­ces­seur d’Henry VIII, le jeune roi Edouard VI (1547–1553), à l’instigation de l’archevêque de Cantorbéry, Thomas Crammer, le royaume d’Angleterre passe à l’hérésie pro­tes­tante. En 1549, Crammer abo­lit l’ancienne litur­gie et com­pose le Book of com­mon prayer ou Prayer Book, équi­valent du mis­sel et du bré­viaire catho­lique chez les pro­tes­tant d’Angleterre. Parallèlement, en 1550, paraît le nou­vel Ordinal angli­can, avec les rites d’ordination aux ordres sacrés : ce rite est celui dont Léon XIII défi­ni­ra l’invalidité en 1896. Enfin, en 1552, tou­jours, Crammer publie une Confession de foi en 42 articles, essen­tiel­le­ment cal­vi­niste avec des points de doc­trine luthé­rienne, zwin­glienne et catholique. 

Après un bref retour au catho­li­cisme sous le règne de Marie Tudor (1553–1558), sous le règne d’Elisabeth Ière (1558–1603), le royaume d’Angleterre retourne défi­ni­ti­ve­ment au schisme et à l’hérésie. En 1559, la reine dépose les quinze évêques du royaume qui avaient refu­sé de prê­ter le ser­ment d’observer l’Acte de supré­ma­tie. Tous les évê­chés du royaume sont deve­nus vacants. Il fal­lait créer une nou­velle hié­rar­chie. Le 1er août 1559, Matthieu Parker est élu par le cha­pitre arche­vêque de Cantorbéry ; son sacre eut lieu le 17 décembre 1559. S’ensuit une grande per­sé­cu­tion anti­ca­tho­lique au cours de laquelle beau­coup de catho­liques mour­ront mar­tyrs (par­mi eux le jésuite saint Edmond Campion). 

Des ordinations invalides et des pseudo évêques

Le sacre de Matthieu Parker est la source de toute la hié­rar­chie angli­cane et il a été décla­ré comme inva­lide par le Pape Léon XIII, en 1896. 

Les Papes avaient déjà constam­ment décla­ré cette inva­li­di­té, bien avant la décla­ra­tion de Léon XIII, par exemple Jules III en 1554, et Paul IV en 1555. Et jusqu’au dix-​neuvième siècle, l’Eglise a tou­jours exi­gé que l’on réor­donne sans condi­tion et comme si l’ordinand n’avait jamais rien reçu, les ministres ayant reçu les ordres dans la com­mu­nion angli­cane, selon le rite d’Edouard VI. 

L’acte solen­nel et infaillible qui sanc­tionne défi­ni­ti­ve­ment l’invalidité de prin­cipe des ordi­na­tions angli­canes est la Lettre apos­to­lique Apostolicae curae du 18 sep­tembre 1896[4]. Le Pape Léon XIII y explique que le rite même des ordi­na­tions mis au point et uti­li­sé par les angli­cans n’est pas le vrai rite de l’Eglise. Les ordi­na­tions confé­rées selon ce rite sont donc inva­lides pour trois rai­sons : pre­miè­re­ment, par défaut de forme ; deuxiè­me­ment, par défaut d’intention, car le ministre qui use de ce rite ne peut avoir l’intention requise qui est de faire ce que fait l’Eglise, c’est-à-dire d’user de son rite ; troi­siè­me­ment par défaut de ministre puisque depuis le sacre de Mathieu Parker, nul ministre de la com­mu­nion angli­cane n’est réel­le­ment ni prêtre ni évêque. Même si cer­tains pseu­do évêques angli­cans ont pu, au cours des deux der­niers siècles, deman­der et obte­nir une ordi­na­tion valide à des évêques schis­ma­tiques ortho­doxes, il reste que les ordi­na­tions confé­rées par ces ministres angli­cans eux ont tou­jours été inva­lides pour les deux pre­miers motifs indi­qués ci-dessus.

Léon XIV cumule les scandales

Après le Jubilé oecu­mé­nique, après le voyage en Turquie et la réci­ta­tion du Credo ampu­tée du « Filioque » pour ne pas déplaire aux ortho­doxes, le Pape Léon XIV donne ici dans le sur­réa­lisme. Cette venue de Sarah Mullaly dépasse en effet la por­tée d’une simple visite diplo­ma­tique. Nous avons clai­re­ment affaire ici à la visite d’une « cheffe » reli­gieuse, reçue comme telle par un autre chef reli­gieux, l’archevêque de Cantorbéry et l’évêque de Rome, deux chefs d’Eglises qui se consi­dèrent comme sœurs. Déjà dans le Message qu’il lui adres­sa à l’occasion de son intro­ni­sa­tion[5], le 20 mars der­nier, le Pape a expri­mé la recon­nais­sance offi­cielle de la mis­sion de dame Sarah, en invo­quant pour elle, à plu­sieurs reprises, le Saint Esprit, et en deman­dant pour elle l’Esprit de Sagesse. Ce fai­sant, Leon XIV donne l’impression de consi­dé­rer la pseu­do Eglise angli­cane comme un ins­tru­ment de salut, dans la mesure où il encou­rage Madame Mullaly – qui n’est pas plus évêque que sainte Jeanne d’Arc – dans sa mission. 

En auto­ri­sant aus­si tout ce pro­to­cole, qui n’est pas qu’un simple pro­to­cole, comme le rap­pelle le site « Infovaticana », le Pape Léon XIV se met en contra­dic­tion ouverte avec ses deux pré­dé­ces­seurs, Léon XIII qui a décla­ré l’invalidité des ordi­na­tions angli­canes et aus­si Jean-​Paul II qui, par la Lettre apos­to­lique Ordinatio sacer­do­ta­lis du 22 mai 1994, a condam­né la pos­si­bi­li­té d’ordonner des femmes aux fonc­tions sacrées du sacer­doce[6].

L’état de nécessité

Les der­niers scru­pules qui pour­raient encore faire hési­ter cer­taines consciences, depuis que le Supérieur Général de la Fraternité Saint-​Pie X a annon­cé de nou­velles consé­cra­tions épis­co­pales pour le 1er juillet pro­chain, devraient trou­ver ici de quoi faire piètre figure. Sans doute, oui, l’opération envi­sa­gée par la Fraternité présente-​t-​elle quelque allure para­doxale, puisqu’il s’agit de consa­crer des évêques à l’encontre de la volon­té du Pape. Mais le para­doxe le plus outran­cier, n’est-il pas ici, de la part du Pape Léon XIV, cette atti­tude qui pousse la com­plai­sance oecu­mé­niste au-​delà de ses limites ? Quel cré­dit le Souverain Pontife pourrait-​il trou­ver, après cela, à excom­mu­nier ceux qui veulent demeu­rer fidèles à l’enseignement de Léon XIII, décla­rant l’invalidité des ordi­na­tions angli­canes ? Voire à celui de Jean-​Paul II décla­rant l’impossibilité d’ordonner des femmes évêques ?… 

Les sacres du 1er juillet pro­chain vont-​ils déci­der Léon XIV à faire preuve d’une rigueur et d’une sévé­ri­té que l’on ne lui a pas encore connues jusqu’ici ? Certains le pro­phé­tisent déjà[7]. S’il le fai­sait, il don­ne­rait à la sainte Eglise de Dieu, déjà bien affli­gée à cause des suites inces­santes et tou­jours pires du concile Vatican II, le scan­dale sans nom d’une injus­tice des plus criantes. Restant jusqu’ici sourd aux démarches entre­prises par Don Davide Pagliarani pour obte­nir de sa part une simple audience, le Pape reçoit avec tous les hon­neurs dûs à un arche­vêque la repré­sen­tante offi­cielle du schisme angli­can, qui encou­rage le lob­by LGBT, qui se déclare ouverte à la pos­si­bi­li­té de l’avortement[8] et qui a reçu une ordi­na­tion inva­lide, per­pé­trée au mépris du droit divin.

Source : FSSPX Actualités
Photo : Vatican Media

Notes de bas de page
  1. https://​info​va​ti​ca​na​.com/​f​r​/​2​0​2​6​/​0​4​/​2​6​/​q​u​i​-​e​s​t​-​s​a​r​a​h​-​m​u​l​l​a​l​l​y​-​l​a​-​e​v​e​q​u​e​-​r​e​c​u​e​-​a​v​e​c​-​h​o​n​n​e​u​r​s​-​a​-​r​o​me/[]
  2. https://​info​va​ti​ca​na​.com/​f​r​/​2​0​2​6​/​0​4​/​2​5​/​p​o​l​e​m​i​q​u​e​-​b​e​n​e​d​i​c​t​i​o​n​-​d​e​-​s​a​r​a​h​-​m​u​l​l​a​l​l​y​-​a​u​-​v​a​t​i​c​a​n​-​a​v​a​n​t​-​s​a​-​r​e​u​n​i​o​n​-​a​v​e​c​-​l​e​-​p​a​pe/ []
  3. Gabriel Ariza n’est pas en odeur de sain­te­té auprès du Vatican : https://​benoit​-et​-moi​.fr/​a​r​c​h​i​v​e​s​/​2​0​1​8​/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​/​v​a​t​i​c​a​n​-​v​s​-​i​n​f​o​v​a​t​i​c​a​n​a​.​h​tml[]
  4. https://​www​.vati​can​.va/​c​o​n​t​e​n​t​/​l​e​o​-​x​i​i​i​/​l​a​/​a​p​o​s​t​_​l​e​t​t​e​r​s​/​d​o​c​u​m​e​n​t​s​/​l​i​t​t​e​r​a​e​-​a​p​o​s​t​o​l​i​c​a​e​-​a​p​o​s​t​o​l​i​c​a​e​-​c​u​r​a​e​-​1​3​-​s​e​p​t​e​m​b​r​i​s​-​1​8​9​6​.​h​tml []
  5. ttps://www.vatican.va/content/leo-xiv/fr/messages/pont-messages/2026/documents/20260320-arcivescovo-canterbury.html[]
  6. https://​www​.vati​can​.va/​c​o​n​t​e​n​t​/​j​o​h​n​-​p​a​u​l​-​i​i​/​f​r​/​a​p​o​s​t​_​l​e​t​t​e​r​s​/​1​9​9​4​/​d​o​c​u​m​e​n​t​s​/​h​f​_​j​p​-​i​i​_​a​p​l​_​1​9​9​4​0​5​2​2​_​o​r​d​i​n​a​t​i​o​-​s​a​c​e​r​d​o​t​a​l​i​s​.​h​tml[]
  7. https://tribunechretienne.com/le-pape-leon-xiv-serait-pret-a-excommunier-la-fraternite-saint-pie‑x/[]
  8. http://​www​.bel​gi​ca​tho​.be/​a​r​c​h​i​v​e​/​2​0​2​5​/​1​0​/​0​4​/​u​n​e​-​f​e​m​m​e​-​s​o​u​t​e​n​a​n​t​-​l​-​a​v​o​r​t​e​m​e​n​t​-​e​t​-​l​a​-​c​a​u​s​e​-​l​g​b​t​-​n​o​m​m​e​e​-​n​o​u​-​6​5​6​5​1​7​7​.​h​tml
    Sarah Mullally a expri­mé ses opi­nions pro-​avortement dans un Blog où elle écri­vit en 2012 : « Je pense que je décri­rais mon approche de cette ques­tion comme étant pro-​choix plu­tôt que pro-​vie [sic], même s’il s’a­gis­sait d’un conti­nuum, je me situe­rais quelque part entre le pro-​vie en ce qui concerne mon choix et le pro-​choix en ce qui concerne celui des autres, si cela a du sens. »[]

FSSPX

M. l’ab­bé Jean-​Michel Gleize fut durant près de trente ans pro­fes­seur d’a­po­lo­gé­tique, d’ec­clé­sio­lo­gie et de dogme au Séminaire Saint-​Pie X d’Écône. Il est le prin­ci­pal contri­bu­teur du Courrier de Rome. Il a par­ti­ci­pé aux dis­cus­sions doc­tri­nales entre Rome et la FSSPX entre 2009 et 2011. Il exerce désor­mais son apos­to­lat à Saint-​Nicolas-​du Chardonnet, où ses confé­rences sur l’Eglise sont très suivies.